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31 août 2022

Les roses de la nuit - Arnaldur Indriðason

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Grâce à Kathel (dont le billet renvoie à d'autres liens), je me suis rendu compte que je n'avais pas lu Les roses de la nuit (Points Seuil, 283 pages) d'Arnaldur Indriðason avec Erlendur. Une lacune de ma part que je viens de réparer. Et bien cette enquête avec Erlendur et ses deux adjoints m'a plu grâce à une intrigue bien menée. A Reykjavik, le corps d'une jeune fille, dont on connaîtra l'identité assez tard dans l'histoire, est retrouvé sur la tombe d'un homme célèbre, Jon Sigurdssonle, héraut de l'indépendance islandaise. Anna Birta, la victime, était une jeune fille paumée et droguée. Elle se livrait aussi à la prostitution. Erlendur et son équipe découvrent qu'elle venait des fjords de l'ouest tout comme Sigurdsson. Pour en venir à Erlendur, il est divorcé depuis longtemps et a des rapports houleux avec ses deux enfants, Eva Lind et Sindri. La première se drogue et le deuxième est alcoolique, et l'ex-femme d'Erlendur a des sentiments haineux envers son ex-mari. Malgré tout, Erlendur veut absolument savoir qui est le meurtrier et pourquoi Birta a été tuée. A partir de là, l'affaire prend une tournure plus sociale et politique. Arnaldur Indriðason aborde la question des quotas de pêche, de l'émigration, de la désertification de certaines parties de l'Islande à cause du chômage. Les émigrants doivent trouver à se reloger dans une ville comme Reykjavik. D'où le fait que l'on apprend que ceux qui rachètent les quotas de pêche et les promoteurs de logements sont les mêmes personnes. Et Birta dans tout ça? Je vous laisse découvrir la relation entre ce qui lui est arrivé et le reste. J'ai trouvé l'histoire passionnante avec des personnages comme Jonas auquel on s'attache. Je conseille ce roman qui se lit très vite. 

7 septembre 2022

Au diable vauvert - Maryse Wolinski

Ce mois-ci, dans le cadre de mes "hommages du 7", c'est un simple roman que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais commenter. Mais bon, pas n'importe quel roman, puisqu'il s'agit du premier publié par Maryse Wolinski. Cela fait aujourd'hui presque un an que la veuve de Georges est décédée. J'ai trouvé ce livre d'occasion il y a quelques semaines, mais je vais ci-dessous me cantonner à une chronique littéraire "classique". 

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Le dessin de couverture, non signé, est bien sûr de Georges, pour l'édition en "poche" (J'ai lu N°2560, mars 1989) du 1er roman de Maryse (Flammarion, 1988, pour la 1ère édition). Mon exemplaire avait été acheté en octobre 1989 par son ou sa premier(e) propriétaire...

La première partie commence par l'exposition des personnages, autour de la famille Sainte-Lagüe, dans l'après-guerre de 1940-44. Ida se trouve être la mère de famille. Anna, sa fille, l'héroïne principale, a 5 ans au début du récit, lorsque naissent ses deux frères jumeaux Antoine et Amaury. Etienne Sainte-Lagüe, le père, représente une sorte de hobereau local. Parmi l'entourage de la famille, on trouve encore Clémence, la grosse cousine (secrètement amoureuse du père), Fernand, le fermier, et Raymond son fils, de 4 ans plus âgé qu'Anna, et enfin Estrella, la belle Andalouse, mère d'Inès (sa seconde fille), une des maîtresses d'Etienne, devenue fille-mère (de Violetta).

A l'occasion de la naissance des jumeaux, Etienne décide de racheter le château local (en ruine), Seyrac-de-Haut qui surplombe le village et la Baise, rivière capricieuse. Ah, et le Diable vauvert, me direz-vous? Il s'agit d'une bâtisse abandonnée dépendant du château, que découvre à 5 ans Anna lorsque la famille s'installe dans celui-ci. Et voilà le décor planté pour une tragédie clanique. A 10 ans, Anna ne supporte pas d'entendre dire que ce sont ses frères qui reprendront les vignes familiales (p.34). Anna a les mêmes yeux vairons que sa tante maternelle décédée. Sa seule amie est Elisa, le même âge qu'elle, fille d'une voisine. Dès ses 16 ans, pour sa part, Raymond a déjà tous les vices (il boit, notamment)... 

La deuxième partie, la plus longue, reprend l'histoire lorsque, à 22 ans, diplôme de l'Ecole d'agriculture de Bordeaux en poche (elle y a passé 3 ans en internat [?]), Anna revient sur le domaine (p.60). Elle doit épouser un étudiant en droit, Philippe, fils des plus importants viticulteurs de la région. Et, le lendemain de son retour, encore un drame: une sale affaire, dans laquelle les coupables seront finalement... ses frères. Verdict: cinq ans de prison, dont un avec sursis. Alors qu'Anna avait pris fait et cause pour la victime, ses beaux-parents potentiels, eux, conseillaient de "ne pas rompre la loi du silence" (p.116). 

Dans la troisième partie, quelques années plus tard, Anna a fini par épouser Jules, le maire dilettante, malgré ses quelques années de plus qu'elle, et a pris en main en son nom la coopératve viticole, les affaires de la commune... Mais survient la mort du père, avant celle du mari (un accident de voiture, avec le volant pris un peu trop imbibé...).

Maintenant que j'ai raconté une partie de l'histoire (qui s'étend sur plus de 200 pages, je le rappelle), quel est mon sentiment sur ce livre? Je dirai que sa lecture n'est pas forcément faite pour apaiser l'esprit. Bien sûr, ces histoires d'enfants et d'enfance ne comprennent ni vampires, ni zombies, ni magie, ni superpouvoirs ou technologies surpuissantes... Rien que du naturel! On n'est pas vraiment non plus dans de la "Chick Litt" (si ce n'est que l'héroïne dévoile au fil des ans des talents d'entrepreneuse et de politicienne). Mais les péripéties sont noires, ou plutôt sanglantes.

Quelles autres oeuvres puis-je évoquer sur le thème de l'enfant mal aimé par sa mère? Je pourrais l'inscrire dans la lignée d'autres livres que j'ai lus jadis: Poil de Carotte, de Jules Renard, Vipère au poing, d'Hervé Bazin. Dans Malevil de Robert Merle, le schéma initial est inversé: ce sont les deux soeurs qui sont préférées au garçon... Et n'oublions pas le sort pas très enviable des gamines campagnardes tel que dépeint par Colette dans Claudine à l'école (paru en 1900!) [chroniqué le 26/07/2023].

Vu l'ancienneté du livre Au diable vauvert, en cherchant sur internet, j'ai seulement trouvé un article universitaire, datant de 2014, de Lori Saint-Martin, enseignante canadienne à l'Université du Québec à Montréal et spécialiste des études féministes en littérature. 

Le site personnel (officiel) de Maryse Wolinski est toujours en ligne (avec un nom de domaine personnalisé). Il n'a pas été mis à jour après son décès, je suppose qu'Elsa n'en a pas les codes (ou bien aura souhaité le conserver "tel quel"?). La fiche du roman Au diable vauvert y permet de se le procurer en ligne.

*** Je suis Charlie ***

7 août 2022

C'était Calais - Hors-série Charlie Hebdo, décembre 2016 / janvier 2017 - Coco & Foolz

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente dans le cadre de mes "hommages du 7" touchant Charlie Hebdo un "Hos-série" sans beaucoup de rapport avec l'actualité. 

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 C'était Calais, novembre 2016, 48 pages, 6 euros

Ce Hors-série fait partie d'un lot que j'ai acheté il y a quelques mois (fin 2021 / début 2022...), 5 ans après sa parution, donc. Au moment où la France est en vacances, je me suis dit que je pourrais rappeler a contrario que la vie dans un département au bord de la mer n'est pas charmante pour tous tout le temps.

P1150429L'édito signé Riss, p.3, explique ce reportage et ce "hors-série comme destinés à "prendre date". C'est au moment où il était question de démanteler la "jungle" de Calais que Coco et Foolz, deux des dessinateurs de Charlie Hebdo, ont effectué ce "reportage dessiné". Pour rappel, des migrants venus de nombreux pays, souvent de religion musulmane, toujours pauvres, et souvent en proie à la guerre civile, ne rêvent que de passer en Angleterre pour y trouver de meilleures conditions de vie que celles qu'ils peuvent espérer chez eux, et pouvoir, éventuellement, soutenir leur famille restée au pays, qui s'est souvent saignée aux quatre veines, pour les envoyer vers le mirage occidental - je résume. A part la page signée Riss, il n'y a rien d'autre à lire que les légendes des dessins (qui contextualisent), ou leurs "récitatifs"", qui donnent un peu plus de détails... Tout y est dit, si l'on prend la peine de lire chaque mot.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire au vu du titre, ce reportage ne couvre pas seulement Calais, mais aussi Grande-Synthe (dans le Nord). Au fil des pages, nos reporters dessinent des tentes, des cabanes, des migrants, des boutiques de bric et de broc, la gadoue, la police, les bulldozers qui "démantèlent", des bénévoles, des vigiles, des voisins... Il faut regarder chaque détail, lire chaque mot gardé pour la bonne bouche...

Nous n'avons que les seuls dessins, et aucun contexte sur le "comment" ou le "pourqoi"du reportage, pas "d'histoire": quelles ont été exactement les dates du reportage? Qui en a eu l'idée ou l'initiative? Pourquoi, comment, en fait? Je regrette donc un peu le manque (à mon avis) d'analyses, de QQQOCP,... et de solutions. Je suppose que c'est parce qu'il n'en existe aucune, absolument aucune. Les flux de ces "migrants" en transit ne tarissent pas. Six ou sept ans après, il y en a toujours qui cherchent à passer en Angleterre, malgré le "Brexit" et autres changements politico-sociologiques. Sur les embarcations de fortune fournies par les passeurs, certains se noient, dans l'indifférence générale. Et le "pire" est certainement devant nous en terme de nombre de personnes concernées.

De mon côté, je n'ai guère réussi à choisir de montrer d'autres dessins. C'est difficile de résumer une synthèse: on ne peut guère "comprimer" davantage, il faudrait faire des choix, je préfère suggérer à mes lecteurs intéressés par le sujet d'investir eux-mêmes dans l'acquisition de cet ouvrage. Ce que l'on peut trouver déprimant, c'est qu'il n'y a pas de perspective. Les migrants arrivent, seuls ou parfois en famille, traversent pour certains, cependant que bénévoles et associations, inlassablement, essaient d'alléger la misère et d'améliorer les conditions de vie, dans le provisoire et un perpétuel recommencement... tandis que les pouvoirs publics, eux, cherchent à rendre "la vie dure" à tous ces "indésirables" pour à la fois respecter les obligations internationales (vis-à-vis de l'Angleterre) et éviter un "appel d'air" craint comme la peste.

Pour qui prend la peine de "suivre" un peu ce sujet, ce HS qui date déjà d'il y a quelques années recoupe d'autres articles que la presse évoque de temps en temps, à l'occasion (quand elle n'a pas d'autres sujets à aborder...), sur le "business" que représente l'activité pour les réseaux de "passeurs" organisés en mafia. Souvent, à mon avis, ces articles paraissent dans une visée "utilitariste", sont destinés à mettre en évidence l'absence de moyens de tels ou tels intervenants, lorsqu'il s'agit de sanctuariser un budget, ou d'essayer d'obtenir davantage de moyens, au moment d'arbitrages budgétaires... 

Ce hors-série est toujours en vente (6 euros) sur la boutique, mais sans que sa fiche comporte davantage d'explications.

Pour ma part, j'avais déjà abordé ce thème quelques années avant (décembre 2014) en évoquant le livre La jungle, un reportage photo de Jérôme Erquer sur le même thème.

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Dasola m'a offert un album récemment sorti qui reprend une quinzaine de dessins de Cabu publiés dans Le nouveau Candide en 1967 pour illustrer des articles sur la rafle du Vel d'Hiv. J'en parlerai un prochain mois.

