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29 juillet 2024

Utilisation de navires au cours d'aventures chez Jules Verne

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue ma série de présentation ciblée de l'oeuvre de Jules Verne. Voici donc la suite de mon article du 18 juillet 2024, avec cette fois dix ouvrages où le bateau est utilisé pour un trajet maritime accessoire (qui n'est plus vraiment le principal élément du roman, mais juste "nécessité" par le déroulement de son action).

En tout cas, cette fois, je crois que, parmi les 41 volumes pour 38 titres, soit la totalité de ceux parus dans cette édition "Le livre de Poche" que je possède tous dans ma pochothèque personnelle, j'ai fait le tour, sinon du monde, du moins des navires et de leurs trajets en mer. Je me demande sur quels fondements s'étaient faits les choix de ces 38 titres à rééditer parmi tous ceux écrits par Jules Verne, si l'aventure de cette édition en Livre de Poche s'est achevée comme prévu, si elle a répondu aux attentes (financières) de l'éditeur ou bien s'est achevée prématurément... Après, il est possible que ma subdivision des 20 titres en deux articles soit quelque peu artificielle: je suis tout prêt à en discuter. Je précise enfin que l'ordre de citation des 10 titres ci-après est aléatoire (davantage que réfléchi): c'est celui dans lequel j'avais photographié les couvertures de mes bouquins, il y a déjà plusieurs semaines, avant de commencer à rédiger. 

 

Le premier chapitre de Mistress Branican est titré Le Franklin, du nom du navire qui appareille de San Diego (Californie) le 15 mars 1875 avec 14 hommes à bord. Il est commandé par John Branican (30 ans), qui laisse à terre sa jeune épouse Dolly (abréviation de Dorothée) et son nourrisson. Quelque temps plus tard, la jeune femme perd son bébé dans un malheureux accident et en devient folle. Quand elle revient à la raison, quatre ans s'étant écoulés à son insu, elle apprend brutalement que le navire de son mari n'est jamais arrivé à Singapore ni à Calcutta, pourtant ses destinations prévues. Ayant hérité d'une fortune, elle l'emploie à l'achat d'un navire à vapeur, renommé Dolly-Hope, armé par un équipage de 30 marins, qu'elle envoie à la recherche de son mari le 27 juillet (nous sommes alors p.132)... Une première campagne de 19 mois s'avère infructueuse. En 1882, départ pour une seconde campagne, qui ramène en 1883 la preuve du naufrage et de la mort de cinq hommes du Franklin. Mais en juillet 1890 arrive de Sydney l'information qu'y agonise le second du Franklin. Mistress Branican se précipite en Australie (sur le steamer Oregon, qui file 17 noeuds en moyenne durant la traversée). Le mourant lui révèle que John Branican, comme lui-même, avait été fait prisonnier par une tribu aborigène, et restera l'unique survivant de l'équipage du Franklin. Fin de la première partie (p.240). Dans la seconde, Dolly s'embarque à bord du paquebot Brisbane à destination d'Adélaïde... Je vous passe toutes les péripéties terrestres en Australie avant que la famille Branican soit reconstituée, p.484 dans mon exemplaire qui en compte 489 et se finit sur le retour à San Diego à bord de l'Abraham-Lincoln. Le roman est paru en 1891, tant en feuilleton qu'en volume.

 

Le sphinx des glaces propose la suite des Aventures d'Arthur Gordon Pym publiées en 1838 par Edgar Poe (avec une préface datée de juin 1838), dont Verne était un fervent admirateur (la première traduction française date de 1858). Il a tout de même attendu 1897 pour  faire paraître (feuilleton puis volume) son propre roman [pourquoi pas 1899? Je suppose que la mode des "commémorations" culturelles, du "battage médiatique" et de la curiosité qu'elles peuvent engendrer n'était alors pas vraiment installée comme de nos jours...]. Le héros de Poe avait mystérieusement disparu après avoir navigué sur le Grampus puis la Jane-Guy. Le "récit à la première personne" de Verne reprend le 2 août 1839. Le narrateur, M. Jeorling (américain), attend à Christmas-Harbour la goëlette l'Halbrane afin de quitter à son bord les Kerguelen où il a mené à bien quelques études géologiques et minéralogiques. Une fois embarqué, une discussion avec le capitaine Len Guy est l'occasion de reprendre le cours de l'histoire de la navigation d'Arthur Gordon Pym et de son fidèle compagnon Dick Peter à bord du navire (rebaptisé Jane, capitaine William Guy, par Jules Verne). Le 3 septembre 1839, un cadavre est repêché par l'Halbrane: c'est celui d'un compagnon de Pym disparu 11 ans plus tôt (un courrier l'accompagne, faisant état d'autres survivants)! Aux îles Falkland, l'équipage est complété (passant de 12 hommes à plus d'une trentaine), avant de partir le 27 octobre (pourvu de deux ans de vivres) à la rescousse vers l'île Tsalal... (on est alors p.149). J'ajouterai juste que les deux frères Guy se retrouveront et qu'après la perte de l'Halbrane les survivants de l'expédition utilisent une embarcation indigène (baptisée Paracuta, et construite sans métal) pour regagner des parages fréquentés par des navires baleiniers. Le Tasman, trois-mats américain, recueille nos héros p.495 et les ramène à Melbourne (fin du livre p.496). Je relève encore qu'une note p.404 fait allusion au Nautilus du capitaine Nemo.

PS: je trouve la composition "photo / gravure" de cette couverture particulièrement réussie. 

 

Dans Les tribulations d'un Chinois en Chine, le héros est un jeune... Chinois, Kin-Fo, orphelin en 1866 (à 19 ans). Lorsque commence l'action, il a environ 31 ans (nous sommes donc en 1878... ou à peu près). Ruiné, il envisage le suicide, mais préfère en "déléguer" le soin à son maître de philosophie (et lui remet une lettre l'en dédouanant), non sans avoir pris une "assurance-vie" auprès d'une Compagnie d'assurance occidentale (La Centenaire, américaine), valable deux mois, payée avec ses derniers dollars. Quelques jours plus tard arrive une nouvelle: l'opération qu'il croyait lui avoir fait perdre sa fortune n'était qu'un hardi coup de bourse, qui l'a augmentée! Mais le prof de philo a entretemps disparu dans la nature... nanti de la précieuse lettre! Il n'y a plus qu'à chercher à le rattraper (à travers la vaste Chine) pour tout lui expliquer... Après diverses péripéties dont une navigation fluviale (hors sujet), Kin-Fo, son domestique Soun et deux "gardes du corps" de La Centenaire embarquent (p.229) à Takou (Taku) sur la jonque San-Yep à destination de Fou-Ning (?), mais la quittent en cours de route (p.262), pour un "mode de navigation" en mer... particulier, avant d'être recueillis par une barque de pêche. Et je m'arrêterai là. Mon volume compte 335 pages, l'ouvrage avait été publié en feuilleton puis en volume en 1879. 

 

L'école des Robinsons est encore une histoire de jeune héritier trop blasé, à 22 ans, pour bien savourer la richesse de son existence... A San-Francisco, Godfrey ne rêve que d'une vie aventureuse faite de voyages et de naufrages sur une côte déserte! Heureusement, tonton est là... riche de ses millions de dollars d'ancien associé de Sutter, avec lesquels il ne sait trop quel achat inutile effectuer. Il est donc prêt à offrir à son neveu orphelin, avant le mariage prévu avec sa propre pupille Phina, un tour du monde à bord du yacht à vapeur Dream (600 tonneaux, armé par un équipage de 18 hommes sous le commandement du Capitaine Turcotte), avec comme première destination Auckland (Nouvelle-Zélande). Dans la nuit du 25 au 26 juin (année non précisée), un sauve-qui peut alors que le navire s'enfonce précipite Godfroy et son "professeur de maintien" à la mer, fort heureusement à proximité d'une île...

Durant les près de six mois qu'ils passeront sur cette île, rien ne leur manquera: basse-cour à domestiquer, épave bienvenue contenant tous matériels utiles, et même un "Vendredi" à sauver de sauvages qui s'apprêtaient à le dévorer! Dans ce roman d'apprentissage plein d'humour publié en feuilleton puis en volume en 1882, Godfrey aura au moins compris qu'il peut être sage d'en passer par ce que propose l'oncle qui vous a élevé, fût-ce le mariage avec "la plus dévouée des Robinsonnes" (dernière page, p.260). 

 

Dans L'archipel en feu, l'action commence le 18 octobre 1827. N'est-il pas intéressant de relever que, si le roman a été publié en 1884, Jules Verne lui-même est né le 8 février 1828? Bref, en 1827, la Karysta entre hardiment dans le port péloponésien de Vitolo, un antre de pirates. L'archipel en question, c'est la Grèce, alors en train de lutter pour se libérer des Ottomans (des Turcs): cette "guerre d'indépendance" (1821-1829) forme la trame de fond du livre. Il sera même fait allusion aux massacres de "Scio" (Chios) de 1822. Enfin, l'un des héros apparaît p.48: le Français Henry d'Albaret, lieutenant de vaisseau de 29 ans en congé illimité. À Corfou, il tombe amoureux de la jeune Hadjine, fille d'un banquier aux affaires mystérieuses. Et après cette analepse contextuelle, nous revoilà le 20 octobre 1827: à la bataille de Navarin, vingt-sept navires français, anglais et russes écrasent une flotte de 60 à 90 navires ottomans (turcs et égyptiens). Quelque temps plus tard, Hadjine disparue, Henry se voit proposer le commandement de la corvette Syphanta, affrétée sur fonds privés pour lutter contre les pirates d'un certain Sacratif (qui pille les navires de commerce en Méditerranée, et revend les survivants des équipages comme esclaves)... et ce sera une lutte à mort, lorsque la corvette sera encerclée, attaquée et prise à l'abordage par toute la flottille pirate!  

Il semble que cette histoire de pirates ait fait polémique en Grèce lors de sa publication au XIXe siècle. Pour ma part, il y a plus de 45 ans que je possède mon exemplaire (269 pages), et j'y ai même retrouvé un ticket de métro âgé de plusieurs décennies (je les utilisais comme marque-page à l'époque...). 

 

La jeune Ecossaise Miss Helena Campbell veut voir, non pas spécialement un loup de mer, mais bien Le rayon vert avant de se marier! Cette charmante orpheline de 18 ans affirme aux vieux oncles qui l'ont élevée qu'elle ne se résignera au mariage qui lui est proposé qu'après avoir, du moins, vu ce phénomène optique, qui se produit quand le soleil se couche sur un horizon de mer, "à l'instant précis où l'astre radieux lance son dernier rayon" (etc.). Vers fin mai (année non précisée sauf erreur de ma part), le steamer Columbia les amène de Glasgow jusqu'à l'entrée du canal de Crinan, où ils se transbordent sur le Linnet (le temps de traverser la péninsule de Kintyre) avant un nouveau transbordement à bord du Glengarry. En passant, celui-ci, sous l'impulsion de sa passagère Miss Campbell, secourt la chaloupe d'un jeune homme entraînée dans un tourbillon. Peintre, celui-ci décide d'accompagner nièce, oncles et fâcheux fiancé dans leur quête colorée. Les Pioneer puis Clorinda les emmènent encore d'une île des Hébrides à l'autre, jusqu'au terme attendu du voyage. Roman publié en 1882 (228 pages en Livre de Poche).

 

Mathias Sandorf est pour Jules Verne ce qu'est Le comte de Monte Cristo pour Alexandre Dumas: une grande histoire avec un personnage injustement emprisonné qui s'évade puis, devenu riche et puissant, revient se venger de ses ennemis. Publié (en feuilleton puis en volumes) en 1885, après la mort de Dumas intervenue en 1870, ce vaste roman est d'ailleurs dédié à "Alexandre Dumas" (père et fils - ce dernier a répondu le 23 juin 1885 qu'il lui allait très bien d'être le "frère" de Jules Verne). Je ne l'ai pas placé parmi ceux de ma première série parce qu'il m'a semblé qu'ici, les navires étaient moins un "choix" que le seul moyen de "joindre" les différents lieux où se déroulait l'action, alors même que voyager n'est pas le but en soi. Pourtant, bien des navires apparaissent dans cette histoire qui se déroule en Méditerranée et commence en mai 1867 à Trieste (ville dépendant alors de l'Empire austro-hongrois). Le comte (hongrois) Mathias Sandorf et deux de ses amis sont dénoncés et arrêtés le 8 juin pour conspiration indépendantiste contre l'Empire. Si le héros éponyme réussit finalement son évasion (fin de la 2e partie, p.182), ses infortunés amis périront fusillés. p.185, l'histoire reprend (commence?) quinze ans plus tard. Je ne ferai pas le détail de sa vengeance (lisez le livre), mais je mentionnerai juste une goélette anonyme à bord de laquelle le docteur Antékirtt arrive au port de Gravosa, proche de Raguse (aujourd'hui Dubrovnik). On apprend p.220 qu'elle se nomme Savarèna. Le mystérieux docteur dispose de prodigieux engins pour sillonner à vive allure (50km/h!) la Méditerranée: les trois Electric, conçus sur un modèle similaire à celui des "torpilleurs" rapides construits par la firme Tornycroft, mais fonctionnant à l'électricité (comme le Nautilus, tiens, tiens...). L'Electric 2, tel un corbillard flottant, emmène un corps arraché à la tombe depuis Cattarfo (aujourd'hui Kotor au Montenegro) jusqu'à une ile méditerranéenne inconnue (Antékirtta!), où il dirige toute une communauté industrieuse. Enfin, vaisseau amiral de la flottille du docteur, le Ferrato, yacht à vapeur filant plus de 18 noeuds (et armé de canons!), peut vous amener de la Grande Syrte (côte libyenne) jusqu'en Sicile (950 milles) en 36 heures. Je dirai encore (pour éviter de narrer toutes les péripéties) que le 1er volume compte 338 pages et le second 367 (pas de numérotation continue ici). Les derniers méchants sont punis p.354.

 

Le Docteur Ox est un recueil de nouvelles (329 pages dans mon édition "Le livre de Poche") que j'avais évoqué lorsque j'ai dit deux mots de la nouvelle Une fantaisie du docteur Ox. Deux autres ne nous intéressent pas ici (Maître Zacharias et Un voyage en ballon). Par contre Un hivernage dans les glaces (pp.215-339) rentre bien dans le champ de notre challenge. Le 12 mai 18..., le brick La Jeune-Hardie regagne Dunkerque. Mais son capitaine n'est plus à bord. Selon le récit du second, André Vasling, à l'armateur Jean Cornbutte, son fils Louis Cornbutte a disparu, avec un matelot et le timonier alors qu'ils avaient mis la chaloupe à la mer afin de rallier une goélette menacée d'être engloutie par le Maëlstrom [je suppose qu'il s'agit de celui des Îles Lofoten] et qui faisait des signaux de détresse. Le vieux Jean Cornbutte rembarque alors six membres d'équipage et le second (qui s'est fait prier) pour visiter tous les ports de Norvège afin d'acquérir la certitude de sa disparition. À son insu, sa nièce Marie, la fiancée de Louis, a également embarqué... Le 30 juin, dans le port de Bodoë, une bouteille trouvée à la côte et le message qu'elle contient leur apprennent le nom de la goëlette norvégienne secourue, le Froöern : les courants l'ont emportée vers les glaces! S'ensuivra un hivernage, des retrouvailles, mais tous ne seront pas à bord, lors du retour à Dunkerque le 16 août de l'année suivante...

Les textes publiés en feuilleton en 1855 et en volume en 1874 diffèrent, je suppose que celui-ci est le plus tardif.

 

Hier et demain est également un recueil de six nouvelles (263 pages), hétéroclites puisque seules deux, à mon avis, s'inscrivant vraiment dans le thème rendu par le titre du volume publié en 1910 (après la mort de Jules Verne intervenue en 1905). L'une (ma préférée), L'éternel Adam (pp.213-263), n'est pas sans rappeler La mort de la terre, de J. H. Rosny aîné, Waterworld (film avec Kevin Costner) ou même une péripétie de L'Île mystérieuse... Bref, dans L'éternel Adam, une catastrophe met fin à notre monde terrestre (paradisiaque?). La nouvelle est construite avec deux récits imbriqués. Les 17 premières pages introduisent une civilisation dont l'histoire remonte à 8000 ans au moins, qui vit sur une terre unique, sur une planète majoritairement maritime. La majorité de la flore et de la faune dérive d'espèces maritimes. Pour trouver l'origine de leur civilisation, un savant effectue des fouilles (oui, comme dans La planète des singes de Pierre Boulle!). Après avoir traversé différentes couches (humus, limon d'origine marine...), une couche datable de 40 000 ans livre des vestiges humains... Par ailleurs, le savant trouve, dans un trou dans son propre jardin, un étui fait d'un métal inconnu, qui contient des feuillets couverts d'une écriture inconnue... Après des années de décryptage, il peut enfin les lire. Ce second récit raconte la fin d'une civilisation - la nôtre. Il est daté du 24 mai 2... (c'était remarquablement bien "anticipé": il aurait pu le dater 19.., mais nous savons aujourd'hui que le "cataclysme final" n'est pas [encore] advenu... même si le monde qui en est victime fait davantage songer à celui du tout début du XXe siècle plutôt qu'au nôtre!). Les résidents d'une villa de Rosario (Mexique) sont surpris par une inondation et contraints de fuir, en voiture, vers les hauteurs, aussi haut qu'il est possible. Les neuf survivants (dont quatre femmes) sont sauvés par la Virginia, un bâtiment de 2000 tonneaux environ, dédié au transport de marchandises, et son équipage de 20 personnes. Le navire sillonne désespérément la mer sans rencontrer les continents et îles que nous connaissons. A court de vivres, il arrive enfin sur cette nouvelle terre. J'avais été frappé, jeune, par l'image (signée Léon Bennett, 1839-1916) de l'automobile, tout ce qu'il y a de plus XXe siècle, poursuivie par la mer écumante (troisième à partir de la gauche ici - image singulière par rapport aux gravures qu'il avait pu faire pour d'autres oeuvres de Jules Verne). Des décennies plus tard, les derniers survivants du groupe cherchent enfin à écrire la somme des connaissances humaines (une démarche faisant songer à l'Encyclopédie, prétexte initial de la Fondation d'Isaac Asimov). Mais le coffret les contenant, lui, s'est perdu à jamais... Cette nouvelle L'éternel Adam, selon les "verniens", serait en fait entièrement due à Michel Verne (son fils unique)? C'est cependant l'une de mes préférées!

