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15 novembre 2024

Les vieux fourneaux 8 - Graines de voyous - Lupano - Cauuet

Les vieux fourneaux 8 - Graine de voyous (Editions Dargaud, 56 pages très distrayantes) *

Après deux ans d'absence, les revoilà! Qui ? Et bien les vieux fourneaux alias Pierrot, Antoine et Emile, en pleine forme, que l'on retrouve à Montcoeur. Dans ce village, on va fêter les 60 ans du  spectacle de théâtre "Le loup en slip" créé par Lucette et que Sophie, sa petite-fille a repris avec brio. Dans cet album, il est beaucoup question des années 50 et 60 quand Antoine a "décroché la timbale" en épousant Lucette alors que d'autres prétendants étaient sur les rangs car Lucette était ravissante. En particulier, il y avait un notaire et puis Monsieur Civrac, un Parisien arrivé à l'âge de 8 ans à Montcoeur et qui fait encore dans "la pomme bio". On fait aussi la connaissance de Madeleine, la soeur de Pierrot (sa copie conforme avec une robe) une ancienne religieuse revenue d'Afrique qui ne supporte plus les curés et les hommes en général. Dès la deuxième page de l'album, j'étais hilare avec les démêlés de Pierrot face à un menu avec QR code. Un album très sympa que je vous recommande. Vivement le 9ème album car bien évidemment, à la fin de celui-ci, il est écrit "fin de l'épisode". Les deux auteurs ont vraiment de l'imagination. 

 

* Edit: il s'agit bien du tome 8 (comme indiqué sur la couverture), et non 9 comme indiqué par erreur à la publication du billet...

26 janvier 2024

13 à table! 1 livre = 4 ou 5 repas (2022, 2023 & 2024) - Collectif

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Motivé par le challenge "Bonne année, bonnes nouvelles" lancé par Doudoumatous (Je lis, je blogue), j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisi, comme d'autres, de parler de 13 à table, le recueil annuel de nouvelles publié au profit des Restos du coeur depuis 2014 chez Pocket. Je ne me suis pas cantonné à une seule édition, mais je vous présente les trois que j'ai eues sous la main, 2022, 2023 et 2024. Les couvertures sont dues à Riad Sattouf (qui y met parfois en scène son héroïne Esther, sauf erreur de ma part?). Cela m'a donné l'occasion, aussi, de jeter un oeil sur la biographie des auteurs (wikip... est mon ami!). 

 

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13 à table! (de gauche à droite, les éditions 2022, 2023, 2024).
Le chat est celui du collègue que je remercie de m'avoir prêté les trois volumes (dasola m'avait questionné sur son chat...).

Je précise bien que ce n'est en aucun cas la notoriété des  auteurs qui, moi, m'a amené vers ces recueils: je connaissais certes certains noms, mais rien de plus (je n'avais jamais rien lu d'eux).

P11608992022: cette édition, vendue 5 euros, comporte 280 pages (imprimée en novembre 2021). La page de préface est signée seulement Les restos du coeur. Le thème, cette année là? Souvenirs de vacances. Le recueil comporte 15 nouvelles. Ci-dessus quelques mots sur chacune des nouvelles (dans l'ordre des pages, non dans celui de mon intérêt).

* Le fugitif (p.9): une histoire à tiroirs, de "job de vacances" immortalisé sur pellicule... et de sa redécouverte "en famille" (sans dévoiler la "péripétie secrète"). Je ne sais pas si Tonino Benacquista a juste brodé ou bien tout inventé... Mais si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé!

* Un faire-valoir (p.21): Françoise Bourdin nous réécrit Bonjour tristesse? Une gentille nouvelle.

* Souvenirs d'enfance (p.37): Marina Carrère d'Encausse aurait pu écrire pour les recueils Alfred Hitchcock présente, cette nouvelle "policière" m'en paraît largement digne (tout en respectant le thème imposé)! 

* Dag Hammarskjöld (p.55): tonalité très sombre pour des vacances chez Jean-Paul Dubois... avec un zeste de mémoire politique. 

* On ne joue plus (p.67): On retient la belle mort de l'oncle blagueur, capable de donner d'inoubliables souvenirs de vacances à ses jeunes neveux. Mais le récit peint par François d'Epenoux s'achève sur une touche plus sombre. 

* L'ascension (p.85): un texte triste de Karine Giebel, initié avec un retour en arrière. Entre les deux frères, Théo et Vincent, il y a de l'oreille coupée un peu téléphonée. 

* Les étés (p.121): fils unique versus fratrie, on s'observe de loin sans se parler. Marie-Hélène Lafon met en scène des étés campagnards, avec deux familles tellement différentes.

* L'abat-jour cramoisi du vieux Sémaphore (p.139): Alexandra Lapierre  (dont je n'ai jamais rien lu) narre comment il peut arriver qu'on se fasse déposséder d'une "maison de famille" par une avocate spécialiste de l'immobilier... Grrr!

* Poulet rôti à l'origan frais et au citron (p.165): une "ancienne" recette de Cyril Lignac et deux pages de blabla (ce n'est pas une nouvelle).

* Le coup de folie des vacances (p.171): Agnès Martin-Lugand (encore une "signature" dont j'ignorais la plume!) pose ici une famille recomposée au milieu de nulle part (on ne capte même pas la G4, gémissent les ados). La location dans le Sud-Ouest finira par un achat.

* La nuit de juillet (p.191): durant l'été 1982, France et Allemagne ne sont pas uniquement rivaux sur le terrain du football, mais aussi dans le coeur d'Hélène, qui a plaisir à fréquenter tant Baptiste que Manfred. Mais à la fin, il ne doit en rester qu'un... nous rappelle Etienne de Montéty.

* Petite vacance (p.217): ceux qui ont lu Tsunami de Marc Dugain (paru en 2023) apprécieront sans doute la pochade estivale concoctée par François Morel en 2022.

* Martine (p.231): c'est un peu l'horreur... qui monte au fil des minutes. Je n'ai pas trop vu le rapport avec les vacances dans ce "speed-dating" dû à Romain Puértolas?

* Génie et Magnificent (p.247): Tatiana de Rosnay brouille les pistes, dans cette nouvelle qui commence comme un Agatha Christie et finit comme un téléfilm de Noël.

* La chambre verte (p.269): dans cette nouvelle amère de Leïla Slimani, le vert est la couleur du déni. 

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P1160895Le "dépôt légal" de l'édition 2023 correspond à novembre 2022, cette édition a pour thème La planète et moi, avec une préface "exceptionnelle" de Thomas Pesquet (scoop: il y a eu jusqu'à 13 personnes dans l'ISS, en de rares occasions. Mangeaient-elles en un seul service, ou en plusieurs?). 

* La binette (p.17): je ne savais pas que Françoise Bourdin (décédée le jour de Noël 2022) disait être le quatrième auteur français contemporain en terme de nombre de livres vendus, mais "passer" beaucoup moins dans les médias que les trois premiers... Sa nouvelle est en tout cas pleine de bons sentiments (quelque peu bobos sur les bords?).

* Les vertiges du vide (p.33): de Marina Carrère d'Encausse, joli conte sur la transmission de père à fille...

* La mèche est dite (p.47): quelle peut être, à votre avis, la seule raison pour laquelle Trump réélu pourrait décider de réintégrer les Accords de Paris (c'est bien trouvé par François d'Epenoux!)?

* Lobo (p.71): Karine Giebel m'a permis d'apprendre que "camote" est l'une des appelations de la patate douce... Cette nouvelle a résonné, pour moi, avec un opuscule que j'avais lu il y a quelques années et versé dans le système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie, Chico Mendès, NON à la déforestation. 

* La planète et moi et moi et moi (p.87): cette nouvelle m'a au début fait songer au manga Le Maître des livres (bibliothèque...), et puis, avec son titre, j'ai craint un moment le pire avec ce titre quelque peu égocentrique... Une jeune mère de famille de classe moyenne qui (re)découvre le débat, ou du moins l'écoute et l'ouverture aux autres? Je n'ai pas du tout vu venir la chute (et c'est un compliment!). Raphaëlle Giordano: encore une "signature" que j'avais dû voir sur les blogs, sans du tout y prêter attention jusqu'à aujourd'hui...

* Ma planète et moi (p.109): idem [j'ai commencé en craignant le pire]. Au moins, ces affres signées Alexandra Lapierre sont rigolotes... Je n'en retiens guère qu'une chose: internet, c'est abominable. Et les applis, c'est traitre!

* Ne jetez rien, cuisinez tout! (p.135): dans la recette de Cyril Lignac (chef), je n'ai pas bien compris si on doit les manger ou non, les épluchures de légumes...

* Le Choix du monde (p.145): j'ai trouvé cette nouvelle d'Agnès Martin-Lugand, plus profonde qu'on pourrait le croire à première lecture. Au-delà de la présentation neutre d'une famille recomposée et des tendres relations entre "quasis", elle m'a fait songer avec crainte à Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer...

* Les Encapuchonnés (p.163): vraiment bien apprécié la chute de cette nouvelle de Romain Puertolas... Mon frère!

* C'est ainsi que l'orange continue de bleuir (p.177): une nouvelle de Mohamed Mbougar Sarr, que j'ai trouvée désespérante, dans la lignée d'Interstellar, d'un monde à l'agonie, de La mort de la terre... Magnifique à lire, donc. En espérant ne jamais la vivre. 

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P11608982024: pour cette édition (imprimée en octobre 2023, 253 pages), le prix d'achat du livre neuf (6 euros) finance désormais 5 repas (et non plus 4). Le thème en est: j'ai dix ans (avec l'aimable autorisation d'Alain Souchon et Laurent Voulzy!). Préface de Romain Colucci (le fils aîné de...). 15 auteurs ont planché. 

*La fin de l'enfance : une nouvelle emplie d'éléments autobiographiques de Philippe Besson (mais, pour les lecteurs et les restos, fallait-il tuer le père?).

*J'ai  dix ans... demain : un coup vrai de poing dans la gueule, signé Michel Bussi. Y en a qui ont pas de chance. Aucune chance, même!

* 22 : cette nouvelle de Maxime Chattam n'est pas non plus excessivement optimiste. 

* 69, année fatidique : François d'Epenoux signe sans conteste la meilleure nouvelle de ce recueil, à mon avis (qui n'engage que moi!). Un zeste de Plan 75 (le film), transposé en France avec juste quelques années d'anticipation (10 ans, vous croyez?). En tout cas, c'est merveilleux, la télépathie. Jusque-là, je grommelais... et puis je me suis mis à afficher bêtement un sourire de plus en plus grand, vers la fin!

* Ceci est mon journal intime : de l'utopie à l'uchronie, avec des décennies multipliées... Lorraine Fouchet nous invente une jolie saga familiale sur la transmission. 

* Chloé : de Karine Giebel, une nouvelle d'enfant (comme on dit "un livre d'enfant"), avec des héroïnes très identificatoires (diront des mamans lectrices)?

* "On n'est pas des machines..." : on n'imagine pas la vie trépidante... d'un lave-linge, menacé d'obsolescence programmée. Un gentil conte de Raphaëlle Giordano!

* Garçon crépon : un mauvais souvenir du catéchisme... Mais non, ce n'est pas ce que vous pensez, Philippe Jaenada ne nous parle pas d'attouchements indus!

* Les Escarpins, un conte de Noël : Alexandra Lapierre nous émeut avec une version enfantine de La parure... même si le drame est moindre.

* Cake marbré au chocolat : la recette de Cyril Lignac met l'eau à la bouche... mais ce n'est toujours pas une nouvelle, pour moi.

* Où en serions-nous aujourd'hui? : c'est marrant, on retrouve la même famille recomposée que dans l'édition précédente (2023), dans cette nouvelle "rétrospective" d'Agnès Martin-Lugand. L'autrice en tirera-t-elle un recueil indépendant voire un roman entier au final? Cela me fait songer à ces profs de fac qui "testaient" sur les étudiants, durant leurs cours de l'année, le livre qu'ils publieraient l'année suivante... 

* L'appartement : une gentille bluette de Romain Puértolas. Ça peut faire rêver...

* Aranéide : une haine enfantine, ça peut laisser une marque sur le carreau. Tatiana de Rosnay dévoile d'abord comment, puis peu à peu pourquoi.