*** je suis Charlie *** 

12 juillet 2022

L'affaire Lerouge - Emile Gaboriau

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C'est allant d'un blog à l'autre que j'avais noté chez une blogueuse le fait qu'elle chroniquait des polars "classiques". Et cela a été l'occasion pour moi de lire un deuxième roman d'Emile Gaboriau (1832-1873) - je n'avais pas chroniqué le premier. L'Affaire Lerouge (Edition France Loisirs, 455 pages) débute en mars 1862. Une femme, Claudine Lerouge, est retrouvée assassinée dans son pavillon dans le hameau de la Jonchère qui dépend de Bougival, à l'ouest de Paris. La victime n'avait semble-t-il pas d'ennemis. Ce n'est pas un crime crapuleux car des pièces d'or sont retrouvées dans un tiroir d'un meuble. Un juge d'instruction appelé Daburon est chargé de l'instruction de l'affaire. L'enquête elle-même est menée par un homme appelé Tabaret, dit "Tirauclair", que connaît l'inspecteur Lecoq (personnage que l'on retrouve dans d'autres romans de Gaboriau). Tabaret, après quelques investigation, est sûr que l'assassin (homme ou femme) est jeune. Je ne vous dirai rien de plus de l'histoire qui est racontée en détail sur W.K.pedia. Je veux seulement donner quelques-unes des mes impressions. J'ai trouvé que l'histoire se traînait un peu en longueur. J'ai mis du temps à lire ce roman. Il faut dire que l'Affaire Lerouge a d'abord été publié en feuilleton. L'histoire est tirée d'un fait divers qui s'est passé à la même époque, sous le Second Empire. On n'y parle pas du tout de politique, mais dans l'épilogue il est question d'abolition de la peine de mort. Car on a été à deux doigts de l'erreur judiciaire. L'intrigue est concentrée sur une dizaine de personnages de toutes conditions sociales. Un roman que j'ai été contente d'avoir lu.

14 août 2022

Les filles qui mentent - Eva Björg Ægisdóttir

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Les filles qui mentent (Editions de la Martinière, 413 pages) est le deuxième roman de l'écrivaine islandaise Eva Björg Ægisdóttir traduit en français (le premier était Elma, que je n'ai pas encore lu). Le cadavre d'une femme est retrouvé dans un champ de lave. On l'identifie assez vite. Elle s'appelait Marianna Thorsdottir, elle avait trente et un ans et était mère célibataire d'une fille de 14 ans, Hekla. Marianna avait disparu depuis plus de six mois. Elma, une inspectrice de police, est chargée de l'enquête avec son équipe. A la suite de l'autopsie du corps, il s'avère que la victime a été assassinée alors que l'on pensait qu'elle s'était suicidée. On sait qu'elle n'est pas morte là où on l'a retrouvée. L'histoire se passe dans l'ouest de l'Islande entre Sandgerdi, Akranes, Borganes, Bifrost et le volcan Grabrok. J'ai trouvé ce roman haletant car il réserve beaucoup de surprises et de révélations dont la principale (p.294) que je n'avais pas vu venir. Un personnage dont je vous laisse découvrir l'identité raconte de manière chronologique sa vie depuis la naissance de sa fille, quatorze ans auparavant. En ce qui concerne le titre du roman ("Les filles qui mentent"), il en est pas mal question vers la fin du roman. Ce livre est vraiment très bien construit et le suspense nous tient en haleine jusqu'au bout. Une nouvelle romancière islandaise à suivre.

7 mai 2022

Exposition "Tignous Forever" à Montreuil (avril-mai 2022)

C'est une information entendue sur France Inter la semaine dernière par dasola qui l'a amenée à me signaler cette exposition Tignous Forever. Du coup, je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) suis passé il y a quelques jours au Centre Tignous d'art contemporain, à Montreuil (93100).

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Deux affiches obtenues via l'accueil de l'exposition

Tignous ("petite teigne"), c'était le surnom affectueux donné par sa grand-mère à un enfant avant qu'il ne devienne un dessinateur connu, comme le rappelle l'un des panneaux explicatifs de cette exposition. Chloé Verlhac, la veuve de Tignous (dont le vrai nom était Bernard Verlhac) est la commissaire de l'exposition, qui a débuté le 21 avril et dure jusqu'au 21 mai 2022 (accès gratuit). Qu'y trouve-t-on?

Des dessins, beaucoup de dessins (je ne les ai pas comptés!), souvent petits, parfois sous verre, classés par thèmes. Ceux qui connaissent déjà l'oeuvre de Tignous peuvent y reconnaître certains dessins déjà vus ou parus dans Ni dieu ni eux ou dans Comment rater ses vacances, entre bien d'autres. Mais l'exposition propose également des témoignages d'autres dessinateurs, dont certains qui avaient bénéficié des conseils de Tignous à leurs débuts (Catherine, Aurel, ...). Les salles enchevêtrées offrent bien des murs servant de supports.

Sur un écran mural passe une interview par des étudiants (si j'ai bien compris les quelques minutes où je m'y suis arrêté?), sur un autre écran, la série de dessins animés des pandas de Tignous (série dérivée de Pandas dans la brume). Dans un recoin, on trouve aussi des photos panoramiques de son atelier, pendant que la voix de Chloé Verlhac évoque la manière dont elle a dû annoncer la mort de leur père à ses enfants, après son assassinat à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

Après avoir demandé l'autorisation, j'ai pris quelques photos (pas assez, selon dasola).  

P1010585 La photocopieuse... comme instrument de travail dans l'atelier?

P1010595 Tignous interviewé... (en vrai, il parle et il bouge!)

P1010594 Une des salles en perspective  P1010593

P1010592 Dessin en noir et blanc, puis couleurs aquarelle (sur une photocopie en papier cartonné)

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Même avec l'aide de l'accueil sur place, je n'ai pas trouvé dans les accrochages un dessin figurant dans le catalogue de l'exposition (ci-dessous): aurait-il risqué de heurter certaines sensibilités?

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Pour visiter à votre tour l'exposition, vous trouverez les informations pratiques sur le site du Centre (adresse, horaire). Voici aussi le lien vers le catalogue de l'exposition (ses 24 pages sont aussi disponible sur place en version imprimée gratuite). Le programme des animations annonce, entre autres choses intéressantes, une visite commentée par Chloé Verlhac samedi 14 mai 2022 à 17 h, suivie d'une séance de dédicace et vente de dessins de Tignous. Je tâcherai de m'y rendre. 

Pour finir, je vais citer les derniers mots du catalogue, signés Chloé Verlhac: "Lorsqu'ils sont entrés le 7 janvier, Tignous demandait à la cantonade: «Quelle est notre part de responsabilité dans la souffrance de ces jeunes qui partent faire le djihad et pour qu'ils en arrivent là?»... Ils ont tué un mec bien. Donner à voir ses dessins est notre plus belle revanche. L'intelligence contre la connerie, le rire contre l'obscurantisme et la vie plus forte que la mort. Nous te continuons. Nous te continuerons."

*** Je suis Charlie ***

16 juin 2022

Le bureau des affaires occultes - Eric Fouassier / Disparition d'Avraham Yehoshua (1936-2022)

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Avant de partir en Sicile, j'ai lu avec plaisir Le bureau des affaires occultes d'Eric Fouassier (Le Livre de Poche, 431 pages). Cette histoire policière se passe à Paris en 1830, à l'avènement de Louis Philippe, roi des Français. Valentin Verne, un jeune inspecteur de police féru de médecine et de chimie, est appelé sur le lieu d'une mort suspecte. Lucien Dauvergne, l'héritier d'une riche famille, devait se fiancer et puis épouser une jeune fille de dix-sept ans, riche héritière elle aussi. Lucien aspirait à être poète plutôt que de s'occuper de la bonne marche d'une manufacture. Lucien, après s'être regardé dans un miroir, se jette par une fenêtre donnant sur la cour de l'hôtel particulier où il vivait avec ses parents. Cette mort est inexplicable car Lucien n'était pas suicidaire. La soeur du mort demande à Valentin de mener son enquête dans les milieux républicains. Il était membre d'une confrérie secrète dont faisait aussi partie Evariste Galois. Valentin va être aidé dans son entreprise par une actrice qui tombe sous le charme de l'inspecteur. François Vidocq, encore en activité dans le secteur privé, se sert de son réseau de renseignements pour donner des infos à Valentin. Ce dernier est un policier solitaire dont on découvre l'enfance mouvementée à cause d'un criminel nommé le Vicaire que Valentin n'a de cesse de traquer. Le roman s'achève en point d'interrogation: Valentin va-t-il trouver le Vicaire? Je me suis procurée le deuxième tome. Je n'ai plus qu'à le lire.

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Je profite de ce billet pour rendre hommage à Avraham Yehosha, un écrivain israélien que j'avais découvert il y a presque 20 ans avec La mariée libérée (2001), très bien. Depuis, j'avais lu Un feu amical (2008) et Le Directeur des Ressources Humaines (2005). C'était un contemporain d'Amos Oz dont il était proche. 

7 juin 2022

Bonne fête Nicolas - Catherine, Cabu, Charb, Jul, Luz, Riss, Tignous, Wolinski

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) sors ce mois-ci de ma besace un petit bouquin plutôt politique... datant d'il y a déjà trois législatures. Rappelons, pour ceux qui ont voté pour la première fois en 2022 (aux Présidentielles), qu'en 2007 Nicolas Sarkozy (UMP) avait gagné contre Ségolène Royal (PS). Je ne sais pas si, lorsque en février 2007 il avait soutenu Charlie Hebdo dans le procès concernant la publication des "caricatures" (comme évoqué ici), il s'attendait à avoir les honneurs, à peine 9 mois après, une fois devenu Président, d'un recueil constitué d'une sélection gratinée des dessins satiriques le visant.

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Ce recueil de dessins, Bonne fête Nicolas, a donc été publié en novembre 2007 (il y a un peu moins de 15 ans / trois quinquennats). Comme le dit la page de garde, "les dessins rassemblés dans cet ouvrage ont été majoritairement publiés dans Charlie Hebdo, ainsi que dans Le Canard enchaîné et Le Journal du Dimanche."

Il ne comporte aucune pagination, mais j'ai compté (à la main!) 126 pages, et au moins autant de dessins: si certains "bandes dessinées" en occupent deux ou trois, plus nombreuses (9) sont les pages à contenir deux dessins, parfois de deux dessinateurs différents. Je vous ai mis ci-dessous certains de ceux qui me font le plus rigoler. J'ai aussi assouvi encore une fois ma manie de compter les dessins, et j'en ai trouvé 26 de Charb, 23 de Jul, 18 de Luz, 17 de Catherine, 14 de Riss et autant de Tignous, 12 de Cabu et 4 de Wolinski (avec toujours le biais que le style de Wolinski comporte surtout des "planches" composées de plusieurs vignettes avec un texte abondant). Je suppose qu'il s'agissait d'un recueil sans autre prétention que de faire rire, et pas forcément de prendre date pour être relu encore quinze ans après? 

Comme promis, voici quelques dessins savoureux (à mon avis). Je pensais à un échantillonnage d'au moins 8 dessins (un de chacun), mais je m'aperçois que certains auteurs me font davantage rire que d'autres. Peut-être que ça en dit davantage sur mon humour à moi que sur celui de chacun de nos huit dessinateurs?

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Aujourd'hui, seul Riss est toujours à Charlie Hebdo. Catherine et Luz ont quitté le journal en 2015, après l'attentat du 7 janvier lors duquel Cabu, Charb, Tignous et Wolinski (entre autres) ont été assassinés. Quant à Jul, il ne travaillait plus pour l'hebdomadaire depuis 2010 (ou environ). Il trace aujourd'hui son sillon dans des contes et récits d'une mythologie grecque ou d'une préhistoire aux saveurs contemporaines, via deux célèbres séries BD déclinées en dessins animés télévisés.

Enfin, en cette année 2022, récemment, j'avoue ne pas avoir pu m'empêcher de ricaner quand la presse a annoncé que Valérie Pécresse avait refusé le don de 2000 euros fait par Nicolas Sartkozy pour combler le déficit dû au fait qu'elle n'a pas atteint les 5% des voix à la présidentielle. Ces gens-là s'adorent, messieurs-dames!

*** Je suis Charlie ***

10 juin 2022

L'île du Docteur Moreau - Don Taylor (film) / H. G. Wells (livre)

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Deux média pour une oeuvre: je (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) continue notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline) avec un roman d'H. G. Wells, et l'une de ses adaptations au cinéma. Ce billet comptera aussi pour le Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Blandine et Nathalie) et le "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque).

J'ai visionné récemment avec dasola, en DVD, le film L'Ile du Docteur Moreau de Don Taylor (1977). Depuis le début du Mois Wells, j'ai reparcouru la plupart des livres de poche d'H. G. Wells que je possédais de longue date. D'où ce petit billet pour présenter l'adaptation et mettre en évidence les différences avec l'oeuvre originale.

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Le DVD à gauche, le livre de poche à droite... 

P1150315Images de mer lorsque le film commence. Trois hommes dans un bateau (une barque), semblant mal en point (soif, faim, épuisement...). Deux finissent par accoster une île providentielle et se traîner sur le rivage. Le plus valide des naufragés (joué par Michael York) a le tort de quitter l'autre pour s'enfoncer dans la jungle. Car manifestement, cette île mystérieuse n'est pas déserte, même si elle ne contient pas le château du Comte Zaroff. Après une course dans la jungle, poursuivi par des ombres qu'on devine menaçantes, et une chute dans un piège, notre héros se réveille dans un lit douillet. Son infortuné compagnon est mort et enterré, lui dit-on. Ses hôtes? Un homme à tout faire alcoolique, le fameux Docteur Moreau (Burt Lancaster), une ravissante jeune femme, et quelques serviteurs indigènes et muets. La maison (en bois) est entourée d'une haute palissade, et il est déconseillé de se rendre dans la forêt... Mais les interdictions sont faites pour être contournées, n'est-ce pas (et les lois pour être violées...).

