Le blog de Dasola
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7 décembre 2020

Les Falaises - Wolinski

Le procès des attentats de janvier 2015 vient tout juste de reprendre après avoir été suspendu pendant des semaines pour cause de Covid-19. De mon côté je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis sans interruption mes hommages mensuels par, cette fois-ci, un billet sur un recueil de dessins de Wolinski, que je m'étais procuré il y a déjà plus d'un an et demi.

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Les Falaises
, 159 pages, Seuil, novembre 2018 (copyright Maryse Wolinski, pour les dessins). En 4e de couv', ces 5 lignes: Georges Wolinski a tout au long de son travail porté un regard à la fois léger et mélancolique sur la vie. Ses dessins de falaises témoignent de ce regard. Falaises mythiques de son oeuvre, dont il affirmait: "Tout Wolinski est dans les falaises".

Ce recueil, je l'avais acheté à Touques en mai 2019 (6e Salon du dessin de presse - exposition Wolinski & Dubout). Il est constitué d'une sélection thématique posthume ("l'idée du livre revient à Maryse" selon la "note de l'éditeur" qui ouvre l'ouvrage)? Je ne suis pas pleinement convaincu par les onze pages de préface d'Elisabeth Roudinesco (psychanalyste!) quand elle parle de la falaise selon Wolinski. Je dois cependant remarquer que trois des dessins qu'elle cite expressément figurent aussi dans mon "choix subjectif de citations" ci-dessous. Certains dessins sont plus célèbres que d'autres. Pour ma part, n'étant pas de la force d'une Elsa Cayat, les euphonies "à l'aise", "malaise" ou "balèze" qu'on pourrait mettre en lien avec le mot même de "falaise" ne me font pas "penser" à grand-chose... Je ne m'interdis bien entendu pas les anachronismes (les dessins ne sont le plus souvent pas datés).

P1120121 p.83: c'est un "Monsieur" qui râle?

P1120122 p.93: le haut lieu serait (aussi) dans la tombe...?

P1120129 p.151: ce dessin daterait de 1987, selon la préface... Aujourd'hui, c'est une "tablette" (de la loi...) qui serait à jeter, et plus un minitel?

P1120124 p.111: bien vu quant au refus de l'assistance.

Problemes_p140 p.140: en 2020, il paraît que le confinement peut amener des "remises en question" chez les couples?

P1120128 p.23: c'est dur de se comprendre, de bas en haut...

P1120126 p.149: un dessin hélas trop connu... 

P1120127 p.103: 2015, la mise en selle (au bord du gouffre?) d'un de nos deux anciens Présidents désormais... Mais qui est ce rapace (qualifié de vautour par Elisabeth Roudinesco)?

Au total, l'ouvrage présente plus de 75 dessins (surtout si l'on compte que certaines planches sont composées de nombreuses vignettes). Il faudrait quand même m'expliquer l'utilité de publier 39 "pages de gauche" vierges de tout dessin (pages blanches à part le numéro de page...). L'oeuvre publiée par Wolinski de son vivant compte bien d'autres dessins "falaisiens" qui auraient aussi pu figurer dans ce livre! Je vous en mets un des premiers qui me soit tombé sous les yeux lorsque je vérifiais... et je crois en connaître quelques autres dans les albums que je possède (je ne les ai pas tous reparcourus).

P1120119 A bas l'amour copain (1980), p.41.

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En vrac et encore en lien avec l'actualité, je vous extrais trois dessins non-falaisiens mais signés Wolinski d'un album daté d'avril 1995: Nous sommes en train de nous en sortir.

P1120130 A l'époque de ce dessin daté de 1994, je pense que le personnage de dos était donc le Président François Mitterrand... (on croirait du Sempé!).

1988: Giscard après l'avoir été, Chirac avant... P1120131

Valéry Giscard d'Estaing vient de mourir (à 94 ans, plus de 39 ans après avoir perdu l'élection présidentielle de 1981 à la fin de son septennat). Je suppose que, comme cela s'était passé à l'occasion du décès de Jacques Chirac, le prochain numéro de Charlie (mercredi 9 décembre 2020) contiendra le florilège des "couv'" sur lesquelles VGE a été représenté...

Désormais, il ne nous reste plus que deux anciens Président de la République (dont l'un a été battu à la fin de son quinquennat et l'autre n'a pu se représenter - cf. dessin "2015" des Falaises). Enfin, peut-être peut-on même déjà dire... deux et demi (même si l'actuel n'est pas / n'a pas encore terminé!).

P1120132 Et de notre crise de 2020, sommes-nous en train de nous en sortir?

*** Je suis Charlie ***

22 août 2020

Petit traité d'écologie sauvage / La cosmologie du futur / Mythopoïèse - Alessandro Pignocchi

[Ta d loi du cine: je peux publier un billet? C'est sur des bouquins super.

Dasola: ah ben t'es gonflé! J'ai rédigé le mien, de billet, il est prêt à paraître. Tu ne m'as jamais parlé du tien!

Ta...: nan, mais comme tu avais dit que tu voulais faire une pause...

Da...: oui, ben j'ai le droit de changer d'avis. Tu ne changes jamais d'avis, toi?

Ta...: LAISSE-MOI PUBLIER MON BILLET AUJOURD'HUI!!! (ou sinon je picore)

Da...: ne crie pas. J'aime pas quand tu cries. OK, je reprogramme le mien pour dans 3 jours.]

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Le premier des livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola - non mais sans blague) vous présente -donc- aujourd'hui m'a été prêté il y a des semaines (en plein confinement - chut, faut pas le dire!) et je l'avais enfoui dans ma PAL (à titre de quarantaine, bien sûr). Une fois lu ce tome trois, j'ai réclamé les deux précédents.

Couv_3tomes

Il s'agit d'une série de bande dessinée (chez Steinkis, 3 tomes parus, pour le moment) titrée Petit traité d'écologie sauvage, d'Alessandro Pignocchi. Le premier tome est sorti en mars 2017, le deuxième (La cosmologie du futur) en mai 2018 et le troisième (Mythopoïèse) en janvier 2020 (avant le confinement, donc). Je l'ai donc abordée par la fin, mais bon... Sous une couverture très esthétique, j'y ai trouvé une jolie oeuvre d'art, onirique et engagée, "création consciente d'un mythe ou d'une mythologie personnelle dans une œuvre littéraire" (rencontre du troisième titre). Dans ses oeuvres, l'auteur met en avant une philosophie de compréhension du monde qui implique de considérer l'autre comme sujet et non comme objet (et ceci, que l'autre soit humain ou bien non-humain). En voici le postulat introductif (d'où découle tout le reste...).

Postulat-introductif Il est question, entre autres, d'anthropologie symétrique (dans ce dessin, p.7 du T.1, à droite de notre ancien Président, on découvre Wajari Tsamarin, chercheur jivaro, qui trouve pas mal de choses étranges, étranges - vous avez dit bizarre? - dans notre douce France). Au fil des pages, on aperçoit différents fils conducteurs qui s'entrelacent: le journal TV avec ses invités éventuels, les politiciens à la tribune ou en privé (ou en déplacement extérieur), l'ethnologue jivaro, parfois reçu par les politiciens, parfois sur le terrain (d'observation), ou éventuellement de passage de retour "chez lui"... sans oublier, non pas les ratons laveurs, mais les mésanges punks, les pinsons, et autres colibris chatoyants - des oiseaux souvent plus déjantés les uns que les autres (métempsychose et autres réincarnation, voire absorption parfois plus violente). Dans cette drôle de bande dessinée, l'ironie provient du décalage entre les dessins tellement jolis (mais répétitifs) et le discours incendiaire des bulles. L'auteur en appelle à l'humour et à l'absurde pour évoquer des questions tout à fait vitales. Et hop, quelques citations pour éclairer mes propos!

4edecouv-T1 La "4ème de couv" du 1er tome, avec ce qu'il faut de provocation, pour commencer...

Proteger-l-Europe_utilite (p.15, T.1) dans une séquence titrée "Respect des valeurs" qui court sur 4 pages, les textes de la page précédente contextualisaient: plainte des Jivaros contre la Commission Européenne qui propose la protection d'une zone située en Amazonie... au motif qu'une rainette locale pourrait inspirer un nouveau traitement contre le cancer.

Peut-on considérer que les références personnalisées commencent à dater un peu? Je vous épargne la séquence avec Valls piquant sa crise parce qu'il n'arrive pas à démissionner pour pouvoir partir en Amérique du Sud se consacrer aux dizaines d'espèces de rainettes locales (et vous laisse découvrir comment elle finit).

De son côté, Angela M, ayant pêché un magnifique esturgeon devant chez elle, cherche à l'insérer dans la mondialisation du troc... Merkel-troque-esturgeon (p.40, T.1)

Et n'oublions pas nos interludes jivaros! Des_vaches Dans la séquence titrée "Bretagne", le même dessin est répété 18 fois à l'identique sauf les bulles (9 pages numérotées 68 à 76 - ici la p.74, toujours dans le T.1).

Pas-les-grebes-que-vous-croyez p.119 (T.1): ça, ce sont des chefs d'Etat qui mettent en oeuvre le sain(t) adage "faites l'amour, pas la guerre" (mais je vous laisse, cette fois encore, découvrir comment ils en sont arrivés là - et je ne sais même pas s'ils sont tous d'accord...).

Maintenant, plantons un peu le décor du tome 2 (p.3) Tome-2 ou encore  Mesanges-punks (p.43, T.2).

Hachon-Melenmon_debat-anthropophagie-rituelle (p.26, T.2) Mélenchon / Hamon, candidats à reculon pour la Présidence de notre Ve, le sujet étant "comment introduire une forme d'anthropophagie rituelle dans la culture occidentale"...  Le débat "tel-avisé" court sur 12 pages. Et je ne sais pas si la coquille "creuser une marre" (on en a?) est volontaire ou non. Mais nous sommes bien dans un "monde à l'envers", avec des politiciens qui ne veulent surtout pas être élus et que la corvée du pouvoir insupporte (d'avance comme ensuite)... Quant à l'anthropophagie, c'est un questionnement récurrent, à la bonne franquette, pour honorer les copains et consolider leur place dans l'univers (si j'ai bien compris...).

Anthropologie-au-comptoir (p.36, T.2) Voici en pleine action notre anthropologue jivaro venu écarquiller son oeil perçant en France (plus particulièrement sur Bois-le-Roi (77590), son Café de la Gare, son marché, son lac et ses pêcheurs...).

Dans cette grande oeuvre, on invite aussi Proust (je connais des blogueuses à qui ça va plaire, tiens).

p.100 (avant)... Proust-avant ... Proust-sauvage ... et après (p.105). L'expression "La métamorphose" n'est pas évoquée. Et encore, je vous ai épargné les scarifications. 

J'en profite pour insister sur le fait que le procédé du "comique de répétition" consiste à mettre plusieurs fois le même dessin (avec ou sans changement au niveau d'un détail), avec des textes ("bulles") qui font avancer l'histoire (comme déjà signalé précédemment). Alessandro P. n'est certes pas le premier auteur à le faire, mais avouons que ses aquarelles sont particulièrement agréables à regarder. Pour bien suivre, il ne faut pas rater une virgule.

Un-blanc-dans-le-texte p.56-57 du T.3. Le "blanc" (en haut, à droite) est fort bien amené. Manu en direct à la télé, c'est carrément digne du Rogntudjuuu de Franquin! (ou comme réfugié campant dans une "réserve" en banlieue parisienne avec Donald et Angela, un peu plus loin...). Heureusement que le délit d'offense au chef de l'Etat a été aboli en 2013 (merci François - mais il n'y a pas de quoi, c'est normal)!

