Le blog de Dasola
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1 décembre 2007

Bijoux de la comédie américaine (3)

Pour finir ma trilogie subjective, "the Last but not least", La Garçonnière (The Apartment) de Billy Wilder (1906-2002), film en noir et blanc de 1960 avec les décors d'Alexandre Trauner, est un chef-d'oeuvre (je ne lésine pas sur le terme). C.C. "Bud" Baxter (Jack Lemmon), employé dans une grande entreprise située dans un building de New-York, est amené à prêter son appartement (sa garçonnière) à des supérieurs hiérarchiques qui lui promettent monts et merveilles, en particulier de l'avancement. Il doit gérer un agenda pour ne pas commettre d'impairs. Et bien évidemment, le pauvre Bud se trouve souvent à la porte dehors, le soir, quand ce n'est pas la nuit, pendant que ses "chefs" prennent du bon temps avec des représentantes du sexe féminin. Et on ne peut pas dire qu'il en soit remercié. Dans cette société, les ascenseurs jouent un certain rôle grâce à une liftière, Fran Kubelik (Shirley Mc Laine). Cette charmante jeune femme va croiser de plus en plus le chemin de Bud. Je ne dévoilerai pas la fin que tout le monde devinera peut-être. Mais avant d'y arriver, on aura pu admirer la superbe mécanique bien huilée du scénario et la mise en scène à la hauteur de Billy Wilder. Un classique à voir et à revoir. On ne s'en lasse pas.
J'ai choisi ces trois films sans raison particulière (mais les ai rangés dans un certain ordre), les trois histoires se passent à New-York, ville que j'adore, et j'aime beaucoup tous les acteurs. Ces films sont sans prétention et ne sont là que pour distraire.

15 novembre 2007

Millenium 3 - La reine dans le palais des courants d'air - Stieg Larsson

Je viens de terminer le tome 3, La Reine dans le palais des courants d'air, de la trilogie Millenium (voir mon billet du 21 janvier 2007) qui est en train de faire du bruit. Des panneaux immenses dans le métro parisien annoncent qu'un coffret des trois volumes est disponible. Et en cadeau, les lecteurs ont la chance d'avoir un fascicule "collector" d'une vingtaine de pages contenant les derniers mails échangés entre l'écrivain Stieg Larsson et son éditrice. L'auteur est mort subitement d'une crise cardiaque juste avant que les romans ne sortent en librairie. Tout cela pour dire que ce troisième et dernier volume termine en beauté cette entreprise. Il est la suite et fin de Millenium 2. C'est un roman à suspense où se mêlent des journalistes d'investigation, des "hackers", des policiers, des hommes politiques et des services secrets, et des proxénètes. Certains personnages comme la journaliste Erika Berger sont plus étoffés, d'autres font des apparitions. On s'attache à tous les protagonistes qui sont inspirés parfois par des personnages existants ou ayant existés. Stieg Larsson était lui-même rédacteur en chef d'une revue très semblable à Millenium. La trilogie est à lire dans l'ordre, même si le premier tome peut se lire séparément. Ne lisez pas le troisième avant le second. Mais lisez la trilogie, je pense que vous ne regretterez pas.

30 octobre 2007

Martine à travers les âges

L'autre jour, j'ai été invitée chez un couple qui a une petite fille de presque 5 ans. J'ai décidé d'apporter quelques livres d'enfants (plutôt que le traditionnel bouquet de fleurs!), et j'ai choisi "comme pour moi" à la FNAC. Notamment, j'ai découvert que la série que je lisais il y a près de 40 ans, "Martine", continue à être éditée et rééditée, et j'ai choisi les éditions reproduisant les couvertures d'époque. Eh bien, la gamine connaissait déjà la série par le "centre de loisirs" où elle va! Elle a feuilleté son exemplaire avec intérêt, et quelques jours plus tard sa maman m'a transmis quelques photos numériques de couvertures de livres, premières tentatives spontanées de sa fille en photographie paraît-il. Si elle y marque son nom comme recommandé (dès 5 ans, les enfants apprennent les lettres de leur nom à l'école!), j'espère au moins qu'elle utilisera un crayon et non un stylo pour ne pas abîmer définitivement ses bouquins. En tout cas, j'avais été amusée de voir que le papa connaissait lui aussi Martine.
PS: ce n'est pas pour faire de la pub, mais après une recherche sur internet, je viens de vérifier que le 57ème album (en 53 ans!) venait de paraître! Moi, j'en avais offert que je connaissais déjà. Les albums de Martine font 17 pages avec une jolie illustration par page accompagnée d'un texte très bien écrit qui raconte ce qui arrive à Martine (jolie petite fille aux cheveux auburn) dans des situations précises : Martine au théâtre, en bateau, aux sports d'hiver, en avion, etc. Martine a un papa, une maman, un chien (Patapouf), et un chat, Minet. Et elle a quelques camarades de jeu. Les auteurs de ces histoires sont Gilbert Delahaye (Textes) et Marcel Marlier (Aquarelles). Je suis contente que cette littérature enfantine de qualité perdure d'une génération à l'autre.

10 septembre 2007

Dessins animés - Tex Avery

Je viens de voir, avec mon ami, un coffret de 4 DVD paru il y a 5 ans qui contient un grand nombre de dessins animés de Tex Avery, soit à peu près 70 courts métrages d'environ 5 minutes chacun. Les films sont absolument tous géniaux, drôles, cruels, "politiquement incorrects" comme on dit maintenant. En dehors de Bugs Bunny dont Tex Avery est l'un des créateurs (1), les héros récurrents sont évidemment Droopy ("You know what, I'm happy"), petit chien blanc aux longues oreilles avec un air battu, Spike, gros chien pas très intelligent, le loup qui, dès qu'il voit une jolie fille, devient un être lubrique avec la langue pendante et les yeux qui sortent des orbites. La grand-mère du Petit Chaperon Rouge n'est pas en reste dès qu'elle voit le loup. D'autres personnages sont un écureuil, un petit cochon Porky, les deux ours, Georges et Junior (allusion à George et Lenny dans Des souris et des hommes de Steinbeck?). Il arrive même que des objets comme des voitures ou des avions s'animent et ressemblent à des êtres vivants. Dans les dessins animés, la musique, les accents de voix, les gags visuels provoquent une hilarité qui fait du bien. Si vous avez la chance de voir du Tex Avery, ne boudez pas votre plaisir. Cela n'a pas pris une ride.

(1) Suite à la question de Nio ci-dessous, voir l'article sur Bugs Bunny se trouvant en ligne sur Wikipedia au 12/09/2007 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bugs_Bunny) qui dit: "Bugs Bunny est un personnage de dessin animé états-unien créé par plusieurs dessinateurs dont Ben Hardaway. Il apparut pour la première fois à l'écran dans "Porky's Hare Hunt" (1938) de Ben Hardaway et Cal Dalton. Il devint le personnage que nous connaissons aujourd'hui sous la plume de Tex Avery dans "Wild Hare" (1940), produit par Chuck Jones."

