Ken Follett, Un monde sans fin, Robert Laffont, 2008 (EO 2007), 1286 pages
Dans la saga de Ken Follett que j'ai parfois vu nommer "Kingsbridge", ce volume, le deuxième à avoir été publié sur un total de cinq à ce jour, occupe chronologiquement la troisième place.
L'histoire s'y déroule sur plus d'un tiers de siècle (de 1327 à 1361), et l'on y retrouve le même schéma que dans le premier tome publié (Les piliers de la terre): des enfants de classes sociales différentes, que l'on voit évoluer, interagir (en positif ou en négatif), dans la ville (fictive) de Kingsbridge, son prieuré (auquel est désormais rattaché un couvent de nonnes), et dans le cadre de la plus grande Histoire de l'Angleterre et de l'Europe (France, Italie...). Quand débute la première partie du livre, le 1er novembre 1327, Gwenda est fille de paysan sans terre (son père est un voleur à qui l'on a coupé la main), Caris est une fillette de la bourgeoisie marchande, les frères Merthin et Ralph sont fils d'un couple noble mais ruiné... et ils assistent tous les quatre à une scène mystérieuse dont l'explication sera donnée dans les toutes dernières pages!
Au fil des parties (8-14 juin 1337, juin-décembre 1337, juin 1338-mai 1339, mars 1346-décembre 1348, janvier 1349- janvier 1351, mars-novembre 1361) et des nombreux chapitres (dommage qu'il manque une table des matières!), nous assistons à des conflits de pouvoirs pour des contrats de construction ou de réparation (pont, tour de la cathédrale, prieuré, hospice, ...), pour des postes (prieur, présidence de la guilde de la ville, direction de l'hospice...), pour des titres (comté, en l'absence d'héritier mâle)... dans une période troublée par les débuts de la Guerre de 100 ans pour le trône de France et l'arrivée de la peste en Occident (que la médecine traditionnelle héritée de l'Antiquité ne sait pas soigner).
Le talent de l'auteur est de nous exposer les ressorts psychologiques et "raisons personnelles" qui poussent ses personnages à agir de telles ou telles manières, que ne comprennent pas toujours les autres protagonistes. Parfois les rapports de force amenant à telle ou telle décision sont absolument logiques et incontestables, d'autres fois, certains individus (pas forcément les plus sympathiques, bien entendu!) se laissent guider par des ressentiments liés à ce qui est arrivé des années plus tôt, jusqu'à agir au contraire de leur intérêt bien pesé.
Sans "faire du Zola", Ken Follett nous amène pose des questionnements sur l'hérédité, sur les places de l'inné et de l'acquis. il y a dans ce volume (comme dans le précédent) un certain nombre d'enfants naturels, de bâtards cachés, d'enfants élevés par un beau-parent. Autant les traits de visage et de caractères découlent de l'ascendance, autant les attitudes corporelles semblent dépendre par imitation et imprégnation de la famille où l'enfant a été élevé. Le roman s'achève pratiquement sur un parricide. Entretemps, de nombreuses morts plus ou moins soudaines ou violentes l'auront émaillé. Mais la vie continue... Caris et Merthin finiront par pouvoir sans obstacles filer le parfait amour!
Si plusieurs participants des éditions successives du Pavé de l'été chez Brize avaient chroniqué Les piliers de la terre, aucun sauf erreur de ma part ne s'était attaqué à ce tome-ci, déjà choisi en revanche comme Epais par Enna en 2025.
Pour ma part, je pense que je vais continuer à dévorer cette saga, dont les cinq tomes parus (à ce jour) peuvent se lire indépendamment. Si ce n'est pas pour les Epais de l'été 2025, ce sera pour les Epais de l'été 2026!
