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15 juin 2022

Enfants des étoiles - H. G. Wells

wells_NOIR   2022-en-classiques-Logo1   10e_ChallengedeLImaginaire Le-Mois-anglais-2022

Enfants des étoiles est déjà le troisième des quatre livres que je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) me suis procuré il y a quelques semaines dans le cadre de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline). Je l'inscris aussi au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine) et au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque).

Star Begotten est paru en 1937 et a été traduit en français par Armand Pierhal en 1939. Ce petit Folio (N°1572) compte 152 pages.

P1150316

Non, cette illustration signée Philippe Poncet de La Grave ne représente pas un personnage portant un masque au concombre (contrairement à ce que l'on peut croire à première vue).

Les titres des 10 chapitres que compte Enfants des étoiles m'ont un peu fait penser à certaines oeuvres de Jules Verne. Je crois savoir qu'il est arrivé à Wells de se comparer à son devancier français, mais en insistant sur le fait que lui-même (Wells) s'intéressait davantage aux conséquences sociales du progrès technologique dans sa littérature "d'anticipation". Côté humain, justement, le premier chapitre, Mr. Joseph Davies est bien perplexe, nous montre un enfant (puis un jeune homme) confronté à une bonne éducation anglaise et à ses premières interrogations sur l'ordre établi (Dieu et la religion, l'ordre social, l'Empire britannique...), avant d'entamer une carrière d'intellectuel. Mais ce, bien davantage pour s'occuper (l'esprit) que par nécessité de gagner sa vie (contrairement à notre auteur dans sa vraie vie - il ne mangeait pas toujours à sa faim dans sa jeunesse, paraît-il). Incidemment marié, bientôt parent, il se plonge dans moult interrogations. Peut-être cette perplexité est-elle liée à l'angoisse de la paternité (fils conducteurs...). En tout cas, les pas de notre héros l'amènent vers le Planetarium Club. Dans ce cénacle (second chapitre), Mr. Joseph Davies entend parler des rayons cosmiques.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger le titre de tous les chapitres, ni vous raconter ligne à ligne le roman. Qu'il vous suffise de savoir que de brillants esprits, chacun expert en son domaine, vont faire assaut de vulgarisation à propos d'une théorie, peut-être farfelue, expliquant le développement d'esprits contestataires (notamment les "surdoués" capables de "ruptures", comme on dirait aujourd'hui): et si les Martiens cherchaient à faire évoluer les Terriens? Il m'a paru que, jusqu'à la fin du roman, les différents locuteurs constituent presque des "caractères" à la La Bruyère, des "types". Wells sort de son chapeau le personnage dont il a besoin au moment où il en a besoin (parution en feuilleton, aussi, ou pas?). Les "discussions" sont bien plutôt des successions de monologues par des "spécialistes" qui abordent une même question sous leur angle à eux (en faisant parfois questions et réponses). Du coup, je ne saurais trop dire si Wells lui-même ne pourrait pas être représenté par un peu tous les personnages qui interagissent ou dialoguent ensemble dans ce roman. Je l'imagine bien s'identifier, à différents âges de la vie, à un gamin, un journaliste, un directeur d'école, un docteur, un conférencier, un coureur, un mari, un futur papa... Je me suis encore amusé à relever que le gynécologue de la femme de notre héros pratique la maïeutique envers celui-ci (p.132).

Au final, on se retrouve avec la "photo" intéressante d'une certaine société. La place de la femme, dans ce roman pourtant visionnaire sous plus d'un aspect, fera sans doute hurler les féministes de 2022... Si, à l'époque où écrivait Wells, on pouvait constater l'existence d'un retard éthique et social par rapport au progrès matériel (p.111), celui-ci a-t-il (ou non) été rattrapé de manière adéquate depuis? N'oublions pas non plus le contexte de la rédaction de cette oeuvre, la marche à la guerre... Hitler (p.116), Goering, Mussolini sont nominalement cités, cependant que l'antisémitisme se voit légèrement abordé (p.85 "un léger parfum d'antisémitisme"...). Il est à noter qu'une des incarnations de Wells recommande expressément le dictatoricide (p.128)! Notre auteur survole son époque comme un "témoin", qui, peut-être, cherche à provoquer son lecteur: "à peine aviez-vous dit qu'une certaine chose était irréalisable, vous la voyiez réalisée" (p. 61), en traitant dans son sujet d'un glissement (visionnaire?) du plausible vers le probable.

Sans en dire davantage, je terminerai en résumant, de manière abrégée, un dialogue (dont la version complète figure p.142):

- Etes-vous sûr que le monde, après quelques décades troublées, un siècle ou deux, au plus, deviendra raisonnable?
- Non!
- Mais vous n'êtes pas non plus sûr du contraire?
- Non plus!

Et j'ai moi-même encore de nombreuses interrogations après lecture. Par exemple, je me demande si ce vulgarisateur de Wells rebondissait sur un article réel, ou pas, quand il a rédigé cet opuscule. Je m'interroge aussi pour savoir s'il ne serait pas possible de tirer de ce livre un bon sujet de Philosophie pour le Bac. Je ne vous ai même pas parlé des Martiens. Ils semblent pourtant omniprésents dans ce livre (disons qu'il est fait mention p.108 d'associations promartiennes ou antimartiennes). Mais je ne sais pas si Erwelyn avait déjà eu connaissance de ces Martiens-là, méconnus, sous la plume d'H. G. Wells?

Pour conclure et ouvrir sur d'autres sujets, je dirai que j'aimerais bien chroniquer aussi quelques adaptations en BD d'H. G. Wells: encore faut-il que j'arrive à y avoir accès!

Edit du 9 juillet 2022: je rajoute rétrospectivement le logo du "11e Mois anglais 2022"... qui avait lieu en juin!

6 avril 2022

Aujourd'hui 6 avril 2022, j'ai changé de dizaine mais tout va bien.

Eh oui, le temps passe vite! Quinze ans et trois mois de blog. Quinze ans et cinq mois que j'ai rencontré mon ami Ta d loi du cine. Je ne me rends pas compte que je suis si vieille car désormais, j'ai droit à la carte Senior pour la SNCF, ce qui n'est pas si mal. Je ne suis pas encore à la retraite mais d'ici quatre ans, cela sera le cas. 

Pour ce jour pas comme les autres, je suis allée à la Cinémathèque pour voir l'exposition sur Romy Schneider qui s'est ouverte le 16 mars dernier. Il y a bien entendu beaucoup de photos de films et sur les tournages ainsi que des documents manuscrits de l'actrice disparue il y a presque 40 ans. Des extraits de films qui tournent en boucle. Quelques robes dont une portée dans Ludwig réalisé par Luchino Visconti, une des tenues dans La Banquière de Francis Girod, deux robes vues dans Le Vieux fusil. Il y une salle réservée aux films de Claude Sautet. La carrière même courte de Romy Schneider aux Etats-Unis n'a pas été oubliée. Le début de l'exposition est consacré à sa période autrichienne avec les Sissi, Monpti ou Jeunes fillles en uniforme, Katia et Christine. C'est émouvant de voir ces photos de films que j'ai vus pour la plupart. Pour les fans de Romy Schneider, ils n'apprendront pas grand chose, mais c'est une belle exposition avec un catalogue (à 35 euros) qui reprend l'intégralité des photos et documents exposés. L'exposition dure jusqu'en juillet 2022. Je n'ai pas pris de photos, d'ailleurs personne ne photographiait quoi que ce soit. Prendre des photos de photos, je n'en ai pas vu l'intérêt. En revanche, je suis allée faire un tour à la librairie de la cinémathèque qui est très bien achalandée en livres et en DVD/Blu Ray. Concernant Romy Schneider, il y avait, outre le livre de l'expo, un ouvrage sur le tournage de La piscine, diverses biographies, quelques DVD, des magnets et même une boule de neige avec le portrait de Romy Schneider dans Sissi! Le prix d'entrée de l'expo est de 12 euros, elle dure jusqu'au 31 juillet 2022.

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9 janvier 2023

Deux-mille-cinq-centième billet et seizième bloganniversaire pour "Le blog de dasola"

16 ans de blog...             
                     ...2500 billets
  (et 30 662 commentaires par 1232 personnes différentes)

Dasola et moi (ta d loi du cine, "squatter" et statisticien sur son blog) avons "cravaché" pour faire coïncider les deux événements en titre ci-dessus. Le 1500e billet remonte à pratiquement 7 années pleines (janvier 2016): et dire que nous nous y plaignions d'avoir eu seulement 1861 commentaires l'année précédente (en 2015)...

En cette année 2023, Dasola me dit "regarde, ce mois de janvier démarre beaucoup mieux que décembre dernier: il avait fallu attendre le 21 décembre 2022 pour avoir les 50 com' que nous avons passés hier, et 27 personnes sont venues" (dont l'une pour la première fois et quelques-unes qui n'étaient pas passées de tout 2022).

Soit; mais le 8 janvier 2022, nous en étions déjà à 63 commentaires par 42 blogueurs-euses...

Pour un bilan 2022, en terme de billets, ce sont 171 qui ont été publiés et rédigés (115 par dasola et 56 par moi). Le nombre de personnes en ayant commenté sur l'année est largement inférieur.

Dans le détail, sur les 123 blogueurs venus faire au minimum un commentaire en 2022 (pour un total de 1475 commentaires), 68 en ont fait au moins un sur un des 56 billets de "ta d loi du cine" (291 commentaires au total concernaient des billets 2022, sur 299), cependant que 112 en ont fait au moins un sur un des 115 billets de dasola (ayant généré 1145 commentaires pour des billets 2022, sur 1176), ce qui nous apprend que 39 commentaires ont été faits, en 2022, sur tel ou tel billet d'une des 15 années antérieures. 

Comparons cela avec l'année la plus faste en terme de commentaires (2014). Janvier 2014 nous avait amené 355 commentaires par 135 blogueurs (davantage de monde que pour toute l'année 2022), et 2615 commentaires sur toute l'année 2014 (par 253 blogueurs...), dont 125 commentaires sur des billets des années antérieures. Les 131 billets en 2014 ont reçu les années suivantes 53 commentaires, entre le 1er janvier 2015 et encore novembre 2022.

Du 1er au 8 janvier 2014, nous avions eu 127 commentaires par 91 blogueurs (je n'ai pas pris la peine de vérifier leur ventilation précise), approximativement le double de cette année 2022 pour les mêmes huit premiers jours de l'année, donc. 

Et ce mois de décembre 2022 a été le pire mois, en terme de nombre de commentaires, depuis 2007, avec 87 commentaires seulement. Il a compté trois jours sans un seul commentaire. J'ai l'intuition que certains "basculements" techniques de la plateforme canalblog n'ont pas été étrangers à ce piètre score. Déjà, en octobre et novembre 2022, il y avait eu des périodes infernales où la plateforme canalblog rendait pratiquement impossible la consultation des blogs en général et de celui-ci en particulier, et a fortiori le dépôt de commentaire... Je suppose que beaucoup de nos blogueurs "habitués" ont dû perdre l'habitude de venir faire un tour chez dasola... Avec des journées complètes d'inaccessibilité du blog: forcement, les "habitués" se lassent, et ceux qui ne connaissent pas encore le blog n'insistent pas et ne reviennent jamais si un lien ne fonctionne pas à leur (premier) passage.

Il est clair que, en 2022, le nombre moyen de commentaires par billets a bien diminué (ceux de dasola en générant toujours davantage que les miens: le nombre de commentaires serait-il inversement proportionnel à la longueur du billet?). L'objectif d'intéresser suffisamment de lecteurs (ou "les lecteurs") pour que cela se marque par un minimum de 100 commentaires (pertinents...) par mois est de plus en plus difficile à remplir. Le 100e commentaire arrive de plus en plus tard dans le mois (les suivants constituent "du bonus").

Bon, je vais tout de même arrêter de trop me lamenter sur le passé. Pour l'anecdote, je remarquerai qu'il arrive que des billets datant de 2007 soient de nouveau commentés il n'y a encore pas si longtemps (Pas de printemps pour Marnie, lors du décès de Sean Connery, en 2020). Et parmi nos 1232 commentateurs, il m'est arrivé de constater qu'une même personne a pu faire un total de deux commentaires, à quelque 10 ans d'intervalle. A ce rythme-là, il lui faudra quelque 50 siècles pour se voir proposer un entretien de présentation "500e commentaire chez dasola" (déjà sept ont été publiés)...

Soyons un peu plus positif, et regardons les choses côté billets, avec un petit focus sur les billets cinéma. En regardant de près l'Index des films par titre et ses plus de 1720 entrées, j'ai fait quelques constats.

