Le blog de Dasola
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8 novembre 2011

Et s'il n'y avait plus de libraires ?

Voici le titre de la page de couverture de l'hebdomadaire Télérama (paru le mercredi 2 novembre 2011). C'est le genre d'interrogation qui me fait frémir. Surtout que l'article commence par "Imaginez un monde sans librairie...". Bien que la France soit le pays d'Europe où il y en ait le plus, il est certain qu'il y a davantage de fermeture que d'ouverture de librairies (indépendantes). Pour moi, une librairie est un lieu de culture, de rencontres, de découvertes. Les libraires ne manquent pas de courage mais leur métier est difficile et leur marge bénéficiaire ridicule. Il est maintenant très dur de survivre quand on est petit. La vente en ligne par internet, la grande distribution ou la grande surface culturelle raflent (presque) tous les lecteurs sur leur passage. Et pourtant, que c'est agréable de commander un livre, d'avoir un avis sur tel ou tel ouvrage avant de l'acheter, de lire des "post-its" du libraire qui conseille tel ou tel roman. Toujours est-il que, moi-même, je ne vais pas assez souvent dans ce genre de librairie et j'en ai des remords. Alors si, lors de vos déambulations, vous croisez une petite librairie, faites-y un arrêt car une librairie qui disparaît, c'est un lieu culturel qui disparaît aussi.

PS: Je viens d'apprendre que Du Domaine des Murmures de Carole Martinez venait de recevoir le Prix Goncourt des Lycéens 2011 (la jeune génération a du goût).

17 décembre 2010

Deux mille kilomètres avec une balle dans le coeur - David Agrech

J'ai reçu ce roman  par l'intermédiaire de BoB [Blog-O-Book]. C'est mon ami qui m'a inscrite pour le recevoir. Deux mille kilomètres avec une balle dans le coeur (quel titre tout en longueur!), le premier roman de l'auteur, est paru directement en poche aux Editions du Masque. Je dis tout de suite que j'ai apprécié l'histoire mais que je n'ai pas vu le rapport avec le titre. Selon moi, il y a deux parties dans ce roman. A Paris, Daniel Ferrey, qui attend un bus pour rentrer chez lui, se fait tirer dessus sans raison apparente. C'est un homme sans histoire qui gagne sa vie en jouant aux courses de chevaux. Juste avant de s'effondrer sur le bitume, Daniel regarde la jeune femme sur l'affiche de l'abribus. Comme dans un rêve, il croit la voir descendre de ladite affiche et lui parler. Sauvé in extremis, Daniel arrive à rencontrer pour de vrai Anja, une jeune mannequin avec laquelle il aura une relation qui se terminera assez vite. Fin de la première partie. Revenu sur le lieu où il fut blessé et grâce à une vieille dame, il va rencontrer celle qui lui a vraiment parlé au moment où on lui tira dessus. Il s'agit de Clara, une jeune russe dont je vous laisse découvrir l'histoire. Cette deuxième grande partie est de loin la plus intéressante. Roman un peu bancal mais prometteur. L'auteur, David Agrech, est né en 1978 à Villefranche de Rouergue.

29 avril 2007

Le Vieux jardin - Im Sang-Soo

5ème film du réalisateur sud-coréen Im Sang-Soo (je n'ai pas vu les 4 autres et je le regrette), le Vieux jardin est une magnifique histoire d'amour entre un jeune militant socialiste et une jeune femme, professeur de dessin et dessinatrice elle-même. Pour fuir, suite à une manifestation contre le régime politique en place au tout début des années 80, l'homme, Hyun-woo, trouve refuge dans la montagne proche de Séoul chez la jeune femme, Yoon-hee. Ils s'aiment mais lui ne tarde pas à repartir et, étant recherché par la police, il est arrêté. Il passera 17 ans en prison avant d'être libéré, mais plus rien ne sera comme avant. Yoon-hee sera décédée dans l'entre-temps d'un cancer. En revanche, elle a eu une fille. Quand le film débute, Hyun-woo vient juste d'être libéré. A partir de là, l'histoire est une alternance de retour de arrière et de ce qui se passe de nos jours. Les paysages de montagne et de lac, sublimés par une belle photo, contrastent avec la dureté des événements de l'époque à Séoul. Beaucoup d'opposants au régime ont été victimes de répression et certains se sont immolés par le feu : impressionnant. Mais le film n'est jamais larmoyant. On pourra émettre une remarque sur le fait que l'acteur principal fait très gravure de mode, même après 17 ans de prison, excepté les cheveux gris. Ceci mis à part, je conseille le Vieux jardin pour ceux qui veulent découvrir une certaine qualité de cinéma venue d'ailleurs. 

26 octobre 2009

Invitations à une avant-première du film Rapt - Lucas Belvaux

Bonjour à tous et toutes, j'ai le plaisir d'inviter quelques fidèles de mon blog à une avant-première de Rapt (cf. mon billet du 11/10/2009) de Lucas Belvaux (sortie le 18/11/09) en présence d'Yvan Attal, le vendredi 6 novembre 2009 à 20 heures, Club de l'Etoile, 14, rue Troyon, 75008.
Si cela vous intéresse, merci de me contacter par mail ou avec un commentaire et je vous communiquerai l'adresse où vous inscrire (il y a 10 invitations et c'est 1 ou 2 par personne).

7 novembre 2009

Le ruban blanc - Michael Haneke

Le ruban blanc (Das Weisse Band en VO) est la Palme d'Or méritée (1) du dernier festival de Cannes. Le film de Michael Haneke est un chef-d'oeuvre visuel (le noir et blanc est une splendeur) et scénaristique, et l'interprétation est de tout premier ordre (adultes et enfants). L'histoire se passe de 1913 à l'été 1914 dans une petite communauté villageoise protestante en Prusse qui travaille essentiellement pour un baron (et sa femme) propriétaires des terres cultivables alentour. La communauté est composée de paysans mais aussi de personnalités emblématiques comme le pasteur rigoriste, le médecin (et la sage-femme), le régisseur et l'instituteur (le narrateur du film). Le pasteur comme le régisseur et les paysans sont des pères de familles nombreuses. D'ailleurs, on remarque vite ces ribambelles d'enfants ou d'adolescents tous plus blonds les uns que les autres qui se déplacent en groupe (les filles d'un côté et les garçons de l'autre). Grâce à la voix "off" vieillie de l'instituteur, on est tout de suite dans le vif du sujet: le village est en émoi à cause d'actes malveillants perpétrés contre le médecin, la femme d'un paysan victime d'un accident mortel, le petit garçon (attardé mental) de la sage-femme, le fils du baron et un nourrisson (sauvé in-extremis). Pendant ce temps, le pasteur fait régner une sorte de terreur feutrée dans sa maison. Deux de ses six enfants (un garçon et une fille) ont fait des bêtises. Ils sont obligés de porter un brassard blanc pour redevenir purs (et ils reçoivent dix coups de cravache en guise de punition). Cette vie se déroule au rythme des saisons et des moissons. L'instituteur tombe amoureux d'une jeune fille; le médecin (guéri) qui est revenu de l'hôpital se montre odieux envers la sage-femme et se permet des privautés sur sa fille; un oiseau en cage fait les frais de la colère d'une enfant; un paysan se pend; une grange brûle. C'est à ce moment-là que la guerre de 14 est déclarée. Rien n'est résolu, les crimes restent impunis (et pourtant, comme l'instituteur, on devine ce qui s'est passé). L'histoire se situe en Allemagne mais cela pourrait se passer ailleurs. Le réalisateur montre surtout les dégâts que peut faire une éducation faite de punitions et de violence mentale sur de jeune esprits et tout cela au nom de Dieu et de la recherche de la pureté. Je répète que c'est à mon avis un grand film qu'il faut voir.