5 septembre 2007

4 mois, 3 semaines et 2 jours - Cristian Mungiu

Palme d'Or en 2007 au Festival International de Cannes, 4 mois, 3 semaines et 2 jours se passe en 1987 pendant la dictature de Ceaucescu. L'avortement est interdit et puni de prison. Pourtant grâce à l'obstination qui va jusqu'au sacrifice d'Ottila, sa colocataire dans un foyer de jeunes filles, Gabita arrivera à se faire avorter. La vraie héroïne est Ottila, suivie au plus près par la caméra numérique. La couleur grise ou noirâtre est dominante dans le Bucarest de cette époque et pratiquement toute l'histoire se passe la nuit ou à la fin de la journée. Une immense tristesse se dégage de l'ensemble. On ressent les privations de la dictature, le marché noir est roi. La suspicion est partout. Pendant presque un quart du film, Ottila cherche une chambre d'hôtel pour qu'un certain monsieur Bebe (nom prédestiné) puisse pratiquer l'avortement en posant une sonde qui évacuera le foetus au bout d'un certain temps, 2 heures ou 2 jours. Pendant sa recherche, Ottila croise son petit ami qui l'invite à l'anniversaire de sa mère le soir même. Elle accepte d'y faire une apparition. Dans la chambre trouvée grâce à un bakchich (un paquet de cigarette) donné à la réceptionniste de l'hôtel, M. Bebe (personnage plutôt immonde) fera ce qu'il faut après s'être fait payer "en nature" (les deux jeunes femmes y passeront). La confrontation sordide entre cet homme ordinaire et médiocre et les deux filles se joue dans une chambre aux tons gris bleutés plutôt glauque. La scène forte du film se situe quand Ottila se rend chez sa peut-être future belle-famille alors qu'elle vient de laisser son amie toute seule dans la chambre d'hôtel. Dans un appartement exigu, Ottila est physiquement là avec plein de monde autour d'elle mais on la sent ailleurs. Son anxiété est palpable. Je pourrais encore en parler longtemps mais toujours est-il que c'est un film qui ne s'oublie pas. La Palme d'Or est amplement méritée.

3 mai 2007

Livres audio

Lectrice fervente, je plains beaucoup les personnes malvoyantes, ou non voyantes qui ne peuvent pas lire, en particulier les derniers best-sellers ou les livres dont on parle. En effet, j'ai constaté que la tradition du livre enregistré est peu répandue en France et ne se développe pas ou peu. Quelques éditeurs comme Gallimard font des efforts, depuis quelques années, en gravant sur CD des oeuvres plus ou moins connues, référencées dans leur catalogue. Gallimard a pris le parti de faire lire les textes intégraux ou abrégés par des comédiens connus. La bonne idée serait que tous les grands éditeurs prennent la même initiative et que des oeuvres récentes soient publiées et enregistrées en même temps. Je me doute que cela représenterait malheureusement un investissement financier trop important pour les petites maisons d'édition. En revanche, pour le grand public, cette manière de découvrir oralement des textes écrits devrait être un moyen agréable de découvrir ou redécouvrir un écrivain et donnerait un nouveau goût pour lire. (suite et complément sur le même sujet)

1 mai 2007

Jesus Camp - Heidi Ewing et Rachel Grady

Jesus Camp d'Heidi Ewing et Rachel Grady est un des plus grands films d'horreur que j'ai pu voir jusqu'à présent. Pourtant, il n'y aucun effet "gore", pas de sang, pas de corps démembrés. Seules des larmes coulent, celles d'enfants âgés entre 7 et 10 ans. En effet, ce sont de grands pécheurs et seul Jésus peut les sauver. Ils sont tellement mis en condition qu'ils pleurent à chaudes larmes. Mais juste après, on en voit qui entrent en transe comme possédés pour se purifier du mal. Les documentaristes ont filmé, dans le Missouri, une femme pasteur évangéliste qui se charge "d'endoctriner" des enfants qui apprennent même à détester Harry Potter, parce que sorcier, et donc incarnation du mal. Ils doivent devenir la génération future de chrétiens qui sauveront les Etats-Unis des non chrétiens. Ces enfants, pour la plupart, ne vont pas à l'école, ce sont les mamans qui donnent les cours. Pendant l'été, les enfants seuls ou accompagnés de leurs parents passent une semaine dans un camp de la Bible où ils écoutent toute la journée des prêches de la femme pasteur ou d'autres, dont un homme qui démontre qu'un foetus est déjà un être humain et que 50 millions d'enfants ne naissent jamais parce que les mamans ont avorté. De temps en temps, la femme pasteur parle face à la caméra en expliquant sans se démonter que les enfants de ces âges-là sont les plus malléables et réceptifs aux messages et qu'ils sont faciles à conditionner. D'après le mini-dossier de presse, on nous apprend que les Etats-Unis comptent 80 à 100 millions d'évangélistes dont Georges Bush. Ils représentaient 53% des suffrages en 2004 lors de l'élection présidentielle. Leur discours fait vraiment froid dans le dos. Pas de parole de paix, de tolérance envers l'autre. Malheureusement, c'est cela aussi l'Amérique.

25 avril 2007

Racines amères - Claude Amoz

Je viens de lire un recueil de 11 nouvelles, Racines amères de Claude Amoz (parues aux Editions de poche Rivages/noir). Cet auteur, que je ne connaissais pas, je l'ai découvert grâce à M. C. Le Nocher alias le blogueur http://suspense.aceblog.fr (1). Chaque nouvelle fait entre 5 pages (les plus courtes) et 20 pages et met en scène des gens ordinaires dont on apprend qu'ils ont un passé souvent douloureux. Les deux conflits mondiaux (1914-1918, 1939-1945) ainsi que la guerre d'Algérie ont joué des rôles importants, ou alors, au sein d'une famille, une tragédie domestique est survenue. Ces nouvelles montrent que même dans le présent, le passé est toujours là, ou bien alors, il ressurgit d'un moment à l'autre. Très bien écrit, ce recueil donne envie de découvrir d'autres oeuvres de cet auteur qui est une femme. Son nom de plume, Claude Amoz, est un pseudonyme.

(1) Ce blog ayant disparu au 3ème trimestre 2007, Claude Le Nocher en a recréé un en janvier 2008: http://action-suspense.over-blog.com.