Parmi ces plus de 1720 titres répertoriés, quatre films ont bénéficié de deux billets: Bullit et Le trou, deux fois par Dasola, à de nombreuses années d'intervalle; mais aussi L'Exercice de l'Etat et 20 ans d'écart, par dasola et par ta d loi du cine. Neuf titres représentent 18 films différents, qu'ils soient adaptés du même livre (Millenium; Mort sur le Nil; Le crime de l'Orient Express), ou sans rien avoir à voir: L'illusionniste, L'italien, Le grand jeu, Les proies, Souvenir, The square.

Côté Index des réalisateurs, seuls trois films ont été co-réalisés par trois des quelque 1210 auteurs répertoriés: Le petit fugitif, Ernest et Célestine, Une vie secrète. Quelque 900 réalisateurs n'ont bénéficié que d'une seule chronique pour l'un de leurs film. Les plus de 300 autres ont donc eu les honneurs d'un billet (parfois partagé) pour au moins deux films. Parmi les réalisateurs particulièrement représentés dans les billets de ce blog, Woody Allen est à ce jour le recordman avec 11 films, mais on en trouve une quinzaine dont entre six et neuf films ont été chroniqués au fil des ans, et encore dix concernés par cinq films.

Bon, je sens que j'en ai encore perdu certains et certaines avec mes volées de chiffres. Allons-y donc pour quelques considérations plus "générales", un peu en vrac.

Je me dis désormais que ce ne sont pas seulement les réseaux sociaux généralistes (fb, touiter et autre amstramgram) qui ont asséché la vitalité de la blogsphère. Mais peut-être aussi l'émergence de plateformes spécialisées dont la "communauté" est bien évidemment sans commune mesure avec celle de tel ou tel blog particulier, quelle que soit sa notoriété: livraddict, babelio ou booknode...

Les sphères de la blogo sont étanches. Je pense notamment au phénomène générationnel des nouveaux blogs qui naissent autour des littératures "de l'imaginaire": sorciers, vampires, elfes, fantaisy... Les jeunes lectrices ont leurs propres réseaux de blogueuses. Et puis, elles prennent un peu d'âge et découvrent éventuellement la littérature classique (parfois même dans le cadre de leurs études!). Nonobstant, elles resteront plutôt "entre elles" pour en parler... "Génération spontanée"?

Les modes de lecture sur internet ont sans doute changé. C'est vrai que pour ma part, je consulte les blogs essentiellement depuis le grand écran d'un ordinateur de boulot, éventuellement depuis celui (un peu plus petit) d'un ordinateur portable, mais jamais depuis celui d'une tablette ou d'un "smartphone". Du coup, j'écris aussi long que je veux, et ne souhaite pas avoir à anticiper le mode de lecture majoritaire aujourd'hui - j'ai certainement tort! 

Il a toujours existé, naturellement, des manières différentes de bloguer (commenter): laisser systématiquement un mot/une petite phrase sous le dernier billet paru (plus ou moins régulièrement) / chercher un billet commentable en remontant la liste à partir du dernier paru / chercher un billet précis dans le blog / regarder systématiquement tout le contenu du blog à partir du billet le plus ancien puis en remontant le temps / ne commenter un billet que si l'on a quelque chose de pertinent à dire dessus...

Mes billets à moi génèrent nettement moins de commentaires que ceux de dasola. Même pour mes billets "livres", je dirais que beaucoup de blogueuses chroniquent "dans le flux" (des nouveaux livres qui paraissent) alors que, pour ma part (ta d loi du cine), je nage plutôt "dans le stock" (des livres qui penvent avoir été publiés il y a des dizaines d'années).

Je me rappelle avoir vu que tel ou tel blog a déjà fêté ses 16 ans il y a quelques mois, d'autres en sont à leur quatorzième ou quinzième année... Parfois, c'est plutôt la blogueuse ou le blogueur qui est actif depuis tout ce temps, via plusieurs blogs successifs, dont les tout premiers billets ne sont plus forcément en ligne... 

Parmi les quelque 200 blogs qui ont figuré dans la colonne de droite (les blogueurs ayant fait au moins cinq commentaires sous cinq billets du présent blog...) et se sont arrêtés du jour au lendemain, parfois il y a plus de 10 an, mais sont toujours consultables en ligne: combien de blogueurs décédés (covid ou toute autre raison) sans qu'on le sache * ? Ou (plus optimiste) combien ont repris ensuite un autre blog, sans prendre la peine de venir en signaler le lien dans un dernier billet sur leur blog précédent?

Enfin, le statisticien va terminer. Je n'ai toujours pas compris comment il se fait que, sur les MILLIERS de blogs parcourus depuis 16 ans, je n'en ai jamais trouvé un seul qui, au-delà d'une blogroll tenue plus ou moins à jour (avec parfois indication de la date du dernier billet paru [via flux RSS], mais généralement sans indication ou "reclassement" des liens morts ou des blogs en pause...), prendrait en compte pour chaque blog indiqué ses "relations" avec celui qui le répertorie, en indiquant nombre de commentaire et dates des premiers et derniers commentaires! C'est pourtant pas compliqué... (enfin, via la plateforme canalblog, du moins. Mais je sais que c'est aussi faisable via wordpress par exemple, même si je ne connais pas les "back-offices" des autres). J'ai bien réussi à "convaincre" dasola de le faire. Ça demande juste des "mises à jour" rigoureuses, avec vérification éventuelle une fois par an. 

Signalons encore que je me garde plein de possibilités d'extractions de chiffres en tout genres. Ce sera pour une prochaine fois: 17e, 18e, 19e, 20e... bloganniversaires, ou bien le 3000e billet, dans... entre 3 et 5 ans d'ici!

30_000e_commentaire_23-07-2022Et que, pour me faire un peu plaisir en me réservant le droit de rédiger le 30 000e commentaire, il avait fallu que je surveille de près le compteur!

* PS du 11/01/2022: petite pensée pour la blogueuse Gazou (4 commentaires depuis septembre 2020), dont je viens juste d'apprendre, par des hommages rendus sur d'autres blogs, le décès fin novembre 2022.

25 juillet 2022

Le pays des aveugles - H. G. Wells

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Notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline) touche à sa fin, et il me reste pour ma part trois livres à chroniquer. Dépêchons! Ce livre Le pays des aveugles (Folio N°1561, 182 pages), je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me le suis procuré il y a déjà un mois (le 25 juin 2022), mais je l'ai ouvert et lu le week-end dernier. C'est alors seulement que j'ai constaté de visu qu'il s'agissait, en fait, non pas d'un roman, mais bien d'un recueil de nouvelles, dont celle qui lui donne son nom compte moins d'une quarantaine de pages. Il a en tout cas sa place dans le Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine), et sans doute dans le "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque): les nouvelles que contient ce recueil sont suffisamment variées pour que l'une ou l'autre se rattache à ce thème, même si on est aussi dans le registre du conte, du merveilleux, de l'humour ou du fantastique.

P1150423Je vais donc lister ces nouvelles pour parler de chacune.

* Le pays des aveugles (pp.7-45). La nouvelle (publiée en 1904) se déroule dans les Andes, et le héros en est un guide montagnard (éduqué: il sait lire). Au cours d'une expédition où il accompagnait des Anglais venus faire de l'alpinisme, il tombe dans une vallée légendaire et coupée du monde extérieur depuis des siècles (quinze générations). Atteinte de cécité, la population locale s'est organisée au point de se croire seule au monde et d'imaginer une culture où ne pas "bénéficier" de la vue constitue la norme. Notre guide, Nunez, se raccroche d'abord à l'adage "au pays des aveugles les borgnes sont rois". Cependant, le coup d'Etat auquel il rêve s'avère plus difficile que prévu! Il envisage malgré tout de faire souche dans la vallée, séduit par une jeune fille avenante (aux orbites moins creuses que les autres), mais le sacrifice demandé excède ses forces... La fin du conte est ouverte.

Il semble exister une adaptation théâtrale de cette nouvelle?

Cette description d'une communauté vivant en autarcie et dont, en principe, on ne peut s'échapper m'a fait penser à deux oeuvres de Kipling: L'homme qui voulut être roi [du Kafiristan], bien sûr; mais aussi une autre nouvelle du même recueil, L'étrange chevauchée de Morrowbie Jukes. J'évoquerais également la communauté des Mormons dans l'Utah dans la seconde moitié du XIXe siècle telle que décrite par Conan Doyle dans Une étude en rouge (pure littérature, bien sûr). Enfin, le roman Inoa de Joseph Peyré décrit une cité perdue dans les Andes, protégée par les tribus indiennes locales...

* La porte dans le mur (pp.46-70), et
* Un rêve d'Armaggedon (pp.71-109): 65 pages "stérilisées" (scrogneugneux!), car j'ai déjà commenté les deux nouvelles concernées ("Folio à 2 euros"...) le 26 juin 2022...

* La vérité concernant Peycraft (pp.110-126, nouvelle datant de 1903): ici, le narrateur se revendique d'une arrière-grand-mère hindoue, qui lui a légué diverses recettes et formules. Suite à l'insistance d'un gros raseur, il lui communique un moyen de "perdre du poids". Mais le résultat obtenu n'st pas celui imaginé. Cette nouvelle-là donne davantage dans l'humour et le "merveilleux" que dans la science-fiction (les ingrédients de la recette évoquent furieusement un "brouet de sorcière").

Si je raisonne encore en terme de "littérature comparée", ce conte m'a fait penser au recueil titré Azazel d'Isaac Asimov, où toutes les nouvelles tournent autour de formulations de voeux exaucés trop "au pied de la lettre"... J'avais lu ce recueil il y a quelques mois, histoire de bien vérifier que strictement rien ne concernait la planète Mars dedans.

* L'oeuf de cristal (pp.127-152): une sorte d'antiquaire fait tout ce qu'il peut, en résistant aux pressions de sa famille, pour ne pas vendre un "oeuf de cristal" dans lequel il distingue des images (avec bien plus de facilités que d'autres personnes). Cet oeuf semble être mystérieusement "connecté" à la planète Mars. Erwelyn et Sibylline avaient déjà attisé ma curiosité à propos de cette nouvelle rédigée en 1897, dont je ne vous révèlerai pas la fin.

Cet oeuf peut faire songer aux "palantiri" de J.R.R. Tolkien dans Le seigneur des anneaux. Par ailleurs, dans Les trois yeux, Maurice Leblanc imagine qu'un savant a découvert une substance permettant aux Vénusiens d'envoyer aux Terriens des projections cinématographiques sur un écran ad hoc.

* L'étoile (pp.153-169, nouvelle de 1897). Il se passe des choses du côté de Neptune, selon les astronomes. Dans le ciel apparaît un nouvel astre. Il grandit à une telle allure qu'il devient évident qu'il va impacter notre planète. Wells fait état des cataclysmes (éruptions volcaniques, raz-de-marée, fonte des glaciers...) qui frappent notre malheureuse planète ici ou là avec beaucoup de détachement et sans du tout insister. J'ai bien apprécié le "clin d'oeil" final aux astronomes qui, dans leurs lunettes, n'ont pu en percevoir qu'une infime partie. Sibylline en a parlé, Erwelyn aussi (plus anciennement), ainsi que Bidib.

On songe, bien entend, à l'album L'étoile mystérieuse des aventures de Tintin par Hergé.

* La pomme (pp.170-182): encore un conte, publié en 1896. Au départ plutôt dramatique (massacres de populations en Turquie...), la nouvelle devient assez sarcastique sur la fin. Cette pomme serait celle de la connaissance, en provenance indirecte du jardin d'Eden. Mais aucun de ses propriétaires successifs n'ose y mordre... Et le jeune enseignant à qui elle est échue craint tellement le ridicule qu'il finit par la jeter! Je n'ai pas trouvé de blog qui l'ait commentée.

28 juillet 2022

Les premiers hommes dans la lune - H. G. Wells

wells_NOIR   2022-en-classiques-Logo1   logo-SSW-Obi-Wan-Kenobi  10e_ChallengedeLImaginaire

Et voilà que nous arrivons au bout des six titres d'H. G. Wells (en cinq volumes) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) possédais déjà dans ma bibliothèque depuis les années 1980, et que j'ai scrupuleusement relus à l'occasion de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline). Les premiers hommes dans la lune, publié en 1901 en anglais et traduit en français la même année, constitue probablement l'un des premiers "planete opera", ce qui rend le livre éligible au 13e Summer Star Wars proposé par le RSF Blog et aussi, bien sûr, au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque), tout autant qu'au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine).  

P1150424Les premiers hommes dans la lune, Le Livre de Poche N°1430, 254 p. (DL 1965 pour mon édition - avant Apollo 11!). 

