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6 avril 2020

ADN - Yrsa Sigurðardóttir

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Après Les Fantômes de Reykjavik d'Arnaldur Indridason, je continue avec les polars islandais. Ce week-end, j'ai réussi à lire ADN d'Yrsa Sigurðardóttir (Actes noirs, Actes Sud, 412 pages). Quand on arrive à la fin du roman et que le coupable est démasqué, on comprend le rôle important qu'a joué l'acide désoxyribonucléique où réside l'information génétique dans cette histoire. Une jeune femme est tuée de manière brutale dans sa chambre à coucher. Margrét, sa fille de sept qui s'était cachée sous le lit, a plus ou moins tout vu, mais elle est traumatisée. Un deuxième crime tout aussi odieux contre une enseignante à la retraite est commis peu de temps après. Un troisième sur un jeune homme suivra. L'enquête menée par Huldar piétine tandis que Freya, une psychologue pour enfant, essaye de mettre Margrét, en confiance afin que celle-ci dévoile ce qui est arrivée. Le roman est assez haletant. Le meurtrier a une manière atroce de tuer ses victimes dont il entoure la tête de gros scotch. Comme arme du crime, il se sert successivement d'un aspirateur, d'un fer à friser et d'un fer à souder. Il n'y a pas de sang sur les scènes de crime. Par ailleurs, Karl, un jeune homme asocial de 24 ans, reçoit des messages chiffrés sur son poste à ondes courtes. Ils ont bien entendu un lien avec l'affaire et il va même se retrouver accusé des meurtres. Je ne vous dirai rien de plus. Quand on commence le roman, on veut déjà connaître la fin. L'écrivain maintient le suspense jusqu'au bout. Après Indésirable, je trouve que c'est un écrivain à suivre. D'ailleurs, j'ai le suivant, Succion, dans ma PAL [chroniqué le 15/04/2020]. Lire le billet de Virginie/Miscellanées.

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Ceci n'ayant rien à voir avec cela, je fais partie de la population née en avril. Demain, c'est mon anniversaire, j'espère que ce sera le premier et le dernier confiné. Je le fêterai seule mais j'ai des collègues qui devraient me le souhaiter par "skype".

7 septembre 2017

Petite anthologie du dessin politique - Honoré

J'avais déjà (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rendu hommage au dessinateur Honoré dans un de mes billets précédents (le 25 janvier 2015), après son assassinat à Charlie Hebdo. Cette fois-ci, je me suis intéressé au recueil des dessins d'Honoré qu'a édité sa fille, sous le titre Petite anthologie du dessin politique (La Martinière, avril 2016, 288 pages). De coups d'oeils dans des dictionnaires, je retiens qu'une anthologie est un recueil de morceaux choisis (des vers, de la prose, de la musique: ici, donc, des dessins de presse).

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Quelle logique, autre que subjective, a présidé au travail d'édition? J'aurais aimé en lisant le livre en apprendre davantage sur les modalités de choix, savoir si Honoré lui-même avait pré-sélectionné ses dessins préférés, ou si la sélection (par Hélène Honoré, par l'éditeur?) est intégralement posthume. J'ai constaté qu'Hélène Honoré avait répondu en avril 2016 à certaines questions que je me posais lors de son passage (12 minutes) sur le 14/16 de LCI pour présenter le livre (elle a voulu un livre qui puisse rester intemporel, avec les thématiques chères à son père, en choisissant de beaux dessins dont parfois l'élégance n'exclut pas la férocité...).

J'ai compté 201 (?) dessins (de juin 1995 au célèbre dessin envoyé quelques minutes avant sa mort - le dessin de couverture date, lui, de septembre 2009). Ces dessins sont essentiellement en noir et blanc, il n'y en a jamais plus d'un par page, mais beaucoup de pages de gauche sont blanches (72!), sans que j'aie trouvé la logique correspondante (mise en valeur du dessin unique de la double page? - j'espère qu'il ne s'agit pas de censure). Les années 1995 et 1996 ne comportent qu'un dessin chacune, 1997 en a deux, du mois de juin (double page). Il peut y avoir des "retours en arrière" (pour 1998, on a janvier, juin, avril-août, décembre; ou bien un dessin de décembre 2006 entre deux de mars 2007), et beaucoup de mois de production (plusieurs dessins chaque semaine dans Charlie?) non représentés, tout comme des mois dont plusieurs dessins ont été choisis (6 pour octobre 2008), surtout pour les périodes les plus récentes. Une double page contient un dessin de décembre 1999 et à droite un de mars 2000... Je suppose que le parti pris a vraiment été de faire se suffire à lui-même chaque dessin, plutôt que de le remettre dans le contexte de l'hebdomadaire. Je n'ai choisi aucun des 9 dessins comportant de la couleur (majoritairement du rouge).

Dans ma propre sélection (qui peut-être en dit autant sur moi que sur Honoré?), je cite seulement quelques dessins qui m'ont particulièrement "parlé":  

l'environnement...   P1050573    P1050563    P1050568    P1050562

des pastiches BD (Tintin, Milou, Pif...) ou références culturelles P1050561    P1050569     P1050574

quelque peu de provocation, de religion voire de politique...  P1050564    P1050566    P1050570    

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Dans son texte introductif, Hélène Honoré parle du perfectionnisme artistique de son père, qui revenait sur ses dessins, même après publication, jusqu'à en être satisfait. Je me suis aperçu que j'avais déjà cité un dessin de l'album dans mon billet sur Je hais les petites phrases: la phrase au-dessus de la vignette est différente...

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On peut aussi lire un article du vénérable Yves Frémion (critique et écrivain sur la BD) à l'occasion de la sortie de ce recueil. Je vous invite bien entendu à feuilleter la Petite anthologie... vous-même. 

In fine, je voudrais revenir sur une anecdote dont parle Hélène Honoré ici: quelques jours après l'attentat de Charlie Hebdo, un tagueur a rendu hommage à Cabu, Wolinski, Tignous et Charb, en oubliant Honoré. Elle-même, ainsi que la dessinatrice Catherine et Sigolène Vinson, ont monté un véritable "commando" pour rajouter au pochoir le visage de son père près de ses pairs. Ci-dessous l'anecdote racontée par Catherine [Meurisse] dans son album La légèreté (Dargaud, 2016), qui narre comment elle "s'est retrouvée" après le massacre de ses amis.

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*** Je suis Charlie ***

13 avril 2016

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut / Tout va très bien Madame la comtesse - Francesco Muzzopappa

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Peut-être attendais-je trop de En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut, n'ayant lu que des articles élogieux. C'est une de mes collègues qui m'a prêté son exemplaire. Toujours est-il que les 157 pages du roman (Editions Finitude) m'ont laissé une impression mitigée. Je n'ai pas trouvé que l'histoire était fraîche, ou légère, ou poétique. Le récit alterne deux récits, celle du petit garçon et celle de son papa plus ancré dans une réalité pas très rose. L'auteur évoque les asiles psychiatriques, la schizophrénie, les "fous" qui déménagent de la tête, la bipolarité. L'histoire d'amour entre Georges et Renée ou Henriette ou Pauline (Georges n'appelle jamais sa femme par le même prénom plus de deux jours de suite) est belle mais triste. On se marie pour le meilleur et pour le pire. Ce couple aura connu le meilleur mais on est surtout témoins du pire, quand on lit le récit du père impuissant devant les excentricités de sa femme souffrant entre autres de troubles bi-polaires. J'ajouterai que je ne comprends pas comment on peut danser sur Mr Bojangles chanté par Nina Simone. Cette chanson triste comme la fin du roman donne plutôt envie de pleurer.

Lire les billets, positifs, d'Aifelle, de Keisha, de Tulisquoi, de Zazy, d'Ingannmic, d'Eva Shalev, de Noukette, de Laure et de Leiloona.

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Je passe à un roman qui n'a rien à voir mais qui m'a bien distraite pendant un voyage en train. Dans Tout va très bien Madame la Comtesse (Edition Autrement, 253 pages), nous faisons la connaissance de Maria Vittoria dal Pozzo della Cisterna, une comtesse italienne de 68 ans qui n'a pas la vie facile. Elle aime boire du vermouth et est friande de Gocciole (une marque de biscuits). Veuve et quasiment ruinée, elle vit seule dans un grand domaine hypothéqué et n'a plus à son service qu'Orlando, un majordorme qu'elle paie une misère. Il est aussi poète. La Comtesse est la mère d'un grand fils, Emanuele, beau comme un Dieu mais bête comme une huître, qui lui donne bien du souci. Elle apprend par les journaux "people" qu'il s'est entiché d'une "bimbo" pas farouche à qui il a offert un très beau bijou appartenant depuis longtemps à la famille de la Comtesse. Un concours de circonstances fait que la Comtesse croise un braqueur de banque qui est aussi menuisier, et un jeune désoeuvré. Ces deux rencontres fortuites lui permettent de mettre au point un plan afin de récupérer le bijou. Je vous laisse découvrir les nombreuses péripéties de cette histoire très amusante racontée à la première personne. Lire le billet d'Eimelle.

28 juillet 2014

Les grandes séries américaines des origines à la fin des années 70 - Alain Carrazé et Christophe Petit

Après avoir trouvé dans une librairie d'occasion un ouvrage intitulé Les grandes séries américaines des origines à 1970 (Huitième art éditions, 200 pages) qui rappelle quelques séries américaines bien connues des origines aux années 70, je confesse que Mannix, Les Mystères de l'ouest, L'homme de fer (dans son fauteuil roulant), Mission impossible (et la disquette qui s’autodétruit), Le Fugitif, Les Envahisseurs (avec le petit doigt raide, et qui se dissolvent quand ils meurent), Kojak (crâne chauve et sucette), Cannon, Les Incorruptibles, Bonanza, Daktari (avec le lion Clarence et la guenon Judy), Ma sorcière bien aimée (j’adore le générique), Au nom de la loi (qui a fait connaître Steve McQueen) ont fait partie de mes bons souvenirs télévisuels de mon adolescence. Je pourrais aussi citer d’autres séries de la même époque comme Les Monroe, Les Bannis, Peyton Place, La grande vallée et quelques autres. J'ai eu le plaisir de revoir en DVD certaines séries comme Hawaï Police d'état ou Perry Mason.

L’ouvrage, qui n’est plus disponible sauf d’occasion, date de 1994. Il se décompose en 28 chapitres évoquant chacun une série. Illustrés par beaucoup de photos, les chapitres sont rédigés par différents rédacteurs dont l’écrivain Martin Winkler. Ce dernier a rédigé les chapitres concernant Zorro, Max La menace (jamais vu) Les mystères de l’ouest, La Quatrième dimension, Au-delà du réel, Mission impossible et Agents très spéciaux (avec Robert Vaughn et David Mc Callum: une série que j’aime beaucoup). A la fin de chaque chapitre, on trouve la fiche technique, la diffusion en France et les titres des épisodes. Le livre est vraiment très bien fait. Cela ne m'empêche pas de bien apprécier les séries toutes récentes comme Murdoch, Miss Fisher, Fringe, House of cards, Mad men ou NCIS.

Et vous, quelles ont été ou quelles sont vos séries préférées ?

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7 mai 2013

Trois livres lus et non commentés depuis le 1er avril 2013 + Pause vacancière

J'en entamé un rythme assez soutenu de lectures depuis le début de l'année pour essayer de diminuer une mes PAL monstrueuses qui prennent des proportions inquiétantes dans une de mes pièces. J'ai promis à mon ami de n'acheter aucun livre jusqu'à fin juillet (je sens que cela va être dur). J'ai lu environ 40 romans ou autres depuis le début de l'année, sans parler des BD que me fournit mon ami.

Toujours est-il que je voudrais faire un billet groupé avec trois romans que j'ai lus depuis au moins un mois.

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D'abord Comment trouver l'amour à cinquante ans quand on est parisienne de Pascal Morin. Je dois dire que je m'attendais à un genre de livre de recettes pour trouver l'âme soeur. Et ce n'est pas du tout cela. Le personnage principale, Catherine Tournant, a la cinquantaine. Divorcée, mère d'une fille qui vit loin, Catherine est parisienne et prof dans un lycée du "93". Elle va trouver l'amour avec Robert Diop, le père de Dimitri Diop, un jeune plombier noir. Pendant ce temps, Natacha, une ancienne élève de Catherine, va tomber amoureuse de Dimitri, qui fait la connaissance d'une psychanalyste à qui il va se confier. Tout se termine bien dans une maison située dans le Loiret. C'est léger. Une lecture idéale pour les vacances. Lire le billet de Keisha.

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Poussière tu seras (Editions Point Seuil, 250 pages), de Sam Millar, est un roman policier très très noir. Adrian Calvert, 14 ans, disparait après avoir découvert un os humain dans un bois voisin. Son père Jack, ancien policier devenu peintre (il est aussi alcoolique), mène l'enquête qui le mènera au bout de l'enfer, car suite à une vengeance préméditée depuis longtemps, l'intrigue tourne autour de la pédophilie (en général) et de la violence faite aux enfants dans un orphelinat en Irlande dans les années 60 en particulier. C'est assez insoutenable, mais pourquoi pas? Sam Millar est un ancien combattant de l'IRA qui a été emprisonné plusieurs années.

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Avec Un festin de hyènes (Editions Point Seuil, 600 pages) de Michael Stanley (c'est le nom de plume de deux professeurs d'université sud-africains, Michael Sears et Stanley Trollip), on se retrouve au Bostwana (mais on est loin de l'univers gentillet de Mma Ramotswe détective (etc.) d'Alexander McCall Smith). Un cadavre d'un homme blanc est retrouvé en plein désert du Kalahari. L'inspecteur Kubu de Gaborone est chargé de l'enquête qui le mène dans le milieu des affaires, en particulier l'industrie du diamant. Au bout du compte, on en revient aux mobiles classiques pour un meurtre: l'argent, le sexe, la jalousie. Et là, tout se passe dans une famille aisée. C'est pas mal du tout pour un premier roman.

Comme je l'annonce dans le titre de mon billet, je me mets en pause jusqu'à la fin de la semaine. Je pars trois jours à Venise (Italie). J'espère avoir beau temps. Je vous dis à bientôt.

8 février 2011

Livres lus et non commentés

Publiant mes billets avec une cadence un peu plus ralentie, j'en profite pour évoquer plusieurs livres en même temps.

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Voici donc (de gauche à droite...) un billet sur quatre romans très différents qui m'ont plu chacun à sa manière.