En quittant Vaison-la-Romaine, on s'est dirigé vers le Pont du Gard. Je suis allée directement vers la rive droite du pont où se trouve le musée et l'entrée principale. En 2019, lors de ma première visite, je n'avais pu aller que sur la rive gauche du pont. La rive droite était neutralisée à cause de la visite d'un ministre. J'avoue qu'il y a 6 ans, j'avais été éblouie par ma première vision de ce pont, tandis que cette fois-ci, j'ai été presque déçue avec toute la végétation qui le dissimule en partie quand on s'approche. Sur la rive gauche, on le voit mieux. Et par rapport à ma première visite, il y avait beaucoup de monde. Toujours est-il que j'ai enfin fait la visite du canal tout en haut du pont où passait l'eau qui provenait d'une source près Uzès et qui parcourait 50 km jusqu'à un Château d'Eau à Nîmes. L'eau alimentait la ville de Nîmes, en particulier les thermes. Je rappelle que le pont du Gard est une partie d'un aqueduc romain construit sous Neron ou Claude et que la construction de ce monument a duré cinq ans.
Cette carte est une citation extraite (p.3) d'une brochure Le pont du Gard, Editions Ajax (2004), que nous nous sommes procurés dans une librairie d'Uzès.
Dans le canal que l'on a parcouru sur une longueur de plusieurs centaines de mètres à la queue-leu-leu sans s'arrêter, on a pu voir les dépôts de calcaire vieux de presque 2000 ans.
L'aqueduc est resté opérationnel pendant presque 500 ans.
A Uzès qui se situe à 12 km du pont, nous avons séjourné plus d'une journée et on a pu parcourir cette petite ville sympathique qualifiée de "premier duché de France" depuis Charles IX qui l'avait attribué à Antoine de Crussol (un protestant), 1er Duc D'Uzès en 1565. Quelques photos de cette ville.
Cathédrale Saint-Theodorit
Place aux herbes
Le château des ducs d'Uzès qui est en partie privé
Mon ami Ta d loi du cine a monté (sans échauffement) les 135 marches de la tour rectangulaire. Il a mis trois jours pour s'en remettre. Il avait mal au niveau des muscles des cuisses. Moi, je n'ai même pas essayé.
Avec Le luth d'ébène de Panagiotis Agapitos (Editions Anacharsis, collection Griffe fiction, 414 pages), je me suis retrouvée en mai 832 à Césarée en Cappadoce où j'ai fait la connaissance de Léon le protospathaire (premier porte-glaive). Le roman a été publié en 2013 et l'édition de poche est de 2025. L'ouvrage débute avec une carte des régions orientales de l'empire byzantin au IXème siècle puis on a une longue liste des personnages du roman. Le roman lui-même est suivi d'une postface de l'écrivain (un historien spécialiste du monde et de la littérature byzantine) et enfin un glossaire très utile auquel je me suis souvent reportée.
Je dis tout de suite que le roman m'a plu malgré les nombreux personnages et surtout leur titre et fonction dont je n'étais pas familière. A la demande de l'Empereur de Byzance Théophile, Léon a été envoyé en mission comme ambassadeur près du calife de Bagdad pour négocier la paix. Il fait une halte de quelques jours à Césarée de Cappadoce (aujourd'hui Kaysari en Turquie) où le désordre règne et surtout où un drame affreux vient de se produire, le corps d'Euphrossini, la fille du juge, est retrouvé. Elle a été violentée et étranglée. Le stratège Nikiphoros Anthrakas (un officier supérieur, membre du sénat et gouverneur de Césarée) demande à Léon de mener l'enquête. Léon est un homme surprenant qui n'hésite pas à se déguiser. C'est lui qui joue du luth. J'ai trouvé ce roman dépaysant et l'enquête bien menée. Un roman que je recommande. C'est le premier volume d'une trilogie.
La découverte d’un vieux "Bibliothèque verte" il y a quelque temps m’avait (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) donné l’idée d’une nouvelle contribution au challenge Book trip en mer chez Fanja, basée sur Jules Verne. J’ai donc pioché dans ma pochothèque les titres qui me paraissaient adéquats. Alors bien sûr, je ne vais pas prétendre avoir relu ces plus de huit mille cinq cents pages (œuvre de trop longue haleine). Par contre, j'ai parcouru tous ces volumes, pour me remettre en mémoire les « morceaux de bravoure », mais aussi et surtout (re)trouver les noms des navires dont il y est question. Et comme ils sont nombreux, j’annonce dès à présent qu’un seul billet n’y suffira pas : j’amorce aujourd’hui une série !