Le docteur Moreau possède une vaste bibliothèque, et toute une ménagerie. Mais il ne convainc pas notre naufragé d'adhérer à ses expériences après lui avoir exposé ses théories. Alors, si ce n'est de bon gré, ce sera donc de force (avec peut-être un brin de jalousie de la part du docteur). Lorsque l'alcoolique prétend trouver la rédemption en s'opposant au docteur, mal lui en prend. Et la situation dégénère (elle aussi!)... Au final, les deux seuls rescapés (le naufragé du début, et la ravissante Eve) se retrouvent dans la même barque qu'au début. Le film se termine alors qu'un navire les a aperçus (ce qui est une fin différente de celle du roman).

Je n'ai pas (encore) découvert la version de 1932 avec Charles Laughton (il existe encore d'autres adaptations), mais peut-être que je pourrai le dénicher avant fin juillet!

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*          *

P1150314Comme je le disais plus haut, j'ai parcouru les 242 pages consacrées à L'Ile du Docteur Moreau dans le vieux Livre de poche que je possède depuis 1982 (paru en 1961, il m'avair été offert par une de mes grand-mères). Sa seconde partie, consacrée à notre Île..., couvre les pages 195 à 437. Il n'est même pas précisé qui a fait la traduction en français de cet ouvrage paru en anglais en 1896 (on a juste un copyright Mercure de France 1959). Dans le livre (question d'époque?), le fameux docteur opérait au scalpel (et non à la seringue comme dans le film). Mais commençons par le début. Dans cette version "poche", lorsqu'un navire le recueille, le naufragé est seul à bord de sa barque. Il s'agit d'un certain Edward Prendick, qui occupe ses loisirs à s'occuper d'histoire naturelle. Quant au navire (une goëlette), il est chargé de toute une ménagerie que convoie un ancien étudiant en médecine. Arrivé dans l'île sans nom qui est sa destination, le capitaine (antipathique au possible) y débarque ses passagers, y compris l'infortuné Pendrick. Le propriétaire de l'île (vieil homme aux cheveux blancs) accueille bon gré mal gré notre malheureux héros, qui s'interroge vite sur l'étrangeté des domestiques de son hôte. Entendant le nom de celui-ci (Moreau), il se souvient... d'un docteur que la presse avait voué aux gémonies à cause de ses expériences de vivisection sur des animaux. 

Le reste est assez bien repris dans le film (à l'exception notable de l'absence de personne du sexe). Une bonne petite scène quand le Docteur s'adresse au naturaliste en latin de cuisine (p.306). Ce qui est expliqué dans les pages qui suivent (je ne crois pas dévoiler un si grand secret que cela en le disant), c'est que la matière première à partir de laquelle ce Frankenstein travaille, ce sont des animaux - et non des cadavres. Sur les quelque 120 créatures plus ou moins chimériques créées en 20 ans, une soixantaine survivent quand se déroulent ces aventures. Le Docteur exerce sa domination par la terreur - et la Loi qu'il impose à coup de fouet - sur cette étrange tribu, et tout ne peut, bien entendu, que mal finir. 

Finalement, donc, seul survivant humain, Prendick quitte l'île à bord d'une barque providentielle. Trois jours plus tard, un navire le recueille et le ramène vers la civilisation - mais jamais le narrateur ne pourra oublier son séjour traumatisant de plusieurs semaines sur L'île du Docteur Moreau. 

Adlyn avait parlé du livre. Ça sent le book aussi.

Edit du 9 juillet 2022: je rajoute rétrospectivement le logo du "11e Mois anglais 2022"... qui avait lieu en juin!

7 juillet 2022

Keynes ou l'économiste citoyen - Bernard Maris

== À nos lecteurs
La mise en ligne du présent billet a été retardée par les "indisponibilités" à répétition de la plateforme Canalblog. Je ne vous cache pas que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ressens une intense frustration à l'idée de tous vos "commentaires" que vous n'avez pu déposer ces jours-ci lors d'une éventuelle tentative de passage sur le blog de dasola. Frustration d'autant plus intense que nous, blogueurs, n'y pouvons mais... alors que ne s'affiche même pas toujours le message fatidique disant: "Oups! Une erreur s'est produite. Nous en sommes avertis. Si le problème persiste, contactez notre support technique"... ==

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Bref. Depuis le 7 janvier 2015, cela fait bien le dixième livre de Bernard Maris que je chronique, dans le cadre de mes "hommages du sept". Dans celui-ci, Keynes ou l'économiste citoyen, Bernard Maris nous présentait l'un de "ses" trois grands économistes. Je cite (p.57): "S'il fallait choisir trois noms dans l'histoire de la pensée économique, indiscutablement, ce seraient Marx pour sa vision du processus d'accumulation et de crise, Walras pour avoir révélé les concepts d'interdépendance des actions et d'équilibre, Keynes pour avoir introduit le déséquilibre, la monnaie et le temps en économie (et leur corollaire: l'incertitude)."

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Presses de Sciences Po, coll. La bibliothèque du citoyen, 1999, 93 pages.

Il s'agit donc d'un livre court, mais dense. Bernard Maris commence par des éléments biographiques, pour expliquer le cheminement de Keynes (1883-1946) vers sa position de "maître à penser" (théoricien, mais aussi praticien) de l'économie telle que mise en action par le pouvoir politique (notamment pour résoudre la "crise de 1929"). Fils d'enseignants universitaires, il a d'abord été un élève brillant à Eton, puis à Cambridge où il a fréquenté un certain nombre de jeunes peintres ou écrivains (qui constitueront le "groupe de Bloomsbury"), avant d'avoir un coup de foudre, vers l'âge de 21 ans, pour une jeune discipline: l'économie.

John Maynard Keynes devient rédacteur en chef de The Economic Journal en 1911, et commence à publier différents ouvrages de théorie économique. En 1919, son pamphlet Les conséquences économiques de la paix, critique du traité de Versailles rédigée en moins de deux mois, lui valent renommée et aussi aisance financière. Les grands thèmes keynésiens sont déjà présents dans ce livre. Selon Maris, ce n'est qu'ensuite qu'il devient un théoricien dont on s'inspirera (publication de sa Théorie générale en 1936). Il est intéressant d'apprendre que Keynes revendiquait un droit pragmatique au changement: "quand les circonstances changent, je change mon point de vue" (citation p.59). Au final, Keynes avait compris que le "doux commerce" et l'enrichissement mutuel apportent la paix aux nations, cependant que la concurrence sauvage (le libéralisme...) apporte la guerre, et il était donc partisan d'une régulation de l'économie. Concernant sa place dans la "vie de la cité", Maris nous signale la "défaite" qu'ont constitué les accords de Bretton Woods où, à la solution que Keynes préconisait (un système monéraire mondial basé sur une monnaie non-nationale, le "bancor") a été préférée la solution proposée par l'Américain White, à savoir l'utilisation du dollar (en principe rattaché à l'or) comme étalon international. Keynes est mort peu après. Il est bon de savoir que notre Pierre Mendes France national (né en 1907) avait lié amitié -professionnelle- avec Keynes à cette conférence de Bretton Woods. 

Le livre est divisé en 5 chapitres et 25 sous-chapitres (inégalement répartis). Je n'ai pas pris la peine de tout retenir (voire de tout comprendre) dans ce livre (après tout, un 07 à l'écrit dans la spécialité "Sciences économiques et sociales" m'a largement suffi pour obtenir mon Bac de cette année 2022). En le lisant, j'ai eu par moments le sentiment que, tout en nous présentant sa vision de Keynes (personnalité complexe), Bernard Maris y mêlait ses propres "dadas" (la place de la psychologie humaine, sinon de la psychanalyse, dans les décisions prises par les acteurs économiques et leurs conséquences). Bernard Maris n'était pas pour rien un économiste hétérodoxe. La conclusion du livre laisse à penser que Keynes aurait pu inspirer ce que les économistes "sérieux" qualifient d'"utopie".

Je vous mets la fin d'une citation, faite par Maris, de l'essai rédigé par Keynes sur son maître Marshall (ça va, vous suivez?): "(...) le maître en économie doit posséder une rare combinaison de dons... Il doit être mathématicien, historien, homme d'Etat, philosophe à un certain niveau. Il doit comprendre les symboles et parler en mots. Il doit observer le particulier en termes généraux et toucher l'abstrait et le concret du même élan de la pensée. Il doit étudier le présent à la lumière du passé et à l'usage de l'avenir" (p.83). Et encore une autre, sous forme d'une boutade pour supprimer le chômage par le crédit et l'investissement: "si le Trésor était disposé à emplir de billets de banque de vieilles bouteilles, à les enfouir à des profondeurs convenables dans des mines désaffectées qui seraient ensuite comblées avec des détritus urbains, et à autoriser ls entreprises privées à extraire de nouveau les billets selon les principes éprouvés du laisser-faire [...] le chômage pourrait disparaître [...]. À vrai dire, il serait plus censé (sic!) de construire des maisons ou quelque chose de semblable, mais, si des difficultés politiques et pratiques s'y opposent, le moyen précédent vaut mieux que rien" (p.75). Si j'ai bien compris, la monnaie doit être employée, circuler, et non être stockée et stérilisée...

J'ignore par combien de mains l'exemplaire que je possède est passé. Le même jour, j'ai acheté (d'occasion aussi) d'autres bons titres, épaves manifestes d'une bibliothèque d'intellectuel... ou de journaliste (Arnaud Spire, qui était-ce?). En tout cas, je vous invite à lire ce court essai, écrit d'une plume brillante.

Pour finir, voici quelques liens vers des blogs ayant jadis mentionné ce livre: Bernard Ligot (dernier billet en 2007), Le blog du Shadokk (dernier billet en 2008). On en trouve aussi des citations sur divers blogs spécialisés en économie, dans des hommages très érudits rendus à Bernard Maris après janvier 2015...

Lors de mes recherches, en rebondissant sur d'autres liens, j'ai fini par tomber sur un documentaire sur Bernard Maris diffusé (le 3 janvier 2016) sur Public Sénat (une cinquantaine de minutes, un peu moins d'un an après son assassinat). Vers la 18e minute, Philippe Val (ancien dirigeant de Charlie) évoque l'origine du pseudonyme d'Oncle Bernard sous lequel Bernard Maris rédigeait ses articles. Keynes est cité peu avant la dernière minute. 

Coïncidences: hier mercredi 6 juillet 2022, Jacques Littauer, qui rédige désormais les rubriques "économiques" dans Charlie Hebdo, y citait aussi Keynes, à propos des prix de l'énergie qui devraient inciter aux économies d'énergie: "(...) les prix ne peuvent pas tout. Ou, plus exactement, comme le savent les économistes keynésiens ou marxistes, le libre ajustement entre l'offre et la demande peut conduire à des situations très douloureuses". Ce même jour, Charlie a entamé la publication d'une rubrique "Un été avec Honoré", dont le dessin ci-dessous met en scène Keynes (et Marx).

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Charlie Hebdo N°1563 du 06/07/2022 (p. 8-9).

Ça me rappelle qu'il y a trois ans, j'avais eu le culot d'écrire à Riss pour lui proposer une rubrique hebdomadaire, consistant en la "repasse" commentée du dessin d'un des "anciens" dessinateurs de Charlie Hebdo, y ayant déjà été publié dans l'une ou l'autre série du journal, mais mis en lien (anachronique) avec l'actualité de la semaine courante... Je n'ai jamais eu de réponse. 

*** Je suis Charlie ***

1 août 2022

Bilan du Mois Wells / Quelques infos à suivre sur notre covid - N°28

wells_NOIRLe "Mois Wells" (en fait, deux mois et demi de challenge!) co-organisé par Sibylline (La petite liste) pour la partie livres, et par moi-même (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) pour les adaptations en films ou BD, s'est terminé hier. Je vais me permettre d'en tirer un petit bilan organisé par blogueur ou blogueuse, là où Sibylline tenait à jour les participations oeuvre par oeuvre et en prenant en compte seulement les participations (billets) qui avaient à la fois mentionné le logo du challenge et pris la peine de l'avertir personnellement de leur contribution, en plus, bien entendu, d'avoir été rédigées sur la période concernée par le challenge.

Sujet de satisfaction: Sibylline et moi avons bien élargi le champ des oeuvres découvertes, largement au-delà des six plus connues. Au total, entre livres, nouvelles, articles, biographies, suites, films, BD, ... c'est près d'une trentaine d'ouvrages différents qui ont été chroniqués par au moins un et jusqu'à cinq participant(e)s au Challenge. Et, en comptant un peu plus large que Sibylline, je totalise plus d'une dizaine de rédacteurs-trices de billet pouvant compter comme ayant participé à notre Mois. 