Qui sont donc ces "premiers hommes"? Le narrateur, Bedford, avoue être un affairiste, mais ne peut qu'attirer notre sympathie, puisque le plus sûr moyen de gagner de l'argent qu'il imagine d'abord consiste à ... rédiger une pièce de théâtre. Dès le premier jour de rédaction, sa concentration est perturbée par un promeneur trop bruyant. Le quatorzième jour, il n'y tient plus et l'interpelle... Et voici notre binôme de choc (savant + homme pratique) constitué. Le promeneur distrait cherche à mettre au point une substance révolutionnaire, qui serait "opaque à la gravitation". Il n'a jamais vraiment réfléchi à en tirer un éventuel profit. C'est ce qui attire par contre notre compère. Je vous passe les travaux pratiques nécessaires: p.60, après une traversée de l'espace de quelques jours dans une sphère revêtue de "cavorite", ils assistent à un lever de soleil sur la lune. Il faut laisser prise au merveilleux pour savourer ce livre. Un peu comme quand on admet, chez Jules Verne, que les "colons" de l'Ile mystérieuse arrivent à disposer, dans leur île volcanique, de quantité de ressources naturelles (minerais, flore, faune) répondant à leurs besoins et qu'il n'y a plus qu'à transformer "artisanalement". Ici sur la lune, donc, la planète se réveille, l'atmosphère se dégèle, la végétation pousse à toute allure...  Après des jours et des jours d'enfermement, nos premiers hommes à fouler le sol lunaire sautent gaiement, le souffle un peu court... Malheureusement, leurs gambades (sous 1/6 de la gravité terrestre) leur font perdre de vue leur sphère: ils se sont écartés... et ils découvrent qu'il n'y a pas que de la flore. Affamés, ils ont le tort de goûter des champignons inconnus... et se réveillent prisonniers dans les entrailles de cette lune creuse. Alors qu'ils ont réussi à regagner la surface, ils se séparent pour retrouver leur chaloupe de sauvetage terrestre. Au lieu de rendez-vous prévu, Bedford ne trouve qu'un message de Cavor laissant deviner qu'il a été capturé de nouveau (ou pire), et se résoud à sauver sa propre existence en quittant notre satellite avant que toute vie l'abandonne à cause de la nuit lunaire. Il ramène tout de même de leur expédition un bon poids d'or à son retour sur terre. A peine a-t-il eu le temps de le débarquer que la sphère disparaît à jamais (avec un garnement touche-à-tout à son bord...). Après cela, notre Bedford n'a plus guère comme ressource que de publier le récit de son aventure, sous le nom, tiens, d'H. G. Wells. Et fin de l'histoire... ah non, puisque du coup un "radioamateur" avant la lettre l'informe avoir reçu des messages en provenance de la lune: Cavor y est toujours vivant.
Mais je m'arrêterai là.  

J'ai trouvé plusieurs blogs qui ont écrit sur ce livre: Oncle Paul (dernier billet en avril 2021), un vieux billet de Lina Carment. L'article d'Erwelyn évoque aussi le film qui a été tiré du livre en 1919 (Wells ayant été sollicité pour participer au scénario). Du coup, je peux aussi citer pour ce qui concerne le film Bob Morane (blog Glandeur nature) ou encore le blog de Kalev (dernier billet en janvier 2021). 

Enfin, je signalerai que la cavorite a été par la suite réutilisée par au moins un "continuateur" de Wells: Laurent Genefort a écrit Les temps ultramodernes, et un court texte de lui intitulé Abrégé de cavorologie a paru en même temps, à titre promotionnel. Je ne les ai pas lus... encore.

22 avril 2022

L'île des âmes - Piergiorgio Pulixi

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Je viens de terminer un polar sarde qui dépayse bien. L'île des âmes de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 535 pages) se passe de nos jours dans le sud de la Sardaigne, en particulier à Cagliari. Moreno Barrali, un policier à la retraite qui se sait condamné, aimerait bien qu'avant sa mort deux meurtres perpétrés en 1975 et 1986 soient enfin résolus. Il s'agissait de deux jeunes femmes (jamais identifiées et dont les corps n'ont jamais été réclamés) qui ont été retrouvées sur des sites ancestraux, parmi les nuraghes (des ruines en pierre qui datent de l'âge de Bronze). Deux inspectrices, Mara Rais et Eva Croce, sont mutées au département des crimes non élucidés. Ces deux jeunes femmes que tout oppose vont essayer de résoudre ces "vieilles" affaires, mais très vite, elles abandonnent pour mieux se consacrer à un nouveau meurtre. De nouveau, il s'agit d'une jeune femme retrouvée sur un site sacré. Le modus operandi semble le même, mais avec des variations. Ce roman nous fait visiter la Sardaigne et nous décrit quelques coutumes dont certaines très barbares. C'est une île (ou plutôt un archipel d'innombrables îlots séparés non par la mer mais par des langues de terre) où les superstitions sont vivaces. Dans le genre de récit, ce roman m'a beaucoup fait penser à la "trilogie du Baztan" de Dolorès Redondo qui se passe au pays basque espagnol. A priori, on devrait retrouver les deux inspectrices dans un roman ultérieur.

2 mai 2022

La ruse - John Madden / L'homme qui n'existait pas - Ewen Montagu

Mercredi 26 avril 2022 est sorti en salle La ruse (Operation Mincemeat / Opération Chair à pâté ou Viande hâchée) de John Madden. Le film retrace la rocambolesque mystification qui permit aux Alliés de débarquer en Sicile en juillet 1943. Ewen Montagu, qui était membre des services secrets britanniques, a fait partie du groupe qui a imaginé une ruse pour tromper les Allemands. Un cadavre (il s'agissait d'un SDF d'origine galloise qui s'était empoisonné avec de la mort-aux-rats) revêtu d'un uniforme militaire avec des papiers, lettres et photos fut largué au large des côtes espagnoles par un sous-marin. Il avait en particulier à la main une sacoche contenant une lettre scellée avec un cachet en cire qui faisait allusion au fait qu'un débarquement allié aurait lieu en Grèce. Les Allemands en ont pris connaissance et s'y sont fait prendre. Par rapport au récit écrit par Ewen Montagu il y a près de 70 ans, il y a des ajouts, dont un début de romance entre Ewen (qui était marié) et une jeune femme appartenant au groupe. On note aussi la présence de Ian Fleming qui a priori n'a pas participé directement à l'opération. Le film est un peu lent et il n'y a pas beaucoup d'action. C'est un peu plat par rapport au sujet traité mais il se laisse voir. Concernant ce SDF que l'on avait appelé William Martin, il repose depuis presque 80 ans dans un cimetière en Espagne à Huelva. Pour information, le film est adapté d'un récit écrit par Ben McIntyre (né en 1963) qui s'est certainement inspiré de la relation des faits par Montagu. Et j'ajouterai qu'en 1956, un film de Ronald Neame a été tourné sur le même sujet, en s'inspirant, lui, du récit de Montagu.

Sinon, j'ai commencé le récit écrit par Ewen Montagu en 1953. C'est très factuel et cela se lit bien. Ce livre m'a été prêté par mon ami ta d loi du cine que je remercie.

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10 avril 2022

Aristocrats - Yukiko Sode

J'ai suivi l'avis de Chris et je le remercie pour avoir conseillé d'aller voir Aristocrats, le premier long-métrage d'une Japonaise Yukiko Sode. J'ai apprécié le ton du film qui se divise en plusieurs chapitres. A Tokyo, Hanako, une jeune femme de vingt-sept ans issue d'une famille aisée, doit trouver un homme de son milieu pour se marier avec lui. Passé trente ans, une femme encore célibataire est très mal considérée. Après quelques rencontres infructueuses, elle rencontre Koichiro, un jeune homme conseiller juridique qui est promis à devenir un élu politique. Ce mariage arrangé semble convenir aux deux familles. La scène où Hanako est présentée à sa future belle-famille: tous agenouillés les uns en face des autres m'a frappée. Mais très vite, Hanako apprend que Koichiro échange des messages avec une certaine Miki qui, elle, est née dans un milieu modeste et est devenue hôtesse de bar. La rencontre entre les deux femmes va leur permettre d'évoluer et d'échapper au carcan et aux codes de la société nippone. Le film montre avec beaucoup de subtilité que d'être une femme au Japon n'est pas une sinécure. Elles doivent se marier, avoir des enfants (au moins un garçon), être aux petits soins pour son mari, et on ne sort pas de sa classe sociale. A Tokyo, selon les quartiers où vous habitez, on sait à quelle classe sociale vous appartenez. Le film dure deux heures que l'on ne voit pas passer. Un très beau film que je recommande.

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5 juillet 2022

Futur imparfait (Les enquêtes de Murdoch, saison 3, épisode 8)

wells_NOIRJe (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) rédige encore un petit billet dans le cadre de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline). Cette fois-ci, ce n'est pas un livre, mais un épisode d'une série télévisée, où apparaît Herbert George Wells, en tant qu'auteur célèbre, à la fin du XIXe siècle et/ou au début du XXe. Il s'agit de la série canadienne Les enquêtes de Murdoch, et plus particulièrement du 8ème épisode de la 3ème saison (titré Futur imparfait).

Le thème de la série: à Toronto, l'inspecteur Murdoch travaille au sein du Poste de policet n°4 à résoudre des enquêtes criminelles diverses, variées et complexes. Passionné de sciences, William Murdoch met en application bien des inventions "prémonitoires", tout en restant dans les limites technologiques de son époque. Il a aussi l'occasion de croiser maints savants ou écrivains célèbres à son époque (de véritables personnages historiques). Dasola avait parlé de cette série il y a quelques années. On a pu voir les personnages et leurs relations entre eux évoluer au fil du temps, puisque cette série fait preuve d'une longévité certaine. Elle est diffusée depuis 2008, la 15e saison est en cours de diffusion au Canada, cependant que le tournage de la 16e a commencé. Nous en suivons régulièrement, avec dasola, la diffusion de nouveaux épisodes, et elle s'est procuré toutes les saisons qui sont disponibles en DVD.

Ainsi, nous avons pu revoir spécialement cet épisode-ci dans le cadre du "Mois Wells". Pour ce Futur imparfait, la rencontre avec l'écrivain Herbert George Wells s'inscrit dans un arc narratif plus complexe. Murdoch et le médecin-légiste de la police de Toronto (le docteur Julia Ogden, qui laisse deviner un tendre penchant pour lui) sont invités à assister à une conférence sur l'eugénisme. Celle-ci est organisée (et financée) par un adversaire de Murdoch, et l'invité d'honneur est ... H. G. Wells. Un chien interrompt la conférence en ramenant un trophée macabre... et l'enquête commence. Parallèlement, l'agent Crabtree (fidèle "adjoint" de Murdoch dans ses enquêtes) se voit interdire par leur supérieur, l'inspecteur-chef Brackenreid commandant le Poste de police n°4, d'enquêter sur de mystérieux enlèvements de chiens. Enfin, Wells est accompagné, à Toronto, par la jeune soeur du Dr Ogden (déjà vue dans des épisodes précédents), Ruby, qui souhaite interviewer l'illustre écrivain.

H. G. Wells est joué par un acteur moustachu - que personnellement je ne trouve pas si ressemblant que ça aux photos de notre écrivain. Son rôle ne fait pas vraiment avancer l'intrigue, il est là comme personnage secondaire. Mais plusieurs faits historiques sont bien mis en évidence: ses positions sur l'eugénisme (Wells a adhéré en 1907 à la Société eugénique, mais rejette vite les thèses du fondateur de celle-ci, Francis Galton [1822-1911], dont les théories ont inspiré les idées et les pratiques nazies visant une "race supérieure"). Il se comporte comme un séducteur (sans cacher sa situation: marié, divorcé et re-marié), l'oeil qui frise ou adepte du baise-main (sauf erreur de ma part), mais n'en est pas moins gentleman: il accepte de bonne grâce le fait que, quand une femme dit non, c'est non. Il met aussi l'oeil au microscope pour confirmer à Murdoch l'identification de pollens relevés sur un cadavre (victime d'un meurtre). Enfin, l'affaire de l'enlèvement des chiens résolus (ceux-ci servaient à un docteur qui pratiquait la vivisection de chiennes gravides pour étudier le développement de l'embryon), et accessoirement le meurtre aussi, on le voit quitter le commissariat en prenant des notes en vue d'un roman qui se passerait sur une île et mettrait en scène un docteur...

Parfois, certaines "célébrités" réapparaissent dans la série Murdoch: rien ne dit qu'on ne reverra pas H. G. Wells dans un épisode ou un autre!

De mon côté, j'ai mis la main sur une biographie de Wells. Je tâcherai d'en tirer prochainement un billet. [livre chroniqué le 10/07/2022]

20 mars 2022

Cap sur Mars - Albert Weinberg

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Il ne me reste plus beaucoup de billets à publier (signés ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) avant la fin officielle de mon Challenge de la planète Mars, laquelle avait été annoncée, il y a déjà plus d'un an, pour le 31 mars 2022. Aujourd'hui, j'utilise le prétexte "martien" pour présenter un album de bande dessinée. J'ai trouvé le volume ci-dessous, d'une série "classique" que je connais de très longue date, mais dont je n'avais, je crois bien, jamais lu cette histoire-ci, sous forme du tome 2 d'une intégrale, et ai sauté donc dessus. Il s'agit d'une aventure de Dan Cooper, un héros aviateur militaire canadien créé par Albert Weinberg, Cap sur Mars. 