* Le portail : intéressante mise en perspective des deux faces d'une séparation. Je n'avais pas senti venir la chute (amère), bravo Leïla Slimani!

* Le miroir : Franck Thilliez renouvelle un jour / une histoire sans fin. 

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... et en voilà donc pour 40 nouvelles par 23 auteurs (cinq ont publié dans les trois recueils, six dans deux - pas toujours consécutifs -, et 13 écrivains n'ont eu qu'une seule publication sur les trois ans). Je reconnais ne pas avoir acheté les livres neufs pour ce qui me concerne, mais ils sont toujours disponibles si je vous ai ouvert l'appétit! Pour ma part, je fais chaque année (entre Noël et le jour de l'an) un don aux Restos du coeur depuis plusieurs décennies (la toute première fois, alors que j'étais étudiant, grâce à une "opération" que j'avais montée...). 

Si vous voulez le relevé complet des auteurs pour toutes les éditions parus, ça figure bien entendu sur Wikipedia (consulté le 25 janvier 2024). Par contre, il est amusant de voir que toutes les biographies d'auteurs n'y intègrent pas (pas encore?) leurs nouvelles dans les derniers recueils 13 à table. 

Avant chaque nouvelle, les présentations n'oublient pas de faire la promotion de la dernière oeuvre parue de chaque auteur. Si j'ai bien compris le principe de l'opération, il s'agit de contributions bénévoles. Apparemment, l'opération, en 10 ans, a généré des millions d'euros de chiffre d'affaires, et permis le financement d'à peu près autant de millions de repas... Des lectures parfaitement recommandables, donc.

Ma seule petite déception, c'est la recette "annuelle" de Cyril Lignac. Certes intéressante "en elle-même", je pense qu'elle n'a rien à faire dans un recueil de "nouvelles". Je ne sais pas qui le "sollicite" chaque année, mais... Que les Restos montent plutôt une autre opération, avec quelques chefs à la mode, "Chefs du coeur" (par exemple - j'ai pas vérifié si la marque n'était pas déjà déposée!), pour un recueil annuel de recettes qui fera... effet (produit)! Mais ce n'est que mon avis, qui n'engage que moi.

Pour l'édition 2024, on peut trouver d'autres avis et informations sur le blog Une bonne nouvelle par jour (!), chez Du calme Lucette, chez Les lectures d'Aziliz, ou chez Mara (liste non exhaustive)... Sans oublier Violette (qui m'avait "alléché" dès décembre 2023!). Nombre de blogs se contentent d'annoncer la sortie du recueil (ce qui est déjà quelque chose). Mais bien d'autres blogs ont parlé du contenu au fil des ans, voire chaque année: n'hésitez pas à signaler si vous avez pour votre part chroniqué ces trois éditions-là. 

23 novembre 2023

Astrid et Raphaëlle

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Pour une fois, je vais évoquer une série que mon ami Ta d loi du cine et moi apprécions beaucoup. Il s'agit d'Astrid et Raphaëlle, une série que l'on a découverte tous les deux l'année dernière par hasard à la télé pendant l'été. Pour ceux qui ne la connaissent, Astrid Nielsen est une jeune femme autiste asperger qui travaille au centre de documentation de la police judiciaire et Raphaëlle Coste est commandant de police. La première est blonde aux cheveux longs avec une frange qui lui tombe sur les yeux, la deuxième est une grande brune divorcée avec un grand adolescent. Ce duo se complète bien et elles arrivent à résoudre des meurtres divers et variés, la plupart du temps à Paris. Certains ont un parfum ésotérique. Astrid est bien entendu le personnage le plus mis en valeur dans la série avec son comportement atypique, son goût de l'ordre, sa manière de tout classer, sa passion pour les puzzles sous toutes leur forme, son appréhension du bruit, son goût pour la routine car sinon elle est vite perturbée. C'est souvent grâce à Astrid que les meurtres sont résolus. Je ne peux pas tout dévoiler. Astrid est un personnage très attachant qui a un petit ami en la personne d'un Japonais Tetsuo Tanaka, qui montre beaucoup de patience envers elle. Quant à Raphaêlle, elle est amoureuse de son collègue, le capitaine Nicolas Perran, mais elle n'arrive pas à se déclarer vraiment. Le chassé-croisé amoureux dans la 4ème saison est assez savoureux. Il faut noter qu'Astrid Nielsen est interprétée par Sara Mortensen que je ne connaissais pas et qui est très bien, cependant que Raphaëlle est incarnée par Lola Dewaere (la fille de....). Un feuilleton vraiment sympathique que nous conseillons, mon ami et moi. Henri Golant a parlé de la saison 4 ici et des précédentes là.

3 mai 2023

Drame de pique - Sophie Henaff

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J'ai eu grand plaisr de retrouver la brigade parisienne des Poulets grillés. Après Restés groupés et Art et décès, les voici dans Drame de pique (Albin Michel, 379 pages distrayantes). La commissaire Anne Capestan et tous les inspecteurs sont toujours là : Eva Rosière et son chien Pilou, Merlot, Lewitz, Torrez et sa poisse légendaire, Dax et Evrard. Dans ce roman, ils vont être chargés de trouver qui pique des femmes près de lieux touristiques parisiens. Certaines de ces piqûres sont mortelles. On apprend que le poison a un antidote qu'il faut injecter très vite. La brigade se met assez vite sur la piste d'un ancien "serial killer" surnommé "La main de Dieu" et qui vient de sortir de prison. Ce qui fait le sel du roman, c'est l'écriture de Sophie Henaff et la camaraderie de bon aloi entre tous les membres de brigade qui sont tellement différents les uns des autres et qui se complètent bien. On aimerait bien être un des leurs. Un roman qui se lit très agréablement.

15 janvier 2023

François Mauriac en "lecture commune"

Il y a quelques mois, Ingannmic avait signalé à l'occasion de mon bilan d'un "mois Wells" que, lorsqu'elle avait co-organisé une "activité" bloguesque autour de François Mauriac, il y avait eu peu de participation à part les deux organisatrices. Lorsque j'ai vu annoncé un projet de "lecture commune" d'une oeuvre de Mauriac à programmer pour le 15 janvier 2023, je (ta d loi du cine, “squatter” chez dasola) me suis dit que c'était l'occasion de relire cet auteur! 

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Vérification faite dans ma pochothèque, je possède cinq livres de François Mauriac, entrés en ma possession entre 1980 et 1982... et que je suis certain de n'avoir jamais relus depuis. Ils prenaient donc depuis 40 ans la poussière entre Maupassant (une douzaine de volumes acquis pour la plupart plus récemment, certains relus plusieurs fois y compris il y a un ou deux ans) et Maurois (relu ou du moins feuilleté aussi plusieurs fois) - les livres de ma bibliothèque m'avaient suivi quand j'ai déménagé en 1988. Et j'aurais été incapable de parler du contenu de mes cinq volumes. Bref, j'ai affecté quelques heures de mon "budget-temps de lecture" des deux dernières semaines aux trois bouquins que je présente ci-dessous.

P1150627Destins, 191 p., copyright 1928, volume imprimé en 1980 et cadeau de Noël reçu en 1982 (191 p.). 

Ce livre présente les relations entre plusieurs générations d'au moins trois familles, dans la bourgoisie de la Gironde, dont certains membres sont "montés" à Paris tandis que d'autres continuent à habiter (voire à agrandir, en rachetant aux précédents) les domaines, la terre, la vigne, la forêt de pins des Landes proches... et à y vivre de leurs revenus. Chacun a ses centres d'intérêt, cloisonnés (les priorités de l'un étant antagonistes avec celles des autres). Famille Gornac: le patriarche a passé plusieurs décennies à acquérir la maîtrise du siège de député local (pas forcément pour l'occuper lui-même, mais au moins pour que l'élu serve ses intérêts). Sa belle-fille Elisabeth supporte bien son veuvage (Prudent Gornac n'était pas vraiment doué pour les affaires), et a peu d'atomes crochus avec son exalté de fils, Pierre, lequel n'a que la religion - catholique - à la bouche (conférences et sermons moralisateurs). Les voisins Lagave: pour la première génération, on ne parle guère du mari. Le vieux Gornac semble avoir veillé à ce que le fils, Augustin, fasse une bonne carrière dans la fonction publique, alors que sa mère servait la famille Gornac? Monté à Paris, Augustin s'y est marié, mais son fils, Robert, ne marche pas dans ses traces (s'élever par le travail, et ne penser qu'à cela - carrière). Robert (Bob) apparaît plutôt comme un esthète dont les moyens d'existence de jeune homme proviennent des services qu'il vend (au titre de ce que l'on appellerait aujourd'hui "décoration d'intérieur - sans parler d'autres "services" demeurés dans un pesant sous-entendu). S'entrelace pourtant avec Robert une demoiselle de la Sesque, Paule, "une jeune fille du vrai monde", descendant d'une famille d'anciens propriétaires des Landes qui a vendu ce qui lui restait de terres (notamment aux Gornac et apparentés?) pour "monter" à Paris. Lorsque Robert vient en convalescence chez sa grand-mère, un voyage l'amène, elle, dans la région. Cette jeune fille est suffisamment affranchie pour posséder sa propre auto (ce qui autorise tous les "coups de la panne") alors que les campagnards continuent à utiliser les voitures à chevaux. Mais c'est bien au mariage avec Robert qu'elle rêve. Pierre va se mêler de ce qui ne le regarde pas, avec des conséquences tragiques et au désespoir de sa mère.

J'ai souri lorsque Elisabeth, jadis parfaite femme d'intérieur veillant à tout dans la maison, constate "Je laisse tout aller" mais s'aperçoit que "tout allait aussi bien qu'au temps qu'elle surveillait les chais, le poulailler, la cuisine et la buanderie". Et aussi en lisant les remarques aigres sur les dépenses excessives générées par le lavage des chemises de notre esthète. 

En avaient parlé: Athalie (sur son nouveau blog), Ingannmic, Miss Sunalee.   

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P1150628Thérèse Desqueyroux (1927, exemplaire imprimé au 2e trim.1975, donné en 1981 par mon grand frère - 184 p.).

Juste quelques mots sur ce livre. Il fut un temps où il faisait partie des livres incontournables pour une culture littéraire "classique", une lecture recommandée au lycée. Il est l'un des plus connus de François Mauriac, et Claude Miller en a tiré un film en 2012 (je ne l'ai pas davantage vu que l'adaptation précédente de Franju, 50 ans auparavant avant - 1962, du vivant de Mauriac). Comme toute personne cultivée, disais-je, le sait, le roman s'ouvre sur l'acquittement de Thérèse. On découvre que, enfermée dans une vie tristement bourgeoise de mère au foyer, vie plutôt subie que choisie, elle a eu l'idée de "forcer la dose" sur les médicaments que devait avaler son mari, quitte à falsifier quelques ordonnances. Mais en province, pharmacien et médecin se parlaient, à l'époque (cependant que la "receveuse des postes" pouvait "bloquer" une lettre si une famille ayant suffisamment d'influence le lui demandait). Si Thérèse a été acquittée, c'est bien parce que la famille (père, mari, belle-famille) a fait tout ce qu'il fallait pour "sauver les apparences". Thérèse se retrouve cloîtrée à la campagne, avec quelques livres qu'elle a tôt fait de connaître par coeur (affreuse, la séquence où le mari laisse sans réponse sa demande de commande au libraire!). Elle s'y laisse périr d'ennui. Mais le souci du qu'en dira-t-on et le souhait que sa belle-soeur fasse le mariage qui convient amène un marché: pas de scandale, et on la laissera partir à Paris. Ce qui advient à la fin. 

... Bon, j'ai l'air d'avoir tout dit, mais aujourd'hui, ce "fait divers" donnerait tout juste lieu à quelques articles de presse. Tout l'art de Mauriac est de restituer les pensées successives (ou leur absence) des différents antagonistes, et surtout de faire transparaître les mentalités de l'époque, du lieu, des milieux sociaux des protagonistes (maîtres et domestiques), via les interactions de Thérèse avec son entourage. 