C'est à la fois beaucoup... et peu. Nombre de commentaires sous les billets témoignent d'un intérêt pour les chroniques, mais excluent d'en rédiger. Est-ce la période estivale (un moment où beaucoup de blogs prennent une pause, éventuellement parce que nos lectrices se consacrent plutôt à leurs petits-enfants ou plus largement à leur famille ou aux vacances)? Je pense avoir éprouvé des difficultés à convaincre des lectrices plutôt jeunes et spécialisées dans la "littérature de l'imaginaire" de participer - ou bien, déjà, à leur faire passer l'information. J'ai eu beau tenter de mettre moult commentaires incitant à participer, j'ai l'impression que leurs "petits cercles" sont très fermés, avec des réglages de plateformes qui rejettent ou placent en SPAM les commentateurs/trices non expresséments agréés (plutôt dans une logique de "réseaux sociaux" que de blogs?)? Et c'est vrai que je n'étais le plus souvent guère en mesure d'émettre des commentaires pertinents sur la plupart de leurs lectures.

J'ai aussi l'impression que le fait qu'il n'y ait pas eu d'"actualité Wells" (film, série, nouvelle édition...) sur la période envisagée n'a pas dû contribuer à faire venir d'autres lectrices que celles qui considèrent qu'elles peuvent lire n'importe quel livre n'importe quand, de manière totalement déconnectée de l'actualité (plutôt que "le" livre que "tout le monde", en même temps, "doit" lire). Il n'y a pas eu non plus de synergie, comme je l'aurais espéré, avec le "mois anglais" organisé par quelques blogueuses (pour une quarantaine de participant(e)s?). Peut-être aura-t-on malgré tout "semé" pour l'avenir, et verra-t-on au fil du temps arriver des lecteurs-trices curieux de découvrir ces oeuvres à leur propre rythme, qui liront alors ce que nous avons rédigé durant la contrainte de temps que nous nous étions donnée?

Enfin, H. G. Wells n'est sans doute pas un auteur que l'on lit spontanément beaucoup en 2022. J'ai pris la peine de faire des recherches sur la plupart des blogs de la "blogroll" de dasola (colonne de droite), et n'y ai trouvé que peu de billets contenant son nom. Et pour finir sur un autre regret personnel, je n'ai pas réussi à terminer à temps pour le chroniquer dans le cadre du "mois Wells" le dernier des bouquins de notre auteur que je m'étais procuré. J'en  tirerai peut-être tout de même un billet... une semaine ou l'autre! Malgré tout, avec pratiquement un billet tous les cinq ou six jours durant tout le challenge, je peux quand même être fier de ma propre cadence contributive!

Bref, une fois ces considérations rabat-joie émises, voici donc notre liste de participations.

* Sibylline: L'oeuf de cristal (nouvelle) - L'homme invisible (roman) - L'île du Docteur Moreau (roman) - L'étoile (nouvelle) - Le Cambriolage d'Hammerpond Park et autres nouvelles extravagantes - Au temps de la comète (roman) - L'homme qui pouvait accomplir des miracles (nouvelle) - Quand le dormeur s'éveillera (roman) - H. G. Wells, parcours d'une oeuvre (biographie, par Joseph Altairac)  

* Pativore: L'oeuf de cristal (nouvelle + adaptation TV)  

* Keisha: L'homme invisible (roman) - Les vaisseaux du temps (suite de Wells, par Stephen Baxter)  

* Le bouquineur: L'homme invisible (roman) 

* Kathel: La guerre des mondes (roman) 

* Ingamnic: L'île du Docteur Moreau (roman)

* A girl from earth: Les vaisseaux du temps (suite de Wells, par Stephen Baxter) 

* Gromovar - quoi de neuf sur ma pile?: The Daughter of Doctor Moreau (variation d'après Wells, de Silvia Moreno-Garcia)

* Océane - en tournant les pages: L'homme invisible (roman, édition contenant aussi quelques nouvelles)

* Dasola: C'était demain [Time after times] (film dont Wells est le héros) 

* Ta d loi du cine: La guerre dans les airs (roman) - L'extinction de l'espèce humaine (recueil d'articles) - Miss Waters (roman) - L'homme invisible (roman de Wells & BD de Pontarolo) - Enfants des étoiles (roman) - L'île du Docteur Moreau (roman de Wells & film de Don Taylor) - L'île du Docteur Moreau (BD de Tamaillon & Legars) - Un rêve d'Armaggedon & La porte dans le mur (deux nouvelles) - La machine à explorer le temps (roman) - Les vaisseaux du temps (suite de Wells, par Stephen Baxter) - L'amour et M. Lewisham (roman) - Le pays des aveugles (nouvelles) - Les premiers hommes dans la lune (roman) - La machine à explorer l'espace (suite de Wells, par Christopher Priest) - Futur imparfait (série TV Les enquêtes de Murdoch, saison 3, épisode 8) - H. G. Wells, parcours d'une oeuvre (biographie, par Joseph Altairac). 

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Comme c'est le 1er du mois, je liste aussi quelques informations pêchées au cours du mois écoulé...

04/07/2022: le réservoir du virus, en cas de covid long, se trouverait-il dans les intestins? Ça va le faire...

06/04/2022: la chance face au Covid-19 (développer une infection, légère ou grave, ou non), ce serait vraiment "au pif"'... selon une étude.

Une molécule produite par les lamas pourrait protéger contre le covid-19  Et lama pas faché qu'on lui pique sa molécule?

14 juillet 2022: le variant B.2.75 découvert en Inde est à suivre de près. Suivons...

Et tout un feu d'artifice d'infos du 22 juillet 2022:

Le virus du covid-19 creuse des tunnels entre notre nez et notre cerveau (enfin non, c'est plus compliqué: il détourne des fonctions cellulaires pour créer des nanotubes...). Je sens que ça va inspirer nos industriels, qui ont du pif comme chacun sait!

Les femmes résistent mieux au covid-19 que les hommes. Qu'en dirait Rousseau? L'état de nature? Et les transgenres?

Comme je l'avais déjà relevé, les décès encore nombreux du Covid-19 sont passés dans une forme d'oubli (25 000 entre janvier et juillet 2022?). Mais cette fois, c'est l'ex-Conseil scientifique qui le disait dans son dernier avis.

Le gouvernement s'oppose à la réintégration des personnels soignants non vaccinés. Il suit l'avis de diverses autorités (la HAS, le conseil scientifique, l'Académie de médecine), dit-il. Droit dans ses bottes, hein?

Enfin, c'est nouveau, ça vient de sortir: possibles conséquences du vaccin anti-covid19 sur le cycle menstruel? Et c'est maintenant que vous nous le dites?

20 avril 2022

Harry Potter et l'enfant maudit - J.K. Rowling, John Tiffany & Jack Thorne

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Le texte intégral de la pièce de théâtre Harry Potter et l'enfant maudit (traduit de l'anglais par Jean-François Ménard)! J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) eu la chance de voir arriver ce livre dans la "bibliothèque partagée" qui se trouve depuis fin 2021 dans le hall en bas de chez dasola. Je lui ai bien évidemment fait prendre l'ascenseur, et l'ai dévoré en quelques heures (comme il consiste en dialogues de théâtre, les 341 pages se lisent très vite). J.K. Rowling n'est pas à l'initiative de cette pièce écrite en 2016 et inspirée par la conclusion de son 7e roman de la série. Elle a bien sûr orienté le travail du dramaturge pressenti par la production pour rédiger la pièce inspirée de ses personnages. Cependant, depuis 2019, Harry Potter et l'enfant maudit est bien présentée comme faisant partie du "canon" officiel de la saga Harry Potter. 

L'histoire commence avec l'épilogue du tome 7 (Harry Potter et les reliques de la mort), impliquant les enfants d'Harry et Ginny, de Ron et Hermione, mais aussi de Drago. Descendre de tels parents peut s'avérer un fardeau lourd à porter et susciter quelques états d'âme. On les voit évoluer lors de scènes qui se déroulent sur plusieurs années, à Poudlard. Et quand un retourneur de temps fait son apparition, la tentation est grande, pour diverses raisons... de se laisser entraîner, sans (au début) se soucier des conséquences. Heureusement que papas et mamans viennent à la rescousse. Je ne vous révèlerai pas qui est l'enfant maudit. Et l'ordre finira par être rétabli. Personnellement, j'ai bien apprécié cette (courte) lecture. L'action basée sur des dialogues est bien évidemment rapide. J'avais relu la saga pendant le confinement (et revu aussi les 8 films). Aujourd'hui, il n'est peut-être pas définitivement exclu que les acteurs des films s'impliquent dans un "9e film" tiré de cette pièce?

Comme le livre est paru en 2016, on trouve beaucoup d'articles de blogs le concernant. Mais nombre de ceux-ci ont cessé leurs activités dans les années suivantes. Ceux que je cite dans la liste ci-après sont encore en activité (sauf exception), mais cette liste ne prétend pas être exhaustive, bien entendu. Certains sont enthousiastes, d'autres un peu déçus... Il doit donc appartenir à chacun de lire et de voir livre et pièce, mais aussi ce qu'en disent Anaïs (serial lectrice), Bérengère, DocBird, Florell (commentaires fermés sur les billets les plus anciens, grmblll...), La pétillante (blog arrêté en 2021), Mon évasion de toujours, Solaine, Son altesse, Stemilou, Thierry L, Tonksounette (voir la pièce, sinon rien!), Troianblog, Voybam. 

Ah, et à défaut de la version anglaise au Palace Theâtre à Londres, j'ai déniché une version française (jouée dans un collège ou un lycée, peut-être? Certains ont l'âge des rôles!)... 

Ca me donnerait presque envie de me pencher sur les "fanfictions" dont j'ai découvert l'existence en cherchant les liens. Je m'offrirai peut-être les quatre volumes de 7 3/4 d'Alixe en juin... après le bac?

25 mars 2022

Sabotage sur la planète rouge - Christian Grenier / Les poisons de Mars - Isaac Asimov / Oms en série - Stefan Wul

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Les trois livres que je présente aujourd'hui ont pour caractéristiques communes d'être plutôt des livres "pour la jeunesse" et d'avoir été chinés par moi (ta d loidu cine, "squatter" chez dasola) dans le même bac d'une bouquinerie. Les deux premiers rentrent dans le cadre du Challenge de la planète Mars. Leur date de publication permet d'en catégoriser deux sur trois comme des "classiques" pouvant compter pour le challenge "2022 en classiques", tandis que les trois s'inscriront dans le 10e Challenge de l'imaginaire.

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P1140241Le premier roman, Sabotage sur la planète rouge, est paru en 1972, dans une collection Jeunesse-Poche "pour tous les 10-15 ans passionnés d'action" chez Hatier GT Rageot (ce titre est classé "10-12 ans"). L'auteur, Christian Grenier, est né en 1945 (son dernier livre publié semble remonter à 2017). L'action démarre sur les chapeaux de roue (à 100 à l'heure). En ...2045, un jeune Français, Phil Laumet, revient de l'école en "uniscoot", lorsque celui-ci tombe en panne, en pleine plaine picarde. Notons en passant que son modèle "écolier" d'engin sur coussin d'air, qui peut être piloté à partir de 10 ans, est bridé de manière à ne pas pouvoir dépasser les fameux 100 km à l'heure. Et que remarque alors notre jeune héros, dans un creux, pas loin de la route? Une curieuse lueur rouge, qui l'amène à un non moins curieux appareil. Mais il est temps de rentrer chez lui. Au cours du repas familial, absorbé par la conversation paternelle, Phil en oublie de parler de sa découverte. M. Laumet père, ingénieur en astronautique, s'efforce depuis une dizaine d'années de mettre au point Terra 9, la fusée internationale dont l'objectif serait Mars. Aucune tentative pour atteindre Mars n'a réussi depuis 60 ans. Mais il est temps de retourner au collège, où Phil dispute régulièrement la première place en classe à un prénommé José. Lors de son premier jour de congé, il accompagne son père sur son lieu de travail, et est le seul à voir une curieuse petite silhouette rouge, qui s'éclipse une fois ses méfaits accomplis. Course-poursuite (cette fois, Phil a "emprunté" le quadriscoot paternel, qu'il n'avait jamais conduit à 300 à l'heure... jusque-là). Et on retrouve la fameuse soucoupe volante. Notre jeune curieux se glisse dedans. Piégé! Et en route vers la planète rouge (non sans quelques surprises intermédiaires). Nous n'en sommes qu'à la page 32 (sur 157), mais je vais vous laisser le plaisir de découvrir la suite. Sachez juste que notre héros regagnera le bercail sain et sauf (avec un nouvel animal de compagnie), non sans avoir rencontré deux espèces extra-terrestres et sauvé le monde en passant. Le roman m'a fait penser au livre Le vagabond de l'espace de Robert Heinlein (1958): encore un jeune garçon surdoué (mais ici, Phil utilise un ordinateur et non plus une règle à calcul comme Kip - même s'il ne s'agit que de terminaux de saisie eux-mêmes reliés à un "serveur" central", et non de "PC" autonomie - ou a fortiori "portables"). 
Voir le blog de l'auteur.