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L'intégrale Dan Cooper t.2, février 2001, 188 pages

Dan Cooper constitue la principale série dessinée par Albert Weinberg (1922-2011). Quarante-et-un albums sont parus entre 1947 et 1992 (j'en possède une dizaine, achetés sur plusieurs décennies, depuis le début des années 1990). Les scénario sont quasiment tous dûs à Albert Weinberg. Publiées dans le journal Tintin à l'origine, certaines de ces aventures apparaissent bien évidemment quelque peu datées aujourd'hui. Les 62 pages de Cap sur Mars constituent la quatrième aventure de Dan Cooper, publiée dans le journal en 1958-59 et parue en album en 1960. Mais en fait, Mars y tient fort peu de place... 

Page d'ouverture de la partie concernant cet album P1140238

P1140232 p.187, la couverture du journal Tintin du 16/07/1958

 P1140233 p.122, la dernière page de l'album

Mais que se passe-t-il donc dans cet album, à part Mars? Il s'ouvre sur la présentation de "l'année sidérale". [Vérification faite, la première "année internationale" sous l'égide de l'ONU a été organisée en 1959, et la première "année de l'espace" date, elle, de 1992. Quelle prémonition!] C'est dans ce cadre que Dan Cooper (en p.2) est invité à piloter un prototype d'avion-satellite, le X-100, pendant que le Canada prépare un engin capable d'aller jusqu'à Mars. Et comme 62 pages, c'est long, les 25 premières sont consacrées par Dan Cooper à "guérir" de sa phobie aérienne le pilote-ingénieur chargé de la mise au point de l'engin, qui se trouve être un vieux copain de la Seconde guerre mondiale (pas si lointaine alors). Que d'aventures! Par exemple, Dan passe en plein vol, de la cabine d'un action à réaction à celle d'un bimoteur à hélice, en rampant sur les ailes (!). Quant au X-100, il préfigure de loin le vrai X-15 que pilotera Buck Danny (autre héros pilote) pour le journal Spirou, quelques années plus tard (en 1965 - le véritable appareil a volé de 1960 à 1968). Bref, tant de péripéties dans Cap sur Mars justifient sans doute qu'une grande case rappelle à la fin de cette séquence que le vrai but reste Mars (p.96).

P1140239Mais, hop, débarquent d'autres vieux ennemis (d'un album précédent) qui vont chercher à mettre des bâtons dans les roues de l'expédition. Et c'est seulement dans les huit dernières pages que se réalise l'expédition vers Mars. Nous commençons par voir - enfin - l'engin spatial, qui n'a pas été sans me rappeler les vaisseaux qui permettent aux énigmatiques Atlantes d'Edgar P. Jacobs de quitter définitivement notre planète (L'Enigme de l'Atlantide, publié dans Tintin en 1955-56 et paru en album en 1957). Cet engin à corps sphérique fonctionne en captant l'oxygène atomique contenu dans les hautes couches de l'atmosphère, puis grâce à l'effet répulsif de la terre - n'oublions pas qu'un kilog (sic!) d'électrons à chaque pôle se repousseraient avec une force de 200 000 milliards de tonnes (si, si! C'est écrit p.118-119). P1140235Les paysages sidéraux des dernières pages ne sont pas sans ressemblance, ai-je trouvé, avec des images de l'espace traversé par la fusée pointue dessinée par Hergé dans l'aventure de Tintin On a marché sur la lune, qui date, pour sa part, du début des années 1950. Et si au final nos héros (Dan Cooper et ses deux acolytes) n'arrivent pas à débarquer sur Mars (pourquoi? Mystère...), ils vont cueillir quelques lichens sur un de ses satellites, Deimos. Et on en reste là. Après ce simple aller, on ignore tout du retour, puisque le cinquième album parlera de tout autre chose.

 

P1140236 (p.115, au sol...) P1140234 (... et p.118, en vol) L'appareil piloté par Dan Cooper...

... et ceux des Atlantes cités plus haut P1140237 (L'Enigme de l'Atlantide, p.64)

Par la suite, les aventures de Dan Cooper tourneront autour de l'aviation, civile ou militaire, de l'espionnage, d'aventures pleines de traitres ou de saboteurs, de quelque patrouilles acrobatiques, d'une idylle plus ou moins dramatique... Je noterai tout de même que plusieurs autres albums de la série seront encore en lien avec le spatial: SOS dans l'espace, 3 cosmonautes, Apollo appelle Soyouz. Mais c'en sera fini de Mars.

Je signalerai encore qu'à l'époque lointaine (je n'étais pas né!) où paraissait Cap sur Mars, la France n'était pas encore sortie du "commandement intégré" des forces de l'Otan et accueillait des bases militaires utilisées par ses alliés sur son sol. Comme à la base aérienne de Mar... ville, où stationnaient des escadrilles canadiennes, équipées notamment de l'avion CF-100 Canuck (seul avion militaire de chasse canadien construit en série), que l'on voit dans cette BD. Aujourd'hui, signe des temps, c'est une centrale solaire photovoltaïque qu'accueille l'aéroport de Marville-Montmédy, qui appartient désormais à la communauté de communes du pays de Montmédy. Bref. 

A ce jour, aucune Maison d'édition ne semble avoir souhaité faire reprendre la série Dan Cooper après la mort de son créateur (à moins que ce soit celui-ci ou ses ayants-droits qui s'y soient opposé? Je l'ignore). Il est vrai que les séries toujours actives aujourd'hui sur le thème de l'aviation sont déjà nombreuses sur le marché. Si je n'ai pas réussi à trouver de blog qui parle Dan Cooper (difficile de chercher, avec des moteurs de recherche qui semblent ne plus trop bien référencer les blogs?), j'ai par contre découvert une page internet très complète sur la BD et l'aviation, qui liste des dizaines de séries (bravo!). 

25 février 2022

Martiens, go home! - Fredric Brown


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 J'ai (ta d loi du cine,"squatter" chez dasola) fini par dénicher un exemplaire du livre qu'avait chroniqué dès mars 2021 une des toutes premières participantes au Challenge de la planète Mars. Alors que le monde (occidental) regarde à la télévision aujourd'hui [vendredi 25 février 2022] des images d'une invasion prédite avant d'être effective, j'ai l'impression que les grandes manifestations populaires qu'on connaissait jadis ont autant de retard à l'allumage que les éventuelles sanctions qui seront prises contre l'envahisseur. Le titre que je chronique présentement fait écho de manière humoristique aux "US go home!" de naguère, puisqu'il s'agit de Martiens, go home! de Fredric Brown. Ce classique de la SF, paru en 1954 aux Etats-Unis et traduit en français en 1957, bénéficie d'une certaine notoriété, comme en témoignent les nombreux liens que j'ai pu mettre en fin d'article.

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La couverture ci-dessus donne une interprétation acceptable de l'oeuvre: un gnome vert (les oreilles pointues me semblent une licence artistique de l'illustrateur Frank Kelly Freas) en train de vous regarder d'un air narquois à travers le trou de la serrure (il existe bien sûr des illustrations qui diffèrent de celle de l'édition que je possède) (1). 

Un personnage apparaît comme le fil conducteur de l'oeuvre, sinon le véritable héros: il s'agit d'un certain Luke Devereaux, écrivain de son état, plongé dans les affres solitaires de la page blanche quand le roman commence, le 26 mars 1964. "Laissant muser son imagination, il se demanda brusquement: et si les Martiens...?". Simultanément, on frappe à la porte de sa cabane. Et ce n'est pas un cadeau: "Salut toto, dit le petit homme vert. C'est bien la terre ici?". S'ensuivent 15 pages de persécutions à sens unique. Mais la créature mal embouchée n'est pas seule: un milliard de Martiens se sont téléportés sur notre planète. Immatériels, dotés d'une vision de superman (celle à rayons X), l'humanité ne peut rien leur cacher, nulle part, ni s'en débarrasser d'aucune manière, et ils se font un plaisir de claironner à tout l'univers les petits secrets de tout un chacun (pour eux, tous les hommes s'appellent toto, et toutes les femmes "chouquette" - quel manque de respect, n'est-ce pas?). Page 64, une énumération de 47 qualificatifs commence par "ils se montraient acariatres" et se termine par "ils étaient (...) zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact". De quoi déprimer les trois milliards d'humains. D'où d'abominables conséquences: le Président des Etats-Unis, en son for intérieur (p.104), doit bien constater que la situation est grave, car la Bourse baisse, l'industrie du spectacle approche de la ruine; et que faire des soldats de l'Armée, inaptes à tout autre emploi utile? On aura noté que, de l'autre côté du rideau de fer, nos Martiens sévissent en toute équité. Impossble désormais de recourir à la propagande: "les Martiens se faisaient un plaisir de souligner à grand renfort de publicité le plus petit coup de pouce donné à la réalité" (p.102). J'ai aussi savouré les diverses réactions des religions face au phénomène martien, chacune y allant de sa solution (encore une énumération pour qualifier nos envahisseurs, depuis "anges du mal" jusqu'à "trolls", avec pas moins de 25 items). Je me dis qu'un lecteur contemporain peut aussi songer (encore un anachronisme!) à ce que l'auteur n'avait sûrement pas pu y mettre à l'époque, et identifier ses "Martiens" avec d'autres "trolls", ceux qui "pourrissent" les échanges sur les réseaux sociaux, ou encore avec les harceleurs divers et variés qui "détruisent" la vie (réelle, et pas seulement numérique) de leurs victimes. Mais revenons à notre Luke Devereaux. Finalement, les choses n'ont pas si mal tourné que cela pour lui. Notre écrivain a "évacué" à sa manière la question martienne, s'est rabiboché avec son ex-épouse, et a pondu en cinq semaines de réclusion semi-volontaire dans une clinique psychatrique la meilleure de ses oeuvres (un western). Ne (lui) reste plus qu'à délivrer l'humanité tout entière de ses persécuteurs. Peut-être grâce à ses efforts personnels, ou bien encore à ceux de quelques centaines de milliers de personnes tendues vers le même but en parallèle (et qui, selon la définition classique, ne se rencontreront jamais), les Martiens s'évaporent tous ensemble le 19 août 1964, cent quarante-six jours et cinquante minutes après leur première apparition. Bon, quand j'ai dit cela, je n'ai pas vraiment "spoilé" le roman, il vous reste surtout à en déguster chaque péripétie en savourant l'art avec lequel elle est contée. J'avoue pour ma part avoir apprécié la digne sortie de scène du secrétaire général de l'ONU, humilié par les Martiens qu'il venait de conjurer d'accepter la parole des Terriens de ne jamais aller les déranger sur Mars en ayant réussi le miracle de faire parler toute l'humanité d'une seule voix pour cela: quand on vous répond "va te faire enc..., toto", si l'on est brave, que peut-on faire?

A défaut de la critique de Girlymamie (qui a carrément supprimé son blog de peur de se faire piller ses articles), j'ai trouvé (ou retrouvé) une bonne quantité de billets ayant chroniqué Martiens, go home! au fil des ans. Citons-les par ordre alphabétique: Elessar, Elhyandra, Elwyn (navigatrice de l'imaginaire), Erwelyn, Esprit S.F. (dernière MAJ en 2020), FeyGirl, le site collectif Le galion des étoiles, Lhisbei, la bibliothèque de Loki (dernière MAJ en 2021), Lorkhan, chez Nirgal (dernière MAJ en 2021), et l'ancien blog de XL.

Bonne lecture!

(1) Voir notamment Chroniques martiennes.

* Edit du 27/02/2022: je viens de découvrir le Challenge "2022 en classiques" proposé par Blandine et Nathalie. C'est trop tentant... Après, comme il y a du coup deux logos, je les mettrai alternativement!

15 mars 2022

Chroniques martiennes - Ray Bradbury

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logochallengeWinterSFFStoriesJe (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais encore présenter deux éditions différentes pour la même oeuvre, mais cette fois-ci (contrairement au recueil de nouvelles de Philip K. Dick de mon billet précédent), c'est parfaitement volontaire. 

Les Chroniques martiennes de Ray Bradbury constituent-elles un recueil de nouvelles? Sa préface à la seconde édition les qualifie de "mythologie à l'état pur". Ma première édition (dans la regrettée collection "Présence du futur" chez Denoël) a été imprimée en 1978, je pense qu'elle a dû m'être offerte cette année-là ou peu après (pour ma première lecture). La datation des nouvelles nous projetait alors de janvier 1999 à octobre 2026. Et c'est l'an dernier (pour anticiper le présent billet!) que je me suis procuré la seconde, imprimée en 2008 (Folio SF N°45, 1ère éd. 2001). La chronologie de cette édition dite "de 1997" (publiée en 1990 aux Etats-Unis) s'étend désormais de janvier 2030 à octobre 2057 (je ne sais pas si je verrai cette date!). Ray Bradbury est pour sa part décédé en juin 2012 (à 91 ans). Contrairement à certaines des oeuvres que j'ai déjà présentées, les Chroniques martiennes sont toujours éditées et disponibles en "neuf" aujourd'hui. 