22 avril 2007

Musiques ou chansons dans les films

Suite à mon billet du 4 avril 2007, je continue sur le sujet des musiques et chansons dans les films. Haendel, Richard Strauss et Johann Strauss sont redevenus connus du grand public du moins un temps, grâce à Stanley Kubrick. La sarabande d'Haendel est passée sur toutes les radios quand Barry Lyndon (1975) est sorti. La musique d'ouverture de 2001, Odyssée de l'Espace (1968), s'intitule Ainsi parlait Zarathoustra composé par Richard Strauss et le Beau Danube bleu de Johann Strauss fils accompagne la navette spatiale autour de la Terre. Ces musiques sont devenues des "tubes" au hit parade classique. Grâce à Nina Companeez et Michel Deville, j'ai découvert la musique de Bellini dans Raphaël ou le débauché (1969). J'ai acheté tous les opéras concernés pour trouver les extraits que l'on entend dans le film. Nos meilleures années (La meglio gioventù) (2003) m'a permis d'apprécier encore plus qu'avant les compositions d'Astor Piazzola, en particulier Oblivion. Dans le film Closer (2004), j'ai découvert Damien Rice. J'ai acheté le disque d'où sont tirées les deux chansons que l'on entend dans le film. Par là même, j'ai écouté tout le disque des 10 chansons en boucle. C'est aussi cela le cinéma.

21 avril 2007

Jean-Pierre Cassel

Ce grand monsieur qui vient de disparaître jeudi 19 avril 2007 n'était pas seulement le papa de Vincent mais aussi un excellent comédien découvert par Gene Kelly grâce à ses talents de danseur, en particulier de claquettes. Dans les dernières années, il a pas mal joué avec de jeunes réalisateurs dont Roschdy Zem, très récemment dans Mauvaise Foi. Je l'avais beaucoup apprécié dans l'Ours et la poupée de Michel Deville (1969) avec Brigitte Bardot vu à la télévision pour laquelle il a énormément tourné jusqu'à récemment. Il fut un des protagonistes de l'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969). Etant bilingue, il a même joué dans certaines productions internationales comme le Crime de l'Orient-Express de Sydney Lumet (1974) entouré d'une pléiade d'acteurs comme Richard Widmark, Ingrid Bergman et Albert Finney. Au revoir Monsieur Cassel.

20 avril 2007

Box Office : américain vs français

Pour le box-office américain, les chiffres communiqués sont des sommes en US $. Pour le box-office français, on parle moins d'argent, on donne le nombre d'entrées. Première différence. Ensuite, la date de sortie hebdomadaire est le mercredi en France (l'un des seuls pays à avoir choisi ce jour), tandis que les films sortent le vendredi aux Etats-Unis. Dans ce pays, dès le dimanche midi, on sait si les films seront des succès ou des "bides". Pour le box-office français, il existe un site très bien que l'on m'a fait découvrir : http://allocine.fr/boxoffice/ qui est gratuit. Petit bémol, les chiffres publiés la semaine "N-1" ne paraissent que la semaine "N". Et n'oublions pas (1) le site de Jérôme, www.cinefeed.com sur lequel apparaissent les prévisions pour chaque semaine pour les chiffres d'entrée et le box-office proprement dit. En revanche, aux Etats-Unis où le cinéma est une véritable industrie et plus vraiment un art, plusieurs sites existent en dehors de Hollywood reporter et Variety qui sont très payants. D'abord, un premier, http://boxofficemojo.com  sur lequel on trouve plein d'informations intéressantes mises à jour quotidiennement dont évidemment le box-office. Puis, citons-en un autre très bien fait avec, en plus du box-office, le hit-parade des critiques de cinéma américains : http://rottentomatoes.com  (littéralement : tomates pourries). Pour un film donné, le pourcentage (tomatometer de son petit nom) est calculé selon les bonnes ou mauvaises critiques parues dans les grands quotidiens américains ou magazines spécialisés. Pour les bonnes : des tomates rouges, pour les mauvaises : un grand "splash" vert. Aux Etats-Unis, un film "descendu" par la critique est souvent un échec.  Il serait intéressant qu'un site équivalent en français soit créé afin que les spectateurs se fassent une opinion sur tel ou tel film. A suivre.

(1) Malencontreusement omis, cf. commentaires ci-dessous.

31 mai 2013

Le passé - Asghar Farhadi

Après La Grande bellezza (reparti malheureusement bredouille de Cannes), voici Le passé, qui était aussi en compétition au Festival International du cinéma de Cannes de cette année (2013). Le film a été récompensé grâce au prix d'interprétation féminine à Bérénice Bejo (plutôt mérité). Je dis tout de suite que c'est un film estimable mais pas aussi fort qu'Une séparation, A propos d'Elly ou Les enfants de Belle Ville. Déjà le titre "Le passé" me paraît incongru car on parle très peu du passé des personnages, mais plutôt du présent et d'un futur incertain. Ahmad, un Iranien, revient en France quatre ans après être parti. Il doit signer les papiers de son divorce avec Marie. Cette dernière vit dans un pavillon de banlieue triste. L'appartement est aussi en friche que sa vie. Enceinte de deux mois et mère de deux filles, elle loge aussi Fouad, un petit garçon, le fils de son nouveau compagnon, Samir. On ne saura rien d'Ahmad, même pas sa profession. Il s'implique dans la vie de cette famille, même si c'est pour peu de temps, et de façon parfois maladroite, en voulant bien faire. Face à lui, Marie est une jeune femme nerveuse qui frôle parfois l'hystérie. Je dois dire que ce personnage m'a beaucoup horripilée. Pendant 2H10, on va de révélation en révélation sur la vie de cette famille recomposée, où je n'ai pas trouvé beaucoup de tendresse, sauf des mains qui se touchent ou qui se frôlent. Marie et Samir sont censés s'aimer et bien cela ne se voit pas à l'écran. J'ai trouvé que le film s'étirait en longueur sur la fin, dommage. Malgré mes réserves, c'est quand même un film à voir encore que j'ai préféré L'attentat.