J'ai trouvé une dizaine de blogs ayant chroniqué ce livre: Anis (Litterama) comparait livre et film de Claude Miller, Athalie (sur son nouveau blog), DonaSwann, Hélène, Ingannmic, Lili Galipette, Miss Sunalee, Philisine cave, Sandrine, XL (m'a appris l'existence de deux nouvelles?). Apparemment, en 2012, plusieurs blogueuses littéraires avaient organisé des concours en vue de faire gagner des places de cinéma... Missionnées pour "faire le buzz" autour de ce film et de cette oeuvre? J'ai encore trouvé Des livres des livres!, Le bouquineur, Les livres de George, Livrepoche, Pourquoi s'ennuyer (Gaëtane).

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P1150629La fin de la nuit (paru en 1935; mon exemplaire date de 1981 et m'a été offert à Noël 1982 - 253 p.)

Beaucoup moins connu que le précédent, ce roman en constitue la suite. Thérèse Desqueyroux vit à Paris une vie d'oisiveté (appartement, domestique, subsides versés par son mari sur les revenus de ses pins) depuis 15 ans. Lorsqu'elle voit débarquer sa fille Marie, 17 ans, elle est d'abord enchantée de "redécouvrir" une fille qu'elle n'a pas vue grandir, avant d'être atrocement désappointée lorsqu'elle comprend que la gamine n'est pas venue voir sa mère "pour ses beaux yeux" mais dans son propre intérêt... Il y a évidemment un garçon là-dessous, Georges Filhot, un voisin en Gironde, monté à Paris pour étudier à Sciences Po, et qui admire de son côté l'intellect d'un de ses condisciples. Ce qui va amener tout un jeu de "suis-moi, je te fuis / fuis-moi, je te suis" entre les trois ou quatre personnages. Cette fois-ci, il semble que Thérèse, hantée par son passé qui lui sert de "grille de lecture" pour ses rapports avec son entourage, ne s'en relèvera pas. J'ai noté quelques citations qui ont pimenté ma lecture.

p.84, Georges: "Nous ne sommes plus comme nos parents dont toute la vie tournait autour de ces problèmes de dot, d'héritages, de testaments. La crise a flanqué tout ça en l'air: ça ne nous intéresse plus".

p.32, Marie (la rebelle, parlant de son père). "Vous ne pouvez imaginer... Il faut les entendre, grand-mère et lui: "On ne peut plus mettre de côté, maintenant... ou ce que l'on met de côté se perd; et le reste va au percepteur. Tu devras travailler, ma petite,... Nous en arriverons là: il faudra que tu travailles!" Si vous voyiez leur tête quand je leur réponds: "Hé bien! Le beau malheur! Je travaillerai!..." Ils voudraient que je gémisse avec eux. Ils ne comprennent pas que j'accepte mon époque."

p.154, Georges à propos de Thérèse: "Il se souvenait d'un mot d'elle comme de tout ce qu'elle avait dit devant lui: que les jugements les plus opposés sur une même créature sont justes, que c'est une affaire d'éclairage, qu'aucun éclairage n'est plus révélateur qu'un autre...".

p.163, Thérèse songeant à Georges: "Pourquoi se résigne-t-il? Non plus par amour, ni même par pitié pour moi... afin de tenir sa parole, peut-être? Beaucoup d'hommes sont ainsi: ils croient qu'il faut tenir leur parole".

p.196: "Thérèse ne doutait pas d'être le point de mire au centre d'un complot immense et secret... Comment aurait-elle su qu'il n'y avait pas, à cette heure, dans le monde entier, une seule pensée qui lui fût dédiée, qu'il n'existait pas une créature humaine, durant cette nuit, pour se soucier de Thérèse Desqueyroux?"

Vous l'aurez compris avec ces extraits, j'ai trouvé que nos personnages, dans les trois romans, se préoccupent beaucoup trop de "ce que les autres vont penser de soi", tout en cherchant plus ou moins consciemment à les "manipuler" afin de pouvoir, justement, les amener à penser ceci ou cela... Et l'auteur nous donne parfois accès aux pensées d'une personne et de l'autre, chacune étant dans l'erreur par rapport à ce qui se pense en face d'elle. Disons que, si Mauriac en est évidemment resté sur le côté tragique, pour La fin de la nuit, en ce qui me concerne, j'ai eu idée, à cette lecture, qu'on pourrait en tirer une bonne pièce de boulevard!

Quoi qu'il en soit, sur ce dernier livre, je n'ai pu trouver que le billet de Praline.

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Je vais maintenant essayer, moi aussi, un brin d'introspection sur mon rapport à cette littérature mauriacienne. Il n'est pas impossible que, dès mes premières lectures, ce monde de bourgeoises corsetées par les conventions sociales m'ait non seulement paru suranné et futile, mais encore ait provoqué en moi un rejet parce que telle de mes aïeules, née avec le siècle dans une grande ville de province, faisait preuve d'une mentalité datant de sa jeunesse qui me paraissait en complet décalage avec la position sociale occupée dans les années 1980. On me souffle en tout cas que la grande bourgeoisie bordelaise, elle, est bien dans le "paraître" surtout.

Dans ces trois livres qui se déroulent, je pense, entre peu avant ou après la guerre de 1914 et les années 30, c'est un même milieu qui est présenté, celui des propriétaires de pinèdes dans les Landes. Les revenus annuels sont tirés de la résine (avec laquelle on fabrique de l'essence de térébenthine et de la colophane si l'on a l'esprit suffisamment industrieux pour installer une distillerie), cependant que les arbres abattus fournissent des poteaux pour les mines de charbon sinon des traverses de chemins de fer. Les personnages de Mauriac touchent des revenus et ont le souci de veiller à ce que leur patrimoine fructifie (y compris via des alliances matrimoniale et en limitant la descendance du couple). Ils craignent l'incendie pour leurs parcelles de pins. 

Par moment, chez Mauriac, la minutie de l'introspection peut faire songer à du Proust. Quatre-vingt-dix pour cent des pages de ces romans consistent en introspection minutieuse des personnages-clés, ou en l'observation commentée de leurs pensées, l'auteur pouvant savoir à tout moment ce que songe chacun des deux interlocuteurs (en général deux à deux)... "et gnagnagni et gnagnagna" (ajouterais-je méchamment). Leurs abominables turpitudes nous paraissent bien bénignes aujourd'hui. 

Cette "lecture commune" m'a permis en tout cas de m'introspecter suffisamment pour comprendre pourquoi je n'ai jamais non plus relu Proust (auquel La fin de la nuit, par exemple, m'a fait songer par moment) depuis ma jeunesse: trop "cérébral" pour moi... Ces relectures ont été pour moi l'occasion de consulter la liste des autres oeuvres de Mauriac (pas forcément romanesques). Et je me suis dit qu'il existe quelques titres que je découvrirais volontiers, si j'avais le temps et la motivation d'en prendre la peine... Je vais tâcher d'être en veille pour réagir en temps voulu si un autre "Challenge Mauriac" se lance, sur une durée plus importante qu'une "lecture commune" pour une seule journée!

Il semble en tout cas que les blogueuses rédigent peu de billets sur François Mauriac (cela ne veut pas dire qu'elles ne le lisent pas, bien sûr). Une quinzaine de titres étaient disponibles en "poche" dans les années 1980, je suppose qu'on peut encore plus facilement accéder à Mauriac aujourd'hui, si on le souhaite (même si, mort en 1970, il s'en faut encore de 18 ans qu'il soit dans le domaine public). J'ai pris la peine de faire une recherche dans les 70 blogs "Livres" classés comme "actifs" dans la colonne de droite, c'est de là que j'ai tiré les liens vers pas mal de billets sur Thérèse Desqueyroux, quelques-uns sur Destins, beaucoup moins sur La fin de la nuit. Il n'y avait guère que moins d'une demi-douzaine d'autres titres représentés par un ou plusieurs billets. 

P.S.: je rajouterai en "edit" ci-dessous les billets des autres participant(e)s à cette "lecture commune Mauriac du 15 janvier 2023" au fur et à mesure que je les identifierai!

* Le noeud de vipères: Ingannmic, Marilyne, Le bouquineur, Keisha (dès le 14!), Passage à l'Est 
* Thérèse Desqueyroux: Anne, Nathalie (12 ans après un précédent billet). [Grominou a pour sa part attendu avril 2023 pour le lire]

P.S.2:  je rajoute ce 17 janvier 2023 le logo du challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine.

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16 avril 2022

1794 - Niklas Natt och Dag

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Grâce à l'écrivain suédois Niklas Natt och Dag (Nuit et Jour), je suis repartie dans le passé en 1794 à Stockholm (la ville entre les ponts), après 1793. On retrouve quelques personnages du roman précédent comme Jean-Michael Cardell et Anna Stina. Le roman se découpe en 4 grandes parties : Hiver, Eté, Printemps et Automne. Le roman commence avec le récit d'Eric Tre Rosor, jeune homme  suédois issu d'une lignée de propriétaires terriens depuis plusieurs générations. Il tombe amoureux de Linnea Charlotta, la fille d'un des fermiers qui louent la terre à la famille Tre Rosor. Cette relation n'est pas du goût du père d'Eric. Il décide d'envoyer son fils à l'île de Saint-Barthélémy qui avait été cédée par la France en 1784 par la Suède. Cette île est devenue pendant un temps un port franc qui était une escale pour les bateaux négriers entre l'Afrique et l'Amérique. C'est à Saint-Barth qu'Eric va faire connaissance de son futur bourreau Tycho Ceton. L'histoire continue l'été suivant avec Jean-Michael Cardell qui ne s'est pas encore remis de l'enquête de l'année précédente. Cet ancien soldat à qui il manque l'avant-bras droit et qui a travaillé pour la chambre de police est sollicité par la mère de Linnea Charlotta. En effet, cette dernière semble avoir été déchiquetée par des loups la nuit de ses noces avec Eric Tre Rosor, qui lui-même a disparu. Jean-Michael Cardell accepte bon gré mal gré de chercher à découvrir ce qui s'est passé. Il est dans un état psychologique pas terrible et il souffre de la faim. Il est aidé dans ses investigations par Emil Winge, le frère cadet de Cecil Winge, l'un des personnages principaux de 1793. Emil est un être perturbé qui a une tendance à trop aimer l'eau-de-vie et il entend des voix. Les deux vont croiser le chemin de Tycho Ceton, qui est responsable de la mort de Linnea et de la disparition d'Eric. Le problème est que Tycho est protégé en haut lieu, donc pratiquement intouchable. Quant à Anna Stina, elle va accoucher de jumeaux, Maja et Karl. Toute la description de l'accouchement est un moment fort du roman. L'écrivain a une manière assez crue de décrire la vie quotidienne en Suède en général et à Stockholm en particulier. Un roman qui se lit très bien et qui est passionnant et pourtant, c'est très sombre et l'histoire de termine mal. Lire les billets de Cafardsathome, Nyctalopes, Lea Touch Book et Richard.

7 janvier 2022

Coronavirus: on est les champions! - Charlie Hebdo HS N°22H (juillet-septembre 2020)

N'ayant rien préparé à l'avance pour "marquer le coup" du 7ème anniversaire du massacre de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais vous présenter un de leurs Hors-Série "d'actualité" que j'avais acheté il y a 18 mois, en fin juin 2020 (une fois levé le premier confinement "Covid-19").

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Coronavirus: on est les champions!
- Charlie Hebdo HS N°22H (juillet-septembre 2020)
La crise du Covid-19 vue par Charlie Hebdo, 80 pages, juin 2020.

Selon la présentation en 4e de couv', "durant le confinement, l'équipe de Charlie Hebdo a observé avec attention l'évolution de cette crise inédite. Chaque semaine, les dessinateurs, chroniqueurs et journalistes ont cherché à rendre compte de la gestion de la pandémie, en France et dans le monde. Pour prendre du recul sur ces événements, Charlie Hebdo a compilé une sélection des meilleures publications du site internet". On ne trouve évidemment dans ce numéro aucun dessin de Cabu, Charb, Honoré, Tignous ni Wolinski, ni de chronique d'Elsa Cayat ou Bernard Maris. 