(1) Les nombreux commentaires évoquant cette Palme d'Or (et notamment celui de MichCiné qui rappelle la polémique) me font souvenir que j'avais moi-même été dubitative sur ses conditions d'attribution méritée ou non dans mon billet du 26/05/09. Hé bien, maintenant que j'ai vu le film, mon opinion est faite: "chef-d'oeuvre". Dont acte.

17 mars 2009

Trois longs-métrages classiques des studios Disney...

Tout récemment, j'ai acheté et revu en DVD (avec mon ami qui ne les avait jamais vus), trois grands classiques de Disney, Les 101 dalmatiens, Les Aristochats et le Livre de la Jungle. Le premier et le troisième sont des adaptations de romans, respectivement de Dodie Smith et de Rudyard Kipling.

Les 101 Dalmatiens (1961) et Le Livre de la Jungle (1967) ont été tournés du vivant de Walt Disney qui était producteur, les Aristochats est sorti
(en France) en 1971, soit 4 ans après sa disparition. Les Aristochats et le Livre de la Jungle ont été réalisés par Wolfgang Reitherman qui a été un des dessinateurs/animateurs des studios Disney, et aussi réalisateur de Robin des bois, Winnie l'ourson, Merlin l'Enchanteur et Bernard et Bianca.

Pour ce qui concerne les deux adaptations de romans des 101 Dalmatiens et du Livre de la Jungle, on est assez éloigné des histoires originales. Chez Rudyard Kipling, par exemple, Kaa, le python, est un "gentil"; et les circonstances du "renvoi" de Mowgli chez les hommes, avec le clan des loups qui le chasse, sont dans le dessin animé simplifiées à l'excès: dans le livre, Akela, le vieux chef du clan des loups, ne craint nullement Shere Khan, et souhaite garder Mowgli dans le clan. C'est Mowgli lui-même qui décide de retourner chez les hommes - pendant un temps. Je n'ai pas lu le roman, c'est mon ami qui me l'a raconté. Dans le roman de Dodie Smith, la grosse différence avec le film est que les chiots ne sont que 97, avec 4 chiens adultes. En effet, quand le premier ménage de chiens, Pongo et Missis Pongo, se retrouvent à avoir 15 chiots, Missis Pongo ne peut pas tous les allaiter, et c'est pourquoi une chienne "nourrice" appelée Perdita est engagée. Et à la fin du livre, Perdita retrouve son compagnon, Prince. L'édition de mon enfance a été imprimée en 1966 (le copyright chez Hachette est "1960").

Concernant les longs-métrages les 101 Dalmatiens et les Aristochats, je les trouve assez proches du point de vue visuel, les décors sont peints et il n'y a pas de profondeur de champ en arrière-plan. Ce sont seulement les personnages animés qui bougent. Les Aristochats est un hommage chaleureux à Paris et ses alentours avec Maurice Chevalier qui chante la chanson du générique. Pour les 101 Dalmatiens, l'histoire se passe à Londres et dans sa région. Dans les deux films, les "méchants" sont des humains. Dans l'un, nous avons Edgar, le majordome qui, pour hériter de sa patronne, veut supprimer la chatte Duchesse et ses petits, Berlioz, Toulouse et Marie. Dans l'autre, Cruella aux cheveux noirs et blancs, qui veut se faire un manteau en peau de "toutou", est une des méchantes les plus réussies de l'univers Disney. Dans les deux films, les personnages secondaires sont savoureux. Les Aristochats auraient été moins drôles sans la présence inénarrable de Napoléon et Lafayette, deux chiens aux longues oreilles mais pas très intelligents, et de deux oies venues d'Angleterre, Emilia et Amélia, au délicieux accent "British". Dans les 101 Dalmatiens, nous sommes en présence de chiens de toutes races, d'un chat, de vaches, qui font tout pour sauver les chiots. Ils sont tous irrésistibles et l'homme y est le "fidèle compagnon".

Le livre de la Jungle fait la part belle aux animaux: le tigre, le python, la panthère noire, les éléphants aux petites oreilles, les loups, les singes. L'histoire est un peu simpliste mais j'adore Kaa, avec ses yeux hypnotiques et ses anneaux, qui voudrait bien manger le petit d'homme (il a fait penser mon ami au conseiller du Prince Jean dans Robin des Bois de Disney). En revanche, Mowgli, qui se fait comprendre de tous les animaux, est un jeune chenapan désobéissant, mettant en péril sa vie et celle des animaux qui le protègent.

Ces trois films sont très musicaux (beaucoup de chansons). Il faut enfin noter que ces longs-métrages sont tellement connus et populaires que les studios Disney ont fait des suites (Le livre de la Jungle 2) ou des "remakes" avec des humains et des animaux (Les 101 dalmatiens, et Les 102...). Ce n'est pas forcément ce qu'ils ont fait de mieux!