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Mon volume de chez Denoël comportait 26 nouvelles, traduites par Henri Robillot. Relevons que mon volume, s'il porte bien toujours le numéro 1 dans la collection, affiche la présentation en vigueur en fin des années 1970 (une illustration dans un cercle, sur un fond de couleur), et non plus la couverture originale datant de 1955 (je n'étais pas né!). Ma seconde édition (traduction de l'américain par Jacques Chambon et Henri Robillot) compte deux nouvelles de plus. Et pour information, quand on lit les deux éditions en même temps, on s'aperçoit que les traductions diffèrent presque à chaque phrase. La seconde est-elle vraiment plus précise (traduction, trahison)? Je ne me suis pas reporté aux textes originaux, bien entendu, et serai bien incapable de rédiger une thèse là-dessus, rassurez-vous! Signalons juste que certains titres de nouvelles eux-mêmes ont changé en français. Je vais, déjà, essayer d'apporter des éléments différents de ceux que n'importe qui peut lire dans le très bon article de Wikipédia (consulté le 11 mars 2022), mais ça ne va pas être facile. Foin donc de l'ordre chronologique, essayons des regroupements par thèmes, et peut-être davantage compréhensibles à ceux qui ont déjà lu l'oeuvre, puisque, comme chacun sait, ce "recueil de nouvelles" constitue une oeuvre cohérente (et inversement). Le livre est constitué de nouvelles écrites d'abord de manière indépendante, et dont certaines avaient été publiées dans des magazines américains entre 1945 et 1950, mais aussi de nouvelles écrites spécialement aux fins de "compléter l'histoire".

Les expéditions humaines de la terre à Mars. Les férus de numérologie pourront relever que la première expédition qui "réussit" (ne disparaît pas corps et biens) est la quatrième, mais aussi celle dont le nombre d'équipiers est un nombre impair et romp la progression géométrique: 2, 4, 16 hommes arrivés vivants sur Mars, ... puis enfin 17? On aurait rêvé d'une nouvelle expliquant ce passager surnuméraire: passager clandestin? Fruit des cogitations d'un scientifique illuminé? Le "17ème" serait-il l'archéologue Spender, ou le capitaine Wilder? Ensuite, en un rien de temps, 90 000 personnes débarquent... Et jusqu'à des vieillards! Les nouvelles concernées sont: Ylla; Les hommes de la Terre; La Troisième expédition; ... Et la lune qui luit; Les sauterelles; Les vieillards.

Les Martiens tels qu'en eux-mêmes. Ces humanoïdes aux yeux jaunes, télépathes, ne sont pas toujours sympathiques pour autant. Le Martien peut être empathique avec une personne à la fois. Mais face à la foule... Une foule de Martiens peut être glaçante d'ironie amère, comme dans Morte-saison.

Le retour à la terre. La guerre venue, les émigrants ne partent pas dans le désert, non, ils songent à regagner leur planète d'origine. Cela s'anticipe dans Le marchand de bagages, se précise (donc) dans Morte-saison, puis Les spectateurs... Tout ça (y compris la destruction d'une civilisation millénaire?), pour ça...

Ceux qui restent. Dans Les longues années, on retrouve, plusieurs décennies après le début de la colonisation de Mars, certains des survivants de la quatrième expédition... Et aussi le solitaire qui a décidé de ne plus répondre au téléphone dans Les villes muettes.

Les histoires les plus fantastiques. Usher II attend de pied ferme, sur Mars, les inspecteurs de l'Ambiance morale qui, sur terre, ont imposé la censure au tournant du XXIe siècle - dans la chronologie alternative des Chroniques bien entendu. Comme en écho, on trouve sur terre la maison de Viendront de douces pluies, dont la domotique perfectionnée a survécu à ses habitants humains.

L'espoir. Les rencontres qui auraient être paisibles, en partage, sans violence (le temps de la violence est passé ou reste à venir). Rencontre nocturne, entre un Terrien et un Martien, pacifiques, qui ne partagent pas la même vision... mais se séparent en se souhaitant "au revoir". Le matin vert: le lecteur de 2022 pourrait songer au Printemps silencieux (Rachel Carson), ou à Matin brun (Franck Pavloff). Il s'agit juste, ici, d'une "terraformation" accomplie par un Terrien opiniâtre. Pique-nique dans un million d'années: peut-être, enfin, des terriens respectueux de la nouvelle planète où il ont choisi de vivre?

Les deux nouvelles nouvelles. Les ballons de feu témoigne d'une philosophie plutôt irrévérencieux, pour les WASP, je suppose. Les grands espaces, ou l'angoisse que peuvent ressentir les fiancées restées au pays en s'apprétant à rejoindre leur futur.

Je n'ai cité que les deux tiers des titres des nouvelles. Une épopée, ça a un début, un milieu et une fin. Ici, cette oeuvre part un peu dans tous les sens, et dans tous les genres aussi (fantastique, dramatique, satirique, mélancolique...). Chacun, je suppose, peut y trouver un texte qui lui parlera davantage que les autres, peut-être un personnage à qui s'identifier... Mais ça doit être très personnel. A découvrir!

Et pour finir, voici quelques liens vers différents blogs ayant chroniqué les Chroniques et que font remonter les moteurs de recherche. Beaucoup ne sont plus mis à jour en 2022. Par ordre plus ou moins alphabétique (liste non exhaustive), j'ai trouvé: Annbourgogne, Arkantz (dernière MAJ en 2020), Aventuriers (dernière MAJ en 2019), Belykhalil, La bibliothèque éclectique, Blackwolf (dernière MAJ en 2019), Le Bouddha de Jade, Capitaine Café (dernière MAJ en 2020), Carolivres, Lisou sur le blog Les pipelettes en parlent, une couverture en anglais chez Nathalie de Pages à pages, Philippe (dernière MAJ en 2019), Santifike (dernière MAJ en 2019), Thomas (dernière MAJ en 2021), Yvan, un vieux billet de Zaroff sur le blog collectif ZLLT.

Si j'arrive à conserver un bon rythme de rédaction avant le 31 mars 2022, je tâcherai de vous présenter une adaptation que je me suis procurée récemment. [Cf. billet du 30/03/2022]

20 février 2022

Au seuil du futur - Howard Fast

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Voici un premier billet en 2022 pour mes participations au Challenge de la planète Mars et au 10e Challenge de l'Imaginaire. Alors que j'ai déjà chroniqué naguère un livre d'Howard Fast, je n'avais pas regardé avec précision ce qui concernait sa vie et son oeuvre. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) le situais vaguement dans la même chronologie que Georges Orwell (mort à 47 ans en 1953), alors qu'en fait Howard Fast est né en 1914 et est décédé au début du XXIe siècle (en 2003), presque nonagénaire. Le recueil de nouvelles que je vous présente aujourd'hui, dans le cadre du Challenge de la planète Mars, a été publié en 1961 sous le titre The Edge of Tomorrow. Mon édition en français (Au seuil du futur, Bibliothèque Marabout, n°266, 246 pages, 1ère éd. 1966) a été imprimée en 1972. Même si ce bouquin est bien plus jeune que moi, on sent que le poids des ans (un demi-siècle) est passé sur ce livre "format poche" désormais fragile. Le papier est fort jauni, et je ne me risquerai guère à le plier - ni à le mettre sans protection dans une poche d'anorak! *

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Sur les huit nouvelles composant le recueil, deux seulement concernent Mars.

Caton le Martien revisite Tite-Live et les guerres puniques d'une manière très philosophique. Après avoir capté les émissions de télévision et de radio terriennes, et se fondant sur ce qu'ils en perçoivent du caractère humain, les Martiens entraînés par un leader forcément plus malin que les autres décident de réchauffer la guerre froide. Mais à qui en cuira-t-il? Sur Mars, on ne parle qu'une seule langue (à défaut de parler d'une seule voix). J'avoue avoir été interpellé par le mépris dans lequel nos érudits Martiens semblent tenir notre langue française, "une langue qui n'est parlée que par une poignée d'habitants du continent européen" (et autant pour l'éditeur belge Marabout...?). A cette aune, l'auteur de Spartacus devait être anticolonialiste. Et le fameux "Vive le Québec libre!" n'avait pas encore été prononcé par notre De Gaulle national.

Made in Mars raconte comment quelques produits merveilleux présentés dans une poignée de boutiques chics suffisent à bouleverser le sort de notre Terre, dans une logique de capitalisme concurrentiel. Et les millions de dollars valsent... avant, pendant et après la campagne marketing, qui a pris fin inopinément. J'ai déniché un site faisant référence de manière amusante à cette nouvelle, sous forme d'un exercice de style d'une promotion d'étudiants.

Je vais juste dire quelques mots des six autres nouvelles.

Les premiers hommes a fait écho, chez moi, au livre de Barjavel Le grand secret. Je considère en tout cas que cette nouvelle-là permet d'inscrire le livre dans le thème bimestriel "famille choisie" du 10e Challenge de l'Imaginaire.

La fourmi géante évoque les réactions provoquées chez l'Américain moyen à la vue d'une forme de vie inhabituelle.

Du temps et des chats développe de manière plutôt classique le thème du paradoxe temporel.

L'affaire Kovac est peut-être celle que j'ai trouvée la plus originale et la plus intéressante. Elle fait écho à quelques thèmes de récits d'anticipation tels que pouvait les concevoir Jack London (dans sa nouvelle Goliath, par exemple).

La vue de l'Eden m'a fait penser à la philosophie des Chroniques martiennes de Bradbury (que j'espère arriver à chroniquer d'une manière ou d'une autre avant le 31 mars 2022).

J'ai cherché si je trouvais des blogs ayant parlé du recueil Au seuil du futur. On peut trouver des avis sur Babelio (mais ce n'est pas ma tasse de thé). Un site (et non un blog) en parle: la bibliothèque de Gloubik. Si vous trouvez d'autres références, je suis preneur bien entendu.

* Edit du 21/02/2022: pour répondre à Ingamnic, les nouvelles en elles-mêmes ont mieux traversé les décennies que leur "support matériel" lui-même! Plusieurs restent surprenantes.

* Edit du 27/02/2022: je viens de découvrir le Challenge "2022 en classiques" proposé par Nathalie et Blandine. C'est trop tentant... Après, comme il y a du coup deux logos, je les mettrai alternativement!

** Edit du 03/03/2022: et encore un Challenge (qui se termine le 31 mars 2022 - quatre mois, c'est "court"!), "Winter short stories of SFF", proposé par Célindanaé pour mettre en avant les "nouvelles" ou "novellas".

6 février 2022

La propriété - Rutu Modan

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J'ai trouvé par hasard dans une bibliothèque de Paris que je fréquente La propriété de Rutu Modan. Je me rappelais avoir vu il y a quelques années sur des blogs le titre et la couverture de ce roman graphique édité aux Editions Actes Sud (232 pages). Je l'ai lu en un peu plus d'une heure avec beaucoup de plaisir. L'histoire se déroule sur une semaine. Regina et Mica Ségal, la grand-mère et sa petite-fille, prennent l'avion de Jérusalem pour aller à Varsovie. Dans l'avion, il y a toute une bande d'ados qui doivent visiter Treblinka et Majdanek. Dans le même avion, on trouve aussi Avram Yagodnik, un chantre et ami de la famille, qui va rapidement se révéler très "collant" et intrusif. On saura pourquoi. A Varsovie, Regina et Mica sont venues non dans un but touristisque, mais parce qu'elles doivent récupérer une propriété, en l'occurrence un appartement spolié dès le début de la deuxième guerre mondiale dans un immeuble en ville. Mais Régina qui a un sacré caractère devient odieuse avec sa petite fille. Elle retrouve un certain Roman Gorski qu'elle a connu 70 ans auparavant. Tandis que Mica elle, fait la connaissance de Tomasz Novak, un dessinateur de BD et guide pour touristes dans l'ancien ghetto juif de Varsovie. C'est une BD très agréable à lire avec des moments émouvants et des personnages très contrastés, et pas forcément sympathiques au demeurant. Je ne connaissais pas cette dessinatrice qui a publié, en 2021, un nouveau roman graphique, Tunnels.

Lire les billets de Keisha, Aifelle, Milou et ChezMo. 