Le troisième tome (j'y arrive donc) est peut-être (?) encore plus "politisé" que les deux premiers, et contient moult allusions à la ZAD de Notre-Dame des Landes (peut-être quelque peu fantasmée). Il semble se dérouler après 2022... (sage précaution... ou pas?).

Toujours nos charmants oiseaux... de plus en plus contestataires? En pleine page (14-15, T.3 - toutes n'étaient pas mésanges?). Mesanges-contestataires  Quantitativement, les zadistes souvent évoqués ne pèsent pas bien lourd chez nous, mais ces epsilon pourraient-il se mettre en tête de modifier l'alpha et l'oméga du meilleur des mondes possibles?

On trouve aussi en fin des premiers volumes quelques pages de rédactionnel à l'apparence fort sérieuse sur la philosophie jivaro. Je n'ai pas été vérifier en quelle année l'anthropologue Philippe Descola, né en 1949, a pu les écrire.

En trois volumes cohérents, le dessinateur-scénariste a donc élaboré un univers où chaque détail compte, il faut tout bien lire afin de ne pas perdre le fil (les textes sont souvent bien plus subversifs que les beaux dessins inexorablement répétés). On se retrouve dans un enchevêtrement de saynettes dans une France (et un univers) alternatifs. Ma position personnelle serait de tout savourer sans me casser la tête à tenter de comprendre ce monde. Après, si d'autres veulent aller plus loin, je ne les empêche pas, hein... Pour ce qui me concerne, je ne saurais trop dire à quel 36 000e degré il faut en prendre l'humour! Un joyeux canular? J'ai cru y détecter diverses touches de dérision pince-sans-rire, comme la phrase sur l'ordinateur portable (p.115 du T.3), lorsque s'instaure une relation de sujet à sujet, "alors que celui-ci semble chercher à nous nuire et que nous nous demandons comment nous venger de lui"...

Je vous recommande encore la découverte de cette série dessinée, et vous laisse décider ensuite s'il s'agit d'un canular artistico-scientifique, d'une proposition de nouvelle philosophie, ou bien si tout est dans tout (et inversement). Comme je l'ai dit plus haut, j'avais donc pour ma part abordé cette trilogie (?) par le troisième tome. Et après les avoir parcourus tous les trois, je me demande même si en fait ils ne sont pas (re)liés à deux autres titres publiés du même auteur... Si vous avez eu le courage de lire ce billet jusqu'au bout, je vais maintenant vous informer que vous pouvez trouver plein d'autres beaux dessins sur le blog Puntish du même auteur. Comme disaient les ados, "c'est trop délire!" (je sais plus comment ils disent désormais, hein: j'ai perdu le fil...).

Enfin, pour mettre en parallèle un autre mythe animalier, ça m'a un peu fait penser à trois planches d'un album de la série Donjon (Joann Sfarr & Lewis Trondheim) titré Le roi de la bagarre, qui évoque deux peuples habitant respectivement Odilon (des bergers) et Koubine (des chasseurs dans une ile). Ca se termine abruptement - et plutôt mal.

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Edit du 17/10/2020: merci à Keisha qui m'a gentiment crédité de la découverte dans son propre billet!

7 juillet 2021

Trois essais co-signés par Philippe Labarde et Bernard Maris

C'est de nouveau à Bernard Maris, assassiné chez Charlie Hebdo, que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voudrais rendre hommage ce mois-ci, neuf mois après le précédent billet que je lui avais consacré. Je vais tâcher de présenter les trois ouvrages qu'il avait co-signés, il y a une vingtaine d'années, avec Philippe Labarde.

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Cette fois-ci, ce n'est pas un, pas deux, mais trois livres parus aux éditions Albin Michel que je vais survoler (après celui co-signé Cayat / Fischetti). Pour en raconter l'histoire: j'ai trouvé deux de ces ouvrages dans une armoire de "livres à prendre" dans le hall en bas de chez la coordinatrice de l'AMAP dont je fais partie. Après les avoir lus, j'ai cherché à me procurer le troisième.

Commandé chez mon libraire de quartier, l'exemplaire que j'ai reçu m'a interpellé car il affichait un prix de 23 euros (bizarre pour un livre publié en 1998 et qui ne comportait aucune mise à jour bibliographique ni indication de date de réimpression!). J'ai quand même déniché la mention "Imprimé en France par Lightning Source [+ adresse]", et, en creusant un peu, j'ai découvert qu'il s'agissait de la filiale française d'un groupe d'impression à la demande... 

Pour le contenu des livres eux-mêmes, je trouve aujourd'hui difficile d'en parler à qui ne les a pas lui-même lus. Le ton en tient surtout de la diatribe (que, pour ma part, je trouve plutôt pleine de bon sens), mais tout le monde ne partagera sans doute pas les avis, aussi tranchés que tranchants, des auteurs. 

Dans Ah Dieu! Que la guerre économique est jolie (1998), le thème est la déconstruction du primat des fameuses "lois du marché" que l'on nous mettait (déjà depuis quelque temps) à toutes les sauces à la fin du XXe siècle. Les auteurs mettent, par exemple, quelques coups de projecteur venimeux sur l'angoisse du banquier quand il accorde des prêts (alors que les Etats se précipiteront à l'aide des banques en cas de défaillance des créanciers) ou la souffrance des malheureux patrons lorsqu'ils sont contraints de licencier... pour s'en gausser, bien sûr. Comme si les sacrifices demandés aux "petits" étaient partagés par les "gros". Citation p. 206: "...le capitalisme, dont le nom politiquement correct est devenu le marché, n'est pas fondé sur l'égalité, mais sur la puissance: le peon libre à la porte de l'hacienda choisissant de travailler ou non et choisissant son latifundiste accompagné de sa milice". Les 216 pages de ce (court) bouquin sont subdivisées en une préface (de Serge Halimi), un prologue, 5 chapitres et un épilogue.

La bourse ou la vie (mai 2000) apporte la déconstruction d'un discours assez dominant à l'époque par lequel la presse vantait fréquemment les "fonds de pension", l'actionnariat individuel... Les auteurs nous expliquent, preuves, exemples et statistiques à l'appui, en quoi fonder une "société meilleure" sur ce pur jus capitaliste serait ou sera (est?) une erreur. Citation p.124: "Où est la démocratie dans le système des stock-options, simple avance sur pillage? Actionnaire, ça s'achète. Citoyen, ça se mérite". Et encore, le bouquin date d'avant l'explosion de la "bulle internet", de l'économie virtuelle vantée à grands sons de trompette à la fin du XXe siècle. Cette fois-ci, le sommaire détaillé (toujours pour 5 parties précédées d'un prologue et suivies d'un épilogue) tient sur 3 pages, pour 197 pages de texte - mais le papier est plus "bouffant". 

Enfin, Malheur aux vaincus (janvier 2002) s'est avéré le dernier ouvrage publié en collaboration. Citation (p.161): "Trois livres, trois Labarde-Maris, et au final on retrouve la question essentielle: la propriété. Ça valait le détour. Montrer que le marché est morbide, raciste, inefficace. Reste à s'attaquer à son fondement". Je ne sais pas si la pub de Philip Morris de 2001, épinglée p.101 (en gros, un cancéreux du poumon qui trépasse, c'est 1227 dollars potentiellement économisés par la République tchèque) était à prendre au premier ou au dixième degré. Plus globalement, le libéralisme ne rêve que de faire argent de tout, y compris de ce qui devrait rester des "biens communs". 179 pages, même schéma que les précédents - 7 parties cette fois-ci, dont le détail des thèmes égrenés tient aussi sur 3 pages. 

Bref, une fois de plus, je ne peux guère que conseiller à mes lecteurs, qui n'avaient (qui sait?) peut-être jamais entendu parler de ces ouvrages avant de tomber sur le présent billet, de les lire eux-mêmes, pour se forger leur propre opinion. 

Les trois ouvrages contiennent bon nombre de citations d'articles de presse "contemporains"... (journaux économiques, mais aussi Le Monde... dont Philippe Labarde a été chef du service économique et directeur de l'information). Concernant ce co-auteur, j'ai trouvé une courte vidéo (45 secondes!) où Philippe Labarde dit quelques mots sur sa rencontre avec Bernard Maris. 

J'ai aussi trouvé sur le site de L'Express une chronique du 2e livre publiée il y a 20 ans. Ainsi que celle de Goguengris, concernant le premier, sur Sens Critique.  

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PS: je viens de vérifier, mais l'histoire "officielle" (sur la page dédiée de son site internet) de Charlie ne va toujours pas plus loin que le 17 juillet 2015. Ne serait-il pas temps de rajouter une phrase ou deux à son histoire, pour le journal satirique, laïque, politique et joyeux?

*** Je suis Charlie ***

13 septembre 2020

Chambre 413 - Joseph Knox / Pause vacancière

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Je viens de terminer Chambre 413 de Joseph Knox (Editions du Masque, 410 pages) , un polar prenant très agréable à lire. Une nuit, un cadavre qui sourit vient d'être trouvé dans une chambre d'un palace inoccupé depuis plusieurs années à Manchester où se passe l'histoire. L'inspecteur Aidan Waits et son supérieur, Peter Sutcliffe (Sutty), se retrouvent sur les lieux du crime. Sutcliffe déteste cordialement Waits qui est par ailleurs très mal vu de sa hiérarchie suite à des problèmes de drogue. Sans rien dévoiler d'essentiel, le cadavre souriant restera anonyme même à la fin du roman, mais il aura permis de résoudre plusieurs histoires imbriquées les unes dans les autres. Il y a du suspense et des retournements de situations inattendus. Un polar que je recommande. Il sort au Livre de poche, fin octobre 2020. Lire les billets de Yan, Jean-Marc Laherrère, Nyctalopes et Baz'art.

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Et je profite de ce billet pour dire que je fais une petite pause vacancière en Sud Ardèche comme l'année dernière, une région très agréable. Il fait un temps magnifique, il fait soleil et la chaleur est au rendez-vous. Après un mois d'août studieux et un peu éprouvant à Paris, je suis ravie de changer de paysage.

7 juin 2020

Ecojolie - Tignous

Durant une vingtaine d'année, la Corse a accueilli un "Festival du Vent" (1). Celui-ci a engendré un projet pour la promotion de l'immobilier et de l'urbanisme durable ainsi que des énergies renouvelables, la "Maison Ecojolie".

Tout cela, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) l'ai découvert après avoir eu mon attention attirée, chez le blog de Dona Swann, sur l'ouvrage qui a repris ce nom, Ecojolie, pour rassembler 108 dessins de Tignous sélectionnés par sa veuve, Chloé Verlhac. Il est paru en 2017 aux Editions du Chêne (96 pages).

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Ces dessins ont été choisis parmi plusieurs centaines possibles (2), sur ces thèmes écologistes, environnementaux, qui témoignent aussi du regard que pouvait porter Tignous pour mettre au jour contradictions, cynisme, esprit de lucre et autres travers trop humains (3). Je me permets de citer ci-dessous moins de 10% du corpus, ceux qui m'ont le plus "parlé". Mais chaque lecteur, je suppose, peut trouver dans l'ouvrage de quoi assouvir sa curiosité. 

P1110755 Un dessin (p.73) qui fait écho à un autre que j'avais aussi retenu, mais que vous trouverez dans l'article de Corse Matin (2).

P1110756 La problématique du "bio industriel" résumée en un dessin (p.23): chapeau l'artiste!

P1110757 ...et remettons-en encore une couche (p.26)...