Comme l'énonce une réédition "Le livre de poche" plus récente (couverture de couleur rouge), ces éditions étaient publiés "avec les illustrations originales de la collection Hetzel". J'ajoute que j'ai eu l'occasion de feuilleter, en librairie, d'autres éditions en format de poche (Folio classique et Pocket classique). Vu que celles-ci sont plus hautes d'un bon centimètre, elles ont le plus souvent fait le choix de publier les illustrations en format légèrement plus petit, de manière à pouvoir mettre plusieurs lignes de texte (tandis que les illustrations de "mon" édition ou du Livre de poche "rouge" sont "pleine page"). Bien évidemment, tous ces titres rentrent dans le challenge 2024 sera classique aussi de Nathalie.
Face au drapeau (264 pages). J’ai déjà dit quelques mots ailleurs concernant ce premier titre. L’action commence en juin 189…, et le premier navire concerné y apparaît à la septième ligne: la goélette Ebba, propriété du comte d’Artigas – pour ce qui est de ce que l'on voit à la surface. Quand le croiseur Falcon envoie une embarcation inspecter l’Ebba, elle n’y trouve pas l’ingénieur Roch ni son gardien Grayson, dont nous savons pourtant qu’ils ont été enlevés sur l’ordre du comte. Mais sous la surface, se dissimule le « tug », un sous-marin qui remorque la goélette et permet d’accéder à la base secrète des pirates commandés par Ker Karraje (située dans les Bermudes), via un tunnel sous-marin. James Bond n’a rien inventé… ! Un sous-marin anglais, le Sword, plus petit et moins puissant que le « tug », sera coulé par celui-ci au cours d’une tentative de délivrer les prisonniers. Un premier navire de guerre, détruit par l’inventeur du fulgurateur, reste anonyme. Le navire suivant qui part à l’attaque, le Tonnant français, ne subira pas le même sort. Mon exemplaire imprimé en 1976 m’a été offert en 1978.
20 000 lieues sous les mers (616 pages [publié en feuilleton en 1869-70, en grande édition illustrée fin 1871]) est le plus connu des romans de Jules Verne mettant en scène des sous-marins (le Nautilus est aussi le plus célèbre), mais ce n'est pas le seul. Outre ceux cités ci-dessus, il y a aussi l'engin qui apparaît dans Maître du monde (mais on ne le voit naviguer que sur le lac Erié). Et dans le présent titre, outre le Nautilus, il est aussi question de navires de surface: en 1866, plusieurs bateaux font une rencontre "avec "une chose énorme", un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu'une baleine" (p.2): le Governor Higginson, le Cristobal Colon, le Shannon, l'Helvetia, le Pereire, l'Etna, la Normandie, le Lord Clyde, le Moravia, qui érafle sa quille sur un obstacle inconnu, le Scotia, dont la coque est perforée... A bord de l'Abraham Lincoln, le professeur Aronnax (du Museum de Paris), son domestique Conseil et le harponneur Ned Land partent à la "chasse au narval géant". Et ils abordent le monstre...
Le "journal du passager.-R. Kazallon" qui forme le texte du roman d'aventures maritimes Le Chancellor commence par ces mots: "Charleston - 27 septembre 1869. Nous quittons le quai...". Le Chancellor, beau trois-mâts carré de 900 tonneaux, a alors deux ans, et retourne en Angleterre. Le 27 janvier 1870, des 32 personnes embarquées à Charleston, il n'en reste plus que 11 (cinq passagers et six marins) à toucher, en radeau, la terre d'Amérique vers l'embouchure de l'Amazone: incendie à bord, étape sur un îlot en pleine mer, naufrage, famine, peu de calamités leur auront été épargnées... Le livre (237 pages dans mon édition) est paru en 1874.
Une ville flottante, c'est ainsi que peut être qualifié le Great Eastern, un navire ayant réellement existé, à son époque le plus grand paquebot du monde (jusqu'en 1899, aucun bateau n'a été plus long, voir wikipedia consulté le 14/07/2024), qui pouvait embarquer 4000 personnes et faire d'une traite (sans ravitaillement en charbon) la traversée transatlantique. Jules Verne a lui-même effectué une traversée en avril 1867, accompagné de son frère Paul, à bord de ce "monstre" de 211 m de long, 25 m de large et 18 m de haut. L'intrigue sentimentale qui court à travers le roman est narrée à la première personne par un "témoin anonyme", dont le récit débute le 18 mars 1867. Le roman est paru en feuilleton en 1870, et en volume en 1871. Mon édition compte 171 pages.