21 janvier 2007

Trilogie Millenium - Stieg Larsson

Les deux premiers tomes sont parus et j'attends avec une grande impatience le 3ème qui doit sortir à la fin de l'année. L'auteur, Stieg Larsson, a remis cette trilogie à son éditeur en 2004 et est décédé peu après d'une crise cardiaque. Cette trilogie parue aux Editions Actes Sud est à lire toutes affaires cessantes. Les intrigues des deux premiers tomes sont passionnantes de bout en bout. L'auteur suédois situe ses intrigues en Suède. Les principaux protagonistes sont un journaliste et une jeune femme qui semble être désaxée mais qui dans les deux premiers tomes se révèle être pleine de ressources et une "hacker" hors pair, ce qui lui permet de se sortir de situations inextricables. Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, T1, et La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, T2 (les titres sont singuliers surtout le deuxième) vous laissent un sentiment de frustration car on n'attend qu'une chose, le 3ème tome, qui doit paraître sous le titre La reine dans le palais des courants d'air. (chroniqué le 15/11/2007)

20 février 2024

Nuit noire en Anatolie - Özcan Alper

La bande-annonce m'avait paru prometteuse et en effet, je n'ai pas été déçue par Nuit noire en Anatolie de Özcan Alper. Le film se déroule de nos jours (avec un retour en arrière) en Anatolie. Ishak, les cheveux hirsutes, est un joueur de luth qui joue de son instrument à l'occasion de mariages ou dans des boîtes de nuit. Un jour, on l'appelle pour qu'il revienne assister sa mère mourante. Il a quitté son village natal sept ans plus tôt et on apprend pourquoi au fur et à mesure du déroulement de l'histoire. La disparition suspecte d'Ali, un jeune garde forestier, est en effet survenue à cette époque. Ali venait d'Istanbul, il avait dans l'idée de croiser un caracal, un félin pratiquement disparu dans la région. Il s'est mis presque tout de suite les hommes du village à dos car il enlève les pièges à ours et arrête sans ménagement les contrevenants. Par ailleurs, plutôt beau garçon, il séduit Sultan, la jolie fille à marier du village, en lui donnant des leçons de maths. Les rumeurs circulent dans le village sur le fait qu'Ali "en est" d'autant plus qu'un jour lui et Ishak se baignent ensemble dans un point d'eau. Je vous laisse découvrir les péripéties de ce film qui aborde le sujet de l'homosexualité avec délicatesse et plein de non-dits. Les images sont magnifiques. Il faut dire que le paysage pentu est extraordinaire. Il est escarpé avec des gouffres abyssaux. Les pierres et les conifères se côtoient. On sent le danger en permanence. Un très beau film qui m'a fait penser à Burning days dans le traitement du sujet. Lire le billet de Mymp qui a aimé autant que moi.

28 juin 2022

El buen patrón - Fernando León de Aranoa

Après 16 jours sans être allée au cinéma (aucun film ne me tentait), je me suis décidée à aller voir El buen patrón, un film espagnol récompensé par 6 Goya (l'équivalent des César en Espagne). Cette tragi-comédie se passe de nos jours. Julio Blanco, PDG de l'entreprise Les balances Blanco, semble être un patron modèle. Il dit et redit à tous ses employés qu'ils forment tous une grande famille. Avec sa femme qui tient une boutique de prêt-à-porter, il forme un couple uni mais sans enfant. L'histoire se déroule sur un peu plus d'une semaine. L'entreprise fait partie des trois finalistes pour obtenir le trophée de la meilleure entreprise de la région. Julio est sur les starting-block mais rien ne va se dérouler comme prévu. Un employé récemment licencié fait un sit-in en face de l'entrée de l'usine sur un bout de terrain qui n'appartient à personne. Il n'y a rien à faire pour le déloger. Miralles, le bras droit et ami d'enfance de Julio, a "pété un câble : sa femme le trompe et elle voudrait le quitter. Miralles fait de graves erreurs dans la passation des commandes. Sinon Julio ne se montre pas insensible aux charmes et à la jeunesse des nouvelles stagiaires qui restent plus ou moins longtemps. Parmi elles, il a jeté son dévolu sur Liliana, spécialiste en marketing. Il va se rendre compte à la fin que ce n'était pas un bon choix. Julio, sous ses airs débonnaires, est un homme qui n'a pas d'état d'âme et il fait tout pour arriver à ses fins. Il peut éprouver de l'empathie mais avec des limites. Il est bon et méchant "en même temps". Comme pour ses balances, il faut que tout s'équilibre, même en trichant. Ce film est une comédie acide. Le dernier plan en est une bonne illustration. Tous les acteurs (pas ou peu connus en France sauf Javier Bardem) sont formidables. Un film de deux heures que je conseille. 

30 juillet 2018

Une pluie sans fin - Yue Dong

L'histoire d'Une pluie sans fin du réalisateur chinois Yue Dong (c'est son premier film) rappelle beaucoup celle du film Memories of a murder de Joon-ho Bong sorti en France en 2004 (c'était aussi le premier film du réalisateur sud-coréen). D'ailleurs, j'écrirai bientôt un billet sur Memories of Murder que je viens de revoir en Blu-Ray dans une très belle édition qui vient de sortir.

Pour en revenir à Une pluie sans fin, l'histoire se passe en 1997 (année de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine). Yu Guowei fait partie du service de sécurité d'une entreprise d'Etat fabriquant de l'acier, située dans la province du Hunan dans le sud de la Chine. Un jour, il se fait virer de l'usine avec d'autres ouvriers, mais cela ne l'empêche pas de revenir dans ce lieu pour mener une enquête. En effet, Yu a été appelé par la police afin qu'il aide les policiers à élucider le meurtre de plusieurs jeunes femmes dont les corps ont été retrouvés près de l'usine. Yu Guowei est plein d'enthousiasme et d'idées pour trouver le meurtrier. Pendant son enquête, il va croiser la route de Yanzi, une jeune prostituée à qui il va acheter un salon de coiffure. Il croise aussi la route du tueur. Cela donne lieu à une course-poursuite mémorable (la meilleure séquence du film). Mais quand je suis sortie de la salle de projection, je me suis fait la même réflexion qu'une autre spectatrice : que de pluie! Que de pluie! Pratiquement omniprésente du début à la fin. Une pluie sans fin fait une description peu réjouissante de la Chine. Je dirais que j'ai trouvé le film intéressant mais avec des "trous" dans le scénario qui lui donnent un côté décousu. C'est d'abord un film policier, mais il y a le reste: un portrait de la Chine en 1997 et les rapports plein de non-dits entre Yu et Yanzi. Cela fait beaucoup pour un seul film. Il manque quelque chose pour que cette oeuvre soit un grand film même si je peux vous le conseiller. Lire les billets de Pascale et larroseurarrose.

15 décembre 2013

Le démantèlement - Sébastien Pilote

je vous conseille de ne pas louper Le démantèlement, film québécois de Sébastien Pilote, s'il passe par chez vous. Gabriel (Gaby) Bouchard, un "niaiseux" de 63 ans - comme le surnome un voisin -, vit de l'élevage d'agneaux et brebis depuis 40 ans. Il est le seul des trois frères Bouchard à s'être occupé du très conséquent domaine. En effet, en plus de la bergerie, il possède beaucoup de terrain, une grande remise et une très belle maison, dans laquelle il vit seul, séparé de sa femme depuis plus de vingt ans. Père de deux filles, il ne les voit que très rarement: l'une, Marie, est mère de famille, et l'autre, Frédérique, est actrice de théâtre et se produit à Montréal. Et Gaby prouve qu'il aime ses filles en prenant une décision radicale: vendre tout afin que sa fille Marie (qui lui annonce qu'elle se sépare de son mari) puisse rembourser ses dettes. Gaby va démanteler son domaine en vendant tout aux enchères. Avant d'en arriver là, il recherche un appartement, essaie de renouer avec sa femme, tient tête à ses deux frères, essaie de se débarrasser de son chien (moi j'en avais le coeur serré). Gaby est un brave homme qui veut que ses filles soient heureuses, c'est tout ce qui compte. Je suis sortie assez remuée par ce film d'autant plus que Gabriel Arcand (le frère du réalisateur Denys Arcand), qui interprète Gaby et qui a l'âge du rôle, est vraiment très bien. Il joue avec une grande sobriété. Donc, je le redis, je vous conseille ce film.