P1110758 Qu'est-ce qui fait le plus rire: la phrase, ou bien celui qui la pontifie? (p.37)

P1110759 Vous avez dit "climat déréglé", ou "construction déréglementée"? (p.43)

P1110760 Hé oui, ne pas confondre "matériau recyclable" et "droit à polluer acquis"... (p.46)

P1110762 Pas fini d'être confinés? (p.84)

P1110763 Sauver la planète? Ouais, ouais... (p.95 - dessin qui clôt l'album)

 Je constate en tout cas que beaucoup des dessins qui m'ont plu se retrouvent dans la "belle page", qui est censée attirer le plus l'oeil du lecteur, celle de droite (si, si...)!

J'ai encore trouvé un éclairage sur les relations de Tignous avec la Corse sur le blog de Serge Orru, fondateur du Festival du Vent, et une autre chronique d'Ecologie sur le blog La bouquinerie. 

Maison_Ecojolie 

(1) On peut trouver des informations sur les éditions du "Festival du Vent" de 2012 (ici) ou de 2013 (là). Faute de financements, il n'y a pas eu de 23ème édition (alors qu'elle était préparée pour octobre 2014).

(2) Un article paru dans Corse Matin dimanche 23 avril 2017 explique que Tignous était un des piliers de la "bande des dessinateurs" accueillis à Calvi, lors des dix dernières éditions du "Festival du Vent". On peut y voir deux dessins que j'avais moi-même retenu avant de le trouver en ligne (l'autre dessin étant le "panda polaire", qui fait écho au premier livre de Tignous que j'avais présenté dès le 12 janvier 2015, cinq jours après son assassinat à Charlie Hebdo).

(3) on trouve aussi dans un article du site Comixstrip.fr du 22 avril 2017 une présentation du contexte de l'album.

*** Je suis Charlie ***

7 septembre 2020

Une minute quarante-neuf secondes - Riss

Un peu comme cela s'était produit pour Le Lambeau, ce livre, Une minute quarante-neuf secondes (récit) par Riss, est arrivé en ma possession bien des mois avant que je m'y plonge - pour le lire d'une traite en quelques heures confinées. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) viens de le parcourir de nouveau, après l'avoir laissé reposer, pour publier le présent billet en lien avec l'actualité.

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Nous sommes bien en plein dans l'actualité: d'une part, Riss a pour ce livre obtenu il y a quelques semaines le Prix du livre politique 2020 (1ère édition de ce Prix en 1995), décerné par le jury de journalistes le 8 juillet à l'Assemblée Nationale, et accompagné du Prix coup de cœur des députés. D'autre part, le procès aux assises des attentats de janvier 2015 à «Charlie Hebdo», Montrouge et l'Hyper Casher a commencé le 2 septembre et doit durer jusqu'au 10 novembre 2020.

Pour ma part, ma première lecture avait été morbide: plus intéressé par ce qui touchait le plus directement le 7 janvier (et ses suites). Cette fois-ci, j'avais pour objectif d'en tirer le présent billet. C'est difficile. Impossible de le lire sans me dire, toutes les pages ou les deux pages, "oui", "ça sonne juste", "c'est joliment exprimé". Et après? Sauf à paraphraser ou à citer au moins 10 pour cent de cet ouvrage de mémoire, de témoignage, de "colère noire" aussi, je ne peux tout en retenir. Contentons-nous donc d'un paragraphe, dont deux des phrases suffisent à aller au fond des choses (c'est moi qui souligne la seconde de ces deux phrases importantes, p.162): "Le 7 janvier n'était pas un attentat aveugle frappant au hasard, comme au Bataclan, à Nice ou le 11 septembre 2001 à New York, des anonymes innocents, afin de créer un climat de terreur et de provoquer un rapport de force entre l'idéologie qui le commet et la démocratie qui en est la cible. Le but des terroristes du 7 janvier était de faire disparaître des idées, ceux qui les portaient et qui étaient parfois les seuls à les exprimer".

Dans son livre plus rageur qu'apaisé, Riss se dévoile un peu. Les quelques anecdotes qu'il nous livre donnent surtout de la cohérence à son cheminement et à son engagement dans le journal auquel il avait déjà, le 7 janvier, consacré près de la moitié de sa vie (chose faite en 2019: 27 années à 53 ans...). La continuation de Charlie Hebdo après l'attentat occupe une place essentielle. Le livre est dédicacé "aux innocents, vivants, morts ou fous". Il insiste bien sur l'emploi du mot "innocent" (qui s'oppose à "coupable"), préféré au terme "victime" fourre-tout et pouvant même servir à "dédouaner" abusivement des criminels durant un procès (victimes des circonstances, de leur milieu...). D'un côté, il rend hommage à ses collègues qui n'ont pas survécu, comme à ceux qui ont été blessés avec lui (vers le quart du livre prend place un chapitre tétanisant où l'heure, la minute, la seconde, suivis du constat "je suis vivant" sont égrené 107 fois.). De l'autre, Riss voue aux gémonies pas mal de monde, entre les intellectuels ayant abdiqué (qualifiés de "collaborateurs"), les membres du journal avec qui le fossé s'est creusé... Le tout sans citer de nom à ses lecteurs, avec la pensée que les intéressés, eux, se reconnaîtront bien eux-mêmes. Face à tout ce qui a pu être dit, il assène ses quatre vérités. A son retour à la rédaction quand il est sorti de l'hôpital, il a constaté les changements. Certains auraient souhaité que Charlie Hebdo s'arrête (pour se partager le gâteau?). Tout le monde n'a pas la capacité de produire de la satire. Début 2015, il venait de finir de rembourser la dette dont Charb et Riss avaient hérité en prenant la direction du journal fin 2008. Il justifie la direction que, seul maître à bord, il a impulsé pour maintenir à flot ce navire qui avait été créé collectivement par des individualités chacune très fortes.

Bref, je renonce à dérouler encore deux pages de citations, pour vous inviter directement à lire vous-même ce livre-manifeste, qui semble indiquer que Riss ne renoncera jamais à la vision de la liberté d'expression qui l'a amené à se faire tirer dessus par des fanatiques. A l'étonnement de ses soignants, il dit ne pas faire de cauchemars, mais rêver (des disparus).

Sur la Toile, lorsqu'on cherche qui a parlé de ce livre, on trouve d'abord la presse, puis des librairies, l'offre en e-book, et des médiathèques, pratiquement pas de blogueurs (mais peut-être s'agit-il d'un phénomène plus général: perte de vitesse des blogs, et méconnaissance, du coup, par les algorithmes). J'ai tout de même pu trouver les avis de Lilou (Ma passion les livres), Joëlle (les livres de Joëlle), Emmanuelle, sur le blog des Carpenter, La blbliothèque de Claire (une lectrice à Paris), ou encore de Pepère News (blog créé en 2018 par des étudiants de l'ESJ Lille). 

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Sans rapport direct avec le livre mais en lien avec l'actualité, je souhaite signaler que le n°1467 de Charlie Hebdo en date du 2 septembre 2020 met en avant un sondage IFOP / Charlie Hebdo touchant la perception, en France, des deux événements qu'ont été l'attentat qui a frappé la rédaction de Charlie Hebdo il y a 5 ans et la publication, il y a quinze ans, des fameuses caricatures de M*h*m*t. Tiré à 200 000 exemplaires, ce numéro a dû être réimprimé - mais je doute qu'il atteigne les 5 ou 7 millions d'exemplaires vendus du numéro 1178 du 14/01/2015. Bref, j'ai consulté sur le site de l'IFOP l'ensemble du sondage. Les résultats de cette enquête y sont exposés dans leur intégralité par la Fondation Jean Jaurès. 

*** Je suis Charlie ***

7 août 2020

Charlie Hebdo - Calendrier perpétuel 52 semaines

Ce mois-ci, en plein milieu de l'été, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) vais vous présenter l'un de mes premiers achats en librairie après la fin du confinement, dans la série de mes Hommages mensuels à Charlie Hebdo. 

Je l'avais trouvé, encore sous film plastique, au Quartier Latin à Paris, dans une grande librairie, à l'étal, dehors, parmi d'autres "produits d'appel". Il s'agit d'un "objet identifié" paru il y a déjà plusieurs années aux Editions du chêne (comme pour ma chronique de juin dernier - sans compter deux autres bouquins posthumes de Tignous chroniqués antérieurement et édités par cette même Maison). Sa première édition date de 2014 (avant), mais la présente édition est estampillée d'un dépôt légal "septembre 2015" (après). Je suppose que c'est pour des raisons de coût que l'objet affiche aussi un provocant "imprimé en Chine".

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Ce bel objet se présente comme un "calendrier perpétuel". En effet, il ne mentionne pas d'année, et chacune des 52 "semaines" comporte un feuillet construit sur le même modèle mais sans mention du numéro de jour ni du mois exactement concerné par chacun. Disons donc qu'il pourrait être utilisé pour n'importe quelle année, "marquable au stylo" grâce à l'épaisseur des fiches cartonnées. Mais... MAIS! Mais ce serait, à mon sens, dommage de griffonner sur une partie de ce qui m'apparaît presque plutôt comme un "objet de collection" (je n'ai pas été complet: il s'agit d'une co-édition Le Chène / Hachette, et les contacts "partenariat et vente directe" ou "relations presse" figurant en dernière page sont des personnes de chez Hachette...).

Lorsque le calendrier est ouvert, chaque semaine apparaît surmontée du verso de la page précédente qui comprend un ou le plus souvent deux dessins, en noir et blanc ou en couleurs. 

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Les semaines "monodessins" ont été illustrées par Charb (3) et Luz (2). Plus globalement, voici mes comptages concernant les dessinateurs: Charb 40 (dont la couv'), Riss 25 (16 en N&B pour 9 en couleur), Luz 20 (dont 3 en N&B et 2 en double), Tignous 9, Cabu 4, Honoré 2 (qui les a choisis?). En voici en tout cas une petite "extraction" subjective.

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P1110801  P1110806 (anticipation du 2e trim. 2020? Hé oui, l'activité ralentit en temps confiné...)

P1110804 Pauvre personnel soignant... (ça m'a fait hurler de rire!)

Dans ce "semainier", les thèmes restent bien perpétuels (jusqu'à nouvel ordre). Vous aurez en tout cas une centaine de dessins à découvrir. Dasola (que je remercie pour les photos) m'a dit "tu as pris les mieux!". Je ne sais pas qui va vouloir écrire sur l'oeuvre d'art constitué par cet éphéméride [oui, j'enfonce tous les poncifs ouverts, comme à mon habitude] ?

*** Je suis Charlie ***

3 mai 2020

De chair et d'os - Dolores Redondo

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Après Le gardien invisible, j'ai continué avec le deuxième tome de "la trilogie du Baztan" de Dolores Redondo, De chair et d'os (Folio Policier, 604 pages). L'inspectrice de police Amaia Salazar, que l'on avait laissé enceinte, accouche d'un petit garçon appelé Ibai, alors qu'on lui avait dit qu'elle aurait une fille. On se retrouve de nouveau dans la vallée du Baztan au Pays Basque espagnol, où Amaia et toute son équipe (uniquement des hommes) enquêtent sur la profanation d'une église à Arizkun et sur les suicides d'hommes après qu'ils aient assassiné leurs épouses. Le seul mot qu'ils laissent avant de mourir est "Tarttalo", un cyclope dans la mythologie basque. Après chacun des meurtres, quand la police arrive, elle découvre que chaque corps a été mutilé: un des bras, coupé net, a disparu. Les assassins n'y sont pour rien. L'enquête permet à nouveau à Amaia de se replonger dans son passé de petite fille détestée par sa mère. Elle découvre une chose épouvantable. Il est beaucoup question du mal que certains individus ont en eux sans qu'on puisse faire quelque chose. J'ai apprécié les descriptions de la nature environnante où baigne un certain mystère. Le roman se lit très bien et je ne l'ai pas trouvé trop long. Je vais commencer le troisième tome. J'ajouterai qu'il est préférable de lire la trilogie dans l'ordre.