L'assassin habite au 21 de Stanislas André Steeman (Livre de poche), un classique de la littérature policière, a été adapté au cinéma par H. Georges Clouzot en 1942. J'ai lu ce roman avec grand plaisir même si je connaissais la fin. A Londres, un assassin se cache au 21 Russel Square, où se trouve la pension Victoria qui accueille quelques individus plus ou moins recommandables et excentriques. Qui est celui (se faisant appeler Smith) qui commet ces crimes violents (7 en tout)? Il semble se jouer de la police. Par la même occasion, l'auteur nous interpelle, nous lecteurs, en donnant quelques clés pour découvrir le coupable. Je recommande ce roman de 180 pages écrit entre août 1938 et mars 1939.

Va chercher (Une enquête de Chet et Bernie) de Spencer Quinn (c'est le pseudo d'un écrivain célèbre de romans policiers qui vit à Cape Cod avec son chien Audrey) se présente comme un roman distrayant narré par un chien, Chet, qui a comme fidèle compagnon Bernie Little (détective privé, séparé de sa femme et père d'un petit garçon qui vit avec la maman). Chet n'aime pas les chats mais il adore se mettre à gauche du conducteur dans une voiture. Il a un bon odorat, mais oublie tout au fur et à mesure. Pour résumer l'histoire, Madison, une jeune fille, a disparu, sa mère demande à Bernie (spécialisé dans les personnes disparues) de la retrouver. Bien entendu, Chet (qui été recalé aux épreuves de sélection de chien policier) va aider Bernie et risquer sa vie à plusieurs reprises. On tremble quand il est près d'être euthanasié dans un chenil. Un deuxième tome de leurs aventures va bientôt paraître (le 16 février prochain), d'abord chez Calmann Levy (Va chercher est paru en Livre de poche).

A coups redoublés de Kenneth Cook (Editions Autrement) est un court (109 pages) roman très noir à la mécanique implacable. On sait dès le début qu'il y a eu un meurtre et le meurtrier est en train d'être jugé. Le récit est d'ailleurs ponctué par de courts extraits du procès où le juge, l'avocat et le procureur prennent la parole tour à tour. Quelle est la victime, quel est le meurtrier? Le suspense dure jusqu'aux toutes dernières pages. Je dévoilerais qu'un des responsables de ce qui arrive est un chat appelé Mol appartenant à un couple gérant d'un hôtel-bar discothèque en Australie (pas très reluisant, l'hôtel). Les principaux protagonistes de l'histoire comme Peter Verdon (travaillant dans un abattoir) ou Mick (le gérant) sont antipathiques, violents et surtout très bêtes (l'alcool bas de gamme fait des ravages). Tout ne pouvait que mal finir mais comment?

Féroces de Robert Goolrick (Editions Anne Carrière). Ce titre français "Féroces" convient bien à ce roman autobiographique à l'écriture dense (254 pages), narré à la première personne. C'est le roman d'une enfance fracassée. Il n'y a aucune respiration dans cette histoire, le lecteur est comme asphyxié. L'histoire des Goolrick, remplie d'amour et de désamour en même temps, c'est le portrait d'une famille "middle-class" américaine dans les années 50 (un père, une mère et trois enfants) où seules les apparences comptent. On ne parle pas à l'extérieur des secrets inavouables (qui sont pourtant nombreux). L'auteur ne nous épargne que peu de détails sur sa vie et celles des siens (inceste, dépression, auto-mutilation, folie, alcoolisme, maladie). Ce roman peut ne pas plaire à tout le monde. J'ai moi-même trouvé au moins un ou deux chapitres insoutenables. Mais l'écriture sauve tout.

24 mars 2012

Le livre de Johannes - Jorgen Brekke / Le bloc - Jérôme Leroy / Un vrai jeu d'enfant - François-Xavier Dillard

Voici trois romans policiers qui m'ont plu.

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Je commence par Le livre de Johannes de Jorgen Brekke (Editions Balland). C'est le premier roman d'un écrivain norvégien qui semble prometteur. Deux crimes avec le même mode opératoire (la victime est écorchée vive et décapitée et sa peau est subtilisée) sont commis, l'un dans le Musée Edgar Poe à Richmond en Virginie (USA), l'autre, dans une chambre forte de bibliothèque à Trondheim en Norvège, lieu où se trouve le fameux "Livre de Johannes" dont la reliure est en peau humaine (datant de 500 ans). Deux enquêtes sont menées en parallèle, l'une par Felicia Stone, une jeune enquêtrice américaine à Richmond, l'autre par Odd Singsaker, un inspecteur norvégien qui revient de congé de maladie (il a été opéré d'une tumeur au cerveau). De plus, le romancier qui connaît déjà les ficelles pour tenir son lecteur en haleine nous fait remonter le temps en 1528 en Europe pour nous faire connaître l'un des premiers tueurs en série, un moine mendiant auteur du "Livre de Johannes". Tout ceci est bien entendu de la pure fiction mais je vous recommande ce roman de 472 pages.

Voici maintenant deux romans recommandés, le premier par Le canard enchaîné (journal satirique paraissant le mercredi, lu par mon ami ["La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas"]) et le deuxième par Direct Matin (oui, je sais, cela n'a rien à voir) (1). C'est mon ami qui m'a offert les deux livres et je l'en remercie.

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D'abord, Le bloc de Jérôme Leroy (Gallimard Série noire), que je recommande pour sa qualité d'écriture. Même si on connaît la fin de l'histoire dès le début, l'histoire est haletante. Deux narrateurs, Antoine Maynard et Stanko, prennent la parole alternativement. Tout deux appartiennent au Bloc Patriotique (suivez mon regard...). Fascistes, racistes, ils sont aussi humains. Ils nous racontent comment ils en sont arrivés à appartenir à ce parti de la droite extrême. Le premier est tombé amoureux de la fille du leader du parti, l'autre s'est retrouvé, faute de mieux, chef du service d'ordre du Bloc. L'un des deux va mourir, on va se débarrasser de lui. Il le sait. Il attend la mort avec stoïcisme. Je le répète, c'est très bien écrit et on s'attache aux personnages, surtout à Stanko (celui qui va mourir). Qu'il ait tort ou raison, il a ses opinions et il s'y tient. Le romancier que je ne connais pas a vraiment beaucoup de talent.

 

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Puis Un vrai jeu d'enfant de François Xavier Dillard (Fleuve noir), qui a composé son roman en courts chapitres où 5 ou 6 narrateurs, héros de cette navrante histoire, prennent la parole à tour de rôle. Quand je dis "navrante", ce n'est pas ce que je n'aime pas, bien au contraire. Il s'agit d'un transport de bijoux qui ne tourne pas comme prévu. A Paris, pour un bijoutier de la Place Vendôme, Emma, étudiante fauchée, accepte moyennant rémunération de transporter des bijoux valant plusieurs millions d'euros dans un sac à dos. Elle doit les porter chez un photographe. Le problème est que pas mal de personnes sont au courant, dont un flic (Marc) et quelques malfrats dont François. Il y a aussi un garde du corps. L'histoire se déroule entre la place Vendôme, la Concorde et la Madeleine et aussi sur la ligne 14 du métro, pour se terminer dans une "planque" du Vexin. Pour un premier roman, le romancier est prometteur.

(1) Pan sur mon bec! Suite à un gentil message de M. Dillard qui me remerciait du billet et était intéressé par l'article du Canard dont je disais qu'il plébiscitait le roman, je me suis aperçue (après de vaines recherches) que mon ami m'avait induite en erreur sur le journal qui avait publié l'article. Je présente toutes mes excuses au romancier, j'espère qu'il ne m'en tiendra pas rigueur.

14 juillet 2011

Chico et Rita - Fernando Trueba et Javier Mariscal

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Le 6 juillet 2011 est sorti un film que je vous conseille, Chico et Rita de Fernando Trueba et Javier Mariscal. Ce film d'animation flamboyant, coloré, musical en diable avec une très belle histoire d'amour en toile de fond, se déroule sur 50 ans entre Cuba et les Etats-Unis. L'histoire commence à Cuba de nos jours avec un retour en arrière en 1948 où les Cubains menaient une vie insouciante. Chico, jeune pianiste de talent, accompagne des chanteuses comme Rita, femme légère, orgueilleuse mais amoureuse. Leur liaison orageuse les éloigne pour mieux se retrouver et se séparer de nouveau. Partie aux Etats-Unis, Rita devient célèbre; Chico, lui, va accompagner des orchestres comme celui de Dizzie Gillepsie. L'arrivée de Fidel Castro au pouvoir est évoquée en pointillé mais l'histoire d'amour ainsi qu'une chanson intitulée "Rita" rebaptisée par la suite"Lilly" résument le film. Vraiment, vous ne devriez pas regretter de voir ce "dessin animé" pour adultes qui tient toutes ses promesses.

17 septembre 2024

Les graines du figuier sauvage - Mohammad Rasulof

Demain, mercredi 18 septembre 2024, sort Les graines du figuier sauvage, un très grand film, que dis-je un immense film réalisé par un réalisateur iranien désormais en exil en Allemagne. S'il revenait dans son pays, il risquerait d'aller en prison pour quelques années. J'ai vu ce film en avant-première, jeudi soir dernier dans une salle pleine. Le réalisateur Mohammad Rasulof a pris comme toile de fond la mort de Mahsa Amini, décédée en 2022 après avoir été tabassée pour une mèche de cheveux qui dépassait sous son voile. Ce film est exceptionnel à plus d'un titre. Il n'a reçu (si je puis dire) que le Prix spécial du jury au dernier festival de Cannes. Il aurait peut-être mérité la palme d'or et un prix pour l'actrice Soheila Golestani qui interprète le rôle de la mère de famille Najmeh. Le film, qui dure presque trois heures que je n'ai pas vu passer, se concentre sur la vie d'une famille moyenne dans un appartement. Nous avons le père, Iman, la mère, Najmeh, et leur deux filles Rezvan et Sana. Iman vient d'avoir une promotion, il est devenu juge enquêteur dans un tribunal islamique. Cela fait vingt ans qu'il exerce son métier, mais c'est la première fois qu'on lui demande de signer des arrêts de mort sans vérification. Il n'est pas à l'aise. Najmeh est une femme soumise à son mari à qui elle ne sait pas dire non, et qui demande à ses filles de faire attention à ne pas dire la profession du père à leurs connaissances. Cela risquerait de mettre la famille en danger d'autant plus que la rue gronde. Il y a des échauffourées dans la rue en général et dans les écoles et universités en particulier. Une camarade de Rezvan est grièvement blessée lors d'une bagarre alors qu'elle n'y est pour rien. Sous ses airs inflexibles, c'est Najmeh qui va enlever avec douceur les plombs que Sadaf a reçu au visage. Plus tard, c'est le pistolet qu'Iman a reçu dans le cadre des ses fonctions qui disparait de chez lui. Il risque trois ans de prison s'il ne le retrouve pas. Aucune des trois femmes ne se dénonce et Iman ne supporte qu'elles puissent mentir. Ces mêmes femmes subissent un interrogatoire et les derniers trois quart d'heure du film nous transportent dans la région natale d'Iman. Une terrible tension se crée entre Iman et les trois femmes et je ne vous dirai rien de la fin qui prend le spectateur par surprise.  Du très grand cinéma qui a été longuement applaudi à la fin. Le réalisateur a fait une présentation et il est revenu à la fin de la projection. Il semble que ce film va être en lice pour l'Allemagne aux prochains Oscars.

 

27 octobre 2024

Mission to Mars - Brian De Palma

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) récemment déniché dans un bac d'occasion un DVD à un prix... imbattable (non, il n'était pas gratuit!). Et le soir même, j'en ai imposé le visionnage à dasola. Mais il m'en a fallu un second avant de rédiger le présent billet: au premier, j'étais trop "immergé" dans l'histoire pour bien "mémoriser"...  

Ce film de 2000 était censé se dérouler en 2020 (trop d'optimisme tue l'optimisme? Nous sommes désormais en 2024, toujours pas revenus sur la lune, et l'ISS n'est plus financée au-delà de quelques années... sans vraiment qu'une "station mondiale" soit dans les tiroirs!). Mission to mars débute sur terre, en juin 2020, par un "barbecue" typique des Etats-Unis, une réception de plein air entre collègues et amis: un couple, une petite famille afro-américaine, quelques comparses... y compris un arrivant solitaire de dernière minute, manifestement bien connu des autres. Le côté "science-fictionnesque" commence peut-être quand l'identité des maîtres des lieux est dévoilée! Pilote d'essai ou ingénieurs surdiplômés, les astronautes concernés par la première mission vers Mars s'entraînent depuis 12 ans pour cela. 

 

Treize mois plus tard, un petit robot ressemblant fort à l'astromobile Sojourner (1997 dans la réalité) roule sur Mars (l'équipe du film n'a pas su imaginer/anticiper le petit drone-hélicoptère Ingenuity, qui a volé sur mars en 2021... dans la réalité toujours! À moins qu'il faille se dire que c'est précisément lui qui filme de haut le rover), et envoie des images à la base Mars-1, où les voient quatre des astronautes que nous avions découverts sur terre. L'astromobile (qui s'appelle ici Arès-8) leur envoie des images qui les amènent à rallier les lieux en 20 minutes (à peine le temps d'envoyer à la "station mondiale spatiale" en orbite autour de la terre un message d'information... et d'amitié. Mais, sur une planète "étrangère", il ne faut pas aller chatouiller un truc "bizarre"... La mission "Mars-2" va se transformer en une mission de sauvetage d'un possible survivant (la "SMS" a reçu un message peu intelligible, mais qui permet d'espérer). Elle mettra 8 mois à arriver à la rescousse...  

 

Il y a peu de temps morts dans ce film très américain (l'un des tout premiers gestes de la mission de secours? Relever le drapeau américain de la base, tombé par terre - pardon, par mars). Certains aspects m'ont fait songer à 2001 Odyssée de l'espace, d'autres à Abyss. Sans oublier Rencontre du troisième type... Au final, j'ai trouvé qu'il s'agissait d'un film tout à fait honorable, relativement réaliste (même si les images sont sans doute trop "léchées", trop parfaites, trop "hollywoodiennes"). Il faudra comparer avec les images réelles une fois l'exploit accompli (et ce sera certainement sous une forme et d'une manière autres que ce que ce film montre, bien entendu). 