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4 avril 2022

Il est où le patron ? - Chroniques de paysannes - Maud Bénézit et les Paysannes en polaire

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C'est mon ami Ta d loi du cine qui s'est procuré Il est où le patron?, une BD parue aux Editions Marabout (178 pages sympathiques). A l'origine de cet album, il y a cinq paysannes qui ont écrit ces chroniques d'après leurs expériences vécues et l'ensemble a été mis en image par une dessinatrice, Maud Bénézit. Les chroniques se passent sur les quatre saisons en commençant par le printemps. On suit la vie de trois paysannes, Joséphine qui compte bien reprendre la ferme et s'occuper des chèvres de Georges, Coline qui fabrique et vend du fromage de brebis et Anouk qui est apicultrice. La BD montre plutôt bien les difficultés qu'ont les femmes quand elles travaillent dans le monde agricole très "macho". Ces trois femmes s'en sortent bien mais les obstacles et les remarques "machistes" sont leur quotidien. Une femme qui conduit un tracteur est un vrai spectacle pour certains hommes. Il faut noter que Coline est non seulement agricultrice mais aussi mariée et mère de famille. Elle s'occupe en plus des comptes de la ferme. Dans cette BD, il est aussi question des tracasseries administratives auxquelles doivent faire face les jeunes agriculteurs ou agricultrices pour percevoir des aides financières après des stages obligatoires. J'ai aimé les dessins et la BD se lit très vite. Une BD à emprunter en bibliothèque. 

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12 décembre 2021

Les amants sacrifiés - Kiyoshi Kurosawa

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Parmi les sorties de cette semaine, je ne savais pas trop quoi aller voir. Le West Side Story de Steven Spielberg ne m'attire pas trop. Je me suis décidée pour Les amants sacrifiés du réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa (Shokuzai, Tokyo Sonata, Cure, Kairo), dont le scénario a été écrit par un autre réalisateur qui a été son élève, Ryusuke Hamaguchi (Drive my car, Senses et Asako I et II). Le réalisateur a été récompensé du Lion d'argent au festival de Venise en 2020. L'histoire commence en 1940, à Kobé au Japon. Yusaku et Satoko forment un jeune couple d'une trentaine d'années, plutôt moderne pour l'époque. Ils portent des vêtements occidentaux de préférence au kimono. Yusaku est un chef d'entreprise prospère qui n'aime pas le régime en place. Lui et Satoko vivent dans une très belle demeure. Dès les premières images, j'ai été conquise par la beauté de l'image, les éclairages, les décors et les costumes. Après être revenu d'une mission en Mandchourie avec son neveu Fumio, Yusako n'est plus tout à fait le même homme. Satoko essaye de savoir pourquoi, car pour elle, son bonheur personnel passe par-dessus tout le reste. Elle va jusqu'à sacrifier Fumio en le dénonçant aux forces de l'ordre (un des policiers militaires est secrètement amoureux de Satoko) pour mieux se rapprocher de son mari. Parmi les preuves accablantes rapportées par Yusaku, il y a un film tourné sur place sur les expériences bactériologiques pratiquées par une unité militaire japonsaise sur des cobayes chinois. La suite de l'histoire est prévisible, tout va se terminer très mal, mais je ne vous dirai pas comment. Le film a de grandes qualités dont l'interprétation des deux acteurs principaux  (Yû Aoi et Issey Takahashi), mais j'avoue que je n'ai pas été touchée par le destin de ces deux amants. En revanche, il faut saluer le fait que ce soit des Japonais qui évoquent leurs exactions commises en Mandchourie pendant les années 30. Lire les billets de Shangols et Wilyrah.

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J'ai été très surprise par le grand nombre de spectateurs dans la salle (en majorité dans ma classe d'âge). Ce cinéma parisien se situe dans le quartier de Saint-Lazare. Il y avait énormément de monde dehors pour les achats de Noël ou autre, et dans le métro que l'on attend plusieurs minutes et qui arrive bondé. J'avoue que je ricane un peu quand je vois l'affichette collée sur les vitres du métro :

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25 mai 2022

La guerre dans les airs - H. G. Wells

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Je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) commence à mon tour (après son billet à elle) le "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline) en piochant dans ma bibliothèque un titre un peu moins connu que les plus emblématiques d'Herbert George Wells, La guerre dans les airs. Et cela me permet d'inscrire aussi ce billet pour poursuivre mes participations aux challenges "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine) et au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque).

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La guerre dans les airs (Folio N°1549, 375 pages), c'est celle que l'on voit se livrer les nations dites "civilisées", lors d'un suicide collectif des civilisations qui se produit dans une de ces "anticipations" dont Wells a fait son miel. Il s'agit pour moi d'une relecture, puisque je m'étais offert ce livre en 1985. Quelques décennies de lectures après, j'y ai trouvé une multitude de réminiscences littéraires. En ce qui concerne les dates, le texte contient quelques allusions aux années 1906 et 1907 (année de sa rédaction, sachant qu'il a été publié en feuilleton en 1908, et traduit en français dès 1910).

Pour dire quelques mots des fils conducteurs: chacun des 11 chapitres est subdivisé en 4 à 10 parties de quelques pages correspondant, je suppose, aux livraisons du feuilleton. Il nous est d'abord présenté une famille, les Smallways, soit le père, retraité, le fils ainé, Tom, et son épouse (petits commerçants en fruits et légumes dont ils font pousser eux-mêmes une partie), et le plus jeune fils, Bert, qui "cherche" encore sa voie (loueur de bicyclettes, chanteur ambulant...). Occasion aussi de parler du monde "de progrès" dans lequel ils vivent. Dans ce futur proche, les pays sont sillonnés par des lignes de "monorails" (électriques?), moyen de transport ayant manifestement supplanté le chemin de fer (trains à vapeur), et c'est un pont (et non un tunnel) qui a été jeté en travers de la Manche. Reste à mener la conquête de l'air, avec moult expérimentations entre "plus légers que l'air" (dirigeables) ou plus lourds que l'air (aéroplanes). Ici se place l'anticipation: alors qu'un inventeur, un certain Butteridge, a fait la preuve des qualités de l'appareil de son invention et cherche à en vendre les plans, de son côté, l'Allemagne impériale s'apprète sans tambours ni trompettes à partir à la conquête du monde. Ce pays dispose, au début de la guerre qu'il entame, de trois cents dirigeables, que nous pouvons aujourd'hui comparer aux 129 Zeppelins construits des débuts des travaux du Comte jusqu'au Hindenburg, y compris ceux utilisés par l'Allemagne pour des missions de bombardements au cours de la Première Guerre mondiale. Les engins dirigeables tels que Wells nous les montre sont bien plus puissants et infiniment plus destructeurs que ne l'ont été les vrais dirigeables fonctionnels. Les différents "plus lourds que l'air" utilisés dans le roman par les militaires s'apparentent, eux, à des "ULM" contemporains [ultra-léger motorisé]. Mais n'oublions pas qu'H. G. Wells a rédigé ce livre quelques années avant que Blériot ait réussi l'exploit de seulement traverser la Manche (1909). Bref, par un concours de circonstances rocambolesques, Bert va se retrouver malgré lui embarqué dans la flotte aérienne allemande, à travers l'Atlantique, jusqu'en Amérique du Nord. Il assistera aux ravages causés aux Etats-Unis d'Amérique (destruction de leur flotte cuirassée dans l'Atlantique, d'abord, puis bombardement aérien de New York, ensuite). Mais si des bombardements aériens peuvent détruire villes et infrastructures d'un pays, ils ne peuvent permettre de le "conquérir" (ce qui nécessiterait l'envoi au sol de troupes nombreuses). Et quand l'alliance sino-japonaise, qui pendant ce temps construisait, elle, ses propres dirigeables par milliers, entre à son tour en guerre contre "l'Occident", la guerre devient mondiale, incontrôlable... et aboutit à la fin du monde civilisé (chute des Etats, guerres civiles, épidémie mondiale...). Qu'il suffise de dire que, échoué aux chutes du Niagara, Bert parviendra, par miracle mais aussi à force de détermination, à retraverser en bateau l'Océan pour retrouver sa dulcinée restée en Angleterre. Après ces aventures, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants (11, dont seuls 4 survécurent, eu égard aux rudes conditions d'existence d'après-guerre...).

Je parlais en début d'article de mes réminiscences. Elles ne sont pas uniquement littéraires. La description des débuts de l'aviation (temps héroïques) m'a rappelé la série TV Les faucheurs de marguerites (pour laquelle je mettais mon réveil en pleine nuit pour ne pas rater un épisode d'une rediffusion nocturne, il y a peut-être deux ou trois décennies...). Les aléas d'une boutique de location-vente de bicyclettes donnent lieu à la rédaction de lignes d'humour anglais dignes de Jerome K. Jerome (Trois hommes dans un bateau). L'inventeur cherchant à monnayer son invention peut faire songer au roman Les Trois yeux de Maurice Leblanc (postérieur), ou à Face au drapeau de Jules Verne (antérieur bien entendu). En outre, je serais curieux de savoir si le London des Histoires des siècles futurs et Wells (qui a survécu trois décennies à London) avaient connaissance de l'oeuvre l'un de l'autre? Wells fait intervenir dans sa fin du monde civilisé la "maladie pourpre" (venue du Tibet?) là où Jack London (qui écrivait, lui, en 1910) n'attribuait aucune provenance à sa Peste écarlate.

Enfin, la chute d'un monde civilisé peut éveiller des échos par rapport au discours de nos "colapsologues" contemporains. Il faut tout de même noter que chez Wells, cet effondrement est moins dû à des modifications environnementales que comportementales: c'est la chute des gouvernements centralisés, mais aussi l'arrêt des échanges commerciaux, et très rapidement celui de toute l'économie basée sur un système monétaire garantis par les Etats, aggravé par les ravages humains causés par les guerres civiles puis une épidémie mondiale, qui amène les rares survivants au repli sur de petites communautés ayant oublié l'usage des techniques "modernes" - c'est du moins le cas de celles de Tom et de Bert. Je ne suis pas sûr que j'avais eu cette grille de lecture-là en 1985.

Voici deux blogs qui ont parlé de ce titre: Le Gilel Ludique, et Littérature (dernier billet en 2020).

Je suppose que, quand il a fait le choix de devenir écrivain professionnel, Wells rêvait d'éclairer ses contemporains par le truchement de la fiction. Mais il me reste bien d'autres titres à lire pour conforter ou infirmer cette impression.

P1140333 D'un tout récent passage en librairie, j'ai ramené les quatre Wells ci-contre, dont je tirerai bien encore quelque(s) billet(s) - en fonction de la longueur de chaque livre:

Miss Waters (179 pages)

Enfants des étoiles (151 pages)

Un rêve d'Armageddon précédé de La porte dans le mur (109 pages)

L'extinction de l'espèce humaine (83 pages)

... et il y avait encore d'autres titres disponibles! J'ai hâte de lire d'autres billets que les miens sur ces oeuvres.

8 août 2026

Les archanges de la nuit - Eric Fouassier

Avec Les archanges de la nuit (Editions Albin Michel, 395 pages), Eric Fouassier en est à son cinquième tome de la série avec Valentin Verne et son bureau des affaires occultes. Nous sommes en avril 1834 et plusieurs crimes affreux surviennent. Les victimes sont retrouvées avec du plomb fondu ou d'autres métaux dans la bouche mais surtout la mort a été provoquée par l'introduction d'une aiguille fine dans l'oreille externe qui a traversé le tympan avant d'atteindre le cerveau. Les victimes sont des hommes riches. Les archanges du titre sont des illuminés qui ont comme texte de référence le livre d'Henoch, texte apocryphe de l'ancien testament. Ils sont aussi férus d'alchimie, de symboles occultes et ont des métiers se rapportant plus ou moins à la mort. Personnellement, j'ai trouvé leur mobile un peu obscur. Valentin, sa bonne amie Aglaé, ses adjoints Tafik et l'Entourloupe mènent une enquête difficile avec l'aide providentielle de François Vidocq. Certains vont même frôler la mort. Parallèlement, George Sand et quelques autres essaient de faire voter une loi pour la protection des prostituées. Dans ce cadre, Aglaé se battra en duel. Lors de son enquête, pendant une poursuite avec un suspect, Valentin se retrouve au 12 rue Transnonain le 14 avril 1834, au moment du massacre de certains habitants de l'immeuble qui n'étaient que des civils. L'intrigue est bien menée et l'épilogue est un sympathique "happy end".
Lire le billet de L'ivresse du noir.  