P1140244J'arrive ensuite au premier tome de la série "David Starr" écrite par Isaac Asimov dans les années 1950 et qui visait clairement un jeune public. Seul le premier volume de la série touche la planète Mars. Ce premier titre (en anglais David Starr, Space Ranger) a été traduit successivement par Sur la planète rouge chez "Fleuve Noir anticipation" en 1954, puis par Jim Spark, le chasseur d'étoiles en "bibliothèque verte" chez Hachette en 1977, avant d'être enfin réédité sous le titre Les poisons de Mars chez Claude Lefrancq en 1991 (nous y voilà!) et en 155 pages. Asimov, dans une préface écrite un quart de siècle après le roman, prend soin de rappeler qu'en 1951, on croyait encore qu'il y avait des canaux sur Mars et que cette planète pouvait abriter ou avoir abrité une forme de vie intelligente... Ici, nous sommes au croisement du roman d'anticipation et du polar. Le héros n'est plus un enfant, mais un jeune surdoué surdiplômé (et sûr de lui, aussi). Pourquoi certains terriens meurent-ils empoisonnés après avoir avalé des aliments produits par les Terriens sur Mars? Ses deux "pères adoptifs" du Conseil scientifique (une appellation bien anodine pour ce qui ressemble un peu à un Interpol interplanétaire) l'envoyant en mission sur la Lune, il prend sur lui de partir pour Mars. Après quelques épisodes très "western", il va se retrouver "superhéros" grâce aux Martiens qu'il va découvrir (les vrais). Et, ayant démasqué les empoisonneurs, il ne lui restera plus qu'à poursuivre ses aventures extraterrestres (Vénus, Saturne, Jupiter, Mercure...) dans les cinq autres tomes (que je n'ai pas lus). L'éditeur Claude Lefrancq a semble-t-il cessé ses activités en 1998. Je n'ai pas non plus lu l'adaptation en bande dessinée qui y était éditée, laquelle semble avoir été réalisée par le même dessinateur que celui ayant illustré la couverture ci-dessus (Eric Loutte).

P1140242D'aucunes pourraient dire que ça manque un peu de nénettes, ces romans pour jeunes garçons. Heureusement, dans le troisième livre que je vais chroniquer, on va changer de paradigme... Je dirai juste quelques mots concernant Oms en série. Au cours de cette année de challenge où j'ai eu l'occasion de butiner sur pas mal de blogs de littérature SF et "Fantaisy", je suis tombé plusieurs fois sur ce titre de Stefan Wul, que je n'avais jamais lu (il date de 1957), alors que j'ai vu et revu le film qui en a été tiré en 1973, La planète sauvage, de René Lalou et Roland Topor. J'ai donc fini par en savourer la découverte. Les Oms sont, à l'époque du récit, élevés en captivité comme animaux de compagnie des géants bleus, les "Draags", sur la planète Ygam. Mais ça peut être dangereux, ces petites bêtes-là... Un certain Terr mènera la révolte individuelle puis collective, l'émancipation et enfin l'exode, en retournant contre les Draags leurs propres technologies, mais cette fois, Moïse et Pharaon arriveront à conclure la paix après le conflit. Sans oublier que nos Oms et nos Omes feront souche. Je préciserai encore que les oeuvres de Stefan Wul ont, ces dernières années, été adaptées en bande dessinée (déjà une dizaine, parfois en plusieurs tomes, sous le titre générique "Les univers de Stefan Wul", chez deux éditeurs successifs). A voir en bibliothèque?

Les deux premiers livres n'apparaissent guère que sur des sites "marchands" ou bien sur lesquels on ne peut pas poster de commentaires. Pour le troisième, je rajouterai les liens au fur et à mesure que je retomberai dessus!

7 mars 2022

Dessiner encore - Coco

Le livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui m'a été offert en 2021, plus ou moins à l'occasion de mon anniversaire. J'avais évoqué la "campagne de communication" (affichage dans le métro) qui avait accompagné son lancement, lors d'un billet, l'an dernier, qui concernait Coco: nature, culture et poil à gratter. Cette fois, c'est bien l'ouvrage de Coco que j'évoque.

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Dessiner encore, Coco, Les Arènes éditions, 346 pages, 2021

Ce livre est l'oeuvre cathartique -encore une- d'une dessinatrice de l'équipe de Charlie Hebdo qui a subi intimement le traumatisme du massacre du 7 janvier 2015. Le livre commence par des images d'une grande vague bleue (vague d'Hokusai, vaque scélérate?) qui emporte une petite silhouette noire avec un crayon à la main - celle de la dessinatrice, qui l'engloutit, qui la fait couler... Et puis? Dessiner, dessiner pour ne plus penser (p.21)? On voit ensuite Coco tenter, sur les conseils de quelques membres de l'équipe de Charlie, l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), sans être convaincue: ce n'est pas son truc comme thérapie. Elle n'a pas été au-delà de la seconde séance. Un autre thérapeute, plus classique, est capable, lui, de l'entendre, d'écouter le récit explicatif qui constitue une grande partie du livre, et de lui tendre en silence le mouchoir nécessaire au bon moment (p.299).  

Entre autres exemples, Coco se remémore à un moment un débat sur les banlieues entre Onc' Bernard et Tignous, le matin du 7 janvier, Bernard Maris disant qu'on avait tout tenté et injecté des milliards, Tignous répliquant "je connais la banlieue, j'y vis... Il n'y a pas de crèche, en banlieue!" (p.100-101). Et puis (p.108) déboulent l'horreur, les horribles (des silhouettes noires qui font penser au masque de Scream, sans la bouche...). Face à elles/à eux, une silhouette bleue, pitoyable, qui ne cesse pas d'être sous les gueules des fusils d'assaut. Et des pages remplies de hachures noires. Ensuite, on vit / on vit des enchaînements "et si" de plus en plus rapides de la petite silhouette féminine sous la menace des deux fanatiques armés, en alternance avec des cases à aplat d'un rouge de sang, sur une douzaine de pages (pp.133-144). Aucune alternative viable. Puis revient le bleu insondable qui engloutit la petite silhouette, couleur qui tourne au marronnasse (de la dépression?), avant que reviennent à la surface des images auxquelles se raccrocher: celles du collectif préparant le "journal des survivants", à partir du 9 janvier, chez Libération (p.154-155). Et des réminiscences d'un premier hébergement dans les locaux de cette rédaction engagée. Occasion de se repasser le film des précédents "problèmes" et jugements divers subis par Charlie, en retournant aux origines de l'affaire des caricatures", à partir de 2005-2006 (p.180 et suivantes). Sur une page, elle clame: "Les dessinateurs ne se cachent pas derrière des cagoules, eux. Ce sont des pacifiques, qui s'amusent, tout en défendant leurs idées. Un dessin ne tue pas ...". Cela m'a fait repenser aux mots que j'ai lu quelque part (Philippe Lançon? Riss?), "notre petit journal qui n'avait fait de mal à personne" (ou quelque chose comme ça...). Ci-dessous quelques-unes des pages que j'ai citées.

P1140208 p.154-155

P1140209 p.100-101

P1140211 p.142-143

P1140212 p.198-199 (un mouvement oculaire?).

P1140213 p.273 (une belle réinterprétation de la fable "Le loup et l'agneau" illustrée par Gustave Doré - sur la page précédente figurait le héron que j'ai déjà montré dans un précédent article). Tout le monde connaît la mauvaise foi du loup, bien sûr. 

P1140216 p.171 

P1140215 p.299. 

Coco évoque encore, dans ces jours sombres, le traumatisme du massacre de l'hyper-Cacher à Vincennes, le 9 janvier. Et la manifestation du dimanche 11 janvier 2015. J'y étais, et je sais qu'y étaient aussi un certain nombre des "anciens" du petit canard étudiant dont j'ai fait partie dans les années 1980-2000. Avec, évidemment, des millions d'autres personnes.

Le livre se termine sur le premier "reportage dessiné" de Coco, sur une autre crèche, la "crèche vivante" de Civitas, dans les beaux quartiers, en décembre 2014.

Je n'ai bien évidemment pu citer que quelques-unes des pages de cette longue BD. Lisez-la, et même relisez-la. Vous trouverez d'autres choix d'images sur d'autres blogs. Par exemple, sur L'Apostrophée (près de 10 minutes d'entretien de Coco avec Léa Salamé pour France Inter, sur son "récit graphique", le 8 mars 2021), Encoreunetranche, Collectif polar: chroniques de nuit, Culture VsNews, Carnets 2 Wees-ends, le blog de Noctenbule (avec un long entretien sur France Culture). Ou juste d'autres textes de chroniques, comme chez Pativore, Jadorelalecture, Trouble bibliomane, Au fil des livres, Le coin lecture de Nath, Athalie, avec une mention spéciale pour le court texte du blog Nouveautés littérature jeunesse... (liste non exhaustive).

Je tâcherai de me procurer avant la fin de l'année la BD de Luz, Indélébiles.

*** Je suis Charlie ***

31 décembre 2021

Madame Hayat - Ahmet Altan

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Je me suis procuré Madame Hayat (Edition Actes Sud, 267 pages) de l’écrivain turc Ahmet Altan peu de temps avant que ce roman ne soit récompensé par le Prix Fémina étranger 2021. J'avais été attirée par la couverture. J’ai adoré ce roman qui raconte deux histoires d’amour en parallèle. La première entre Fazil, un jeune étudiant en littérature bénéficiant d’une bourse et Madame Hayat (Vie), une femme mûre entre 45 et 55 ans; et la deuxième entre Fazil et Sila, une étudiante en littérature du même âge que lui, qui souhaite quitter le pays dès qu’elle aura récupéré son passeport qui lui a été confisqué. Ses parents ont tout perdu du jour au lendemain. Le pays où se passe l’histoire n’est pas mentionné nommément, mais on devine qu’il s’agit de la Turquie, avec la censure et les arrestations arbitraires qui émaillent le récit. Fazil rencontre Madame Hayat et Sila, "quatre étages sous terre" d’un immeuble où sont tournés des programmes de variétés. Fazil, pour se faire un peu d’argent, a accepté de participer en tant que spectateur à ces émissions, tout comme Madame Hayat, belle femme plantureuse pas vraiment jolie mais dégageant beaucoup de charme et qui fascine Fazil. Sila, elle, devient aussi spectatrice de l'émission, mais de manière moins assidue. Fazil séduit cette dernière pour avoir choisi les quinze pages du « Le temps passe », une des parties de La promenade au phare de Virginia Woolf, en réponse à un test que lui a soumis Sila: « Si parmi toute la littérature mondiale, tu devais choisir quinze pages, les quinze pages dont tu aurais aimé le plus être l’auteur, lesquelles tu choisirais ? » (p 39). Concernant Madame Hayat, on ne sait rien d’elle, elle restera mystérieuse jusqu’au bout. Fazil entame une relation intime avec cette femme qui le rend tout chose. Il tombe éperdument amoureux d’elle, il est comme ensorcelé. Avec Sila, les relations sexuelles se font avec la fougue de la jeunesse. C'est un roman très sensuel (mais le lecteur ne se sent pas voyeur), un très beau roman écrit par un écrivain qui est aussi journaliste. Il l'a écrit en prison, où il a purgé une peine de plus de quatre ans avant d’être libéré en avril 2021. Lire les billets de Shangols et de Pamolico (qui renvoie à d'autres liens). 

30 mars 2022

Planète rouge / Monsieur Sourire - Ray Bradbury (& divers dessinateurs / adaptations par Albert Feldstein)

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Pour clore ma participation à la première édition du Challenge de la planète Mars, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente deux albums d'adaptations en bande dessinée de nouvelles écrites par Ray Bradbury. Si le second album, Monsieur sourire, n'en contient qu'une seule qui provienne de Chroniques martiennes, il en contient tout de même une. Quant à l'album Planète rouge, il est un peu plus riche avec quatre nouvelles tirées du célèbre ouvrage. Et quatre autres récits où Mars est mentionné. Si trois de ces derniers parlent de fusées, le quatrième est plutôt du genre horrifique. Précisons encore que les deux illustrations de couverture des albums ne figurent dans aucune des nouvelles dessinées (elles doivent provenir d'ailleurs!). Les nouvelles, en noir et blanc, font le plus souvent 7 ou parfois 8 pages (exceptionnellement 6). Ces BD ont été publiées, à l'origine (début des années 1950), dans les magazines de la société EC Comics, adaptées par le rédacteur-en-chef Albert Feldstein (cf. Wikipedia, page consultée le 27 mars 2022) et dessinées par différents auteurs (qui avaient le droit de signer leurs oeuvres, ce qui n'était pas si courant à l'époque dans le système des Comics américains).