 

Mais au-delà des péripéties imaginaires sur la planète Mars, ce qui a particulièrement attiré mon attention est d'ordre sociologique. Nous avons une image du couple tout à fait classique, mais l'image d'un astronaute noir sur un parfait pied d'égalité avec ses collègues (big hug compris) est peut-être plus inattendue (ou alors, je me fais une image fausse de nos Etats-Unis contemporains). En tout cas, je me suis demandé ce qu'il pouvait en être lors des premières sélections (Mercury Seven, etc.) d'astronautes par la NASA (alors que la ségrégation n'était encore pas bien loin)? Qu'en était-il pour les pilotes d'essai ou de pilotes d'avions militaires, "vivier" des premiers recrutements? Et ensuite, lorsque celui-ci a été élargi aux scientifiques? Et qui donc a été le premier astronaute noir?

Hé bien, je ne vais pas vous livrer "tout cuit" le résultat de mes recherches, mais je vous invite à effectuer les vôtres sur les noms suivants: Edward Joseph Dwight Jr., Robert Henry Lawrence Jr., Guion « Guy » Steward Bluford Jr., Mae Jemison. 

 

Mission to Mars n'est pas le film le plus connu de Brian De Palma et ne semble pas avoir explosé le box-office. Pour un budget variant entre 75 et 100 millions de dollars selon les sources, le film a rapporté seulement 60 millions aux Etats-Unis et 111 millions dans le monde, ce qui, pour un film américain, est synonyme d'échec. 

 

L'habillage du DVD (accès aux menus) est un peu trop "réalité virtuelle" pour moi, mais bon, c'est mon avis personnel... Les bonus comprennent évidemment une bande-annonce (très "américaine"). Mais surtout près de 40 minutes de "making-of" expliquant le soin apporté au décor, notamment. Tout le film a d'abord été "storyboardisé" sur ordinateur, il ne restait plus, ensuite, qu'à "produire" les images attendues suivant ce modèle pour remplacer les "séquences animées"... Bien sûr, ils nous vantent l'ingéniosité des "trucs" imaginés pour donner des impressions réalistes (apesanteur...). Mars en extérieur a nécessité 53 000 litres de peinture biodégradable... Maquettes, acteurs filmés sur fond bleu, images de synthèse, travail final d'intégration et de retouche par ordinateur... Toute la lyre a été utilisée, et c'était il y a (déjà) un quart de siècle! J'avoue qu'il y a une séquence qui, même en "dessin d'animation", mais avec en temps réel les voix des acteurs, m'a autant ému que dans le film. La "Art Gallery" raconte des histoires, rien qu'avec des suites d'images fixes (simples croquis, dessins, tableaux ou illustrations magnifiques), sans paroles. 

 

Bien évidemment, ce film s'inscrit dans mon challenge marsien. 

 

D'autres blogueurs en ont dit ou montré en leur temps davantage que moi, comme Shangols, Voracinephile (dernier billet en 2016), Thierry13. 

24 octobre 2024

Un livre sur la navigation

Encore un livre que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) déniché dans la bibliothèque partagée en bas de chez dasola. Cette fois-ci, en m'arrêtant, j'y ai aperçu un livre beaucoup plus récent que d'autres, mais tout à fait en ligne avec mes actuels centres d'intérêt (ce n'est pas moi qui l'y avais mis)! 

Il s'agit d'un "Code Vagnon" pratiquement neuf (le prix encore dissimulé par la petite pastille indique qu'il doit s'agir d'un cadeau de Noël ou d'anniversaire...). J'ai sauté dessus. 

Le titre complet en est: "Permis plaisance option côtière, nouvelle édition, 100% à jour de la réforme 2022" (dépôt légal: mars 2022). J'ai donc appris à cette occasion qu'il y avait plusieurs "permis de navigation" (et qu'il y avait eu une réforme en 2022)... Celui visé ici "est obligatoire pour prendre la barre d'un bateau à moteur de plus de 6 CV dans la zone côtière, c'est-à-dire à moins de 6 milles nautiques d'un abri (voir la définition du mille et de l'abri, pp. 10 et 12)" [Généralités, p.7]. Mais il existe aussi l'option "eaux intérieures" pour les eaux intérieures (fluvial, rivière)... 

 

Comme le permis de conduire automobile, ce permis bateau est constitué d'une partie théorique et d'une partie pratique. Pour obtenir le permis, il faut passer par un organisme agréé par les services de l’Etat (centre d'examen, bateau-école équivalent à l'auto-école...). Mon "code Vagnon" est en fait un "manuel" permettant de potasser pour se préparer à la partie théorique de l'examen, avec des "questions" sous forme de QCM en fin de chaque chapitre. Au début, j'y ai glané de captivantes notions d'intérêt général. Mais ce livre contient également des informations plus pointues et nettement moins utiles au grand public (la signification précise des feux de signalisation nocturne... entre des dizaines d'exemples). Retenons pourtant la locution "pied de pilote" (p.51): une marge de sécurité à ajouter au tirant d'eau (pour ne pas risquer l'échouement) - prévoir une marge de sécurité, c'est utile dans bien des circonstances et des métiers! 

 

Les 200 pages du livre sont divisées en 10 chapitres, dont chacun est suivi d'un QCM "Je retiens et je teste mes connaissances" ("solutions" en fin de livre pour s'auto-évaluer facilement). Il est très dense en informations pratico-pratiques pour la navigation (connaître la météorologie et décider de la sortie en mer; sécurité en mer; balisage maritime; utiliser la VHF [radio]... entre autres chapitres). Deux pages d'Index sont bien utiles en fin de volume. 

 

Il faut être âgé d’au moins 16 ans révolus à la date de l’examen et fournir un certificat médical d’aptitude de moins de 12 mois. La partie pratique semble consister (si j'ai bien compris) en 1 h 30 de cours collectifs et 2 h à la barre d'un bateau où le formateur vérifiera la bonne assimilation des notions transmises et les compétences. J'ai cru comprendre que le taux de réussite était relativement élevé (90%?) et que l'ensemble (cours + examen + timbre) ne devait pas coûter plus de 500 euros...

 

Mais je ne suis pas certain que je conserverai cet exemplaire de Code Vagnon ad vitam aeternam dans ma bibliothèque. Il s'agit plutôt d'un livre que j'ai été intéressé de découvrir et dont je suis content de connaître l'existence. Mais si me vient un jour l'envie de passer mon "permis bateau", je chercherai alors la documentation du moment! Je vais donc sans doute le "remettre en circulation"... comme son possesseur initial, une fois qu'il n'en a plus eu l'utilité, du moins je le suppose!

 

J'ai encore quelques idées sur des billets pour le challenge Book trip en mer organisé par Fanja, il ne me reste plus qu'à lire ou relire les bouquins correspondants... puis à rédiger mes billets, avant fin novembre 2024!

7 janvier 2011

Un endroit discret - Seisho Matsumoto

Ce roman a été écrit dans les années 70 mais vient seulement d'être publié en français aux éditions Actes sud noir. J'avais déjà lu Tokyo Express du même auteur (édition Philippe Picquier). Ce titre, Un endroit discret (Editions Actes sud noir), m'a semblé se référer à deux endroits : l'un où s'est passé une liaison adultère, et l'autre où un crime violent est commis. C'est à l'occasion d'un voyage professionnel à Kobé qu'un homme, Tsuneo Asai, chef de bureau au ministère de l'agriculture, apprend que sa femme vient de mourir subitement d'une crise cardiaque dans un lieu très éloigné de chez elle (dans un quartier lointain de Tokyo), où elle n'avait aucune raison d'aller. Elle prenait des cours de Haïkus et allait peut-être puiser son inspiration dans différents lieux. Bien qu'elle ait eu le coeur fragile, Tsuneo Asai se demande ce qui s'est passé le 7 mars, date du décès de sa femme. Il se rend compte qu'après 7 ans de mariage, il connaissait peu sa femme. Le couple menait une vie (trop?) calme. Tsuneo fait son enquête, aidé par des rapports établis par une agence de détectives privés. L'auteur nous fait une description des codes, des comportements, des us et coutumes qui régissent la vie des Japonais, où l'honneur et la politesse ont un rôle majeur et où la vie personnelle peut influer sur la vie professionnelle. Tout est lié. C'est un roman qui prend son temps tout au long de l'histoire et qui s'accélère sur la fin. Au bout du compte, la rancoeur et une blessure à son amour-propre transforment Tsuneo en meurtrier. Je vous laisse découvrir la fin qui ménage un certain suspense. J'ai trouvé ce roman très agréable à lire. Je vous le conseille.

17 novembre 2025

Heidi jeune fille / Heidi et ses enfants - Charles Tritten

Encore une fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à finaliser à temps afin de le faire paraître pour la date que j'aurais souhaité (15 novembre...) le billet de ce jour. J'y présente deux vieux livres "jeunesse", dont les premiers propriétaires des volumes photographiés ci-dessous que j'ai trouvés d'occasion pour une bouchée de pain (oui, moins du prix d'une baguette "de tradition" pour les deux!) ont probablement des petits-enfants voire des arrière-petits-enfants  aujourd'hui. Je devrais pouvoir les inscrire pour trois ou quatre challenges...

Heidi jeune fille, 152 pages
Heidi et ses enfants, 147 pages
Ces deux volumes sont parus chez Flammarion,
avec en date d'impression / dépôt légal "1er trim. 1958".

 

J'avais eu l'occasion, il y a un an, de lire (sans le chroniquer) le premier tome de la "saga" Heidi, disponible dans le "système de prêt de livres" de l'AMAP dont je fais partie. Ce livre (simplement titré Heidi en français, mais dont le titre original signifiait "L'apprentissage et les années de voyage de Heidi") a été publié en 1880 par l'autrice suisse alémanique Johanna Spyri (1827-1901). Elle a publié un second volume en 1881, titré Heidi grandit en français (signification du titre original: "Heidi peut utiliser ce qu'elle a appris"), que je n'ai pas lu. 

Une cinquantaine d'années plus tard, le Suisse Charles Tritten (1908-1948, né et mort à Lausanne), qui fut l'un des traducteurs en français de Heidi, a écrit des suites à l'histoire. Bizarrement, les deux titres que je vous présente aujourd'hui, dans leurs éditions de 1958 présentées en page de garde comme "suite inédite de Heidi et Heidi grandit de J. Spyri, adaptation nouvelle", ne font aucune mention du nom de Charles Tritten. Question de droits? D'absence d'ayants-droits? Je ne sais pas. Ces deux volumes semblent avoir été publiés pour la première fois respectivement en 1936 et 1939. 

 

Heidi jeune fille, le premier de ces deux volumes, pourrait s'appeler "Heidi au pensionnat" ou "en pensionnat". Le grand-père est toujours vivant dans son chalet d'alpage, et un vieux docteur semble être devenu le "parrain" de notre fillette des montagnes. Heidi débarque à Lausanne, "son violon serré sous le bras", alors que Claire, la jeune fille qu'avait connue la jeune montagnarde Heidi dans le premier tome, poursuit de son côté son voyage en train. Heidi doit passer une année à l'ancien pensionnat de Claire. Un pensionnat suisse? Il ne faut surtout pas s'imaginer un immense bâtiment sous la tutelle des autorités. C'est une "entreprise privée" tenue par une "vieille fille" qui organise son petit business (embauche d'enseignants...) pour "éduquer" (au moins autant qu'instruire?) des fillettes (sept, avec Heidi?) dont les parents ne s'occupent pas directement, pour diverses raisons (ils payent!). Cet univers m'a fait songer au roman Petite princesse (de Frances H. Burnett, édition originale en 1905) lu il y a bien longtemps en "Rouge & Or". Aujourd'hui, quand on pense "internat", on pense d'abord "réussite aux examens scolaires", "bonnes études" et "bonne préparation à l'enseignement supérieur" pour les "élèves". À l'époque, il s'agissait surtout de préparer les "pensionnaires" à être de futures bonnes épouses et mères! Bref, Heidi s'intègre, se fait des amies, et emmène la plus proche (Jamy) en vacances à la montagne! Retour chez les chèvres, avec un nouveau gamin chevrier à apprivoiser aussi, entre autres péripéties enfantines d'un monde suranné (monde de bisounours!). S'ensuit, p.88-89, une ellipse de quelques années, au bout desquelles Heidi est nommé institutrice, métier qu'elle a choisi, dans le village de son choix également. Héritière tant de son grand-père que de son parrain, elle n'a pas besoin, en fait, de travailler pour vivre, mais souhaite "s'occuper" semble-t-il... Heidi va devoir "apprivoiser" gamines et gamins pauvres, les peigner (et offrir de sa poche des peignes), apprendre aux filles à coudre pour réparer leurs guenilles (achat de mercerie...), loger un orphelin doué pour le dessin... 

Dans le dernier chapitre (deux pages, "cinq ans plus tard"), il est temps de se marier (avec son amoureux d'enfance, Pierre)!

 

Avant Heidi et ses enfants, que je présente ci-dessous, semble prendre place un volume publié en 1938 et titré Au pays de Heidi, dont j'ignore le contenu.

  

Dans Heidi et ses enfant, la vie suisse semble présenter un côté rassurant, intemporel et immuable (l'auteur se plaçant dans la continuité de la saga, donc au commencement du XXe siècle, alors que ces volumes ont été écrits à l'approche de la Seconde guerre mondiale). Heidi est mariée et mère d'un garçon de 13 ans (Henry), d'une fille de 11 ans (Annette) et d'un garçon de 7 ans (Paul). Au début du livre, une lettre annonce la visite, depuis l'Amérique, de Jamy elle-même mariée et mère de famille (Georges, 12 ans, et Margareth-Rose, 10 ans). 

Pour ma part, j'ai trouvé Heidi et ses enfants quelque peu dégoulinant de bons sentiments. Par exemple, j'avoue avoir rigolé en lisant, p.100, alors que les deux petites familles partent "en voyage" pour visiter la Suisse durant un mois: "- Ce sera un voyage d'agrément, commença Heidi, mais nous joindrons l'utile à l'agréable; je vous expliquerai et vous raconterai, en cours de route de nombreux points d'histoire et de géographie, dont vous vous souviendrez, j'espère. (...) - Pourrons-nous aussi herboriser? demandèrent Georges et Henry.  - Cela va sans dire, confirmèrent ensemble les deux mères, heureuses de constater que les enfants s'intéressaient à des choses sérieuses."

J'ai relevé que si la guerre de 1914-1918 s'étend sur une grande partie du volume, il n'y est guère fait allusion autrement que par le fait que la famille américaine, venue passer quelque temps en Suisse en rendant visite à Heidi, ne peut quitter le pays que quatre ans plus tard. Jamy a dû faire un beau mariage: au début du livre, Margareth-Rose, de santé fragile (asthme) était accompagnée de sa nurse, elle-même suisse). Un chapitre de 14 pages commence par décrire la vie d'une famille pauvre et se conclut quand Jamy récompense le père de famille d'avoir repêché Georges tombé dans un torrent! 