Différents articles ou interviews rappellent utilement que, durant des années et sous des gouvernements successifs, l'hôpital public a été géré "à la calculette" (masse salariale gelée conduisant mécaniquement à des suppressions de postes, hôpitaux managés comme des "entreprises" avec pour objectif, sinon la "rentabilité", du moins l'absence de "déficit" budgétaire...). Les angles des articles sont très variés, comme le montrent les 31 entrées du sommaire sur deux colonnes p.3. Ils présentent une recension critique de pas mal des discours qui avaient été donnés précédemment sur le virus (diverses antivérités à large spectre - l'expression est de moi). Je relève que Riss comparait (p.61) l'impréparation de notre système médical avec celui de l'armée française en 1940 - dans les deux cas, on était convaincus d'avoir la meilleure armée, ou le meilleur système médical, du monde. Mais ce hors-série comporte aussi des articles de réflexions sur les aspects non seulement sanitaires, mais aussi politiques ou en termes de libertés publiques. Parmi les quelque 112 dessins (environ: j'ai compté les planches de BD pour "un", les colonnes de trois dessins de Bitche avec trois signatures pour "trois" et celles avec une seule pour "un"...), j'ai relevé 34 fois "le journal de Félix [date]". Ci-dessous quelques-uns de ceux qui m'ont le plus interpellé ou fait sourire.

P1140179 p.47, pour illustrer un entretien titré "La crise de la biodiversité favorise les maladies infectieuses émergentes".

P1140178 p.45

P1140177 p.32 (un dessin qui demeure d'actualité en 2022?)

P1140180 p.64-65. Vous noterez le titre de l'article p.65...

P1140185 p.76 (au nez!).

Et pour finir... à tout seigneur tout honneur (j'ai pas dit "soigneur"). 

P1140176 p.18 (en janvier 2022, il a employé un langage plus... franc [au sujet des non-vaccinés]).

P1140181 p.68. P1140183 p.72-73.

Précisons qu'on peut aujourd'hui encore acheter ce hors-série en ligne (8 euros) sur le site de Charlie Hebdo. 

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Dans Charlie Hebdo N°1543 du 15 décembre 2021, p.3, j'ai relevé dans l'hommage rendu par la rédaction du journal à Maryse Wolinski, décédée le 9 décembre 2021 des suites d'un cancer du poumon, sous le titre "Au revoir Maryse", le paragraphe de conclusion: "On ne pouvait pas parler de Georges sans Maryse et de Maryse sans Georges. Elle était souvent présente dans les dessins de Wolinski. Lorsque Charlie publia, durant l'été 2020, une série de dessins de Wolinski, Maryse nous dit à quel point cela l'avait touchée de voir Georges à nouveau dans les pages de son journal, qu'il avait contribué à créer et à faire vivre de son humour et de son esprit uniques. A notre tour de saluer Maryse. Nous adressons nos vives condoléances à Elsa, Frederica et Natacha. Tant que Charlie vivra, il y aura toujours une place pour les dessins de Georges". 
Pour rappel, figurent déjà dans mes propres "hommages du 7" plusieurs livres de Maryse et Georges, ou de Maryse seule (cf. Index des livres sur le blog).

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PS: pas énormément d'intérêt, de la part de la presse, pour ce 7e anniversaire de l'attentat chez Charlie Hebdo (malgré le déroulement du procès du 13 novembre)... Cependant, dasola m'a signalé quelques mots, sur France Inter, d'hommage à Bernard Maris (qui y tenait une chronique), en rappelant que "cela fait sept ans aujourd'hui".

*** Je suis Charlie ***

14 mars 2022

William Hurt (1950-2022)

Je viens d'apprendre que l'acteur américain William Hurt était décédé et cela m'a rendue très triste. Il a été un de mes béguins de cinéma. En effet, dans les années 80 que les jeunes de 20 ans ne peuvent pas connaître, il y a eu de très bons films américains où les acteurs interprétaient des personnages dignes de ce nom. J'avais découvert cet acteur dans Body Heat (La fièvre au corps - 1981) de Lawence Kasdan, un polar noir d'une grande sensualité. Face à lui, Kathleen Turner lui donnait la réplique. J'ai vu ce film au moins six ou sept fois. Je vous le recommande. J'avais retrouvé ce couple de cinéma dans The Accidental Tourist (Voyageur malgré lui) en 1988, encore de Lawrence Kasdan (avec un scénario tiré d'un roman d'Anne Tyler). William Hurt faisait partie de la distribution de The Big Chill (Les copains d'abord) en 1983, toujours de Lawrence Kasdan. Je l'avais aussi apprécié dans Children of a lesser God (Les Enfants du silence) de Martha Haynes (1986), Gorky Park de Michael Apted (1983), Broadcast News de James L. Brooks (1987), Altered States (Au delà du Réel) de Ken Russell (1980), Le baiser de la femme araignée d'Hector Babenco) dans un rôle pour lequel il avait reçu le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes et l'Oscar du meilleur acteur en 1985. Il a participé à des films européens comme celui de Wim Wenders Jusqu'au bout du monde (1991) ou Un divan à New-York de Chantal Akerman (1996). 

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Les deux photos font partie de ma collection personnelle

2 novembre 2021

Pays baltes 9/9 - Lituanie - 3

Voici mon neuvième et dernier billet sur les pays baltes dont je garderai un très bon souvenir. 

A Vilnius, on est passé devant le parlement:

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On a pu voir l'ambassade de France:

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...située juste à côté de l'ancien quartier juif devenu ghetto pendant la 2ème guerrre mondiale. Les Juifs de Vilnius ont payé un lourd tribu en victimes. 

Ci-dessous, le plan du grand et du petit ghetto qui existèrent de 1941 à septembre 1943 où les deux ghettos furent liquidés, soit plus de 40 000 personnes. En Lituanie, en 1941, il y avait 265 000 Juifs, et plus de 95% d'entre eux furent assassinés, soient 254 000 personnes.

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 Dans ce quartier pratiquement piétonnier, j'ai remarqué une pâtisserie (moi qui suis gourmande). On ne pouvait pas la louper. La preuve par l'image. 

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J'ai acheté quelques macarons dont j'ai fait aussi profiter mes collègues de travail. Ils les ont trouvés très bon.

Et toujours dans le même quartier, on est passé devant une plaque commémorative, qui rappelle le fait que Stendhal est venu à Vilnius en 1812 au moment où l'armée napoléonniene, enfin ce qu'il en restait, était en train de revenir de Russie.

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Et en parlant de l'armée napoléonienne, la dernière matinée fut l'occasion d'aller dans un cimetière où sont rassemblés les restes de plus de 3000 soldats morts à Vilnius.  

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 En plus du cimetière, on a visité l'église baroque (toute blanche à l'intérieur) Saint-Pierre-et-Saint-Paul. 

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91EBBA7E-DA61-46E1-A6DB-F99343A5DB3C L'orgue

EAE94650-4A76-46CB-9E34-02E6816A7151 Une barque pendue au plafond

Et je termine par quelques vues panoramiques de Vilnius depuis la tour du Palais des souverains de Lituanie.

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J'espère que le voyage vous aura plu.

26 mars 2020

Le train pour Tallinn - Arno Saar

Comme on a encore presque cinq semaines de confinement (d'après ce que j'ai entendu), je télétravaille (en effet, je suis dans un service comptable et je continue de payer des factures chez moi sur un ordi), j'ai des échanges en "skype" avec mes collègues (même si cela ne vaut pas une vraie rencontre autour du café du matin). Le confinement en lui-même ne me pèse pas, si ce n'est que je ne suis pas près de retourner au cinéma. Et je lis un peu mais pas autant que je l'espérais.

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J'ai quand même réussi à terminer un petit roman policier qui se lit bien, Le train pour Tallinn (Editions La fosse aux ours, 216 pages). J'ai été très attirée par le dessin de couverture et bien sûr par le titre, car j'apprécie les énigmes policiières qui se passent dans un train comme le Crime de l'Orient Express d'Agatha Christie ou Tokyo Express de Matsumoto (que je vous recommande). L'intrigue du Train pour Tallinn démarre avec un crime commis dans un train régulier qui va de Saint-Petersbourg à Tallinn, capitale de l'Estonie. Semenov, un Russe, est trouvé mort dans un wagon de 1ère classe. Il a été empoisonné par de la ciguë introduite dans une bouteille de vodka bon marché qu'on a trouvée à côté de lui. On confie l'enquête à Marko Kurismaa, un ancien champion de ski de fond devenu l'un des meilleurs policier de Tallinn. On ne sait rien de lui, si ce n'est qu'il souffre de narcolepsie et qu'il n'aime pas les Russes. Son père a été une victime du régime soviétique de l'époque. Il aime aussi beaucoup la ville de Tallinn. Je rappelle que l'Estonie, tout comme les deux autres pays Baltes, la Lituanie et la Lettonie, a regagné l'indépendance dans les années '90, après 50 ans d'annexion par l'ex-URSS. Pour en revenir à l'histoire, il y a quelques suspects dont les six autres passagers du train, mais en ce qui concerne le mobile de ce crime, l'écrivain s'est inspiré d'une vraie tragédie qui s'est déroulée en septembre 1994. Le ferry l'Estonia, qui faisait la navette entre la Suède et l'Estonie, avait coulé en 1 heure. Sur les 1000 passagers, il y eut environ 850 morts. Une lecture agréable et un policier suffisamment sympathique pour qu'on ait envie de le retrouver dans un autre roman. C'est désormais chose faite avec La neige sous la neige, un nouveau roman qui vient de paraître et que je ne manquerai pas de lire un de ces jours.

15 mars 2020

Richesse oblige - Hannelore Cayre

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En attendant que je puisse un jour retourner au cinéma, voici un billet sur le nouveau roman d'Hannelore Cayre, Richesse oblige (Métailié noir, 216 pages) qui déjà été chroniqué sur les blogs alors qu'il vient tout juste de paraître. Il faut dire que La Daronne, le roman précédent de l'écrivain, a eu un grand succès très mérité. Dans Richesse oblige, Hannelore Cayre nous raconte une histoire qui se passe entre deux périodes, en 1870-1871 pendant la Commune de Paris et la guerre contre les Prussiens, et de nos jours entre la Bretagne et Paris. Blanche de Rigny, aux jambes appareillées et se déplaçant avec des béquilles, est le lien qui relie les deux périodes. Blanche, âgée de 38 ans, est la mère de Juliette, 10 ans. Et elle n'a qu'une vraie amie, Hildegarde, qui est aussi une collègue de travail, au service reprographie judiciaire au quai des Orfèvres. C'est une grande bringue de presque deux mètres. A l'occasion d'une visite à son vieux père de 85 ans, Blanche apprend qu'elle est la descendante de la branche "pauvre", qu'elle baptise "les gueux" de Bretagne, de la famille de Rigny (éminemment riche). En effet, Blanche apprend qu'en 1870, son arrière grand-père Auguste a pu éviter d'être enrôlé dans l'armée et de se faire tuer grâce à l'argent de sa famille qui a réussi à acheter un pauvre pour prendre sa place. C'était quelque chose de courant. En retour, par idéalisme et peut-être pour se donner bonne conscience, Auguste de Rigny a accepté en avril 1871, contre l'avis de sa famille, d'épouser Corentine Malgorn, la fiancée enceinte du "pauvre" parti à sa place. En y réfléchissant, Blanche décide alors, avec les moyens du bord et pas mal d'imagination de récupérer un peu de la fortune des de Rigny, qui ignore depuis longtemps la branche d'Auguste. Je vous laisse découvrir comment. Bien entendu le titre du roman et certaines parties de l'histoire renvoient au film génialissime Noblesse oblige de Rober Hamer (1949) avec Sir Alec Guinness. Un roman qui se lit très agréablement et qui fait passer un bon moment. Et Mme Cayre a un grand sens de la narration. Lire les billets enthousiastes d'Aifelle, Cathulu et Cuné.