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Réponse à l'énigme posée par Ta d loi du cine:

Enigme

C'est un piano droit qui me fait de l'oeil, certains matins, au moment (court) où le soleil vient juste taper par la fenêtre ouverte, dans l'immeuble en face d'où j'habite.

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7 juillet 2020

Son éclat seul me reste - Natacha Wolinski

J'ai [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] découvert le sujet de mon billet-hommage du mois sur un blog durant le confinement, et j'avais décidé de me le procurer dès qu'on en serait sorti (ce que j'ai fait). Dans le cadre de mes hommages aux tués lors du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, voici donc:

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Natacha Wolinski, son éclat seul me reste, Arléa (janvier 2020, 65 pages).

Après le témoignage de la veuve de Wolinski, je vous présente aujourd'hui le petit livre touchant qu'une des filles de Georges lui a consacré (en le dédiant à sa propre fille, Lola - qui porte le même prénom que son arrière-grand-mère paternelle?). Voici ce qui figure en 4ème de couverture: "Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, Natacha Wolinski interroge les confins brouillés de sa mémoire. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation". Pour ma part, je vais avoir du mal à en dire davantage que quelques phrases.

C'est dans un langage bien particulier que parle Natacha Wolinski. Le récit - si c'en est un - est fragmenté, elliptique, non-linéaire. On apprend que, lors de l'attentat, Natacha se trouvait à Singapour, afin de rédiger un article sur les galeries d'art locales. Elle avoue la sidération, le déni, les tentatives vouées à l'échec de poursuivre "comme si de rien n'était". En cette occasion, ce sont des questions sur des manques, exprimées en un langage presque poétique, qui remontent à la surface. De courts paragraphes d'interpellation qui s'adressent... A qui? A son père mort? A elle-même? A nous, ses lecteurs? Même si je ne les ai pas comptés, il y a bien davantage de "je" que de "tu". Evocation d'une succession de deuils "à faire", comme on dit - alors que c'est tellement difficile lorsque la communication ne "passe pas".

Au décès de sa mère, la première épouse de Georges Wolinski, Natacha avait 4 ans, et une soeur Kika (Frédérica), sans doute pas de beaucoup son ainée puisque leurs parents s'étaient mariés en 1961. En 1968, Georges a rencontré Maryse (née en 1943 et plus jeune que lui de 9 ans), l'a épousée en 1971, puis est née Elsa, fin 1973. Manifestement, la petite fille Natacha a souffert de l'absence de sa mère, puis de ce qu'un père trop occupé ne se soit pas assez consacré à elle. Absence de communication, donc. Les mots "je ne t'ai pas demandé..." sont présents dès le début du livre. Y pointe aussi le regret des non-dits qui se sont succédés. Georges ne parlait guère spontanément, semble-t-il, de son propre père, assassiné lorsque lui-même avait 9 ans. Serait-ce donc l'explication de son incapacité à "raconter sa maman" à une petite fille qui l'avait perdue à l'âge de 4 ans?

Parmi toutes celles où Natacha Wolinski s'adresse à son père, je citerai juste quelques phrases. Celles qui constatent (déplorent) l'éloignement (p.50): "De ton incapacité à nommer ce qui devait être nommé est né, les dernières années, un grand silence entre nous. C'était un silence par défaite". Et celle dont on peut espérer l'apaisement (p.57): "Je t'enlève de ton lit de mort et je te couche sur mon lit de mots".

Pour ma part, c'est donc chez Manou que j'avais découvert ce livre début mai. Quand j'ai rédigé mon billet il y a déjà quelques semaines, mes recherches ne m'ont pas permis d'en trouver d'autre mention parmi les blogs. Voici en tout cas un entretien (paru dans L'Humanité - qui le réserve à ses abonnés), où elle dit notamment: "Aujourd’hui, je reçois des messages tous les 7 janvier. Mais ce livre, c’est aussi pour raconter tous les autres jours de l’année". Voir aussi ce qu'elle en disait en février 2020.

PS1: je viens de voir (mercredi 1er juillet) que Charlie Hebdo N°1458 inaugure "Un été avec Wolinski": en dernières pages de ce numéro, ça commençait avec des dessins de ses débuts dans Hara Kiri (dans le N°7, une adaptation parodique d'Après la bataille, de Victor Hugo), des dessins très chargés à la Will Elder (je suppose que l'influence de Dubout sera évoqué dans des numéros suivants).

PS2: je viens aussi, le même jour, d'acheter le nouveau Hors Série (N°22H) de Charlie Hebdo. Je pense que je vais attendre quelques années avant d'éventuellement le chroniquer [cf. billet du 07/01/2022], le temps d'oublier un peu tout ça... En effet, il porte sur ... la crise du Covid-19 vue par Charlie (l'équipe actuelle). Ils n'y ont pas glissé un seul dessin des "grands anciens" décédés, alors que je suis bien certain qu'il y aurait eu moyen d'en dénicher un ou deux par raccroc, au prix de quelque anachronisme, dans leurs oeuvres déjà publiées...

*** Je suis Charlie ***

20 juin 2020

La neige sous la neige - Arno Saar

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Après Le train pour Tallinn, j'ai été contente de retrouver le commissaire Marko Kurismaa dans La neige sous la neige, de l'écrivain estonien Arno Saar (Editions La fosse aux ours, 293 pages). Le corps d'une jeune prostituée bielorusse est retrouvé près de baraquements ouvriers dans la presqu'île de Kopli, un quartier nord de Tallinn. Comme l'histoire se passe en février, il neige et la température est glaciale. Mais c'est grâce à cette neige que Marko, qui souffre encore et toujours de narcolepsie, va trouver des indices permettant de faire avancer l'enquête. En effet, Marko connaît bien la neige, étant lui-même un pratiquant de ski nordique. Il sait que la neige sous la neige peut garder des traces de toutes sortes, de pneus ou d'empreintes de pas. Il donne toutes ces explications à ses collègues et en particulier à Kristana avec qui il file le parfait amour. Je ne vous dis rien de plus, car sinon je pourrais en dévoiler trop. Un roman qui se lit très agréablement. J'espère qu'il y en aura d'autres.

17 juin 2020

Le séminaire des assassins - Petros Markaris

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Quelle ne fut pas ma joie, quand, après être entrée dans une de mes librairies de province que j'affectionne, j'ai trouvé au rayon "Polar", le nouveau Petros Markaris, Le séminaire des assassins (Editions du Seuil, 275 pages vite lues). La crise financière grecque semble loin. Le commissaire Charitos, qui va bientôt être grand-père d'un petit garçon grâce à sa fille avocate Katérina, est nommé commandant par intérim de son service, suite au départ à la retraite de son chef. Quand le roman commence, Kostas Charitos est en vacances avec sa femme Adriani en Epire, la région natale de cette dernière. Ils se sont liés avec trois femmes sexagénaires dont une veuve. L'une d'entre elles lit dans le marc de café. Revenu à Athènes, Charitos se retrouve à enquêter avec toute son équipe sur trois meurtres commis, deux anciens universitaires devenus ministres et, en troisième, un universitaire qui après être passé par la politique est redevenu enseignant. Deux ont été empoisonnés, un au parathion (un pesticide) et l'autre avec une piqûre de cyanure dans le dos. La troisième victime a été poignardée. Les trois meurtres sont suivis de trois proclamation accusant les victimes de haute trahison: ils ont abandonné leur élèves pour faire de la politique. Je vous laisse découvrir qui est ou sont les assassins. Si vous lisez la postface avant de commencer le roman, vous trouverez très vite. Un roman sympa, écrit à la première personne, avec des phrases courtes. En revanche, j'ai été un peu perdue avec les noms des personnages policiers. On les confond... mais ce n'est pas grave pour comprendre l'histoire.

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PS du "statisticien" (ta d loi du cine):

Je tenais à dire que ce billet de dasola est le 2100e sur son blog. Par contre, je ne rédigerai plus de billet "spécial statistiques" sur de simples "centaines", désormais. Cela fait plus ou moins redondance avec les billets "bloganniversaire" qui paraissent les 9 janvier de chaque année. J'attends le 2500e billet (d'ici 3 à 4 ans!) pour un beau récapitulatif! Cependant, j'acterai aujourd'hui, tout de même, que ces 2100 billets totalisent plus de 26 860 commentaires par 1186 personnes dont 106 déjà revenues en 2020. Et, accessoirement, que l'on trouve cités 507 auteurs différents dans l'Index des livres chroniqués sur le blog de dasola (pour 631 billets "Livres"), où Indridason détient le record de titres chroniqués à ce jour (18). Je signale enfin que le dernier vrai billet "Cinéma" sur ce blog date du 09/03/2020 (le 02/04/2020, celui sur Voyage à Tokyo a été rédigé d'après un DVD), et que dasola n'en peut plus d'attendre de regagner ses salles obscures...

7 avril 2020

Aux armes, paysans! - Charlie Hebdo Hors série N°21H (février-avril 2020)

En cette période confinée, certaines choses reprennent davantage d'importance. Par exemple: la nourriture. Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rédige, pour ce mois d'avril 2020 et pour la seconde fois consécutive, mon "hommage" mensuel à Charlie Hebdo autour d'un "Hors-série" de l'hebdomadaire. Mais cette fois-ci, on peut encore trouver ce supplément en kiosque - pour autant que l'on ait déniché un kiosque ouvert.

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Aux armes, paysans!, Hors série N°21H, février-mars-avril 2020, 64 pages

Ces périodiques semblent maintenant paraître tous les trois mois, mais je me demande quel délai s'écoule entre leur mise en chantier et leur publication. Celui-ci, s'il a certainement mobilisé la plus grande partie de l'équipe actuelle (il n'est que de regarder les noms des rédacteurs-trices ou dessinateurs-trices), porte fortement l'empreinte, pour les textes, de Fabrice Nicolino (5 articles à lui seul) et, pour les dessins, de Juin (qui apparaît, si j'ai bien compté, dans 13 des pages intérieures). Je me demande avec quelle ironie interpréter la statue porcesque: celle de la monture rigolarde, plutôt que celle du croquant anonyme brandissant son sceptre, je suppose.

Au début et à la fin de la publication, figurent à titre d'illustration deux belles galeries (ou des tunnels?) de vieilles "réclames" qui montrent l'évolution, sur des décennies, de ce que leur presse professionnelle proposait aux paysans (entre, au moins, les années 1870 et 1930, et extraites, notamment mais non exclusivement, de Jardins & Basses-cours [1908-1936]). On y trouve vantées la mécanisation (des tracteurs en veux-tu en-voilà, à différentes époques), l'amélioration de la productivité (nitrate de soude du Chili; "complément radio-actif de tous les engrais" (!); "fumier de l'homme" recueilli dans les camps (??) des environs), la "farine de viande" pour porcs, volailles, veaux et chiens... Je regrette un peu que ne figure pas dans le Hors-série un article spécifique de "mise en perspective" de ces mêmes publicités (publiées en couleur papier journal jauni), mais je ne sais pas si j'aurais été capable de le rédiger.

Par contre, entre autres thèmes dignes d'intérêt, un article décrypte la spéculation financière sur la production agricole: désormais, les "produits dérivés" ne s'intéressent plus aux plantes ou aux bêtes elles-mêmes, mais à la fluctuation (à la hausse ou à la baisse) de leur prix, les échanges sur les marchés financiers étant en outre 20 ou 30 fois plus élevés que les échanges physiques. J'ai bien apprécié la citation de Coluche qu'il contient, rappelant que celui-ci disait: "Je partage en deux: les riches auront de la nourriture, les pauvres de l'appétit" (p.35).

