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29 décembre 2024

Heretic - Scott Beck et Bryan Woods / Gladiator II - Ridley Scott / Anora - Sean Baker

Avant la fin de l'année 2024, je voulais chroniquer trois films vus cette année mais à propos desquels je n'ai pas écrit de billet.

Je commence par Heretic réalisé par Scott Beck et Bryan Woods. Il s'agit d'un film d'horreur très réussi grâce à un scénario très malin et bien écrit qui sort des sentiers battus, grâce aussi aux trois acteurs principaux dont Hugh Grant (Mr Reed), qui change totalement de registre dans le rôle d'un psychopathe persécutant des personnes prêchant la (bonne) parole de Dieu. Dans le film, ce sont deux jeunes mormones qui en font les frais. Elles sont venues prêcher la bonne parole, mal leur en prend. C'est un vrai huis-clos dans une maison d'apparence banale avec des petites fenêtre et un papier peint beigeasse sur les murs mais qui recèle des pièces cachées. Les deux jeunes femmes vivent un cauchemar à cause d'une question importante que pose Mr Reed: croire ou ne pas croire. Hugh Grant fait vraiment peur. Je ne dirai rien de plus. Un très bon film de genre avec quelques moments gore. Lire les billets de cadebordedepotins et Selenie.

Je passe à Gladiator II de Ridley Scott qui est une suite de Gladiator, 25 ans après. C'est plutôt un remake du premier qu'autre chose, mais avec des "gentils" et des "méchants" différents. 16 ans après les événements du premier Gladiator, on fait la connaissance de Lucius Verus alias Hanno (Paul Mescal) qui, prisonnier de guerre, devient gladiateur (comme son père Maximus. Il doit affronter deux empereurs (Caracalla et Geta) au lieu d'un (Commode) et un marchand d'esclaves (Denzel Washington, dans un personnage inattendu). Il y a des combats dans le Colisée avec des singes très méchants et des requins tueurs. Comme son père Maximus, Lucius est un leader-né. C'est peut-être nettement moins bien que le premier Gladiator mais personnellement, j'ai passé un bon moment même si la vérité historique est absente mais ce n'est pas grave puisque tout le monde (ou presque) l'ignore. Lire les billets de Pascale, Henri Golant et Selenie.

Je termine avec Anora de Sean Baker, Palme d'or au festival de Cannes 2024. J'ai longtemps hésité à aller le voir car je n'avais pas été convaincue par la bande-annonce survoltée. Je reconnais que j'ai été agréablement surprise par ce film au rythme trépidant dans lequel Anora (Ani), une jeune strip-teaseuse, tombe amoureuse d'Ivan (Vanya), le fils d'un oligarque russe. Tout se passe dans un des quartiers russophones de Brooklyn. En une semaine, Ani et Vanya vont vivre une relation intense qui se termine par un mariage à Las Vegas et un diamant de quatre carats comme bague de mariage. Apprenant cela, les parents de Vanya, en route pour les Etats-Unis, demandent à Toros (le parrain de Vanya) de retrouver leur fils qui vient de s'enfuir de la demeure où il résidait en laissant Anora de débrouiller toute seule. C'est là que le film change de registre. Le film devient une comédie avec une course poursuite entre Vanya et quatre personnes: Toros et deux acolytes et Ani. Des deux acolytes de Toros, j'ai été charmée une fois de plus par Youri Borissov qui interprète Igor. J'avais découvert ce jeune acteur au crâne rasé mais aux beaux yeux dans Compartiment n°6 et Le capitaine Volkogonov s'est échappé (deux films recommandables). Dans Anora, il est touchant. En tout cas, vous pouvez aller voir le film s'il se donne encore. Lire les billets de Pascale, Selenie, Princecranoir et Anne.

27 décembre 2024

Signé Olrik - Yves Sente et André Juillard / Un cow-boy sous pression - Achdé et Jul

Voici deux bandes dessinées sympathiques à lire pouvant faire de parfaits cadeaux pour cette fin d'année. C'est destiné à tous les publics. 


Je commence avec Signé Olrik (Edition Blake et Mortimer, 64 pages) de Yves Sente (au scénario) et André Juillard (pour les dessins),  qui commence avec un cauchemar du colonel Olrik (l'ennemi juré de Blake et Mortimer). Il rêve qu'il va être pendu. Réveillé en sursaut, on constate qu'il est en prison. Pendant ce temps, un avion survolant Londres à basse altitude, envoie des tracts émanant d'un groupuscule mystérieux. La revendication principale est que le flot d'immigration soit stoppé en terre libre de Cornouailles, sinon, il y aura des représailles lors de la venue du prince héritier, Charles et de son père, le prince Philip. Et c'est à cette période que, à la demande du ministère de l'industrie anglais,  le professeur Philip Mortimer présente sa nouvelle invention, une excavatrice de poche surnommée "La taupe" dont les premiers tests doivent se dérouler justement en Cornouailles. A cela, il faut ajouter la légende du roi Arthur avec un trésor et son épée Excalibur. Vous mélangez le tout et vous suivez avec intérêt cette aventure dans laquelle Olrik joue un rôle primordial en narguant nos deux héros. Cet album, le trentième, est endeuillé par la disparition d'André Juillard. Avec Yves Sente, il aura été l'auteur de 9 des 19 albums parus depuis la mort d'Edgar P. Jacobs. 

Voir par exemple Bigmammy en ligne

 

Je passe maintenant à Lucky Luke que l'on retrouve comme un cow-boy stressé, il travaille trop (7 jours sur 7) et fait des mouvements qui lui donnent mal au dos. Dans Un cow-boy sous pression (Edition Lucky Comics) de Jul (au scénario) et Achdé (aux dessins), le constat est que depuis quelque temps, dans l'Ouest américain, c'est morne plaine, les saloons ferment et les gens s'en vont. La faute à quoi? Il n'y a plus de livraison de bières. C'est Lucky Luke qui devient le médiateur du conflit qui oppose, à Milwaukee, les ouvriers grévistes et les "barons de la bière", tous allemands. C'est en effet la grève dans toutes les plus grandes brasseries. Les grévistes ont comme revendications d'être augmentés et de ne pas travailler davantage que soixante heures par semaine. Je vous laisse découvrir qui va être désigné volontaire pour remplacer temporairement les grévistes. Pour la petite histoire, j'ai appris que Milwaukee était dans le Wisconsin et avait été peuplée d'abord par quelques Français et au XIXème siècle par une nombreuse population allemande. Grâce à Jul, il est rappelé que le hamburger, la saucisse de Francfort du hotdog viennent d'Allemagne, qu'Eisenhower et Trump sont d'origine allemande, etc. Un album très plaisant que je recommande. 

23 décembre 2024

Le bruit de nos pas perdus - Benoît Séverac

J'ai pris grand plaisir à lire le nouveau roman de Benoît Séverac, Le bruit de nos pas perdus (Edition La manufacture de livres, 284 pages), dans lequel on retrouve le commandant Cerisol et son équipe composée de Nicodemo, Grospierres (un pro du taekwondo) et une nouvelle venue, Krzyzaniak. Ils font partie de la brigade criminelle de Versailles. Cerisol est marié à Sylvia, une femme déficiente visuelle qui est partie au Japon pour une compétition handisport. Elle est accompagnée de sa chienne Djouk. Les deux enquêtes sur lesquelles enquêtent l'équipe sont, d'une part, le suicide présumé d'Emilie Vaudrey, une jeune femme pleine d'avenir mais peut-être atteinte d'un mal incurable, et d'autre part, un cadavre momifié dans du film plastique retrouvé dans un caveau qui a été vandalisé dans le cimetière de Versailles. Par ailleurs, Benoît Séverac commence son roman avec l'histoire d'Amos, un Tchadien qui a fui son pays avec sa femme et leur fils. La femme et le fils sont malheureusement décédés avant d'atteindre l'Europe, victimes de passeurs. On va comprendre au bout d'un moment quel est le lien entre l'histoire d'Amos et l'une des deux enquêtes. Sur un plan personnel, Cerisol est inquiet car il ne parvient pas à contacter Sylvia au Japon. Je ne vous en dis pas plus. Un roman très agréable à lire que je vous conseille tout comme La petite souris