Les autres nouvelles, écrites à différentes époques, d'inégal intérêt et de genres différents, sont La famille Raton, M. Ré-Dièze et Mlle Mi-Bémol, La destinée de Jean Morénas, Le Humbug et Au XXIXe siècle (sous-titrée La journée d'un journaliste américain en 2889). 

 

En ce qui concerne Le phare du bout du monde, je me cantonnerai pour le moment à signaler qu'il y est question de l'aviso argentin Santa-Fe, de la goélette Maule et du trois-mât américain Century. Il existe réellement un phare sur l'île des Etats mais son inauguration, placée par Jules Verne le 9 décembre 1859 "après un an de travaux", est intervenue, en réalité, en 1884. L'oeuvre a été écrite par Jules Verne en 1901, mais publiée seulement (en feuilleton puis en volume) dans la seconde moitié de l'année 1905 (l'auteur est mort le 24 mars). "Le livre de poche Jules Verne" ci-contre comporte 206 pages. Je pense que j'aurai l'occasion de reparler de ce titre, puisque j'en possède deux exemplaires (deux éditions, toutes deux en "texte intégral", mais avec deux versions différentes).

 

Avec ces 10 titres feuilletés et ces milliers de pages non-lues intégralement, je vais encore progresser (mais avec l'hélice qui tourne à bas régime, hein Fanja!) dans le challenge Book trip en mer, tout en participant également au challenge 2024 sera classique aussi organisé par Nathalie.

Il me restera sans doute un autre article "groupé" à rédiger, sur un ensemble hétéroclite de livres de Jules Verne en "textes intégraux" (donc pas en éditions jeunesse!) dans différentes collections contemporaines... Jules Verne a publié chez Hetzel quelque 70 titres au total, et rédigé environ 80 oeuvres dont certaines longtemps inédites! Pour ma part, je n'avais jamais pris soin de compléter exhaustivement mon "début de collection" de parutions en "10/18" des titres de Jules Verne autres que ces "38" du Livre de Poche dans les années 1970 ou 1980, mais j'en possède tout de même quelques-uns. En outre, depuis, bien d'autres collections de poche en ont publié ou republié, y compris des textes non disponibles à l'époque voire des versions alternatives ou originales de manuscrits retouchés par Michel Verne mais signés Jules Verne pour une parution posthume. Ces différents paramètres me donneront donc bien matière pour un troisième et dernier volet de mon étude "maritime". Il me faut le temps de m'en procurer certains (achat ou bibliothèque), de les assimiler et de les chroniquer... [billet suivant paru le 31/08/2024]

14 juillet 2024

Le marteau de Dieu - Arthur C. Clarke

Allez hop, un petit roman méconnu d'Arthur C. Clarke pour rêver un peu et faire nombre... J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) acheté ce vieux bouquin en 2023, bien après la clôture de mon premier "challenge de la planète Mars". 

Cet été, en plus de la 2e édition de ce qui est désormais mon "challenge marsien", il peut également compter pour le 12e challenge de l'imaginaire organisé en 2024 par Tornade, et pour le 15e challenge Summer Star Wars (Ahsoka) chez Lhisbei. 

Arthur C. Clarke, Le marteau de Dieu, J'ai lu S-F N°3973,
1995 (EO en anglais en 1993), 254 pages

 

Ce court roman mêle agréablement des extrapolations scientifiques pour montrer un cadre plausible de vie future, et l'Aventure humaine avec un grand "A" (l'action de quelques hommes, dont le principal héros (Robert Singh), s'avérant encore nécessaire pour "sauver l'humanité" quels que soient les progrès scientifiques et technologiques accomplis dans le siècle à venir).

Lors du gros de l'action, nous sommes en 2109 (XXIIe s.), mais il est souvent fait référence à des événements du passé (1908, 1972...) qui peuvent permettre d'éclairer l'avenir (passage d'astéroïdes trop proches de notre Terre...). L'énergie semble procurée par des ressources sans limites (fusion nucléaire?), cependant que l'homme est (devenu?) suffisamment raisonnable pour avoir renoncé aux engins de mort (notamment les bombes nucléaires, qu'elles soient à fission ou à fusion). La longévité humaine a été allongée, il est possible de faire repousser un pied en cas d'accident... Clarke nous "vante" discrètement une humanité qui, plutôt que de s'entre-déchirer en guerres stériles, a su s'unir (enfin, globalement...), voire dont des membres sont prêts à se sacrifier pour sauver notre terre d'une menace venue de l'espace. J'ai eu l'impression en lisant certains courts chapitres "intermédiaires" et "explicatifs" qu'ils auraient pu donner lieu au développement d'une nouvelle indépendante. Je ne connais pas suffisamment l'oeuvre d'A. C. Clarke pour savoir si cela a été le cas, mais j'ai cru détecter quelques clins d'yeux à sa propre oeuvre (lorsqu'il est question des "points de Lagrange", du robot-équipier infaillible du vaisseau spatial, etc.). J'ai pris en tout cas plaisir à voir que ce qui pouvait passer pour une digression gratuite révèle, quelques chapitres plus tard, son utilité (l'histoire de l'apparition d'une nouvelle religion - ou secte - pouvant expliquer pourquoi un de leurs adeptes - qui restera inconnu - a effectué une certaine action). J'ai particulièrement apprécié que la planète Terre soit qualifiée de "surpeuplée" avec trois milliards d'êtres humains dessus... et seule une infime part de l'humanité est partie vers d'autres planètes (Mars) ou sur la Lune, qui ne pourraient guère en absorber davantage que quelques autres centaines de milliers. 

D'où l'inquiétude lorsque notre planète natale est menacée de collision avec Kali, un astéroïde repéré par hasard par un astronome amateur alors qu'il a échappé au "système de veille" mis en place depuis des décennies. Mais il se trouve que le "héros principal" du livre (oui, celui qui a quand même fini par aller vivre sur Mars avec sa seconde famille) est le commandant d'un des vaisseaux spatiaux/spéciaux préparés "en cas de besoin" depuis, là encore, des décennies... 

Bon, pour revenir à/sur Mars, j'ai goûté l'humour de la visite familiale à Disney-Mars, où les bambins martiens peuvent savourer le Londres inconnu de l'époque victorienne ravagé par les méchants Martiens de Wells, ou adorer l'interaction avec Dejah Thoris, princesse de Mars. Bravo à Clarke pour l'anticipation d'un genre de wokisme (ou de "politiquement correct"): "Par contre, on avait quasiment fait disparaître l'affreux John Carter du scénario d'Edgar Rice Burroughs; la Chambre de Commerce ne souhaitait manifestement pas être associée à ce genre de héros sanguinaire. Quant aux épées! Quels cerveaux criminels et irresponsables il avait fallu pour concevoir des assemblages métalliques aussi dangereux!" (p.153).

Comme il ne s'agit pas d'un ouvrage récent, ce sont surtout des blogs spécialisés SF qui peuvent en avoir parlé: Vil faquin sur le blog collectif La Faquinade (dernier billet en 2019), Blop (dernier billet en 2023). Apophis n'a pas apprécié. J'espère vous avoir donné envie de vous faire votre propre opinion...

25 juillet 2024

Lucia - Bernard Minier

Cette fois, ça y est, j'ai terminé pour le moment mes lectures des romans de Bernard Minier. Avec Lucia (Edition XO, 467 pages) et après Les effacées, j'ai refait connaissance avec l'enquêtrice de la Guardia Civil Lucia Guerrero. De Salamanque à Ségovie et Madrid, elle va enquêter sur un étrange homicide dont la victime est un de ses collègues. Tel le Christ en croix, on trouve ce dernier les bras en croix en état de lévitation. Il se trouve que son assassin l'a collé en position verticale avec de la colle forte. Lucia est bien entendu effondrée. Elle n'a de cesse d'arrêter ce tueur "à la colle". En parallèle, Salomon Borges, un professeur de criminologie et de criminalistique de la faculté de droit de Salamanque et quelques-uns de ses étudiants ont mis au point un logiciel appelé DIMAS qui permettrait de résoudre des affaires criminelles. Et il se trouve que, comme par hasard, DIMAS identifie trois occurrences. Ces crimes ont un modus operandi ressemblant à celui dont a été victime le collègue de Lucia. Les victimes (souvent des couples) sont collées l'une à l'autre. Le ou les tueurs ont choisi de copier des tableaux de la Renaissance en disposant les corps d'une certaine façon. Toujours est-il que le tandem formé par Lucia et Salomon fonctionne bien et l'enquête avance jusqu'à ce que... Une fois de plus, je  n'en dirai pas plus. C'est nettement mieux que Les effacées mais cela ne vaut toujours pas les enquêtes de Martin Servaz qui se passent de l'autre côté des Pyrénées. A vous de voir. Lire les billets de loeilnoir, océane, mhf le blog.  

21 juillet 2024

Interlude bibliophile

La parution de mon (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) récent billet sur Jules Verne a été l’occasion pour dasola de ressortir d’un rayonnage d’une des bibliothèques chez elle (à côté de gros dictionnaires), pour me les montrer…

...deux exemplaires en édition Hetzel de romans de Jules Verne, Michel Strogoff et L’île mystérieuse.

Morceaux choisis. « Ça se garde, ça ! ». Ils étaient à l’un de ses grands-pères, qui a d’ailleurs inscrit une date dans l’un des deux volumes : « 1937 ». Pas de date d’impression, en revanche : ce genre de livres « de prix » (pour les écoliers !) a été tiré et retiré en de multiples éditions au cours des décennies de la IIIe République. Bien évidemment, j’ai cherché à en apprendre davantage sur ces deux éditions-là.

 

J’ai remarqué une fois de plus qu’internet est de moins en moins l’endroit où l’on trouve facilement n’importe quelle information souhaitée, comme ce pouvait peut-être être le cas il y a 10 ou 20 ans. Aujourd’hui, les moteurs de recherche et leurs algorithmes affichent en priorité des éléments qui, dans l’économie de marché, présentent un intérêt certain pour ceux qui souhaitent les mettre en avant : dans mon cas, en cherchant « édition Hetzel Jules Verne », on trouve d’abord des sites marchands où il est possible d’acheter des exemplaires (à des prix variés), mais non des sites où l’on peut en apprendre davantage à ce sujet (l'histoire de la collection Hetzel des Voyages extraordinaires de Jules Verne). Il m’a fallu m’y reprendre à plusieurs fois et trouver les bons mots-clés pour finir par dénicher un (bon vieux) site (en html, de 2003) avec des informations que je trouve claires et précises (merci). Cela m’a permis de constater que L’ile mystérieuse est édité en « type à l’ancre (1894-1913) », cependant que Michel Strogoff (celui où a été écrite la date de 1937) est du « type à un éléphant (1905-1913) ».

Grâce au site en question, j'ai aussi trouvé un lien vers un site (en anglais) qui permet de voir toutes les illustrations et gravures d'origine (celles qui figurent aussi dans mes éditions en livre de poche), pour tous les titres de Jules Verne, et en particulier pour L'île mystérieuse et pour Michel Strogoff (dans ce dernier cas, y compris avec les quelques planches en couleur qui figurent dans l'édition Hetzel mais qui sont en "noir et blanc" dans mes éditions poche...

 

Concernant enfin ces deux titres, j’ai du coup demandé à dasola : « - tu les as lus  ? - Non. - Tu vas les lire maintenant ? - Ce ne sont pas des formats qu’on peut emmener dans le métro. » Je n’ai effectivement rien à redire face à ce type d’argument...

Je pense que des collectionneurs, des bibliophiles, peuvent encore se procurer aujourd'hui les éditions Hetzel des Voyages extraordinaires pour quelques dizaines ou quelques centaines d’euros, selon leur degré d’exigence en ce qui concerne le bon état et l’absence de « restauration » effectuée (utiliser des éléments provenant de plusieurs exemplaires pour en reconstituer un en meilleur état apparent… s’apparente à une escroquerie, pour les puristes…). Mais est-ce qu'ils ont vraiment envie de les lire, ou se placent-ils d'abord dans une démarche "d'investisseurs"?

 

Personnellement, je n’ai pas cette démarche de « bibliophilie ». Je suis plutôt un « lecteur-collectionneur » : certes, je préfère avoir tout un auteur dans la même collection de « poches », et autant que possible en bon état… Mais ce qui prime est pour moi les circonstances où j’ai acquis l’exemplaire. Et si l’exemplaire d’origine tombe en ruine, je chercherai juste à m’en procurer un en meilleur état (indépendamment de sa « valeur financière »)... afin de le conserver à ma disposition pour pouvoir le relire quand bon me chante! 

Je me rappelle avoir bien apprécié un Pennac (La petite marchande de prose, il me semble) où il était question d’une « double salle de bibliothèque » (à un étage de distance) : dans l’une, les ouvrages avec de belles éditions, pour le plaisir des yeux. Dans l’autre, exactement au même emplacement mais à un étage au-dessus (ou au-dessous, je ne sais plus), les livres « en édition courante », pour les sortir du rayonnage et les lire. Une jolie utopie… Qu'en pensez-vous?

13 janvier 2025

13 à table! (édition 2025)

Comme l'an dernier, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) participe au challenge Bonnes nouvelles chez Je lis je blogue avec le recueil 13 à table! édité au profit des Restos du coeur. J'ai découvert les 14 nouvelles qui composent cette édition 2025 avec un exemplaire prêté par mon collègue, avant d'en acheter un autre pour mon propre compte dans ma librairie de quartier (où il était bien en évidence). 

13 à table! 2025 (11e édition, sur le thème "Tous dans le même bateau",
couverture Catherine Meurisse), octobre 2024, Pocket, 240 pages, 6 euros (= 5 repas)

 

Plusieurs nouvelles ont vraiment "joué le jeu" d'un épisode maritime qui aurait pu, à quelques semaines près, justifier une présence dans le challenge Book trip en mer chez Fanja... même si ce n'est pas le cas de toutes. Le thème du conflit israélo-palestinien exacerbé après le 7 octobre 2023 est abordé à plus d'une reprise. Quelques mots rapides sur chacune des 14 nouvelles (très occidento-centrées) ci-dessous:

* Le bateau d'Alice de Sandrine Colette se termine par les mots "Et ceci est une histoire vraie" (plutôt triste).

* La traversée de la vie de Lorraine Foucher se déroule dans une île. C'est transgénérationnel et émouvant.

* Octobre de Karine Giebel nous parle du conflit autour de Gaza à travers deux enfants de 12 ans, de camps opposés... 

* Dans "Tous dans le même bateau" de Raphaëlle Giordano, ce que le vent propulse n'est pas la voile d'un bateau, mais un cerf-volant.

* La Maison d'Orient de Christian Jacq se déroule en Egypte.

* Marie-Hélène Lafont nous montre, dans Samedi soir, comment un frère et une soeur peuvent suivre des voies divergentes par suite de leur orientation scolaire.

* Je peux témoigner que tous les profs de fac en histoire romaine ne sont pas aussi égoïstes, autocentrés, exigeants voire despotiques envers leurs élèves et/ou leurs "famuli" (porte-serviettes?) que l'Adrien Potet mis en scène par Alexandra Lapierre dans "Hé bien, nagez maintenant!". Mais c'est pas une raison... 

* Encore deux protagonistes opposés du conflit du Proche-Orient, dans Les voyageurs de Marc Levy. Deux battants enfermés s'aperçoivent après discussion que, s'ils sont maintenant un peu moins stupides, c'est parce qu'ils ont commencé par s'entretuer, chacun ayant écouté les paroles de leurs "hommes de Dieu" respectifs...

* Avec Mon bateau blanc ou l'histoire d'un naufrage, en deux pages, Marcus Malte a fait le choix de la poésie.

* On ne savait pas comment vous le dire... d'Agnès Martin-Lugand s'inscrit dans la suite des nouvelles familiales des éditions précédentes. Les 400 coups des quasi de la famille recomposée, je les avais vus venir de loin (depuis l'édition 2024 ou la 2023?).

* Le Coup de bôme d'Etienne de Montéty met vraiment du baume au coeur.

* François Morel ne s'est pas foulé pour le titre (Dans le même bateau), mais il nous présente un chansonnier breton mort à 30 ans (personnage réel ou fictif?), ayant chanté la mer et les marins...

* Dans Banlieue-trecking de Romain Puértolas, la fin de la nouvelle est tétanisante (très bien mise en page, en plus), et, cette fois-ci, je ne l'avais absolument pas vue venir.

* Enfin, dans Victor, Jacques Ravenne nous parle de Victor Noir et du culte qui lui est rendu.

 

Philippe Dester a chroniqué ce recueil, ainsi que Du calme Lucette. Et sans doute bien d'autres blogs... que je n'ai pas su dénicher.

 

PS: je présente mes excuses pour la publication prématurée de cet article alors inachevé dont les abonnés au blog avaient reçu notification: je voulais qu'il parle aussi de deux éditions antérieures (l'an dernier, j'en avais chroniqué trois). Finalement, je ferai un autre billet "Bonnes nouvelles" d'ici quelques jours pour les deux autres éditions plus anciennes... [millésime 2020 chroniqué le 29/01/2025].