14 septembre 2014

Gemma Bovery - Anne Fontaine / Mademoiselle Julie - Liv Ullmann

Pour la projection de Gemma Bovery en avant-première, on était une vingtaine dans la salle de 200 places. Pour Mademoiselle Julie, on était sept pour une contenance aussi de 200 places. Le point commun entre ces deux films, à part le fait qu'ils sont adaptés plus ou moins librement d'oeuvres littéraire et théâtrale très connues où les héroïnes ont des destins tragiques, et qu'ils sont réalisés par des femmes, est que je les ai vus dans le même complexe cinématographique au nord de Paris. Depuis son inauguration voici presque un an, je constate avec inquiétude, quand j'y vais, que les spectateurs manquent à l'appel. Je sais que ce complexe n'est pas très bien desservi par les transports en commun; en particulier, il n'y a pas de station de métro proche (mais il y a le tramway). Personnellement, j'y vais à pied, habitant à un quart d'heure de là. J'espère que ces salles vont voir leur fréquentation augmentée d'ici un ou deux ans. En effet, des milliers de logements sont en cours de construction dans cette partie nord de Paris (boulevard Mac Donald); de plus, une passerelle est en train d'être construite au dessus du périphérique pour relier cette partie de Paris à la ville d'Aubervilliers.

Pour en revenir à Gemma Bovery d'Anne Fontaine, le film est une adaptation du roman graphique de l'Anglaise Posy Simmonds qui s'est elle-même inspirée de Madame Bovary, le roman de Gustave Flaubert. Martin Joubert (Fabrice Luchini), marié et père d'un grand adolescent, est un ex-bobo parisien qui rédigeait des notules dans l'édition. Depuis quelques années, il a repris la boulangerie de son père dans une petite ville de Normandie. Il faut le voir pétrir sa pâte.  Cela n'empêche pas Martin d'avoir garder sa passion pour les beaux textes en général et pour Madame Bovary en particulier. Et il n'en revient pas quand il apprend le nom des nouveaux occupants de la maison voisine de la sienne: Gemma et Charly Bovery, un jeune couple d'Anglais. Gemma est une jeune femme rayonnante qui semble s'ennuyer, Charly n'est pas médecin mais il fait de fréquents déplacements à Londres, il vend du vin et accessoirement, restaure des objets. Joubert, qui est le narrateur du film et dont l'imagination n'a pas de limites, a l'impression que Gemma va connaître le triste destin de l'héroïne de Flaubert. Il n'a de cesse d'essayer de faire changer les choses mais en vain. Il assiste même de loin à la liaison entre Gemma et Rodolphe (pardon, Hervé dans le film, un jeune bellâtre). La réussite du film tient beaucoup au charme déployé par Gemma Arterton et j'ai trouvé Luchini vraiment très bien. Cela m'a presque donné envie de lire le roman de Gustave Flaubert (je ne l'ai jamais terminé) et pourquoi pas Anna Karénine (ceux qui verront le film que je recommande sauront pourquoi). Lire les billets de Cathulu ou Cachou.

Maintenant, je passe à Mademoiselle Julie de Liv Ullman qui a aussi écrit l'adaptation d'après la pièce (écrite en 1888) d'August Strindberg. Le film dure 2H10 et c'est son gros défaut. La pièce d'origine est courte et représente en général 1H30 de représentation sur scène. Le film m'a paru long, très long malgré les trois acteurs (Jessica Chastain, Colin Farrell et Emily Norton) qui sont formidables. La réalisatrice a à peu près respecté l'unité de lieu (un grand domaine), de temps (la nuit de la Saint-Jean) et d'action, le jeu de séduction entre Mademoiselle Julie, fille de baron, et Jean (John), le domestique, avec comme témoin Kristin (Kathleen) la cuisinière. Je trouve que c'est une oeuvre qui est intéressante mais qui a vieilli de par son sujet: une jeune femme de la "haute" qui veut séduire quelqu'un qui est d'une classe sociale inférieure, tout en le méprisant (comme elle méprise les représentants de la gent masculine). Ella agit envers lui avec condescendance. De même Jean et Kristin éprouvent un certain mépris envers Mademoiselle Julie qui a osé s'abaisser à leur niveau. La réalisatrice a ajouté des choses: on voit Mademoiselle Julie enfant dans le préambule, la musique est très présente et meuble les temps d'arrêt, cela n'ajoute rien. Dommage. Lisez plutôt la pièce. [Pour ce film, voir le billet d'Alex_6].

26 septembre 2013

Ma vie avec Liberace - Steven Soderbergh / Gibraltar - Julien Leclercq

Voici deux films vus récemment qui méritent éventuellement votre attention.

D'abord Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh, pour lequel Michael Douglas vient de recevoir un "Emmy award" (1) pour son interprétation. En effet, sorti en salles en France, ce téléfilm n'a eu droit aux Etats-Unis qu'à une diffusion télé sur la chaîne HBO qui l'a produit. Présenté à Cannes, Ma vie avec Liberace a reçu des critiques très favorable. Liberace (1919-1987) est peu connu en France. Dès l'âge de 4 ans, il a commencé à apprendre le piano. Il a connu la célébrité dans les années 1950 à 70 quand il passait à la télé américaine, jouant des airs connus de musique classique ou des airs plus populaires avec beaucoup de virtuosité. Il s'est surtout produit à Las Vegas. Le film retrace les 10 dernières années de la vie de Liberace entre 1977 et 1987 (il est mort du Sida), et en particulier, l'époque de sa liaison houleuse avec Scott Thorson qui fut son secrétaire, son garde du corps et son amant. Par ailleurs, il a toujours nié son homosexualité. Liberace (qui n'est pas un personnage très sympathique) est très bien interprété par Michael Douglas, mais j'ai surtout admiré l'interprétation de Matt Damon qui joue Scott Thorson. Son rôle est complexe. En homme amoureux et jaloux qui accepte de faire de la chirurgie esthétique pour ressembler à son amant Liberace, d'affiner sa silhouette. Matt Damon émeut beaucoup. Rien que pour lui, allez voir ce film.