20 décembre 2024

Sarah Bernhardt, La divine - Guillaume Nicloux

Sarah Bernhardt, La Divine de Guillaume Nicloux vaut la peine d'être vu pour les décors, les costumes et surtout l'interprétation légère et malgré tout inspirée de Sandrine Kiberlain qui est de tous les plans. Elle est merveilleuse dans le rôle de Sarah Bernhardt. On la découvre en 1915, huit ans avant sa mort, sur un lit d'hôpital, on doit lui couper la jambe droite. Vingt plus tôt en 1896, on assiste à une grande journée "Sarah Bernhardt" où sont réunis le Tout-Paris et encore dix ans plus tôt, en 1886, Sarah est en pleine idylle avec Lucien Guitry (le père de Sacha). Leur relation souvent houleuse durera jusqu'à la mort de Sarah Bernhardt en 1923. Le film, qui est court, se voit avec beaucoup d'intérêt même si on a du mal à évaluer le talent de l'actrice considérée comme un trésor national par Georges Clémenceau. Sarah a côtoyé Edmond Rostand, Reynaldo Hahn, Emile Zola et beaucoup d'autres. Elle avait un fils, Maurice, qu'elle a choyé. Dépensier et n'ayant aucun sens des affaires, Maurice a pas mal profité de sa mère. Sarah était une femme libre qui a aimé une autre femme et elle fut Dreyfusarde. Le film n'est pas un film à la gloire de l'actrice mais on sent une admiration certaine de la part du réalisateur. Et je le répète, Sandrine Kiberlain est vraiment très bien. On sent qu'elle a eu beaucoup de plaisir à jouer le rôle. En cette fin d'année, allez le voir. 

PS: Selenie a aussi publié un billet dessus ce 20 décembre et Pascale le 22 décembre.

16 décembre 2024

Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques - Iain Levison

Quel plaisir d'avoir lu le nouveau roman de Iain Levison (né en Ecosse mais qui a grandi aux Etats-Unis). Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques (Editions Liana Levi, 238 pages plaisantes) se lit d'une traite. A Philadelphie, Justin Sykes, le personnage principal de l'histoire qui est aussi le narrateur, est un avocat commis d'office très doué, le meilleur du cabinet d'avocats pas très riche dont il est un des associés. Il exerce son métier avec conviction. Ses clients sont des SDF, des petits délinquants la plupart récidivistes. Pour ne pas aller jusqu'au procès, Justin négocie avec un substitut du procureur, Dick Farrell junior. Un jour, il croise le chemin d'un homme incarcéré qui lui fait une proposition originale et alléchante, gagner mille dollars pour une heure de boulot tous les jeudis sans exception, de 17 à 18 heures, en donnant des conseils juridiques à des stripteaseuses d'un club, et après aller dormir dans un motel pas très loin jusqu'au lendemain. Contre toute attente, Justin accepte. Il fera cela pendant neuf semaines en continuant de suivre ses affaires. J'ai trouvé le roman très bien construit avec une histoire assez amorale, mais il y a beaucoup d'empathie pour tous les personnages. Un bon cru que je conseille comme tous les autres livres de Iain Levison. Lire les billets d'Aifelle, Alex-mot-à-mots, Anne, Jostein, Pierre Faverolle, Cannibales lecteurs, The Killer inside Me, Baz'Art, et sûrement d'autres... 

15 décembre 2024

Glissement de temps sur Mars - Philip K. Dick

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) change mon fusil d'épaule par rapport au livre que je pensais présenter aujourd'hui dans le cadre de mon challenge marsien: j'ai besoin de lectures complémentaires pour l'autre! Bref, voici donc maintenant une des nombreuses oeuvres de Philip K. Dick (1928-1982, auteur déjà abordé en lien avec Mars ici et ), présentée "à ma sauce". 

Philip K. Dick, Glissement de temps sur Mars, J'ai Lu N°3360,
imprimé en 2014 (318 pages), traduction Henry-Luc Planchat pour Robert Laffont en 1981 
(VO 1964 sous le titre Martian Time-Slip)

 

Glissement de temps sur Mars ne fait pas que présenter la vie difficile sur Mars où l'eau est une ressource rare et contingentée par l'ONU, où les produits manufacturés importés de la Terre sont hors de prix (marché noir), alors que la terre en restreint l'export-import afin que ses "colonies" soient le plus autonomes possible si les voyages intersidéraux devaient s'interrompre, où "réparateur" est un métier recherché et plutôt bien payé, à condition d'être professionnellement au niveau requis, c'est-à-dire capable d'à peu près tout réparer. Des ingrédients variés figurent dans la recette (Banana-split?) de l'histoire: plusieurs couches se superposent, entre la présentation d'une Mars déjà colonisée par les humains, un focus sur quelques personnages plus ou moins centraux qui interagissent les uns avec les autres, et une image de monde gangrené par la schizophrénie de quelques-uns. 

 

Nous sommes sans doute une ou deux décennies (1994?) après l'arrivée (en 1970) des archéologues terriens sur Mars qui y ont étudié l'antique civilisation martienne et sa disparition. Désormais, la planète est divisée selon des zones coloniales organisées en communautés nationales, idéologiques, religieuses ou professionnelles, plus ou moins repliées sur elles-mêmes sous la supervision lâche de l'ONU. Nous comprenons qu'il y a des problèmes avec les (rares) enfants martiens, cependant que subsiste une présence résiduelle d'indigènes (oui, des pré-humains) plus ou moins semblables aux aborigènes d'Australie.

 

Avant tout l'ONU souhaite que les colonies puissent être autonomes si les communications interplanétaires devaient être interrompues, et restreint le commerce interplanétaire. D'où aussi la présence d'un fructueux marché noir. Nous faisons connaissance avec un caïd plein d'égo qui trône sur un système mafieux qu'il a patiemment mis en place sur Mars: syndicat aux ordres, monopoles du marché noir, pressions politiques et lobbies au service de ses intérêts. 

 

Bien d'autres problématiques sont évoquées dans cette fiction (très riche en thématiques variées selon les "grilles de lecture" de chacun), outre le marché noir: respect de la loi ou "débrouillardise" en fonction de rapports de force, politique et lobbies, place des personnes "différentes", autisme et maladies mentales, eugénisme, racisme et relations aux "peuples premiers" (oui, il y avait des indigènes sur Mars avant qu'y arrivent les humains de la terre!)... Cette vision plutôt amère d'un avenir marsien évoque plus généralement l'inadaptation sociale de certains humains à leur milieu de vie. 

 

Pour "éduquer" ses enfants, Mars utilise des "machines éducatives" (genre de robots inspirés d'une personnalité historique, reliés à un "système central"). L'école communale (p.95-97) "n'était pas faite pour informer ni pour éduquer, mais pour modeler les enfants, et d'une manière sévèrement restrictive. Elle était le lien qui les unissait à leur héritage culturel, et elle colportait cette culture tout entière dans la jeunesse. les élèves y étaient soumis, car le but était la perpétuation de la culture, et le moindre trait particulier qui pouvait pousser un enfant dans une autre direction devait être éliminé". L'un des héros juge que cette école, qui "embaume" les valeurs d'une société alors que celles-ci changent continuellement, "était névrosée. Elle désirait un monde exempt de toute nouveauté, de toute surprise."

 

Je choisis de vous présenter une autre citation, p.213:

"- June, combien as-tu eu de liaisons?

- Six, répondit June Henessy.

- Mon Dieu, s'exclama Silvia. Et moi, pas une seule..

- Certaines femmes ne sont pas faites pour ça.

Silvia ressentit cette déclaration comme une insulte personnelle, pour ne pas dire franchement anatomique.

- "Que veux-tu dire?

- Qu'elles ne sont pas psychologiquement constituées pour cela, expliqua June d'un ton désinvolte. Il faut un certain type de femmes capables de créer une illusion complexe, et de la soutenir, jour après jour. Toi, tu es différente. Ton esprit est simple et direct, tu n'as pas de penchant pour la supercherie. De plus, ton époux est charmant." Elle accentua la force de son jugement par un haussement de sourcils."(1)

J'attends de voir, lectrices, lesquelles parmi vous sauteront le plus haut en lisant mes citations (absence de gravité...).

 

Sur l'histoire du livre, vous pouvez consulter wikipedia ou ce qu'en disent d'autres blogueurs. Par exemple, Les chroniques du chroniqueur, Erwelyn, le blog d'Argoul (mais les commentaires y sont fermés), les carnets de bord de Cachou (dernier billet en 2020), Sandrine (Tête de lecture)... (liste non exhaustive). 