A plusieurs reprises encore, on a droit à des récits" plutôt qu'à des péripéties, quand Heidi raconte des légendes, ou des "hauts faits d'armes" suisses, ou encore une histoire dans l'histoire qui s'étend sur plusieurs dizaines de pages (64-98), pleine de bons sentiments: une jeune fille placée auprès d'un couple riche (baron et baronne...), Lucie, les quitte pour se marier, malgré leurs conseils, avec leur domestique. Elle est abandonnée avec sa fillette (Yvonne) lorsque celui-ci part chercher en Amérique la vie meilleure qu'il ne trouve pas en Europe puis cesse bientôt de donner des nouvelles. Le jour même où Yvonne cherche à trouver de l'argent en vendant des fleurs aux touristes, pour faire venir le docteur qui soignerait sa mère gravement malade, devinez sur qui elle tombe? Le vieux baron, désormais veuf. Le lien avec Heidi? C'est celle-ci qui, lors de deux veillées, conte cette belle histoire. 

Enfin (p.146), "par une belle soirée de novembre, les cloches de Dörfi, celles de Mayenfeld, comme celles de toutes les villes et villages de Suisse et du monde ont sonné pour annoncer la fin de cette longue guerre"... et les Américains peuvent rentrer chez eux. "Nous ne vous disons pas Adieu, murmura Jamy, mais Au revoir... peut-être qu'un jour...".

 

Charles Tritten a encore écrit Heidi grand-mère (1941), que je n'ai jamais croisé non plus. Ci-dessous les "doubles pages" où la page de titre du premier ne mentionne pas le nom de Charles Tritten (la liste des titres Heidi est annoncée "Dans la même collection", sous Johanna Spiry). Le second est ambigu (en parlant toujours de "Suite inédite" tout en créditant Charles Tritten pour Heidi Jeune Fille). En tout cas, les textes disponibles en édition numérique via la "bibliothèque suisse romande" sous le nom de Charles Tritten (d'après les éditions originales) semblent bien être les mêmes que ceux de ces éditions Flammarion!

 

 

Même si je n'ai pas réussi à tenir le délai, j'inscris ce billet avec ces deux oeuvres pour le challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe, dont le thème pour novembre était "Suisse alémanique". Une fois de plus, j'effectuais un petit "pas de côté" puisqu'il s'agit de "suites" qui ne sont pas dues à l'autrice initiale (suisse alémanique), mais à un "continuateur" originaire, lui, du canton de Vaud (Suisse romande). Par contre, c'est sans conteste que ces deux volumes peuvent participer aux challenges Littérature jeunesse chez Pativore et 2025 sera classique aussi! organisé par Nathalie. À toutes fins utiles, je signalerai à celle-ci que le volume Heidi et ses enfants contient des allusions au déclenchement de la guerre de 1914 vécu en Suisse (famille américaine qui ne peut en repartir, mari de Heidi mobilisé...) et à la fin de celle-ci quatre ans plus tard (retour à la maison...). Mais je ne sais pas si cela peut suffire pour inscrire ce titre à ses "Pages de la Grande Guerre"!

 

7 novembre 2025

HS Charlie Hebdo Cabu - Les femmes à la "Une"

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) mis longtemps avant de me décider entre deux "Hors-série" de Charlie Hebdo pour celui dont je parlerais en ce mois de novembre. 

Hors-série Charlie Hebdo Cabu, Les femmes à la "Une"
Juin-août 2025, Trimestriel #11, 80 pages, plus de 201 dessins. 9,50 euros

 

La majorité des dessins présentés dans ce Hors-série ont été publiés dans Charlie Hebdo. Ils ont été classés en 14 chapitres aux titres évocateurs (à titre d'exemple: la gauche est l'avenir de l'homme; la tranchée libère la femme; Dieu est un gros macho; Saute-au-paf; Maréchal.e, nous voilà! ...). Les dessins choisis ont été réalisés entre 1971 et 2015... Certains des personnages représentés sont bien oubliés depuis (qui se souvient de Madame Pompidou ou de Marie-France Garaud?), cependant que d'autres s'accrochent (Ségolène Royal) derrière le peloton de tête, ou même figurent dans celui-ci (Rachida, Marine...). D'autres femmes sont plus anonymes, génériques, simples témoins... Des brunes, des blondes, plus ou moins innocentes... sans oublier l'immortelle Mère Denis! Des pages entières sont consacrées à telle ou telle personnalité, qu'elle soit féminine, ou caricaturable en raison d'un certain rapport aux femmes (DSK en 2011). Comme toujours, ma sélection d'extraits (ci-dessous) reflète davantage mes choix subjectifs que la totalité de l'album, que je vous invite à vous procurer pour vous en faire votre idée personnelle. 

p.6

p.9 (Bernadette C.)

Ségolène R. et Valérie T. (p.11)

Fille de militaire, Ségolène R. en prend pour son grade (Cabu n'étant pas spécialement militariste), p.14. Elle apparaît au total dans une douzaine de dessins. Mais il est tout autant capable de croquer Cécile D. (p.65).

Dans un autre style, en voici une autre, bien verte aussi, mais à la notoriété plus éphémère (p.16).

 

p.18

Ah, la maternité... Un grand (jeu-) thème (ci-dessus p.19, ci-dessous pp.33 et 32)

 

p.39

Vedette forever (p.51)

p.53

p.39

p.62

p.69 (on distingue vaguement le pantouflard, déjà installé devant le poste, lui...).

 

Sauf erreur de ma part, Marine (ici p.25, au-dessus p.29) apparaît dans à peu près 25 dessins (plus de 10%)... sans mériter pour autant les honneurs de la couv'! 

Ci-dessus, ce dessin de 2015 doit être l'un des derniers dessinés par Cabu (assassiné le 7 janvier, dans une conférence de rédaction où il avait dû être question du dernier livre de monsieur Houellebecq).

Aura-t-on dans les deux années qui viennent d'autres choix que de rejouer le match prévu par Cabu en 2012 (p.30)?

On peut en tout cas se procurer ce Hors-série, comme les autres, sur la boutique du site du journal. Comme cette publication "papier", le site Cabu officiel qui lui est consacré rappelle que Véronique Cabut est la seule et unique détentrice des droits de reproduction et d'exploitation des dessins de Cabu.

**********

Plus de 10 ans après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, et alors qu'on s'apprête à commémorer les 10 ans des attentats du 13 novembre 2015, il semble que deux engagements de la République vont peut-être finir par aboutir: une Maison du dessin de presse (annoncée, il y a déjà presque un an, pour 2027 en vue d'une ouverture à Paris et non plus à Limoges), et un Musée-mémorial des victimes du terrorisme. Le retard "à l'allumage" est sans doute dû non tant aux débats philosophico-politiques concernant la forme et la constitution de tels lieux (enjeux de pouvoirs?) qu'au coût financier qu'ils induisent (mise en place et fonctionnement).

Du coup, cela m'amènerait presque à me demander s'il vaut mieux vendre les "bijoux de famille" de la France pour les financer, ces lieux, ou bien attendre benoîtement qu'on nous les braque, ces bijoux de famille?

 

*** Je suis Charlie ***

19 octobre 2025

Les blondes et papa - Exbrayat

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis quelque temps demandé en le lisant, après l'avoir acheté quelques dizaines de centimes d'euros, si ce vieil exemplaire paru au Club des masques en 1971 (réédition d'un titre "copyright 1961" plus vieux que moi...) pouvait, ou non, être lu par... les enfants.

Exbrayat, Les blondes et papa [...], Librairie des Champs Elysées, Club des Masques N°126,
mars 1971 (copyright 1961), 249 pages

 

Curieusement, ni la couverture, ni la tranche, ni la liste des dernières parutions en fin d'ouvrage n'indiquent de points de suspension après les quatre mots du titre, mais page de garde et page de titre indiquent bien "Les blondes et papa...". Et il ne s'agit pas d'une erreur de traduction. D'Exbrayat, je n'avais lu jusqu'à présent que la série de son Imogène (alors que, dans ma jeunesse, tout comme dasola mais bien avant qu'on se connaisse, je collectionnais, dans cette même série "Club des Masques", les titres d'Agatha Christie qui en formaient probablement la première "locomotive"). Comme Imogène, Les blondes et papa... est situé au Royaume-Uni - alors que Charles Exbrayat (1906-1989) est un écrivain français (mais a apparemment rempli le rôle de deuxième locomotive de la collection). 

 

Dans ce "roman policier humoristique", plusieurs histoires de couples s'entremêlent pour former ce que je me permettrais d'appeler une "romance policière". L'un de ces couples (mais non le moindre) totalise un âge de 25 ans. La piste qu'ils annoncent aux policiers, bien que concernant un innocent, permet finalement de mettre la main sur le véritable coupable, qui... Mais je vais commencer par le début. 

 

Buddug, fillette de 12 ans, vit (et fait ses études) avec son papa (comptable et veuf) Ianto Morgan dans la petite ville de Brecon, en Pays de Galles méridional. Très mûre pour son âge, c'est elle qui accueille en robe de chambre et silence réprobateur celui-ci lorsqu'il rejoint le logis familial passablement ivre après une soirée à l'extérieur. Son condisciple, Caradoc (le fiancé qu'elle s'est choisie deux ans plus tôt) a lui-même une maman brune, Price Meredith, qui s'est trouvée veuve à peu près quand Ianto est devenu veuf, et il ne lui est pas indifférent. Que croyez-vous qu'il va arriver? 

 

Hé bien, alors que Ianto se trouve en galante compagnie (une blonde mal mariée qu'il connaît depuis 8 jours), le cadavre du mari de celle-ci est découvert, avec lui-même tenant en main l'arme du crime. Arrestation immédiate... Il ne reste plus à Buddug (qui convainc Caradoc de son innocence) à mener l'enquête, avec le soutien, entre autres, de la tante dudit Caradoc (la soeur de son père), vieille fille imposante (six pied de haut), d'une aide fort appréciable lors d'un interrogatoire (sans aller cependant jusqu'au troisième degré!).

 

Et c'est comme ça que la machination sera dévoilée, alors que la police pataugeait quelque peu, représentée par un inspecteur sagace et placide et un sergent frivole, que l'enquête oblige à annuler successivement tous les rendez-vous avec sa "blonde" (qui se serait bien vue la bague au doigt, mais faut pas pousser tout de même). Quant à ce qu'il en pensait, lui, "ce n'était pas parce qu'il était entré dans la police de Sa Majesté qu'il devait renoncer à fonder une famille ou, sans aller si loin, à connaître le plaisir des tendresses partagées!" (p.206) Qu'en termes délicats ces choses-là sont dites. 

 

Disons encore que l'enquête s'était égarée en direction d'un docteur capable de donner comme alibi pour la semaine précédente l'accouchement d'une de ses patientes... lorsque celle-ci l'appelle d'urgence pour la même raison! On voit qu'il y a matière à rire. Je citerai encore quelques moments désopilants, ceux où  les plus jeunes de nos tourtereaux finissent par arriver à la conclusion que les enfants ne naissent pas dans les choux, mais surviennent lorsque (et seulement lorsque) deux personnes de sexe opposé (et adultes, bien sûr) s'embrassent passionnément sur la bouche (et si ça dure, risque de jumeaux?). Bon, question naïveté ou candeur, je me demande où en sont aujourd'hui de jeunes lecteurs et lectrices de 12-13 ans, par rapport à ceux de 1961 ou 1971...?

 

... Et c'est pour cela que, tout compte fait, je me permets de faire candidater ce titre pour le "challenge littérature jeunesse 2025-2026" chez PatiVore! Il rentre aussi dans le cadre du challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

On peut trouver un billet concernant ce livre sur le blog d'une famille de lectrices "Lectureenfantparent".

19 septembre 2025

Harry Potter et les reliques de la mort - J. K. Rowling (livre) / David Yates (deux films)

Après ceux de 2024 et 2023, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique ici le dernier volet (à ce  jour?) de la mythique série en sept volumes Harry Potter. J'ignore s'il y aura un jour une réédition en un volume des quatre premiers tomes (qui étaient nettement moins épais)? Peut-être un jour, à l'occasion de la prochaine adaptation audiovisuelle, plus ou moins annoncée, qui sait? Voici en tout cas, pour qui en ignorerait, quelques mots sur le tome 7. 

J. K. Rowling, Harry Potter et les reliques de la mort, Gallimard, 2007, 810 pages
David Yates, Harry Potter et les reliques de la mort,
partie 1 (2010), 146 minutes & partie 2 (2011), 130 minutes

 

Si je possède Harry Potter et les reliques de la mort en édition "grand format" originale, c'est parce que nous ne nous connaissions pas depuis bien longtemps, Dasola et moi, lorsqu'elle m'avait offert ce livre dès sa sortie pour me faire plaisir. J'apprécie les dessins de couverture des éditions que je possède (dues à Jean-Claude Götting), et regrette que les jeunes lecteurs d'aujourd'hui ne les voient plus. Bon, ceci dit, j'ose supposer qu'il ne viendrait à personne, aujourd'hui, l'idée de lire ce tome sept sans avoir lu les six premiers. Nous avions donc laissé au volume précédents l'école Poudlard en train d'enterrer son Directeur, Albus Dumbledore, regretté de tous. Pas encore majeur, et toujours "tracé" par le Ministère de la Magie en tant que mineur magicien, Harry doit être protégé de Vous-savez-qui (qui veut sa mort) par l'ordre du Phénix. La menace du retour de "Voldemort" est de plus en plus proche... 

 

Il m'a fallu drôlement cogiter pour trouver un angle original pour ma chronique, et ça y est: la thématique de la mort, omniprésente! Les situations de notre trio héroïque principal sont diverses. Hermione a mis ses parents à l'abri (avec sortilège oubliette!). Ron devient fou d'inquiétude pour sa famille, au fur et à mesure que s'égrènent les morts (il a peur d'entendre leurs noms à la radio). Harry n'a pas à se préoccuper de sa famille proche (les moldus Dursley sont à l'abri!) mais a sa mission prioritaire (donnée par Dumbledore). Il a fréquenté la mort à partir de la Coupe de feu (son condisciple Cedric), a perdu ou va perdre nombre de ses pères de substitution (Sirius, Dumbledore, Lupin, tous membres de l'Ordre du Phénix et ayant connu James et Lilly, ses parents).