10 août 2026

La mariée silencieuse - Piergiorgio Pulixi

La mariée silencieuse de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 445 pages) nous permet de retrouver le commissaire Vito Strega et les inspecteurs Mara Rais, Eva Croce et Bepi Pavan. Pour le moment Mara Rais en conflit avec Strega est restée en Sardaigne. Le roman commence quand on fait la connaissance d'Italo, un Sarde presque octogénaire, et de son petit-fils de trois ans, Pippo, qui vivent temporairement à Milan. Huit mois auparavant, Maria Donata, la fille d'Italo et donc la maman de Pippo, a été assassinée, puis le tueur lui a enfilé une robe de mariée. Donata était partie vivre à Milan où elle avait un travail mieux rémunéré. C'est là qu'elle avait épousé Ruggero Mercalli avec qui elle avait eu Pippo. Quelques années après, elle a divorcé en ayant la garde de son fils. Tandis que dans le chef-lieu lombard les agressions contre les femmes se multiplient, c'est un véritable fléau. Pulixi s'est attaqué à un sujet terrible : les féminicides. Sans dévoiler trop de l'intrigue, La mariée silencieuse est le nom d'un forum où des hommes échangent leur point de vue sur le fait que les femmes doivent être punies sans forcément aller jusqu'à les tuer, quoique. Elles ont besoin de bonnes leçons. Pour en revenir au groupe de policier, c'est Bepi qui est à l'honneur, sa femme l'a jeté dehors en attendant qu'il maigrisse. Une psychologue va bien l'aider. Et sinon, Bepi s'est vite attaché à la personnalité d'Italo et avec raison. Vito entend de nouveau des voix dans sa tête et cela le fait beaucoup souffrir. Mais pour les enquêtes précédentes, c'est lui qui va trouver qui est le responsable de la mort de Donata et de toutes les autres car bien entendu les affaires sont liées. L'histoire n'est pas d'une grande originalité mais cela se laisse lire et on s'attend à une suite.

Lire les billets de Violette, Belette2911, Carnet de lecture, Aude bouquine, Livresse du noir, La bibli de Laura.

15 août 2026

Rocher de Brighton - Graham Greene

Pour une fois, c'est grâce aux propositions de Cléanthe pour des lectures sur le thème "Stations balnéaires en Europe" de son challenge Escapade en Europe - Voyages dans les littératures européennes (saison 2) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis souvenu avoir lu il y a plusieurs décennies Rocher de Brighton. Sans doute l'avais-je lu trop jeune (c'était encore un de ces livres de poche qui traînait dans les bibliothèques des maisons de famille où j'ai passé une bonne part de mes vacances de jeunesse). Comme ceux-ci doivent désormais être en cartons voire même partis vers des boites à livres en province, j'ai emprunté mon "exemplaire de lecture" (ci-dessous) en bibliothèque.

Graham Greene, Rocher de Brighton, Robert Laffont, 10-18 coll. Domaine étranger n°3461,
470 pages, 2002 (trad. 1947 par Marcelle Sibon, EO 1938)

 

Première phrase: "Hale n'avait pas passé trois heures à Brighton qu'il savait que les autres avaient décidé de le tuer."

 

À Brighton, ville côtière -et balnéaire!- du Sussex de l'Est en Angleterre, célèbre pour sa Jetée (Pier) à animations foraines, un homme est tué par une bande qu'il connaissait, sans pouvoir échapper à son destin (même s'il cherche un temps refuge auprès d'une fille au grand coeur - qui l'abandonne malencontreusement quelques instants). Mort naturelle, décrète la police (on l'apprend p.65). La fille va s'obstiner jusqu'au bout à dénicher et faire châtier ceux qui ont provoqué ce décès. De notre côté, nous (lecteur) connaissons le responsable. Ce n'est que l'un des morts d'une série de plusieurs. Quant au rocher de Brighton, il s'agit d'une sucrerie locale. 

 

Par certains côtés, ce roman m'a fait songer à Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot. Mais ici, le gamin (the boy en VO) représente le héros méchant. Portrait à sa première apparition, p.25: "Du seuil du café, un jeune garçon d'environ 17 ans le regardait - costume bon marché, d'une élégance vulgaire, étoffe vite défraîchie, visage d'une intensité affamée, avec une espèce d'orgueil hideux et anormal". Au fil des pages, nous comprenons qu'il a "hérité" d'une bande de racketteurs (qui vit des bookmakers et autres activités peu légales) après l'assassinat fortuit de son ancien chef, dans un milieu où les différends se règlent à coup de lame de rasoir ("taillader"). Bourré de complexes (ses hommes sont plus âgés que lui, ses concurrents aussi...), ce gamin (Pinkie) tente de garder le contrôle de la situation (son entreprise de racket est en passe d'être "éliminée du marché") par les seules méthodes qu'il connaît: l'intimidation, la cruauté, la crainte, le chantage... et tous moyens de fermer la bouche des témoins gênants (il paie son propre conseiller juridique!). 

 

Le roman narre, entre autres, l'évolution d'un amour pathétique et à sens plus ou moins unique qui va lier le gamin à une jeune serveuse (Rose, 16 ans), laquelle est susceptible de mettre à mal les alibis concoctés par le cerveau tortueux du bandit défiant. Une épouse ne peut être contrainte de témoigner contre son mari (mais elle peut cependant le faire si elle le souhaite). Ils viennent tous deux de familles des "bas quartiers" de la ville, et essaient chacun, par ses propres méthodes, de "s'en sortir". Les "classes sociales" sont bien étanches: Pinkie le ressent douloureusement par les différences de traitement selon qu'il est invité dans un grand hôtel ou bien qu'il tente d'y obtenir une chambre par ses propres moyens... Il ne s'agit pas d'un roman optimiste, on n'est pas dans du Harlequin. 

 

Bizarrement, j'avais conservé au fil des décennies le souvenir du "passage au confessionnal" final de la jeune fille. Mais je crois que c'est tout ce qu'il m'en restait. J'ai donc relu le roman comme une re-découverte, je ne suis pas certain d'avoir d'autre occasion de le relire à l'avenir.

 

Quelques autres billets (liste non exhaustive): Mapero, Karavan papou (dernier billet en 2023), Cléanthe bien sûr, Horizon des mots (dernier billet 2020).  

Outre le challenge de Cléanthe cité plus haut, j'inscris aussi ce roman noir (et pathétique) pour le challenge Polar et thriller chez Sharon, pour Les pavés de l'été 2026 chez Sibylline, vu que l'édition de poche actuellement disponible (2016) fait 544 pages (celle de 1990 en comptait 320 - faut pas chercher à comprendre!), et pour 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. Même si le roman se déroule dans une "cité balnéaire", je n'ai pas trouvé que la mer y soit suffisamment présente (même si un certain nombre de rues y aboutissent) pour qu'il prenne place dans le Book trip en mer (je verrai ce que Fanja en jugera...). 

16 août 2026

Saturne - Edouard Halfon

Je suis en train de lire plusieurs romans assez copieux en même temps mais néanmoins, j'ai lu pendant un trajet aller-retour en bus, un livre de 75 pages, Saturne (Quai Voltaire, paru à l'origine en 2003 et en 2026 pour la traduction française), qui a fait connaitre l'écrivain guatémaltèque Edouard Halfon dont je n'avais encore rien lu. Saturne c'est un dieu qui mangeait ses enfants. Ici, le narrateur en veut beaucoup à son père de son indifférence à son égard. Il lui en veut aussi de sa tyrannie et lui reproche son silence en beaucoup de choses. Son père s'est moqué de lui du fait qu'il écrive. Quand il était petit, le père avait frappé le narrateur. Il a pensé au suicide tout comme certains écrivains ou écrivaines qui ont "franchi le pas" comme Klaus Mann qui a eu des relations difficiles avec son père Thomas. Seul son frère Michael Mann avait assisté à ses obsèques à Cannes. Il évoque Ernest Hemingway, Sylvia Plath, Virginia Woolf et d'autres auteurs, comme la nièce de Fenimore Cooper qui s'est jetée dans le vide, tout comme Gilles Deleuze. Il évoque aussi des auteurs que je ne connais pas comme Hart Crane qui s'est noyé dans l'océan au large de Cuba. Et évidemment, il évoque Yukio Mishima et Yasunari Kawabata. Le premier s'est suicidé par Seppuku et le deuxième qui était ami de Mishima, s'est suicidé par le gaz. Il fait aussi mention des écrivains juifs qui ont connu l'horreur nazie et qui se sont suicidés pour différentes raisons : Bruno Bettelheim, Stefan Sweig, Primo Levi, Paul Célan et Jean Améry (nom de naissance Hans Meier). Je ne connais pas du tout ces deux derniers auteurs. C'est un livre qui se lit (et se relit) et qui donne envie de découvrir certains auteurs. Je conseille. 

24 juillet 2026

Tourner la page - Zep

Une nouvelle contribution de ma part (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) au challenge Book trip en mer (saison 3) chez Fanja. Merci à Manou et Fanja d'avoir suffisamment titillé ma curiosité pour que j'emprunte Tourner la page en bibliothèque! Pour le moment, mon seul regret est de ne pas encore avoir convaincu dasola de lire cet épais album. Mais bon, comme on est en été, on peut le garder à la maison encore quelques semaines, tant qu'elle ne m'a pas formellement dit qu'elle ne le lirait jamais (1)... 

Zep, Tourner la page, Rue de Sèvres, 2026, 78 pages

 

De Zep, avant la lecture de cet album, je ne connaissais guère que la série "pour enfants" Titeuf, et n'étais jamais rentré dans ses one-shot en style "réaliste".

 

Le héros "en pointillés" de Tourner la page est Delville, Lambert Delville, écrivain (on l'appelle aussi Gregor Samsa - un pseudonyme signifiant?) (2). Depuis que son voilier a été retrouvé vide et à moitié chaviré en mer Egée où il naviguait seul (la tentation d'une île?), jamais ses livres ne se sont aussi bien vendus. 

Je vais vous en citer quelques extraits choisis...

p. 22-23: naviguer en solitaire, une consolation pour oublier les déceptions (un premier roman qui a obtenu le Prix Femina, mais un récent manuscrit refusé par son éditrice, une séance de dédicace en librairie qui fait un "flop", un autre écrivain que lui mis en avant par la Maison, et la compagne qui le quitte dans la foulée...). 

p.27: après la découverte du bateau chaviré, les réactions éplorées... 

En fait, cette disparition arrange vraiment tout le monde: l'ouragan médiatique s'emballe, et le nouveau livre de l'auteur disparu (son manuscrit, évidemment "repêché" par l'éditrice) est même pressenti pour le Goncourt!

Mais soudain, coup de théâtre: un quidam se revendique comme "l'assistant" (et même le "nègre") de Delville! Scandale, remises en question, notoriété du jour au lendemain pour le quidam, qui, ça tombe bien, a un nouveau manuscrit à proposer... d'où quelques pages bien savoureuses sur les "dessous" du métier d'éditeur (ci-dessous, pp.49 & 50).

Mais c'est pas tout, on navigue en eaux de plus en plus troubles, le quidam va jusqu'à exiger, non seulement la republication de l'oeuvre signée Delville sous son propre nom à lui, mais aussi et surtout le reversement des droits d'auteurs correspondants... Là, les choses se compliquent un peu, puisque Delville est officiellement "disparu" et ne pourra être considéré comme légalement mort qu'au bout de cinq ans. On a droit à une réunion où une avocate bien hargneuse menace la Maison d'édition d'un procès... Je vous en ai fait grâce. Voici l'avant-dernière planche de l'album: ce pauvre Delville n'est même plus en couverture.

Et encore, malgré ces belles citations, je n'ai pas tout dit, et de loin! Par exemple, je n'ai pas parlé du troisième homme, Himmel, celui dont l'aura avait chassé Delville du firmament. Deux, ça suffit, non? J'espère vous avoir donné l'envie de découvrir ce qui se dissimule au fil des pages manquantes ici de Tourner la page. 

 

Sinon, je ne sais pas vous, mais moi, ce départ solitaire en voilier m'avait bien fait songer au film Itinéraire d'un enfant gâté avec Belmondo, que j'ai vu et revu (mais la dernière fois, je me suis arrêté à un face-à-face avec un lion... et n'ai pas repris!). 

 

(1) et (2) Edit: Samsa et non Lamsa. Comme suggéré par Dviolante, il s'agit bien du héros kafkaïen... 
Je précise aussi que Dasola a lu la BD sitôt qu'elle a lu l'article.

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Enfin, encore par association d'idées, cette BD sur l'édition m'a remis en mémoire un vieil album de BD (1989), Les Closh au flop 50 de Dodo et Ben Radis, qui se passait dans le milieu de la musique rock et du disque, dans les années 1980. Je l'avais dans ma BDthèque personnelle, j'en extrais quelques citations ci-dessous. La série Les Closh compte six albums publiés entre 1981 et 1993 chez Les Humanoïdes Associés. Pour planter le contexte: les Closh sont un groupe de rock (quatre garçon et une fille - en couple avec l'un d'eux), dans un univers anthropomorphe. Dans cet album (le 5e de la série!), ils viennent de sortir un disque...

 Ci-dessus, p.3: ils viennent de faire tous les disquaires en espérant y trouver leur disque. Pas contents, ils appellent "Henriette, de la promotion"...

p.5, un mois plus tard... Tout le monde dans la boite ne s'occupe que de promouvoir l'artiste-divette du moment, le chanteur Napoli... 

p.22: après un passage TV chez Drucker (une semaine d'angoisse, deux jours de répet', trois minutes sur scène!), il faut faire un clip!

p.29: après avoir intégré le "top 50" p.27, ils y progressent...! Et là, la boîte (de disque) se mobilise...
Ci-dessous (p.30), le grand patron leur explique la vie...