Maintenant, je passe à Gibraltar de Julien Leclercq qui permet à Gilles Lellouche de trouver un rôle assez intense. Il interprète un propriétaire d'un bar criblé de dettes et détenteur d'un bateau à Gibraltar, bout de terre anglaise au sud de l'Espagne où se passent de nombreux trafics (14 km de mer séparent l'Espagne du Maroc). Marc Duval (Gilles Lellouche) devient convoyeur de drogue et d'armes (presque) malgré lui en acceptant de travailler pour les douanes françaises. A force de jouer un jeu dangereux avec les gangs irlandais et un baron de la drogue italien, il ne va pas sortir indemne de cette épreuve. D'autant plus qu'il a une femme, une petite fille et une soeur qui lui donnent du souci. La mise en scène est nerveuse. Cela se laisse voir. Le scénario est tirée d'une histoire vraie.

(1) C'est à peu près l'équivalent des Oscars pour la télévision.

17 juin 2011

Une séparation - Asghar Farhadi

Une séparation du réalisateur iranien Asghar Farhadi, récompensé par l'Ours d'or du meilleur film et de deux Ours d'argent aux deux acteurs principaux à l'issue du dernier festival de Berlin, est bien à mon avis le chef-d'oeuvre annoncé. Courez le voir. D'ailleurs, deux semaines après sa sortie, c'est un triomphe en France.
Tout est réussi dans ce film: le scénario très bien écrit, la réalisation, l'interprétation. Je retiens la première séquence où Nader et Simin, assis devant le juge (que l'on ne voit pas), se déchirent face à la caméra. Simin veut partir à l'étranger avec sa fille de 11 ans. C'est pourquoi elle demande le divorce. Nader, qui s'occupe de son père atteint de la maladie d'Alzheimer, la laisse partir du foyer conjugal, mais garde sa fille, Termeh. A partir de là, on assiste à un enchaînement d'événements dans lesquels un autre couple (avec une petite fille) joue un rôle essentiel: Hodjat, le cordonnier chômeur souffrant de dépression, et Razieh, sa femme, très attachée aux préceptes de l'Islam, embauchée par Nader pour s'occuper de son père. Un drame survient. On peut noter qu'en Iran, les conflits entre les êtres, la lutte des classes, les problèmes de couple sont les mêmes que partout ailleurs dans le monde. L'histoire montre que les gens vont volontiers devant le juge pour plaider leur cause. Le juge, c'est chaque spectateur qui doute de ce qu'il entend ou de ce qu'il croit voir. C'est tellement bien que je pense retourner le revoir une deuxième fois rien que pour certains scènes du film dont celle que j'ai considéré tout de suite comme la scène-clé: Razieh part à la recherche du père de Nader qui s'est enfui de l'appartement. Cette scène est coupée avant la fin. La séquence finale (une attente) est remarquable. Un des films de l'année 2011 et un réalisateur à suivre après A propos d'Elly. Lire les billets de Chris et Jérémy.

30 septembre 2010

Pythagore, je t'adore - Patrick Cauvin

Encore un billet de Ta d loi du cine, squatter...

C'est le récent décès de cet "écrivain populaire" (comme l'a qualifié il y a quelques jours un libraire auquel je venais d'acheter d'occasion quelques-uns de ses livres) qui m'a fait découvrir ce titre (Pythagore, je t'adore) de Patrick Cauvin. Il s'agit de la suite (parue en 1999) de E=MC2 mon amour (paru en 1977) (1) que j'avais acheté et lu il y a une vingtaine d'années (je marque les dates d'acquisition dans tous mes livres: c'est pratique!). Les jeunes héros et héroïne ont 4 ans de plus (ce qui les a amenés à 15). Ils s'étaient perdus de vue après l'interruption de leur correspondance (dépression de Daniel suite au décès de sa mère; "oubli" pour Laureen après deux courriers restés sans réponse). Et puis, leurs souvenirs remontent à la surface chacun de son côté, accompagnés du manque de l'autre. Cette fois, ils peuvent bénéficier de davantage d'autonomie dans leurs quêtes respectives. Et finalement, c'est à l'aéroport que leurs chemins arrivent à se croiser. A partir de là, ça pastiche fort gentiment Sulitzer (dont la grande époque était déjà derrière lui, sauf erreur de ma part); mais ça reste jeune (vert et tendre). Leur vieux complice Julius ne reparaît pas: il est peut-être mort entretemps? Deux ou trois personnages secondaires le remplacent. Et tout est bien qui finit mieux.

Je vais vous déflorer le passage le plus croustillant du roman (foi de garçon!).

"- Il faut qu'on étudie à fond tous les paramètres, dit Michon [le père de Daniel].
Re-silence.
- Autre question, dit Kay [la mère de Laureen], ça n'est pas lié directement à votre affaire, mais en tant que mère, si tant est que j'en sois une, je me permets de vous la poser: vous en êtes où tous les deux l'un par rapport à l'autre?
Théramène [Inspecteur de l'Education Nationale] baissa pudiquement les yeux.
Richard King [père de Laureen] eut l'air vaguement gêné, tandis que l'ancien chauffeur de taxi [Michon père] se boxait la cuisse.
- C'est vrai ça, vous ne nous avez pas dit où vous en étiez...
Laureen écarta une mèche de sa tempe.
- Ce qu'on peut vous dire, dit-elle, c'est qu'on n'a plus onze ans.
- Merci du renseignement, dit Michon, ça veut dire quoi?
- Ca veut dire qu'on en a quinze, papa...
- Et alors?
Théramène eut un long soupir, une brise matinale sur des blés frais coupés. Il avait fini la veille Les Amants de septembre, la suite de Deux pour la vie.
- Cela signifie que de nos jours l'âge des lys et des passions muettes a cédé la place à celui des roses et des fusions plénières.
Tous les yeux convergèrent vers lui.
- Vous pouvez traduire? demanda Richard.
- Il y en a marre, dit Laureen. Si vous voulez savoir si on couche ensemble, c'est simple: c'est oui.
Richard King émit un râle prolongé de paquebot demandant l'entrée du port.
- Vous vous attendiez à quoi? demanda Semperech [associé de nos deux petits génies]. Et en plus, ce sont des surdoués, vous voulez tout de même pas qu'ils aient du retard précisément là où les autres prennent de l'avance!"

Autres titres que je possède: Monsieur papa (acheté et lu en 1996; relu en 2022 et chroniqué le 21/08/2022); Nous allions vers les beaux jours, L'amour aveugle et Povchéri (tous trois dans ma PAL depuis le 02/09/2010).