 

À la fin de l'Ordre du phénix, il me semble qu'un fantôme (Nick quasi sans tête?) avait expliqué à Harry que, si lui-même était "fantôme", tous les morts ne faisaient pas ce choix, et que c'était parce qu'il avait "refusé de continuer" (par crainte de l'inconnu?) que son fantôme pouvait continuer à interagir avec les vivants... À la fin des Reliques de la mort, Harry aura lui-même le choix de "continuer" ou bien de "retourner" (pour le moment), lors d'une scène présente tant dans le livre qu'au cinéma. La conclusion "philosophique" semble bien être qu'il faut accepter la mort, accepter aussi que les morts survivent seulement dans le coeur et l'esprit des vivants qui les ont aimés et connus (ou pas - Harry lui-même n'a guère connu ses parents). Cela est visible à au moins deux reprises: lorsque Harry discute avec ses parents, "moins consistants que des vivants mais plus que des spectres", ses proches le rassurent sur le fait que cela ne fait pas mal de mourir d'un coup d'"Avada Kedavra": "c'est plus rapide et plus facile que de tomber endormi" (un rêve!), et lui disent aussi qu'ils font partie de [lui] mais sont invisibles pour les autres. Ses parents, il les avait déjà croisés lorsque sa baguette les avait fait "régurgiter" à celle de Voldemort (leur assassin) une fois celui-ci revenu avec sa pleine puissance (?) à la fin de la Coupe de feu. 

 

En "changeant de paradigme", je dirais que la plupart des grandes scènes qu'ont pu voir au cinéma ceux qui n'auraient pas (encore) lu le livre sont présentes, mais plus ou moins développées: le mariage de Fleur et Bill Weasley et sa conclusion. La visite au Ministère pour trouver l'un des horcruxes (ainsi que son anéantissement dans une autre scène). Celle à la banque Gringots et l'évasion spectaculaire, dûment munis d'un autre horcruxe. Le pèlerinage à Godric's Hollow. Le vol par Voldemort de l'une des reliques de la mort. La visite chez le père de Luna. La capture, puis l'évasion du manoir Malefoy. La découverte, à Poudlard même, d'un horcruxe de plus... et comment disparaissent les derniers. 

 

Pour finir, en ce qui concerne les trois reliques de la mort et leur utilisation potentielle, je dirais juste qu'elles m'ont fait songer au jeu de l'affrontement "pierre-feuille-ciseau"... avec comme enjeu que le vainqueur survive. 

 

Ce livre contribue à mon propre challenge des Epais de l'été 2025, mais aussi aux Pavés de l'été 2025 chez Sibylline, aux Pavés "saison été" chez Moka, et enfin au 13e challenge de l'imaginaire organisé par Tornade.

Dans le cadre de l'édition 2019 du Pavé de l'été chez Brize, Anne (Des mots et des notes) en avait parlé. Mais aussi Belette2911 pour mes Epais de l'été 2023. 

 

Je passe maintenant à la transcription au cinéma. Pour rappel, quatre ans avaient séparé la parution du premier tome, Harry Potter à l'école des sorciers, et la sortie au cinéma du film qui en avait été tiré: un délai incompressible? 

 

De ce premier volet, j'avais gardé le souvenir d'un film frénétique, où l'on courait beaucoup ou du moins marchait à vive allure (souvenir sans doute influencé par la jaquette du DVD). Et c'est vrai que ça commence plutôt abruptement, avec deux des membres de notre trio principal qui se séparent, sans mot dire, de leur famille moldue. La frénésie est bien présente dès le décollage en direction du Terrier: il n'y a pas énormément de dialogues, les faits du livre sont plutôt abrégés par l'image... Là où les derniers moments d'Harry chez les Dursley et sa séparation d'avec ceux-ci s'étendaient sur plusieurs dizaines de pages avant que ceux-ci soient amenés en sécurité grâce à l'Ordre du phénix, ici, ils partent en catimini et par leurs propres moyens (mais, si votre édition DVD les contient, n'omettez pas de regarder les bonus!).

 

Nos jeunes adultes sont dans le film davantage isolés encore que dans le livre: plus d'adulte "qui sait" vers qui se tourner, ils en sont réduits principalement à leurs seules ressources (ce qui peut les amener à fléchir à tour de rôle). Les dialogues m'ont semblé réduits au minimum nécessaire pour rendre l'action compréhensible, cependant que beaucoup de choses reposent sur le "jeu d'acteur" proprement dit, destiné à faire "comprendre" des pensées sans recourir à la facilité d'une voix off, mais en aidant les spectateurs à "deviner" le (à "se faire leur propre idée du"?) "pourquoi des choses. 

 

Lorsque le trio reformé se rend chez le père de Luna, nous avons un surprenant dessin animé avec la voix "off" d'Hermione qui lit le conte dans son livre: je ne sais pas trop à quoi le comparer, si ce n'est qu'il m'a fait songer au film d'animation "Numéro 9"?

 

Ce film se conclut sur l'arrivée à la chaumière aux coquillages après l'évasion du manoir des Malefoy (alors que cela intervient aux cinq huitièmes du livre). 

 

Le tournage du septième tome de la saga s'est déroulé entre février 2009 et juin 2010, et c'est vrai que, depuis le premier film tourné en 2000-2001, les jeunes acteurs sont un peu plus âgés qu'ils ne le devraient (au moins 21 ans au lieu de 17)? Dasola m'a fait remarquer en tout cas que les couleurs de ces films "Harry Potter" sont de plus en plus sombres. Ce ne sont certes pas les couleurs éclatantes du Technicolor hollywoodien de la grande époque! 

 

Je pense qu'il est désormais clair que des raisons financières, au moins autant que la longueur du livre (qui n'est pas le plus long de la série) ont fait que, comme pour d'autres adaptations de sagas à succès (Hunger Games par exemple), cette "fin" ait été étalée en deux films. Harry Potter et les reliques de la mort, 2ème partie a généré plus d'1,3 milliard de dollars au box-officie mondial, contre 960 millions de dollars "seulement" pour la 1ère partie (avec un budget identique pour les deux parties à 125 millions de dollars). Les sommes en jeu dans l'industrie du cinéma amènent vraiment à regretter que d'autres sagas n'aient pu aller au-delà de leur premier volet (Eragon, Narnia, John Carter...). 

 

Quoi qu'il en soit, cette oeuvre conclusive en deux parties fait un certain nombre d'ellipses par rapport au livre, et étend d'autres éléments... La "reconquête" de Poudlard se déroule bien plus rapidement que dans le livre. Il ne me semble pas avoir vu le petit frère de Hagrid lors des combats, ni les centaures... Et tous les combats durent et sont très spectaculaires, évidemment. J'ai pourtant trouvé qu'une certaine dimension "épique" des combats finals à Poudlard est sacrifiée au profit du "grand spectacle", justement. Ici, pas d'"armées de réserve" revenant à Poudlard prendre à revers les Mangemort, avec les parents et amis des élèves, la horde des centaures, les elfes de maison... mais un pont qui s'écroule sous les pieds des mangemorts en train de "charger". Mais on ne voit pas (sauf erreur de ma part) le "petit frère" d'Hagrid qui vient à la rescousse pour affronter les géants. On voit mort le couple Lupin-Tonks, sans savoir ce qu'a donné leur vie familiale... Il m'a semblé que l'oreille de Fred Weasley avait bien davantage "repoussé" que dans le livre. On suit longuement notre trio (ainsi que Neville qui conserve son rôle tel que figurant dans le livre: refus de la proposition de Voldemort et anéantissement de Nagini). 

 

Le destin des baguettes en possession de Harry n'est pas le même que ce que décrit le roman (je n'ai pu m'empêcher de penser que c'était pour éviter toute tentation / tentative de donner une suite cinématographique autre que ce dont parle le livre, avec la baguette la plus puissante du monde). Et je regrette toujours qu'aucun traducteur français n'ait encore traduit l'interpellation de madame Weastley à Bellatrix Lestrange, avant leur duel, par "Touche pas à ma fille, salope!". 

 

Pour terminer, j'ai cru comprendre que la version "série TV" semble avoir commencée à être tournée en juillet 2025 (pour être diffusée à partir de 2027). Le tournage devait paraît-il s'en étendre sur une dizaine d'années, avec l'avantage que, cette fois-ci, la totalité du "canon" a été publiée , ce qui a dû faciliter la tâche des scénaristes et des responsables de casting. Espérons que l'audience suivra et qu'il n'y aura pas besoin d'abréger (comme la série Rome) ou de suspendre sine die (comme Les animaux fantastiques)!

28 septembre 2025

Deux livres condensés: Le Robinson des glaces - Marie Herbert / Alice van Meulen - Jacques Duquesne

Cette fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) crois que j'ai réussi un petit miracle: parler d'un livre dont, sauf erreur de ma part, il n'existe pas d'édition "à compte d'éditeur" en traduction française intégrale... Il s'agit d'un titre qui me paraît pouvoir tenir sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja, et je pense qu'on peut encore se le procurer d'occasion sur internet, dans l'édition que j'ai lue. Pour ma part, je l'ai déniché dans l'une des "bibliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente. 

Marie Herbert, Le Robinson des glaces (traduction par Denise Hélié de Winter of the white Seal, 1982), in Sélection du Livre, éd. Sélection du Reader's Digest, janvier 1986, 480 pages (2e oeuvre sur 4 contenues dans le volume, pp.128-223) 

Le livre à la première personne commence un peu comme Robinson Crusoé: un jeune homme (Jonathan Horn) "a pris la funeste décision de quitter le toit familial pour courir de par le monde". Mais là, nous sommes en 1818 et le jeune homme (fils unique d'un riche armateur qui lui refusait l'autorisation de naviguer) est né en 1798 à Liverpool. Parti à Londres, il comprend trop tard que le navire sur lequel il s'est engagé les yeux fermés, le Moonraker [décidément! Cf. mon billet du 30/08/2025] est équipé pour la chasse aux phoques. Il se retrouve en vue de la Georgie du Sud (sud de l'Atlantique). Apparemment, il n'a pas bien profité de ses études de comptabilité, quand il note que, ayant droit au cent-vingtième du bénéfice, il a droit au produit d'une peau de phoque sur 120 (confusion entre "chiffre d'affaires" et "bénéfice", disons!). Comme une flottille de navire occupe déjà la plupart des "territoires de chasse", leur bateau poursuit sa route vers le nord à la recherche d'une plage sans concurrence (ils cherchent des éléphants de mer pour leur graisse et des otaries principalement pour leur fourrure). Quelques pages décrivent les opérations - avant une attaque de matelots hollandais, au cours de laquelle notre héros renverse le chaudron d'huile bouillante, ce qui met fin au combat! Au bout de 18 jours, après avoir "épuisé" une seconde plage, ils se dirigent vers le cap Horn. Après des jours et des jours de navigation, le 22 novembre 1818, ils jettent l'ancre dans une baie, et le lendemain trouvent une presqu'ile "où des milliers de pinnipèdes se prélassaient sur les plages".

 

Notre matelot (affecté au débitage du lard) est charmé par "(...) une magnifique femelle à la fourrure blanche allaitant son petit dont le pelage était également blanc". Alors qu'un coup de feu enjoint aux marins à terre de rejoindre le bateau, Jonathan essaye d'empêcher un de ses compagnons de tuer "la bête superbe", et se fait assommer. Il revient à lui au milieu des phoques et la tempête fait rage. Il lui reste le chaudron, les tonneaux à graisse, les vivres prévus pour l'équipe d'abattage à terre, aucune allumette... mais le feu sous le chaudron, par chance, n'est pas totalement éteint: de quoi survivre, car le Moonraker ne reviendra jamais le chercher. Le bateau a manifestement coulé durant la tempête, et Jonathan n'en retrouvera sur la plage qu'une chaloupe échouée, deux cadavres et quelques épaves. Pour rallumer son feu, il utilisera le même moyen qu'un héros de Jules Verne: une lentille taillée dans la glace translucide et les rayons du soleil! Et nous en sommes à la fin du chapitre 3 (p.157).

 

À la fin du chapitre 10 (p.222), Jonathan semble sur le point d'être ramené à la civilisation par un navire qui aborde par hasard son île. Nous sommes en janvier 1820, plus d'un an a passé (description de la vie quotidienne: explorer et exploiter les maigres ressources locales, se nourrir...). Bien serrés afin de se tenir chaud, il s'est retrouvé à partager sa couche durant tout l'hiver (ant)arctique avec le jeune phoque albinos qu'il avait une nouvelle fois sauvé et appelé Gribouille. Mais la morale est sauve, c'était une femelle! Bref, je suis ressorti de cette lecture tenaillé, bien entendu, par l'envie de savoir ce que pouvait être l'oeuvre "non condensée". 

 

Je n'ai malheureusement pas trouvé d'autre édition en français de ce livre (Winter of the white Seal) que l'édition "condensée" pour laquelle Sélection du Reader's Digest avait dû payer des droits, je suppose. En regardant la fiche de l'Irlandaise Marie Herbert sur wikipedia en anglais (consulté le 28 septembre 2025), je me suis demandé s'il n'y aurait pas eu abandon d'un projet éditorial puisque c'est à peu près le moment où l'auteure a vécu une tragédie familiale? Mais, faute d'informations, ce n'est qu'une supposition de ma part bien entendu. 

 

Cerise sur le gâteau: je n'avais même pas fait attention quand j'avais pris le volume en main qu'un autre des quatre titres qu'il contenait parlait aussi de bateaux: un autre livre condensé (mais cette fois-ci, la "version complète" en existe puisqu'il s'agit d'un roman français [qui venait d'être édité chez Grasset en 1985]). Un exemplaire du roman est disponible en "réserve centrale" des bibliothèques parisiennes!

 

Jacques Duquesne, Alice van Meulen (même volume, 1ère oeuvre sur 4, pp.11-126)
[Edition originale: Bernard Grasset, 1985, 274 pages]

 

Après avoir lu ces pages, j'ai pensé à (du) Pierre Benoit, d'autant plus avec ce prénom qui commence par un "A". Alice van Meulen, qui donne son nom au roman, est l'un des personnages du livre, mais je ne sais pas si elle en est vraiment, ou non, l'héroïne principale. Dans son roman publié en 1985, le journaliste-romancier Jacques Duquesne (1930-2023) situe son intrigue un peu plus d'un siècle plus tôt, en 1880, dans les débuts de la Troisième République donc. À l'époque, la Commune de Paris remonte à moins de 10 ans, les grandes lois (Enseignement primaire [Jules Ferry, 1881-1882], Presse [1881], liberté syndicale [Waldeck-Rousseau, 1884]) n'ont, comme chacun sait, pas encore été promulguées, et l'Etat ne s'est pas encore séparé de l'Eglise. Le romancier aborde dans son ouvrage, à sa manière (il y a 40 ans tout d'même!) les thèmes de la romance, de la place de la femme dans la société, voire de l'intégration des enfants "différents". Mais commençons par le début. 