6 juillet 2024

La maison noire - Yûsuke Kishi

Je n'ai pas encore lu La leçon du mal du même écrivain dont j'avais lu des avis mitigés. En particulier du fait que l'histoire était très violente voire gore. Je confirme que La maison noire de Yûsuke Kishi (Edition Belfond, 302 pages, publié en 2024 en français mais paru en 1997 au Japon) raconte aussi une histoire très noire. Shingi Wakatsuki est un employé d'une compagnie d'assurances spécialisées dans les dédommagements suite à des décès. Entre avril et fin août 199..., l'employé va se retrouver au coeur d'une intrigue qui commence avec un garçonnet retrouvé pendu chez lui. Il est appelé sur place, une maison noire dans un très mauvais état qui exhale de très mauvaises odeurs de décomposition. À partir de là, le cauchemar commence. Wakatsuki est convaincu que ce n'est pas un suicide mais un meurtre. Toujours est-il que le père du garçon commence à harceler l'assureur afin d'obtenir le montant de la police d'assurances qui avait été souscrite sur la tête du garçon. Puis la mère s'y met aussi. Que s'est-il passé? Qui est coupable? Au fur et à mesure du déroulement du récit, le lecteur comprend l'horreur de la situation. Dans les cinquante dernières pages, il y a une montée dans l'horreur et personnellement, je trouve que l'écrivain renchérit un peu trop. Dommage. Lire les billets de l'oeil noir, les lectures de Marinette, Alex-mot-à-mot (plus enthousiaste que moi), Eve-Yeshé. 

5 juillet 2024

Deux livres pour la jeunesse

J’ai (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) encore extrait quelques pépites de mes « sources » habituelles (bouquinistes, bibliothèques partagées, boites à livres) !
Les deux que je chronique aujourd’hui me permettent quelques participations à différents challenges. Il y en a qui vont croire que j’achète uniquement des bouquins susceptibles de challenger? C’est faux, je m’en procure aussi que je puisse mettre en circulation dans différents réseaux de «prêt de livres» auxquels je participe… Mais c’est sûr que l’offre 2024 de nouvelles parutions des éditeurs n’y est pas majoritaire !

Je présente donc aujourd’hui deux livres « pour la jeunesse » (bibliothèque rose & bibliothèque verte) achetés il y a trois jours. 

Si j’avais un château par Jeanne de Recqueville,
Nouvelle bibliothèque rose (Hachette) N°40, 191 pages

 

Deux pièces sous-louées à Paris, où s’entassent quatre jeunes enfants (7 à 10 ans), forcément bruyants, et leur grand-mère… Quand arrive une lettre informant qu’une grand-tante de la grand-mère (lui) lègue un château, pas d’hésitation, on donne congé (ça tombe bien, c’est les vacances et l’été !). Mais ce n’est pas si simple qu’il n’y paraît.
En dévorant en deux heures à peine Si j’avais un château écrit par Jeanne de Recqueville, je me suis fait la réflexion qu’après tout, cette littérature « jeunesse » n’était peut-être pas si différente des livres de « fantasy » qui ont un tel succès aujourd’hui. Déjà, il y est question de château, de princesse, de pays lointains (l’Indochine !), de croisière (où sont partis la fille et le gendre du notaire), de merveilleux « métiers » que sont journalistes, photographes, mannequins, enfants-acteurs, moyens de gagner de l’argent rapidement, tout comme le serait un jeu télévisé… 
Ce livre « copyright 1959 » (mais dont mon exemplaire est marqué « dépôt légal 2e trim. 1960 ») est situé en 1957. Il est amusant de constater qu’il y est mention d’une somme de 8 millions de francs (la « clé » de la survie du fameux château)… qui correspondront donc à 80 000 nouveaux francs après la réforme du plan Piney-Rueff impulsée par de Gaulle, à compter du 1er janvier 1960. Quant à la chanson de Claude François Si j'avais un marteau, elle ne date que de 1963...
Peut-être l’ouvrage contient-il quelques sous-entendus qui passaient au-dessus de la tête des jeunes lecteurs/trices de 1959 ? Les deux jeunes et jolies journalistes « de mode » (mais aussi bien « envoyée spéciale ») semblent être des amies proches. Le vieux notaire veuf est bien sympathique, et peut-être pas indifférent à une jeune grand-mère désargentée de 52 ans, elle-même veuve de longue date semble-t-il… mais sans aller jusque-là, tout est bien qui finit bien ! 
Les renseignements disponibles sur l’auteure (1910-2000) sont succincts (sur wikipedia consulté ce 5 juillet 2024). Elle semble avoir écrit seulement quatre romans pour enfants, entre 1953 et 1959, dont celui-ci est le dernier, puis avoir mené une carrière de traductrice jusqu’en 1989 (une dizaine d’ouvrages sont listés).
Les illustrations (dont 5 en couleurs) sont dues à Paul Durand (1925-1977). Je me permets de vous mettre ma préférée (p.160) dans ce livre.

En regardant la page wikipedia qui lui est consacrée, je me rends compte que je dois connaître pas mal des couvertures de livres qu’il a pu réaliser (pour J’ai Lu, diverses collections pour la jeunesse…). 

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4 romans de Jules Verne en 1 volume : ce « bibliothèque verte » au format « pavé » (oui : 511 pages !), volume double imprimé en 1964, annonce la couleur. Une courte préface signée Marc Soriano donne des précisions intéressantes (et peut-être désuètes aujourd’hui, même partant d’une bonne intention ?) : « on accorde aux conservateurs de musées l’autorisation de soigner les bois sculptés et de rafraîchir les couleurs des tableaux. En partant d’un raisonnement du même genre, je me suis efforcé, à la faveur de cette édition conçue pour réunir quatre œuvres condensées, d’éliminer les « longueurs » qui pourraient rebuter les jeunes lecteurs de notre époque. (…) J’ai donc pratiqué d’importantes coupures qui ont entraîné des regroupements de chapitres. À noter toutefois que je me suis interdit toute intervention rédactionnelle et que le texte présenté est tout entier de Verne.
Je n’ignore pas que la version intégrale intéresse l’historien et mérite toujours de garder des lecteurs. Notre but, dans cette édition « allégée », c’est de rendre aux jeunes quatre beaux livres qu’ils n’avaient plus l’occasion de lire
». 
Je vais commencer par dire quelques mots des deux titres que je connaissais déjà, puis je présenterai ceux que je viens de lire pour la première fois de ma vie. Deux se déroulent essentiellement sur la terre ferme, les deux autres pourraient compter comme des aventures maritimes en tout ou en partie.

 

Le Docteur Ox clôt le volume [p.450-511]. Vérification faite, dans mon édition «Livre de Poche» du même titre, la nouvelle titrée Une fantaisie du Docteur Ox (écrite en 1871) n’est qu’une des cinq que compte le recueil portant le même nom, publié en 1874. C’est de la nouvelle dont il s’agit ici.
Dans un paisible village (fictif) de Belgique du nom de Quinquendone, un généreux mécène, arrivé cinq mois plus tôt, s’est proposé d’éclairer les rues avec un éclairage au gaz oxy-hydrique, en prenant tous les frais à sa charge. Comment les braves et placides notables du conseil municipal, capables de laisser brûler un incendie ici, s’aggraver une fuite d’eau là, et ne pas faire de travaux dans une tour menaçant de s’effondrer, auraient-ils pu résister à une telle proposition ? Mais peu à peu, les esprits de nos Belges si tranquilles d’ordinaire s’échauffent… jusqu’à l’explosion finale.

 

Face au drapeau : rédigé en 1894, publié en 1896, ce titre occupe les pages 319 à 447. Je le possède dans ma pochothèque (en édition intégrale) depuis plusieurs décennies. Ici, il est bien question de navigation, que ce soit sous la mer ou au-dessus de la surface. En 1894, les tout premiers sous-marins militaires français étaient déjà construits sinon pleinement opérationnels (le livre cite d'ailleurs les historiques Goubet, Gymnote et Gustave Zédé). Mais ils n'auraient sans doute pas été capables des exploits que leur prête Jules Verne: remorquer une goélette (navire naviguant à la voile... en principe). L'argument du roman? Un (savant) fou, Français mais enfermé à l'asile aux Etats-Unis, est enlevé par ce qu'on appellerait aujourd'hui un groupe terroriste (des pirates, en fait) intéressé par son invention: le "fulgurateur", une sorte de missile explosif surpuissant (imparable à l'époque, bien entendu), qu'il a essayé en vain de vendre à différents gouvernements (il exigeait des millions avant toute démonstration). C'est à bord d'un sous-marin que lui et son gardien (le narrateur, à partir de ce moment-là) gagnent la base secrète (située dans un îlot des Bermudes) où l'inventeur aura tout loisir de mettre son engin au point... Une "bouteille à la mer" alerte l'Angleterre, et une flotte européenne vient chercher à déloger les pirates, peu inquiets puisque le terrible engin leur permet de les couler à distance. Je pense que le titre aurait été plus approprié s'il avait été "face au pavillon"... mais il aurait été moins compréhensible pour le grand public je suppose. Un ingénieur d'origine française, un navire de guerre français à portée d'être détruit, mais... le titre permet d'imaginer la suite (et fin)!

 

Je n'avais encore jamais lu César Cascabel (pourtant réédité en 10/18 dans les années 1970) qui ouvre le volume (p.8 à p.164). Pour dire deux mots de ce voyage par terre, il s'agit du "retour en France" d'un couple de saltimbanques français partis faire fortune (et fonder famille) aux Etats-Unis. Se faisant voler leurs économies au moment de s'embarquer à New York pour le bateau qui devait les ramener en France, ils ne trouvent d'autre choix que de reprendre la route à bord de leur roulote pour remonter vers l'Alaska (en reprenant leurs représentations pour gagnant leur pain quotidien lors de ce trajet), traverser le Détroit de Behring sur la glace, et poursuivre ensuite leur voyage depuis la Sibérie jusqu'en France... Non sans quelques aventures et rencontres sur le chemin! Mais pas le moindre navire ici (le court épisode de navigation maritime a lieu sur un mini-iceberg!). 

 

Je n'avais jamais lu non plus Bourses de voyage (p.165-318). Dans ce roman tardif et méconnu (rédigé en 1899 et publié en 1903), les fameuses bourses ont été offertes par une généreuse mécène (décidément!) à dix pensionnaires d'un collège londonien (accompagnés d'un adulte), afin de leur payer durant les trois mois d'été un voyage vers les diverses îles des Antilles dont ils sont originaires. Je précise pour les jeunes lecteurs du XXIe siècle que 1903 est précisément l'année où les frères Wright ont effectué le premier vol contrôlé et motorisé de l'aviation motorisée (même si Verne avait anticipé des engins aérien bien des années auparavant) - ceci pour dire que le voyage des "collégiens" n'a pas lieu en avion mais bien en bateau. Bateau qui se fait "pirater" par des forbans, qui n'épargnent leurs jeunes passagers qu'en vue de capter les 700 livres par personne que vaudront leurs 11 passagers au départ de La Barbade. Le voilier Alert sombrera au cours de la croisière avec son équipage malfaisant, mais - que l'on se rassure! - les sympathiques passagers seront sauvés.

L'illustration ci-dessus (p.300-301, pour Bourses de voyage) montre bien en tout cas que l"'encombrement du texte" (densité et nombre de caractères par page) est tout de même nettement plus important que pour le "bibliothèque rose" ci-dessus (au moins le double). Les dessins de ce volume sont dus à François Batet (pseudonyme de l'Espagnol Francisco Batet Pellejero, 1921-2015), dont j'ai déjà vu des illustrations dans bien d'autres "bibliothèques vertes" ou collections jeunesse. 

 

Je vais soumettre ce "bibliothèque verte" de 511 pages pour le challenge Pavé de l'été 2024 chez Sibylline. 

Ces deux volumes seraient-ils appréciés de jeunes lecteur en 2024, lors d'un voyage par exemple? Je les ai inscrits pour "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie. En tout cas, le second volume, en particulier, m'a donné une idée pour une "étude thématique"... (à suivre chez Fanja!)

 

30 juin 2024

Convoi TM - Thierry Smolderen & Philippe Gauckler

Comme annoncé à la fin de mon billet sur Central station, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) relu récemment mes quatre tomes de la série BD connue sous le nom de Convoi TM *, scénarisée par Thierry Smolderen et dessinée par Philippe Gauckler (parue chez les Humanoïdes associés au début des années 1990). 

Convoi TM, 1990, 52 pages
Les prisonniers de Convoi TM, 1991, 53 pages
Les joueurs de Convoi TM, 1993, 49 pages
Le ciel de Convoi TM, 1994, 53 pages

Dans cette bande dessinée d'anticipation, lorsque "les aventures de Karen Springwell" (titre générique de la série) commencent (premier album, titré Convoi TM), nous sommes en janvier 2069. Karen travaille pour une chaîne de "télé-réalité" et sa mission / son émission du jour consiste à filmer une "tentative" de surf sur un fleuve de lave - le candidat est équipé d'un "Mentem" qui permet aux spectateurs de capter toutes ses émotions - en différé tout de même. Cette séquence introductive en Chine, sur une île inhabitée depuis la dernière éruption volcanique (2059) est surtout l'occasion de constater de visu le caractère bien trempé de notre journaliste. Après l'engloutissement prévisible de son pauvre candidat, elle souhaite passer la nuit seule sur l'île... pas si déserte que ça! Un beau Robinson se présente: Cho Jen prétend vivre depuis l'irruption sur l'île (qui appartient à la Chine).

Et Mars là-dedans, me direz-vous encore? Hé bien, quand Cho Jen se fait arrêter par les Chinois, Karen demande au sénateur Springwell, son père, d'intervenir. Mais celui-ci est d'humeur massacrante (dixit la mère) depuis que le Président Melderson est parti sur Mars... Le président Melderson, qui depuis 20 ans dirige le gouvernement du "Monde Uni", et "dont la politique spatiale est fondée sur un programme de mécanisation intégrale de la conquête de l'espace" (p.33 [planche 27]). Les humains sont à la portion congrue dans ce programme: pour 10 milliards d'humains, parmi 800 pré-sélectionnés pour un poste de spationaute, seuls 22 sont admis à poursuivre la formation... Bien d'autres données sont égrenées au fil des planches de ce premier tome, et diverses intrigues s'enchevêtrent (on fait la connaissance de toute la famille Springwell: les jeunes fils jumeaux (âgés de 8 ou 9 ans peut-être?) de Karen, leur oncle, l'épouse du sénateur... Une situation explosive se profile à la fin de ce premier tome. 

Le "mode opératoire" permettant de comprendre le fil général est très malin: le contenu "bande dessinée" de chaque tome est précédé d'un petit "dossier rédactionnel" d'une ou deux pages, qui prend la forme de citations de presse, d'extraits d'encyclopédie, de vieilles dépêches d'agences... et, à partir du deuxième tome, d'un résumé qui explicite ce que les lecteurs inattentifs n'auraient pas bien compris. Par exemple, Convoi TM, c'est un univers en "réalité virtuelle" où l'on accède en payant, un "lieu de vie" plein de commerces divers et souvent interlopes, et aussi un jeu d'argent puisque dans l'anneau qui le constitue passe régulièrement (tous les 10 jours) un "convoi" que les joueurs attaquent pour gagner des points. 

 

Dans le deuxième tome, Les prisonniers de Convoi TM, les choses ont bien avancé. Un personnage du premier tome disparaît cruellement. Gil et Fred, les deux jumeaux de Karen que leur oncle avait initiés à Convoi dans le 1er tome, y retournent seuls et s'y retrouvent "pris en otage". Le mystérieux Tazio Moolsan, que Cho Jen avait demandé à Karen de contacter lors de son arrestation, les tire du pétrin tout en servant les mystérieux intérêts de sa "coopérative Ushaïdo". Un prêté pour un rendu: c'est grâce à une intervention en haut lieu du sénateur Springwell auprès des Chinois que Cho Jen échappe in extremis à une exécution capitale. Il s'avère qu'il était "en mission" sur terre... en provenance des "Premières colonies", des stations spatiales qui orbitent depuis des décennies à distance de la terre dont elles ont fait sécession pour cause de différents commerciaux. 

Bon, si je veux prendre un peu de recul sur le personnage de Karen: elle est impulsive et a au départ un peu trop tendance à envoyer valser des objets coûteux à coup de pied à la moindre contrariété. Elle est née avec une cuillère d'argent dans la bouche, et si elle semble s'être assagie après sa phase d'étudiante contestataire (aucune info sur le géniteur des jumeaux...), elle peut toujours appeler papa quand elle a un grave problème.

 

Le troisième tome, Les joueurs de Convoi TM, voit la rencontre inopinée entre Karen et Jasper, son flirt du temps où ils étaient étudiants, une dizaine d'années plus tôt. De leur côté, Cho Jen et les jumeaux subissent chacun un genre de "bagne" différent. Gil et Fred utilisent un jouet très perfectionné, l'"astrodancer", que Karen avait récupéré grâce à Cho Jen, pour s'en sortir. Retournés dans leur jeu favori, il y retrouvent la copine que Gil s'y était faite, et toute la fine équipe de la coopérative Ushaïdo qui s'apprête à "faire sauter la banque" de Convoi TM. Ce qui permet à Gil, grâce aux "miettes" récupérées (650 millions de crédits universels, tout d'même) d'acheter son émancipation immédiate ("majorité anticipée")... et salut maman! Fred reste avec sa mère et Jasper. Mais le sénateur leur signale qu'ils sont en danger: le président Melderson ne veut surtout pas qu'on sache qu'il a sacrifié des astronautes terriens lors d'une guerre contre les Premières colonies pour la possession d'un astéroïde. Direction la Chine, en attendant qu'une émission préparée par Karen et Kasper dévoile les turpitudes du Président. 