P1110655 Extrait décalé d'une double page signée Biche (p.10)

Fidèle aux notions défendues de longue date par Fabrice Nicolino, le Hors-série oppose au modèle de l'agriculture productiviste soutenu par la FNSEA celui prôné par la Confédération paysanne. Il expose les bienfaits de l'agro-écologie et plus généralement celui d'une agriculture à taille humaine (sinon à hauteur d'homme). Il rappelle incidemment que, alors même qu'en France des projets d'"usine des 1000 vaches" soulèvent des tollés, aux Etats-Unis, en Chine ou dans d'autres pays immenses, ce sont jusqu'à une centaine de milliers d'animaux auxquels des semi-remorques entiers amènent quotidiennement de l'alimentation "industrielle". La course au gigantisme et aux "économies d'échelle" ne permettra donc jamais à la France d'être compétitive sur le marché mondialisé si l'on se place dans la seule perspective financière. Il faudrait vraiment changer de paradigme pour que redevienne majoritaire une agriculture axée sur la souveraineté alimentaire, l'autonomie alimentaire locale, et permettant aux paysans de vivre dignement de la vente de ce qu'ils produisent, plutôt que de subventions qui leur ôtent toutes libertés de choix en les mettant aux ordres de l'industrie agro-alimentaire et de sa technocratie.

P1110656 Un dessin particulièrement signifiant sur la normalisation et la déshumanisation du paysan... Occasion, aussi, de rappeler que des militants pour une "autre" agriculture peuvent avoir des intérêts variés, entre les vegans qui s'opposent à tout abattage animal, ou ceux qui prônent un retour à des conditions permettant de vivre d'une ferme "à taille humaine" où des animaux sont, certes, élevés pour être au final consommés, mais du moins, point trop maltraités durant leur existence...

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Ce numéro ne présuppose pas que l'on soit a priori un spécialiste des problématiques agricoles, il les explique bien (je trouve), comme, par exemple, le déséquilibre - au bénéfice de quelle agriculture? - des différents "piliers" de la PAC, ou le "gaspillage" des ressources naturelles (sol vivant et fertile, eau potable...) pour un profit exclusivement financier et à court terme.

Rappelons encore que l'engagement de Charlie contre les logiques de l'agriculture industrielle (ou de l'industrie agro-alimentaire) ne date pas d'hier. Ce Hors-série republie quatre pages dessinées par Cabu, initialement parues dans le N°303 de la première série de Charlie Hebdo, le 2 décembre 1976.

P1110658 © V. CABUT, bien sûr.   

Je vous recommande également (je n'en ai pas fait figurer d'extrait dans le présent billet) les 6 planches de "Reportage 100% bio chez Mimile" (éleveur de moutons et de porcs bio) signées Coco. Pour une fois, Foolz m'a fait rigoler ("ça va, Jean-Pierre?"), même si je n'ai pas repris non plus la vignette concernée, p.62, parmi "Les couvertures auxquelles vous avez échappé". De cette même page, j'extrais le dessin ci-dessous, avec le mot de la fin ambigu à souhait (encore temps de quoi?).

P1110659  Qu'est-ce qu'il regarde, exactement, à votre avis, notre actuel Président? Que je sache, il ne porte pas les paysans au pinacle (cf. la 4e de couv', plutôt!), malheureusement.

Je cite enfin la conclusion de l'édito signé Riss: "Pour les citoyens agriculteurs et les citoyens consommateurs, il est urgent de repenser de fond en comble notre manière de nous nourir les uns les autres." Il s'agit effectivement de sujets qui méritaient bien quelques coup de poings dans la gueule et sur les yeux. 

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J'arrête ici mon analyse, il y aurait encore bien des richesses à extraire de ce "soixante-quatre pages". J'espère que j'ai pu par mes quelques citations, extraits ou gloses vous donner envie de l'acquérir (7 euros). Sauf erreur de ma part, il n'est cependant pas disponible aujourd'hui sur la boutique en ligne ni en version digitale (laquelle ne concerne que l'hebdomadaire, à ce jour).

Edit du 24/01/2024: alors que vient de sortir en kiosque un Hors-série sur l'écologie (dont je parlerai un de ces mois), Aux armes, paysans! est bien [toujours] disponible sur la boutique en ligne.

*** Je suis Charlie ***

29 mars 2020

Les fantômes de Reykjavik - Arnaldur Indriðason

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J'ai eu le plaisir de retrouver Konrad, le policier à la retraite dans Les Fantômes de Reykjavik (Edition Metailié, 316 pages haletantes). Comme Aifelle, je l'ai dévoré en deux jours et je l'ai même préféré au roman précédent Ce que savait la nuit.

Arnaldur Indriðason nous raconte trois histoires en parallèle. Konrad est appelé par un couple qui ont connu Erna, son épouse décédée. Sans nouvelles de leur petite-fille Danni disparue depuis plusieurs jours, ils aimeraient que Konrad fasse des recherches. Ils n'ont pas osé appeler la police car Danni est une jeune femme droguée. Par ailleurs, Konrad va être amené à enquêter sur une mort certainement accidentelle mais restée inexpliquée, celle de Nanna, une petite fille âgée de 12 ans. Cela se passait en 1960. Nanna s'est noyée dans un lac dans un quartier de Reykjavik en voulant récupérer sa poupée. Et Konrad continue de chercher qui a poignardé son père devant des abattoirs plusieurs années auparavant. Indridason passe d'une intrigue à l'autre sans que l'on ne perde le fil. Une fois de plus, certains des personnages masculins n'ont pas le beau rôle, à la différence de femmes comme Martha, une femme policier, l'ancienne collègue de Konrad qui va l'épauler, et Eyglo, une femme médium et qui est la fille de l'ancien associé du père de Konrad. Décidément, Erlendur devient pour moi un lointain souvenir.

10 mai 2020

Une offrande à la tempête - Dolores Redondo

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Et voilà, j'ai terminé "La trilogie du Baztan" avec Une offrande à la tempête de Dolores Redondo (Folio Policier, 580 pages haletantes). L'histoire reprend un mois après la fin de De chair et d'os et donc plus d'un an après la première enquête décrite dans Le gardien invisible. On retrouve les protagonistes des deux tomes précédents dont Amaia Salazar, l'inspectrice de police qui continue de lutter contre des forces du mal qui la dépassent. Après le "basajaun", le "tarttalo", elle doit combattre Inguma, un génie maléfique de la mythologie basque. Une petite fille encore au berceau est étouffée dans son sommeil par son père. Elle n'avait pas encore été baptisée. Amaia découvre avec l'aide de ses collègues que d'autres nourrissons ont subi le même sort, et ce depuis plusieurs années. Les parents offraient leur enfant en sacrifice. L'enquête est d'autant plus difficile que des gens puissants lui mettent des bâtons dans les roues. Un de ses enquêteurs va payer de sa vie d'avoir été près de la vérité. Et Amaia apprend qu'une personne de sa famille, que l'on croyait morte, ne l'était pas. Je ne dévoile pas tout, loin de là. Pendant 1700 pages et trois tomes, Dolores Redondo arrive à tenir le lecteur en haleine avec ces intrigues emmêlées qui forment un tout dans cette province de Navarre où coule le fleuve côtier Baztan, qui change de nom en Bidassoa sur son parcours et se jette dans le golfe de Gascogne.  J'ai tout de même noté que c'est une région froide l'hiver et qu'il y pleut très souvent (comme au Pays Basque français). Un point positif au confinement : avoir pu lire autant de pages en si peu de temps.

15 avril 2020

Succion - Yrsa Sigurðardóttir

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Après ADN, je me suis plongée dans Succion d'Yrsa Sigurðardóttir (Actes noirs, Actes sud, 407 pages), dans lequel j'ai retrouvé l'inspecteur Huldar et Freyja, la psychologue pour enfants.Ces deux là ont toujours des rapports compliqués depuis qu'ils ont passé une nuit ensemble sans se connaître plusieurs mois auparavant. Depuis leur dernière enquête, qui s'est mal terminée, Freyja a été mise à l'écart de la Maison des enfants qu'elle dirigeait et Huldar doit se contenter d'affaires sans intérêt. 
Dans un prologue qui se passe en 2008, Vaka, une petite fille qui attendait que son père vienne la chercher à la sortie de l'école, disparait après suivi une autre petite fille à qui il manquait deux doigts. En 2016, un directeur d'école montre à la police une lettre inquiétante écrite par un lycéen dix ans auparavant. Elle annonce que six personnes désignées par des initiales vont mourir. Bien entendu, tout est lié. J'avoue que j'ai trouvé l'histoire assez glauque. Il y a en effet des meurtres plus sanglants les uns que les autres. Les six personnes condamnées à mourir vont connaître des fins abominables. Je ne dirai rien de plus. L'ensemble est assez outré, cela manque de finesse psychologique. Dommage.

13 novembre 2019

Derniers jours à Berlin - Harald Gilbers

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Après Germania et Les fils d'Odin, Harald Gilbers, avec Derniers jours à Berlin (10/18, 542 pages), nous entraine à Berlin à partir du 20 avril 1945. Le commissaire Richard Oppenheimer et sa femme Lisa sont terrés dans le sous-sol d'une usine à bière appartenant à un truand, Ed, qu'Oppenheimer connait bien. C'est la dernière fois que la ville est bombardée, mais désormais les Russes sont à 5 km de la ville allemande. Tout est en ruine, les Berlinois ont faim et froid. L'eau potable est rare. Ils savent qu'avec les Russes, les choses vont mal tourner pour les Berlinoises. C'est ce qui arrive d'ailleurs à Lisa qui se fait violer. Mais il faut survivre. Oppenheimer arrive encore à écouter du Beethoven sur son tourne-disque. Un certain Dieter qui porte une mystérieuse valise se réfugie dans le sous-sol de l'usine. Mais Dieter est assassiné peu après et Oppenheimer cache la valise qui est convoitée et par les Russes et par un mystérieux Américain. Le roman se termine le 7 août 1945, un jour après Hiroshima. Plus qu'un roman policier, c'est la description de Berlin et de la vie quotidienne des Berlinois qui rend le roman intéressant. A lire.

7 novembre 2019

Les années 70 - Cabu / Gébé / Willem

Dans le cadre de mes hommages mensuels aux victimes du 7 janvier 2015, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) reviens cette fois-ci aux origines (sinon aux "fondamentaux"?) de Charlie Hebdo, grâce à un livre que j'avais déniché (chiné) il y a déjà quelque temps.

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Les années 70, Cabu - Gébé (avec la participation de Willem), texte de Gébé, éditions First, 1992. Comme chacun sait, ces dessinateurs se sont connus à Hara Kiri (mensuel créé en septembre 1960 et qui durera jusqu'en 1989), ayant engendré Hara Kiri Hebdo, apparu en 1969, et devenu Charlie Hebdo en 1970. "En ce temps là, "...

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... c'est ainsi que commence le texte, page 7, de ce livre publié en 1992, l'année de la renaissance de Charlie Hebdo. Rappelons que le N°1 de la série actuelle est paru mercredi 1er juillet 1992 et s'est vendu à 120 000 exemplaires. Mais Les années 70, voilà des années que la génération Y, les Millenials, ou la génération Z (encore moins), ne peuvent pas connaître en les ayant vécues. Pour ma part, je peux dire "j'y étais!", même si les événements dépeints dans cet ouvrage me sont passés, je crois, largement au-dessus de la tête.

Le texte de Gébé assure le fil conducteur, tandis que les reportages dessinées de Cabu scandent la diversité des luttes (manifestations antimilitaristes, Larzac, luttes antinucléaires, Lip, procès de Charlie [1978]...). C'est de manière plus ou moins allusive que l'ouvrage brosse, p.20-22, l'histoire très conviviale (ou la légende, bien connue de tous) de l'apparition de Hara Kiri Hebdo, puis de sa transformation en Charlie Hebdo.