Ce titre peut aussi s'inscrire dans le 12e challenge de l'Imaginaire chez Tornade, Et il faut que je pense systématiquement à faire prendre en compte pour le challenge An American Year [2025] (15/11/2024-15/11/2025), via Belette et/ou via Chroniques littéraires, tous mes billets concernés, bien entendu. J'allais oublier qu'il peut également participer au challenge 2024 sera classique aussi! organisé par Nathalie!

Ah, et puis pour rigoler encore une fois de la connerie des humains, je voulais rapporter ici une anecdote qui m'a tiré l'oeil l'autre jour. Qu'en pensez-vous?

 

(1) Suite de l'échange après quelques lignes, à la page suivante: "Si tu limites ton expérience affective à ton mari, déclara June Henessy, tu n'as pas de point de comparaison pour appuyer ton jugement, tu es plus ou moins cantonnée à ce qu'il peut t'offrir, mais si tu couches avec d'autres hommes tu pourras mieux discerner les carences de ton époux, et cela t'aidera beaucoup à le regarder d'une façon objective. Et tu peux insister pour qu'il modifie ce qui doit être changé en lui. De ton côté, tu peux constater quelles sont tes imperfections: en compagnie de ces autres hommes, tu peux apprendre à t'améliorer afin de mieux satisfaire ton mari. je ne vois pas qui est perdant dans tout cela.
Le livre date de 1964, rappelons-le...

13 décembre 2024

Vingt dieux - Louise Courvoisier

Vingt dieux, le premier film de Louise Courvoisier est porté aux nues par beaucoup de critiques et je ne comprends pas pourquoi. Je l'ai vu en avant-première, un dimanche soir dans une salle assez pleine. Je m'attendais à un film qui parlait du comté (le fromage), de sa fabrication, qu'il y ait une vraie intrigue. Cela se passe dans le Jura, on y voit des vaches laitières, du lait, un grand chaudron et puis pas grand-chose. C'est l'histoire de Totone (tout juste 18 ans) et de sa petite soeur, qui viennent de perdre leur père victime d'un accident de la route. Ce dernier était complètement "bourré" en reprenant la route. Le frère et la soeur, sans famille pour s'occuper d'eux, sont désormais seuls au monde et sans aide. Totone décide de travailler dans une fabrique de comté. Cette fabrique familiale est réputée pour la qualité et le goût du fromage fabriqué grâce au lait de la ferme tenue par une jeune femme. Cette dernière apprend la vie à Totone. Et Totone apprend que tous les ans, lors d'un concours, le meilleur comté en meule peut rapporter 30 000 euros. Je vous passe les quelques péripéties qui émaillent le film et le film est entièrement joué par des non-professionnels. Mais l'engouement pour ce film m'échappe et je n'ai pas appris grand-chose sur la fabrication du comté. À vous de juger.

Voir les billets de selenie ou Christoblog, plus positif que le mien. Pascale avait aussi nettement plus apprécié que moi ce film qu'elle avait découvert en festival [article republié à l'identique le 14/12/2024]. 

11 décembre 2024

Le premier renne - Olivier Truc

J'ai mis beaucoup de temps à lire Le premier renne d'Olivier Truc (Edition Métailié noir, 525 pages). Ce roman que je me réjouissais de lire (après Le dernier Lapon) m'a un peu ennuyée. Au bout du compte, il ne se passe pas grand-chose. C'est surtout la description de la vie des Sami au moment du marquage des faons. Car comme vous le savez, beaucoup de Sami vivent de l'élevage de rennes. L'histoire commence juste après le solstice d'été, de nos jours, quand le soleil brille 24 heures sur 24. Le pays Sami s'étend entre la Norvège, la Suède et la Finlande. Le territoire des Sami est de plus en plus menacé par l'exploitation de mines comme celle de Kiruna ou le fait que la Laponie est riche en terres rares qui sont convoitées par les Etats. Le côté policier du roman est qu'un Sami, Aaron, est retrouvé mort, tué par une balle de fusil, et que des dizaines de rennes sont percutés par un train. Ces animaux avaient été attirés par du sel dispersé sur les voies. On leur a coupé les oreilles. Les oreilles sont l'endroit où les faons sont marqués, ce qui permet de savoir à qui appartient chaque renne. Klemet et Nina, de la police des rennes, enquêtent. Ils vont affronter des éleveurs et une jeune Sami, Anja, la soeur d'Aaron. Les éleveurs sont groupés dans des sameby. Anja étant une femme n'a pas pu y être intégrée, alors qu'elle avait davantage la vocation que son frère Aaron. Elle enrage, c'est une révoltée qui se lie d'amitié avec un Français, Joseph, ancien prêtre devenu berger qui vient des Alpes-de-Haute-Provence. Un roman intéressant mais long, long, long... Lire le billet de MAM et BMR.

8 décembre 2024

Conclave - Edward Berger

Sorti cette semaine, Conclave d'Edward Berger (d'après un roman de Robert Harris) se passe dans l'enceinte du Vatican. Le pape vient de mourir d'une crise cardiaque. Trois semaines plus tard, un conclave se prépare pour élire un nouveau pape. Thomas Lawrence (Ralph Fiennes, très bien), un cardinal, est chargé de l'organisation de ce conclave. C'est un vrai huis-clos où parmi six cardinaux dont Lawrence, l'un d'entre eux pourrait devenir le futur pape. L'un des six est un cardinal (qui fut nommé à Bagdad et à Kaboul!!) que personne ne connaît mais qui été coopté par le pape défunt. Pendant les trois jours que dure le conclave, l'ambiance est tendue, les coups fourrés ne manquent pas. Au cours de votes, les résultats sont très variables selon les révélations mises au jour. Il y a du suspense même si personnellement, j'avais deviné la personnalité d'un des protagonistes. Pendant deux heures, on est captivé en se demandant ce qui va se passer. Tous les acteurs sont vraiment excellents. Un très bon film que je recommande. Pascale a beaucoup aimé et Selenie aussi.

7 décembre 2024

Peter Cherif - Charlie Hebdo HS N° 8H - octobre décembre 2024

Longtemps j'ai hésité, pour mon "billet du 7" de ce mois, entre deux suppléments de Charlie Hebdo, que j'ai achetés ensemble dans un kiosque à journaux il y a quelques semaines. Et puis, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalement choisi de vous présenter celui-ci, un procès de plus concernant un islamiste suivi par Charlie, ici encore directement impliqué.

Peter Cherif, le procès du parrain du 7 janvier 2015,
textes de Yoban Simonic, dessins de Biche
Charlie Hebdo Hors-série N°8H (trimestriel #8), octobre-décembre 2024, 48 pages

 

Né en 1982, Peter Cherif a fui la France en 2011 afin d'éviter de purger la fin d'une peine de cinq ans de prison alors qu'il venait d'être condamné pour avoir rejoint Daesh en Irak puis en Syrie de 2004 à 2008 (compte tenu de sa détention provisoire, il ne lui serait resté alors qu'une douzaine de mois à purger).

Il a été arrêté au Yemen en décembre 2018. Ici, en 2024, il est jugé pour avoir été l'interprète de trois otages français enlevés par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), au Yemen, durant cinq mois en 2011, ainsi que pour son rôle de "chaînon manquant" entre les frères Kouachi et Al-Qaïda (seul Français à avoir été en capacité de le faire, selon l'accusation), avant le retour en France de Chérif Kouachi, prélude au massacre du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie.

 

L'édito de Riss compare l'intellect des assassins avec celui de leurs victimes: "des esprits brillants, libres et créatifs détruits par des cerveaux dont la vacuité donne le tournis et qui pensaient l'avoir comblée à l'aide de textes religieux mal digérés" (p.3).

 

Le procès débute le 16 septembre 2024. Biche (p.7) a placé l'accusé au centre de l'image, mais verrouillé derrière ses bras croisés, son masque et ses yeux baissés, en ce premier jour de procès. 

Sur la page suivante (p.8), on le voit partagé en deux derrière l'angle de sa cage de verre (dans l'axe du captage par le dessinateur), alors que défilent les témoins et l'entourage susceptibles d'éclairer sur le parcours de l'accusé. 

 

J'ai relevé, p.14, la présentation de la "filière des Buttes-Chaumont" par laquelle l'accusé est passé, avec d'autres djihadistes: une préparation pour le moins rudimentaire, quelques séances de jogging au parc, une démonstration "à la sauvette" du maniement d'une kalachnikov (explication sans objet?)... Dois-je en retenir que, si l'on voit aujourd'hui des barbus courir ensemble dans Paris, avec l'un qui joue les leaders et houspille, et les autres qui semblent traîner les pieds avec effort, les prendre en photo pour une délation bien citoyenne pourrait potentiellement sauver des vies? Ah non, c'est vrai, il y a des caméras de surveillance partout, c'est plus la peine... 