 

Le quatrième tome, Le ciel de Convoi TM, conclut l'histoire: les hommes d'Ushaïdo utilisent le pactole gagné via Convoi TM pour financer la propulsion d'un vaisseau spatial révolutionnaire destiné à aller sauver aussi bien les survivants terriens que ceux des Premières colonies sur l'astéroïde Phaëton II. C'est la Suisse, opposée à la politique de Melderson, qui vend l'anti-hydrogène nécessaire. Mais avant cela, les survivants de la famille Springwell ont réussi à échapper aux tueurs du président (dont le mouchard infiltré dès l'origine dans les réseaux contestataires dont faisait partie Karen au temps de sa folle jeunesse...). Les itinéraires de la plupart des personnages convergent, l'expansion de l'humanité dans l'espace va enfin pouvoir avoir lieu ("que diriez-vous d'un aller-retour vers Mars en quinze jours?" [cf. p.30-31 ci-dessous]), et le méchant Président sera ridiculisé en direct. 

Au final, Melderson adopte une solution radicale afin d'échapper aux conséquences immédiates de ses actes.

 

Mes quelques phrases surchargées sont loin de tout dire des quelque 200 planches qui composent la totalité de l'oeuvre. Si l'univers est totalement futuriste et les parties "virtuelles" somptueuses, il faut bien lire lire les bulles pour bien comprendre le pourquoi des actions. On voit nos "héros" (la famille Springwell et ses relations les plus proches) agir au quotidien et servir de "fil conducteur", pendant que le "fil général" (politique politicienne terrestre, conflit entre la Terre et ses "premières colonies") se déroule en arrière-fond. Imaginé il y a 30 ans, ce futur s'avère plausible, avec un public parfois "drogué" au jeu de réalité virtuelle, une surpopulation amenant les villes à se développer à la verticale et des inégalités sociales manifestement démesurées. Vu l'efficacité dont fait preuve un jouet "Astrodancer" qu'ont récupéré les jumeaux, on peut comprendre que ce genre d'engin (équipé d'un processeur neuro-parallèle avec une programmation simpli Plex, si, si!) ait été interdit en 2054... Le programme de réalité virtuelle Memory m'a fait resonger, lui, au début d'un livre d'Arthur C. Clarke (Le marteau de Dieu) qui sera sans doute l'objet d'une de mes prochaines chroniques.

Une intégrale de Convoi TM en un volume est parue en 2004, avec une nouvelle édition en 2023. 

 

J'ai trouvé peu de blogs mentionnant Convoi TM: le dernier des blogs. Si je tombe sur d'autres, je les rajouterai! 

 

Ce billet sur une oeuvre qui combine planet opera, space opera et monde virtuel peut s'inscrire pour mon challenge marsien, mais aussi pour le 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade et pour le challenge Summer Star Wars - Ahsoka chez Lhisbei. 

* comme signalé en p.4 du tome 2, "Convoi TM n'est pas une marque déposée".

31 mai 2024

Central Station - Lavie Tidhar

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pense avoir atteint mon "seuil d'incompétence", en tant que lecteur, avec l'ouvrage qu'aborde en premier ce billet. Evacuons d'abord l'un des aspects qui me dérangeait: c'est en lisant le billet de Yuyine que j'en ai compris le pourquoi. Central Station serait en fait un "fix-up" (ouvrage composé à l'origine de "nouvelles" ré-arrangées pour devenir un roman). Le résultat final m'avait évoqué le Steinbeck de A l'est d'Eden (par l'ampleur de la fresque - mais le livre de Steinbeck, que j'apprécie de longue date, n'est pas de la SF), ou les huit tomes des Cantos d'Hypérion de Dan Simmons (que j'avais bien apprécié, peut-être parce que chaque cycle, sinon chaque tome, avait une histoire avec un début et une fin...). Je pense donc que mon sentiment mitigé vient plutôt de ce que Central Station représente une science-fiction trop "philosophique" pour moi. Ce livre participe tout de même à deux challenges: mon propre "challenge marsien", mais aussi le "12e challenge de l'imaginaire" repris par Tornade.  

Lavie Tidhar, Central Station, 2016 en anglais,
DL février 2024 en français, éd. Mnémos (trad. julien Bétan), 254 pages, 20,50 euros

Le livre se compose d'un prologue, et de chapitres numérotés de un à treize, dont la page 2 nous apprend (en anglais!) qu'ils ont été publiés entre 2011 et 2016. Pour en parler, je vais m'appuyer sur le "QQQOCP" journalistique [Qui? Quoi? Quand? Où? Comment? Pourquoi?], même si je les prends dans le désordre.

Où? Central Station, c'est le "point de départ", une immense tour, un aéroport spatial vers l'orbite terrestre puis vers l'ailleurs sidéral. L'histoire ne dit pas (sauf erreur de ma part) s'il en existe d'autres sur cette planète terre à la fois familière et étrangère (futuriste?). Sa localisation? "Au-dessus des paysages urbains jumeaux de Tel Aviv, la juive, et de Jaffa, l'arabe" (p.6). Mais c'est aussi un "point de retour" pour certains (une diaspora qui part et qui revient à son berceau, diaspora elle-même aux origines multiples)... Avec des "familles" aux patronymes exotiques (asiatiques? orientaux? africains?).

Quand? Dans un avenir non cité, après bien des guerres (sur terre mais aussi dans l'espace), après les conquêtes de la Lune, de Mars, des astéroïdes... Nous sommes à une époque de coexistence universelle, avec des humains à la longévité augmentée, où il est possible - à condition d'en avoir les moyens financiers - de remplacer des pièces organiques défaillantes par des greffes elle-mêmes organiques ou synthétiques... Tout comme de "coder" la mémoire sous une forme qui peut être sauvegardée. Un "nodule" permet la communication interpersonnes, échange permanent de données dont le "flux" alimente la "Conversation" (informatique?).

Qui? Beaucoup (trop?) de personnages, dont les interactions, que l'on relève au hasard d'une conversation (sur le passé, sur le sens de la vie...) ou d'une didascalie, donnent le tournis... Au pied de Central Station, nous avons un "grouillement" de vies d'habitants, de gargotiers, de boutiquiers, d'artisans, de mendiants... Quelques personnages se détachent: Miriam "Mama" Jones et Kranki (un enfant "bizarre", plus ou moins orphelin). Boris Chong (docteur Frankenstein qui a travaillé dans les "cliniques d'enfantement", lui-même "augmenté" [c'est seulement à seconde lecture que j'ai compris que son "aug martienne" signifiait sans doute "unité augmentée"]) et son vieux père Vlad. Carmel (passagère clandestine, abomination et créature dangereuse qui doit être éliminée pour les uns, vampirette... de données et non de sang, à protéger pour les autres). Yan et Youssou, couple de garçons qui va se marier. Matt Cohen (devenu plus tard Saint Cohen des Autres). Ibrahim et Ismaël. Achimwéné et Gidéon (amoureux de vieux livres?). Isobel Chow et Motl (robotnik). Frère R. Ustine, prêtre-robot (oecuménique? Il a fait son "hadj" sur Mars, il est toujours prêt, en bon pasteur, à écouter ses ouailles, il assure les circoncisions pour les garçons humains...). Ruth (la "conque"). Et j'en oublie... 

Comment? De ce que j'ai compris, l'avenir est au métissage... Que ce soit géographique, interplanétaire, éthnique, religieux, homme-machine, réel-virtuel, multitemporel, ou tout ce dont on peut rêver. Les fameux "robotnik", par exemple, sont des vétérans, "les soldats oubliés des guerres oubliées des Juifs" (p.28), des "cyborgs" avec des vestiges de conscience humaine branchée sur un corps robotisé - dont les vénérables composants sont de plus en plus compliqués à remplacer. Et en même temps, il restera possible que certains vivent leur vie entière dans un même lieu, dans une vie quotidienne étriquée, qui les empêchera de "comprendre" ceux de leurs proches qui sont partis, la tête dans les étoiles. 

Pourquoi? Après lecture, je ne sais toujours pas quoi répondre... Alors je vais relever quelques allusions à la planète Mars: le nom d'une ville sur Mars (Tong Yun City, p.12), Mars où il y avait jadis eu de la vie microscopique (p.13), un feuilleton martien (Chaînes d'assemblage, p.16), un "bazar de la foi" sur Mars (p.28), des "immeubles coopératifs de style martien" (p.38), "Nouvel Israël", sur Mars (p.65), "noir martien" (un genre de polar, p.142). Des envies de "retour aux sources"...

Quoi? Dernière occasion de parler du contenu de l'ouvrage... Dans l'ensemble, cette "mosaïque" évoque des fragments de vie quotidienne d'habitants de bidonville au pied de Central Station: la création d'individus, la naissance, la vie, parfois changeante, la mort. J'y ai, je crois bien été, dérangé par la place du "fait religieux" (des robots qui croient à la métempsycose bouddhiste: un ascenseur qui peut se demander s'il se réincarnera en cafetière ou bien dans la virtualité...). Ici, pas besoin de Messie ni de "bible catholique orange" comme dans le cycle de Dune. Mais tout s'y mélange en terme de références. D'après mes recherches, le terme "shambleau" (un des qualificatifs de Carmel) fait allusion à un recueil de nouvelles de 1933 de Catherine Lucile Moore (des aventures de Northwest Smith, sur Mars ou sur Vénus...), cependant que "strigoi" correspond aux créatures mort-vivantes faisant partie du folklore roumain. Quant aux "robotniks" (mot ancien qui signifierait "ouvrier" [en polonais]): pourraient-ils être ceux qui refusent d'être des robots? Pour la plupart des personnages, les interactions sont permanentes entre monde physique et monde virtuel. Tout cela constitue un univers difficile à appréhender (beaucoup trop de phrases seulement allusives). c'est extrêmement touffu (je dirais même foisonnant), ça part dans tous les sens, et à la fin de l'ouvrage, nous n'avons vu que des "tranches de vie" sans que rien ne soit définitivement achevé (sauf peut-être la mort [physique] du père?). 

Au final, je confirme que cette oeuvre un peu trop complexe pour mon cerveau limité à deux neurones m'a laissé une impression mitigée. Ce n'est pas forcément un livre que j'aurai plaisir à relire alors qu'il m'en reste à découvrir des milliers d'autres qui, peut-être, me plairont davantage. Mais c'est mon avis à moi: il est tout à fait possible que ce qui ne m'a pas plu soit précisément ce qui a donné plaisir à d'autres lecteurs.

Outre Yuyine déjà citée, d'autres blogueurs et blogueuses ont parlé de ce livre avec la récente édition: Zoé [prend la plume], CélineDanaé, Le Maki, Le syndrome Quickson, FeyGirl, Leschroniquesduchroniqueur, Just a word. Stéphanie Chapsal en avait parlé dès 2020.

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Alors que je venais de finir ce livre, j'ai eu l'idée de relire une série BD qui traîne dans ma BDthèque depuis quelques décennies, et qui n'est pas sans points communs avec la lecture que j'ai eue de Central Station: la saga Convoi TM (4 tomes). Elle m'a paru former un très bon contrepoint à ce qui m'a manqué dans l'ouvrage de Lavie Tidhar. Les quatre volumes (qui sont ressortis récemment sous forme d"'Intégrale" en un volume) contiennent des héros, une histoire bien cadrée pour chaque album, dont chacun fait avancer l'histoire, le long d'un "arc narratif" global qui est mené à bonne fin...

J'en parlerai dans un prochain billet. [chroniqué le 30/06/2024]

24 juin 2024

Un président ne devrait pas dire ça... - Gérard Davet & Fabrice Lhomme

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne songeais certes pas que ce livre serait l'un de ceux, et même le premier, que je chroniquerais pour mon Challenge des Epais de l'été 2024 (2e édition) quand je l'ai acheté, pour un euro, dans une bouquinerie, au mois de mars. Je viens de le relire dare-dare, en vue du présent billet.

Gérard Daven et Fabrice Lhomme, "Un président ne devrait pas dire ça...", Edition Stock, 2016 (pour l'édition originale), Coll. Point N°P4570 en 2017 avec un chapitre inédit, 830 pages

 

Sachez que jamais je n'achète de livres "politiques" (essais, mémoires, histoire, livre "de circonstance"...) au moment de leur sortie en "neuf" et à "plein tarif". Je ricane plutôt lorsque la presse rend compte des "marquages à la culotte": en un mois, il a été vendu tant de dizaines de milliers d'exemplaires du livre-programme de W..., alors que celui de son concurrent X... n'a pas encore atteint le millier, cependant que Y... stagne à quelques milliers pour ses mémoires sorties il y a six mois (l'histoire ne dit jamais combien ont été envoyés gratuitement et/ou achetés "en nombre" par  tels ou tels soutiens), tandis que le roman "à clé" écrit la nuit par Z... agite le microcosme. En tout cas, mon exemplaire "de seconde main" n'est pas dédicacé par qui que ce soit (contrairement à ceux que je déniche parfois, produit de ventes en gros des services de presse reçus par des journalistes, ou bien "vestiges" de bibliothèques dont des héritiers encombrés se débarrassent après décès...). 

Bref, mon édition commence par le fameux "chapitre inédit", daté précisément du 6 janvier 2017 et titré "délit d'initiés". Comme chacun sait, Gérard Daven et Fabrice Lhomme, grands reporters au journal Le Monde, ont écrit cet ouvrage qui est basé sur 61 entretiens. Entre le 10 mai 2012 et le 25 juillet 2016, ils rencontraient le Président le plus souvent le premier vendredi du mois, en général entre 19 et 20 heures. Selon la "préface" qui vient après, la genèse de l'ouvrage remonte à fin 2011: "anticipant la victoire de François Hollande lors de la présidentielle à venir, nous nous étions mis dans l'idée d'enquêter, à notre façon, sur la manière dont il exercerait son futur mandat" (p.12). Le 11 octobre 2011, ils ont "exposé au député de Corrèze [leur] objectif: en cas de victoire, faire le récit, de l'intérieur, de son quinquennat" (p.13). Ils s'étaient engagé à ne rien révéler de ce qui leur serait dit... avant la parution du livre. La date de sortie de celui-ci n'a jamais été gravée dans le marbre. 

Un dernier entretien a eu lieu jeudi 1er septembre 2016, deux jours après la démission fracassante d'Emmanuel Macron: "certes nos entretiens étaient arrivés à leur terme, fin juillet, mais il nous fallait impérativement obtenir son ressenti sur cette ultime avanie" (p.465). Commentaire des auteurs page suivante: "l'étoile Hollande n'avait pas prévu que la comète Macron sortirait si rapidement de son orbite". 

Je me demande combien de personnes ont lu intégralement l'une ou l'autre édition de ce livre, sans se contenter des "bonnes feuilles" ou des petites phrases distillées avec gourmandise, lors des sortie ou ressortie, par d'autres journalistes dans la presse de tout bord: quelques centaines de milliers d'acheteurs (ce qui est toute même pas mal)? Un ou deux millions (si l'on admet plusieurs lecteurs à chaque exemplaire)? 

La quarantaine de chapitres est regroupée sous sept parties thématiques. Les titres des uns et des autres sont on ne peut plus simples: un article, un mot (rarement un adjectif). Par exemple, dans la partie V. Les affaires, les cinq chapitres portent les titres: La cible; Le candide; La traitre; Les boulets; Les tartuffes. 

Cela ne se raconte guère, il faut en lire toutes les pages. Et à l'issue, on a une vision, celle de la manière dont François Hollande racontait et commentait les événements (passés, avec François Mitterrand puis à la tête du Parti socialiste, ou présents, une fois devenu Président de la République). Avec sincérité ou non? En espérant manipuler des journalistes politiques? Dans quel(s) but(s)? Que laisse-t-il paraître comme intelligence, comme empathie, ou non? Plus largement, attend-on, ou non, de la candeur d'un Président de la République, ou la capacité à anticiper et à préparer les évolutions des années à venir? La réaction aux événements au fil de l'eau, ou la menée à bonne fins d'une "ligne politique" en fonction d'une "conscience politique" forgée au fil de quelques dizaines d'années de vie politique avant d'accéder à la fonction suprême?

Je suppose que plus aucun Président de la République (présent ou à venir) ne se refera jamais repincer à recourir en cours de mandat à des "mémorialistes" d'investigation politique qu'il ne maîtriserait pas. Il vaudra mieux pour eux rédiger eux-mêmes le journal de leur mandat (pour le meilleur ou pour le pire), écrire (ou dicter) leurs Mémoires une fois retirés des affaires, en précisant le cas échéant le délai de convenance avant publication (après leur mort, après le décès de la dernière des personnes citées, au bout de x... décennies...) en cas d'implications trop "personnelles". 

Depuis 2017, François Hollande a écrit lui-même (ou en tout cas signé) plusieurs livres de témoignage, mémoire, entretien ou analyse politiques. Je ne les ai pas (encore) lus. 

Le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme a été adapté au théâtre. Voir entre autres les blogs De la cour au jardin ou Fou d'art. Il existe aussi, je viens de l'apprendre, une adaptation en bande dessinée (voir Vagabondage autour de soi). Mais quant à trouver de nombreux blogs ayant rédigé une critique du livre (qui date de 2016, rappelons-le) sur un blog, avec les bridages actuels des moteurs de recherche (RGPD, politique...?), c'est peine perdue (ou alors, je n'ai pas mis les bons mots-clé?). Essayez, pour voir. Je n'ai guère trouvé qu'Argoul. Je ne m'interdis pas de choisir quelques liens à rajouter par la suite, parmi ceux que je dénicherai au hasard des blogs ou qui me seront signalés...