29 septembre 2009

A propos d'Elly - Asghar Farhadi

Ce très beau film iranien, A propos d'Elly (qui a été récompensé à juste titre d'un Ours d'argent du meilleur réalisateur au dernier festival de Berlin), est à voir s'il est encore projeté par chez vous. Je pense que vous ne le regretterez pas. L'histoire se passe en Iran de nos jours. Elly, jeune institutrice célibataire, est invitée par Sedipeh, la mère d'une de ses élèves, lors d'un week-end prolongé au bord de la mer Caspienne. Sedipeh souhaite faire rencontrer Elly à Ahmad, un ami, fraîchement divorcé d'une Allemande. C’est ainsi que trois couples, deux enfants, Elly et Ahmad se retrouvent dans une grande maison. Du sentiment d’insouciance au début, nous passons tout à coup à une atmosphère tendue quand Elly disparaît subitement. Est-elle morte ou vivante ? Au moment de sa disparition, elle aidait une des enfants du groupe à tenir un cerf-volant. Tout le monde s'interroge. Qu'est-elle devenue? Petit à petit, on apprend que personne ne connaissait Elly. Seule Sedipeh sait quelque chose mais elle se tait. C’est là que l’on se rend compte que nous sommes en Iran, pays pétri de traditions (même si les personnages décrits paraissent décontractés et d’un milieu aisé) où les femmes non mariées ne sont pas censées voyager seule, où une femme ne peut pas se trouver seule avec des hommes autour d’elle. D’ailleurs, au début, quand le groupe arrive dans la grande maison, il fait croire aux logeurs qu’Elly et Ahmad viennent de se marier. A aucun moment, il n’est fait mention de religion. Mais les femmes se baignent habillés ou alors gardent des foulards pour couvrir les cheveux. Dans une scène, pour la faire parler, un mari lève la main sur sa femme (il n’en revient pas lui-même de son geste). Ce film est presque un huis-clos sans être statique (bien au contraire) avec une unité de lieu, de temps et d’action. Filmé caméra à l’épaule, ce qui donne de la fluidité à l’ensemble, A propos d'Elly fait la part belle aux acteurs qui sont tous très bien. Leunamme et Alex en parlent aussi.

5 juin 2009

Monestarium - Andrea H. Japp

Grâce à BlogOBook, j'ai reçu Monestarium d'Andrea H. Japp, il y a plus d'un mois. J'ai mis du temps à y rentrer car j'avais d'autres préoccupations et d'autres romans à lire. Mais ça y est, le week-end de la Pentecôte m'a permis de me replonger dans le Moyen-Age déjà évoqué par l'auteure dans La Dame sans terre. Après vérification, l'essentiel de l'histoire se passe juste après que celle de La Dame sans terre soit terminée (avec un léger chevauchement), c'est-à-dire de septembre 1306 à janvier 1307, en plein règne de Philippe IV le Bel. On retrouve aussi le même décor de l'Abbaye de femmes des Clairets situé dans le Perche, composée de deux cloîtres. Mais, par la magie du roman, dans Monestarium, il n'y a aucun rapport (pas même une allusion), avec l'intrigue et les personnages fictifs de la Dame sans terre. Pour Monestarium, tout commence dix-huit ans auparavant en 1288, quand un négociant arménien, Firuz, récupère d'un Ethiopien agonisant une besace qui contient des os et des triangles de pierre taillée. Deux ans plus tard, en 1290, ce même marchand est assassiné à Saint Jean d'Acre. La besace arrive en France dans l'Abbaye des Clairets. Entretemps, on fait connaissance de quelques personnages dont les Soeurs principales de l'abbaye qui sont citées dès le début du roman. La mère abbesse, Plaisance de Champlois, a 15 ans, mais elle est dotée d'une grande maturité. Sa nomination par celle qui l'a précédée provoque des jalousies, dont la grande prieure d'un des deux cloîtres. Cette dernière est la soeur d'un évêque dont la perfidie nous est vite révélée. Quelques soeurs et moniales vont mourir assassinées. Une moniale en particulier, Angelique, est étranglée. Ce n'était pas elle qui était visée mais une autre, qui s'est réfugiée dans l'Abbaye depuis quelque temps pour fuir des tueurs car elle possède un diptyque qui excite les convoitises. Un fléau est aussi très présent dans le roman: la lèpre. Et les ossements me direz-vous? Pour le savoir, je vous conseille de lire ce roman de 360 pages qui se lit d'une traite. La résolution quoique un peu rapide est plausible. J'avais beaucoup aimé les trois premiers volumes de la Dame sans terre (le 4ème est en trop, je n'ai pas fait de billet dessus, voir celui de Pom'). Là, dans Monestarium, l'histoire est ramassée en un seul volume et c'est vraiment bien. Comme dans la Dame sans terre, l'addendum se compose d'une brève annexe historique et d'un glossaire sur les offices liturgiques, les monnaies, les mesures de longueur ainsi qu'une bibliographie.

27 mai 2009

Etreintes brisées - Pedro Almodovar

Etreintes brisées (titre pas si facile à dire) de Pedro Almodovar, qui était en compétition à Cannes cette année, est reparti bredouille. C'est dommage car il aurait au moins mérité le prix du scénario. Film hommage au cinéma en général et à tous ceux qui le font en particulier, Etreintes brisées est, en effet, un film foisonnant qui se passe alternativement à deux moments dans le temps: en 1994 et et 2008. Comme j'ai eu la chance d'avoir récupéré un dossier de presse de ce film, je l'ai lu et des clés sur certains aspects du film m'ont été révélées. Par exemple, en commençant par le générique, les images à la texture sépia montrent un couple, une jeune femme et un homme: il s'agit des doublures lumières des deux acteurs principaux du film, Penelope Cruz et Lluis Homar. En 2008, Harry Caine (Lluis Homar) est un homme aveugle qui écrit des scénarios, des récits, etc. Il profite de la vie. Quatorze ans auparavant, il s'appelait Mateo Blanco et réalisait des films. Il a perdu en même temps dans un accident de voiture et la vue et Lena (Penelope Cruz), la femme qu'il aimait. Il venait de terminer un film, "Filles et valises", une comédie dont l'actrice principale était Lena. Le film fut un fiasco alors qu'il aurait pu être un succès si un homme, le producteur du film, Ernesto Martel (José Luis Gomez), fou amoureux de Lena lui aussi, n'avait pas voulu se venger. Etreintes brisées constitue une oeuvre où les notions de double, doublure, doublage, duplicité, duplication sont d'autres clés pour comprendre le film, ainsi que l'instantanéité de la photographie. Parmi les personnages qui gravitent autour d'Harry Caine, nous trouvons Judit Garcia (Blanca Portillo), l'ancienne et fidèle directrice de production, ainsi que son fils Diego, qui sert de secrétaire et de confident à Harry, et Ernesto Martel Jr qui a tourné en particulier le "making of" de "Filles et valises" (cela a son importance). Je veux aussi parler de la couleur de l'image, que j'ai trouvée magnifique, flamboyante comme le mélodrame auquel nous assistons. Je suis loin d'avoir raconté tout le film qui dure 2h05. Ce n'est certainement pas le meilleur film du réalisateur (et je n'ai pas été émue comme pour Parle avec elle (2002)), mais il vaut la peine d'être vu pour Pénélope Cruz et les autres acteurs, pour le montage (élément important du film dans le film), et pour l'image. Et je n'oublie pas la musique d'Alberto Iglesias. Pour les scènes tournées de "Filles et valises", Almodovar s'est inspiré de celles de Femmes au bord de la crise de nerfs (1987), et il les a d'ailleurs tournées dans les mêmes décors. En tout cas, je suis contente que, comme tous les films d'Aldomovar, il ait bénéficié d'une sortie nationale: ça m'a permis de le voir dans une salle en province (la salle était plutôt neutre, et il n'y avait pas grand-monde). Le dossier de presse (en espagnol) est téléchargeable sur internet. Le synopsis est en français.