 

p.17, à défaut de l'accusé, ses "supports numériques" parlent (cartes SIM, téléphones, disques durs, tablettes, clés USB nous disent tout de lui et mettent en contradiction son logos et ses traces numériques. Des documents concernant un autre attentat que celui de Charlie? Bien sûr que non. Des documents relatifs à la profession (agent commercial dans une société de construction) dont il se revendiquait pendant son séjour africain? Non, évidemment.

p.32-33 [photo], témoignage de l'équipe de Charlie Hebdo (partie civile).

 

Réquisitoire les 1er et 2 octobre (avec une petite coquille dans le chapô, p.37)

 

Le procès de Peter Cherif s'est donc tenu depuis le 16 septembre 2024 jusqu'au verdict du 3 octobre. Après sept heures de délibéré, il est reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans (conforme au réquisitoire à deux voix des deux avocats généraux). Il ne fait pas appel. 

Je ne vous ai bien entendu qu'évoqué quelques-uns des pans de ce procès. A vous de lire ce supplément si vous voulez en apprendre davantage.

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L'autre choix envisagé pour mon billet de ce mois était le Hors-série N°32H titré Iran, les femmes ne lâchent rien (septembre-novembre 2024, 64 pages). J'ai constaté à sa lecture qu'il était constitué de "repasse" d'articles plus ou moins anciens, en partie publiés sur l'hebdomadaire, en partie mis en ligne sur le site internet du journal.
Et puis, j'avoue que son thème me "parlait" moins (quel que soit son intérêt par ailleurs). 

 

*** Je suis Charlie ***

5 décembre 2024

Du rififi à Ménilmontant - Tardi

C'est en voyant une pub dans un journal que j'ai appris que Tardi venait de terminer un nouvel album (au format plus petit que les précédents) avec le détective Nestor Burma. Sur la couverture de Du rififi à Ménilmontant (186 pages, Edition Casterman), il est bien précisé que c'est d'après les personnages de Léo Malet. Et en effet, cette aventure a été imaginée par Tardi lui-même. Elle n'est pas inspirée par un roman de Léo Malet. Et donc l'histoire se passe dans le XXème arrondissement de Paris. En préambule, Tardi dédie sa BD à Jules Dassin pour son film du Rififi chez les hommes (1955, un chef d'oeuvre selon moi) et à Albert Lamorisse pour Le ballon rouge (1956 . L'histoire commence le 20 décembre 1957 et se termine le 27 décembre de la même année soit une semaine pendant laquelle Nestor Burma, qui a une "crève" carabinée, rencontre un poivrot qui adore les chats. Burma découvre des expériences de laboratoire sur des animaux sans défense dans les sous-sols du XXème arrondissement. Il doit aussi affronter trois Pères Noël. Il va surtout assister à un suicide d'une femme en direct dans son agence Fiat Lux. D'autres morts en lien avec ce suicide vont suivre. Comme suis une admiratrice des dessins de Tardi, je me suis une fois de plus régalée mais l'histoire n'est vraiment pas gaie, même si Nestor va pouvoir offrir à la fin un beau cadeau à sa secrétaire préférée, Hélène. 

2 décembre 2024

En fanfare - Emmanuel Courcol

Suite aux conseils avisés de Pascale et d'une collègue, mon ami Ta d loi du cine et moi-même sommes allés voir En fanfare d'Emmanuel Courcol. Nous avons eu tous les deux une larme à l'oeil à la fin du film. Thibaut Désormeaux (Benjamin Lavernhe, très bien), un grand chef d'orchestre de renommée internationale fait la connaissance de son frère qu'il ne connaissait pas. Ce frère qui s'appelle Jimmy (Pierre Lottin, très touchant) travaille dans une cantine et joue du trombone dans une fanfare amateur à Walincourt, une ville du nord de la France. Tout les sépare, en particulier le milieu social mais une chose va les rapprocher très vite, leur passion pour la musique : classique, jazz ou variétés. Jimmy se met à rêver d'intégrer un grand orchestre. Thibaut l'encourage à diriger la fanfare. Tout est un peu compliqué car le maire de la ville préfère privilégier la musique et la danse country plutôt que la fanfare qui s'est fait mal voir lors d'un concours à Hazebrouck. Par ailleurs, les musiciens de la fanfare sont en train de perdre leur emploi suite à la fermeture de leur usine. Ce film se termine par un Boléro de Ravel chanté accompagné par un orchestre professionnel, qui ne peut qu'émouvoir. Nous recommandons chaudement (de toute façon, j'ai intérêt car sinon Pascale [qui en avait parlé ici et ] va nous récuser à vie). Et je confirme qu'il y a eu quelques applaudissements à la fin. Lire aussi les billets de Martin K et Anne.

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Sinon, comme mauvaise nouvelle du jour, j'ai appris la disparition de l'acteur Niels Arestrup à 75 ans et c'est bien triste car c'était un grand acteur au cinéma et au théâtre. 

30 novembre 2024

Survivre! - Dougal Robertson

Allez, un dernier pour la route (du Rhum?), une non-fiction pour le Book trip en mer de Fanja. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique encore un livre qui sommeillait dans ma pochothèque depuis quelques décennies (plus très loin d'un demi-siècle!). Survivre! m'avait été offert pour Noël 1975. Le livre datait en anglais de 1973, mon édition française de 1974, et l'histoire vraie qu'il relatait s'est déroulée en 1972. 

Dougal Robertson, Survivre!, l'extraordinaire odyssée de la famille Robertson,
J'ai Lu N° D52 **, DL 4e trim. 1974 (copyright 1973 sous le titre Survivre The Savage Sea,
trad. française par Serge Ouvaroff pour éd. Albin Michel, 1973), 287 pages

 

L'Anglais Dougal et son épouse Lyn, leur fille Anne (18 ans) et leur fils ainé Douglas (17), et leurs deux jeunes jumeaux Neil et Sandy (11 ans), partent de Falmouth (Cornouaille) en janvier 1971 faire le tour du monde à bord d'un voilier en bois de 13,10 m acheté d'occasion à Malte, la Lucette (elle avait l'âge du capitaine). Dougal Robertson a passé son brevet de capitaine au long cours de la marine marchande  britannique (il totalisait 12 ans d'embarquement, y compris durant la seconde Guerre Mondiale jusqu'en 1942) cependant que Lyn est infirmière. En février 1972, Anne quitte sa famille pour vivre sa vie à Nassau (Bahamas). Un étudiant américain de 22 ans, Robin, embarque à Panama à destination de la Nouvelle-Zélande. Le 15 juin, alors qu'ils ont quitté les Galapagos depuis deux jours et alors que Dougal vient de faire le point et de noter l'heure (09h 54' 45") et s'apprête à calculer leur position, l'imprévu se produit. 

 

La coque crevée en deux endroits par une attaque d'épaulards (orques), la Lucette coule en moins de cinq minutes (p.23). Les naufragés disposent d'un dinghy (une "annexe" en fibre de verre de 2,90 m de long) baptisée Ednamair et d'un radeau de sauvetage avec une tente, à boudins gonflables. Ils sont en plein Pacifique, à l'écart des routes de circulation des navires marchands. Compte tenu des courants et des vents, les Galapagos (à 200 milles) sont inatteignables, et le capitaine Dougal décide de viser la côte de l'Amérique centrale (vers le Nord-Est, à un millier de milles). Ils ont des avirons, une voile, une quinzaine d'oranges et citrons et de maigres vivres sauvés de la cambuse (un sac d'oignons, une livre de biscuits, des bonbons), quelques récipients, 10 litres d'eau douce, le "matériel de sauvetage" règlementaire, un couteau de cuisine, le panier à couture de Lyn... et leur savoir-être. Une voile est installée à bord de l'Ednamair qui prend en remorque le radeau. L'eau est rationnée dès le début à 1 litre par jour (au total!). Et puis la pêche (poissons volants, dorades et autres, bien humides), la chasse aux tortues (dont boire le sang ne les a pas empêchés de s'anémier), la pluie après un certain temps... Le radeau gonflable les lâche le 16e jour (caoutchouc usé par la remorque), et ils doivent désormais s'entasser à bord de l'Ednamair. Nous avons un passionnant récit de toutes les péripéties au jour le jour. Le livre donne à lire la vision de Dougal même s'il cite parfois les "écrits de bord" des uns ou des autres. 