12 mars 2020

Tuer le fils - Benoît Séverac

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Benoît Séverac est un écrivain que je suis avec plaisir depuis trois romans, et, une fois de plus, il ne m'a pas déçue. Après Les Chevelues qui se passe au temps de la Gaule romaine, Trafics (ex Le chien arabe) et 115 dont les intrigues se déroulent dans les quartiers nord de Toulouse, Benoît Séverac situe son nouveau roman Tuer le fils (Editions La manufacture de livres, 280 pages) dans la banlieue sud-ouest de Paris, à Versailles, Poissy, Palaiseau et même Paris intra-muros. Cérisol est un inspecteur de la SRPJ de Versailles. Il est marié à Sylvia qui a perdu la vue suite à une maladie dégénérative. Le péché mignon de Cérisol est de manger des confitures en pot et boire du whisky de temps en temps. Avec ses adjoints Nicodemo (un Portugais) et Grospierres, ils vont enquêter sur le décès suspect de Patrick Fabas, né en 1960 à Oran en Algérie. Sur la scène de crime, les policiers découvrent que Fabas avait des idées d'extrême-droite et que la victime était un passionné de motos qu'il réparait. Hasard ou coïncidence, peu de temps avant la mort de Patrick Fabas, son fils Matthieu qui venait de purger une peine de 15 ans de prison pour homicide était libéré. Les policiers pensent tout d'abord que le fils a tué le père, mais la vérité n'est pas si simple. D'autant plus que Cérisol se met à lire le journal que Matthieu a tenu en prison lors d'atelier d'écriture animé par un écrivain dont on ne connaîtra pas le nom. Le récit alterne entre le déroulement de l'enquête et la lecture du journal. Je vous laisse en compagnie de Cérisol, de sa femme Sylvia et de leur chienne Djouk ainsi que de Nicodemo et Grospierres. Un roman très plaisant à lire que je vous conseille. Tout comme Choup.

21 décembre 2018

Didier, la cinquième roue du tracteur - Ravard et Rabaté

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Mon ami m'a offert Didier, La 5ème roue du tracteur (Editions Futuropolis, 79 pages), une BD très sympa même si certains dessins ne sont pas conseillés aux jeunes enfants. Didier, la quarantaine, un peu enveloppé, rêve du grand amour. Il s'occupe (pas très bien) d'une ferme avec sa soeur Soazic qui, elle, est une femme de caractère et souhaite "caser" son frère. Didier n'est pas un bon fermier mais il s'occupe avec amour de ses poires qui s'épanouissent à l'intérieur de bouteilles. Toute cette attention doit aboutir à la production de poires à l'eau-de-vie.

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Didier, un soir de beuverie, ramène Régis, un fermier qui vient de tout perdre: ferme, bétail et terre. Son domaine a été vendu aux enchères. Pas très confiant, Didier décide de s'inscrire sur un site de rencontres sur Internet. Soazic et Régis sont là pour l'aider à rendre son profil attirant. Par ailleurs, Soazic et Régis tombent dans les bras l'un de l'autre. Je vous laisse découvrir quelle sera l'issue de la rencontre entre Didier et "Coquinette", la femme qui répond à l'annonce. La tendresse qui se dégage des personnages m'a fait passer un bon moment de lecture, même si c'est différent des Petits ruisseaux (où Rabaté était au scénario ET au dessin).

20 avril 2018

Un travail à finir - Eric Todenne / La petite gauloise - Jérôme Leroy / 115 - Benoît Séverac

Décidément, les auteurs de polars français n'ont rien à envier à leurs homologues étrangers.

Voici trois romans que je recommande chaleureusement.

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Un travail à finir (Viviane Hamy, 276 pages) a été écrit sous un pseudo. Derrière Eric Todenne se cachent Eric Damien et Teresa Todenhoefer (deux écrivains que je ne connais pas). A Nancy, dans une maison de retraite, un vieux pensionnaire atteint d'Alzheimer est retrouvé mort suite à une chute qui se revélera ne pas être accidentelle. Lisa qui travaille dans cette institution prévient son père, Philippe Andreani, un policier sur la touche, que l'homme décédé n'avait pas de numéro de sécurité sociale. Responsable d'une bavure policière, le lieutenant Andreani a maille à partir avec une psychologue qui doit décider s'il peut réintégrer ou non son poste, mais Francesca est une jolie femme... Andreani démarre néanmoins une enquête sur le vieux monsieur décédé après avoir appris la mort d'un deuxième pensonnaire d'origine algérienne. Il est aidé par un collègue, Couturier, et d'une manière indirecte soutenu par Pierre Timonier surnommé le "Grand Sérieux", tenancier d'un bar appelé aussi "Le Grand Sérieux". Timonier, un ancien légionnaire, doit son surnom à ses lectures classiques à haute voix qu'il assène à ses clients, et il fait souvent des citations en latin comme "Ab esse ad posse valet, a posse ad esse non valet consequentia". "De la possibilité d’une chose, on ne doit pas conclure à son existence". Durant ses investigations, Andréani affronte un notable de la ville et l'enquête va le mener à se pencher sur le passé de son père, François Andréani, qu'il n'a pas vu depuis 20 ans, et sur certaines exactions pendant la guerre d'Algérie. Un polar à découvrir. Lire le billet de Marque-page.

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Je continue avec Jérôme Leroy et La petite gauloise (La manufacture de livres, 141 pages . C'est plus une longue nouvelle qu'un roman. Pour moi, plus que l'intrigue, ce qui frappe dans La petite gauloise, c'est l'écriture, le style. Jérôme Leroy n'a pas peur de se répéter. Il a un côté pince-sans-rire qui me plaît beaucoup. Une fois de plus, après Le Bloc et l'Ange gardien, il tape là où ça fait mal. L'histoire se passe dans une "grande ville portuaire de l'Ouest de la France, connue pour son taux de chômage aberrant, ses chantiers navals agonisants et sa reconstruction élégamment stalinienne après les bombardements alliés de 1944", une municipalité dirigée par l'extrême-droite, le "Bloc patriotique". "Le capitaine Mokrane Méguelati avait quinze ans le 11 septembre 2001. Son père épicier faisait Arabe du coin dans une ville-dortoir en Ile-de-France où il vendait des pâtes ou du lait aux salariés qui n'avaient pas eu le temps de passer au supermarché après trois heures dans des transports divers et vétustes" (p30).

Avant d'être abattu par un autre flic un peu plus tard dans la soirée, Mokrane Méguelati avait un rendez-vous avec un indic dans un bar, une fusillade s'ensuit. "Le capitaine Mokrane Méguelati riposte à l'aveugle et vide la moitié de son chargeur pendant que d'autres rafales de kalash transforment le bar de l'Amitié en avant-poste de Mossoul, Alep ou Kobané, enfin vous voyez, un de ces endroits où l'Occident chrétien fait couragement barrage à la barbarie islamiste comme dirait par exemple le nouveau maire du Bloc Patriotique avant de supprimer l'accès aux crêches pour les enfants de chômeurs." (p34). Tout le texte est dans ce style. On aime ou on n'aime pas, à vous de voir. Moi j'aime.

Quant à la petite gauloise du titre, je vous laisse découvrir qui elle est, on le devine avant de le savoir et la tragédie qu'elle provoque.

Lire les billets de Yan et Claude le Nocher.

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Je termine avec 115 de Benoît Severac (La Manufacture des livres, 285 pages). J'ai eu le plaisir de retrouver la vétérinaire toulousaine Sergine Hollard, rencontrée dans Le chien arabe (ce roman porte maintenant un nouveau titre "Trafics"). 115, c'est le numéro du Samu social. L'histoire se passe encore dans les quartiers nord de Toulouse. Deux jeunes femmes, réfugiées albanaises prostituées de force, échappent à la vigilance de leurs "macs" et se réfugient dans un camp de gitans. C'est là que Nathalie Decrest, chef de groupe du commissariat de quartier, que l'on a aussi rencontrée dans Le chien arabe, les trouve. Nathalie et son groupe étaient là avant tout pour arrêter les combats de coq et saisir les volatiles. D'où la présence de Sergine. Séverac nous plonge dans l'univers des centres d'hébergements de migrants, de sans-papiers, où officient des bénévoles plus ou moins bien intentionnés. Sergine, qui a décidé de créer une clinique vétérinaire ambulante pour les animaux de sans-abris, croise des SDF, des personnes précaires comme Odile, une pochetronne attachante avec son chien Patrick, deux soeurs jumelles Charybde et Scylla (elles méritent bien leur nom, elles sont mauvaises comme la gale), un certain H.K et son chien, et Cyril, un jeune autiste. On va suivre le destin tragique des deux Albanaises, l'une d'elle a un petit garçon appelé Adamat. Benoît Severac arrive à ne pas tomber dans le glauque malgré le sujet. C'est souvent touchant. Vivement que l'on revoie Sergine toujours célibataire et Nathalie mariée à un enseignant très patient.

Lire le billet de Choupynette qui a aussi interviewé l'écrivain.

13 février 2017

Voyage au Japon (1/4)

Je reviens d'un voyage au Japon qui m'a ravie. Je n'étais encore jamais allée dans ce pays qui est un archipel tout en longueur (il est composé de quatre îles), dont la superficie correspond à la moitié de celle de la France, mais dont le nombre d'habitants est le double. Malheureusement la population vieillit, la natalité chute.

La première chose qui m'a frappée en arrivant dans ce pays ce sont les Japonais, des personnes polies, serviables, calmes et accueillantes. Physiquement, ils sont, dans l'ensemble, pas très grands. La deuxième chose qui m'a frappée, c'est la propreté en général, dans les rues ou les intérieurs. Je n'ai pas vu un papier par terre. La troisième chose remarquable est la cuisine japonaise très variée à base de poisson et (ou) viande de boeuf, de tofu, de miso, d'algues et de légumes revenus dans un genre de saumure. Le petit bol de riz complétait l'ensemble.

Après un vol de 14 heures avec une escale, j'ai atterri à Nagoya au bord de l'océan Pacifique dans la région du Kansaï dans le centre du Japon. J'annonce tout de suite que l'on a visité des endroits pas très connus des touristes occidentaux (enfin je crois). A part un après-midi à Tokyo, on n'a visité ni Kyoto, ni Osaka, ni même Hiroshima ou Kobé. Il a fait beau les 3 premiers jours puis on a eu de la neige par la suite.

Nous avons commencé par visiter le "Pearl museum" situé sur l'île Mikimoto Shinju dans la préfecture de Mie. Là sont rassemblées des oeuvres en perles de culture. En effet, c'est là que M. Kokichi Mikimoto (1858-1954) a trouvé la technique permettant de créer des perles de culture à la fin du XIXème siècle.

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C'est à cet endroit que l'on assiste à une démonstration de plongeuses (ou ama) qui plongent en apnée depuis des millénaires afin de récupérer des crustacés et coquillages. De nos jours, elles portent une combinaison intégrale (le jour où on n'y était la température de l'eau ne dépassait pas dix degrés). Autrefois, elles plongeaient nues avec un simple pagne. Elles ont un âge avancé : souvent plus de 60 ans. De plus de 70000 en 1950 leur nombre est passé à peine 2300 aujourd'hui.

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Nous avons terminé notre première journée par une dégustation de coquillages et crustacés dans une des cabanes de plongeuses. Les saint-jacques, huîtres et bigorneaux sont cuits sur un grilloir. Même cuits, les bigorneaux étaient un peu coriaces sous la dent.

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La deuxième journée a débuté avec la découverte des deux rochers mariés ou Meoto Iwa. Ils sont considérés comme sacrés par les pélerins shintoïstes. Ces rochers représentent l'homme et la femme. Ce sont deux divinités du shintoïsme. L'une est Izanagi (co-créateur du monde et du Japon) et l'autre Izanami. La corde en paille de riz qui les relie pèse plus d'une tonne.

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A 18 km de là, on trouve le sanctuaire shinto d'Ise-Jingû, le plus important du Japon. Ce sanctuaire est en fait composé d'un ensemble d'une centaine de petits bâtiments; il y a deux sanctuaires principaux dont celui dédié à la déesse du soleil, Amaterasu. C'est un endroit calme et apaisant avec beaucoup d'arbres. Il y avait pas mal de monde présent.

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Et voici deux exemples de plateaux repas que l'on a mangé. C'était présenté toujours avec beaucoup de goût.

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La suite dans un prochain billet.

20 janvier 2016

Automobile club d'Egypte - Alaa El Aswany / Dégât des eaux - radiateur

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Après Immeuble Yacoubian qui m'avait beaucoup plu, Automobile Club d'Egypte (Editions Babel, 639 pages) confirme le formidable talent de conteur d'Alaa El Aswany. A la toute fin des années 40, l'Egypte est sous occupation britannique. Les Egyptiens sont presque considérés comme des citoyens de seconde zone, surtout les Nubiens et les Egyptiens de Haute Egypte. Le roi Farouk, roi d'Egypte et du Soudan, un être obèse et libidineux, se rend régulièrement à l'Automobile Club du Caire où il peut s'adonner au poker en compagnie de sa maîtresse. Dans ce lieu, El Kwo, un Nubien du Soudan, âgé d'une soixantaine d'année et chambellan du roi, règne en maître en tyrannisant les employés et serveurs. Il les maltraite et les fait battre. Parmi ces employés, nous faisons la connaissance d'Abdelaziz Haman, la cinquantaine, issue d'une riche famille. Ruiné suite à de mauvaises affaires, il devient serviteur pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses quatre enfants: trois garçons, Saïd, Kamel et Mahmoud, et une fille, Saliha. Ils sont presque adultes. Saliha et Kamel font des études. L'histoire aux nombreuses péripéties sait tenir le lecteur en haleine. Les sentiments et les idées de Kamel et Saliha s'immiscent à bon escient dans le récit, ce qui rend le texte très vivant. J'espère que ce billet vous donnera envie de lire ce roman. 