(1) Pour ceux et celles qui ne connaissent pas, voici la citation de la 4ème de couverture de E=MC2 mon amour (en Poche): "Lui un peu voyou, elle un peu bêcheuse, ces deux bambins qui totalisent moins de vingt-trois printemps vont se rencontrer, se flairer, se reconnaître et vivre dans l'incompréhension générale ce qu'il est légitime d'appeler un grand amour.
J'aime dans le roman de Patrick Cauvin - outre toutes les qualités de fraîcheur, de légèreté, d'invention qu'il faut pour faire l'enfant sans faire la bête - j'aime ce qu'il dit sans avoir l'air d'y toucher et qui va beaucoup plus loin que son joli récit." François Nourissier

11 juin 2010

Policier, adjectif - Corneliu Porumboiu

Et voici encore un film à ne pas manquer s'il passe par chez vous. Il s'agit de Policier, adjectif d'un réalisateur roumain qui a déjà été l'auteur de 2h38, à l'est de Bucarest en 2006 (que je n'ai pas vu). Pendant près de 2 heures, cette fiction qui s'apparente presque à un documentaire suit un jeune policier, Cristi, dans son quotidien avec ses collègues, un jeune indic, ses demandes pour faire avancer son enquête, ses filatures et ses attentes. On lit ses rapports écrits (circonstanciés) en temps réel; on le suit chez lui, pendant une soirée avec sa jeune femme qui est institutrice. C'est l'occasion d'assister à l'une des deux longues scènes marquantes du film, pendant laquelle l'épouse de Cristi, Anca, écoute une chanteuse qui chante à tue-tête, sur un site internet, une chanson répétitive un peu mièvre. Elle en fait, par la suite, une explication de texte à son mari. La mission qui occupe tout le temps de Cristi est de surveiller un jeune qui offre du haschisch à deux autres camarades de lycée. Ce délit est puni par la loi en Roumanie. Cristi trouve que les agissements du jeune homme sont relativement anodins et qu'il ne mérite pas d'aller en prison. Ce n'est pas l'avis de son chef hiérarchique qui veut organiser un "flagrant délit". La caméra ne perd jamais de vue Cristi qui est de tous les plans sauf la dernière grande séquence qui est la deuxième longue scène notable dans laquelle son chef, le commandant de police, lui explique le sens des mots "loi", "conscience" et policier" à l'aide d'un dictionnaire de lexicologie roumaine. C'est un film tour à tour silencieux, bavard ou bruyant. J'ai été passionnée de bout en bout par cette histoire où il ne se passe pas grand-chose mais où je n'ai pas vu le temps passer.

Quelques remarques pour terminer: je me rends compte que je vais de plus en plus volontiers voir ce genre de films de qualité qui font réfléchir ou qui m'apprennent quelque chose, où l'on n'a pas l'impression de perdre son temps, où il n'y a pas de violence gratuite ou de vulgarité. Ce cinéma permet de faire connaissance avec d'autres cultures. Il n'a guère d'écho dans la presse, sort souvent en catimini à Paris, je ne sais pas trop quel en est le taux de sortie en province... Moi qui appréciais beaucoup le cinéma américain, je suis perplexe voire inquiète sur les sorties des semaines à venir dans les salles: peut-être est-ce moi qui me lasse, mais je n'ai pas l'impression qu'il y ait beaucoup de sorties intéressantes prévues avant un certain temps? Qu'en pensez-vous? Les tout derniers films américains que j'ai vus (et que je déconseille - je ne les ai pas [encore] commentés) sont L'élite de Brooklyn d'Antoine Fuqua (il y en a marre de tout ce sang qui gicle: j'ai failli partir avant la fin même si les comédiens ne sont pourtant pas en cause), et Crazy night de Shawn Levy (nul, pas drôle, consternant de bêtise).

17 mai 2010

Dérive sanglante / Casco Bay / Dark Tiger - William G. Tapply

N'ayant lu que de bonnes critiques sur les blogs (Aifelle, Kathel et Amanda entre autres), je me suis décidée (avec du retard) à acheter trois romans policiers de William Tapply, que j'ai lus d'une traite avec grand plaisir. Ils ont été publiés aux éditions Gallmeister. Le personnage central est Stonewall Jackson Calhoun, âgé d'une trentaine d'années, un homme sans passé qui a été frappé par la foudre quelques années auparavant. Devenu sourd d'une oreille et marqué par une cicatrice dans le dos en forme d'éclair, Stonewall a tout oublié suite à ce choc. Il a passé plusieurs mois dans un hôpital. Maintenant, Stonewall s'est retiré dans l'Etat du Maine (à la pointe nord est des USA) couvert de lacs très poissonneux entourés de bois. Il vit dans une cabane en compagnie de son chien Ralph, un épagneul breton. En plus de la pension d'invalidité qu'il reçoit, il travaille dans la boutique de Kate Balaban (dont il est tombé amoureux au premier regard). Plus tard, il s'associera avec elle, il s'agit d'une boutique d'articles de pêche pas très florissante. Les mouches ou tous autres appâts sont leur fonds de commerce. Ils organisent aussi des sorties sur un bateau de pêche pour des clients occasionnels. A la lecture des trois romans, on apprend des choses sur Stonewall mais on reste dans le vague. Stonewall a une mémoire photographique, aime la musique classique, connaît des techniques de combat et sait qu'il peut piloter un avion. En revanche, il ne sait pas s'il a été marié, s'il a des enfants, etc. Un homme que Stonewall a surnommé l'Homme au costume vient régulièrement le visiter pour lui demander, un peu menaçant, s'il a des souvenirs. Stonewall pressent qu'il vaut mieux qu'il ne se souvienne de rien.
Venons-en aux romans proprement dits.

Dans Dérive sanglante (Bitch creek en VO), Stoney (diminutif de Stonewall) enquête (avec l'accord du shérif du coin) sur la mort de Lyle qui était un ami étudiant (qui l'avait aidé à la construction de la cabane et lui avait apporté un jour Ralf, âgé de 8 semaines). Lyle prenait le relais de Stoney et Kate lors des sorties "pêche à la mouche". D'ailleurs au détour des pages des trois romans, l'auteur nous apprend quelques trucs sur la pêche. On sent le plaisir d'attraper un poisson, saumon ou truite, qui est ensuite remis dans l'eau. C'est lors d'une sortie dans la région avec un client que Lyle est retrouvé noyé dans une grande mare peu profonde. Il a aussi une balle dans le corps. Le client a disparu. L'enquête va faire ressurgir un passé tragique remontant à la fin de la seconde guerre mondiale.