 

Le 38e jour (p.223), ils aperçoivent un navire (ce n'est pas le premier), et celui-ci, enfin, les repère et les repêche. Finalement, leur navigation à l'estime (750 milles effectués sans sextant, sans compas et sans carte) les amenait  sur la bonne route (il restait 290 milles vers le Costa-Rica), et ils pouvaient encore vivre quelque temps de leur pêche et de la pluie... mais ont été ravis d'être recueillis à bord du navire de pêche japonais Toka Maru II, après 38 jours de "navigation" dans les conditions décrites (ce devait être le 23 juillet, si je calcule bien). Trente-huit jours à se supporter (dans tous les sens du terme), entassés les uns sur les autres... Brrrr! Je ne m'y suis jamais trop vu, personnellement.

Le livre contient une quarantaine d'illustrations (plutôt nombreuses pour une édition en "poche), des dessins signés Pam Littlewood (1). J'ai choisi de citer des exemples "pratiques" éclairants (en laissant de côté notamment les nombreux animaux qu'ils ont vus et/ou mangés). 

Le couteau de cuisine s'avèrera plus utile que le couteau "de survie" conçu pour ne pas crever le radeau gonflable... (p.125)

L'Ednamair trace la route toutes voiles dehors (p.133).

  A bord du radeau de sauvetage, les 16 premiers jours (p.39). 

Entassés à bord de l'Ednamair, ensuite (p.135)

Poissons et viande de tortue séchés (p.179), dont l'odeur incommodera fort les marins japonais...

 

Une aventure de l'époque où il n'y avait pas de balise Argos... De mes lectures et relectures successives (une fois par décennie?), je crois que je retenais à chaque fois (avant d'oublier...) que, sur un (petit?) bateau, le pire peut survenir à l'improviste à tout moment, et que les récipients contenant provisions ou boisson doivent avoir une flottabilité suffisante pour ne pas couler si on les jette par-dessus bord dans la précipitation du naufrage, afin de pouvoir être récupérés par la suite à bord de l'embarcation de sauvetage. Penser à prendre le maximum d'objets pouvant être utile à la survie (donc avoir anticipé): on n'aura pas de seconde chance une fois le navire sombré. 

 

Je n'avais encore jamais eu la curiosité de chercher davantage d'informations sur cette aventure depuis qu'existe internet. C'est en regardant ce jour (30/11/2024) sur Wikipedia en anglais que j'ai appris que Dougal Robertson, qui aurait eu 100 ans cette année, est décédé en 1992 d'un cancer. Il avait en 1975 rédigé un "manuel de survie" (Sea Survival: A Manual) dont la lecture d'un exemplaire a, apparemment, contribué à permettre à un autre naufragé de survivre 76 jours en mer. Un téléfilm de 1992 a été tiré de l'aventure de la famille Robertson (par Kevin James Dobson, en reprenant le titre Survivre The Savage Sea, mais en changeant les prénoms et noms des naufragés). Enfin, le fils ainé, Douglas, a écrit en 2005 son propre livre, titré The Last Voyage of the Lucette (non traduit en français). Je regrette de ne pouvoir le lire: peut-être que, 30 ans plus tard et après la mort du père, sa vision des événements est différente de celle de celui-ci? 

 

(1) et non "des dessins de l'auteur" comme je l'avais écrit à tort initialement [edit du 01/12/2024].

29 novembre 2024

Une part manquante - Guillaume Senez

Voici un film dont j'ai trouvé l'histoire déchirante. Jérôme (Jay) vit au Japon depuis longtemps et cela fait 9 ans qu'il recherche sa fille Lily, qu'il a eu avec une Japonaise appelée Keiko qui l'a quitté (en emmenant Lily) sans qu'il ait eu son mot à dire. La garde alternée n'existe pas. Et c'est pourquoi Il est encore marié, car sinon il perdrait son droit parental, et il paye quand même une pension alimentaire. La famille de Keiko empêche Jérôme de voir sa fille. Ils ont tourné une page. Ils considèrent que Lily a oublié son père. Après avoir été cuistot, Jay est devenu chauffeur de taxi, il parle japonais couramment et il connaît les rues de Tokyo comme sa poche. Cela lui a permis de chercher partout dans la mégapole, jusqu'au jour où il emmène une jeune fille en taxi jusqu'à son collège. Il est sûr que c'est sa fille Lily. Romain Duris est exceptionnel dans le rôle de Jay. Quand il a l'occasion de côtoyer Lily même brièvement, Jay est enfin heureux après si longtemps. Il renonce même temporairement au projet de revenir en France où son père aimant l'attend. La fin est bouleversante mais on perçoit de l'espoir avec le lien créé. Un film qui est à l'affiche depuis deux semaines dans peu de salles, et qui ne se donne malheureusement presque plus. Lire le billet de Pascale

28 novembre 2024

Ecrivains de Marine, peintres de la Marine et Académie de Marine

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'apprête à clore ma participation au challenge Book trip en mer organisé par Fanja avec un article apportant des éclaircissements et précisions sur trois institutions "culturelles" liées à la Marine nationale: les écrivains de Marine, les peintres officiels de la Marine et l'Académie de Marine.

 

L'association loi 1901  "Les écrivains de Marine" a été fondée en 2003 par l’écrivain et académicien Jean-François Deniau (1928-2007, élu à l'Académie française en 1992). Ses statuts limitent à 20 le nombre de ses membres, cooptés par l'association mais aussi soumis à l'agrément du Chef d'état-major de la Marine (ils doivent être écrivains et reconnus comme ayant une légitimité maritime). Chacun peut s'engager dans la "réserve citoyenne" et y devenir capitaine de frégate réserviste. Ils ont aussi la possibilité d'embarquer sur les navires de la Marine nationale (avec laquelle l'association est liée par une convention). Ils peuvent signer leurs livres en accolant leur nom à une petite ancre de marine. Parmi les femmes, Katell Faria y côtoie Isabelle Autissier, Anne Quéméré, Emmelene Landon ou encore la vice-présidente Andréa Marcolongo. Le président est actuellement l'aventurier Patrice Franceschi. 

Les Écrivains de marine organisent un prix littéraire annuel, doté de 10.000 euros, dont la première édition a eu lieu en 2023 et qui récompense un ouvrage d'imagination s'attachant à dévoiler un pan de la condition humaine (livre édité par une Maison d'édition dans le cadre de la rentrée littéraire, à l'exclusion donc de l'auto-édition). 

 

Prix à ne surtout pas confondre avec le prix Encre Marine, qui, créé en 1991 par le préfet maritime de la Méditerranée, se revendique comme l’unique prix littéraire décerné par la Marine nationale. Le prix 2024 a récompensé Arnaud de La Grange, qui remporte le prix pour La Promesse du large paru aux éditions Gallimard. 

Précisons encore que, depuis quatre ans, le ministère des Armées organise le prix "Les Galons de la BD" (pour récompenser une bande dessinée, des créations récentes et originales), au motif que le regard des auteurs de BD souligne la place importante qu’occupe le fait militaire dans notre Histoire et dans nos représentations collectives. Pour moi, les différents prix soutenus par l'Armée contribuent à ce que nos dirigeants appellent "réarmer le moral de la nation": nous préparer, psychologiquement et collectivement, aux guerres à venir...

Côté civil, la Fédération nationale du Mérite maritime et de la médaille d'honneur des marins délivre également des prix littéraires (prix Ecume de mer, prix Jean Loreau). Le Mérite maritime est un ordre ministériel (comme les Palmes académiques, les Arts et lettres ou le Mérite agricole). Aux vents des mers australes figure parmi les sept livres de la première sélection 2025.

On peut trouver sur Wikipedia (consulté le 28 novembre 2024) quelques autres prix littéraires maritimes français (prix Eric Tabarly, prix Marine Bravo Zulu, ...).

 

L'appellation de "peintre officiel de la Marine" (POM) remonte à 1830 (pour mémoire, le procédé de captation d'images inventé par Charles Daguerre, ancêtre de nos photographies, est présenté à l'Académie des Sciences en 1839 puis acquis par le gouvernement français, avant d'être libéralement diffusé dans le monde entier). Bien entendu, dès avant 1830, le pouvoir royal en France pouvait passer commande à des peintres et artistes de vues de ports de mer ou de décorations à bord de navires de guerre. 