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Sinon, avant-hier soir, à cause d'un robinet de purge de radiateur mal revissé, j'ai eu la très désagréable surprise de constater le soir, quand je suis revenue du travail, que dans une des pièces de mon appartement où se trouvent mes livre, il y avait une inondation provoquée par un mince filet d'eau. Ce sont les piles de livres qui sont par terre (faute de place sur les étagères) qui ont souffert. Je vous laisse imaginer l'étendue du désastre. Tels des buvards, les livres du bas de chaque pile ont absorbé l'eau. Leur poids a doublé. Je pense qu'il faudra des semaines pour qu'ils sèchent et certains iront vraisemblablement à la poubelle (au grand dam de mon statisticien qui aime les livres qui ont vécu).

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11 mars 2015

Une putain de catastrophe - David Carkeet

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Dans Une putain de catastrophe (410 pages, Editions Monsieur Toussaint Louverture) de David Carkeet, j'ai retrouvé avec plaisir Jeremy Cook, le linguiste que j'avais découvert dans Le linguiste était presque parfait. Les deux romans peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre. Jeremy n'a plus de travail, l'institut Wabash ayant fermé ses portes définitivement. Par hasard, il arrive à Saint-Louis (Missouri) pour passer un entretien d'embauche à l'agence Pillow (oreiller en VOSTF) dont le but est de venir aide aux couples mariés qui ont des problèmes de communication. Souffrant de "troubles linguistiques", ces couples se trouvent dans une impasse. Jeremy qui n'est pas très doué pour les relations humaines en général et conjugales en particulier est chargé de s'immiscer dans la vie du couple Wilson. Il va être observateur et conseiller en suivant le manuel "Pillow" (du nom de son rédacteur, Roy Pillow). Jeremy va devenir la "mouche du coche" auprès de Dan et Beth Wilson, un couple trentenaire, parents de Robbie, un garçonnet de 10 ans. Beth est enseignante, et Dan est devenu associé dans l'imprimerie de ses beaux-parents. Selon les termes du contrat, ils logent et nourrissent Jeremy.  Même si, au bout du compte, le travail de Jeremy n'est pas évident, il essaye de faire au mieux. Je vous laisse découvrir comment évolue l'histoire qui est plaisante, peut-être un peu trop "gentillette" à mon goût: cela manque de causticité, de folie. La "putain de catastrophe" du titre se réfère à une réplique dans le film Zorba le Grec, quand Alexis Zorba parle du mariage. 

27 novembre 2014

Pas pleurer - Lydie Salvayre

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J'ai lu, en deux jours, Pas pleurer de Lydie Salvayre (Seuil, 276 pages), qui vient de recevoir le prix Goncourt 2014. Sous la forme d'un roman, l'écrivain évoque, par la voix de sa mère, l'Espagne de l'été 36 (avec la guerre civile sur le point d'éclater). Le 18 juillet 1936 (premier jour de la guerre civile), Montse, une jeune fille de 15 ans, née en 1921 et issue d'une famille pauvre, a enfin "ouvert sa gueule" après une remarque désobligeante d'un grand propriétaire terrien. Car à cette époque, des familles comme celle de Montse étaient maintenues dans la plus grande pauvreté par ces gros propriétaires terriens. C'est un récit à l'écriture vivante, chantante, martelante, répétitive, avec de temps en temps quelques phrases écrites en espagnol. Dans ce récit, on fait la connaissance de José (le frère de Montse) aux opinions d'extrême gauche, de Diego (militant communiste) qui deviendra le mari de Montse après qu'elle soit tombé enceinte (à 15 ans) d'un Français qu'elle n'a jamais revue. Lydie Salvayre règle son compte à l'église catholique espagnole qui a cautionné les tueries perpétrées par les sympathisants de Franco contre ceux, les républicains, qui aspiraient à un vent de liberté. Par la même occasion, Lydie Salvayre en profite aussi pour faire pas mal d'allusions à Georges Bernanos qui a été témoin des atrocités perpétrées par les franquistes dans l'île de Majorque où il séjournait (il en a fait un livre, Les grands cimetières sous la lune, un pamphlet anti-franquiste qui a eu pas mal d'échos en France). Georges Bernanos a été atterré par ce qu'il a vu et a constaté avec effroi que l'évêque de Majorque avait laissé faire. Il ne m'a pas paru évident de livrer des extraits de ce "roman". Je vous conseille seulement de le lire.

Lire le billet de Chez sentinelle et celui très intéressant de Christw.

23 février 2012

Le prix de l'hérésie - S. J. Parris

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Le prix de l'hérésie de S. J. Parris (Editions 10/18) a comme caractéristique d'être un roman policier qui se passe en 1583, au moment où le philosophe italien Giordano Bruno se trouve en Angleterre après avoir fui l'Italie et les tribunaux de l'Inquisition. Dans le roman, Giordano Bruno de Nola, qui été excommunié quelques années plus tôt, est chargé par un ami de la Reine Elisabeth Ière de démasquer des hérétiques (papistes) à Oxford. Il espère aussi découvrir un livre d'Hermès Trismegiste, personnage mythique qui aurait inventé l'alchimie (entre autre). Le roman se déroule dans un des collèges d'Oxford où la discipline est rude et où le nouveau dogme religieux anglican fait des ravages. Rapidement, des meurtres affreux rappelant des martyrs de saints sont commis. Giordano Bruno mène sa propre enquête sur ces crimes au péril de sa vie. Quand on lit la 4ème de couv', on s'attend à un roman à la hauteur du Nom de la rose avec un personnage aussi emblématique que Giordano Bruno dont la vie fut un roman. On en est pour ses frais. Le contexte religieux et l'époque sont passionnants mais traités de façon superficiels. Dommage que S. J. Parris (c'est le nom de plume d'une journaliste anglaise, Stephanie Merritt) n'ait pas donné plus de relief à Giordano Bruno, mort sur le bûcher de l'Inquisition à Rome en 1600 après huit ans de procès. Elle n'évoque rien des pensées et de la philosophie de cet homme qui, se basant sur les théories de Copernic, "soutenait la pertinence d'un univers infini, qui n'a pas de centre, peuplé d'une quantité innombrable de soleils et de mondes identiques au nôtre" (cf. wikipedia). A part ça, le roman se lit agréablement et le suspense est tenu jusqu'au bout même si j'ai été un peu dubitative à propos des traits de caractère des "méchants" de l'histoire.

Voir le billet d'Alinea.

24 septembre 2011

La lettre du Kremlin - John Huston

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Je l'attendais depuis longtemps, cette édition d'un film peu connu et peu diffusé de John Huston. La lettre du Kremlin date de 1970 (en pleine Guerre froide) et réunit des acteurs comme Max Von Sidow, Bibi Andersson, Richard Boone, Nigel Green, Patrick O'Neal, Lila Kedrova, Orson Welles et George Sanders (génial dans un de ses derniers rôle où il interprète un travesti qui tricote). On est loin des films de James Bond. C'est une histoire d'espionnage qui se passe en Russie, d'une lettre compromettante que les Américains voudraient bien récupérer. Les espions ne sont pas des enfants de coeur. Ce sont même des êtres dangereux et souvent sans scrupules qui n'hésitent à pas à torturer leurs victimes pour les faire parler. On sent que John Huston qui joue un petit rôle avait peu de considération pour ce genre d'individus. Sans vous dévoiler la fin, tout cela se termine mal, en point d'interrogation, mais pas de la façon que l'on pourrait croire. C'est un film très noir où les femmes sont malmenées. Les bonus du DVD sont un peu maigrichons mais comportent quelques interviews de journalistes qui parlent de l'oeuvre de Huston et replacent La lettre du Kremlin dans son contexte. Il nous est dit qu'en effet, il y a peu de films (à part les James Bond) qui traitent de l'espionnage de cette façon. En tout cas, je suis contente d'avoir revu ce film.

5 juillet 2011

L'oeil du singe - Hugo Buan

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Grâce à Alex-mot-à-mots que je remercie, j'ai lu ce roman d'un écrivain français dont je n'avais jamais entendu parler, Hugo Buan, publié chez un "petit" éditeur, Pascal Galodé. Il s'agit a priori de la 4ème enquête du commissaire Lucien Workan, homme aux méthodes peu orthodoxes. L'histoire se passe à Rennes et dans ses environs. Maximilien Lachamp, paléoanthropologue de renom, est le découvreur d'une mandibule de l'"homo octavius". Il se trouve aussi impliqué dans une histoire de cadavres enterrés et déterrés. Une des armes des crimes sort de l'ordinaire: un fémur de mammouth adolescent. Le rythme endiablé de la narration est un des atouts de ce roman, qui ne m'a sans doute pas fait autant rire qu'Alex-mot-à-mots, mais je reconnais que j'ai passé un bon moment de lecture dans ce milieu peu connu mais passionnant de la paléontologie. Une petite femelle bonobo fait aussi une apparition en annexe de l'intrigue. Je pense lire un jour les trois premières enquêtes de ce commissaire Workan au langage pas toujours châtié, que l'on retrouve dans Cezembre noire, Hortensia blues et La nuit du tricheur.

12 octobre 2011

Le dîner - Herman Koch

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Ayant lu quelques chroniques sur ce roman (Alex mot-à-mots par exemple), je me suis procuré ce roman vendu à 400 000 exemplaires aux Pays-Bas. C'est le premier roman d'Herman Koch publié en France (Editions Belfond).

En résumé, le roman se passe pendant un dîner, où deux frères, Paul et Serge Lohman, accompagnés de leurs épouses, Claire et Babette, discutent de choses et d'autres et n'abordent pas le vrai sujet de fond sauf vers la fin. En effet, Michel, le fils de Claire et Paul (le narrateur), a commis un acte monstrueux avec la complicité de son cousin Rick, le fils de Babette et Serge (politicien et peut-être futur premier ministre des Pays-Bas). Cette tablée de personnes peu recommandables sous leur vernis de respectabilité m'a donné la nausée. Cet acte barbare au quotidien cautionné par des parents irresponsables me fait m'interroger sur ce que j'aurais fait à leur place. Je pense que je n'aurai pas couvert ces garçons de 16 ans qui ne se rendent pas compte de la gravité de leur acte. Ce serait aux parents de le leur expliquer et ils ne le font pas. Seul l'avenir de leur progéniture les préoccupe. Je ne vous dévoilerai pas l'acte que Michel et Rick ont commis si ce n'est qu'ils recommencent, d'une autre manière ailleurs. Par ailleurs le repas qui est servi ne m'a pas paru très appétissant.

Ce roman se lit bien, mais quant à ce qu'il raconte, je ne sais que penser. Voir aussi le billet d'Amanda.

30 novembre 2025

L'abeille d'Ouessant - Hervé Hamon / Mémoires du large - Eric Tabarly

Il y a déjà plusieurs jours que j'avais commencé deux billets, souhaitant les publier l'un après l'autre dans le cadre du challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja. Mais j'ai été incapable de finir l'un ou l'autre avant de passer au second... En ce dernier jour de challenge, je me résous donc à les fusionner!

"J'avais pourtant pris de bonnes résolutions. Achevant [son livre précédent], je m'étais juré de laisser croître et décroître nombre de lunes, avant d'y retourner - du moins publiquement. Je ne voulais pas (et n'ai nullement changé d'avis) que mon emportement maritime devînt une spécialité, d'autant que le folklore, en la matière, est vite envahissant. À forcer le genre, il vous pousse sur la plume une algue verte, sur le menton une barbe hirsute, et sur le plateau de télévision certaine patte, au coin de l'oeil, qui trahit le cap-hornier d'opérette."
Ainsi débute le [premier] livre que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui.