19 mars 2009

Enfant 44 - Tom Rob Smith

Quand j'ai lu le titre du livre, Enfant 44 (publié aux éditions Belfond), et vu l'illustration de la couverture, j'ai pensé que c'était un récit romancé sur un jeune garçon dans un goulag ou dans un camp de prisonniers quelque part dans un pays de l'Est. Et bien pas tout à fait. Une sorte de prologue se passe en janvier 1933, dans un village en Ukraine. Il fait froid et les gens sont affamés. Ils mâchent les écorces des arbres pour combattre la sensation de faim. Tout les animaux domestiques ont été mangés sauf un: un chat efflanqué que sa maîtresse laisse partir (elle veut elle-même mourir). Le chat va être pourchassé par un jeune garçon Pavel, qui a 10 ans, et son jeune frère Andreï, âgé, lui, de 8 ans (et qui adore son grand frère). Pavel capture le chat mais est lui-même poursuivi par un homme. Pavel disparaît laissant Andrei en pleurs. Leur mère le croit mort, peut-être a-t-il été mangé, les gens ont tellement faim? Sans transition, on se retrouve 20 ans plus tard, juste avant la mort de Staline. Leo, membre du MGB (KGB?), est chargé de clore une enquête sur la mort d'un petit garçon, fils d'un membre du MGB. On fait tout pour étouffer l'affaire, il est mort "accidentellement" avec de la terre dans la bouche et entièrement déshabillé. Car, bien entendu, le crime n'existe pas sous le régime de Staline: il n'y aucune délinquance, ce n'est pas concevable. Et pourtant, le petit garçon retrouvé est la 44ème petite victime d'un tueur unique qui éventre ses victimes pour leur prendre l'estomac. Il opère dans voisinage de la voie ferrée. Leo apprend que, pour les crimes précédents, des personnes considérées comme déviantes (homosexuels, simples d'esprit) sont arrêtées et exécutées sans sommation; on arrive toujours à trouver des boucs émissaires. C'est là qu'il prend concience que quelque chose ne tourne pas rond dans le système. Le roman fait une description assez terrifiante de la vie du peuple soviétique sous Staline où la délation est de rigueur et autant récompensée. Même entre mari et femme, il n'y a pas de solidarité. Le couple que Léo forme avec Raïssa en est la preuve. Pendant l'enquête, la haine que lui témoigne un collègue, Vassili (homme dangereux et sans pitié), font de Léo et de sa femme des hors-la-loi. La première qualité de ce premier roman d'un écrivain de 30 ans est qu'il se lit vite (398 pages), et d'autre part l'originalité réside dans le contexte historique. En revanche, j'ai trouvé certaines invraisemblances, par exemple dans le fait que, en quelques phrases, Pavel arrive à trouver des alliés qui l'aident à démasquer le meurtrier. A la page 268, on comprend toute l'histoire des crimes et comment un simple chat peut changer deux vies. Ridley Scott a paraît-il acheté les droits pour adapter Enfant 44 au cinéma [cf. chronique du 21/04/2015 pour le film de Daniel Espinosa].

31 mars 2008

La Zona - Rodrigo Plà

La Zona, film mexicain (label Découverte UGC) d'un réalisateur urugayen, mérite d'être vu. Nous sommes dans une grande ville, peut-être Mexico. Un groupe de gens nantis vivent en cercle fermé dans une zone protégée par un mur, des barbelés et de la vidéo-surveillance dans des maisons bourgeoises et des jardins proprets. Une nuit de tempête, un court-circuit provoque une panne. Trois jeunes de la ville passent par-dessus le mur pour cambrioler une ou deux maisons: une femme est assassinée. En riposte, deux des jeunes et un vigile sont tués parce que les gens qui vivent dans "la Zona" sont armés et font justice eux-même en tirant sur tout ce qui bouge. Le troisième larron, Miguel, adolescent d'une quinzaine d'années, arrive à se cacher dans une cave. Il est pris en charge par un des jeunes de "la Zona". Un flic de la ville, intègre en apparence, essaye de mener une enquête pour savoir ce qui s'est passé: les corps des deux voyous se sont volatilisés. En réalité, ils ont été enveloppés dans des sacs poubelles et jetés dans une benne à ordures pour être transportés hors de "la Zona" comme d'autres déchets. Dans la communauté de "la Zona", certains ont des états d'âme sur ce qui s'est passé mais on leur fait comprendre qu'ils n'ont pas à en avoir. Le film montre très bien le fossé entre ceux qui ont les moyens de se protéger en se coupant du reste du monde, surtout des gens des bidonvilles, de la misère, de l'insécurité de la ville que l'on voit de loin. Mais ces gens de "la Zona" se sont eux-mêmes enfermés dans un ghetto volontaires, c'est le monde à l'envers. Ils vivent dans un cocon douillet, mais jusqu'à quand? Et on en revient à l'argent, aux pots-de-vin car la police est corrompue. La communauté paye une somme conséquente à la police de la ville pour ne pas être inquiétée et c'est le troisième voleur, Miguel, qui en fera les frais. C'est la séquence la plus terrible du film que je ne raconterai pas. Cet état de fait n'est malheureusement pas de la science-fiction puisque ces "zonas" existent déjà dans certaines villes des Etats-Unis et ailleurs. Ce phénomène de peur et de rejet de l'autre ne peut que mal finir. En tout cas, c'est un très bon film et que l'on n'oublie pas et que je qualifierais de "thriller social".