 

A l'été 2024, qui peut en tout cas savoir si, à défaut de se faufiler sournoisement dans un trou de souris, notre gros vieux matou ne va peut-être pas réussir à rentrer par la chatière? Se rêverait-il, en ce moment, Premier Ministre d'Emmanuel Macron... pour commencer? 

Ce livre peut également s'inscrire au Challenge des Pavés de l'été 2024 chez Sibylline - si elle l'accepte bien entendu. 

19 juin 2024

Alain Brisant: SOS Bagarreur - René Follet & Maurice Tillieux

Lire des billets de Christie ou de ClaudiaLucia, qui figurent comme moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) parmi la vingtaine (à ce jour) de participant(e)s au challenge Book trip en mer organisé par Fanja et qui mentionnent le nom de René Follet (1931-2020), m'a fait resonger à une "vieille" BD que j'ai acquise il y a quelques décennies. Bonne occasion de la relire, et même plusieurs fois, jusqu'à quasiment en apprendre les dialogues par coeur! Un beau récit de mer, à la fois plein de péripéties et de suspense (merci Tillieux pour le scénario!), et empreint de crédibilité (merci Follet pour les dessins!). Publié à l'origine dans le journal de Spirou (N° 1552 à 1577) en 1968, cette BD devrait également pouvoir compter pour le challenge 2024 sera classique aussi de Nathalie. 

Alain Brisant: S.O.S. Bagarreur, Dupuis (coll. Dupuis Aventures N°7),
René Follet & Maurice Tillieux, 1985 (paru dans Spirou en 1968)

 

L'aventure contée est celle d'une sortie en pleine tempête d'un remorqueur basé à Boulogne[-sur-Mer] pour aller secourir un cargo panaméen en difficulté après une collision, du côté du promontoire anglais de Beachy Head. Le Bagarreur, puissant remorqueur, est commandé par un capitaine (Raymond Fernay) qui a 40 ans de métier derrière lui, alors que l'armateur vient de lui imposer un jeune "Second" (Alain Brisant) qui arrive tout droit de Brest avec deux ans d'expérience là-bas. Il devra faire reconnaître sa compétence face à un équipage de professionnels soudé par l'habitude de travailler ensemble de longue date.

Les planches, au gaufrier à la fois très classique et très varié, dépeignent les "divergences de vue" durant la mission, cependant que l'équipage du cargo est affolé par la tempête, et qu'arrive "au secours de la victoire" un remorqueur anglais fort intéressé par la prime de sauvetage... La mer est traitée avec différentes nuances de vert, de bleu ou de brun, de jour comme de nuit, avec les vagues qui déferlent, les navires ballotés par les flots... et les hommes qui interagissent. Le tangage ou le roulis, l'énormité des vagues et de leurs creux, sont rendus très fortement. Que les marins soient en gros plan ou les navires en plan éloigné, c'est très clair et toujours lisible. Parfois, un "récitatif" de quelques lignes résume ce qui s'est passé durant quelques heures. Il s'agit d'un univers très "viril": pas une femme à bord ni dans tout l'album (juste une allusion après le retour au port d'attache: "- je me demande ce que je vais faire avec ma part de prise... - T'inquiète pas! Ta femme s'en occupera"). Mais pour le gagner, cet argent, durant ce qui semble constituer le quotidien du remorqueur, il aura fallu en mettre un coup voire plusieurs: coups de gueule, coup du sort, sale coup, et même quelques coups de poing par-dessus le marché, durant les quatre jours qui se sont écoulés. 

Je vous propose cinq planches à titre de citation. 

p.12-13. On notera que le cargo suédois qui avait abordé le cargo panaméen était resté à ses côtés en attendant le remorqueur. Même si ce n'est pas dit, parce qu'évident, ses marins auraient fait tout leur possible pour sauver l'équipage panaméen si nécessaire. 

p.26 à 28. Une partie de l'équipage panaméen, affolé par la tempête, a exigé de quitter leur cargo désemparé afin de rejoindre, en canot, le remorqueur (interrompant de ce fait le remorquage)... pour leur malheur. 

 

Vous trouverez d'autres extraits sur le blog de Raymond (via deux billets rédigés en 2008 sur ce blog dont la dernière parution remonte à 2009).

Une réédition de 2018 (aux éditions de l'élan), que je n'ai pas eue entre les mains, semble compter quatre planches voire six planches de plus? J'ai relevé que mon album commence abruptement à la planche numérotée "3". J'ai pu en savoir davantage, grâce à Raymond encore. 

24 février 2025

Meurtre sur le Grandvaux - Bernard Clavel / Le pays où l'on n'arrive jamais - André Dhôtel

Les deux bouquins que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ont quelques points communs. Ce sont tous deux des éditions J'ai lu (avec illustrations de couvertures signées Denise Antonini!), et tous deux parlent de voyages. Ils ont aussi été écrits par des écrivains dits "populaires"... et marquent peut-être tous deux que cette popularité est volatile au fil des décennies qui s'écoulent après le décès des auteurs. Dernier point: je les ai "chinés" (à quelques semaines d'intervalle, et dans deux bouquineries différentes) avec l'idée de les verser à la "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi. 

André Dhôtel, Le pays où l'on n'arrive jamais, J'ai lu N°81, 1994
("1er DL dans la collection 1975" [? J'ai ...pas compris, puisque la parution du N°61 de cette collection J'ai lu remonte à 1959!], copyright 1955), 249 pages
Bernard Clavel, Meurtre sur le Grandvaux, J'ai lu N°3605, 1994
(EO Albin Michel 1991), 188 pages

 

Meurtre sur le Grandvaux ressort à la fois du roman noir et du roman "du terroir" (à la française). Il se déroule dans le Haut Jura, dans les années 1840. À l'époque, la population (rurale notamment) était en majorité sédentaire, les communautés étant organisées en autosubsistance. La "mondialisation" (commerce à longue distance) était pratiquée, par voie terrestre, par les "rouliers", un peu l'équivalent de nos "routiers" contemporains (qui conduisent des camions). Le "roulier", courageux conducteur de chariots, pouvait passer des mois voire des années loin de chez lui, tout en ayant en charge la commercialisation des produits qu'il transporte au loin. Ambroise Reverchon est l'un d'eux, dur, bon manager de ses intérêts, et capable de faire face aux dangers sur la route. Quand il revient à la ferme familiale, c'est pour apprendre que sa femme est morte et sa fille enceinte... des oeuvres d'un homme, dit-elle, qui préfère prendre la fuite que l'épouser. Papa va prendre les choses en main... Finalement, le (futur) gendre est plutôt brave gars: orphelin de père à 3 ans, il va se laisser conduire par le roulier. Mais c'est toujours le père qui mène sa maisonnée à la trique (au fouet, plutôt!). Il va être amené en toute logique jusqu'à ce que l'on pourrait hâtivement qualifier de "crime d'honneur", mais qui, à mon avis, n'entre pas dans la même logique culturelle. Un premier meurtre non prémédité l'amène à un autre, de sang-froid cette fois-ci. 

J'ai appris en lisant cette oeuvre l'existence du métier de "boisselier", un genre de sous-tonnelier spécialisé dans les récipients cylindriques en bois, très utilisés dans nos campagnes (avant l'utilisation à grande échelle de la tôle galvanisée, puis du plastique).

 

Je vous mets un extrait (p.82).
"- Ton père, je peux te dire que c'est un fameux bonhomme! Quand je pense de quelle façon on s'est connus!
Elle se met à rire.
- Y peut être rudement dur, tu sais.
- Ca, pour le savoir, je l'sais! Sacrebleu oui, que je l'sais... Mais c'est un homme de justice. Et qui fera jamais l'ombre d'une crasse à personne. Jamais! Seulement, celui qui le cherche, il est sûr de le trouver. C'est tout. Et c'est très bien de la sorte!"

Et un autre, sur le "métier" du roulage et ses secrets, transmis de père en fils (p.77).

"Ambroise se remet à parler comme s'il poursuivait un récit jamais interrompu. 
- Ce temps-là, je peux te garantir que j'ai connu bien pire, justement quand je suis revenu de Nijni-Novgorod. J'avais plus qu'une seule voiture. Je dirais pas que j'avais gagné des mille et des cents, mais enfin, je m'en sortais pas mal. Puis je ramenais des épices que je comptais bien revendre en route. Les épices, si on sait s'y prendre, c'est presque toujours de bon profit... Dans notre métier, le secret, c'est de jamais rouler à vide. Dès que t'as fait de la place, faut que tu trouves de quoi charger. Et toujours ce qui peut se revendre mieux, plus loin."

 

J'ai trouvé quelques blogs qui en avaient parlé: Thomas en a dit deux mots l'an dernier. CJB est nettement plus intéressant. Voir aussi Sab. Et Picardine (dernier billet en 2011). Pour ma part, j'avais déjà présenté sur ce blog l'an dernier un autre roman de Bernard Clavel, qui parlait de transport maritime (Cargo pour l'enfer).

 

Dans une autre des bouquineries que je fréquente, j’ai fini par craquer pour un titre que je connais depuis des décennies pour le voir dans des listes de collections en fin d’ouvrage, Le pays où l'on n'arrive jamais. Ici, je l’ai donc acheté non pas dans une édition Jeunesse, mais en J’ai Lu. Si je connaissais le titre, je ne savais rien sur son contenu ni même sur l’auteur. 

Je dirais que j'ai lu ce livre comme un conte, qui fait bien entendu songer au livre d’Alain-Fournier Le grand Meaulnes, mais aussi à des livres jeunesse du XIXe siècle (Sans famille d’Hector Malo) ou contemporains de son écriture (dans les années 1950), comme La villa des grillons de Léonce Bourliaguet… 
Il s'agit d'une histoire de voyages (mais aussi de "gens du voyage"), avec un côté merveilleux, des coïncidences incroyables, un cheval quasiment magique, des rencontres plus ou moins imprévisibles au départ, l’absence de contingences matérielles, la puissance de l’intuition irrationnelle qui guide bien des actions de nos jeunes héros… Mais un merveilleux qui n’a pas besoin de faire appel aux sorciers, zombies, elfes, vampires, loup-garous, dragons ou autres monstre imaginaires. On se laisse capter par le merveilleux de l’irréel où l’on pouvait encore parcourir un pays avec une carriole à cheval de ville en ville par les chemins creux en gagnant sa vie durant le voyage. Pour essayer de résumer l'intrigue en quelques mots, je dirai qu'un jeune garçon, élevé par sa tante parce que ses parents voyagent par monts et par vaux, fait la rencontre d'un gamin mystérieux, manifestement en fugue puisque recherché. Il va l'aider à aller jusqu'au bout de sa quête, et y retrouver ses propres racines. L'action se passe en bonne partie dans les Ardennes, à proximité de la frontière avec la Belgique. 
En prenant un peu de recul, je me suis dit qu'on pouvait avoir l’impression que ce livre a été construit en brodant, en développant une série de rêves dont les séquences se succèdent. 

 

André Dhôtel, né en 1900, est mort en 1991. J'ai du mal à comprendre pourquoi seul ce titre semble encore connu et le plus ré-édité de nos jours...? Bon, en vérifiant, je vois que certains de ses dizaines de titres semblent avoir bénéficié d'éditions au XXIe siècle. Mais je n'ai pas l'impression de les avoir souvent croisés. Son fils François veille pourtant à la mémoire de l'oeuvre de son père en s'assurant que ses manuscrits, correspondance et autres papiers personnels soient mis à disposition des chercheurs. 

 

J'ai aussi trouvé un certain nombre de blogs qui avaient parlé de cet ouvrage il y a plus ou moins longtemps: Violette, La jument verte (dernier billet en mai 2023), Ellettres, Michel Santo, Karelia (dernier billet janvier 2021), Nadège (dernier billet juin 2021), l'ancien blog (canalblog) de A propos de livres. 
 

Ce titre peut en tout cas être inscrit au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie. 

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Cela fait quelque temps que je souhaitais parler ici de cette "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi. 

 

Pour dire quelques mots de l'histoire: l'idée m'en trottait dans la tête depuis quelques années. Ayant été assister à l'AG de copropriété en décembre 2024 (alors que je me contentais de donner pouvoir depuis quelque temps), j'ai pris la parole lors des "questions diverses" pour dire que j'avais envie de mettre en place ce que je connaissais dans plusieurs immeubles que je fréquente... Les réactions ont été contrastées. Deux jeunes femmes (propriétaires plutôt récentes) étaient enthousiastes, les propriétaires les plus anciens étant indifférents ou dubitatifs... J'ai dû m'engager sur un meuble de petite taille (discret), qui n'attire pas les regards des passants mal intentionnés, garantir que ça ne servirait pas de "poubelle" pour mettre seulement du rebut... J'ai commencé par (me) constituer un "fonds" avec des livres que je connaissais (ou du moins d'auteurs dont j'avais lu d'autres ouvrages - sauf exceptions!). Puis j'ai eu la chance de trouver dans un "box" qui devait être rendu à son propriétaire un joli petit meuble auquel je n'ai eu qu'à rajouter quelques étagères! Depuis deux semaines, 15 des 50 titres initialement déposés sont partis voire même repartis, j'en ai ré-injecté près d'une dizaine... Et ai eu le plaisir d'en voir arriver une demi-douzaine d'autres, déposés par d'autres résidents! Je finirai en signalant que 50 nuances de Grey (qui m'est tombé des mains!) n'a toujours pas trouvé preneur... ou preneuse!

23 mars 2024

Le café sans nom - Robert Seethaler

Après Le tabac Tresniek, Une vie entière et Le champ, je viens de terminer Le café sans nom de Robert Seethaler (Edition Sabine Wespieser, 246 pages, 2023). L'histoire se passe en 1966 à Vienne, Autriche. Robert Simon, 31 ans, travaille comme livreur dans les stands du marché dans le quartier du Prater. C'est son dernier jour de travail car il va réaliser son rêve de devenir gérant d'un café poussiéreux et à l'abandon depuis quelque temps. Ce café situé à côté du Prater n'aura pas d'enseigne, c'est un café sans nom mais pas sans clients. En effet, les commerçants et les passants prennent l'habitude de s'attabler pour manger (des tartines au saindoux, des oignons et des cornichons) ou pour boire de la bière. Robert s'adjoint l'aide de Mila, une jeune couturière récemment licenciée de l'usine où elle travaillait. Ils forment une bonne équipe. Cette aventure va durer 10 ans. Mila se mariera avec un boxeur. Robert, lui, perd trois doigts dans un accident et  continuera sa vie solitaire. En attendant, pendant 10 ans, ils noueront des liens plus ou moins amicaux avec des habitués comme un boucher ou un artiste peintre. C'est un roman qui se lit assez vite et très agréablement mais il faudrait un plan de Vienne pour se repérer avec tous les noms de rues que Robert Seethaler énumère. Pour ceux qui ne connaissent pas la capitale de l'Autriche, on s'y perd un peu mais ce n'est pas très grave. Toujours est-il que pour moi, Le tabac Tresniek et Une vie entière restent mes deux romans préférés de l'écrivain. 

15 juin 2024

The Voices of a Distant Star - Sahara Mizu & Shinkai Makoto

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) publie aujourd'hui une contribution au "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2e édition" basée sur un manga que m'avait signalé PurpleVelvet. Ce "one shot" (manga en un seul tome, au contraire d'une série en deux ou plusieurs volumes) peut aussi participer au 12e challenge de l'imaginaire repris par Tornade. 

The Voices of a Distant Star, dessin Sahara Mizu, oeuvre originale Shinkai Makoto (229 pages)

Le manga est sorti en volume au Japon en 2006 (après prépublication en magazine en 2004) d'après la version originale de l'oeuvre, qui était un dessin animé (moyen-métrage) réalisé par Sihinkai Makoto en 2002 (sept mois de travail pour 25 minutes de film) et décliné la même année en "light novel". L'édition française du manga est parue seulement en 2021. La dessinatrice (qui entretient le mystère sur sa ve privée) présente la particularité d'adopter un pseudonyme différent par type de manga qu'elle dessine: Sahara Mizu est celui dédié au genre "seinen". Et maintenant, quel rapport avec Mars, êtes-vous sûrement en train de vous demander... 

Un petit flash-back initial nous ramène au bout de quelques pages sur terre en 2046. Les collégiens y apprennent en cours que la première mission spatiale envoyée pour coloniser Mars, en 2039, a permis de découvrir les preuves d'une vie extraterrestre: les ruines de Tharsis (et leur technologie hors du commun...). Mais l'essentiel n'est pas là. Le manga suit, alors que les années passent, les messages (mails) échangés entre Noboru, le garçon, resté sur terre, et la fille, Mikako, qui a été mobilisée (à la suite de tests passés encore enfant) parmi l'élite terrienne. Après un entraînement sur Mars, puis sur la base d'Europe (l'une des lunes de Jupiter), elle appareille comme pilote dans la flottille des Nations-Unies chargée, à bord du vaisseau spatial Lisythea, d'aller combattre les extraterrestres au loin... 

Ce manga très mélancolique interroge surtout sur la possibilité (ou non) de maintenir une relation à distance (intersidérale?), quand l'attente des échanges, le temps entre l'envoi et la réception d'un message, ne font que s'allonger, se comptent en jours, puis en mois, puis en années... Il y est question de "distorsion" quand telle ou telle autre guerre extraterrestre a été l'occasion de découvrir les "sauts collapsar" (1), mais le principe (assurant un ressort dramatique) est plus ou moins le même. Chacun des deux protagonistes grandit de son côté, avec d'autres entourages... et la plupart des anciens condisciples de Mikako l'oublient.

Dans l'engin spatial, les pilotes que l'on voit sont des jeunes filles ou jeunes femmes. C'est amusant de l'avoir lu juste quand une étude récente semblait dire que les femmes récupéraient mieux, physiologiquement, après un séjour dans l'espace, et supporteraient donc mieux l'expédition vers Mars. 