Hervé Hamon, L'Abeille d'Ouessant, Editions du Seuil, coll. Points N°P736, 2000 (EO 1999), 280 pages

 

C'est pour le bonheur de ceux qui aiment des livres retraçant la vie quotidienne mais exceptionnelle de marins spécialisés (livre de non-fiction, donc, même si la "mise en forme" de ce qui peut être glané lors d'un "reportage vécu" est parfois nécessaire) que l'auteur a fini par mettre son sac à bord de l'Abeille Flandre, basée à Brest, pour plusieurs mois, par intermittence (il y était "le treizième homme" [p.132]). "Il fut convenu que, de septembre 1997 à l'été 1998, je séjournerai périodiquement sur le bateau, et que, le reste du temps, il [l'un de ses deux commandants, Charles Claden dit "Carlos"] m'avertirait dès qu'une tempête était en vue" (p.25)». L'image de couverture est particulièrement bien choisie: au loin, la silhouette dans une mer agitée, entre chien et loup, du remorqueur de haute mer, et en gros plan, deux hommes composant son équipage, harnachés de pied et cap et manifestement "en mission" hors de leur navire (à bord d'une autre embarcation... Zodiac ou bateau attendant la remorque?). Sur demande de Carlos, Hervé Hamon a même pu être embauché pour filmer (capter le déroulement d'un sauvetage compliqué) à bord de l'Abeille Languedoc (le sister ship, basé à Cherbourg).

 

Mais au contraire de la BD S.O.S. Bagarreur qui était axée sur un unique sauvetage, ce "reportage au long cours" nous donne un panorama très complet sur la vie à bord d'un des remorqueurs dont l'Etat a souhaité la mise en place après la catastrophe de l'Amoco Cadiz (1978), alors que le trafic maritime à la jonction Atlantique / Manche, le "rail d'Ouessant", a été réorganisée (lisez le livre pour en savoir davantage!). Notre remorqueur est, 7 jours sur 7 et 365 jours par an (et par n'importe quel temps), prêt à appareiller pour aider tout navire en difficulté dans son secteur de surveillance. Ses puissants moteurs (quatre), ses deux arbres d'hélice, ses systèmes redondants, mais aussi l'habileté de son équipage, font qu'il est capable de tirer un pétrolier de 500 000 tonnes par tous les temps (même force 12 sur l'échelle de Beaufort). Ses missions? Conseiller un capitaine dont les cartes ne sont pas à jour et qui dévie dangereusement vers les rochers. Lancer une remorque. Evacuer un équipage. Sauver un navire et sa cargaison... Que de récits à lire!

 

À l'époque, la plupart des marins des Abeilles sont issus de la marine marchande (Marmar), et le livre fourmille d'histoires recueillies auprès de ces rudes marins (ou de leurs "anciens"), instillées au fil du récit. Il y est question du déclin de l'"armement" français, concurrencé par les armateurs étrangers à bas coût (main-d'oeuvre essentiellement). p.94, on lui explique: "Tu comprends, le Philippin ou le Coréen, il n'est pas moins bon marin que nous quand il est marin. Mais les gars qui acceptent ces embarquements pour 25 dollars, ils ne sont pas plus marins que mon boucher. C'est des gars qui se tapent cinq ans de mer, qui économisent un max, et qui ouvrent un bistrot dès qu'ils sont rentrés au pays." Pas un mot du "shangaïage", par contre. Dans une des opérations (p.146) dont Hamon a été témoin, on verra l'aide-cuisinier d'un porte-container, un Malgache, être hélitreuillé par hélicoptère, "tenant à la main un pochon de plastique dans lequel il serrait les dollars économisés un à un depuis cinq ans. Et l'on a vu le pochon se déchirer, les billets s'égrener au vent des pales"...

 

On a des histoires d'hommes qui se doivent mutuellement une confiance absolue (ils risquent leur vie et celle des autres). "Il n'y a pas de bon équipage. Un bon commandant se démerde avec ce qu'il a", dit Carlos (p.236). Les femmes ne sont pas absentes (naufragées, visiteuses, épouses, et même une commandante de remorqueur de port), ou le sujet de plaisanteries de tradition goguenarde (p.196): "toujours, mon ami, toujours téléphoner à la maison, ne jamais sonner à l'improviste...", ou la vieille histoire de ce marin, rongé durant toute une traversée océanique par des doutes sur la fidélité de sa femme et quasiment en grève de la faim. Une fois rassuré sur ce point, sa grosse bordée pour arroser ça se termine... au bordel. Face à cela, les épouses se racontent de l'une à l'autre des plaisanteries de femmes de marin (p.114): "- Et ça n'est pas trop dur d'avoir votre homme pour un mois, après tant d'absence? - Mais non, voyons, un mois, c'est vite passé...". 

 

Hamon nous parle de Jean-Paul, le cuisinier-directeur général, syndicaliste qui, en 30 ans de carrière a vu défiler bien des interlocuteurs, ou Eric, trentenaire polyvalent, qu'il retrouve soit sur la passerelle (second capitaine), soit aux machines (second mécanicien). Il est aussi question, dans l'ouvrage, de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer), dont un "patron" donne ce qui pourrait être le mot de la fin pour expliquer le sens de la "mission": "je pose un postulat. Je postule que, ce que je fais, n'importe qui le ferait pour moi" (p.268). J'ai encore relevé (p.174,) la question posée à Carlos (le capitaine), d'une part, et au Prémar (Préfet maritime), d'autre part, pour savoir si l'autre était d'abord un affréteur / un affrété, un supérieur hiérarchique / un subordonné, ou bien un marin avec qui étaient entretenues des relations de marin à marin. Réponses (séparées): "D'abord un marin, [ont-ils] répondu, sans hésitation aucune".

 

Quelques années après la sortie du livre, en 2005, l'Abeille Flandre a été remplacée, à Brest, par l'Abeille Bourbon, désormais nommée (depuis avril 2025) l'Abeille Bretagne. L'Abeille Flandre a fini son service à Toulon comme navire de remorquage d’urgence de haute mer en Méditerranée, jusqu'en 2022, où il est ramené à Brest pour y être démantelé en 2023. L'une de ses hélices y est exposée. 

 

Hervé Hamon a écrit plusieurs autres livres sur le monde maritime. Coopté comme "écrivain de marine" en 2005, il a choisi en 2022 de quitter ce cénacle. 

 

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Mon autre (et dernier) livre est une autobiographie. Ayant débuté mes participations à la 2e saison du Book trip en mer de Fanja avec Kersauson, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouvais intéressant de les conclure par Tabarly!

Éric Tabarly, Mémoires du large, Editions de Fallois,
Le livre de Poche N°14448, 2018 (1er DL 1998, EO 1997), 283 pages

 

Je crois qu'il s'agit du dernier livre publié par le navigateur avant sa disparition en mer, le 12 juin 1998. Un cahier central de 27 photos en noir et blanc nous présente Eric (barrant à trois ans [il est né en juillet 1931] le voilier paternel Annie...), ses proches, ses bateaux successifs, ses équipages (du moins quelques-uns des nombreux équipiers qu'il a formés), et 27 chapitres nous racontent toute sa vie à la première personne. Les premières pages sont pour "le" Pen Duick, celui qui porte aujourd'hui le numéro I d'une série poursuivie officiellement jusqu'à VI (si j'ai bien compris, celui qui aurait dû être le septième quand Taraly en réalisait la maquette est devenu, à l'ère du sponsoring-"naming", le Paul-Ricard). 

 

Cette autobiographie suit ensuite classiquement l'ordre chronologique, expose comment le Pen Duick "familial" a fini par lui être donné par son père, comment Eric s'est engagé dans la marine (dans l'aéronavale, d'abord) pour gagner une solde lui permettant de réparer le bateau, puis comment il a pu (à sa seconde tentative) entrer à l'Ecole navale pour devenir officier de la marine et ingénieur (il y faisait du sport, en privilégiant la régate sur les voiliers de l'école plutôt que la course à pied), comment il a fini (en juillet 1965) par être détaché auprès du ministère de la jeunesse et des sports (dont le ministre était alors Maurice Herzog). Avant cela, la Transat anglaise en solitaire qu'il a gagnée à bord de Pen Duick II en 1964 occupe à elle seule une cinquantaine de pages (il raconte aussi avoir dû décliner une première invitation par de Gaulle à l'Elysée (pour cause de priorité de marin... [la mise à l'eau de Pen Duick III ne pouvait se faire qu'à la même date, pour raison de marée]). 

 

J'ai entendu de mes oreilles un officier marinier retraité parler de l'époque où, depuis son propre navire, il voyait Éric Tabarly ramener au port, à Lorient, l'EDIC 9092 (engin de débarquement d'infanterie et de chars) sur lequel il a effectué son temps de commandement règlementaire (évoqué p.63). Il a pris sa retraite de la Marine nationale en juillet 1985 avec le grade de capitaine de vaisseau (équivalent à colonel dans les autres armes). p.268, il dit que c'est la Transat 76 qui a déclenché la course aux sponsors et l'intrusion de l'argent dans le monde de la voile. 

 

Toute sa vie, il l'a passée à naviguer en course au large (en solitaire ou en équipage), à faire les plans du voilier suivant, à chercher (et trouver) de l'argent pour sa construction, en tâchant qu'il soit prêt à temps pour l'engager en course... Il a créé la société Pen Duick en 1973 (son ami Gérard Petipas a accepté dès 1972 d'en être le dirigeant, ce qu'Eric Tabarly ne pouvait pas être, en tant qu'officier de la Marine nationale en activité). L'argent manquant toujours (malgré les droits d'auteurs sur les livres d'Eric), ils songent à mettre en place une maison d'(auto-)édition. Consulté à ce sujet, le baron Bich n'a pas donné d'argent, mais le meilleur des conseils, en substance (p.243): "vous êtes jeunes et prêts à travailler, Eric a un nom et vous une marque, Pen Duick, qui vaut des milliards en notoriété. Ne vous fourrez jamais entre les mains des banquiers car si vous faites appel à eux, vous êtes morts. Débrouillez-vous seuls". 

Je me rappelle encore un disque que j'écoutais, ado, "Éric Tabarly présente Les chansons de la mer" (1973), où il racontait l'un ou l'autre épisode de course entre deux chansons (je ne sais pas combien il avait dû toucher pour cela).

 

Enfin, il ne le dit pas dans le livre, mais sa fiche sur Wikipedia (consultée le 30/11/2025) signale qu'il a été admis à l'Académie de marine dans la section Marine marchande et plaisance le 5 juin 1990. Je dirais que ce livre est à son image: peu bavard, direct, sans mâcher ses mots, délivrant des informations plutôt que livrant des états d'âme.

 

J'avais lu il y a quelques années le livre écrit par son frère Patrick (né en 1944), Frères de mer (2018). Je n'ai pas (encore) lu celui écrit par sa fille Marie (née en 1984), Éric Tabarly, mon père (2008). L'un comme l'autre ont pratiqué ou pratiquent la course au large.

 

PetiteMarie29 (dernier billet en 2018) avait parlé de Mémoires du large en 2010. 

30 août 2023

Pauline - Alexandre Dumas

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) suis encore dans les temps pour une nouvelle participation au thème d'août 2023 (Dickens vs Dumas) du challenge "Les classiques c'est fantastique" de Moka et Fanny. Bien entendu, je peux aussi inscrire le présent billet au challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine). Le titre que j'ai choisi de chroniquer après l'avoir lu pour la première fois en 2023, c'est Pauline d'Alexandre Dumas, ouvrage dont j'ignorais même l'existence avant de lire en 2022 quelques billets le concernant sur la blogosphère. Je précise qu'Alexandre Dumas, avec ses "classiques" que j'ai lus et relus depuis mon enfance, occupe déjà un rayonnage entier de ma pochothèque, mais je n'y ai donc pas pioché... 

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Pauline, Alexandre Dumas, Folio classique N°3968, 2002, 241 pages

Cette édition bénéficie d'une présentation complète du roman par Anne-Marie Callet-Bianco, notamment dans une préface de 18 pages qui vous dit tout ce qu'il y a à savoir dessus. Le "dossier", lui, commence p.209 (biographie chronologique de Dumas, notice littéraire, bibliographie, notes...). Le texte proprement dit de Pauline occupe donc 182 pages.