 

Au large de Dunkerque, dans la nuit et la tempête, le canot insubmersible de l'Association Dunkerquoise du sauvetage en mer sauve deux passagers d'un schooner en détresse (qui les avait amenés à sortir) et croise durant cette sortie en mer un navire bizarre. Dans le même (premier) chapitre, nous sont présentés Pierre Vandromme, propriétaire d'un chantier de construction navale, et Alice van Meulen, veuve d'un brasseur de l'entreprise duquel elle a repris fermement les rênes et mère d'un jeune garçon (Félicien, l'héritier, 6 ou 7 ans) qu'elle couve (et étouffe), qui se croisent pour la première fois dans un bal masqué à Lille. Lui va se trouver en butte au soupçon d'avoir fait construire par son chantier un navire servant à la contrebande du tabac (un coup monté qui se résoudra dans les dernières pages), elle va trouver toutes les raisons du monde pour lui courir après (jusqu'à le demander en mariage  - incroyable pour l'époque!), même s'il a une maîtresse (Mathilde, rescapée du naufrage du schooner où elle était passagère, de retour des "Iles" après un séjour de 3 ans). Ajoutons l'histoire d'une maquette de bateau offerte au jeune Félicien, qui la fracassera dans un accès de rage, l'histoire de Jean Bart (Dunkerquois) contée à l'enfant, de même que les aventures de la mère de Pierre, du temps où elle naviguait à bord du navire de son capitaine de mari (père de Pierre), avant la création du chantier naval... et l'on voit que navire et mer sont largement présents dans l'histoire. Je ne savais pas que dessiner des moustaches à la figure de proue féminine d'un bateau (de pêche) était la pire insulte possible contre un capitaine (p.73). Côté "romance", j'ai apprécié à sa juste valeur la scène de rupture avec la maîtresse (pp.60-61). 
"- Je ne viendrai plus, Mathilde. (...) Elle s'était laissée tomber à ses pieds, les mains sur les oreilles, pour ne rien entendre. Il allait donner des raisons, bien sûr - les hommes donnent toujours des raisons: comme si les raisons avaient un sens, comme si les raisons étaient des excuses, comme si elles cicatrisaient les plaies, empêchaient le mal, et permettaient d'oublier. Au diable, les raisons! (...)
- Dehors! Elle s'était relevée, le repoussait.
- Ne renverse pas les rôles. Ce n'est pas toi qui me chasse. C'est moi qui m'en vais. Tu comprends: c'est moi".

On a aussi quelques scènes cocasses avec une "feuille à chantage" (comme dans Topaze de Marcel Pagnol) qui cherchait à faire chanter Pierre. Mais tout finira bien...

 

Les deux autres "condensats" du volume sont Quatre enfants et un rêve (Christian & Marie-France des Pallières) et Fête fatale (William Katz). Je ne les ai pas lu, j'ai juste vérifié qu'il n'y était pas du tout question de bateaux.

Sélection du livre était le "club de livre" du magazine Sélection du Reader's Digest. Moyennant un abonnement, un certain nombre de volumes était proposé chaque année. La spécificité de ce club-là était que chaque volume contenait quatre titres "condensés" (et non en "texte intégral"), ce qui fait que, malgré la belle reliure (dorure sur faux cuir...), ils sont peu recherchés par bibliothèques ou libraires d'occasion (on trouve sur le net le conseil de les donner à des EHPAD ou des prisons, ou d'en mettre le papier au recyclage). Quarante ans après, le papier en a beaucoup jauni en tout cas. Ceci dit, j'ai vérifié qu'on peut s'en procurer des volumes (dont celui-ci) sur internet. 

23 septembre 2025

Bilan challenge Epais de l'été 2025

Les participant(e)s au challenge Les Epais de l'été 2025 (3e édition) avaient jusqu'à hier lundi 22 septembre 2025 (à minuit...) pour déclarer leurs participations. Il est donc temps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fasse le bilan de ces trois mois de challenge estival sur de gros bouquins que j'avais organisé sur ce blog. 

== Je commence par les questions qui tuent (oui, je suis méchant!): participant(e) ou non au challenge, vous qui lisez ce billet de bilan, combien de ceux des participant(e)s avez-vous lu?
Sous combien avez-vous signalé votre lecture? Vous en trouverez la liste ici.
... Bon, c'est dit, passons à autre chose. ==

 

Par exemple, pour rappel ou comparaison, je signale que vous pouvez toujours aller voir les bilans 2024 et 2023. 

Je sais que, si certain(e)s vont adorer lire mes chiffres, d'autres vont en détourner les yeux...

Toutes les inscriptions pour le challenge 2025 ont par la suite généré au moins une participation. Pour certains, je n'ai appris leur intention de participation qu'en même temps que j'en recevais l'annonce. Peut-être découvrirai-je encore par la suite des "participations clandestines", je veux dire des blogs qui auront répondu positivement sous leur propre billet à ma proposition de recenser un billet sur un livre comportant suffisamment de pages pour s'inscrire aux Epais et/ou Pavés de l'été 2025... mais sans prendre la peine de nous le signaler sous nos billets récapitulatifs respectifs ni même, parfois, de rajouter logos et liens dans leur propre billet... 

Bref, en ce lendemain de clôture, je comptabilise 30 participations (contre 32 en 2024 [mais pour 37 inscriptions] et 34 en 2023 [pour 43 inscriptions]). J'ai bien l'impression que, si le nombre de blogs littéraires est plutôt sur une pente descendante, ceux qui restent (et qui existent parfois de longue date) sont les plus vaillants (Sibylline dit la même chose avec ses propres mots)!

 

Mais pour 2025, voici le Podium que vous attendez tous!

Sur la plus haute marche, on trouve de nouveau Belette2911 (qui était déjà première l'an dernier [deuxième en 2023]): elle a lu cette année 13 livres "épais" (16 en 2024, 15 en 2023). Nous trouvons ensuite Alexandra (Je lis, je blogue) qui a chroniqué 7 livres dans six billets, puis... Ta d loi du cine (six). Sunnalee, Enna et Ingannmic en ont quatre chacune. Outre le cas particulier de Keisha (qui a compilé en un seul billet trois de ses quatre Epais), Mapero et Aliénor ont chroniqué trois livres. Athalie, Anne-yes et Miriam, deux livres. Enfin, 17 participants ont contribué avec un unique ouvrage.

Vingt et une contributions dépassaient les 1000 pages (plus gros ouvrage comptabilisé: l'intégrale Le Seigneur des anneaux, 1600 pages attribuées à un billet de Jenevelle Laclos). À l'inverse, seules 11 contributions concernaient des gros bouquins de moins de 750 pages (qui... - mais j'en parle plus bas!). Et le total que j'ai calculé comme correspondant aux pages lues est supérieur à celui de l'an dernier (67 094 en 2025 contre 62 012 en 2024 - mais 79 164 en 2023 [avec 106 "épais, d'au moins 600 pages "seulement", à l'époque]). 

À titre d'anecdote pour cette édition, j'ai donc relevé quelques cas où un seul billet parle de plusieurs livres dont chacun constitue un épais (dont chacun existe dans une édition comportant au moins 700 pages même si ce n'est pas celle lue), que ce soit plusieurs tomes (1, 2, ...) d'un même titre ou des titres faisant partie d'une même saga mais pouvant le cas échéant se lire séparément... D'autres blogs font le choix, tout aussi acceptables, d'une logique "un billet parle d'un [seul] livre". Mais c'est vrai que, en ce qui nous concerne sur Le blog de Dasola, il arrive régulièrement qu'un seul billet parle de plusieurs livres (ou films - même si ce dernier cas concerne davantage les billets de Dasola que les miens).

 

Pour mon challenge des Epais 2025, j'ai aussi connu le cas inverse: une contribution en plusieurs billets pour un volume de 816 pages. J'avais eu un cas plus ou moins comparable l'an dernier, où il avait fallu à une blogueuse plusieurs billets pour "décortiquer" un même titre (l'un des composants d'À la recherche du temps perdu de Proust). J'ai donc aussi accepté la contribution de 2025, même si, ici, l'édition en un "épais volume" regroupait trois oeuvres policières, dont chacune a fait l'objet d'un billet séparé... Ma décision (forcément souveraine, en tant qu'organisateur de mon challenge, mais ne préjugeant pas des décisions des organisateurs d'autres challenges) a été d'accepter cette contribution parce que ce cas n'est pas expressément interdit et reste quantitativement marginal. 

 

Mes règles sont relativement souples: il doit exister une édition "papier" comportant le nombre de pages voulu, mais ce n'est pas nécessairement celle qui a été lue. Les livres en langue étrangère comptent aussi (même si ce n'est pas la langue dans laquelle a été rédigée l'oeuvre originale). Autrement dit, tout livre dont il existe une édition "papier" en langue étrangère avec le nombre de page voulu est éligible (même si ce n'est pas l'édition qui a été lue). Ces règles sont tellement souples, disais-je, que leur souplesse a dû donner l'impression de tricher à certains qui du coup ne se sont pas inscrit(e)s à ce challenge "Les épais de l'été 2025". 

 

Regardons maintenant le palmarès par auteur et par titre.

Le livre le plus chroniqué est Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker (lu par La petite souris, Mjo, Belette2911 et Dasola). En ce qui concerne les auteurs, Ken Follett (six contributions!) place trois des titres composant sa saga Kingsbridge dans ce palmarès, dont l'un a été lu par trois blogueurs. Trois Epais différents de Luncinda Riley (série Les Sept soeurs) ont été chroniqués dans un même billet par Keisha. On m'appelle Devon Copperhead de Barbara Kingsolver (habitué des Epais) et La fabrique des salauds de Chris Kraus ont été lus deux fois chacun cet été. Tolkien a été chroniqué par deux blogs, l'un pour le troisième tome de la saga Le Seigneur des anneaux et l'autre pour l'intégrale de cette oeuvre. Comme dit plus haut, des romans en deux volumes (chacun "épais") ont pu être chroniqués soit en deux billets, soit en un seul billet (selon le choix de chaque blogueur). 

 

La tenue des "statistiques par auteur" s'est complexifiée cette année. L'an dernier (2024), seuls deux des billets répertoriés concernaient une oeuvre avec deux auteurs (dont l'un déjà présent comme seul auteur d'un autre ouvrage faisant partie du corpus). En 2025, quatre billets sont concernés, dont l'un pour un livre avec trois auteurs. Il y a un seul cas d'auteur déjà présent à titre unique pour un autre titre. Par contre, je n'ai toujours pas vraiment tranché si J.K. Rowling et "Robert Galbraith" sont à compter pour un ou pour deux (je pense qu'il faudra attendre le décès de l'auteure de Harry Potter pour adopter une position incontestable - ce ne sera sans doute pas de mon temps!). 

 

Pour terminer par la synthèse de cette édition, la voici donc: 

30 inscriptions & participations ont donné 72 "épais" de 700 pages minimum (dans 71 billets) pour 67 094 pages (davantage qu'en 2024!) avec 64 livres différents, par 60 auteurs ou co-auteurs. Seules trois prévisions de chroniques de gros bouquins ont été, disons, "reportées".

 

* Tout livre s'inscrivant aux Epais était invité à s'inscrire aussi au challenge Les Pavés de l'été chez Sibylline (La petite liste), qui acceptait cette année encore les participations à partir de 500 pages (et sans limite supérieure bien sûr). De son côté, elle a obtenu 128 participations de la part de 28 participants. Bravo à Belette2911, Médaille supersonique sidérale météoritique pour ses 29 contributions! De mon côté, j'ai obtenu une médaille de bronze (ex-aequo avec Enna) pour mes six contributions.

 

J'avais aussi systématiquement inscrit mes participations au challenge "Quatre saisons de pavés - Eté" chez Moka.

 

En 2026, s'il y a comme je l'espère une nouvelle édition des challenges pour de gros bouquins estivaux, j'annonce d'ores et déjà que je monterai la barre à 750 pages minimum. Seuls une dizaine (9, exactement) des 75 billets pris en compte en 2025 n'auraient donc pas été éligibles en 2025 (aucun de mes 30 participants 2025 n'aurait été empêché de participer). 

 

Merci encore pour toutes ces participations, que ce soit celles d'"habitué(e)s" ou celles de blogueurs-euses dont 2025 a marqué la première participation aux Epais de l'été!

30 août 2025

Les naufragés du Moonraker - Eth Clifford / La mer aux esprits - Anne Rossi

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui deux livres "jeunesse", tous deux éligibles au Book trip en mer (saison 2) de Fanja. Mais ces histoires "maritimes" sont très différentes l'une de l'autre...

Eth Clifford, Les naufragés du Moonraker, Flammarion, coll. Castor Poche N°106, 1988, 348 pages
Anne Rossi, La mer aux esprits (Barthélemy Styx, 1), Serineo, 2014, 284 pages

 

Le Trois-mâts Moonraker ("vise-lune", selon la traduction que j'avais mémorisée à l'époque de la sortie au cinéma du James Bond numéro 11!) n'a jamais existé. L'histoire de son dernier voyage et de son naufrage est tout de même inspirée d'une histoire vraie, mais romancée avec des personnages plus "identificatoires" pour le public visé. En mai 1886, cela fait sept mois que le jeune Cat est mousse à bord du voilier, et en butte aux brimades de certains matelots: "aux yeux des matelots aguerris, le mousse était corvéable à merci", et malheur à lui s'il regimbe! Le voilier vient de quitter Melbourne (Australie) à destination de Londres (via le Cap Horn) avant de revenir en Amérique (notre jeune héros est originaire de Boston). Parmi les passagers se trouvent nombre de chercheurs d'or (avec leur or...), quelques femmes et enfants... Terre en vue! Ce doivent être les îles Auckland. Le navire, déventé, est poussé inexorablement par le courant vers des falaises abruptes... jusqu'à une grotte obscure (p.61). Le navire y sombre... Quelques pages plus loin, il ne reste plus que 10 personnes, sur deux petits canots, des 83 qui avaient quitté le port de Melbourne, à peine dix jours plus tôt (notre mousse, le second, des matelots, des passagers dont une femme). Il vont mettre une journée à trouver un endroit où aborder, pratiquement sans nourriture, et nous sommes en hiver dans cet hémisphère. Il va leur falloir apprendre à survivre sur leur île déserte, en proie à une cruelle indigence. Venez à leur secours ou ils sont perdus (disent à peu près les "bouteilles à la mer" qu'ils envoient...). Leur vie sur l'île (archipel, plutôt) durant des mois représente à peu près les deux tiers du livre (11 chapitres sur 17). Tous ne seront pas sauvés... Mais j'ai apprécié les péripéties réalistes. 