J'ai bien apprécié les crédits iconographiques, très bien faits (p.126-127 - quelques coquilles minimes) et qui m'ont servi pour mes comptages. Comme je l'ai déjà indiqué dans certaines de mes chroniques précédentes, je trouve que beaucoup de compilations ou anthologies de dessinateurs de la série actuelle de Charlie omettent de préciser la date et le numéro de parution pour chaque dessin. Bref, Les années 70 alignent 170 dessins (41 de Gébé, 19 de Willem, 108 de Cabu, et 2 de Fournier). Ce Fournier-là (Pierre, le fondateur de La Gueule ouverte), ne doit pas être confondu avec ceux de Spirou (Jean-Claude, ou un autre Pierre!).

Dans les dix dessins que j'ai choisi de citer ci-dessous, j'ai fait, proportionnellement, la part fort belle à Gébé, Fournier ou Willem. J'ai en effet déjà consacré plusieurs billets à Cabu, et j'aurai d'autres occasions de le faire. En tout cas, si Fournier et Gébé sont décédés trop jeunes (à 35 et 74 ans) cependant que Cabu a, lui, été assassiné (à 76 ans, presque 77), Willem (né en 1941) continue à dessiner chaque semaine dans Charlie Hebdo (merci à lui!).

 p.16 Gébé (10/05/1971). P1110544 Et pour la retraite à 64 ans, comment insulter les libéraux?

p.22 Gébé (10/01/1971). P1110545 Sourire... de quelle couleur? 

p.41 Cabu (08/01/1976). P1110547 La Révolution, ce n'est plus demain la veille...

p.54 Cabu & Willem (22/12/1977). P1110556  P1110553 Fauchon plastiqué (les textes de Cabu sont excellents, je trouve!).

p.61 Gébé (14/08/1972). P1110548 Je suppose que cela ne visait même pas l'usine de La Hague, mais tout simplement l'absence de stations d'épurations en bord de mer? Il faudrait relire le numéro concerné ...

p.62 Fournier (10/07/1972). P1110549 (à Mururoa, c'était bien l'époque des essais nucléaires aériens, dont certaines retombées ont pu voyager loin...).

72 Gébé (05/08/1976). P1110550 Un dessin bien symbolique.

p.118 Willem (05/07/1979). P1110557 Remplaçons donc "boat-people" par "migrants, et il serait publiable tel quel de nos jours!

p.119 Cabu (05/07/1979). P1110552 Moi, ce masque me fait un peu penser à quelqu'un d'autre...?

Je me suis permis de remarquer qu'effectivement (comme le mentionne wikipedia consulté le 3 novembre 2019), les textes des BD du Néerlandais Willem, à cette époque, sont truffés de fautes d'orthographe, et il refusait de les faire corriger (cela donnait un genre certain à ses grandes planches). J'ai encore vu sur internet que cet album a pu être qualifié de "chronique historique dans la liste des ouvrages de Gébé". Par contre, je n'ai pas trouvé sur la blogosphère de critiques concernant cet ouvrage déjà ancien. Peut-être en existe-t-il et ai-je mal cherché, je corrigerai si nécessaire!

*** Je suis Charlie ***

19 octobre 2019

Les treize marches - Kazuaki Takano

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C'est par hasard que j'ai lu ce roman policier japonais, écrit en 2001, que j'ai trouvé passionnant. Treize marches de Kazuaki Takano (Editions 10/18, 376 pages haletantes) décrit le système judiciaire japonais, régi par des codes très stricts. Il est en particulier question de la peine de mort par pendaison au Japon, qui existe encore, et on apprend tout du cérémonial avant l'exécution. Avant qu'un condamné à mort soit exécuté, il faut que la proposition d'exécution reçoive l'approbation de treize bureaucrates issus de cinq postes différents. Les  treize marches du titre font aussi référence à des marches qu'aurait gravi Ryô Kihara, un jeune homme qui attend d'être exécuté depuis plus de sept ans. Et l'exécution est proche. Kihara souffre d'amnésie, il ne se souvient pas d'avoir tué un vieux couple dans leur maison. Shôgi Nangô, un surveillant-chef de prison qui vient de démissionner pour raisons personnelles (que je vous laisse découvrir), et Jun'ichi, un homme en liberté conditionnelle qui sort de deux ans de détention pour un homicide involontaire, sont chargés par un avocat d'innocenter Kihara avant qu'il ne soit exécuté. Ils ont trois mois pour le faire. Et ils toucheront une grosse somme d'argent. C'est l'occasion pour Jun'ichi d'essayer de se racheter aux yeux de ses parents et de la société. En effet, il faut savoir que la famille d'un condamné, quitte à ce qu'elle se ruine, doit verser une somme plus ou moins importante à la famille de la victime. A la fin de l'ouvrage, il y a une bibliographie qui a inspiré Kazuaki Takano sur le droit pénal, la peine de mort, etc. Un roman de "qualité supérieure" (comme l'a écrit le regretté Claude le Nocher), que j'ai dévoré. Lire aussi les billets d'Encore du noir et Nahe.

4 février 2020

Ce que savait la nuit - Arnaldur Indriðason

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Dans Ce que savait la nuit (Editions Métailié noir, 284 pages), j'ai retrouvé avec plaisir Konrað, le policier à la retraite dont on avait fait la connaissance dans Passage des ombres. Même si sa personnalité est différente de celle du commissaire Erlendur, Konrað me paraît un homme intéressant avec des zones d'ombres entre un de ses deux bras handicapés et son père medium, escroc et menteur qui le battait. Une nuit, Konrað est appelé par Martha, une ancienne collègue, chef de la Criminelle de Reykjavik, qui lui annonce que l'on a retrouvé le corps de Sigurvin dans un des grands glaciers d'Islande qui est en train de reculer suite au réchauffement climatique. Sigurvin était un homme d'affaires disparu trente ans auparavant. Comme la police n'avait pas trouvé le corps, on n'a pas su ce qui s'était passé, mais l'associé de Sigurvin, Hjaltalin a été soupçonné depuis lors, sans qu'il ne cesse de clamer son innocence. C'est à la demande d'une femme dont le frère a été tué par un chauffard quelques années auparavant que Konrað se remet à enquêter, car bien entendu les deux affaires sont liées. Le récit prend son temps et je trouve cela très agréable. On apprend que Konrað est veuf depuis peu et qu'il a du mal à s'en remettre. Père d'Hugo, un fils avec qui il s'entend bien, il aussi grand-père de jumeaux. Une fois de plus, Indriðason évoque un peu d'histoire avec la fin de la souveraineté danoise en Islande en 1944, les trafics divers et variés entre Islandais et les forces alliées à la fin de la guerre. Un roman que je conseille. Et je viens d'apprendre qu'un nouveau "Konrað", Les fantômes de Reykjavik, va paraître dans deux jours, le 6 février 2020. Je le lirai très certainement. Lire les billets d'Aifelle, Clara, Maggie et Cuné.

7 octobre 2019

Le lambeau - Philippe Lançon

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Philippe Lançon, Le Lambeau, Paris, éditions Gallimard, 2018, 512 p. (ISBN 9782072689079)

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) laissé passer bien des mois avant d'ouvrir ce livre qui m'avait été offert à Noël 2018 (sur ma demande). Maintenant que le tapage médiatique est un peu retombé, je peux me permettre d'en parler à ma manière. Cet été (le temps d'oublier tout ce que j'avais pu lire dans la presse au moment de sa parution), avec devant moi quelques semaines sans trop de sollicitations, je me suis engouffré dans ces 510 pages denses (20 chapitres et un épilogue). Je l'ai lu en une petite semaine. Il a fallu ensuite que j'en fasse mon miel: l'absorber, prendre le temps de le "ruminer", régurgiter quelques phrases, relire et réabsorber... et coudre ensemble ces ...fragments.

Justement, en qui concerne ce titre, Le lambeau, j'ai réfléchi (tout seul, volontairement) aux différentes significations qu'il est possible de mettre derrière, ou dans, ce mot. Sans avoir regardé dans le dictionnaire (ni dévoilé encore la 4ème de couv' de derrière son bandeau rouge - je ne l'ai découverte qu'après la fin de ma lecture), j'en appellerai au sens du mot lambeau: quelque chose de déchiré (un lambeau de tissu, une vie en lambeaux), et à recoudre. Quoique je n'aie jamais été doué en "commentaire composé", je pense qu'on pourrait commenter tout le livre autour du thème de la déchirure.

J'ai noté que ses références dans le livre marquent une culture littéraire plutôt classique (Thomas Mann, Franz Kafka, Marcel Proust), première moitié voire premier quart du XXe siècle (après la 1ère Guerre Mondiale mais avant avant la seconde?). Philippe Lançon témoigne dans le livre (écrit en août 2017 [? p.190] pour une parution en avril 2018) de la même écriture châtiée que dans ses chroniques hebdomadaires.

Toujours est-il que c'est un récit enchevêtré entre passé, présent et futur qu'il a rédigé autour de l'attentat. Le matin du 7 janvier, il écoutait Houellebecq sur France Inter. Il arrive à la conférence hebdomadaire de Charlie p.48. Dans le chapitre suivant (3e, titré "La conférence"), il parle de beaucoup de choses, de Libération et de Serge July qui ne s'est pas opposé à ce qu'il rentre à Charlie Hebdo à l'invitation de Val, de la publication des caricatures de Mahomet suite à laquelle Charlie s'est retrouvé isolé dans la presse française. "Cette absence de solidarité n'était pas seulement une honte professionnelle, morale. Elle a contribué à faire de Charlie, en l'isolant, en le désignant, la cible des islamistes" p.65). "Le 7 janvier 2015 vers 10 h 30, il n'y avait pas grand monde en France pour être Charlie" (p.66). Encore quelques pages du contexte de cette matinée comme tant d'autres. Et puis (p.74) "tout l'ordinaire a disparu". Page 80, les assassins sont déjà repartis, quelque deux minutes après leur intrusion dans les locaux. Philippe Lançon a survécu à leur passage, mais avec "blessure de guerre" (comme il le fait remarquer par [sans doute] un des pompiers).

== En octobre 2019, Riss vient de publier sa propre version, titrée Une minute quarante-neuf secondes. Je ne l'ai pas lue à ce jour (mais ce sera fait, en son temps, dans le cadre d'un futur billet-hommage). ==

Ayant pensé à sa carte Vitale, le blessé Lançon arrive à l'hôpital p.111. Il va mettre des mois à en sortir. Et l'entourage se met en place: famille (sa relation avec son frère, la première personne qu'il a vue à son réveil à l'hôpital, m'a interpellé), soignants, compagne actuelle et ancienne épouse, et relations diverses, amicales ou professionnelles. Il pouvait seulement communiquer par écrit. Il nous raconte son quotidien, ou plutôt son "jour après jour", l'environnement dont il ne maîtrise pas grand-chose, les policiers qui l'entourent, une vie basculée. Le contexte, les éléments biographiques (qui est Philippe Lançon?) ou historiques, il "tourne autour" davantage qu'il ne les explique, ai-je trouvé. Je retiens l'apostrophe, p.51: "J'insiste, lecteur: ce matin-là comme les autres, l'humour, l'apostrophe et une forme théâtrale d'indignation étaient les juges et les éclaireurs, les bons et les mauvais génies, dans une tradition bien française qui valait ce qu'elle valait, mais dont la suite allait montrer que l'essentiel du monde lui était étranger. J'avais mis du temps à me débarrasser de mon esprit de sérieux pour l'accepter, et je n'y étais d'ailleurs pas tout à fait parvenu. Je n'avais pas été programmé pour le comprendre, et puis, comme la plupart des journalistes, j'étais un bourgeois. Autour de cette table [de rédaction de Charlie Hebdo], il y avait des artistes et des militants, mais il y avait peu de journalistes et encore moins de bourgeois."