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Planète rouge
(1984) et Monsieur sourire (1985) ont été édités chez Albin Michel / Special USA.
Un 3e volume est parfois mentionné dans la littérature spécialisée (il aurait été titré Chroniques terriennes), je ne l'ai jamais vu.   

P1140247Listons d'abord ce qui provient des Chroniques martiennes. En page de titre de cet album [p.7] figure une vignette tirée de la nouvelle Les villes muettes. Puis il s'ouvre (p.11, pour 7 pages) par Il viendra des pluies douces (dessiné par Wallace Wood). Nous avons ensuite Les villes muettes, par Reed Crandall (p.18-25). Le pique-nique d'un million d'années (Severin & Elder, pp.55-61) est tiré d'une des nouvelles "douces-amères" des Chroniques. Les longues années (Joe Orlando, pp.76-82) est très fidèle à la nouvelle de Bradbury, même si elle a été adaptée de manière à ce que les 8 pages de BD se suffisent à ellles-mêmes, alors que la nouvelle faisait référence à plusieurs autres du recueil dans le texte original de Bradbury.

Moi, fusée (Al Williamson) n'est pas tirée des Chroniques martiennes, mais il y est question d'une guerre avec "les Martiens". En découvrant ce "récit à la première personne" plaisant à lire, on apprécie de ne pas savoir quelle est la part du fantasme ou de la réalité. Dans Celui qui attend (Al Williamson), Mars apparaît encore sous un autre jour. La vérité sortira-t-elle du puits? Pour de bon! (Wallace Wood, pp.90-95) évoque l'attrait du métier de pilote spatial sur un père qui verra tout juste grandir son enfant entre deux livraisons de cargaison sur Mars. La chute finale est douloureuse. Dans L'heure zéro (Jack Kamen, pp.83-89), où des enfants jouent à l'invasion de la terre par les Martiens, nous sommes au croisement de la science-fiction et du conte d'horreur (autre spécialité d'EC Comics). Il n'y a plus d'enfants, pourrait-on dire (ou bien, il n'y en a que trop)! Par contre, Paria des étoiles, dessiné par Joe Orlando (pp.40-46), est un très beau conte familial qui relate une expédition vers Mars offerte par un père à ses enfants (la mère refuse de participer - dans un premier temps). Dans le recueil L'homme illustré de Ray Bradbury, cette dernière nouvelle est sobrement titrés La fusée, tandis que la précédente, L'heure zéro, s'y nomme L'heure H.

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Il n'est pas question de Mars dans Le roi des espaces gris (Severin & Elder, pp.47-54), uniquement de Vénus... Cette nouvelle évoque la sélectivité requise pour les futurs pilotes de fusées (1000 jeunes gens chaque année sur les millions de la terre). Cela devait être très frappant dans les années 1950. Mais aujourd'hui (XXIe s.), lorsqu'on regarde le nombre d'astronautes (cosmonautes, taikonautes et autres spationautes) en 2022, 1000 "appelés" par an, cela paraît bien optimiste...

Enfin, dans Châtiment sans crime (pp.33-39) et dans Paquet surprise (pp.62-68), Jack Kamen illustre deux nouvelles où il est question de la société "Marionnettes Inc.".

La 4e de couv' raconte que l'éditeur a reçu, à l'époque (années 1950) une gentille lettre de notre jeune auteur (Ray Bradbury), qui s'y montre ravi de l'adaptation de [deux de] ses nouvelles, mais fait remarquer que c'est sûrement par oubli qu'EC Comix ne lui a pas versé de royalties... Une fois ce détail réglé, ils ont par la suite collaboré jusqu'en 1954 (époque où les Comics ont dû se plier à une "Charte" qui impliquait une forme d'autocensure, après avoir été accusés de mauvaise influence sur la jeunesse).

P1140246Je ne dirai pas grand-chose du second album, Monsieur Sourire. Il comporte 13 nouvelles totalisant 91 pages de bandes dessinées, mais ne contient même pas la table des matières avec les noms des dessinateurs que l'on trouve dans le premier. Les nouvelles semblent pour la plupart tirées de publications spécialisées en d'histoires d'épouvante, et peut-être avoir été publiées dans une série appelée "Contes de la crypte"?. Elles se déroulent en majorité sur terre.

Seule exception martienne dans cet album, la nouvelle Mars, le paradis (Wallace Wood, p.p.65-72), tirée de la nouvelle titrée La troisième expédition des Chroniques martiennes.

Pour le reste, je peux essayer de reconstituer une "table des matières"... (avec des "points d'interrogations" quand j'ai des doutes sur le dessinateur, dont on ne trouve pas toujours la signature!):

  • p.9: Le cercueil (Jack Davis)
  • p.16: L'empreinte (pas de signature?)
  • p.24: Time Safari (Al Williamson), d'après la nouvelle Un coup de tonnerre du recueil Les pommes d'or du soleil
  • p.31: La grande roue (Jack Davis), d'après une partie du livre La foire des ténèbres
  • p.38: Tante Tildy (G. Harstly)
  • p.45: La dame qui hurlait (Jack Kamen ?)
  • p.52: Le lac (RC ?)
  • p.58: Poison, poison (Jack Davis ?)
  • p.73: Regardez, les oiseaux (B. Krigstein)
  • p.78: Croque-mort (G. Harstly)
  • p.86: Le petit assassin (?)
  • p.93: Halloween (Jack Kamen ?)

  P1140255 p.65

Enfin, je signalerai que j'ai acheté les recueils de Bradbury cités ci-dessus et photographiés ci-dessous (dans la collection "Présence du futur" chez Denoël) entre 2001 et 2004 (certains à Bécherel), mais je ne suis pas certain de les avoir intégralement lus à l'époque (ce coup-ci, j'ai parcouru les sommaires sans lire toutes les pages!). Et il doit exister encore une dizaine d'oeuvres (romans, recueils, théâtre...) que je ne possède pas: rappelons que Ray Bradbury est décédé à 91 ans.

Trois_livres_Bradbury

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Comme annoncé plus haut, le présent article constitue ma dernière contribution au Challenge de la planète Mars, qui se termine demain avec ce mois de mars 2022. Peut-être un autre Challenge sera-t-il lancé l'an prochain, de mars 2023 à mars 2024?

7 février 2022

Lettre à mon fils Charb - Denise Charbonnier

C'est dasola qui m'a procuré ce livre que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) repéré il y a déjà plusieurs semaines, Lettre à mon fils Charb, de Denise Charbonnier, paru en mai 2021 (176 pages). 

  Lettre-a-mon-fils-Charb

Le livre entrelace deux chronologies: d'une part, celle de la manière dont est vécue l'année 2020, depuis le 7 janvier 2020 (cinq ans après le massacre de Charlie Hebdo) jusqu'au 31 décembre 2020, un réveillon de plus en l'absence de Stéphane Charbonnier, dit Charb, fils ainé de Denise. Et d'autre part, le mois de janvier 2015, à partir de ce 7 janvier de malheur. Une petite soixantaine de jours-chapitres, avec quelques doublons et retours en arrière, certaines pages pour telle ou telle journée ne comportant que trois lignes, lui permettent de s'adresser à son "Chachane", surnom bégayé à l'origine par une jeune cousine du garçonnet. Le livre se clôt sur le dernier Noël passé par Charb avec sa famille, le 25 décembre 2014. 

La presse avait rendu compte à l'époque (2015), de manière plus ou moins sensationnaliste, de différents épisodes (l'affaire de la négation de la relation de Charb avec Jeannette Bougrab par exemple, ou le versement de l'argent récolté par Charlie pour les familles des victimes). Denise Charbonnier donne ici sa version des faits. Ainsi, alors qu'on continue à pouvoir lire sur internet (et même sur Wikipedia) que Laurent Charbonnier, le frère de Charb, avait démenti formellement l'engagement relationnel de Charb avec Jeannette Bougrab, Madame Charbonnier explique que c'est lors de leur trajet en voiture, de retour de l'Institut Médico-légal où la famille avait été reconnaître le corps de Charb, que l'AFP a contacté Laurent, pour lui demander confirmation de ce que l'Agence s'apprétait à publier (?). Denise Charbonnier précise que le père de Charb lui avait demandé si Jeannette et lui avait bien une relation (et qu'il avait répondu par l'affirmative), qu'il leur parlait d'elle et leur montrait des photos de lui-même avec la petite fille, May, de cette compagne.

Madame Charbonnier semble ne plus avoir trop foi dans le sérieux des services de l'Etat. Elle garde manifestement rancune à François Hollande d'avoir fait sienne la version policière disant que les deux assassins étaient tellement déterminés que la présence d'un véhicule statique en bas de Charlie Hebdo (retiré à la demande d'un syndicat de policiers quelques mois avant l'attentat) n'aurait rien changé, mais aurait amené le décès supplémentaire de policiers. Et c'est avec amertume qu'elle constate que, malgré les menaces qui étaient connues, ni son fils ni le journal qu'il dirigeait n'ont été à l'abri. 

Elle n'a garde d'oublier les erreurs d'état-civil, que ce soit sur une plaque d'hommage où le nom de Wolinski était gravé avec un "y" final, ou lors du procès des complices ayant fourni les armes des attentats de janvier 2015, au cours duquel les prénoms voire le patronyme de plusieurs victimes ont été énoncés de manière erronée (fac-similé d'un passage de l'ordonnance du tribunal reçue en janvier 2019 à l'appui, p.47). L'une des dernières journées évoquées est celle du verdict, le 16 décembre 2020.

Bien entendu, cette maman nous raconte aussi au fil des pages l'enfance, l'adolescence, la jeunesse de son fils aîné. Gamin, il dessinait déjà, quelques photos l'attestent dans un cahier central (par ailleurs, p.27, je n'ai pas compris comment, au collège, sa prof de français pouvait être aussi celle de dessin). Elle précise que bien des aspects de sa vie (voire les plus dangereux), elle les a découverts petit à petit - il les en protégeait.

La page de titre mentionne, sous le nom de l'auteur, "avec Liliane Roudière". Vérification faite, celle-ci avait été "responsable presse et communication" chez Charlie Hebdo de 1998 à 2008. Je suppose qu'elle a "accompagné" Denise Charbonnier dans la préparation éditoriale de ce livre-témoignage. La postface de Richard Malka, l'avocat de Charlie Hebdo, est un véritable manifeste explicitant l'engagement de Charb. 

Je n'ai pas réussi, aujourd'hui, à trouver de blog littéraire ayant chroniqué ce livre. En faisant une recherche sur G@@gle avec des mots-clés tels que "chronique blog livres denise charbonnier lettre fils charb", on obtient quelques résultats (titres de presse, librairies...), mais surtout un avertissement "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données". Que les blogueurs-euses ayant rédigé une chronique n'hésitent pas à me demander d'en rajouter le lien! Dans des sites de presse ou d'associations, on peut en trouver, par exemple sur celui de l'ass. Apprivoiser l'absence qui reprend un article paru dans Siné mensuel. Le site de Charlie Hebdo donne à lire en ligne l'article de Gérard Biard sur le livre, paru dans Charlie N°1500 du 21/04/2021 et celui de Luce Lapin paru dans le N°1504 du 19/05/2021. 

En conclusion, ce livre fait écho à ceux déjà publiés par d'autres proches des victimes du massacre. Je n'ai pas encore lu ceux concernant Bernard Maris (Prends le temps de penser à moi, écrit par sa fille), Tignous (Si tu meurs, je te tue, écrit par sa veuve), ou même celui que deux des filles de Wolinski (Elsa et Natacha) ont écrit en prenant comme sujet "en abyme" Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, avec en sous-titre "Histoire de soeurs" (peut-être existe-t-il encore d'autres "livres de proches" que je n'ai pas repérés).

*** Je suis Charlie ***

9 janvier 2022

15 ans de blog / La chaîne - Stanley Kramer (hommage à Sidney Poitier [1927-2022])

Il y a 15 ans, le 9 janvier 2007, je créais mon blog. J'avais une mononucléose et je me rappelle que j'étais très fatiguée. Aujourd'hui, le 9 janvier 2022, mon blog est toujours là et j'ai été testée positive au covid 19 (je ne pourrai pas vous dire si c'est le variant Delta ou Omicron ou même un troisième inconnu). Les symptômes sont apparus mercredi 5 janvier et j'ai fait mon test le 6 janvier. Pour résumer, depuis trois jours, j'ai l'impression d'avoir un gros rhume mais pas de fièvre. Donc pour le moment, tout va bien.