25 mai 2025

Dossier 137 - Dominik Moll

== Comme je l'avais annoncé, aujourd'hui mercredi 19 novembre 2025, sort un film très réussi: Dossier 137 de Dominik Moll que pour ma part, je viens de revoir. Cliquez pour voir à nouveau mon billet paru le 25 mai 2025 dernier. ==

 

Reparti bredouille du dernier festival de Cannes, Dossier 137 était en compétition officielle. J'ai vraiment énormément aimé ce film de Dominik Moll, qui a aussi écrit le scénario en collaboration avec Gilles Marchand. Léa Drucker aurait mérité un prix. Elle est sensationnelle dans le rôle de Stéphanie, une enquêtrice de l'IGPN (la Police des polices). L'histoire se passe entre décembre 2018 et début 2019. Il s'agit d'une fiction inspirée de faits réels. Pour rappel, on était en plein mouvement des Gilets jaunes. Deux jeunes venus de Saint-Dizier avec leur famille se font courser dans le quartier des Champs-Elysées par cinq membres de la BRI (Brigade de Recherche et d'Intervention) qui se croient menacer. L'un des jeunes, appelé Guillaume, est atteint par un Flash-Ball (LBD). Il est grièvement blessé à la tête. La mère de ce jeune vient porter plainte auprès de l'IGPN, en l'occurence auprès de Stéphanie. L'enquête de cette dernière est semée d'embûches. C'est grâce à la femme de chambre d'un hôtel de luxe voisin que Stéphanie va peut-être conclure cette affaire. Face à elle, les présumés innocents sont d'une parfaite mauvaise foi. J'ai aimé le personnage de Stéphanie, née à Saint-Dizier, divorcée d'un policier et mère d'un adolescent. Elle se retrouve à recueillir un chaton blanc qu'elle nomme Yaourt. Tout du long, elle garde un sans-froid admirable. Dans ce film haletant, il n'y a aucun temps mort. Ne le manquez pas. d'ailleurs, je ferai une piqûre de rappel quand il sortira le 19 novembre 2025.

9 novembre 2024

Au boulot! - François Ruffin et Gilles Perret

Des critiques pourront dire que ce documentaire cinéma, Au boulot!, permet à François Ruffin (ex-LFI) de faire de la propagande politique. Et bien je ne le pense pas. Ce film permet surtout de mettre en lumière les gens, les "sans dents", les "invisibles". Ceux qui, avec souvent bonne humeur, s'astreignent à des tâches pas faciles en ne gagnant pas plus que le SMIC. Afin d'illustrer son propos, François Ruffin a trouvé l'oiseau rare, si je puis dire, en ayant convaincu une certaine Sarah Saldmann (je n'avais jamais entendu parler de cette personne), avocate de la classe aisée et chroniqueuse à la télé (où ses discours font polémique), d'aller à la rencontre des classes populaires un peu partout en France et de faire le travail de quelques-uns: livreur de colis, aide soignante, cuisinière, emballeuse de poissons fumés dans une conserverie, fermière, travailler au Secours populaire en distribuant de la nourriture (c'est du bénévolat), ou dans une association qui fait des réparations d'ordinateurs ou autre, etc. Entre chaque rencontre, on se rend compte que Madame Saldmann ne vit pas sur la même planète que tout le monde. Elle ne fait habituellement pas grand-chose de ses dix doigts. Quand elle n'exerce pas, elle passe ses journées à "bruncher" au Plaza Athénée (par exemple) où un croque-monsieur à la truffe vaut 54 euros. Elle s'achète des robes à plus de 2000 euros et craque sur des montres de luxe à 20 000 euros. A part ça, elle pense que vivre avec 1300 euros par mois, c'est déjà bien et que c'est mieux que rester sur son canapé à vivre des allocations. C'est un documentaire qui comporte des situations amusantes, émouvantes et où les "gens de peu" sont bien mis en valeur. C'est la France d'en bas et elle est bien courageuse. J'ai noté la séquences où deux Afghans ont traversé 16 pays pour arriver à Amiens et faire des genres de tartiflettes. Ils sont heureux de vivre en France même s'ils ont du mal à joindre les deux bouts. Un film que je conseille s'il passe par chez vous.

23 octobre 2024

Norah - Tawfik Alzaidi

Voici un film sorti dans très peu de salles mais qui, j'espère, trouvera son public. Norah  a été réalisé par Tawfik Alzaidi dont c'est le premier long-métrage. L'histoire se passe en 1996 dans un village au milieu de nulle part dans une des régions arides d'Arabie Saoudite. Il n'y a pas d'électricité et aucun confort moderne. Les hommes du village qui discutent beaucoup dînent sous une tente. Ils sont réfractaires à tout ce que ce qui est culture et progrès. Apprendre à lire et à écrire ne sert à rien. Ce sont des éleveurs de moutons et pour eux, rien d'autre existe. Norah, une jeune femme qui doit être mariée prochainement à un homme du village, est orpheline. Elle a été élevée par sa tante et son oncle. C'est grâce aux magazines féminins que lui apporte clandestinement l'épicier du village que Norah rêve de sortir de son carcan et de ce village où elle se sent prisonnière, mais sa tante lui assure qu'elle vivra là jusqu'à sa mort. Mais tout change quand Nader, le nouvel instituteur, arrive de la ville afin d'enseigner la lecture et l'écriture à des garçons. Le petit frère de Norah est un des élèves et c'est lui que Nader va dessiner pour le récompenser d'un bon résultat à une interrogation écrite. A partir de là, Norah rêve aussi d'avoir son portrait. Les séances de pose se passent dans l'arrière-boutique de l'épicier. Norah porte son niqab un peu transparent qui fait que Nader peut deviner les traits de son visage. J'ai aimé l'ambiance de ce film et une révélation finale à laquelle je ne m'attendais pas. Le film en dit beaucoup sur la condition des femmes (et des hommes) dans ce pays si riche où des gens vivent dans l'ignorance et dans un certain dénuement.

P.S.: pour répondre au commentaire de Miriam (voir ci-dessous), j'avais aussi aimé Wadjda. Le film était sorti il y a 11 ans.

12 janvier 2025

La chambre d'à côté - Pedro Almodovar

Avec La chambre d'à côté, Pedro Almodovar vient de réaliser son deuxième film en langue anglaise et ça lui a réussi. Il faut dire qu'il a réuni deux très bonnes actrices, Tilda Swinton et Julianne Moore. J'ai aussi apprécié de revoir John Turturro. Ingrid (Julianne Moore) et Martha (Tilda Swinton) renouent après des années de séparation. Elles s'étaient connues en travaillant dans un magazine. Ingrid apprend que Martha a un grave cancer et qu'elle suit un traitement lourd. Martha se remémore sa jeunesse quand elle était tombée amoureuse d'un garçon qui, parti pendant un an au Vietnam, ne s'en est jamais remis. Elle narre le fait que la fille qu'elle a eue est en froid avec elle. On ne saura pas grand-chose de la vie d'Ingrid. Martha, ayant décidé d'arrêter de souffrir et de subir de lourds traitements, demande à Ingrid de l'accompagner dans une maison à deux heures de voiture de New York. Elles y attendront sa fin de vie, de la date de laquelle elle décidera. Je vous laisse découvrir les modalités. Résumer comme cela, on peut s'attendre à un film pesant avec du pathos. Et bien pas du tout, Pedro Almodovar, étant le réalisateur qu'il est, donne une certaine légèreté à l'histoire avec des pauses comme le dialogue entre Damian (John Turturro) ou les séances en salle de fitness. Il y a, comme d'habitude, un superbe travail sur les décors et les couleurs chaudes, et les deux actrices sont subtiles dans leur interprétation. Un beau film que je conseille.