 

Eth Clifford (1915-2003) se serait inspirée, comme il est écrit dans la "Note de l'auteur" qui précède mon édition, du véritable naufrage du General Grant intervenu dans les mêmes conditions. Je ne sais pas si le texte romanesque que j'ai lu a été "abrégé" ou non pour cette édition en français (j'ai relevé certaines ellipses qui me feraient songer que oui, mais je peux me tromper faute de confrontation à d'autres versions du texte - The Curse of Moonraker: A Tale of Survival était paru en VO en 1977).

Enfin, je pense (j'espère?) que cette auteure américaine est éligible au challenge American Year 2025 de Belette2911, puisque le navire est aussi américain, même si le gros de l'histoire se déroule hors Etats-Unis...

 

Autre histoire maritime, mais changement de registre avec les aventures de Barthélemy Styx, 1. la mer aux esprits. Fils d'un armateur négrier de Nantes, le jeune Barthélemy Charon (14 ans environ) résiste à une bastonnade de son père lorsque celui-ci veut le punir d'avoir quitté prématurément une réception à visée matrimoniale, et c'est le drame. Il chevauche alors jusqu'à Paimboeuf où il arrive à s'embarquer comme mousse à bord du Bonaventure, en dissimulant son nom et sa bourgeoisie bien entendu. Et en route vers le Sénégal pour y charger une cargaison d'esclaves à destination "des îles"... 

Pour le moment, nous sommes encore dans un univers réaliste. Mais je n'ai pas encore dit que le gamin discute avec son médaillon (qui semble hanté par l'image de sa mère décédée qu'il contient). D'autre part, en mer, certains récits parlent de la Terre des légendes, une île des Bermudes que nul n'a pu aborder... mais dont les habitants (?) auraient le pouvoir de calmer les tempêtes. L'une des filles esclaves (qui lui plairait bien), paraît, comme lui-même, avoir quelques talents en "sorcellerie"... Un soir (p.78) retentit le cri de la vigie: "pavillon noir par tribord arrière!". Canonné, le Bonaventure coule p.87, non sans que nos deux mousses (oui, il y a aussi un jeune Jean) aient pu libérer la cargaison de ses chaînes. Tous sont recueillis à bord du Juracan, dont le capitaine lui semble "indigène" (il s'avère métis). La jeune Noire se nomme Oluchi. "(...) dans ton pays, on nie l'existence de la magie. Mais ce n'est pas parce qu'on ne parle pas d'une chose que celle-ci n'a pas de réalité. (...) il existe des humains qui possèdent une capacité plus ou moins poussée à communiquer avec les esprits. De la même façon, il existe des esprits plus ou moins puissants, selon le lien qu'ils ont conservé avec le monde des vivants." (p.122-123). Après moult péripéties, le Juracan (qui a débarqué en lieu sûr les centaines d'esclaves libérés) aborde une île des Caraïbes (la fameuse terre des légendes)... et ce tome 1 s'achève ici. Le volume se conclut sur quatre pages pédagogiques, expliquant (décriant) ce qu'ont été la traite et le commerce triangulaire.

 

Un second tome (titré Barthélemy Styx 2. La terre des légendes) est paru dès 2014, mais je n'ai pas eu l'occasion de mettre la main dessus (ces livres ne sont pas - ou plus? - dans les médiathèques parisiennes). En tout cas, ce premier tome avait été chroniqué en 2014 par Marie et Anne et Sharon. 

Pas plus qu'Eth Clifford, Anne Rossi ne dispose sur wikipedia (en français, consulté ce 30 août 2025) de page à son nom. J'ajouterai juste que ce roman maritime jeunesse-là (qui se lit gentiment) est à mon avis éligible aussi au 13e challenge de l'imaginaire chez Tornade.

27 août 2025

Trois films de guerre vus en DVD

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente trois films récemment chinés dans des bacs d'occasions. Dasola était plutôt dubitative au départ (elle n'aime guère l'idée que j'encombre encore plus ses étagères...). Après visionnage, je dirais que ces films américains de "série B" (je suppose) ont quand même quelques qualités. Ils sont tous construits autour d'une vedette. Et ce n'est pas leur seul point commun: soleil, sable et eau... et la guerre par-dessus tout cela (la Seconde Guerre mondiale).

Les éditions Atlas ont cessé leur activité en 2019.

 

Sahara, réalisé par Zoltan Korda, est sorti en 1943 (en pleine guerre), avec en vedette Humphrey Bogart, qui joue le rôle d'un chef de char. Après avoir recueilli des soldats alliés de différentes unités ainsi que deux prisonniers (l'un italien et l'autre allemand), il va défendre un fortin présenté comme seul point d'eau dans le désert contre une nombreuse troupe allemande assoiffée. Quelques grands moments. Tous ne verront pas la fin de la bataille (quant à la fin de la guerre, il n'en était pas vraiment question bien sûr). 

En ont parlé bien mieux que moi: Shangols, L'oeil sur l'écran, Play it again, Platinoch, Le cinéphile stakhanoviste.

 

L'île des braves, sorti en 1965, est le seul film réalisé par Frank Sinatra (qui y tient aussi un rôle - pas forcément la vedette). Dans une île du Pacifique occupée par une petite garnison japonaise isolée, en 1943 (la bataille de Guadalcanal semble terminée), se "crashe" un C-47 américain (version militaire de l'avion de transport DC3) mitraillé par un chasseur japonais, qui lui-même fait "match nul" avec le chasseur d'escorte américain (pas de survivant des deux chasseurs). Dans l'avion de transport, par contre, seuls le copilote et le mécanicien ont été tués. Une section de "bleus" Marine commandés par un jeune lieutenant, l'infirmier de bord (Frank Sinatra) et le pilote (qui a grade de capitaine) vont devoir s'organiser, chercher à réparer la radio de l'appareil... Ils découvrent vite qu'ils ne sont pas seuls: l'ennemi se manifeste à l'approche d'un navire américain, qui repart sans avoir aperçu les naufragés de l'air. Les ennemis vont devoir co-exister, concrétiser une trêve sans fraterniser, protéger ensemble leur unique source d'eau potable contre les éléments déchaînés. Mais la guerre reprendra finalement tous ses droits jusqu'à extermination totale de l'un des deux camps. À la fin du film, le drapeau japonais flotte toujours sur l'île.

Voir aussi Le blog du West. 

 

Le cinquième commando est le plus tardif des trois films (1971, réalisé par Henry Hathaway). Ici, la dimension héroïque du film d'aventures de guerre se développe sans contraintes. Richard Burton incarne un chef de commando (SAS) qui ne s'embarrasse guère de scrupules pour utiliser des "ruses de guerre" susceptibles de le faire fusiller comme espion: nécessité fait loi, pour une mission faisant songer à ce que l'on peut lire ou voir dans Les Canons de Navarone, même si elle se déroule à proximité de Tobrouk en 1942. La femme de service (une "proche" de l'état-major italien) sert, quant à elle, de sauf-conduit involontaire, grâce aux piqures qui la maintiennent hébétée. Rommel discute philatélie... 

Voir encore Platinoch, 

 

Sauf erreur de ma part, aucune des trois vedettes n'a combattu durant la Seconde guerre mondiale (Bogart a été timonier sur un transport de troupes lors de la Première guerre mondiale). Dasola n'a pas réussi à me dire l'ordre dans lequel elle avait préféré - ou pas ces trois films. On n'a plus qu'à les revoir?

25 août 2025

Le dossier 1569 - Jorn Lier Horst

C'est le sixième roman de Horst que je lis et le 5ème que je chronique. Après Le code de Katharina (que je n'ai pas chroniqué), j'avais laissé Jorn Lier Horst un peu de côté. Et puis dans une des six bibliothèques que je fréquente à Paris le plus souvent, je suis tombée sur Le dossier 1569 (437 pages, Gallimard Série Noire) où j'ai eu le plaisir de retrouver l'inspecteur Wisting en vacances chez lui qui ne sait pas quoi faire à part tondre sa pelouse. À cause de missives anonymes trouvées dans sa boîte aux lettres, il va enquêter sur un "cold case" datant de 1999, ce dossier 1569: le viol et le meurtre de Tone Vaterland, une jeune fille de 17 ans qui rentrait à bicyclette de son travail de serveuse. C'était le 4 juillet 1999. Elle s'était arrêtée près d'un lac pour s'y baigner avant de rentrer chez elle. On a retrouvé son corps trois jours après. Le meurtrier présumé et plus tard condamné était Danny Momrak, son ex-petit ami avec qui elle venait de rompre. Il a purgé une peine de 17 années de prison. Wisting décide de rouvrir l'enquête officieusement, d'autant plus que plusieurs lettres arrivent plus tard dans sa boîte avec des coordonnées GPS ou le numéro d'un autre dossier. Il semble que Danny Momrak ait  été condamné à tort. Par ailleurs, Wisting suit avec intérêt un fait divers du moment dans lequel le corps d'une femme qui a disparu trois jours plus tôt est retrouvé brûlé dans une maison incendiée. J'annonce tout de suite qu'il n'y a aucun rapport entre les deux affaires. J'ai trouvé l'ensemble bien mené avec plusieurs suspects dont une journaliste. Wisting toujours veuf mais qui s'occupe bien de sa petite-fille Amalie quand sa fille Line lui demande est un personnage plein de sagesse qui découvre que certaines techniques modernes d'investigation en plus de l'ADN sont utiles dans les enquêtes: les analyses électriques, les caméras qui nous surveillent, les pas qui sont enregistrés sur les téléphones portables, etc. Un roman intéressant que j'ai lu en deux jours.

Il a aussi été chroniqué par Actu du noir, par La vie en noir, par Nyctalopes. 

16 août 2025

Stella - Piergiorgio Pulixi


J'ai lu en deux jours et demi Stella de Piergiorgio Pulixi (Edition Gallmeister, 563 pages haletantes) qui pourra faire partie du challenge Pavés de l'été 2025 organisé par La petite liste.

Stella est le prénom d'une jeune fille de 17 ans qui est d'une beauté à couper le souffle. Malheureusement pour elle, on retrouve son cadavre sur une place près de Cagliari en Sardaigne. Et oui, j'ai retrouvé avec plaisir cette île italienne où l'on parle plus sarde qu'italien. C'est l'île natale de l'écrivain pour ceux qui ne le savent pas. J'ai lu les romans précédents de Pulixi (lire mes billets ici, ici et là) et Stella est une réussite. L'enquête sur ce meurtre sauvage est confiée à trois personnages déjà rencontrées dans des romans précédents de l'auteur: Mara Rais, Eva Croce et la Toscane Clara Pontecorvo (1m98 pieds nus) et le vice-questeur milanais Vito Strega (sorcière en italien). Le meurtre de Stella va déclencher une avalanche de violence avec des victimes collatérales. Le récit est bien mené et jusqu'au bout, on se demande qui a tué et pourquoi car les suspects sont nombreux et l'auteur nous indique des fausses pistes, quoique... 

Par ailleurs, il y a une histoire en arrière-plan qui se passe à Milan avec Marina, une femme dangereuse dont on avait fait la connaissance dans un roman précédent, Le chant des innocents, qui fait une fixation sur Strega. A la fin du roman, on peut s'attendre un développement de cette histoire secondaire dans un ouvrage à venir. 

Pour compléter ce billet, je précise que c'est ta d loi du cine qui avait été me l'emprunter en bibliothèque alors que je n'étais pas à Paris. 

En ont parlé: Bigmammy, Livressedunoir, Aude, Blacknovel. 

29 août 2025

La sagesse de l'idiot - Marto Pariente / Mourir en juin - Alan Parks

Voici deux romans policiers qui se lisent très bien. 

J'ai lu La sagesse de l'idiot de Marto Pariente (Folio policier, 347 pages) après avoir lu, du même auteur, Balanegra, qui m'avait emballée. La sagesse de l'idiot (publié en 2024 pour la traduction française) a été écrit avant Balanegra, c'est peut-être pourquoi l'histoire n'est peut-être pas aussi aboutie, mais c'est très bien quand même. L'histoire est narrée à la première personne par Antonio (Toni) Trinidad, le seul policier d'une petite ville espagnole. Toni est un homme qui s'évanouit devant le sang et ne porte pas d'arme. Il est très proche de Vega, sa soeur alcoolique et pas très bien dans sa tête (on apprend pourquoi), qui tient seule le casse de la ville depuis que son mari Chimo (qui dealait) a disparu. Désormais, c'est elle qui doit de l'argent à un dealer local surnommé l'Apiculteur. Triste, le meilleur ami de Toni est retrouvé pendu. Toni commence donc à avoir des ennuis et il ne sait pas que des "malfaisants" qui vont s'entretuer ont mis un contrat sur sa tête. Toni ne panique pas, et c'est tant mieux car un tueur à gages est après lui. Son poste de policier est menacé et Rocha, un policier de l'Unité antidrogue, veut se débarrasser de lui. Le roman est bien mené avec plein de péripéties. Un roman que je conseille. Lire les billets de La petite souris, Actu Du Noir, Pierre Faverolle et Sharon.

 

Mourir en juin d'Alan Parks (Rivages Noir, 365 pages) paru en 2025 est le premier roman que je lisais de cet écrivain et ce fut une bonne surprise. Alan Parks a choisi des titres en prenant les mois de l'année : Janvier noir, L'enfant de février, Bobby Mars forever, Les Morts d'avril et Joli mois de mai.

Mourir en juin se passe entre le 28 mai et le 28 juin 1975 à Glasgow en Ecosse. Il y a plusieurs intrigues qui s'entremêlent: des SDF que l'on empoisonne, la femme d'un pasteur affirmant que son petit garçon a disparu alors qu'il ne semble pas exister. Harry McCoy est le personnage principal récurrent (présent dans les romans précédents) qui, accompagné de son adjoint Wattie, va être muté temporairement dans un autre commissariat à Possil (un quartier de Glasgow). Ils sont chargés d'une mission: démasquer des flics ripoux tout en essayant de découvrir qui assassine les SDF (dont le père de McCoy). Le solstice d'été du 21 juin permet de dénouer l'énigme de l'enfant disparu. Pour information, l'auteur de la photo de couverture est Raymond Depardon. Je ne manquerai pas de lire au moins un des romans précédents de l'auteur (que je viens d'emprunter à la bibliothèque). Lire les billets d'Actu Du Noir et Nyctalopes. 