Mais je vais être privée de sortie pendant une bonne semaine puisque je suis confinée chez moi.

Heureusement, je ne m'ennuie pas avec mes PALs et des DVD à (re)voir. D'ailleurs, ayant appris la disparition de l'acteur Sidney Poidter à 94 ans, je viens de voir La Chaîne (The Defiant ones en VO) de Stanley Kramer, un film de 1958 en noir et blanc avec Tony Curtis et Sidney Poitier. Je ne savais pas que le film était si bien. Il a été récompensé par de nombreux prix dont l'ours d'argent du meilleur acteur à Sidney Poitier au Festival International du Film de Berlin. Dans les années 50, dans le sud des Etats-Unis où règne la ségrégation entre blancs et noirs, un Blanc, John Jackson (Tony Curtis) et un Noir, Noah Cullen (Sidney Poitier) profitent d'un accident du fourgon cellulaire dans lequel ils étaient transportés vers un nouveau lieu de détention pour s'enfuir. Ils sont enchaînés l'un à l'autre par un bracelet au poignet et une chaîne en acier. Les forces de police se mettent à les poursuivre avec une meute de chiens même s'ils sont persuadés que les deux fugitifs vont s'entretuer rapidement. Mais Cullen et John ont le même but, s'enfuir le plus loin possible et arriver à se débarrasser de la chaîne. Lors d'un passage dans un village pour trouver de la nourriture, ils sont pris et menacés d'être pendus. Heureusement qu'un des villageois, interprété par Lon Chaney Jr, les libère. Lui-même a été un forçat. Peu après, ils arrivent chez une jeune femme qui vit seule avec son petit garçon, Billy, dans une ferme. Elle a le rêve de partir loin. Son mari l'a quittée depuis huit mois. C'est chez elle que les deux hommes vont se libérer de la chaîne. Le noir et blanc donne beaucoup de force à l'histoire. On se demande jusqu'au bout comment cela va se terminer, grâce à un rythme soutenu. Je vous conseille vivement de voir ce film. Pour l'anecdote, Tony Curtis avait lourdement insisté pour que le nom de Sidney Poitier apparaisse à côté du sien sur l'affiche du film.

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9 décembre 2021

Le dernier espadon - Jean Van Hamme / Teun Berserik - Peter Van Dongen

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Malgré les réticences de mon ami qui après avoir feuilleté l'album m'avait dit que l'achat de cet album pouvait attendre, comme d'habitude je n'en ai fait qu'à ma tête, et bien m'en a pris. J'ai trouvé Le dernier Espadon (Editions Blake et Mortimer, 64 pages) tout à fait réussi. Surtout le scénario, avec une histoire qui se passe en 1948 à Londres et en Irlande. Jean Van Hamme conseille aux fidèles de Blake et Mortimer de relire Le Secret de l'Espadon. Personnellement, je n'en ai pas éprouvé le besoin et l'album est tout à fait compréhensible. Quelques nazis encore en activité sont arrivés sur le territoire irlandais. Ils fomentent une horrible machination contre l'Angleterre qui pourra se faire grâce à l'avion créé par Mortimer. Après la guerre contre les armées de Basam Damdu, cinq avions ont été épargnés et sont en état de marche. Bien entendu l'infâme Olrik, l'ennemi juré de Blake et Mortimer, n'est pas loin. Je ne vous dirai rien de plus sauf que la cible de la machination est le palais de Buckingham où règne encore George VI, le père de la future Elisabeth II. Un bon cru.

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28 novembre 2021

Derniers chrysanthèmes / A l'approche de l'automne - Mikio Naruse

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Ayant découvert Mikio Naruse il y a seulement quelques années (mes billets ici et là), j'ai su par mon ami ta d loi du cine que deux films de Mikio Naruse inédits en France étaient programmés dans une salle Art et Essais du Quartier Latin. J'ai affronté les frimas de l'automne et me suis dirigée vers la salle de cinéma. A ma grande surprise, je n'étais pas toute seule. Il y a eu pour chacun des deux films une queue sympathique qui attendait patiemment pour entrer dans la salle, un samedi après-midi. 

J'ai d'abord vu A l'approche de l'automne qui date de 1960. Il se passe dans un quartier populaire de Tokyo. Hideo, 12 ans, arrive avec sa maman Shige de la province de Nagano. Shige est veuve mais grâce à son frère vendeur de primeurs (depuis deux générations) à Tokyo, elle a trouvé un emploi dans une auberge. Elle est aux petits soins avec les clients en général dont un en particulier. En ce mois d'août étouffant, Hideo aide son oncle et ses cousins pour les livraisons. Hideo a une passion dans sa vie, les insectes. Il garde d'ailleurs avec lui un scarabée. Sa maman l'ayant abandonné pour partir avec le client de l'auberge, il se retrouve seul, même s'il s'est lié d'amitié avec Junko, la fille de la gérante de l'auberge. A un moment donné, les deux enfants partent pour le bord de la mer et ils déambulent dans une partie de la ville en friche. Tout le film est empreint de tristesse, confirmée par le plan final d'Hideo (un jeune garçon qui m'a émue) tout seul avec son scarabée. Un beau film.

Je passe à Derniers chrysanthèmes qui lui, date de 1954. Encore un film pas très gai qui narre l'histoire d'Okin, une ancienne geisha qui exerce la profession d'usurier en prêtant de l'argent à d'autres geishas retirée de leur profession. Mais elle ne prête pas qu'à des geisha, à des hommes aussi. Okin n'est pas très sympathique. C'est une femme seule qui vit avec une jeune femme sourde. Elle n'a aucune pitié pour les mauvais payeurs, se déplaçant chez les uns ou chez les autres pour récupérer son argent. Tomae et Tomi, deux geishas retraitées qui ne peuvent pas régler leur loyer avec leur maigre retraite, font régulièrement l'expérience des visites impromptues d'Okin. En revanche, cette dernière va déchanter face à la visite de deux anciens amants, Seki et Tabe (elle avait encore des sentiments pour lui), qui viennent aussi lui demander de leur prêter de l'argent. Le film est très pessimiste sur la condition humaine mais il ne dramatise rien. Un film à voir. Je suis contente (1) d'avoir reconnu à l'écran que l'actrice qui joue Okin (vérification faite, elle s'appelle Haruko Sugimura) joue aussi dans Voyage à Tokyo.

(1) Merci Pascale...

21 octobre 2021

Le nouveau - Keigo Higashino

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Avant de revenir en Lituanie, je veux vous conseiller un roman policier japonais, Le nouveau de Keigo Higashino (Actes noirs, Actes Sud, 329 pages). J'ai aimé comment l'écrivain a structuré son roman. Kaga Kyoichiro, "le nouveau" policier, vient enquêter sur le meurtre d'une femme divorcée de 45 ans qui a été étranglée dans son appartement situé à Tokyo. Elle venait d'emménager pour se rapprocher de son fils. Kaga n'est pas un policier ordinaire, il mène une enquête de voisinage en restant affable. Il m'a fait penser par moment à l'inspecteur Colombo même s'il ne trouvera pas immédiatement le ou la coupable. Le mobile du crime n'est pas évident. On n'a rien volé à la victime qui devait connaître son meurtrier. Il interroge des employés de restaurants ou une vendeuse d'un magasin de biscuits, ou bien encore une employée d'un magasin de vaisselle. Ce sont des endroits où était passée la future victime avant d'être tuée. Le policier est un fin observateur qui avance plus vite que nous dans l'enquête, mais pas tant que cela. Ce roman est aussi une description d'un Japon traditionnel. Les chapitres courts font que l'on lit ce roman très vite. J'ai passé un très bon moment au coeur de Tokyo avec ce roman que je recommande.

18 décembre 2021

La vérité sur la lumière - Audur Ava Olafsdottir

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Après Miss Islande, je viens de lire avec grand plaisir La vérité sur la lumière de la romancière islandaise Audur Ava Olafsdottir (Zulma, 217 très belles pages apaisantes). Dyja (diminutif de Domhildur) est sage-femme (ljosmodir), littéralement "Mère de la lumière". Son arrière-grand-mère, sa tante et sa grand-tante l'ont été avant elle. Sa soeur est météorologue et ses parents dirigent une société de pompes funèbres. "C'est une longue tradition familiale de s'occuper de l'être humain, aussi bien au tout début de sa vie que lorsqu'il arrive à sa destination finale, ...", "La branche maternelle prend l'homme en charge lorsque la lumière s'allume, la branche paternelle prend le relais lorsqu'elle s'éteint" (p45). Dyja, qui vient de mettre au monde son 1922ème bébé, vit désormais dans l'appartement de sa grand-tante Fifa, qui le lui a laissé en héritage pour moitié. Dans ce lieu, Dyja trouve entre autre des manuscrits où Fifa livre ses réflexions sur la naissance des jeunes humains. En tant que sage-femme, elle tricotait des vêtements aux nourrissons qu'elle mettait au monde. Dyja retient quelques phrases dans ce qu'écrivit Fifa: "On dit que l'homme ne se remet jamais d'être né. Que l'expérience la plus difficile de la vie, c'est de venir au monde. Et que le plus difficile ensuite, c'est de s'habituer à la lumière" (p.128). Le roman peut paraître décousu à certains, mais Dyja est véritablement le personnage essentiel de cettte histoire qui parle aussi bien des aurores boréales, de l'être humain qui est l'animal le plus vulnérable de la Terre, et du métier de sage-femme. Il faut noter que Dyja comme sa grand-tante Fifa n'ont pas eu d'enfant. Je recommande ce très beau roman à garder et à relire. 

Lire les billets d'Hélène, Philisine Cave et Baz'art.

7 novembre 2021

La divine sieste de papa (2) - Maryse Wolinski / illustrations de Georges Wolinski

Ca y est, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) enfin déniché d'occasion (dans une bouquinerie où il était en vente depuis près de trois mois, selon date sur l'étiquette) ce livre dont je connaissais l'existence depuis plusieurs années, et dont j'avais chroniqué le volume précédent ici. Curiosité!

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Maryse Wolinski, La divine sieste de papa (2), illustrations de Georges Wolinski, Massidor / La Farandole, 1986, 61 pages

En 2e de couverture, un court texte d'introduction et remerciements de Maryse Wolinski explique que lorsqu'elle avait publié en 1981 le premier livre, elle ne pensait pas que cette histoire d'un père amateur de sieste et de sa fille passionnée de contes serait adaptée pour la télévision - ce qui a été le cas (sur FR3 en 1985). 

P1120419Le livre présente les textes de six contes déjantés: Joe l'Enfer, Ricardo Siesto, XR 315, Carlus Premier, Oeil de Bille, Maître Mysterius. Leur thème commun? Un personnage de papa ventripotent autant qu'omnipotent n'aspire qu'à une chose: siester en paix. Mais sa fillette maligne et gourmande ne l'entend jamais de cette oreille dès que les ronflements s'élèvent. Et s'ensuit le récit truculent d'aventures pétaradantes et bonbonesques aux quatre coins de l'unvers, à la recherche de butins, de cités perdues, de trésor de pirates (avec un crocodile!), ou de planètes exotiques... (que d'histoires!). 

Chacun des contes bénéficie d'une belle illustration en couleurs, dont les principaux éléments (père et fille...) sont repris dans les pages suivantes en N&B en simili ainsi que dans une autre situation. 

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On nage en plein imaginaire... Au lieu d'un "Georges" comme dans le livre précédent, le papa ventripotent est figuré par un "Carlus aénobarbus" (Carlos oblige).

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Car j'oubliais les textes de chansons qui s'intercalent entre chaque conte. Le générique de l'émission (paroles de Maryse Wolinski et Claude Lemesle, chanté par Carlos, Sarah Mesguish et Bernadette Lafont), dont le texte ouvre le bouquin en p.5, est déjà kitchissime (le clip ici en vidéo!). Je vous laisse chercher si l'on peut (ou non) dénicher les autres chansons voire les contes eux-mêmes, diffusés semble-t-il un soir de Noël 1985...

*** Je suis Charlie *** 

10 septembre 2021

L'enfant de Mars - Cyril M. Kornbluth & Judith Merril / Le Marquis de la Dèche - Roland Dorgelès

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Encore de la littérature pour le Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola). Comme je l'avais fait naguère pour des livres de Paul Féval ou Howard Fast, je vais profiter d'achats en bouquineries pour présenter deux livres.

Je suis tombé sur le premier par hasard, il y a quelques semaines, en fouillant dans les bacs d'une librairie d'occasion boulevard Saint-Michel, rayon SF / Fantaisy. Aux côtés d'ouvrages très contemporains (pas mal de volumes du Trône de Fer, d'autres "Fantaisies", et de la SF "classique" en Pocket, J'ai Lu et autres Présence du Futur [Denoël]), sur un des "format poche" dont ma main rendait visible un titre après l'autre, un mot m'a accroché l'oeil: "... Mars"! Je l'ai bien sûr sorti du bac et amené jusqu'à la caisse.