Il nous ouvre connaissance d'une kyrielle de personnages: infirmiers et infirmières ou aides soignant(e)s, kiné, anesthésiste, chirurgienne, médecin, chef de service, policiers, coiffeur, tous ces professionnels qui ont fait leurs métiers avec empathie. Je me sens moi-même en empathie avec "ceux qui, comme Christiane, la cadre du service, pleuraient les figures sarcastiques de leur jeunesse, et avec elles, un morceau de civilisation bien française. (...) Cabu, Wolinski, comment avaient-ils pu?" (p.164). Le mot-titre "le lambeau" apparaît à mi-livre, p.249: "le lambeau. On allait me faire un lambeau". Les détails des greffes, des opérations subies durant des mois, j'en avais déjà lu une partie dans sa chronique dans Charlie Hebdo. Il a repris l'écriture journalistique une semaine après l'attentat, pour Libération (où  avait alors trouvé refuge l'équipe rescapée de Charlie), via un article que, p. 212-213, il décortique (qu'aurait pu extraire Elsa Cayat de mon emploi de ce mot)?

Pour qu'avancent ses réparations, Philippe Lançon a connu un total de 5 chambres dans deux hopitaux, du 8 janvier au 17 octobre 2015, enchaînant les piqures dans ses "veines timides". A l'hôpital des Invalides, il a croisé Loïc Liber, ce jeune militaire guadeloupéen qui avait été blessé en mars 2012 par Mohamed Merah, mais aussi Fabrice Nicolino et Simon Fieschi, blessés à Charlie Hebdo (p.420, "je l'ai [Simon F] regardé d'un oeil torve en pensant: "à toi les gâteaux, à moi les promenades"!). Autre bon mot, j'ai noté l'ordre de la chirurgienne joliment possessive à la compagne de Philippe: "vous faites ce que vous voulez avec lui, mais vous ne touchez pas à mes cicatrices" (p.348). Le rôle des proches constitue une bonne partie du livre: ils secourront ou secoueront selon les moments.

Nous pouvons sourire (sans que cela fasse trop mal?), p.444, de l'épisode tragi-comique du courrier de la Sécu, qui demandait à Monsieur Philippe Lançon d'un ton comminatoire, au bout de trois mois, s'il était toujours en arrêt maladie (nous sommes bien en France?). Encore une citation, p.493: "Employons, au conditionnel, un mot de Rousseau: ils [des hommes et femmes de bonne volonté] voudraient, sans doute, un contrat social efficace, équitable et civilisé. Mais, s'il y a une majorité de gens pour le signer, il n'y a plus personne en France pour l'écrire et le mettre en oeuvre". Le livre finit sur "l'attentat suivant, celui du 13 novembre, qui a agi comme un remède de cheval en me transformant, d'une minute à l'autre, en ancien combattant" (p.213).

Mais une fois de plus, j'en écris trop long. J'ai fait l'épreuve à plusieurs reprises: le passage que je ne peux relire sans frissonner, c'est celui (p.235) où il décrit par le menu sa longue extraction d'une écharde d'acier, bien avant l'attentat. Aussi, p.257, j'ai soupiré au récit d'une leçon d'écriture journalistique assénée 30 ans auparavant par Laurent Joffrin: "Il coupait les adjectifs, plus encore les adverbes, en disant: "quand on utilise des adverbes, c'est souvent parce que l'enchaînement des phrases manque de logique". Châteaubriand n'utilisait presque jamais d'adverbes".

C'est seulement après avoir rédigé la majeure partie du présent article que j'ai cherché quelques liens de critiques parues sur des blogs à y injecter. Je me suis donc dépêché pour faire une petite recension (non exhaustive bien sûr!) de chroniques sur ce livre, par divers blogs: Manou, Lire au lit, Frédéric Chambe, Lili et la vie, Sonia boulimique des livres (que les blogs que j'ai omis n'hésitent pas à se signaler) [Edit du 27/11/2023: je viens de découvrir les billets, antérieurs au mien, de Joëlle et de Delphine]. Sur babelio, ce sont pas moins de 219 critiques qui sont répertoriées ce 6 octobre (une autre oeuvre titrée Les Iles et datant de 2011 n'en comportant qu'une). Et pour tous ceux qui n'ont pas encore découvert ce livre, à votre tour de le lire! Vu le temps écoulé, je présume ne pas être le premier à parler de "transmettre le lambeau".

Pour finir, je vais me permettre de citer la réponse de Luz au Journal du dimanche qui l'interrogeait à l'occasion de la sortie de son album, indélébiles (1), en octobre 2018 (28/10, pp.16-17): "- Avez-vous lu le livre de Philippe Lançon, Le Lambeau, qui restitue la tuerie du 7 janvier 2015? - Je l'ai acheté, il est sur ma table de nuit. Un jour, je trouverai le temps pour le lire mais pour l'instant je ne l'ai pas ouvert. J'aime l'écriture de Philippe Lançon, je sais que c'est un bon livre, mais après il y a autre chose. Peut-être que mon bouquin sera aussi sur sa table de chevet et qu'il ne l'ouvrira pas."

*

*     *

Je l'ai pas vu, je l'ai juste lu...

Sans rapport avec ce qui précède, j'ai relevé mercredi 11 septembre 2019 la sortie d'un documentaire nommé Une joie secrète de Jérôme Cassou. Je cite intégralement (et sans commentaire) sa présentation dans L'Officiel des spectacles: "En 2015, bouleversée par l'attentat de Charlie Hebdo, la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier décide de danser chaque jour une minute, de se filmer et de partager ses vidéos sur les réseaux. Ses danses surfent sur l'actualité brûlante (attentats, grèves, manifestations, élections...). Ou sur des micro-événements du quotidien. Ainsi, depuis plus de quatre ans, le projet "Une minute de danse par jour" est un geste de résistance politique, d'une douceur qui permet d'affronter la dureté du monde".

(1) Chroniqué le 07/01/2023.

*** Je suis Charlie ***

22 juillet 2019

Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont marché sur la Lune, il y a 50 ans

J'avais 7 ans mais je n'ai aucun souvenir de l'alunissage d'Apollo 11 qui s'est passé en juillet 1969. En revanche, j'en ai profité pour relire tout récemment Objectif Lune et On a marché sur la lune, deux albums d'Hergé parus en 1953 et 1954. On voit Tournesol qui pique une grosse colère quand on le traite de "zouave", les Dupondt qui confondent 1h34 et 13h34 et leur problème de cheveux, Milou avec un scaphandre à sa mesure, Haddock qui planque son cher whisky dans deux gros livres, un "méchant" pas sympa et une fusée à carreaux rouges et blancs très reconnaissable.                       

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Et vous, est-ce que vous vous rappelez de juillet 1969 ? Et avez-vous lu les deux albums de Tintin?

7 décembre 2019

"Chérie, je vais à Charlie" - Maryse Wolinski

Alors que cela va bientôt faire cinq ans que le massacre de Charlie Hebdo a eu lieu, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente aujourd'hui un livre-témoignage d'une proche d'une des victimes.

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Paru aux éditions du Seuil en janvier 2016 puis réédité en novembre 2016 en « poche » dans l’édition que je possède (coll. Points N°P4462, 137 p.), ce livre raconte l'avant, le pendant et l'après "attentat à Charlie Hebdo" tels que vécus par Maryse Wolinski, seconde épouse du dessinateur.

En ce début 2015, Maryse est la muse de Georges Wolinski (sa "petite fille blonde"...) depuis 47 ans. Elle évoque dans cet ouvrage la situation à Charlie Hebdo telle qu'elle la vivait, indirectement et à travers le prisme que pouvait constituer Wolinski. Le titre cite les derniers mots que lui a adressés Georges, à 9h du matin, le 7 janvier 2015. Dans Charlie, Maryse ne lisait, dit-elle, que les chroniques de Laurent Léger ou Philippe Lançon. Selon elle, Wolinski n'assistait plus à toutes les conférences de rédaction (pas plus que Cabu ou Bernard Maris - selon ce qu'elle en savait -), mais Charb avait demandé à tous les collaborateurs du journal qui le pouvaient de venir partager la galette des rois (sans doute pour annoncer que le roi était à peu près nu désormais, d'un point de vue financier). Très vite, une journée ordinaire avec juste quelques soucis surmontables (un déménagement qui s'annonçait pour le couple, et pour lequel une visite d'appartement était prévue l'après-midi, les soucis professionnels de Wolinski ayant cessé un mois plus tôt sa collaboration avec Le Journal du dimanche, la situation de Charlie Hebdo plus que précaire...) va virer au cauchemar. On assiste à l'annonce à Maryse (dans un taxi), avec avalanche de messages téléphoniques de plus ou moins proches. Son gendre Arnaud, qui s'est précipité sur les lieux de l'attentat, lui conseille de retourner chez elle... et d'attendre. Temps de sidération, choc, avant qu'Arnaud, encore, confirme la mort de Georges Wolinski. Entretemps, dans le livre, plusieurs dizaines de pages ont été consacrées à la reconstitution de l'intrusion des assassins sur les lieux. Au total 11 appels ont été passés à Police Secours (au 17) par des voisins du journal, le premier à 11 h 18, un quart d'heure avant que les deux meurtiers se fassent ouvrir l'unique accès (porte blindée) à la rédaction de Charlie Hebdo. Ils ne mettront que deux minutes à y tirer 34 balles qui feront 10 morts et 4 blessés. On sent que Maryse a passé des mois à s'acharner à savoir, à interroger, à chercher à comprendre, afin de pouvoir faire son deuil (mais "qu'est-ce que faire son deuil?" - p.130). Elle publie dans ce livre que des témoins ont vu un troisième homme en noir (le chauffeur?), qui n'a pas suivi les assassins chez Charlie. Elle pose la question de savoir qui a pris, quelques semaines avant l'attentat, la décision d'alléger le dispositif de protection dont le journal satirique bénéficiait. Elle relève qu'un syndicat de policiers se plaignait régulièrement du fait que les "protections statiques" (dont celle de Charlie Hebdo, journal qui "crachait" sur tout un chacun, à commencer par les policiers) mobilisaient trop d'effectifs. Ces points seront-ils évoquées lors du procès des attentats de janvier 2015, qui devrait se tenir du 4 mai au 10 juillet 2020?

Et il y a l'"après", la vie sans Georges, avec l'afflux soudain d'argent au journal, malaisé à gérer. Concernant les réactions au massacre telles qu'elle les a vécues, deux pages (p.67-79) seraient presque à citer intégralement. J'en extrais juste trois phrases: "(...) la France, soudée face aux terroristes, s'est mobilisée. Mais quelle France? Les points de vue divergent." Et la question fondamentale, p.70: "pourquoi le mal? D'où vient-il sinon des hommes eux-mêmes, des fanatiques convaincus de détenir la vérité? La bonne vie ne consiste-t-elle pas à se tenir sur le chemin de la vérité sans jamais prétendre la posséder?". Pour finir, Maryse raconte comment elle a décidé, 6 mois après, et pour éviter que l'ensemble soit dispersé lors de son déménagement, de faire don de l'ensemble du contenu de l’atelier de Georges au Centre international de la caricature, du dessin de presse et de l'humour de Saint-Just le Martel (p.111-112). On est touché par le périple de la planche à dessin, ramenée un beau jour des Etats-Unis par Georges (arrivant à l'aéroport tout heureux avec sa planche sous le bras...) et repartant vers sa destination finale sous l'oeil d'une caméra.