16 mai 2024

Capitaines courageux - Rudyard Kipling / Au large de l'Eden - Roger Vercel

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pris plaisir à sortir de mes rayonnages, pour relecture dans le cadre de plusieurs challenges en cours, deux livres au format poche que je possède depuis un certain nombre de décennies. 

Ils ont un point commun (doris!), que je développerai ci-après. Le plus anciennement en ma possession m'a été offert pour Noël 1973, je n'étais pas encore au collège (1), il doit faire partie des dix premiers livres au format de poche que j'aie possédés (il était neuf à l'époque). L'autre est plus "vénérable" puisqu'imprimé fin 1965, mais je ne l'avais acquis qu'en 1981 (je n'étais pas encore bachelier). 

Rudyard Kipling, Capitaines courageux, Folio N°354, impr. mars 1973 
(publié en anglais en 1897, trad. par Louis Fabulet et Charles Fountaine-Walker
publiée chez Hachette en 1903)


Capitaines courageux: si je n'ai pas relu ce livre 10 fois, alors je l'ai relu 15 (et pas forcément dans cette édition, d'ailleurs, mais parfois en vieilles éditions "pour la jeunesse" au hasard de mes séjours ici ou là...). 

Harvey, le héros "principal", est un gamin américain qui n'a pas seize ans, qui va avec sa mère en Europe (en paquebot) "achever son éducation". On apprend par les jugements d'adultes dans les toutes premières pages que celle-ci (son éducation) n'est pas vraiment commencée: Harvey n'est qu'un "fils à maman" odieux, unique rejeton d'une mère qui lui passe tous ses caprices et d'un papa occupé par ses affaires (il est multimillionnaire). Vouloir frimer avec un cigare amène notre gamin à passer par-dessus bord en pleine mer, évanoui... Il refait surface dans un doris, étendu sur un monceau de poissons. Un "doris" est une embarcation en bois à fond plat, de 5 à 6 m de long, manié à l'aviron, utilisé pour la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Celui-ci fait partie de la drome du Sommes-Ici, une goélette de soixante-dix tonneaux, port d'attache Gloucester (Massachusetts), qui vient de commencer sa campagne. Notre héros commence par exiger du capitaine Disko Troop qu'on le ramène à New-York, de manière un peu trop insistante. Mais il est hors de question de perdre la saison de pêche de tout l'équipage (ils ont 30 tonnes de sel à utiliser pour saler le poisson frais) pour un gamin tombé à l'eau et bien incapable de prouver ses "200 dollars mensuels d'argent de poche". Contre-proposition (accompagnée d'une petite correction): rester à bord et participer à la campagne, payé 10 dollars et demi par mois. Harvey va rapidement "copiner" avec Dan, fils de Disko et mousse à bord, qui a son âge mais est pêcheur depuis l'enfance (il rame depuis ses 8 ans). Notre fils de milliardaire découvre le bateau, voit sa cale sombre et vide, et s'exclame: "- Mais où est le poisson? - Dans la mer, dit-on; dans les bateaux, souhaite-t-on, répliqua Dan, citant un vieux proverbe de pêcheur." Le Sommes-Ici navigue jour après jour sur les Bancs de Terre-Neuve, à la recherche des bancs de morue. Le gros de la pêche se fait à bord des doris, montés en général par l'un des cinq marins-pêcheurs (dont chacun a droit à une "part" sur le résultat final de la campagne), tandis que les mousses iront à l'occasion pêcher à deux dans le doris de Dan. Outre Disko, le navire compte encore un cuisinier (capable aussi de manier l'aviron). Les morues sont pêchées une par une au "trawl" (ligne de fond garnie d'hameçons eux-mêmes garnis de "boëtte" [appât]) - une journée de labeur peut en ramener 231 pour l'un, 41 pour un autre plus maladroit. Mais tel qui vaut peu à la pêche sera plus efficace pour passer du poisson frais à la morue décapitée, éviscérée, applatie, prête à être entassée et "salée" dans la cale, jour après jour. Bref, par les mains et les yeux d'Harvey, nous avons un magnifique apprentissage du travail et de la vie rude des "Terre-neuvas" durant les trois mois d'une campagne de pêche (se lever, pêcher, préparer le poisson, manger, dormir, être de quart, apprendre à naviguer entretemps...) en compagnie de toute une flottille de goëlettes, de ses joies, de ses drames aussi. Disko étant le meilleur capitaine ("quand Disko pensait morue, il pensait en morue; et grâce à un mélange d'instinct et d'expérience depuis longtemps éprouvés, promenait le Sommes-Ici de mouillage en mouillage, toujours avec le poisson, comme un joueur d'échecs aux yeux bandés joue sur l'échiquier qu'il ne voit pas", p.110), le Sommes-Ici est le premier à regagner Gloucester, cales pleines (p.180): sa cargaison entière (865 quintaux de morue) vaut 3 676,25 dollars (soit 138 000 dollars de 2024, si je me fie à un calculateur d'inflation?). 

Sitôt prévenus (par un télégramme), Harvey Cheyne père et son épouse "accourent" de San Diego (Californie) jusqu'à Albany (capitale de l'Etat de New York), en passant par Chicago (Illinois), soit peut-être 4000 km en train (?), en 87 h 35 minutes. Cette traversée jusqu'aux retrouvailles (p.195) est un grand moment du livre. Magnat (entre autres) du chemin de fer, Cheyne est un homme richissime avec 30 millions de dollars (ce qui correspondrait à 1,129 milliard de dollars ou plus d'un milliard d'euros aujourd'hui). Mais il sait que lui avoir permis de renouer avec un (jeune) homme, en lieu et place d'un garnement, est inestimable. Dan et Harvey (junior) se retrouveront quelques années plus tard, en conclusion du livre, toujours pour chérir la mer.

Du grand Kipling - ou de la grande traduction. C'est vrai que, lisant et relisant la même depuis un demi-siècle, j'aurais sans doute du mal avec une autre, et je suis incapable de lire le texte original... Ce qui soulève (ou laisse pendante) la question de la traduction. Mais ceci est une autre histoire. 

Voir (entre autres) les billets de Shangols, Nath (blog page à page, dernier billet en 2022). Sélénie parle du film de 1937, que je n'ai encore jamais vu.

*

*          *

Pour retrouver la morue dans le deuxième roman que je vous présente dans ce billet, nous sautons par-dessus quelques décennies et une guerre mondiale (même si Kipling était toujours vivant lors de sa publication). Roger Vercel a publié Au large de l'Eden en 1932, c'était son troisième livre. 

Roger Vercel, Au large de l'Eden, le livre de poche N°290, impr. 4e trim. 1965, 244 p.

 

Nous sommes toujours dans une "campagne" en haute mer qui dure plusieurs mois, mais cette fois-ci le "navire-support" est nettement plus gros. L'histoire se passe dans les années 1930 (largement après la guerre de 14-18 en tout cas). Deux armateurs de Boulogne ont transformé deux cargos pour la grande pêche, afin de les envoyer chercher la morue au Groënland, au mois de juin (le retour est prévu à la fin de l'été...). "On croyait, en effet, que la morue, écoeurée par les eaux tièdes de Terre-Neuve, s'était enfuie vers le pôle et qu'on la rencontrerait abondante dans le détroit de Davis" (p.5). Ils ont cassé leur tirelire: l'armement de chaque navire représente un investissement de 3 millions de francs de l'époque (tout compris). Je vous laisse calculer ce que cela représente en euros de 2024... Il va falloir en ramener, du poisson!

Pourquoi "au large de l'Eden"? Parce que le Danemark contrôle le Groenland et en interdit absolument, depuis 50 ans à ce moment-là, non seulement l'accostage, mais aussi la pêche dans les eaux territoriales [3 milles des côtes, à l'époque], officiellement pour le bien des Inuits (des "Esquimaux", comme on disait alors). A y pêcher, on risquait une amende de 20 000 couronnes danoises, la saisie du bâtiment, et la confiscation de la cargaison (p.114). Mais déjà, il faut s'y rendre. Ici, on ne parle plus de voiliers, mais de "vapeurs" marchant au charbon. L'un, le plus grand (le Tenax peut contenir 16 000 quintaux de poisson), est commandé par l'expérimenté capitaine Rochard (héros du livre). L'autre, le Borea (12 000 quintaux), l'est par un ancien second de celui-ci, le désormais (depuis 6 ans) capitaine Ferrier. Une fois arrivé sur son lieu de pêche (après s'être approvisionné en "boëte"[du hareng frais, et non du "bulot" pourri!] et charbon à 7 jours de navigation depuis la France, en Norvège, et en ayant évité les glaces!), chaque vapeur met à l'eau 25 doris, montés chacun par deux hommes (équipage de 80 hommes, avec les machinistes....). Certains des meilleurs pêcheurs, à Terre Neuve, rapportaient 20 000 francs d'une campagne précédemment.

Le "métier", lui, n'a guère changé: les marins sortent pêcher durant des heures (sous le soleil de minuit le cas échéant), en ramenant le doris vers le navire quand il est plein (150 morues...) avant de repartir une fois le poisson amoncelé dans la coursive. Puis le soir, travail des prises. "Le pont avant disparaissait sous des milliers de dos gris, de ventres blancs, une blancheur souple de bras gantés" (p.98): fendre le poisson, l'éviscérer, sortir le foie, faire sauter la tête, enlever l'arrête centrale (la "raquette"), gratter le sang à l'eau tiède, puis le jeter dans la cale, au saleur ("aujourd'hui, [pris] 6000 morues, 45 quintaux au mille", p.99). Si le travail de la pêche est peu ou prou le même qu'à Terre-Neuve, les hommes sont par contre mieux nourris et mieux logés, la vie à bord est moins différente, avec davantage de temps d'inaction. Tous ne supportent pas ces conditions: on verra au fil des pages un boulanger malade du mal de mer, un suicidaire, un parfait salaud qui "pourrit" l'équipage... Au capitaine tous les soucis: ceux du gros temps qui interdit la pêche, des jours qui passent, de la morue absente... au large, de l'équipage envers lequel il faut marquer son autorité (vous ne sortez pas pêcher? Vous vous contentez du biscuit et de l'eau! "tandis que la cambuse s'ouvrait pour l'équipe du bord, chauffaudiers, novices, saleur qui emportaient la nation habituelle", p.224). Le Groënland étant terre interdite, c'est un navire ravitailleur qui, à mi-campagne, amène de France le ravitaillement en charbon et même en eau douce, et du courrier. Bien évidemment, entre problèmes humains et aléas, tout ne se passera pas comme prévu. Le navire devait quitter les lieux début septembre, mais le 12 octobre, il reste encore à bord du Tenax 20 tonnes de sel, de quoi saler 500 quintaux pour finir de remplir la cale (p.228)...

Parmi les sept ou huit ouvrages de Roger Vercel que je possède, j'ai relu moins souvent celui-ci que Capitaine Conan ou la trilogie de La fosse aux vents (Ceux de la Galatée, La peau du diable, Atalante). Concernant cette trilogie, qui parle de la fin de la marine à voile et des "cap-horniers", j'en tirerai peut-être encore un billet avant la fin de l'année. [chroniqué le 19/10/2024].

Ces deux livres peuvent s'inscrire à trois challenges: "Book Trip en mer" chez Fanja, "Monde ouvrier et monde du travail" chez Ingannmic, et "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie. 

Je tiens à préciser que c'est contre l'avis de dasola que j'ai décidé de rédiger un seul long billet au lieu de deux plus courts. 

(1) Pour répondre à la question précise de Luocine ci-dessous, je n'avais pas encore 10 ans quand j'ai lu Capitaines courageux pour la première fois.

21 juillet 2025

Balanegra - Marto Pariente

J'ai été ravie de découvrir une nouvelle voix du polar venue de la péninsule ibérique: Marto Pariente, né en 1980, ancien membre de la Guardia Civil. Ses deux romans parus en français et lus l'un après l'autre sont de grandes réussites. Il y avait longtemps que je n'avais pas apprécié autant une lecture de ce genre.

J'ai commencé par le deuxième paru, Balanegra (Série noire, Gallimard, 216 pages) paru en 2025 et emprunté en bibliothèque. Je l'ai lu en une après-midi. Coveiro, un ancien tueur à gages âgé d'environ soixante ans, est devenu fossoyeur à Balanegra en remplaçant son frère Richi qui s'est suicidé quelques années auparavant. Richi était veuf mais il était père d'un garçon autiste prénommé Marco. Dans cette petite ville de Balanegra, il se passe des choses pas banales, dont l'enterrement d'un politicien accusé de pédophilie et mort subitement d'une crise cardiaque lors d'une instruction judiciaire. Pourquoi "pas banales"? Parce qu'il se trouve que Leonardo de Miguel (le mort) est le fils de Rubi de Miguel, la patronne de Carbac, le plus gros acteur de l'industrie de la viande en Espagne. Un enchainement de morts s'ensuit car l'info sur le mort pédophile fuite et c'est inconcevable pour la mère qui a le bras très long. Elle fait engager un certain "Duc" qui va faire le "ménage". Un avocat, un policier et quelques autres plus ou moins proches de l'affaire vont connaître une mort violente. Ce "Duc" a des tueurs a sa solde, le couple Bobby, un homme et une femme. Et Coveiro, me demandez-vous? Et bien Coveiro (ce surnom vient du fait qu'il tient à enterrer lui-même ses victimes) est témoin, une nuit, de l'enlèvement de son neveu Marco qui, comme à son habitude après un enterrement, restait planté devant la tombe fraîche. Coveiro voit l'enlèvement de loin mais il trouve vite les auteurs de ce méfait. Ça fait mal pour ceux qui se trouvent sur son chemin. Comme ce sont les "méchants" (à quelques exceptions près) qui disparaissent, on pardonne à Coveiro, très attaché à son neveu. Il y a beaucoup d'empathie pour certains personnages de la part de Marto Pariente et il y a de l'humour noir. Je ne vous raconte pas tout de cette histoire qui va vite grâce à des chapitres courts de trois ou quatre pages avec des flash-backs. Lire les billets de Pierre Faverolle, La petite souris, Clete et Jean-Marc Laherrère.

Dans un prochain billet, je parlerai de La sagesse de l'idiot. 

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