22 novembre 2025

Chien 51 - Cédric Jimenez / Running Man - Edgar Wright

Je chronique Chien 51 et Running Man dans le même billet car il s'agit de deux histoires dystopiques qui se passent dans un avenir peut-être pas si lointain. Les deux scenarii sont adaptés de deux romans, Chien 51 de Laurent Gaudé paru en 2022, et Running Man de Richard Bachman (autre nom de plume de Stephen King), qui a été publié en 1982 et qui avait fait l'objet d'une précédente adaptation avec Arnold Schwarzenegger en 1987.

Chien 51 de Cédric Jimenez se passe en 2045 dans le Grand Paris divisé en trois zones: la zone 1 (le centre de la capitale) est réservée à l'élite de la nation, la zone 2 abrite les classes aisées et dans la zone 3, on trouve le reste: pauvres et laissés-pour-compte. Tout ce petit monde est gouverné et surveillé par une intelligence artificielle nommée Alma. Un jour, l'inventeur d'Alma est assassiné mais par qui? Deux policiers, Salia (venue de la zone 2) et Zem (issu de la zone 3) sont chargés de l'enquête qui va se révéler tortueuse dans un monde où les forces de l'ordre n'hésitent pas à tuer. Le film va à toute allure. Jimenez a vraiment le sens du rythme. C'est peut-être le défaut de ce long-métrage dans lequel les personnages ne sont pas assez fouillés. On n'arrive pas vraiment à s'attacher à l'un ou l'autre d'entre eux. Je n'ai pas lu le roman de Laurent Gaudé qui m'attend depuis un moment dans une de mes PAL.

Je passe à Running Man d'Edgar Wright qui se passe aussi dans un avenir très proche aux Etats-Unis où la pauvreté règne. Les gens habitent dans des appartements presque sans fenêtre. Ben Edwards qui vient d'être renvoyé de son dernier travail est désespéré car sa petite fille de deux ans est gravement malade et ni lui, ni sa femme ne gagnent assez d'argent pour consulter un médecin et acheter des médicaments. La société que montre le film est celui de jeux télévisés violents voire mortels pour les candidats à qui on promet des sommes faramineuses. Edwards décide de concourir au jeu "Running man" qui lui permettra, s'il gagne, de vivre de sa fortune jusqu'à la fin des ses jours. Pour ce faire, il doit échapper pendant trente jours à des "Hunters" (chasseurs en VO) qui, s'ils le trouvent, le tueront. La population aussi a droit d'essayer de le tuer ou de le dénoncer. Bien sûr, cette chasse à l'homme est filmée de manière continue par des petites caméras rondes volantes et diffusée à la télé. Ce jeu et beaucoup d'autres ont été créés par un certain Dan Killian, un homme sans scrupules. Je ne vous dirai pas ce qui arrive à Edwards. Le film est survitaminé. Il y a beaucoup de péripéties, on tremble pour Edwards qui arrive à trouver parfois de l'aide. Certains scènes sont spectaculaires. J'ai tout de même trouvé le film un peu long, il dure plus de deux heures. Je n'ai pas lu non plus le roman de Stephen King. 

Les deux films décrivent d'une manière différente une évolution de nos sociétés que j'espère ne jamais connaître. Cela ne fait pas rêver du tout.

12 novembre 2025

Alger - Chakib Taleb Bendiab

Je viens de voir un film qui ne semble pas avoir été beaucoup chroniqué sur les blogs que je fréquente. Alger de Chakib Taleb Bendiab a représenté l'Algérie aux Oscars 2025. C'est le premier long-métrage du réalisateur. Il est sorti début octobre 2025 et il rencontre un certain succès puisque qu'on peut encore le voir dans quelques salles. Je l'ai vu dans une salle presque pleine. J'ai trouvé ce film policier bien interprété. Le scénario est inspiré de faits réels. Dans les années 2020, à Alger, une petite fille est enlevée par un homme dans une voiture. Les policiers commencent à mener l'enquête ainsi que Dounia, une psychologue. Cette dernière est mal vue par Sami, l'inspecteur de police qui dirige l'équipe (uniquement des hommes). Mais c'est elle qui au bout du compte arrivera peut-être à retrouver la petite fille après avoir découvert qu'il y a eu des enlèvements similaires à partir de 1999. A priori, le film a été tourné à Alger même. J'ai aimé l'ambiance générale de ce film assez classique qui ne dure qu'1h33, la ville d'Alger très lumineuse de nuit, Alger vue des toits. L'intrigue est bien menée, il y a du suspense et pas de temps mort. Une bonne surprise en ce qui me concerne.

8 novembre 2025

Deux procureurs - Sergei Loznitsa

J'ai vu hier soir la projection d'un film dont je suis sortie sonnée et je n'étais pas la seule à avoir cette impression dans la salle. Deux procureurs de l'Ukrainien Serguei Loznitsa (Une femme douce) est filmé dans un format carré pour l'image, avec des couleurs qui tirent sur le jaune, le gris et l'ocre avec un peu de rouge. Le film est composé de plusieurs séquences marquantes, dont celle qui se passe en prison avec des montées et des descentes d'escaliers qui aboutissent à des sas, des grilles et des portes massives qui se déverrouillent ou se verrouillent. Des gardiens mutiques avec des visages fermés font peser une menace latente. La séquence suivante, toujours en prison, où Kornev, un jeune procureur diplômé depuis trois mois, rencontre le prisonnier Stepniak, un vieux Bolchévique, celui à cause duquel Kornev va sceller son destin. Il faut que je pose le cadre: nous sommes à Briansk, en Russie, en 1937, en pleine terreur stalinienne. Des milliers d'individus croupissent en prison de manière arbitraire et beaucoup sont torturés sans de vrais motifs. Kornev est un homme idéaliste et certainement naïf quand il va plaider la cause de Stepniak auprès du procureur général Vychinsky à Moscou, après un voyage en train où un mutilé de guerre n'arrête pas de parler dans un wagon surpeuplé. Kornev est un jeune homme patient qui attend des heures que le procureur le reçoive. Et le spectateur attend avec lui. On peut noter que le bureau du procureur général ou plutôt son immense salon/salle à manger donne beaucoup de solennité à l'entretien. Il y a de la distance dans la manière de filmer et c'est ce qui donne force au propos. Le scénario est adapté d'un livre de Gueorguy Demidov, qui a connu le goulag pendant plusieurs années. Il faut noter l'interprétation assez extraordinaire de tous les acteurs qui n'ont font jamais trop. Un très très grand film que vous devez voir s'il passe par chez vous. Lire les billets de Miriam et Pascale. 