Aujourd'hui, le statut de peintre des Armées est régi par le décret du 2 avril 1981 relatif au titre de peintre des armées (signé par le Premier ministre Raymond Barre et le ministre de La Défense Robert Galley) et ses modifications successives. Le nombre de POM est fixé à 20, on commence par être "agréé" pour une durée de trois ans, puis après trois agréments successifs on peut être "titularisé" (toujours par arrêté du ministre des Armées - qui peut également retirer le titre en cas de faute ou de production insuffisante). Dans l'ordre de préséance, le titre de peintre agréé est assimilé au grade de lieutenant de vaisseau (capitaine pour les autres armes) et le titre de peintre titulaire au grade de capitaine de corvette (commandant). "En cas d'opérations militaires et pendant la durée de leurs missions, les peintres des armées bénéficient du statut de correspondant de guerre et sont astreints au port de l'uniforme". 

Depuis bien longtemps, l'appellation a commencé à englober d'autres artistes: sculpteurs, photographes, et dernièrement bédéistes (Emmanuel Lepage a été le premier dessinateur de BD "Peintre officiel de la Marine", nommé le 30 septembre 2021). 

Par contre (comme je l'avais déjà souligné), le très connu Jean-Yves Delitte est, lui, belge et non français, et comme tel porte le titre de POM fri belge, dont l'historique est lisible ici

Je signalerai enfin un livre paru l'an dernier, Les peintres officiels de la Marine, qui associe POM d'hier et POM d'aujourd'hui, et dont les textes sont signés de l'amiral François Bellec, de l'Académie de Marine (mais également POM et écrivain de Marine), qui a aussi été directeur du Musée national de la Marine de 1980 à 1997.

 

L'Académie de Marine, refondée en 1921 sous le statut d'association loi 1901 et aujourd'hui Etablissement public à caractère administratif, se revendique l'héritière d'une première Académie de Marine créée en 1752 et supprimée en 1793 (comme toutes les académies royales) par la Révolution française (sans être rétablie ensuite lors de la création de l'institut de France en 1795, ni lorsque Napoléon a réorganisé celui-ci en cinq classes en 1803). Elle est organisée en six sections (Marine militaire ; Marine marchande, pêche et plaisance ; Sciences et techniques ; Navigation et océanologie ; Histoire, lettres et arts ; Droit et économie). Chaque section compte 13 membres titulaires.

L'Académie n'omet jamais de rappeler que la France possède le deuxième plus vaste espace maritime mondial (après celui des Etats-Unis). Elle conduit, à son initiative ou à la demande des pouvoirs publics, des travaux et des recherches portant sur les sujets majeurs du fait maritime. Notons par exemple la rédaction récente d'un numéro spécial de la revue Etudes marines, téléchargeable ici. On y relèvera entre autres choses intéressantes que les Français ont fait preuve d'un savoir-faire mondialement reconnu pour descendre explorer la Lune!

Comme il faut donc travailler, produire des rapports, des avis, etc., on n'est pas membre de l'Académie de Marine "à vie". La tradition veut que l'on en démissionne lorsqu'on n'en est plus capable (lorsque le cerveau ne suit plus?). Parmi les membres, on compte davantage d'amiraux en 2e section et d'anciens cadres de haut rang que d'officiers mariniers ou d'anciens patrons pêcheurs et matelots. Les huit femmes au total y sont aujourd'hui... minoritaires. Dans la section Histoire, lettres et arts, on peut trouver aussi bien des POM que des Ecrivains de Marine. 

L’Académie décerne chaque année un Grand Prix et divers prix littéraires (prix Beau Livre, prix Album, prix Bande dessinée, médailles et mentions en plus du Grand Prix), des prix de fondation (huit prix différents provenant de legs ou de dons), des prix particuliers (deux prix: droit ou économie d'une part, stratégie maritime générale d'autre part), deux prix de thèse (sciences humaines et/ou sociales; sciences exactes et/ou expérimentales) et une bourse d'étude... 

 

Voilà qui pourrait bien pour moi conclure mon périple pour le Book trip en mer. Moi qui suis loin d'être un "fana mili", je suis content d'avoir commencé par mettre en avant un reportage de Charlie Hebdo pour terminer par l'Académie de marine, tout en ayant rédigé entretemps des articles sur des livres relativement diversifiés!

26 novembre 2024

Deux filles nues - Luz

Ayant entendu et lu beaucoup de bien de ce roman graphique dessiné par Luz (186 pages, Edition Albin Michel), je viens de le lire et je ne le regrette pas. Pour résumer, il s'agit des pérégrinations d'un tableau, "Deux filles nues", peint en 1919 par Otto Mueller, un artiste allemand. Toute l'histoire, qui se déroule sur plus d'un demi-siècle, est racontée du point de vue du tableau lui-même. Otto Mueller était né d'une mère tzigane (ce qui n'était pas mieux que d'être Juif pendant le nazisme). Pour ce tableau, Deux filles nues, Mueller a pris comme modèle sa première femme Maschka Meyerhofer avec qui il restera lié après leur divorce. Mueller est mort de tuberculose en 1930 à 55 ans. Ce tableau considéré par les Nazis comme pornographique et appartenant à l'Art dégénéré ira d'un propriétaire à l'autre, sera exposé en 1937 dans plusieurs villes d'Allemagne lors de l'exposition itinérante "L'art dégénéré" puis sera sauvé de la destruction pendant la guerre. Désormais, après avoir été restitué à la famille en 1999, il est visible depuis 2000, au musée Ludwig à Cologne. J'ai énormément aimé ce roman graphique, les couleurs et les dessins de Luz qui montre à la toute fin ce tableau vu par lui. Un beau cadeau à faire pour cette fin d'année. 

 

 

 

25 novembre 2024

Carole & Tuesday - Morito Yamataka

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais un peu "tricher" par rapport à mon challenge marsien en présentant une oeuvre certes "d'anticipation", mais dont le volet martien m'a semblé (contrairement à mes attentes) aussi ténu que peut l'être l'atmosphère actuelle de la planète (même si celle-ci peut permettre à un "mini-hélicoptère" drone de parcourir des centaines de mètres). Il y est par contre question d'une place prédominante de l'IA (intelligence artificielle) dans certains secteurs, alors Mars et cet aspect "SF" suffisent pour l'inscrire aussi au 12e challenge de l'imaginaire proposé par Tornade... 

Yamataka Morito (oeuvre originale: studio Bones / Wattanabe Shinichiro),
Carole & Tuesday (3 tomes),
nobi nobi!, 2020-2021 en France (2019-2020 au Japon)

 

Sur Mars terraformée, deux jeunes filles, l'une (Carole) orpheline qui enchaîne les petits boulots pour survivre et l'autre (Tuesday) fugueuse de bonne famille, se croisent à Alba (capitale, au moins culturelle, de Mars) et se découvrent une sensibilité musicale commune. Elles vont être amenées à "percer" dans la musique (chanson) grâce à divers soutiens, et nous allons suivre tant leur cheminement que celle de la "concurrence" qu'elles rencontrent, alors que la création musicale est désormais un "monopole de fait" de l'IA. 

Avec ma "focalisation" particulière (Mars...), je ressens un peu le même genre de frustration que lors de ma lecture de Running Girl: tout ce qui nous est donné est intéressant, mais on en aurait attendu bien davantage sur le "cadre" martien, notamment. Or, seules quelques citations et allusions témoignent que l'on est bien sur la planète Mars (terraformée?), mais l'on pourrait aussi bien être n'importe où (dans le futur), et cela n'intervient nullement dans l'histoire.

Je dois tout de même préciser que cette "mini-série manga" a été créée d'après la saison 1 d'un "anime" (dessin animé japonais) que les lecteurs sont donc peut-être censés déjà connaître et avoir vu (oeuvre originale: studio Bones / Shinichiro Watanabe), ...ce qui n'est pas mon cas. Je ne peux donc me référer qu'à cette version "papier". 

Bien évidemment, le manga est muet: contrairement à l'anime, on n'a pas la musique ni les chansons! Seuls les dialogues et quelques dessins magnifiques (en noir et blanc, fréquemment rehaussés de différents gris tramés) peuvent témoigner de l'harmonie entre nos héroïnes. Les gamines s'entendent bien dans le domaine musical (sensibilité commune) et cohabitent cahin-caha (caractères et "vécus" différents...). Est-ce que leur intimité va plus loin? Nous n'avons droit -hors champ- qu'à un ambigu "dis, Tuesday, et si on sortait, toutes les deux?" (p.120 - peut-être s'agit-il juste d'aller arroser une bonne nouvelle dans un bar...). 