Après avoir lu le manga, j'ai pu visionner l'anime en version japonaise sous-titrée en anglais (que je maîtrise infiniment moins bien que le français...). Mais ce que je savais déjà de l'histoire m'a permis de "suivre". J'ai enfin compris que les sortes de robots-goldorak ne sont pas les ennemis tharsiens, mais bien les "bâtiments de combats" du vaisseau terrien. Une deuxième lecture du manga m'a permis de mieux l'apprécier, ainsi que l'espoir de retrouvailles qui peut subsister, entre un garçon de 25 ans (qui a vécu une vie ordinaire de lycéen, puis d'étudiant...) et une fille de 16 ans. Libre à chacun d'imaginer la suite (après la fin du manga).

p.124-125 ci-dessus, p.210-211 ci-dessous... 

Indépendamment des péripéties (faut-il combattre les Tharsiens, ou bien chercher à les comprendre? Les "anciens combattants" blessés peuvent-ils se réadapter à la vie civile, ou bien préfèrent-ils rejoindre leurs camarades "au front"?), ce manga doux-amer m'a enfin fait songer à la série de chansons qui forment les aventures de Simon et Gunther dans l'album-concept de Balavoine: encore une histoire de séparation subie... 

 

J'ai trouvé quelques autres avis sur la blogosphère (outre PurpleVelvet déjà citée) datant de la sortie du manga (2021), notamment ceux de Florianne, de L'apprenti Otaku, de Tampopo24, de Ly (Les voyages de Ly) ou de Tanja. Nessalivresque n'avait pas été convaincue et expliquait clairement pourquoi.

 

(1) Je fais ici référence à La guerre éternelle de Joe Haldeman, dont le thème est un peu le même: la Terre envoie l'élite de sa jeunesse affronter une menace extra-terrestre, alors qu'a été découvert un mode de voyage intersidéral où le "temps relatif" durant les voyages passe moins vite pour ceux qui l'utilisent que pour leurs proches restés sur terre... Et des décennies voire des siècles de décalage s'accumulent au fil des expéditions, cependant que la civilisation et les moeurs terriennes évoluent (homosexualité universelle, clônage...). Cette oeuvre est une parabole écrite en 1974 par un vétéran de la guerre du Vietnam. Je peux aussi noter que j'en ai lu deux versions: celle initialement éditée avait été modifiée par rapport au manuscrit, à la demande de l'éditeur, pour "adoucir" la société terrestre que découvrait le "soldat Mandella" lors de son premier retour. La version d'origine a été publiée, elle, seulement en 1991. La guerre éternelle a aussi été adaptée en bande dessinée (dessins de Marvano). 
Cela me fait encore tourner autour d'un sujet auquel je finirai bien par consacrer un article un jour: qu'est-ce qu'une oeuvre? Ce qui a été publié? Ce que l'auteur a rédigé à l'origine? Ce qu'il a corrigé après une première publication? Le manuscrit édité (retouché) après son décès? Et cela concerne l'oeuvre dans sa langue d'origine. Ce qui touche la traduction en langue étrangère, c'est encore une autre histoire. 

4 décembre 2025

La Menace atlante - Yves Sente et Peter Van Dongen

J'ai lu tout récemment La Menace atlante d'Yves Sente et Peter Van Dongen (Edition Blake et Mortimer, 64 pages) qui vient de paraitre. J'ai beaucoup aimé ce 31ème volume de la série d'après les personnages d'Edgar P. Jacobs. A priori, c'est la suite de L'énigme de l'Atlantide d'Edgar P. Jacobs lui-même (publié en 1957). Le Professeur Philip Mortimer qui n'est pas très en forme est chargé par le gouvernement britannique de faire une étude sur l'approvisionnement en énergie pour rendre le Royaume-Uni plus indépendant. Pendant ce temps, Magon avec la complicité d'Olrik (tout deux rescapés de l'épisode de l'Atlantide) se prépare à provoquer une catastrophe qui pourrait rayer l'Europe de la carte, pour récupérer de l'orichalque, le métal légendaire qui pallierait le manque d'énergie frappant désormais la planète où se sont installés les Atlantes. En effet, l'un des trois soleils qui éclaire la planète est en train de s'éteindre. L'orichalque sur terre se trouve au fond de la Mer du Nord dans la zone du Doggerland. Avant la catastrophe finale, l'action se déplace sur la planète des Atlantes où Blake et Mortimer affrontent différents dangers tout en essayant de contrecarrer les plans de Magon, Olrik et leurs complices, qui veulent renverser le Basileus qui gouverne les Atlantes. Le texte est dense comme l'intrigue. Un très bon tome selon moi. Lire le billet de Sheherazade2000.

 

 

 

12 février 2025

Devenir Zéro - Anthony McCarten

Devenir Zéro d'Anthony McCarten (Edition J'ai lu, 473 pages) est un vrai "page-turner". L'écrivain né en Nouvelle-Zélande a eu des prémonitions en ce qui concerne les différentes péripéties de l'histoire. Dix personnes ont été sélectionnées pour participer au bétatest Objectif zéro. Il s'agit de disparaître des radars dans ce monde hyper connecté où les gens sont surveillés entre les téléphones, les réseaux sociaux, les ordinateurs, etc. L'expérience doit durer 31 jours, pendant un mois de mai. Si par miracle, une ou plusieurs personnes n'étaient pas repérées, elles empocheraient trois millions de dollars net d'impôt. Cy Baxter, le fondateur de Fusion (qui m'a fait penser à Elon Musk) et l'initiateur de cette expérience, veut tout surveiller, tout contrôler, surtout la vie des gens. Il arrive même à accéder à des fiches du FBI ou de la CIA sur des milliers de gens. Pour en revenir au bétatest, parmi les dix personnes, l'une d'entre elles va donner du fil à retordre aux organisateurs de cette expérience : une dénommée Kaitlyn Day, une bibliothécaire exerçant dans une bibliothèque de Boston. Le roman est divisé en deux parties et un épilogue. À la fin de la première partie, on assiste à un coup de théâtre qui permet un rebondissement de taille. L'histoire est vraiment très bien menée. L'écrivain est aussi scénariste. Je vous conseille cette lecture que vous ne lâchez plus dès que vous la commencez. Et au contraire de Cathulu, j'ai aimé la deuxième partie du roman. Lire aussi le billet enthousiaste de Philisine Cave.

2 février 2025

Un habitant de la planète Mars - Henri de Parville

Cette fois-ci, c'est un OLNI (objet livresque non identifié) que j'ai déniché dans un bac de livres d'occasion que j'explorais. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'ai payé un euro, ai cru pouvoir le lire très rapidement, ...mais sa lecture m'a pris quelques jours. Cette oeuvre s'inscrit bien entendu dans mon challenge martien, peut avoir sa place dans le "13e challenge de l'imaginaire" organisé par Tornade, sans oublier le challenge "2025 sera classique aussi" reconduit par Nathalie (logo "en attente" la dernière fois que j'y ai été voir) (1).

Henri de Parville, Un habitant de la planète Mars, 161 pages,
printed in Poland by Amazon Fulfillment (première édition: Hetzel, 1865)

Les quelques images ci-dessus peuvent donner, j'espère, une idée de cette oeuvre (présentation matérielle, taille des caractères... et 4e de couv').

 

L'auteur, Henri de Parville (1838-1909), est un contemporain de Jules Verne (1828-1905), et Un habitant de la planète Mars a, comme l'auteur des Voyages extraordinaires, été publié par Hetzel. Mais sa notoriété est moindre. Ce titre est pourtant présenté ici ou là comme un des tout premiers romans d'anticipation, un précurseur de l'ufologie (discipline consistant à recueillir, analyser et interpréter des données concernant potentiellement des extraterrestres). On en trouve semble-t-il des éditions originales cotées 500 euros. Et, tombé depuis des lustres dans le domaine public, il est proposé en "impression à la demande" pour des prix variant de 10 à quelques dizaines d'euros.

 

Alors, ce petit roman vaut-il le coût? Heuuuu... Pour la forme, je dirais que, pour quelqu'un habitué aux longues digressions de Jules Verne, ça se laisse lire. J'ai particulièrement été frappé par le maintien dans cette réimpression d'une orthographe vieillie avec adjectifs précédés de "très-" (trait d'union compris): "très-grande dureté", "très-distingué" (dès la p.8 de mon édition!). Sur le fond, cela peut évoquer Le Humbug ou La chasse au météore (textes verniens), mais aussi les premières pages de La guerre des Mondes de H.G. Wells. Ce titre ne bénéficie pas d'une grande notoriété. Cependant, il me semblait bien l'avoir déjà croisé chez Erwelyn (ce qui s'est vérifié). Et j'ai aussi déniché le blog mort-né (2018) d'une auteure qui en a parlé. 

 

Il s'agit d'un divertissement, un genre de pochade. Je me suis accroché pour le lire jusqu'au bout, heureusement que c'est imprimé en gros... L'action (l'histoire) proprement dite occupe peu de place (au début et à la fin), le gros de l'ouvrage se présente sous la forme de "chroniques" rendant compte d'un symposium scientifique organisé aux Etats-Unis après la découverte d'un aérolithe contenant les restes de ce qui pourrait être un extraterrestre. Est-ce possible? C'est en tout cas prétexte à un enchaînement de monologues érudits (géologie, biologie, astronomie, physique, astrophysique, métaphysique, philosophie [quasiment], etc.), chacun censés se dérouler sur une journée... Je ne suis malheureusement pas assez "calé" sur l'état ou l'histoire des sciences en 1865 pour savoir s'il s'agit d'élucubrations, d'exposés tout à fait conforme à ce que savaient et disaient les (ou des) scientifiques de l'époque, ou s'il s'agissait à ce moment-là d'hypothèses extrêmement avancées et hardies... Les orateurs ménagent en tout cas la chèvre et le chou (on parle ici de Créateur, là de Dieu, mais en une phrase et sans du tout insister...). Pasteur (et sa récente réfutation de la génération spontanée) sont évoquée sans insister non plus, en quelques phrases.  

 

Pour donner un seul exemple, p.121 et suivantes, il est fait état d'une "force vitale" finie qui amènerait à pouvoir déduire la durée de vie des organismes animaux d'un rapport entre leur durée d'achèvement (atteinte de l'état de développement complet) et le temps qui leur reste à vivre: homme 20 ans / 80 ans... Si l'on calcule à partir de l'embryon, on obtient pour l'homme 9 mois / 90 ans, chez la poule 21 jours / 8 ans, chez le chien 65 jours / 12 ans, chez le cheval 11 mois / 20 ans. Avec une conclusion absolument digne de notre idéologie vegan: "si le cheval vit si peu, il faut en rejeter la cause sur le travail excessif qu'il accomplit. Les chevaux sauvages doivent vivre plus longtemps". CQFD! (et tant pis si nous savons que c'est absolument faux). 

 

Le livre se termine sur une date: le 1er avril 1865. Les poissons existaient-ils à l'époque? En tout cas, c'est sans doute un certain entêtement dont je peux être coutumier, ainsi que le puissant aiguillon que représente mon challenge marsien, qui m'ont aidé à aller jusqu'à la fin. Mais je puis tout à fait comprendre que certains lecteurs ou lectrices se soient perdus en chemin bien avant les dernières pages.

Et vous? 

(1) Edit du 4 février 2025: le logo "2025 sera classique aussi" est arrivé ;-)

 

29 janvier 2025

13 à table! (édition 2020)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais faire un autre billet "Bonnes nouvelles" (pour le challenge chez Je lis, je blogue) sur deux éditions précédentes du recueil de Pocket édité annuellement au profit des Restos du coeur, et puis... impossible de mettre la main sur une édition 2021! Alors je vais me contenter de cette édition 2020, malgré le hiatus qui subsiste avec mon billet de l'an dernier. 

13 à table! 2020, Pocket, septembre 2019, 333 pages,
5 euros (prix neuf ["1 livre = 4 repas" à l'époque])

 

Dans cette édition se trouvaient déjà des noms qui commencent à m'être familiers pour avoir lu leurs nouvelles suivantes. Le thème de l'année nous invite au voyage à travers 16 nouvelles par 17 auteurs.

 

* La fin de l'été, de Philippe Besson: j'avoue que je n'ai pas du tout vu venir la chute inattendue dans ce pèlerinage.

* La croisière ne s'amuse pas, de Françoise Bourdin, raconte un couple qui ne la joue pas collectif, jusqu'au jour de l'indépendance... 

* Dorothée, Michel Bussi: le massacre de Dorothée fait pas mal écho à mes fantasmes personnels les plus fous... 

* Chelly, Madeline Dieudonné: Dans le même genre, l'histoire concernant Nicolas m'a beaucoup moins fait vibrer. Mais enfin mais t'es dingue, pourquoi t'as fait ça?, dit-il...

* Voyage en novlangue, François d'Epenoux est assez savoureux. Le coup du dictionnaire, je le retiens (comme quoi il peut être plus utile posé par terre que sur une étagère)!

* Le regard de Méduse, Eric Giacometti & Jacques Ravenne: un bel exemple de manipulation mentale... pour la bonne cause, bien entendu (comment méduser tout ado addict au smartphone pour l'en libérer).

* Les Hommes du soir, de Karine Giebel, fait tristement écho à la nouvelle titrée J'ai 10 ans... demain (signée Michel Bussi) dans le recueil de l'an dernier (millésimé 2024).  

* Un BriBri à 300 kilomètres heure, Philippe Jaenada: un auteur qui prétend raconter une (més)aventure qui lui serait arrivée. Un litre de mixture (en deux fois!) à avaler cul sec, par point d'honneur. Fiction ou réalité?

* Le Beignet, de Yasmina Khadra, m'a rappelé un livre de Patrick Cauvin que j'ai lu (mais pas chroniqué) il y a quelques mois, Menteur (mais la nouvelle de Yasmina Khadra se déroule dans un cadre plus "viril").

* Le Voyage de ma vie, Alexandra Lapierre: le mépris pour la méprise... Un malentendu qui tourne au drame irréversible?

* Un voyage dans le temps, Agnès Martin-Lugand: toujours la même famille recomposée... dont les composantes n'ont pas encore conclu la paix avec leurs ex! Cela sonne à peu près juste, ma foi... et on connaît (désormais) la suite!

* Une parfaite soirée, de Nicolas Mathieu: une antiphrase, ou quand les mésaventures de la vie perturbent l'amour fusionnel...

* N'en déplaise aux modernes, Véronique Ovaldé. Ou comment une casanière a refoulé son désir pour se conformer aux désirs de sa mère... avant de finir par avoir le courage d'être elle-même!

* Durant Le dernier voyage de l'impératrice, Camille Pascal, m'a permis de rêver sur la mort (dans un bain très chaud) de l'impératrice Fausta, épouse de Constantin le Grand (même si elle n'est pas l'héroïne principale de la nouvelle). Mmmmh, se vautrer dans un bon bain bien chauuuud...

* Qui veut la peau de Romain Puertolas (par lui-même). Une pochade, qui devrait inciter à respecter le "dressing code" souhaité par les restaurants... 

* Je t'emmène, Leila Slimani. Un "bouclage de boucle" avec une fille qui se remémore in fine la tentative de l'amener en Maternelle... et une nouvelle qui fait écho à l'un des livres que j'ai chroniqués il y a quelques jours. 

 

Je me demande combien de lecteurs ou lectrices affichent dans leurs rayonnages la "série complète" des 11 éditions? Pour ma part, je n'en suis pas encore là... Je ne les ai même pas toutes lues! Si vous le possédez, j'espère vous avoir donné envie de lire ou relire ce millésime 2020 (et sinon, peut-être le trouve-t-on en occasion ou en bibliothèque: les tirages sont importants...). Ces 16 nouvelles en font bien, en tout cas, le plus abondant des cinq recueils désormais chroniqués. Mais pensez aussi à vous procurer l'édition millésimée 2025, si ce n'est encore fait: elle est certainement plus facile à trouver en ce moment! 

16 mars 2024

Chroniques de Téhéran - Ali Asgari et Alireza Khatami

Voici un film que je vous conseille absolument : Chroniques de Téhéran d'Ali Asgari et Alireza Khatami qui est sorti le mercredi 13 mars 2024. Il s'agit de neuf saynètes avec des hommes et des femmes dans différentes situations à Téhéran aujourd'hui. 

Le film commence avec un plan fixe de Téhéran, immense mégalopole et il se termine par un tremblement de terre qui fait s'écrouler des bâtiments

Un homme déclare la naissance de son fils David, un prénom occidental qui est proscrit en Iran.

Une mère dans un magasin habille sa fille pour la rentrée. Il faut voir la gamine Selena qui, au départ, danse avec un casque sur les oreilles et qui se retrouve presque voilée.

Une élève est convoquée par la directrice. Cette lycéenne a réponse à tout et surtout elle nie être venue sur une moto conduite par un jeune homme. 

Une jeune femme chauffeur de taxi au crâne presque rasé conteste une contravention car son hijab aurait glissé pendant qu'elle conduisait.

Une jeune femme de trente ans pas encore mariée se présente à un entretien d'embauche dans une société privée dans le domaine du béton. Cette jeune femme a du courage et ne se laisse pas faire face à quelqu'un de très entreprenant et qui a la fin l'injurie.

Un homme tatoué sur les bras et le corps avec les vers d'un poème, vient retirer son permis de conduire. Il est délirant de constater que du fait d'être tatoué, on peut ne pas obtenir son permis.

Un homme au chômage depuis cinq mois qui vend des chaussettes sur un marché pour vivre, répond à une annonce. L'entretien est surréaliste puisque, étant musulman chiite, on lui demande des choses comme quels sont les piliers de l'Islam, ou s'il connaît par coeur des sourates. Et en fin de compte, il doit mimer sa manière de faire ses ablutions.