1 novembre 2025

Films vus et non commentés depuis début octobre 2025

Depuis début octobre 2025, j'ai vu quelques films que je n'ai pas chroniqués, peut-être parce qu'ils ne m'ont pas déplu mais que je n'ai pas trouvé grand-chose à en dire. Voici un premier billet.

 

Classe moyenne d'Antony Cordier est une comédie caustique dans laquelle on assiste à une lutte des classes où tous les coups sont permis. Tous sont des profiteurs et ils n'ont pas beaucoup de scrupules. Un pauvre jeune avocat en fera les frais. La confrontation entre, d'une part, Philippe Trousselard (Laurent Lafitte, encore lui), avocat d'affaires et sa femme Laurence (Elodie Bouchez) qui fut actrice, et le couple Azizi, Ramzy Bedia et Laure Calamy, d'autre part, est assez jubilatoire. Les Azizi s'occupent à l'année de la villa des Trousselard. Une canalisation bouchée et une chemise d'homme irrécupérable vont provoquer un enchaînement de situations jusqu'au drame final que j'ai malheureusement trouvé plausible. C'est un film très bien joué. Lire le billet de Selenie. 

 

Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson est une libre adaptation du roman Vineland de Thomas Pynchon (pas lu). L'histoire se passe dans une Amérique en proie au fascisme dans le passé et dans un futur proche en Californie. Un groupe de révolutionnaires d'extrême-gauche fait évader des migrants. "Ghetto Pat" (Leonardo di Caprio) est à la tête de ce groupe. Il vit une passion avec une Afro-américaine, Perfidia Beverley Hills, qui va le quitter après avoir accouché d'une petite fille, Charlene. Face à eux, il y un commandant, un certain Lockjaw (Sean Penn), un homme qui fait une fixation sur Perfidia. J'avoue que les personnages et l'histoire ne m'ont pas vraiment intéressée. Il y a quelques moments dans la réalisation assez virtuoses, comme la poursuite entre deux voitures à la fin. Sean Penn en fait des tonnes. On ne voit pas vieillir les personnages interprétés par Leonardo di Caprio et Sean Penn. Ils n'ont pas une ride de plus alors qu'il se passe une période de 16 ans entre le début et la fin du film. Même si je ne me suis pas ennuyée, le film qui dure 2h40 est un peu long pour ce qu'il raconte. Du réalisateur, j'avais nettement préféré There Will Be Blood (un chef-d'oeuvre) et Phantom Thread. Lire les billets de Pascale, Princecranoir, Selenie qui sont nettement plus enthousiastes que moi.

 

A suivre...

9 octobre 2025

Left-Handed Girl - Shih-Ching Tsou

Avec un peu de retard et avant qu'il ne soit trop tard, je tient à chroniquer un film venu de Taïwan, Left-Handed Girl (la fille gauchère en VF) qui m'a beaucoup plu avec une histoire filmée à hauteur de I-Jing, une petite fille haute comme trois pommes qui n'a peur de rien. Elle arrive avec sa soeur et sa mère pour s'installer à Taipei. La maman a du mal à joindre les deux bouts, elle doit régler deux loyers: celui de l'appartement étroit où elle va habiter avec ses filles. Et elle doit payer le propriétaire du stand d'un marché de nuit où elle fait la cuisine. Jusqu'à présent, sa mère la dépannait mais cette dernière ne veut plus le faire. Et I-Jing se fait rabrouer par son grand-père qui ne supporte pas qu'elle se serve de sa main gauche (la main du diable). Cette main gauche sert à chaparder aux étalages différents objets qu'elle rassemble dans son sac à dos. Elle est très douée. Sa main gauche sert aussi à envoyer une petite balle à un suricate surnommé Goo Goo que la famille a recueilli. Le rythme du film est trépidant avec un montage nerveux effectué par Sean Baker (le réalisateur palmé d'or à Cannes en 2024). Personnellement, j'ai passé un très bon moment et j'ai trouvé la petite fille épatante (Nina Ye). Rien que pour elle, il faut voir le film. Lire les billets de Chris, Pascale et Selenie.

29 septembre 2025

Kontinental '25 - Radu Jude

J'ai constaté que Kontinental '25 du Roumain Radu Jude (qui a été récompensé de l'ours d'argent du meilleur scénario à la Berlinale 2025) ne se donnait que dans deux salles dans Paris intra-muros la semaine de sa sortie et c'est un peu dommage. Je ne connais aucun autre film de ce réalisateur. Kontinental '25 se déroule à Cluj en Transylvanie dans un parc d'attractions désert avec des T-Rex et autres dinosaures en plastique. Seul un homme misérable, Ionescu, qui parle tout seul, arpente cet endroit avant de quémander un peu de monnaie, de se nourrir comme il peut et de retourner dans un sous-sol obscur pour y dormir. Il a une semaine pour quitter les lieux. Orsolya, l'huissière, est désolée mais elle ne peut rien pour lui à part l'aider à trouver un autre logement. Ionescu se pend à un radiateur. Orsolya s'en veut, elle se sent coupable de ce suicide. Pendant tout le reste du film, plutôt que de partir en voyage avec son mari et ses enfants, elle se lamente auprès de différentes personnes dont une collègue, ainsi qu'auprès de sa mère et d'un prêtre orthodoxe. Elle rencontre un de ses anciens élèves devenu livreur (genre Uber) après qu'il ait suivi des études de droit. Ce film m'a permis d'apprendre qu'avant d'être roumaine, la Transylvanie était hongroise. D'ailleurs Orsolya qui parle roumain, magyar et allemand est issue de la minorité hongroise. Mais elle ne veut pas partir en Hongrie à cause de Victor Orban. Il est dit aussi que le PIB de Roumanie est supérieur à celui de la Hongrie. Le bâtiment qu'occupait Ionescu doit être démoli pour être remplacé par un hôtel de luxe. Les derniers plans du film nous montrent que Cluj est en partie aux mains de promoteurs immobiliers qui construisent à tout-va. Le film est intéressant mais j'ai trouvé le personnage principal un peu geignard.