Dans Casco Bay (The Gray ghost en VO), Stoney, devenu shérif adjoint bénévole, enquête sur la mort d'un homme qu'il avait emmené à la pêche peu de jours auparavant. Cette sortie avait été abrégée suite à une découverte macabre (un cadavre mutilé et carbonisé) sur une île de Casco Bay (d'autres cadavres vont être découverts). L'histoire se passe deux ans après Dérive sanglante. Entretemps, les relations entre Kate et Calhoun sont devenues houleuses même s'ils continuent de se voir. Kate aime Calhoun mais elle est mariée par ailleurs à Walter. Ce dernier gravement malade accepte la liaison adultère de sa femme qui a du mal à vivre cette situation. Sans dévoiler trop de l'histoire, je peux dire que les cadavres carbonisés n'étaient pas des hommes recommandables. "The Gray ghost" a deux significations dans le roman: c'est le nom d'une mouche qui sert d'appât pour la pêche et c'est aussi le surnom donné aux bonnes soeurs avec des robes grises qui vivaient sur l'île (où l'on a trouvé le premier cadavre) des dizaines d'années auparavant.

Quant à Dark Tiger (le titre original est le même, c'est aussi le nom d'une mouche-appât), l'histoire se passe peu de temps après Casco Bay. L'Homme au costume vient voir Stoney pour lui proposer une mission que ce dernier ne peut pas refuser sous peine de mesures de rétorsion que je vous laisse découvrir. Calhoun est obligé de partir au moins un mois (Katie à qui il ne peut rien dire le prend mal) dans le nord de l'état dans un lodge afin de savoir pourquoi et comment est mort un membre d'une agence gouvernementale mystérieuse. A priori, Stoney a peut-être appartenu à cette agence. Nous plongeons dans un mystère en rapport avec un attentat terroriste chimique. 

Ces trois romans sont vraiment bien et donnent envie d'aller pêcher dans le Maine ou ailleurs. Stonewall Jackson Calhoun est un personnage très attachant avec son chien Ralph qui lui sauve la mise de temps en temps. A la fin de Dark Tiger, on s'attend à ce que Stonewall vive d'autres enquêtes. Malheureusement, cela ne sera pas le cas (William G. Tapply est décédé le 28 juillet 2009).

21 février 2009

Volt, star malgré lui - Chris Williams et Byron Howard

Après Po (Kung Fu Panda) qui m'a fait craquer, voici Volt (Bolt en VO), le super-chien héros de série qui sauve régulièrement sa maîtresse, la petite Penny. Cette dernière production est une réussite du point scénaristique et animation. J'ai vu le film en VO: il n'y avait que des adultes dans la salle. Ce Volt, petit chien blanc de race indéfinie, est vraiment irrésistible. Tout commence en Californie, dans les studios hollywoodiens. Personnellement, je n'ai pas compris tout de suite que Volt est le héros d'une série policière télévisée. Dans celle-ci, il possède de supers pouvoirs. C'est pratiquement le chien "bionique". Il vit à l'écart de la "vraie vie", enfermé le soir dans un grand mobile-home garé sur un grand plateau d'un studio. Il se croit invincible. Les seuls êtres qui font attention à lui, les lumières éteintes, sont deux chats qui n'arrêtent pas de se moquer de lui. Un jour, par un concours de circonstances, Volt se trouve enfermé dans un colis postal et expédié à New York. Là, des pigeons et une chatte qui "rackette" ces mêmes pigeons lui en font voir de toutes les couleurs car les "supers pouvoirs" de Volt n'ont bien sûr aucun effet. Malgré son désarroi, Volt est déterminé à repartir vers la Californie pour retrouver Penny et reprendre ses habitudes en la sauvant. La chatte l'accompagne à son corps défendant. Sur la route vers l'ouest, ils rencontrent un hamster dans une bulle, "groupie" des exploits de Volt. Tous les trois rejoignent la Californie et Penny. Pendant tout le film, je ne me suis pas ennuyée une minute. Le scénario réserve de très bons moments avec des "piques" sur le milieu artificiel hollywoodien où "the show must go on", quitte à remplacer Volt disparu par un clone. L'une des dernières séquence, le (réel) sauvetage de Penny, est un grand moment d'intensité. Un très bon film qui peut plaire autant aux grands qu'aux petits, et dont Ffred a dit que cela l'avait fait penser à "The Truman Show" que je n'ai malheureusement pas vu.

15 janvier 2010

Delirium tremens / Toxic Blues - Ken Bruen

Après avoir lu Le dramaturge (mon billet du 05/12/09), j'avais décidé de reprendre la série policière de Ken Bruen dans l'ordre. Je viens de terminer les deux premiers romans (parus en folio policier) où apparaît Jack Taylor, ancien policier de la garda Siochana (la police irlandaise), d'où il été viré. Il est maintenant détective privé (profession mal vue en Irlande) et déjà en proie aux démons de l'alcool. Delirium Tremens et Toxic blues se passent à Galway en Irlande (avec un aller-retour à Londres). En plus de Jack Taylor, des personnages récurrents nous sont décrits (on les retrouve dans ces deux romans, et même dans les autres) dont un tenancier de pub où Jack a son bureau, ou une vieille dame gérante d'un hôtel dans lequel Jack s'installe. Dans Delirium Tremens, une femme, Ann Henderson, demande à Jack de faire la lumière sur le "suicide" de sa fille Sarah. Elle est en effet convaincue que sa fille a été tuée. Comme Jack n'est pas insensible à son charme, il s'ensuit un début de relation intime entre Jack et Ann qui se termine vite. Mais cela n'empêche pas Jack d'arriver au détour d'un chapitre à savoir par qui et pourquoi Sarah a été tuée. A la fin du roman, il part s'installer à Londres. Toxic Blues se passe quelques mois après: pour diverses raisons, Jack est revenu de Londres (il est maintenant "accro" à la cocaïne). Un grand costaud lui demande d'enquêter sur le meurtre de quatre "Tinkers" (littéralement "rétameurs"). Ce terme péjoratif désignent des "gens du voyage" qui n'ont aucun lien avec les gitans, les roms ou les tsiganes. A l'origine, il s'agit de colporteurs qui ont été rejoints par des petits paysans et des métayers chassés de leur terre à l'époque d'Oliver Cromwell ou expulsés par les grands propriétaires terriens anglais ou écossais au moment de la grande famine de 1845. Depuis, aucun gouvernement n'a réussi à les sédentariser. Les quatre victimes ont eu le crâne défoncé à coups de marteau. En plus de cette enquête, un protecteur des oiseaux lui demande de découvrir qui coupe la tête aux cygnes de Galway. Il y a quelques fils conducteurs dans les romans (que je conseille donc de lire dans l'ordre): d'abord la veste "tout temps" d'agent de la circulation, nommée l'article 8234, que Jack ne se résout pas à rendre et qui lui sert de temps en temps lors d'une enquête, le fait que Jack soit un grand lecteur (ce qui me le rend éminemment sympathique), et qu'il n'arrive pas à avoir de vie sociale stable. J'ai hâte de lire les deux derniers parus avec Jack Taylor comme personnage principal: La main du diable et Chemin de croix. Je suis contente que K(numberk) apprécie autant que moi ces romans qui se lisent très vite.

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