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L'enfant de Mars, Cyril M. Kornbluth & Judith Merril,
collection Le Masque - Science Fiction (N°84), Librairie des Champs-Elysées, 1979.

La collection tout d'abord. Je ne la connaissais pas (n'y avais jamais porté attention). Quelques recherches suffisent à n'importe qui pour découvrir que "Le Masque - Science Fiction", créée en 1974 et clôturée en 1981, a publié 116 titres". J'ai eu de la chance en tombant sur le seul volume de cette collection à comporter "Mars" dans son titre. Parmi les auteurs publiés: Philip K. Dick (8 titres), Jack Vance (3 titres), Isaac Asimov (2 titres), Frank Herbert (2 titres), Arthur C. Clarke (1 titre), Robert Heinlein (1 titre)... et bien d'autres auteurs connus (dont quelques Français) dont je n'ai jamais rien lu encore. On y trouve encore Le fusilier Cade, des mêmes Kornbluth & Merril (N°100). Quant à la "Librairie des Champs-Élysées", cette Maison d'édition fut fondée en 1925 par Albert Pigasse, et perdura jusqu'à sa radiation en décembre 1995, après avoir rejoint Hachette en 1971. Sa plus célèbre collection fut celle du Masque.
Aujourd'hui, la marque « Éditions du Masque » est déposée par les Éditions Jean-Claude Lattès, appartenant au groupe Hachette, depuis le 22 février 1996. Pour ma part, j'ai collectionné jadis les 247 tomes de la collection "Western" - ils doivent désormais gésir dans des cartons dans une résidence secondaire à usage de garde-meuble...

J'en viens (enfin!) à L'enfant de Mars. Pour une exégèse du titre, je dirai juste que ça aurait tout aussi bien pu s'appeler "Les enfants de Mars" (il existe au moins un autre livre portant ce dernier titre - rien à voir). On est tout de suite plongé dans l'action sur Mars, alors que le médecin, Tony Hellmann, héros principal, vient de veiller à la mise au monde (martien) d'un nouveau-né tout ce qu'il y a de plus humain, puisque né de colons d'origine terrienne. C'est en suivant le docteur dans ses pensées, ses actions, ses rencontres... que nous est brossé par petites touches, rappelées incidemment par l'un ou l'autre des personnages principaux ou secondaires, l'univers dans lequel ils évoluent, dans un futur indéterminé où la terre est surpeuplée. A noter que les tout premiers colons à avoir "atterri" sur Mars y étaient morts de faim, car le vaisseau-cargo qui devait les précéder avec tout le matériel nécessaire avait été détruit à l'atterrissage.

Désormais, les humains ont découvert une substance, l'oxygène enzyme (OxEn), produite à grand frais sur Mars même, qui, prise régulièrement, leur permet de survivre sur cette planète (atmosphère, atmosphère... et autres inconvénients). Mais tous ne s'y acclimatent pas. Parmi les produits exportés vers la Terre depuis Mars figure une une substance, la "marcaïne", qui peut devenir une drogue dont raffolent les Terriens, et qui rapporte de gros bénéfices - légaux - à ses producteurs. Pour sa part, le docteur Tony Hellmann fait partie d'une communauté, "Sun Lake", qui semble en autogestion, contrairement aux autres implantations terriennes sur Mars (un centre administratif, des mines appartenant à de grandes entreprises, des usines privées, quelques fermes familiales des "pionniers"...). L'équipement dans lequel ont investi les colons de Sun Lake, leur outil de travail et leur moyen d'existence, un laboratoire de chimie, est convoité par d'autres, et une crise éclate avec les autorités.

Après diverses péripéties (la pression ne se relâche pas un instant!), le "deux ex machina" sera un journaliste qui "n'est pas un simple rapporteur reporter" [p.109]. Son quatrième pouvoir l'emporte, très symboliquement, sur les autres: il éclaire le judiciaire, et il se permet de "manipuler" l'exécutif lorsque celui-ci exerce un "excès de pouvoir" règlementaire sinon législatif. Quant à l'enfant, disons juste qu'il a muté...

En deux mots, j'ai trouvé ce roman écrit à l'origine en 1952 particulièrement attachant et facile à lire. Je n'ai rien de spécial à dire sur les auteurs (dont j'ignorais jusqu'au nom avant de découvrir ce livre). Je vous renvoie donc à internet (et notamment à Wikipedia) si vous voulez d'autres informations sur Kornbluth et Merril!

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*      *

L'autre titre chroniqué dans ce billet contient un mot qui commence par "MAR" et finit par un "S". Le lien peut paraître un peu ténu pour en parler ici, alors je vais user d'une pirouette et arguer du privilège de l'organisateur du Challenge! Plus sérieusement, je rapproche les deux ouvrages parce que j'ai aussi "chiné" celui-ci dans une librairie d'occasion (pas la même).

L'étal de celle-ci (qui s'affiche "Livres anciens et modernes") m'avait attiré depuis l'autre côté de la rue, avenue Denfert-Rochereau. Pour fouiller dans les bacs de "Poche", il fallait écarter les livres à la couverture passée, posés à l'horizontale, qui les protégeaient du soleil. Le libraire m'a rappelé que les livres craignaient l'humidité, la moisissure, ...et aussi le soleil. En ce qui concerne l'humidité, son arrière-boutique et les livres qu'elle contenait ont subi un dégât des eaux l'an dernier, en provenance du voisin du dessus qui était parti se confiner en province sans couper son arrivée d'eau... Depuis, ça sèche péniblement. Bref.

Je n'avais, je crois bien, jamais croisé (ou, en tout cas, jamais prêté attention à) un "Poche" de Roland Dorgelès autre que son célébrissime Les croix de bois. Alors, quand je suis tombé par hasard sur celui-ci, Le Marquis de la Dèche, bradé à 1,50 euro, je me le suis offert. 

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Il s'agit d'un livre dont le copyright Editions Albin Michel est millésimé de 1971 (du vivant, donc, de Roland Dorgelès), cependant que l'édition "poche" semble avoir été imprimée en octobre 1974 (après son décès - même si celui-ci n'est pas mentionné dans la présentation de l'auteur en page de garde). A l'époque (pas encore un demi-siècle, alors que j'étais collégien), quatre titres étaient mentionnés "Dans Le Livre de Poche" en début de livre, et une vingtaine étaient listés en fin d'ouvrage comme "Oeuvres de Roland Dorgelès". Je reviendrai sur l'auteur plus bas, intéressons-nous donc au livre pour commencer. Ce fameux Marquis de la Dèche, notre héros (ou presque!), campe un personnage pittoresque parmi d'autres qui ne le sont pas moins, sur une Butte Montmartre imprécisément datée de "peu avant la Grande Guerre". Le livre se présente en 13 (oui, 13! Superstition?...) chapitres dont on imagine tout à fait la publication en feuilleton. Les bons mots fleurissent, les "types" sont parfois quelque peu caricaturaux: la bohème et ses artistes fauchés, géniaux, méconnus, enragés de réussite; les anarchistes; les indics; les (petites) crapules, et autres filous ou escroc (personnage attachant!); les "bourgeois" qui viennent s'encanailler; et tout un monde de bars et autres bouges plus ou moins interlopes (souvent tenus par des femmes). Mais tout tourne autour d'un jeune... non pas futur écrivain, mais chansonnier qui rêve d'écrire une opérette sinon un opéra (et d'y trouver la fortune!). Ses amis ou compagnons sont sculpteur, peintre, danseuse, chanteuse, accordéoniste... On sent parfois que Dorgelès a la plume facile du journaliste, avec de grands "morceaux de bravoure" sous forme de discours ou de descriptions, tandis qu'ailleurs quelques phrases suffisent à marquer les jours qui passent et/ou à faire avancer l'action... En ce qui concerne le "genre", il n'y a guère de mise en avant d'homosexuel(le)s - je n'ai pas dit qu'il n'en était nulle part fait mention! Les hommes apparaissent plutôt soucieux de leurs intérêts ou de leur orgueil d'artiste, mais aussi intéressé par la bagatelle, cependant que les femmes semblent plutôt volages... On est davantage dans le registre comique que tragique. Bref, c'est une pochade qui se laisse lire, même si le monde décrit paraît aujourd'hui bien suranné.

Par associations d'idées, je lierais ce livre à deux autres que j'ai lus dans le temps. L'un, pour la jeunesse, Fanchette (le jardin de l'espérance), de Saint-Marcoux, est aussi situé sur la Butte Montmartre, mais dans les années 1950. L'autre, Nuits de princes de Joseph Kessel, se déroule à Pigalle, après la 1ère guerre mondiale.

Je reviens à Roland Dorgelès, dont je ne savais pas grand-chose, comme -je suppose- la plupart des lycéens puis lecteurs de ma génération. Un coup d'oeil sur Wikipedia consulté le 16 août 2021 (je vous laisse vous y reporter - je ne veux pas allonger la sauce davantage!) m'en a appris bien plus que la biographie succincte du livre de poche. J'avoue ne pas m'être reporté à une biographie de Dorgelès, qui m'en aurait sans doute encore appris davantage sur mon livre du jour et son auteur. En tout cas, ce sont une cinquantaine d'ouvrages qui semblent avoir été publiés par notre prolifique auteur, membre de l'académie Goncourt de 1929 à sa mort, et qui l'a même présidée de 1954 à sa mort en 1973. J'ai l'impression que tout cela est bien oublié aujourd'hui. Pour son passage dans le domaine public et une éventuelle exhumation, attendons 2044: peut-être assistera-t-on à un retour à la surface éditorial(e) de toute son oeuvre?

Et pour finir ce long billet, une question subsidiaire: d'ici 2044, l'homme aura-t-il, ou non, posé le pied sur la planète Mars? 

6 mai 2021

La piscine - Jacques Deray / Max et les ferrailleurs - Claude Sautet

Dans treize jours, les salles de cinéma devraient rouvrir, hip hip hip, hourra!!!

En attendant, je continue à revoir quelques films qui sont devenus des classiques. Ce billet est une sorte de mini-hommage à Romy Schneider (disparue le 29 mai 1982) qui joue dans les deux films chroniqués.

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La piscine de Jacques Deray, sorti en France en janvier 1969 (il a été tourné en 1968), a permis à Romy Schneider de relancer sa carrière. Elle interprète Marianne qui file le parfait amour avec Jean-Paul (Alain Delon), un agent publicitaire. Ils passent des vacances idylliques dans une superbe villa au-dessus de Saint-Tropez. Ils reçoivent un coup de fil inattendu d'Harry Lannier (Maurice Ronet), qui a l'intention de venir avec sa fille Pénélope (Jane Birkin).  Harry, au sourire charmeur, arrive en Maserati, accompagné de Pénélope. Harry est le meilleur ami de Jean-Paul et l'ancien amant de Marianne. Petit à petit, un malaise s'installe au sein de ce quatuor, dans lequel Pénélope, qui parle peu va provoquer le chaos. Quelqu'un est assassiné, noyé dans la piscine, l'enquête n'aboutit à rien (dans la version que j'ai vue). Mais il existe une fin alternative. J'ai beaucoup aimé revoir ce film pour les acteurs qui sont tous magnifiquement filmés sous le soleil de Saint-Tropez dans une villa de rêve. Voir le billet d'Armelle. Le film a été redifffusé récemment sur Arte en hommage à Jean-Claude Carrière qui a co-écrit le scénario.

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Je passse à Max et les Ferrailleurs dont Strum a tiré un très beau billet. J'ai eu envie de revoir ce film de Claude Sautet sorti en 1971 et qui réunit une brochette d'acteurs français comme il n'y en a plus beaucoup: Bernard Fresson, François Périer, Georges Wilson, Phlippe Léotard, Bobby Lapointe (dans un petit rôle). Et bien entendu le couple de Les Choses de la vie, Michel Piccoli et Romy Schneider. Max (Michel Piccoli) est un inspecteur de police qui rêve d'attraper des gangsters en flagrant délit lors d'un casse. C'est un homme d'un abord froid au visage blafard à l'air inquiétant qui porte un chapeau et un costume sombre. Il rencontre fortuitement Abel, un ancien camarade de régiment (Bernard Fresson) qui est ferrailleur, pillant les chantiers avec toute une bande de petits truands aux casiers judiciaires plus ou moins chargés. Abel vit avec Lily (Romy Schneider), une prostituée d'origine allemande. De manière préméditée, Max fait la connaissance de Lily, dont il devient un des clients sans jamais coucher avec elle. Il se fait passer pour un banquier et arrive à influencer les ferrailleurs, par l'intermédiaire de Lily, pour organiser un futur hold-up. Michel Piccoli est absolument remarquable dans le rôle de Max et Romy Schneider est bien charmante. Un film à (re)voir.

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