 

Le gros des pages que j'ai choisi de citer pour leur valeur esthétique ou explicative provient du tome 1.

Première page du 1er tome: nous sommes à Herschel (?) et quelques heures (et pages) plus tard, Tuesday est arrivée à Alba (ci-dessous).

Et quelques pages plus loin, alors que Carole est en train de jouer du clavier en pleine rue...

...pp.26-27 & 30-31, la rencontre et le coup de foudre (... entre musiciennes)

p.56-57, le plaisir de la composition en commun, sur la même longueur d'onde, entre notes et mots...

p.65, une image magnifique (sous les feux de la rampe?)... 

Afin de trouver un vrai piano à queue, les filles se faufilent "au culot" dans le "Hall commémoratif des  immigrants martiens", et chantent... (sans s'apercevoir que leur "prestation improvisée" bénéficie (?) d'une "captation sauvage"... qui va créer le "buzz"). 

p.84-85: c'est autre chose que de la musique créée par "intelligence artificielle"... (commentaire ci-dessous p.106).

Encore une jolie image, avec nos deux jeunes filles qui se protègent sous une coquille, une sorte de corne d'abondance constituée de notes entrelacées... (p.139).

Après leur premier spectacle (à l'insu de leur plein gré), elles ont été approchées par un auto-proclamé "impresario", qui va les amener à "s'incruster" au "Festival Cydonia" (il paraît qu'il connaît l'organisateur).

p.162-163: en pleine prestation...

p.172, dialogue entre deux vedettes installées que la sincérité des jeunes musiciennes a touché... 

Dans le tome 2, nos héroïnes vont se présenter à un télécrochet, le Mars Brightest (200 000 concurrents!), et on les verra se confronter à d'autres musiciens et musiciennes.

p.32-33: l'intelligence artificielle nous est présentée au service de l'une d'elles, Angela...

Dans le tome 3, p.91, voici Carole interrogée sur son passé... 

Le troisième et dernier tome se termine en apothéose et aussi un peu en queue de poisson, alors que nos duettistes s'apprêtent à faire officiellement la "première partie" de la vainqueur du télécrochet, "six mois plus tard", au Festival Cydonia... 

Il n'y a pas eu (à ce jour) d'adaptation manga de la seconde partie (saison) de l'anime.

 

Je le répète, pour moi, l'intéressant dans ce manga est bien la sincérité des jeunes artistes qui composent elles-mêmes les paroles et la musique, à une époque (plus si lointaine?) où celle-ci est réalisée par des IA... dont la présence est sous-jacente, non seulement pour la composition musicale, mais sans doute dans de multiples autres pans de la société...
J'ai donc compris surtout que cette facette de l'IA était déjà prévisible bien avant fin novembre 2022 et la soudaine révélation publique (en France, ou partout dans le monde?) de ChatGPT (et, très vite, d'autres...). Or, sauf si le malheureux neurone (humain!) qui me reste s'apprête vraiment à me lâcher faute de copains avec qui se connecter, il me semble me souvenir que l'IA a vraiment commencé à être connue du grand public, en France, lorsque les média ont annoncé la "mise à disposition" de ChatGPT, en 2022 donc (alors que ce manga est bien antérieur): la France, toujours en retard? 

 

Pour finir, voici quelques blogs qui ont parlé de l'un ou l'autre tome voire de la série entière: Calypso, blog d'une "profdoc" de collège (T.1), le blog de l'apprenti otaku, les voyages de LySophia du blog Lire en bulles, Les lectures de Caro (dernier billet en 2023), Artemissia du blog Songe d'une nuit d'été (liste sans doute non exhaustive). 

24 novembre 2024

Trois amies - Emmanuel Mouret / Louise Violet - Eric Besnard

J'ai vu ces deux films dans la même journée. 

Trois amies d'Emmanuel Mouret est un film plein de délicatesse sur les amours de trois amies, professeures toutes les trois. L'histoire se passe dans la ville de Lyon, très bien filmée. Joan (India Haïr), professeur d'anglais, se rend compte qu'elle n'est plus amoureuse de son mari Victor (Vincent Macaigne, très émouvant). Ils ont une petite fille ensemble. Victor, qui est le narrateur de l'histoire, disparaît tragiquement et Joan est inconsolable. Ses amies Alice et Rebecca essayent de la consoler mais rien n'y fait. Alice n'éprouve aucune passion pour son compagnon Eric, mais elle est quand même heureuse, sans savoir qu'Eric a une liaison avec Rebecca. On suit l'histoire de ces trois femmes avec leurs mensonges, les non-dits. Cela pourrait faire penser à du Alfred de Musset ou du Marivaux. C'est bien écrit et bien joué. Il y a de la belle musique classique. Personnellement, à part Vincent Macaigne, je n'ai pas été touchée par ce film. Je suis restée en dehors. Dommage pour moi. Lire le billet de Pascale qui a mis 4*.

Je passe à Louise Violet d'Eric Besnard qui raconte l'histoire d'une jeune institutrice en 1889, venue de Paris et mutée dans un village français reculé où les enfants travaillent aux champs avec leurs parents. Et pourtant, depuis 1882, l'école est devenue laïque et obligatoire pour les enfants de 6 ans jusqu'à 14 ans. Louise (Alexandra Lamy, convaincante dans son rôle), dont on va apprendre le lourd passé tragique, a beaucoup de difficultés à se faire accepter malgré l'aide du maire (Grégory Gadebois, toujours très bien) et du postier (Jérôme Kircher), qui lit les lettres qu'on lui confie. Grâce à un accouchement pour lequel elle apporte son aide, Louise apprivoise les villageois et elle se retrouve avec une dizaine d'élèves, garçons et filles, même s'il y a quelques réfractaires parmi les parents. Un film qui m'a plu grâce à une histoire sans vraiment de surprises mais qui tient la route. Dommage que, deux semaines après sa sortie, il ne se donne presque plus en salle à région parisienne. Lire le billet de Selenie

22 novembre 2024

Aux vents des mers australes / Les aventurières du ciel - Katell Faria

Parmi les deux livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaite chroniquer aujourd'hui, seul le premier a toute sa place dans le challenge Book trip en mer de Fanja. Ils sont tous deux dûs à une écrivaine trentenaire, elle-même jeune "aventurière" sur laquelle on ne trouve guère d'autres renseignements sur internet que ce qui figure sur les sites des éditeurs ou ce qu'elle glisse dans ses livres. "Katell Faria" (oui, comme le prisonnier du château d'If, celui du trésor caché!) ne serait-elle qu'un pseudonyme? Pourtant, l'autrice existe, je l'ai même rencontrée... au cours d'une de ses séances de dédicaces!

Aux vents des mers australes, Stock, 2024, 250 pages
Les aventurières du ciel, Points N°P5398, coll. Points Aventure, 2021, 314 pages (inédit)

 