Ce roman, l'un des premiers de Dumas, a été publié en 1838 alors qu'il était déjà un auteur de théâtre reconnu depuis près d'une décennie. Je n'y ai pas trouvé beaucoup des péripéties épiques ni des dialogues flamboyants du roman-feuilleton qu'il développera dans les années 1840 (avec ou sans la collaboration d'Auguste Maquet).

Pauline comporte plusieurs récits enchâssés. D'abord ce qui apparaît comme une péripétie d'un voyage de l'auteur rapporté à la première personne (Dumas a publié en 1837 des Impressions de voyage en Suisse, récit basé sur un voyage réellement effectué en 1832, et paru dans différents journaux en 1833 puis en 1837, mais dont je ne sais trop s'il y mêlait déjà réalité et fiction?). Le roman débute avec l'arrivée dans une salle d'armes où le narrateur initial (Dumas, donc) se trouve, d'un personnage (un certain... Alfred de Nerval) dont l'auteur nous dit l'avoir croisé à plusieurs reprises lors de son voyage, en compagnie d'une femme mystérieuse, mais sans avoir pu lui parler. Lors du "souper" (dîner?) qui suit, Alfred raconte à Alexandre ses tribulations. Première phrase: "Tu sais, me dit Alfred, que j'étudiais la peinture lorsque mon brave homme d'oncle mourut et nous laissa à ma soeur et à moi chacun trente mille livres de rente".

Voilà une phrase qui suffit à me faire rêver, moi lecteur de 2023: un revenu de trente mille francs-or par an: pas trop nécessaire, avec un tel viatique, de gagner son pain quotidien à la sueur de son front. Cela pose le décor: on ne va sans doute pas nous parler de traîne-misère. p.42, Alfred, qui a aussi des talents de marin, navigue en solitaire en Normandie à bord d'une barque à la recherche d'un paysage pittoresque, qu'il trouve sous la forme d'une abbaye en ruine jouxtant un château. Château qui se trouve par hasard appartenant à l'époux d'une femme jadis aimée par Alfred (la fameuse Pauline). Femme qui, paraît-il, vient malheureusement d'être assassinée dans le parc dudit château. Bien entendu, rien n'est simple ni limpide. Page 84, Pauline commence à raconter son histoire à Alfred (il l'a sauvée et ils sont alors installés en Angleterre comme frère et soeur grâce à un faux passeport), ce qui les occupe jusqu'à la p. 167. Le "méchant" (l'époux, bien sûr), c'est un certain Horace de Beuzeval, au demeurant parfait homme du monde, et qu'Alfred se fera un plaisir de tuer en duel p.194, peu avant la mort de Pauline (la vraie, cette fois-ci).

Voilà je vous ai tout dit (pirouette!). Si vous voulez connaître les détails de l'histoire, et surtout juger vous-même du caractère de notre jeune Pauline, que, je dois dire, j'ai trouvé sacrément "nunuche" (une jeune fille noble du XIXe siècle, pieuse et bien élevée et tout et tout...), à vous d'avoir la curiosité de lire cette oeuvre romantique et gothique à la fois (il n'y a pas de vampires, mais on y trouve des brigands, des morts violentes et une jeune innocente).

Et qu'on ne vienne pas me dire que "j'ai tout dit" dans un résumé de quelques lignes: je ne vois certainement pas en quoi "connaître en gros l'histoire" empêche de savourer la lecture d'un livre comme la vision d'un film: à ce compte-là, il faudrait se boucher les oreilles et les yeux pour systématiquement arriver "vierge" devant toute oeuvre avec laquelle on souhaite se distraire quelques heures, ou s'intéresser exclusivement à des oeuvres venant tout juste d'être proposées "au public"? Impossible, pour moi.

Sur Pauline, on peut par exemple lire le billet de Joëlle. Je mettrai d'autres liens au fur et à mesure que je les retrouverai! Moka et Fanny elles-mêmes viennnent de le chroniquer.

26 novembre 2025

Carnets de patrouille - André Maginot

Tout le monde connaît certainement le nom de l'auteur du bouquin dont je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais parler aujourd'hui (ne l'ayant pas fait pour le 11-Novembre), dans le cadre des challenges "Pages de la Grande guerre 2025" et "2025 sera classique aussi!" tous deux organisés par Nathalie. Je l'ai découvert il y a quelques mois dans les rayons d'une des "bibliothèques partagées" que je fréquente cette année, et j'avais sauté dessus avec ces challenges bien en tête. 

André Maginot, Carnets de patrouille, Grasset, 1940, 181 pages
[présentés par Mme R. Joseph-Maginot]
(achevé d'imprimer le 4 juin - 10e édition)

 

Vérification faite, on peut facilement trouver d'occasion sur internet ce livre âgé de plus de trois quart de siècle pour le prix d'un livre neuf d'aujourd'hui. Son "avant-propos" nous dévoile que "Mme R. Joseph-Maginot" est la soeur du Maginot surtout connu pour la "ligne" éponyme. Elle y expose que l'auteur de ces "carnets" est mort avant d'avoir pu en revoir le texte. Elle dit "livre[r ces notes telles qu'elle les a] trouvées sans y changer un mot. Il me semble que ce sera mieux ainsi." Nous sommes le 1er août 1914, et l'auteur (récit à la 1ère personne) prend le train gare de l'Est à Paris, en direction d'un régiment de la défense de Verdun auquel il s'est fait affecter avec son collègue Chevillon. Seule note discordante dans l'enthousiasme des hommes ("À Berlin!"): une mère qui n'est pas arrivée à temps pour embrasser ses deux fils, soldats, avant qu'ils partent vers la frontière... "Elle a beau être fille et femme de soldats, s'être résignée depuis longtemps, en bonne Française qu'elle est, à donner ses enfants, son coeur maternel saigne à l'heure du sacrifice". Là, j'ai vraiment senti le gouffre qui différencie la population française du début du XXe siècle de celle de 2025.

L'ouvrage est organisé en 10 chapitres. Evidemment, ce n'est pas le "trouffion" moyen qui pouvait commencer par aller serrer la main à l'ami Grillon, sous-préfet de l'arrondissement, lui aussi mobilisé... et au coiffeur local, bombardé la veille chef de la "garde civique" (chargée entre autres de faire fermer les boutiques et les cafés indûment ouverts). Nos députés débattent, en déjeunant sur les bords de la Meuse, de la durée de la guerre. Maginot pense qu'elle durera plus de trois mois. Ils sont affectés au 44e régiment territorial, et, sur leur demande, sont affectés à la 6e compagnie, sous les ordres d'un capitaine de Bar-le-Duc (dont Maginot est élu député depuis 1910). p.37, une page en italique résume ce qui se passe jusque vers la mi-août. Dans le chapitre 3, titré "Notre recul en Woëvre", le 22 août évoque certaines pages de La Débâcle (Zola). Une nouvelle interpolation en italiques (ce ne sera pas la dernière!) explique que Maginot a lui-même l'idée de mettre en place des corps de "patrouilleurs réguliers", et pour commencer, le sergent Maginot va commander une section d'élite, d'hommes "plus soldats que militaires"... Le livre se termine sur la citation à l'ordre du régiment, à Verdun, en date du 22 novembre 1914, des hommes qui ont ramené sous une grêle de balles leur sergent [Maginot], blessé, ainsi que ceux qui avaient été tués en le défendant. Ces "patrouilleurs" et leurs faits d'armes m'ont fortement fait songer aux combats des hommes du Capitaine Conan (de Roger Vercel), les crimes en moins.

 

Je pourrais encore citer des lignes et des lignes du livre, je préfère laisser aux lecteurs la découverte des faits d'armes comme des états d'âme de notre combattant (cité à l'ordre de la division le 7 octobre, s'enorgueillissant d'avoir "gagné" un duel au fusil, à 400 m., contre un soldat allemand).

Revenons donc sur l'auteur au nom célèbre: André Maginot (1877-1932), ministre des pensions, primes et allocations de guerre presque deux ans, de janvier 1920 à janvier 1922, puis ministre de la guerre et des pensions jusqu'à juin 1924 (sous trois Présidents de la République et sept présidents du Conseil), a laissé son nom à un "concept", celui d'une ligne fortifiée à l'abri de laquelle la France serait inattaquable par l'Allemagne, qui l'avait envahie et vaincue en 1870 et s'était efforcée de le faire en 1914. On peut supposer que c'est précisément parce que, comme des millions d'hommes, il avait combattu dans les tranchées de 1914-1918 qu'il souhaitait, comme d'autres, empêcher le retour de tels massacres. 

 

Comme ministre, il avait succédé dans la fonction à son collègue Léon Abrami (1879-1939), autre député engagé comme simple soldat et aux côtés duquel il avait combattu en première ligne en août 1914, qui avait, lui, été sous-secrétaire d'Etat aux effectifs et pensions de novembre 1917 (un an avant la fin de la guerre) jusqu'en janvier 1920. Mort à 59 ans en janvier 1939, avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, Léon Abrami n'a donc pas connu la publication de ces Carnets de patrouille qui évoquent son rôle dans ce qui est pour nous la Première, et reste la Grande. 

 

Frédéric Chevillon (1879-1915), le troisième député et compagnon d'armes de ces débuts de la guerre, n'a, lui, pas survécu à la grande boucherie. Selon wikipedia (consulté le 10/11/2025), "sorti de la tranchée en criant «Vous allez voir comment on meurt dans le 15e corps», il meurt au champ d'honneur à l'âge de 36 ans le 21 février 1915, au cours de la bataille des Eparges". Cette mort m'a fait songer à celle d'Alphonse Baudin, mort sur une barricade pour s'opposer au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, en rétorquant à des ouvriers qui ne voulaient pas se faire tuer pour lui conserver son indemnité parlementaire: « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs [par jour] ! ».
Ayez les bons mots au moment de vous faire tuer, et l'Histoire retiendra votre nom... 

 

André Maginot a obtenu la Médaille militaire le 7 novembre 1914. Pour en confirmer la légalité "dans les formes", il aura sans doute fallu attendre la loi du 30 mars 1915 validant certains décrets pris en 1914, notamment celui du 13 août 1914 prévoyant un contingent spécial de légions d'honneur et médailles militaires pour les mobilisés, pour édicter que l'interdiction par l'article 3 de la loi du 18 juillet 1906, pour les parlementaires, de faire l'objet d'une nomination ou promotion dans la légion d'honneur ou la médaille militaire, ne s'applique pas aux nominations ou promotions dont ces membres peuvent être l'objet à raison de faits de guerre (et non une première rédaction, qui mentionnait juste "peuvent être l'objet à titre militaire"). 

 

Voici encore quelques explication contextuelles. Le gouvernement français a décrété la mobilisation générale le 1er août 1914 (en réponse à la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie). Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France (Jaurès avait été assassiné le 31 juillet), et c'est parti pour l'aventure. Le 4 août, le parlement (qui avait été convoqué le 2 août en session extraordinaire) vote 18 projets de loi permettant au gouvernement Viviani de mettre le pays en état de guerre avant de s'ajourner sine die. 235 parlementaires (des députés pour la plupart, car les sénateurs sont en général plus âgés) sont appelés sous les drapeaux. Le Parlement reprendra ses travaux en session extraordinaire à partir du 22 décembre 1914. 

 

Mon exemplaire de ce livre a eu ses pages coupées, et a donc bien été lu. Je me demande par combien de personnes, depuis 1940? Le titre a été réédité en 1964 (je ne sais pas si c'est le même texte, ou une édition plus complète), avec une préface du Général Weygand (1867-1965), sous l'égide de la "Fédération André Maginot". Créée en 1888 par des anciens combattants sous la forme d'une "Union fraternelle", nommée en 1933 Fédération nationale des mutilés, victimes de guerre et anciens combattants, elle ajoute en 1953 à son appellation la mention "André Maginot" (qui en a été Président d'octobre 1918 jusqu'à son décès en janvier 1932) et devient en 1961 la Fédération nationale André Maginot dite « FNAM ».

 

En fait, si je n'ai pas publié ce billet pour le 11 novembre, c'est qu'il me restait trop de travail dessus par rapport à ce que j'avais en tête, raison pourquoi Il s'appelait... le soldat inconnu (tout de même plus facile comme sujet de chronique!) s'était imposé... 

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