... Mais j'en ai dit bien trop peu sur cet album pour que soit justifié de modifier le titre de mon billet!

24 août 2026

Les abandonnés de l'île Saint-Paul - Valentine Imhof

Je viens de lire, en un jour, Les abandonnés de l'Ile Saint-Paul par Valentine Imhof (Edition l'aube noire, collection "L'affaire qui...", 128 pages). Cette nouvelle collection "L'affaire qui" comporte déjà trois titres parus, d'autres devraient suivre. Des auteurs ou autrices de romans policiers ou de romans noirs sont invités à scruter la société française à travers le prisme de la violence. Les livres sont séquencés par une quinzaine d'articles, dessins de presses, gravures, photos issus de la BNF et de son site www.retronews.fr.

Valentine Imhof a préféré le terme "abandonnés" à "oubliés" concernant les six Français (des Bretons) et un Malgache qui sont restés 9 mois au lieu des 2 ou 3 mois prévus sur l'île Saint-Paul au sud de l'océan indien, une petite île peu accueillante pour l'être humain. C'est un cratère ouvert. L'histoire s'est passée entre mars et décembre 1930. Six hommes et une femme enceinte, auxquels on avait promis d'être mieux payés que ce qu'ils gagnaient habituellement, sont d'accord pour entretenir le matériel pour la pêche à la langouste pendant la hors-saison. Très vite après avoir débarqué, les 7 personnes se sont rendu compte que des conserves étaient avariées, qu'il y avait très peu d'alcool, que le climat n'était pas terrible, que les rats pullulaient. Mais sachant qu'ils n'avaient que peu de temps à attendre, ils prenaient leur mal en patience. V. Imhof nous redit souvent le nom de ces volontaires dont Louise Le Brunou qui est venue avec son mari. Elle accouche en mars d'une petite Paule qui ne vivra que huit semaines. Quatre des hommes, dont Victor le mari de Louise, mourront d'une étrange maladie qu'ils arriveront à diagnostiquer : le scorbut. En effet, dans les vivres qu'on leur a laissés, il manque les fruits et les légumes frais qui auraient pu les garder en bonne santé car ces hommes sont jeunes. Sur les quatre hommes, un est mort noyé en voulant partir en chaloupe. Car la mer autour de cette île Saint-Paul est dangereuse. Dans la deuxième partie du récit qui se passe entre 1931 et 1937 (et même avec un épilogue en 1948), Valentine Imhof décrit le combat des survivants afin de récupérer des dommages et intérêts auprès de la société de pêche La langouste française qui les employaient. Même si leur demande a été acceptée, ils n'obtiendront jamais l'argent qui leur était dû, La langouste française ayant fait faillite. Ces hommes et cette femme ont vraiment été abandonnés à leur terrible sort. L'autrice, qui, bien sûr, prend fait et cause pour ces abandonnés, élargit son récit en évoquant le contexte politique et social. Elle fait mention de l'exposition internationale coloniale de 1931 à Paris. L'île Saint-Paul comme l'île Amsterdam et Les îles Kerguelen font partie aujourd'hui des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). De nos jours, l'île Saint-Paul est inhabitée. C'est même interdit d'y aller. J'avoue que je ne connaissais pas cette histoire qui m'a intéressée. En revanche, les reproductions de quelques articles qui ponctuent le livre sont assez illisibles car en très petits caractères.

Voici un timbre émis en 2015 qui évoque le drame.

Lire les billets d'Actu du noir, Pierre Faverolle, Le blog du hérisson, Ingannmic.

J'espère que Fanja acceptera ma première participation au Book Trip en mer. 

 

21 août 2026

La Folie Océan - Vincent Message

J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) repéré ce titre dès le mois de juin dans le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja... et pendant que je le dénichais d'occasion, dasola me l'empruntait en bibliothèque! Mais je n'avais pas eu le loisir, ce mois-là, ni d'en finir l'un des deux exemplaires, ni a fortiori de le chroniquer à temps pour que cela compte en "lecture commune"! C'est seulement fin juillet que j'ai trouvé le temps de le lire, et voici enfin mon billet...

 

Vincent Message, La Folie Océan, éditions du Seuil, 2025, 361 pages

 

Ce roman est censé se dérouler principalement en 2019. Née en 1978 (p.27), l'héroïne principale, Maya, a donc alors 41 ans. Scientifique, elle est entrée au CNRS après avoir soutenu sa thèse, et coordonne des évaluations sur l'état de l'océan au temps du changement climatique. Mais la pluricité des personnages permet de brasser de nombreux thèmes avec réalisme et franchise. Ainsi, Maya se partage, à corps et à coeur, entre Bruno, universitaire parisien de 60 ans qu'elle "fréquente" depuis une douzaine d'années, et le jeune Quentin (27 ans), qu'elle a connu en tant que son moniteur de plongée sous-marine. De son côté, là où Maya comme Bruno "pensent global", Quentin milite localement en étant à la fois salarié de la réserve naturelle des Sept-Îles (dans les Côtes-d'Armor [22]) et impliqué dans un "collectif" de défense du littoral breton qui remet (notamment) en cause la pêche industrielle menée par un armateur local, avec qui il avait des liens dans sa jeunesse. 

 

Les "histoires de vie" forment un fil conducteur (drame intervenu dans le "groupe de jeunes" de Quentin, dont les blessures ne sont pas refermées; hésitations de l'inconscient féminin de Maya pour choisir avec qui engendrer puis élever une descendance...). Mais on peut aussi considérer que le livre est plus intéressant par sa capacité à exposer en trame de fond les points de vue des uns et des autres (écologistes [militants comme ONG plus "institutionnelles"], scientifiques, artisans patrons-pêcheurs, armateur à la pêche industrielle, responsables de réserve naturelle dont l'extension est à l'étude...), points de vue dont chacun pris isolément a sa logique propre et compréhensible, alors même que certains se retrouvent contradictoires entre eux. Lors des débats, les "petits" ont souvent tendance à accuser les "gros" de tous les maux. En gros, justement, la réponse apportée par l'armateur pour la pêche industrielle (Thomas), c'est: "il n'y a pas d'alternative à ce que je pratique"... Sous nos yeux (de lecteurs), les impacts des décisions prises ou à prendre dans le domaine environnemental sont exposés de manière didactique. Sur le plan humain, le drame (peut-être dû à la bipolarité d'un personnage?) se déroulera implacablement jusqu'au terme des 22 chapitres aux noms souvent poétiques.

 

Voici quelques billets ayant parlé du livre (en commençant par les trois participations au BTEM): Alexandra, Keisha, Manou. Sans oublier Sandrine et Nicole dès 2025. Enfin, moi-même (ta d loi...) avec une courte présentation dans un autre cadre.

23 août 2026

La chute des géants - Ken Follett

Coïncidence! Le fait que Violette avait chroniqué La chute des géants début août m'a rappelé que j'avais aperçu ce titre traîner dans une de mes "bibliothèques de hall d'immeuble"... Voici donc enfin mon premier Epais de l'été 2026! Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis ainsi bien de nouveau tourné vers Ken Follett, mais cette fois-ci, le hasard a fait que c'était pour entamer une nouvelle série alors que je n'ai pas terminé de lire la saga Kingsbridge...

Ken Follett, La chute des géants (Le siècle, tome 1), éditions France Loisirs,
2011 (trad. pour Robert Laffont & EO en 2010), 1001 pages
 

L'histoire de ce premier tome de la trilogie Le Siècle se déroule du 22 juin 1911 à janvier 1924. Elle englobe donc la chute de trois empereurs et de quatre empires, résultat de la Première Guerre Mondiale (la Grande Guerre) dont il est très largement question dans ce roman. 

 

J'ai retrouvé la "manière de faire" de Ken Follett, une sorte d'Unanimisme réactualisé. Il enchevêtre les vies de différents membres de plusieurs familles, mais cette fois-ci sans se borner à un seul pays. Nous avons donc des hommes et des femmes qui, par leur naissance, finiront par être connectés aux décisions politiques de leurs pays respectifs, ou du moins connectés aux décideurs en figurant parmi les sources d'informations de ceux-ci.

 

Avant-guerre (1911), voici la situation: au Pays de Galles (Grande-Bretagne), nous avons principalement deux familles: les Williams, prolétaires, qui travaillent à la mine possédée par le Comte Fitzherbert (où est femme de chambre Ethel, la fille Williams). En Russie, nous nous intéressons aux deux frères orphelins Grigori et Lev Pechkov, dont l'un deviendra révolutionnaire cependant que l'autre émigrera. Aux Etats-Unis vivent les familles Vialov, immigrés de Russie, et Dewar (le père est sénateur). En Allemagne enfin, la famille von Ulrich a engendré deux cousins, Walter (attaché militaire à l'ambassade d'Allemagne à Londres) et Robert. Les quelques personnages secondaires français apparaîtront seulement une fois les hostilités engagées sur le continent. Comme je l'ai déjà remarqué chez Ken Follet, la Grande Histoire côtoie les petites, avec ici aussi tout un lot d'amours contrariés, de mariages malencontreux et de bâtards engendrés. La guerre, que nous avons longuement vu approcher, est officieusement annoncée p.320. 

 

Parmi la dureté des combats "à l'échelle industrielle", sur le plan humain, j'ai été frappé par le sort d'un gamin anglais de 16 ans, "bon pour le service" en trichant sur son âge avec la complicité des sergent recruteur et médecin, et qui, terrifié par le spectacle et le vacarme du front, court vers l'arrière quand il s'agit d'attaquer vers l'avant... On ne va pas se contenter de lui tirer les oreilles, ni surtout demander des comptes à ceux qui l'ont enrôlé (payés "au rendement"...).

 

L'impact de la guerre sera différent selon les personnages: les uns (les hommes) au front ou dans les états-majors, les femmes à l'arrière, plus ou moins investies ou cherchant à préserver leur vie personnelle. Comme évoqué plus haut, nous voyons nombre des personnages fictifs de Follett côtoyer des personnages historiques et parfois contribuer à influer sur le déroulement (connu) des événements (tentatives de paix, révolution, extension des combats à de nouveaux belligérants...). Certains sont blessés quand leurs proches y laissent leur vie. p.869, les cloches de Londres sonnent enfin pour annoncer l'armistice (11 novembre 1918). 
Parenthèse personnelle: il me semble me rappeler que l'une de mes grand-mères (née en 1904) se rappelait cette sonnerie des cloches entendue en France... Je ne me souviens plus, par contre, si c'est moi qui affabulerait (cela fait plus de 30 ans qu'elle est décédée), ou si elle m'aurait aussi raconté avoir entendu à la radio celles de Berlin sonner, ce jour-là!

 

Mais les combats ne sont pas pour autant terminés ni tous les soldats démobilisés immédiatement. L'attention se tourne sur plusieurs centaines de pages vers la Russie, avec ses révolutions successives, puis sa guerre civile et les différentes interventions des anciens Alliés aux frontières bolcheviques, en soutien aux différentes factions des "Russes blancs"... En janvier 1924, quand s'achève l'ouvrage, la plupart des personnages "de seconde génération" dont on peut suivre le parcours dans le deuxième tome de la trilogie, L'hiver du monde, sont déjà nés.

Ayant à peine esquissé la toile de fond, je suis très loin d'avoir révélé toutes les péripéties et interactions entre personnages qui font qu'on tourne page après page dans cet épais bouquin qui se dévore avec rapidité. 

 

Je souhaite signaler que j'ai bien aimé une formule que je me permets de citer (p.439): "Le président Wilson estime qu'un chef d'Etat doit tenir compte de l'opinion publique de la même façon qu'un marin tient compte du vent: en l'utilisant pour pousser son bateau dans une direction ou une autre, sans jamais chercher à s'y opposer de front". Je suppose que Wilson a réellement inspiré cette formulation dans la mesure où elle est encore reprise un peu plus tard, d'une manière assez proche. Par contre, je me demande ce qu'un Général de Gaulle pouvait en penser... 

 

Voici un échantillonnage (très loin d'être exhaustif) d'avis sur ce livre: outre Violette déjà citée plus haut, Bianca, Belette2911, Frankie, Dup du blog Bookenstock, Angela Koala (dernier billet en 2023), Valmyvoulit, Liseuse hyperfertile, Argoul.  

Edit du 26/08/2026: je rajoute Ann-yes. 

J'inscris cette lecture, non seulement aux challenges estivaux sur de gros bouquins (mes Epais de l'été 2026 et les Pavés de l'été 2026 chez Sibylline), mais aussi à l'activité Pages de la grande guerre 2026 organisée par Nathalie.

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