Je commence par son livre le plus récent, le premier des deux que j'ai lus d'elle. Aux vents des mers australes peut, comme je le disais, figurer dans le challenge Book trip en mer. Dans le prologue (p.11), l'auteure raconte comment Patrice Franceschi, "fameux écrivain aventurier pour qui [elle a] une grande admiration et [qu'elle a] la chance de compter parmi [ses] amis", l'a appelée début novembre 2022 pour lui faire part d'un projet d'aventure pour elle: "Katell, que dirais-tu d'embarquer sur la frégate de surveillance Nivôse afin d'écrire un livre sur sa mission dans les terres australes?". Sitôt dit, sitôt fait ou presque: le 20 janvier 2023, direction La Réunion (près de Madagascar), où l'attend le commandant du navire. Pour elle, retour sur une île qu'elle avait visitée 9 mois auparavant, à l'occasion d'un reportage sur un régiment que le frère aîné de sa grand-mère avait commandé 50 ans plus tôt, dans le cadre d'un ouvrage collectif (Les écrivains sous les drapeaux)... Bref, elle embarque le 22 janvier pour un appareillage prévu le lendemain à 06 h 30 à bord du Nivôse (fiche wikipedia consultée le 22 novembre 2024), en même temps que le directeur adjoint de France Info (mais ce dernier abandonnera prématurément la croisière pour raisons personnelles). Katell, elle, y est restée jusqu'au 1er mars et au retour à La Réunion. Lors de ce périple de plusieurs semaines, l'écrivaine partage le "poste féminin" (9 couchettes) avec 8 autres jeunes femmes (une femme matelot et 7 officiers mariniers). Intégrée à la vie du bord, avec de nombreuses occasions de discuter avec l'équipage et les officiers, elle ne nous laisse pas ignorer que le Nivôse est bien un navire de guerre de la Marine française, alors en mission annuelle de souveraineté dans les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), ce qui l'amène à passer par les archipels Crozet et Kerguelen, ainsi que par les îles Saint-Paul et Amsterdam. En découle un ouvrage très pédagogique: le regard d'une terrienne sur les missions de ces marins, avec son témoignage sur la vie à bord, mais aussi voire surtout, plus largement, les enjeux de la possession française sur ces territoires peu connus du grand public. Le livre fait donc office d'oeuvre de vulgarisation à cet égard (en attendant un polar qui s'y déroulerait?), bien au-delà d'un simple "reportage". Tout le livre constitue un plaidoyer pour mettre en évidence l'étendue de la mission et du territoire couverts (en pointant notamment du doigt la diminution des moyens de la Marine à l'époque de 2008 et de la RGPP). Sont mises en évidence la concurrence d'autres pays et nations sur ces lointaines contrées, leurs ressources halieutiques, une vision géostratégique liée à l'étendue du domaine maritime de la France... Le livre de Katell Faria rappelle que marins et navire sont (des) militaires, et s'entraînent en permanence en anticipant les conflits possibles (elle a même participé à des exercices de tir comme de lutte contre le feu à bord, a aidé en cuisine...). Les informations qu'elle distille tout au long du livre recoupent et synthétisent celles que l'on voit passer épisodiquement dans la presse écrite ou audiovisuelle (le réarmement naval en cours dans le monde et notamment dans la zone Pacifique, la Chine qui construit tous les quatre ans l'équivalent du total de la flotte militaire française [en nombre de navires ou en tonnage?]...). J'ai retenu la phrase "ce qui n'est pas surveillé est visité, ce qui est visité est pillé et ce qui est pillé finit toujours par être contesté". Un témoignage intéressant. Si elle devait ne retenir qu'une seule chose de cet embarquement? "L'humain. C'est toujours l'humain. La relation qu'il noue avec la mer; et celle qu'il entretient avec ses semblables" (p.242). La vie à bord m'a rappelé des témoignages sur la vie de "non-professionnels" à bord de sous-marins que j'avais évoquée ici

Blandine en avait parlé, le blog de Ma voix au chapitre aussi.

Par ailleurs, la lecture de ce livre m'a encore plus donné envie de lire la BD Voyage aux îles de la Désolation d'Emmanuel Lepage (chroniqué par plusieurs blogueuses dans le cadre du challenge) pour comparer (mais je n'en ai pas eu le temps...)!

 

C'est lors d'une séance de dédicaces, il y a quelques mois, que je m'étais offert son second bouquin. Les aventurières du ciel n'a pas de rapport avec le Book trip en mer (même si certaines aviatrices ont été pionnières dans des survols transmaritimes ou transocéaniques). Ici, notre mystérieuse Katell Faria nous présente six aviatrices dont je ne connaissais guère les noms avant lecture: quatre Françaises, une Anglaise, une Américaine, nées entre 1892 et 1908. La préface de Patrice Franceschi précise bien qu'"elles auraient pu être cent dans ce livre". Dans Wikipedia (consulté le 21/11/2024), la catégorie Aviatrice française renvoie à 63 noms, et la catégorie Pionnière de l'aviation (toutes nationalités confondues) en liste 190. Alors, pourquoi ces six-là? Ma dédicace me souhaite une "bonne lecture de ces destins de femmes placées sous le signe du courage et de la liberté". Mais j'aurais vraiment bien souhaité savoir ce qui a présidé précisément au choix des "aventurières" qui suivent...

Nous sont narrées dans ce livre les vies, plus ou moins courtes, de: Adrienne Bolland (1895-1975), p.13; Beryl Markham (1902-1986), p.69; Hélène Boucher (1908-1934), p.121; Maryse Bastié (1898-1952), p.171; Bessie Coleman (1892-1926), p.221; Maryse Hilsz (1901-1946), p.267. D'autres aviatrices (de différentes nationalités) sont à l'occasion citées comme des "rivales" ou des collègues de celles-ci. Elles ont souvent été pionnières dans le domaine de l'aviation (première femme pilote, première Française, première détentrice de tel ou tel record de distance, de durée de vol ou d'altitude, ou sur un trajet donné...). En général, toutes se sont aperçu, après avoir appris à piloter par passion, que non seulement elles auraient du mal à en vivre, financièrement parlant, mais même que cela coûtait cher de voler, d'acheter un avion, de l'entretenir... et nécessitait (déjà à l'époque), sinon, des sponsors, du moins de la notoriété. Leur vie a été plus ou moins longue (plusieurs sont mortes tragiquement), plus ou moins remplie... Pour ma part, je ne connaissais que certains de ces noms, ceux d'aviatrices qui avaient servi à baptiser un lycée proposant de l'enseignement post-bac (Hélène Boucher, Maryse Bastié). J'ai regretté que l'ouvrage ne comporte pas de bibliographie "pour en savoir davantage". Ces six biographies exaltent leur rôle de femmes qui ont été au bout de leur rêve de piloter, de (jeunes) femmes au caractère bien trempé et qui ont dû faire preuve de beaucoup de détermination pour (ob)tenir leur place dans un univers majoritairement masculin. J'avoue qu'une chose m'a frappé dans ce livre: si certaines de ces "aventurières" se sont montrées "croqueuses d'hommes", il n'est fait état d'aucune aventure saphique concernant ne fût-ce que l'une d'entre elles. Hasard? Réalité? Choix de l'autrice? Censure? Je l'ignore. N'ayant pas encore lu ce livre lors de notre rencontre, je n'ai pu questionner l'auteure. 

Aujourd'hui, Katia Farell fait partie des Ecrivains de Marine, association présidée par Patrice Franceschi et dont j'espère avoir l'occasion de parler dans un prochain billet. 

En tout cas, cela m'a fait songer qu'il y aurait certainement bien des volumes à lire dans le cadre d'un futur "book trip de l'air et de l'espace" (comme le périmètre de l'Armée du même nom)!

Ma lecturothèque avait chroniqué Les aventurières du ciel en son temps, Camille (du blog voyageuse de livres) plus récemment, et encore (ou déjà) Blandine.

20 novembre 2024

A toute allure - Lucas Bernard / Challenger - Varante Soudjian

J'écris un billet groupé sur A toute allure de Lucas Bernard et Challenger de Varante Soudjian même si ces deux comédies françaises n'ont rien à voir l'une avec l'autre.

Dans A toute allure, Pio Marmaï interprète Marco, un chef de cabine sur une ligne aérienne qui fait escale sur une île avec d'autres membres d'équipage. Il se retrouve dans un bar hôtel où il croise Marianne (Eye HaÏdara), une femme sous-marinière et c'est le coup de foudre. Il la suit et il se retrouve passager clandestin et aide cuistot dans un sous-marin nucléaire français. C'est une comédie enlevée mais un poil décousue. J'ai trouvé que Pio Marmaï en faisait un peu beaucoup, le rôle de Marianne n'est pas très étoffé et on ne voit pas assez José Garcia, le plus désopilant de tous en commandant pince-sans-rire. Dans l'ensemble, je n'ai pas beaucoup ri et la chanson de Richard Cocciante "Un coup de soleil" chanté par l'équipage n'a pas suffi à mon bonheur. Cette comédie romantique ne m'a pas transportée. On est quand même loin d'Opération Jupons de Blake Edwards (1959). J'ai trouvé les critiques lues et entendues très indulgentes. Lire les billets de Pascale, Henri Golant, Selenie.

Je passe à Challenger qui est un film de boxe pas banal avec un certain Luka Sanchez (Alban Ivanov, très crédible) qui n'a jamais combattu un adversaire. Il s'entraîne comme un malade et il sait encaisser les coups tout en étant employé dans un restaurant très quelconque. Son amie Stéphanie, gameuse et opératrice dans un centre d'appel, manage Luka comme elle peut. Un jour, miracle, grâce à un uppercut au menton qui met KO un pro, Luka prend sa place et s'apprête à affronter un champion qui n'a jamais été battu. Le réalisateur montre très bien la montée en puissance de la publicité sur le combat à venir, et comment Luka s'entraîne avec un ex-boxeur un peu zinzin mais efficace. Luka et Marianne sont touchants. Une petite comédie très sympathique. Lire les billets d'Henri Golant et Selenie.

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