Un réalisateur demande une autorisation de tournage devant un fonctionnaire qui fait des remarques sur le scénario, c'est génial et d'une tristesse infinie car à la fin, il n'y a plus de scénario.

Une femme cherche à retrouver son chien (animal impur en Iran).

Il y a neuf saynètes pendant 1H15, j'en aurais voulu au moins neuf de plus. 

Lire les billets d'Henri Golant et Pascale. 

22 janvier 2025

Trois Maigret - Georges Simenon

Après mon billet "Quatre Maigret" de l'an dernier, voici un billet avec seulement (si je puis dire) trois autres romans de Simenon avec Maigret.

Maigret à Vichy, Maigret se trompe et Maigret a peur.

 

J'ai trouvé les trois histoires très bien. Georges Simenon avait vraiment beaucoup de talent pour aller à l'essentiel et malgré tout, il donnait quelques descriptions qui faisaient avancer les intrigues.

Maigret à Vichy (Livre de poche, 189 pages) se passe comme son nom l'indique dans la ville de cure située dans l'Allier. Maigret y est avec sa femme Madame Maigret qui l'a accompagné. Maigret doit se refaire une santé. Au bout de cinq jours, le couple a déjà une routine pour les promenades ou pour assister à des concerts dans un square. Et Maigret croise les mêmes curistes, dont une femme habillée couleur lilas. Cette dernière, qui s'appelait Hélène Lange, est retrouvée étranglée au rez-de-chaussée de la maison qui lui appartenait. Elle louait l'étage à plusieurs curistes. La question que Maigret, appelé pour aider dans l'enquête, se pose, c'est "Pourquoi assassiner cette femme maintenant". Je vous laisse découvrir la suite, dans laquelle intervient Francine, la soeur de la victime. On ne connaît le nom du coupable (homme ou femme) qu'à la toute fin. Un très bon roman écrit à Epalinges (dans le comté de Vaud) en septembre 1967.

Dans Maigret se trompe (Livre de poche, 191 pages), on revient à Paris dans le XVIIème arrondissement, avenue Carnot. Une dénommée Louise Filon est retrouvée tuée d'une balle dans la tête par la femme de ménage qui venait tous les matins. Louise détonnait dans le quartier, c'était une ancienne prostituée qui était une femme entretenue par le professeur Gouin, un chirurgien de grande renommée d'une soixantaine d'années, qui vit avec sa femme à l'étage au-dessus de chez Louise. L'épouse est très protectrice envers son mari. Maigret, en menant l'enquête avec ses adjoints Lucas et Janvier, apprend que Louise avait un amoureux saxophoniste appelé Pierrot. Mais le personnage sur lequel Simenon se focalise est Etienne Gouin, le chirurgien issu d'un milieu modeste. C'est un homme étrange qui est indifférent aux sentiments qu'éprouvent sa femme, sa maîtresse ou sa jeune secrétaire qui lui est très dévouée. Une intrigue bien menée que je recommande. Le roman a été achevé le 31 août 1953 à Shadow Rock Farm (Connecticut).

Je termine avec Maigret a peur (Livre de poche, 189 pages) qui se passe à Fontenay-le-Comte en Vendée. Maigret, après avoir assisté à un colloque à Bordeaux, revient vers Paris par le train mais on lui demande de faire une halte à Fontenay-le-Comte, où un notable Robert de Courçon vient d'être assassiné avec un objet contondant. Peu de temps après, une veuve et un clochard sont assassinés de la même manière avec la même arme. Maigret revoit le juge d'instruction Chabot, un vieil ami installé à Fontenay avec sa vieille mère. La peur règne dans la ville. Et les deux familles de Courçon et Vernoux sont au centre de l'intrigue. Simenon fait une peinture au vitriol de cette grande bourgeoisie de province. Chabot n'est pas épargné non plus. Bien évidemment, c'est Maigret qui va trouver le coupable. Une fois de plus, une histoire très bien menée. Le roman a été achevé le 27 mars 1953, également à Shadow Rock Farm (Connecticut).

28 mai 2024

Alice - Heidi Perks

Dans une des nombreuses bibliothèques que je fréquente, je suis tombée sur un coup de coeur de bibliothécaire et c'est comme cela que j'ai découvert Heidi Perks, une romancière britannique dont j'ignorais l'existence jusqu'à présent. Son premier roman paru en français il y a cinq ans s'intitule Alice (Edition Livre de poche, 467 pages). Alice est une petite fille de 4 ans qui, lors d'une kermesse d'école dans un village du sud de l'Angleterre, échappe à la surveillance d'une maman, Charlotte Reynolds. Alice est la fille unique d'Harriet et Brian. C'est la première fois qu'Harriet confiait sa fille à une tierce personne, Charlotte, l'unique amie qu'elle a pu se faire dans le village. Charlotte, une mère de trois enfants et séparée de son compagnon, est dévastée. Elle ne comprend pas ce qui s'est passé. Des jours passent et la police n'a aucune piste mais elle surveille de près Charlotte et Harriet. Le récit se partage entre ce qui se rapporte à Harriet et ce qu'elle peut cacher et Charlotte qui est regardée désormais avec suspicion par les personnes qu'elle connaît. Elle se retrouve isolée. Sans rien dévoiler, je peux quand même dire qu'un des thèmes est l'emprise (sujet très actuel) d'une personne envers une autre. C'est dommage que, 100 pages avant la fin, on sache pratiquement tout, il y a du délayage mais je n'ai pas regretté ma lecture. Lire les billets de Liseuse hyperfertile, Mélie et les livres, Les livres d'Eve, Aude bouquine.

14 juillet 2023

Je n'étais pas la bienvenue - Nathalie Guibert / Le jour ne se lève pas pour nous - Robert Merle / Casabianca - Jean L'Herminier

Quel rapport entre les écrivains auteurs des livres que rassemble le billet que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous propose aujourd'hui, me direz-vous? A part le fait que deux des deux titres ont des tournures "négatives", leurs images de couverture sont peut-être suffisamment parlantes en elles-mêmes... 

P1150882
Je n'étais pas la bienvenue, Nathalie Guibert, 2016, réédité en 2022 en "poche", chez Paulsen, 171 pages
Le jour ne se lève pas pour nous, Robert Merle, 1986, Plon (Presse Pocket 1987), 280 pages
Casabianca, Commandant L'Herminier (Presse Pocket 1963), 247 pages

Dans les trois cas, il s'agit de livres sur l'univers de cette "élite" de la Marine nationale (française) que représentent les sous-mariniers et leurs sous-marins. 

P1150872Je m'étais offert le livre de Robert Merle il y a plus de 30 ans, en 1991, quelques années après sa sortie, et alors que j'étais plongé dans les profondeurs de la plus grande oeuvre de cet auteur, sa saga au long cours Fortune de France (13 volumes, de 1977 à 2003). Fortune de France se déroule entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle, sous huit rois de France successifs, depuis les origines des guerres de religion sous François Ier jusqu'à la prise de pouvoir de Louis XIV. Bien des guerres et des combats y sont évoqués.

Mais dans Le soleil ne se lève pas pour nous, le conflit reste absent, précisément (c'est à la fois la position française depuis De Gaulle et la thèse du livre) grâce à la "dissuasion nucléaire", dont l'une des composantes est constituée par une flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Robert Merle a choisi de nous faire partager la vie d'un équipage durant une "patrouille" (pouvant durer jusqu'à une dizaine de semaine) où le SNLE voyage sous les mers en se tenant prêt à tout moment à lancer ses 16 missiles sur l'ordre du Président de la République - ce qui ne devrait jamais arriver, car ce serait le constat que la fameuse dissuasion... a échoué. 

Robert Merle a lui-même vécu la Seconde Guerre mondiale (il a été fait prisonnier à Dunkerque en mai 1940 et est resté en captivité jusqu'en 1943), et sait que la guerre n'est pas une plaisanterie. Il s'est minutieusement renseigné avant de rédiger cet ouvrage, sous forme d'un récit à la première personne, en l'attribuant à un officier "de la" Marine, à savoir un médecin de bord embarqué un peu à la dernière minute pour compléter un équipage où tous se connaissent déjà. Notre héros, médecin, a donc tout à découvrir de la vie quotidienne, du fonctionnement et des buts de cette vie de "patrouille", et nous le découvrons avec lui et par ses yeux. Il a la possibilité de parler avec tout le monde et de poser les questions candides d'un "éléphant" (ce terme désignant, dans la marine, tous ceux qui ne sont pas marins). Ceci dit, l'auteur ne nous révèle aucun secret militaire (profondeur maximale de plongée, vitesse, profondeur optimale pour lancer les missiles...) et se paye même le luxe de nous lancer sur la piste d'un métal qui, sauf erreur de ma part, n'existe pas. Lectrice de 2023, n'oublie pas que, à l'époque de rédaction de cette "fiction pédagogique", nous n'avions pas internet à notre disposition pour y dénicher tout (et n'importe quoi) sur tout! Mais ce que je n'ai pas réussi à trouver, c'est s'il s'agissait d'une "oeuvre de commande" ou pour quelle raison notre romancier avait décidé d'aborder ce sujet. Peut-être parce que je n'ai pas (encore) lu la biographie consacrée par l'un de ses six enfants à Robert Merle?

P1150873Le deuxième livre est le plus récent des trois. Il a été écrit par quelqu'un qui n'est ni un écrivain, ni un soldat, ni un marin, mais une journaliste (correspondante Défense au journal Le Monde). Nathalie Guibert a été en juin 2015 la première femme à embarquer tout au long d'une patrouille de SNA (sous-marin nucléaire d'attaque) français. Elle nous livre ainsi un reportage original, celui non seulement d'une personne de culture "terrienne", mais surtout d'une femme, dans ce milieu si particulier. Le récit est très souvent introspectif, pour tenter de rendre compte à la fois de ce qu'elle vit elle-même, mais aussi de la manière dont elle perçoit être perçue. J'ai encore reconnu dans cet ouvrage les origines souvent bretonnes, parfois alsaço-lorraines, et de forte tradition catholique, de l'élite des marins, encore à l'heure actuelle. Si le médecin de Robert Merle ironisait sur la présence incongrue dans son infirmerie d'une boite de tampax (petite farce des pharmaciens de la base navale), ici, elle explique que son médecin de famille lui a prescrit avant le départ des antibiotiques adaptés aux infections féminines, dont à coup sûr l'infirmier du bord ne disposerait pas dans son stock (p.15). Ainsi qu'un antidépresseur, "au cas où, quand même!".

Quelques notations sur le rituel recommandé pour la douche: 10 secondes d'eau pour se mouiller, savonnage, 15 secondes d'eau pour le rinçage... dans un carré de 60 centimètres de côté. Avec une pensée pour les sous-marins "classiques", qui ne bénéficiaient pas de suffisamment d'eau douce pour une douche, p.58, Nathalie Guibert se demande si certains des sous-mariniers naviguant avec elle avaient ou non vu Opération Jupons. Pour sa part, elle s'est efforcée de se faire la plus discrète possible. Elle ironise sur son sentiment d'être sans cesse "dans le passage", assise "au mauvais endroit", dans un espace clos où la place est comptée. Elle explique aussi les tâches répétitives de chaque membre de l'équipage, dans ce navire qui travaille quotidiennement pour se tenir à tout moment prêt à la guerre s'il faut la faire: détecter sans être détecté... On ne reste pas très longtemps sous-marinier: la plupart des hommes étaient plus jeunes (27 ans, en moyenne) qu'elle. La patrouille, au-delà du Détroit de Gibraltar, a été moins longue que prévue initialement (pas d'escale à Cadix!). L'auteure a débarqué au retour à Toulon, les adieux ont été discrets alors que l'équipage se préparait déjà pour continuer la mission...

En "note de l'auteur" finale pour cette édition "poche" en date de janvier 2022, Nathalie Guibert évoque son émotion lors de l'incendie qui a affecté l'avant du SNA Perle en juin 2020 (lors d'une période d'entretien au port). Le navire est aujourd'hui revenu au service actif, après s'être vu "greffer" l'avant d'un autre SNA, lui-même désarmé, le Saphir. Il devrait rester en service jusqu'en 2030 au moins, avant d'être remplacé par un représentant de la deuxième série de SNA, qui, comme la première, comptera parmi ses "sisters-ships" un navire perpétuant le nom Casabianca dans la marine française.

En 2016, la première édition du livre avait été chroniquée par Keisha.

P1150879Un livre plus ancien maintenant, pour lequel le terme de "classique" est tout à fait approprié. 20232-300x300_2023seraClassiqueLes exploits durant la Seconde Guerre Mondiale de mon troisième sous-marin de ce billet, le Casabianca sous le commandement du capitaine de frégate puis capitaine de corvette Jean L'Herminier, font partie de l'Histoire de France. L'Herminier, malade, est resté à bord de son "bateau noir" aussi longtemps qu'il l'a pu (jusqu'à la libération de la Corse), avant de devoir être amputé des deux jambes. Maintenu en service à titre exceptionnel, il est mort en 1953 (à 51 ans), après avoir écrit deux livres de souvenirs, dont celui-ci.

Nommé au commandement du Casabianca le 15 avril 1942, sa mission était de le mettre en état de naviguer et de combattre pour être envoyé à Madagascar au titre de la "relève" d'un autre sous-marin de la Marine de Vichy. Du moins, c'est ce qui était prévu avant le débarquement américain en Afrique du Nord vichyste en novembre 1942 et l'invasion subséquente, par les Allemands, de la "zone non-occupée" en France métropolitaine. Grâce à cette préparation, le Casabianca a pu s'échapper et rallier Alger (avec quelques autres sous-marins), quand les autres navires de guerre de la flotte de Toulon ont été contraints au sabordage le 27 novembre 1942 faute d'être en état d'appareiller. L'Herminier a quelques mots intéressants sur la préparation de son équipage, p.14: "Jusqu'à la fin des travaux de réparations, nous ne pouvons que faire des exercices au mouillage, mais j'ai souvent constaté que la réalité est plus simple que la théorie. Lorsque l'esprit a fait un difficile effort d'imagination et envisagé toutes les solutions théoriques d'un problème au cours d'un exercice, vienne l'action, tout s'éclaire."

Que cherchait L'Herminier en s'échappant de la rade de Toulon avec son navire et la plupart des marins qu'il avait formé? Ecoutons-le (p.43): "j'espère recevoir d'une autorité libre de ses décisions l'ordre de reprendre le combat, car les yeux de tous les Français sont maintenant dessillés". L'Herminier a été reçu par l'Amiral Darlan dès l'arrivée du sous-marin à Alger. J'ai remarqué que l'auteur n'a pas un seul mot sur l'assassinat de Darlan (le 24 décembre 1942, entre deux missions en Corse du Casabianca). Le meurtrier de Darlan, jugé et fusillé très rapidement, a été réhabilité en décembre 1945 par un arrêt qui jugea que l’exécution par ses soins de l'amiral Darlan avait été accomplie « dans l’intérêt de la libération de la France ».

Je m'étais offert d'occasion, en 1980 (avant d'être bâchelier!), ce livre plus vieux que moi. A l'époque, je ne connaissais rien à la Marine. Relevons encore une citation, p.63: "la "drome", c'est-à-dire les embarcations et leur gréement, est peu importante sur un sous-marin. Elle se compose d'un youyou et d'une plate. Le youyou est une embarcation qui a une quille assez profonde et peut contenir neuf hommes, au plus. C'est une embarcation très "marine" qui tient bien la mer, mais n'est pas commode pour l'accostage d'une plage à cause de son tirant d'eau. (...) La plate est un baquet peu robuste, difficile à manoeuvrer, qui contient à peine quatre hommes. Elle n'est pas marine du tout." Au fil de ses missions consistant précisément à débarquer sur les plages corses des hommes, des armes et des munitions, L'Herminier montre l'évolution de ladite drome, par mise à disposition par les Anglo-saxons d'embarcations gonflables ("rubbers"), par construction d'un "cuirassé" en tôles non cintrées avec les moyens du bord... voire même par "récupération" d'embarcations inemployées quelque part dans le port! La guerre justifiait de parfois violer quelque peu les procédures adaptées au temps de paix. Le Casabianca finit ainsi par embarquer, afin de les débarquer en Corse, mi-septembre 1943, 109 hommes du Bataillon de choc (pour 106 prévus par L'Herminier) ... et leur barda. L'équipage était certes réduit aux deux tiers, la navigation s'est certes faite en surface, mais cela faisait tout de même 170 hommes à bord d'un sous-marin "classique" de 1500 tonnes, dans une atmosphère étouffante.

Le Casabianca, lancé en 1935, a été désarmé en 1952. J'avais vu la reproduction de son kiosque à Bastia lors de notre voyage en Corse en 2018. Et j'inscris le livre le concernant pour le challenge "2023 sera classique" co-organisé par Nathalie et Blandine.

*****

Ma motivation pour faire paraître ce billet aujourd'hui précisément est double. D'un côté, je le conçois comme un hommage sincère aux hommes des "bateaux noirs" qui, en ces temps où la menace de guerre (que nous -les civils- avions oubliée après des décennies de paix en Europe) se réchauffe et se rapproche de plus en plus, nous protègent au jour le jour, à l'insu de notre plein gré, mais de manière à se faire craindre de nos ennemis potentiels (et avec bien d'autres hommes et femmes "engagés"). "Et  en même temps", l'affirmation que, non, en ce jour, je n'irai pas assister au défilé, pas plus que je ne vais assister aux commémorations des guerres passées, mais je reste dans mon lit douillet: la musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas... comme chantait Brassens.