24 septembre 2025

Les tourmentés - Lucas Belvaux

Les tourmentés de Lucas Belvaux m'a plu. J'ai aimé l'atmosphère et la montée du suspense. Le scénario est adapté du roman que le réalisateur a publié en 2022. Skander (Niels Schneider), un ancien soldat mercenaire devenu SDF, est approché par Max (Ramzy Bedia, très très bien), son ancien chef dans l'armée. Celui-ci est devenu le soutien et l'homme à tout faire d'une Vietnamienne qu'il appelle Madame. Cette dernière est devenue très riche depuis qu'elle est veuve. Elle a une lubie: faire une chasse à l'homme. Max a tout de suite pensé à Skender, sachant qu'il pourra peut-être survivre 30 jours (le temps imparti) dans une forêt des Carpathes. Mais Max sait aussi que Madame est très douée et déterminée. Elle pense qu'elle pourra tuer Skander. Le deal est qu'elle versera 3 millions d'euros dont 1 million tout de suite. N'ayant rien à perdre, Skander, qui veut reconquérir l'affection de sa femme Manon et de ses deux fils, n'hésite pas une seconde. Car s'il meurt, l'argent ira quand même à sa famille. C'est un film très psychologique car jusqu'au bout on se demande si cette chasse à l'homme aura lieu. Il y a quelques flash-back qui racontent l'histoire de Madame d'un côté et de Skender de l'autre. Le personnage le plus intéressant est Max et Ramzy Bedia lui donne toute son humanité, il est étonnant. Je lirai peut-être le roman un jour.

17 septembre 2025

Robert Redford (18/08/1936-16/09/2025)

J'ai appris avec une grande tristesse la disparition de Robert Redford à l'âge de 89 ans. Robert Redford, c'était un homme de conviction qui a créé le festival de cinéma de Sundance. C'était un beau blond aux yeux bleus. Je retiens quelques films marquants dans sa filmographie : 
Propriété interdite de Stanley Pollack et La poursuite impitoyable d'Arthur Penn (1966)
Butch Cassidy et le Kid (avec Paul Newman) de George Roy Hill et Willy Boy d'Abraham Polonsky (1969)
Jeremiah Johnson (1972) et Nos plus belles années (1973) de Sidney Pollack. Robert Redford a tourné six films avec Sidney Pollack. J'ajoute donc Les trois jours du Condor (1975) et Out of Africa (1985).

Et il y d'autres films marquants.

Robert Redford a aussi été réalisateur de plusieurs films dont Et au milieu coule une rivière (1992) et L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (1998). Evidemment, je n'oublie pas deux films incontournables, l'Arnaque (1973) de George Roy Hill encore en tandem avec Paul Newman et Les hommes du président d'Alan J. Pakula (1976). Je vous conseille de voir tous ces films et quelques autres.

16 septembre 2025

Sirât - Oliver Laxe

Je viens de voir Sirât du franco-espagnol Oliver Laxe, un réalisateur que je ne connaissais pas. Pour résumer: Sirât, j'ai aimé mais ce n'est vraiment pas gai. Luis (Sergi Lopez, très bien) et son fils Esteban âgé d'une dizaine d'années arrivent dans une rave au sud du Maroc dans les monts Atlas. Ils sont à la recherche de Mar, la fille et soeur des deux protagonistes. Elle a disparu depuis cinq mois. Il semblerait qu'elle fréquente ce genre de manifestation. Luis et Esteban distribuent la photo de Mar mais sans succès. On les informe qu'une autre rave va bientôt avoir lieu plus au sud vers la Mauritanie. Alors qu'y partent cinq personnes, deux femmes et trois hommes (dont un unijambiste et un manchot) qui ont deux grosses camionnettes,  Luis et Esteban les suivent avec leur petite voiture et cheminent vers le sud. Ils traversent des paysages grandioses mais sans âme qui vive sauf, à un moment donné, un jeune berger effrayé. La route très accidentée et dangereuse va les emmener vers leur destin que je vous laisse découvrir. On s'attache aux personnages en se demandant quelles sont leurs vraies motivations à part aller d'une rave à l'autre. Deux ou trois séquences nous laissent tétanisés. Un film que l'on n'oublie pas de sitôt. Il faut noter que la musique fait beaucoup pour l'ambiance stressante et hypnotisante de l'ensemble. 

27 juin 2008

La femme aux cigarettes - Jean Neguslesco

J'ai vu récemment La Femme aux cigarettes (Road House, 1948) de Jean Negulesco dans le cadre d'un hommage à Richard Widmark (récemment disparu, voir mon billet du 03/04/08). Très beau film noir en noir et blanc avec dans les rôles principaux Ida Lupino et sa belle voix rauque, Cornel Wilde, Celeste Holm et Richard Widmark. Jefty (Richard Widmark) est propriétaire d'un bar relais avec bowling et cabaret dans la région de Chicago, pas très loin de la frontière canadienne. Après quelques jours d'absence, il revient en compagnie de Lily Stevens (Ida Lupino) qui est chanteuse occasionnelle. Il est tombé amoureux de cette femme, qui en préfèrera un autre en la personne de Peter Morgan (Cornel Wilde), gérant du bar et ami de Jefty. D'ailleurs, on peut dire de façon triviale qu'elle le drague au cours d'un pique-nique. Avant de succomber aux avances de Lily, Peter essaie de la convaincre de repartir d'où elle est venue car Jefty est coutumier du fait de ramener avec lui des jeunes femmes dont il tombe (éventuellement) amoureux et cela risque de mal finir. Mais ça y est, Lily et Peter décident de s'enfuir tous les deux lors d'une absence de Jefty. Celui-ci voulait justement faire sa demande en mariage à Lily. Fou de rage et réagissant comme un enfant gâté, Jefty fait croire que Peter lui a dérobé 2000 US dollars et le fait arrêter par la police. Avec Lily, Peter se retrouve dépendant de Jefty, qui se porte garant de lui pour lui éviter la prison mais surtout pour le contrôler et l'humilier. Bien entendu, Lily et Peter ne peuvent supporter longtemps cette situation et avec l'aide de Susie Smith (Celeste Holm), la comptable du bar, ils décident de partir au Canada. Jefty les poursuit et cela finira mal pour l'un d'entre eux. Je voudrais faire une remarque sur Ida Lupino et son rôle dans le film. C'est la deuxième fois que je la voyais en tant qu'actrice. J'ai aussi entendu parler d'elle comme réalisatrice, elle a été une des pionnières à Hollywood. Pour en revenir au rôle, cela m'a fait une étrange impression.  On sent que l'actrice est une femme forte qui serait capable de se défendre toute seule alors que dans le film, elle subit son sort pratiquement sans réagir. C'est le rôle qui le veut mais j'aurais aimé que ce soit elle qui affronte Jefty. Cornel Wilde (Peter Morgan) paraît terne à côté d'elle. Et puis, moi qui suis très sensible aux intonations de voix, Ida Lupino en avait une, grave et très sensuelle. Quant à Richard Widmark, il joue le genre de personnage anthipathique et dérangé qui l'a rendu célèbre dans Carrefour de la mort d'Henry Hathaway (1947).

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