J'ai trouvé plusieurs mentions de ce livre sur internet. Je commence bien entendu par citer le site de Maryse Wolinski. Parmi les blogs, je citerai comme en ayant parlé à un moment ou une autre (liste non exhaustive): Camille et ses livres, Le boudoir de Vesper, Les livres de Joëlle, Les deux bouquineuses, Elsa du blog Nuages-de-mots, le blog [de] Nath Litteranath, Sanguine et ses lectures, Les lectures de_Steph, Underground Quadra, La page ouverte [un blog québécois qui parle de "roman" plutôt que de "récit"]. Et enfin une interview de l'auteure sur le blog BD de Nice Matin et du Var matin en novembre 2017.

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*          *

Pour le mois prochain, je vais compiler un petit récapitulatif de tous les billets en rapport avec Charlie Hebdo déjà publiés sur le présent blog. Je précise que la matière pour de futures chroniques n'est pas près de me manquer, tant dans une pile d'ouvrages déjà acquis et même déjà parcourus pour certains mais sur lesquels il faut que je rédige, que dans mes "PAL" ou "LAL" ou encore "listes à acheter"...

*** Je suis Charlie ***

28 juillet 2019

L'usurpateur - Jørn Lier Horst

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L'usurpateur (Gallimard, série noire, 444 pages) est le troisième roman que je lis de l'écrivain norvégien Jørn Lier Horst. L'intrigue est haletante. Viggo Hansen, un proche voisin de William Wisting, l'inspecteur de police dont on a suivi les enquêtes dans Chiens de chasse et Fermé pour l'hiver, est retrouvé mort momifié dans son fauteuil devant la télé allumée. On apprend que cela faisait quatre mois qu'il était décédé, et, n'ayant aucune famille, personne ne s'est inquiété de lui. On conclut à une mort naturelle. Line, la fille de Wisting, décide d'écrire un article au sujet d'Hansen pour le journal dans lequel elle travaille. Pour ce faire, elle interroge des personnes qui ont connu Hansen. En parallèle, William Wisting commence une enquête avec ses collègues sur une mort suspecte. Le corps d'un homme a été découvert sous des branches de sapin. Curieusement, il est décédé à peu près en même temps que Viggo Hansen. Le récit alterne entre l'enquête de police et l'enquête journalistique. Le rythme de l'histoire m'a fait un peu penser aux romans d'Indridason. On prend son temps, on interroge. On n'est pas dans la violence et les éclats de voix. Lire le billet d'Actu du noir.

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Je profite de ce billet sur un roman policier pour rendre hommage à Claude Le Nocher, disparu en février 2019 et dont j'ai appris le décès tout récemment. Il écrivait un billet par jour et j'avais constaté que depuis le 19 février dernier, il ne publiait plus rien. J'espère que son blog restera en ligne un moment. C'était un passionné de littérature policière. Il va manquer.

26 avril 2019

En lisant en voyageant - présentation de Keisha (à l'occasion de ses 500 commentaires chez Dasola)

Et voici un cinquième portrait de blogueuse (le 4ème était un blogueur) ayant atteint les 500 commentaires chez dasola. Keisha a mis presque 10 ans et demi pour ce faire. C'est une blogueuse de longue date. Elle savait bien que ça [lui] pendait au nez, ce questionnaire, même si [elle] commente sans [s]'occuper des conséquences... Pour rappel, les quatre présentations précédentes concernaient Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018, Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018, Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 et Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017.
Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) ne sais pas si Aifelle fera son millième commentaire ici avant que d'autres atteignent leurs 500. Peut-être pourra-t-on recourir à son parrainage pour interviewer un "plus de 400" qu'elle aurait choisi? Pour l'heure, voici le témoignage de Keisha.

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Keisha_EnLisantEnVoyageant Bonjour Keisha, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous nous donner quelques éléments complétant le « A propos » qui figure sur votre blog ? D’où vient cette appellation « Keisha » ? Pouvez-vous aussi nous livrer quelques autres éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? A part les mathématiques, avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature ou l'art?

A l'époque j'étais fan de Michael Connelly, et Keisha était le nom d'un de ses personnages féminins, une journaliste [au Los Angeles Times]. Evidemment je n'ai pas choisi un personnage périssant de mort violente. Depuis je regrette ce choix d'ailleurs sur F*** j'utilise mon vrai prénom. De plus c'est le nom d'une chanteuse pas franchement dans mes goûts musicaux, et j'ai déjà eu des commentaires de petites jeunes filles vraiment excitées car elles croyaient que mon blog était celui de la chanteuse.
Tranche d'âge? Je suis retraitée. Hélas non, pas de contacts avec la littérature ou l'art. 

* Parlons un peu de vous et de votre blog: En lisant en voyageant. Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer? Pourquoi la plateforme "blogspot" aujourd’hui?

Je suivais quelques blogs parlant de lectures (dont celui de Cuné, encore existant) et j'ai sauté le pas. Avec overblog, dont la politique de publicités sauvages a eu raison de ma patience. Blogspot et pas Wordpress, pourtant à l'époque j'avais un blog chez Wordpress, qui ne demandait qu'à tourner. Mais une blogueuse de chez Blogspot m'a bien aidée pour les premiers pas et j'y suis restée.

* Sur votre blog, on ne trouve pratiquement que des livres (même si on me glisse à l’oreille qu’on a pu y lire quelques compte-rendus de voyages) ?

Au départ oui, je devais parler aussi de voyages. On en trouve, d'ailleurs. Mais je ne voyage plus tant que cela, pour l'instant. Mon appareil photo a d'ailleurs décidé de cesser de fonctionner. J'ai aussi tenté des compte-rendus de sorties, concerts et autres, mais ça prend du temps. Pourtant, avec tous les concerts auxquels j'assiste, la plus que douzaine d'opéras par an qui me font vibrer, les pièces de théâtre, la danse, je pourrais ouvrir un blog!

* La classification principale des articles littéraires, sur votre blog, se fait par origine des auteurs (six items, soit France, Europe hors France, Amérique du Nord, etc.), plus deux items par ordre alphabétique de titres (A-L, M-Z). Pourquoi ce simple classement, et pas par genre de littérature par exemple ?

Cela fonctionne bien comme rangement, en tout cas je m'y retrouve. Pour plus de détails, la colonne de droite en dit beaucoup.

* Un petit peu de bande dessinée ? Pas d’œuvres de théâtre ?

Je lis beaucoup de BD, mais j'ai la paresse de pondre un billet, voilà. Le théâtre, non; j'ai lu Le jeu de l'amour et du hasard, mais parce que je devais voir la pièce.
J'en profite pour signaler que je ne parle pas de tous les livres (1) que je lis. 

* En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Aller surtout vers ce qui me plaît ou ce qui m'intéresse, tout en explorant l'inconnu. Et partager.

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?

On va dire 18, mais c'est une moyenne sur plusieurs années. Je ne cherche pas à atteindre un chiffre, cela se fait naturellement.
Fréquentation? Le temps que j'y passe? Pas tellement, en fait, une demi-heure? Le plus long est de visiter les autres blogs...

* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Il faut des stats au statisticien? Pas énorme, et des gens qui atterrissent chez moi pour des raisons que je démêle mal (beaucoup d'Ukrainiens!) et des billets toujours vus depuis des années. L'homme qui savait la langue des serpents tient bien la rampe...
Je vais rarement détailler tout ça, car c'est peu fiable à mon idée.

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie?

Oui, et depuis que je sais lire. Vorace, donc, mais je sais lâcher un livre pour une balade ou papoter avec quelqu'un.

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?

Entre 15 minutes et 4 ou 5 heures. Cela dépend des activités autres, de la météo...

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?

Oh beaucoup, mais là je lève le pied! 

* Votre endroit favori pour lire?

Mon lit, le soir, avant de piquer du nez. Sinon, partout.

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique?

Je ne possède pas de liseuse. Mais en ayant emprunté une, j'ai testé avec deux lectures.

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?

Un peu tout cela, prioritairement les blogs et les médiathèques. Pas de genre favori, quelques genres évités, mais de plus en plus de non fiction. Quelques auteurs favoris, mais pas un unique. 

* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

A rien, je lis. Il m'arrive de sentir son odeur.

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?

Assez rarement, avec un livre que je pourrais lire mais pas forcément, car c'est en pensant aux goûts de la personne en priorité.

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que vous avez pu lire?

Je vais parler du dernier lu m'ayant vraiment éblouie, il s'agit de Le désert des Tartares, une relecture d'ailleurs.

P1110040

* Pourquoi celui-ci?

Parce que c'est récent (il y a un an j'en aurais cité un autre). Mais là c'est le livre parfait pour ma tranche d'âge.

* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?

Le comte de Monte Cristo, lu, relu, un livre que je possède toujours.

9782266196925,0-544679              9782266207294,0-598495

* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?

Non.

* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola? (réponse facultative!)

Peut-être est-elle arrivée chez moi? Au début on était si peu nombreux qu'on se connaissait tous ou presque à un moment donné.

* La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentée d'arrêter le blog?"

Franchement, oui. Mais ça me manquerait. Ou alors continuer à juste regarder les idées de lecture? D’ailleurs actuellement je propose moins de billets, volontairement, ne parlant pas de tout, et dégageant du temps.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

On a parlé des salons du livre, mais pas des rencontres avec les autres blogueurs/blogueuses. Les deux vont en général ensemble et sont vraiment intéressants, car permettent de rencontrer des malades de lecture, on se sent moins seul.

Enlisanenvoyageant

(1) coquille corrigée après coup, suite à remarque de Keisha... (s) ta d loi du cine

16 juin 2019

Symphonie pour un massacre - Jacques Deray

Une fois n'est pas coutume, je veux évoquer un film de 1963 que j'ai découvert grâce au DVD. Je n'avais jamais entendu parler de ce film jusqu'à présent sauf sur le blog de Bob Morane. Symphonie pour un massacre de Jacques Deray est un excellent film "noir" servi par une distribution solide.

                      P1110170

Quatre hommes, des truands d'un certain standing, décident d'investir une grosse somme dans une affaire de "connexion française" à Marseille avec des Américains. Clavet (Michel Auclair) est directeur d'une salle de jeu, Valoti (Claude Dauphin) est gérant d'un restaurant night-club, Paoli (Charles Vanel) semble mener une retraite sans problème dans un appartement bourgeois, quant à Jabeke (Jean Rochefort), il est l'amant de la femme de Valoti et trempe dans des affaires un peu mystérieuses. C'est par Jabeke que tout capote. Il met au point un plan astucieux et au timing parfait afin de récupérer l'argent. Sa belle voiture de sport un peu voyante va beaucoup l'aider. Il n'aura aucun état d'âme à supprimer ses complices les uns après les autres en commençant par Moreau, interprété par José Giovanni, le 5ème homme, chargé de livrer l'argent et la marchandise à destination. Jean Rochefort est excellent dans un rôle d'homme glacial et rusé. Il est surprenant et il fait passer beaucoup de choses avec son regard. La réalisation de Jacques Deray (c'était son 3ème film) permet de suivre sans se perdre tous les rebondissements de cette histoire. Il n'y a aucun plan de trop. Le scénario (de Jacques Deray, José Giovanni et Claude Sautet [pour les dialogues]) est une adaptation d'un polar d'Alain Reynaud-Fourton (je ne connais pas) paru sous le titre Les Mystifiés en 1962 dans la Série Noire. Une excellente surprise en ce qui me concerne. Et c'est  toujours un plaisir de revoir des comédiens comme Charles Vanel, Michel Auclair ou Claude Dauphin. Il faut noter la présence de Michèle Mercier (future Angélique). Un film à emprunter en médiathèque (le livre, lui, ne semble pas disponible dans les bibliothèques parisiennes).

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