20 mars 2024

Chroniques martiennes (série TV) - Michael Anderson & Richard Matheson (d'après Ray Bradbury)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remercie le même collègue qui m'avait créé le logo de ce "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2e édition", pour m'avoir aussi fait connaître le DVD de la série TV tirée des Chroniques martiennes de Ray Bradbury, par lequel j'entame mes propres contributions à ce challenge réitéré. 

Cette série en trois épisodes date de 1979-1980, du vivant de Ray Bradbury donc, et avant même la parution de l'édition ré-actualisée (avec recul des dates) des Chroniques martiennes (le livre). Je l'ai regardée avec intérêt. J'ai trouvé par moment le traitement de son "univers" quelque peu "kitsch" et proche de celui de la célèbre série TV Star Trek, mais la série lorgne aussi (à mon avis), par moment, vers Les envahisseurs. Le "livret" qui accompagne le DVD ne parle que du recueil de nouvelles et non de l'histoire de son adaptation à la télévision. 

 

Les trois épisodes, qui durent une heure et demi chacun, condensent (ou font appel à) plusieurs nouvelles du recueil à chaque fois, et sont articulés autour du personnage qui ouvre et clôt le livre (mais que l'on n'y retrouve que dans deux ou trois nouvelles au total), qui apparaît ici à la fois comme témoin et "acteur", le colonel Wilder. C'est Rock Hudson qui incarne ce militaire que l'on apprécie pour l'humanisme (l'humanité?) dont il fait preuve. 

 

L'introduction du premier épisode (titré Les expéditions) est astucieuse (1976 est déjà passé, à l'époque du tournage de cette série...). L'action commence véritablement en "janvier 1999" (comme dans l'édition de 1954 des Chroniques de Bradbury) avec des images d'un décollage de fusée plus authentiques que celles des films de James Bond. Bon, je n'en dirais pas autant des rendez-vous orbitaux. On peut apprécier à sa juste valeur le mélange de réalisme, et d'irréalisme, avec des opérations spatiales traitées sous forme quasi-poétique (durée du voyage vers Mars non précisé, communications radio qui semblent instantanées...). Les Martiens "dans leur état de nature" sont longilignes, chauves et évanescents. Ils ont des yeux impressionnants, et le même genre de relations de couple que les terriens. Et le sort de la première expédition est scellé à la 28e minute, cependant que le colonel Wilder et la salle de contrôle sur terre s'époumonent comme à la fin d'Objectif lune... Autre touche de réalisme "à l'américaine", entre deux expéditions, les dialogues entre officiers généraux, supérieurs ou subalternes sur le bien-fondé de leur mission (coloniser Mars)... Bref, nous sommes maintenant en avril 2000, et c'est au tour de la "deuxième" expédition de se poser... pour connaître la destinée de la troisième (dans le recueil de nouvelles), astucieusement traitée. A cette occasion, un Martien prend la parole, revendique la télépathie des siens et expose leur point de vue. Sans transition, nous sommes sur terre, à la veille de la troisième expédition (de la série), qui sera commandée par Wilder cette fois-ci. Lui et sa femme donnent d'ailleurs une soirée (on pense au "milieu" des astronautes américains d'Apollo, dont les familles se fréquentaient entre elles). En juin 2001, l'odyssée de la quatrième expédition (dans le livre) est donc transposée à cette expédition définitivement "victorieuse". Jeff Spender revient d'une exploration en autogyre et annonce "cette planète est morte, désormais" (varicelle, une maladie qui ne tue personne, sur terre). Même si quelques Martiens ont pu survivre en s'enfuyant dans les montagnes, leur civilisation qui avait évoluée durant un million d'années est anéantie. Et la lune luit toujours (selon le titre de la nouvelle originale, publiée en 1948). "Les Terriens sont doués pour détruire les choses"... Une ville martienne, même inhabitée, est impressionnante (très minérale). Spender (joué par Bernie Casey) prend parti contre les colonisateurs, jusqu'à la mort... au prix d'un petit western, et de débats philosophiques. 

 

Le deuxième épisode est titré (en version française) Les colons. Nous sommes en février 2004, trois ans après l'expédition Wilder, c'est l'envol de la colonisation de masse en direction de Mars. Une voix off nous annonce que le colonel Wilder a été nommé coordinateur de la planète, pour sauver ce qui peut l'être de l'antique civilisation martienne face à l'avancée inexorable des humains, quelques mots condensent aussi une nouvelle (qui traite du renommage des lieux). Chacun des colons a sa propre motivation. En fait, cet épisode "entrecroise" plusieurs nouvelles, au lieu de les faire se succéder. Septembre 2006: un couple accueille sur Mars leur fils disparu sur Terre... mais ils ne sont pas les seuls à l'espérer. Dans le même temps, des missionnaires arrivent sur la planète, dont le Père Peregrine (Fritz Weaver), en quête de Dieu lui-même. Lui et son acolyte Stone ("Pierre"!) sont accueillis chez la famille Wilder, qui remarque que leurs 12 (!) communautés ont grand besoin de guides spirituels (c'est ici la nouvelle "Les ballons de feu" qui va être développée). Cet aspect "mysticisme-religieux", les tourments existentiels du Père Peregrine et leur traitement sont peut-être plus "corrosifs" pour la mentalité américaine que pour un mécréant comme moi. Les "anciens" qu'il rencontre (âmes? anges?) sont sans doute plus sages que lui - pour autant que son "dialogue" avec eux ne soit pas le seul produit de son imagination. Dans le même temps, on apprend incidemment, lors d'une visioconférence avec le général qui est le supérieur de Wilder sur terre, que la situation s'y aggrave, au point que les candidats à l'exil martien sont de plus en plus nombreux. Nous revenons ensuite chez le couple qui fête le retour de l'enfant prodigue. La mère ne saura malheureusement pas écouter celui-ci qui lui dit qu'il n'a pas envie d'aller en ville (lieu de perdition, comme chacun sait)... Celui qui a toutes les apparences de leur fils ne veut pas s'y faire "attraper"... Il s'y évapore pourtant très vite, cependant que le Père Peregrine rencontre le Christ dans son église (mieux que Don Camillo! - ou que l'oeuvre originale de Bradbury, pauvre Martien martyr!). L'aventure s'achève par un drame provoqué par la foule, sous les yeux de Wilder. Pendant ce temps-là, la guerre est prête à éclater sur terre. Les colons vont être évacués de Mars... au plus mauvais moment, pour certains (nouvelle "La morte saison"). On assiste à une sorte de course de chars à voile, assez onirique (et la musique est dans le ton). Puis la terre s'illumine... 

 

Dans le troisième et dernier épisode (Les Martiens), fin 2006, "la terre est morte" dès le prologue. Wilder y fait un passage à la recherche de son frère, avec ce qui m'a paru des citations de Docteur Folamour comme du Prisonnier... Ensuite, le scénario s'appuie sur plusieurs des nouvelles les plus connues (j'ai été amusé de voir qu'il s'agissait de celles adaptées en BD). Dans "Les villes muettes", Dan Driscoll, qui pensait être seul sur Mars (depuis combien d'années?), entend le téléphone sonner dans une ville humaine désertée... ce qui l'amène à se lancer dans un long voyage en autogyre. Dans le même temps, alors que nous sommes dans "Les longues années", Peter Hathaway scrute le ciel. Il aperçoit une fusée dans le ciel étoilé, et entreprend de lui faire signe (La guerre des étoiles est passée par là!), en vain. De son côté, arrivé à destination, Driscoll a les yeux qui brillent autant que ceux d'un Martien. Puis il déchantera, jurant, mais un peu tard, que Geneviève Selsor ne l'y prendrait plus. Cependant, la fusée revient se poser à proximité de la maison d'Hathaway, à la grande joie de celui-ci. Wilder et le Père Stone en descendent. Mais quand ils font connaissance de la femme et de la fille d'Hathaway, quelque chose cloche... Mais tout est bien qui finit bien: Driscoll arrive! Nous sommes maintenant en mars 2007, et on revoit la belle "camionnette martienne" utilisée par Wilder dans les épisodes précédents. Il va enfin réussir à parler à un "véritable" Martien (comme dans la nouvelle "Rencontre nocturne"). Celui-ci lui donne une leçon de philosophie de vie, en lui parlant de sa propre planète, qu'il appelle non pas Mars, mais Tir... Finalement, Wilder emmène sa propre petite famille (femme et enfants) en pique-nique sur le canal (nouvelle "Pique-nique dans un million d'années"). A cette occasion, il entame un feu de joie en brûlant des paperasses inutiles (renvoyant ainsi dos à dos Le Capital et - il faut être très vigilant! - La richesse des Nations [d'Adam Smith]) et enfin "ses" (ou plutôt son) vaisseau(x).

 

Le troisième DVD contient un "bonus" de 28 minutes fort instructif. J'ai globalement bien apprécié ces visionnages. 

De son côté, Rock07 s'était montré très critique, en 2015, sur cette série (édition DVD précédente).

3 mars 2024

Les nuits de la peur bleue - Eric Fouassier / Le loup des ardents - Noémie Adenis

Voici deux romans "historiques" qui se lisent agréablement et très vite.

Je commence par le troisième tome de la série Le bureau des affaires occultes sous-titré "Les nuits de la peur bleue" d'Eric Fouassier (Edition Albin Michel, 373 pages), dans lequel on retrouve l'inspecteur Valentin Verne et la femme dont il est épris, Aglaé Marceau, une ancienne actrice qui est devenue policière auprès de Valentin. Ils forment désormais une équipe avec un dénommé L'entourloupe, escroc repenti, et Tafik, ancien mamelouk des armées napoléoniennes, au sein du bureau des affaires occultes. Ils sont sous les ordres de Vidocq, le nouveau chef de la brigade de sûreté. L'histoire se passe en 1832. Louis Philippe, premier roi des Français est au pouvoir et le choléra (la mort bleue) commence à faire des ravages à Paris. C'est dans ce contexte que des hommes sont retrouvés morts du choléra mais surtout mutilés d'un organe: foie, poumon, rein. D'autres hommes, des scientifiques, vont être enlevés puis retrouvés morts, victimes du choléra et de la peste pulmonaire. Valentin suit des pistes qui ne sont pas les bonnes. Le mobile du ou des meurtriers ne nous sera révélé qu'à la toute fin. L'histoire est très bien menée. Un bon moment de lecture...

... Tout comme Le loup des ardents de Noémie Adenis (coll. La bête noire, Robert Laffont, 293 pages) qui nous ramène plus loin dans le temps, en 1561 (sous Charles IX) en Sologne à Ardeloup (village qui existait encore au XVIIème siècle mais qui est aujourd'hui disparu). On fait la connaissance de quelques-uns des 45 habitants du village solognot dont Guy le laboureur, sa femme Antoinette, leurs trois enfants, et Loïse, une petite fille de 10 ans que la famille a recueillie mais qui n'est pas aimée. Telle Cosette, elle est la laissée-pour-compte de la famille (on apprendra pourquoi par la suite). Il y a aussi Jehan, le couvreur et trésorier de la paroisse, Silvain le charretier, Gaston le boulanger, Léon le pêcheur et Eudes le potier. Peu de temps après l'arrivée d'un médecin, Aymar de Noilat, dans le village, un mal étrange se met à frapper les habitants, d'abord Sylvain et puis d'autres. Soit ils se mettent à avoir des hallucinations, soit ils se plaignent d'avoir les jambes qui brûlent alors que leurs membres sont glacés. Il fait très froid, il neige, il y a de la brume. Les habitants, sans être dans la misère, se restreignent pour la nourriture. Les terres ne sont pas bonnes pour les récoltes. Au fil des pages, on nous décrit l'évolution de la maladie, en particulier l'apparition de la gangrène aux membres inférieurs. ll s'agit du mal des ardents ou ergotisme. Je vous laisse chercher dans Wi**pe**a. A l'époque, on ne savait pas ce que c'était et on accusait (à tort) des sorcières de cette maladie et de tant d'autres choses. Il n'y a pas vraiment d'enquête mais un récit à propos d'une vengeance qui a attendu sept ans avant de se réaliser.

 

25 février 2024

La ferme des Bertrand - Gilles Perret

Mon ami Ta d loi du cine m'a emmenée voir La ferme des Bertrand de Gilles Perret le 10 février dernier et je l'en remercie. A l'heure où le monde paysan est en émoi et revendique à juste raison, le film montre une certaine réalité sur le monde paysan depuis 50 ans. C’est un film documentaire sur la transmission de génération en génération. La ferme s'est concentrée sur l'élevage d'une centaine de vaches laitières. Elle se situe en Haute-Savoie et le lait sert à la fabrication du reblochon.

Ta d loi du cine: j'ai retenu que la filière de valorisation du lait s'est organisée après la guerre (AOC Roblochon en 1958), sous forme de coopérative qui achète le lait et le transforme (avec des statuts faisant qu'aucun acteur de la filière ne puisse à lui seul peser trop lourd aujourd'hui). 

Il y cinq générations: le grand-père, trois de ses fils (André, Joseph et Jean), leur neveu Patrick (et sa femme Hélène qui en 2022, va partir à la retraite), les trois enfants du couple (seul le fils, Marc, travaille à la ferme avec le gendre, Alex) et les petits-enfants. Pour illustrer ces diverses époques, il y a trois films en un. Les images sont en format carré ou format rectangulaire selon que le tournage date de 2022, 1997 (le premier documentaire du réalisateur qui est voisin des Bertrand) ou 1972 (des extraits d’un film réalisé par Marcel Trillat). Les intervenants principaux sont donc, en 1972 et 1997, les trois oncles, des frères restés célibataires. Deux des oncles connaissaient le prénom de chaque vache (presque une centaine). Le troisième qui a fait la guerre d’Algérie pendant son service militaire réparait les clôtures et faisait d’autres travaux (réparations mécaniques...).

Ta d loi du cine: d'une ferme familiale, les trois frères, par leur travail acharné, ont développé leur exploitation agricole. Dans le reportage de 1972, on les voir construire de leurs mains, cassant des cailloux comme des forçats, une grande étable neuve. Ils ont pu récupérer les terres d'autres fermiers qui, eux, partaient à la retraite sans reprise familiale derrière eux. 

Même s'ils ne se plaignent pas, André, celui qui parle le plus, révèle que leur vie (celle des trois oncles) a été difficile. Les trois frères ont les souvenirs de l'Occupation et de la vie en autarcie, quand leur fratrie (ils étaient sept enfants) vivait de rien. Dans tout le film, il est peu question du côté financier ou des relations avec les industriels comme Lactalis. On ne parle pas de chiffre. Ils ne se payent pas vraiment de salaire mais ils vivent correctement sans faire de folie. L’argent qu’ils gagnent sert à investir (dans la terre ou dans l'outillage indispensable). À l'époque, le travail était harassant: les vieillards ont les épaules et les mains abimées. André, l’oncle survivant est tout courbé, les deux autres sont morts relativement jeunes.

Ta d loi du cine: c'est touchant de voir comme la jeune génération prend soin de mettre des copeaux sur la pente enneigée qui conduit à l'étable pour qu'il puisse, ensuite, grimper tout seul (sans qu'on ait à lui tenir le bras) mais sans risque. Le côté financier est abordé sous l'angle de la valeur du "patrimoine foncier" accumulé et conservé au fil des décennies, malgré les pressions financières liées à la spéculation sur ces terres aujourd'hui agricoles en Haute-Savoie.

Il considère que ce n’est pas un travail pour les femmes même s’ils ont bien accepté que la femme de Patrick les aide pour les veaux. En 2022, il est question de traite avec des robots mais Hélène continue le nourrissage des veaux au biberon avec le lait de leur mère. On garde les génisses mais les veaux partent pour l’abattoir. Dans la partie filmée en 2022, André, l’un de trois oncles, le seul survivant, n’aime pas regarder en arrière. Désormais, il s’occupe de ses poules, et il admire la nouvelle génération. Ils ont repris à leur compte le fait de ne pas abîmer le paysage. 

Ta d loi du cine: j'ai noté la reprise de gestes similaires, d'une génération à l'autre, mais avec des outils différents: le "fauchage-débroussaillage" autour des pieds des arbres au milieu des pâturages, à la faux pour les premières générations, avec une débroussailleuse à fil ensuite. Mais on retrouve le même geste de l'outil porté par-dessus l'épaule pendant la marche. Ou bien, le foin fané au râteau et à la fourche d'abord, de manière mécanisée ensuite. 

L’entretien des pâturages avec le tracteur est aussi important que la traite des vaches. On ne voit pas les femmes de la famille, elles doivent travailler ailleurs. On voit un peu la ferme sous la neige avec les vaches mais surtout au printemps et en été. Pendant l’hiver (plus de 4 mois), les bêtes sont confinées dans un immense hangar. À certaines périodes, il faut se lever à 5h du matin. A l’heure actuelle, les fermiers peuvent s'accorder une semaine de vacances dans l’année maximum. Dommage que l’on ne voit pas assez les filles du neveu (mort à 50 ans) même si elles interviennent deux fois, en 1997 et 25 ans plus tard. En tout cas, la 5ème génération fera ce qu’elle veut: continuer ou arrêter. 

Ta d loi du cine: j'aimerais vraiment qu'il y ait un quatrième volet, en 2047. Je ne suis pas certain d'être encore là pour le voir... Parmi les critères pour le maintien de l'intérêt pour ce métier, il y aura sans doute l'assurance d'un revenu décent, et la possibilité de passer à une vie avec moins de contraintes (et davantage de congés possibles qu'une seule semaine par an?). 

D'autres billets sur le film: Pascale, Henri Golant, Chris, ou Wilyrah (chez qui, depuis bien longtemps, on ne peut plus mettre de commentaires). Et sinon, le lien à propos du film avec en particulier le dossier de presse. 

Et voici le logo de l'activité chez Ingannmic sur le monde ouvrier et les mondes du travail
(lire, mais aussi voir, donc):
 
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