Les enfants du capitaine Grant est sous-titré "Voyage autour du monde". Le 26 juillet 1864, le yacht Duncan appartenant à Lord Glenarvan, pair écossais (et possesseur d'une fortune immense), pêche un requin-marteau au large de Glasgow. Dans son estomac, une bouteille. Dans la bouteille, trois documents peu lisibles, en anglais, allemand et français: l'appel à l'aide de naufragés, quelque part sur le 37e parallèle (la longitude manque dans le message). Après la visite des "enfants du capitaine Grant" qui commandait le navire perdu (le Britannia), Lord Glenarvan, sa femme Lady Helena, son cousin MacNab, le géographe Paganel et tout un vaillant équipage s'embarquent donc à bord du Duncan pour chercher les naufragés quelque part le long de la latitude indiquée! Mon édition comporte deux tomes (dont la numérotation se suit! Le premier se termine p.441, le second commence p.449 et se termine p.871). Après bien des péripéties y compris terrestres (en ligne droite à travers la Patagonie, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande...), le capitaine sera sauvé, de manière inattendue, le 8 mars 1865. Le feuilleton, lui, a été publié de décembre 1865 à décembre 1867, et l'édition en volumes est parue en 1868.
Dans Le tour du monde en 80 jours (331 pages), bien des moyens de transport sont utilisés, du traineau à l'éléphant en passant par le chemin de fer. Mais plusieurs navires aussi. Si l'itinéraire initial prévoit des "paquebots", ce ne sera pas toujours le cas. Phileas Fogg, qui a parié pouvoir revenir à son Club, tour du monde effectué, le samedi 21 décembre 1872, quitte l'Angleterre par le Mongolia, mercredi 2 octobre 1872 (le feuilleton de Jules Verne a été publié en partie "en temps réel", du 6 novembre au 22 décembre de cette même année 1872!). Puis l'Inde par le Rangoon jusqu'à Hong-Kong, où il devrait "sauter mathématiquement" dans le Carnatic, direction Yokohama. Mais, suite à quelques imprévus, il ralliera Shangaï à bord de la Tankadère, pour prendre le Général-Grant jusqu'à San Francisco. Je relève avec intérêt que le trajet de San Francisco à New-York est donné pour 7 jours (Phileas Fogg n'est pas un magnat des chemins de fer). Arrivé à New-York, il a raté le China (paquebot de la "Cunard"), mais monte à bord de l'Henrietta, "steamer à coque de fer, dont tous les hauts étaient en bois" (p.291), destination Bordeaux. L'Henrietta devient sujet et objet d'une des plus magnifiques "course contre la montre" que mène (davantage qu'il y est mené) Philéas Fogg. En fin de compte, c'est à Liverpool que ce dernier navire le conduira...
L'île mystérieuse: encore une histoire en deux volumes pour ce qui concerne mon édition (elle se termine p.865 pour le second après y avoir repris p.449, le premier tome s'achevant, lui, p.442). Dans ce célèbre roman paru en 1875 et dont l'action débute durant la guerre de Sécession (en mars 1865), c'est en ballon que six "naufragés des airs" abordent leur île. Chef-d'oeuvre de la robinsonnade et l'un de mes Jules Verne préférés, ce titre qui me fascinait dans ma jeunesse montre des personnages industrieux capables de recréer la plupart de ce dont ils ont besoin à partir des matières premières à leur disposition: poterie, travail des métaux, verrerie, moulin à eau pour divers usages, charpente... (et même de la nitroglycérine). Lorsque le roman s'achève, trois navires en parfait état de navigation y ont pourtant coulé (notamment les Bonaventure et Speedy), et c'est en cours d'achèvement que le second construit par les colons est détruit (Bonaventure II), sans avoir jamais navigué... mais ils sont sauvés par un cinquième et dernier bateau. Alors, bien sûr, ce grand ouvrage comprend des coups de théâtre et des incohérences. S'il écrivait aujourd'hui, Jules Verne aurait certainement su résoudre quelques paradoxes temporels trop évidents autrement que par une ou deux simples pirouettes.
Comme je les ai lus et relus, l'un des tomes figure parmi mes exemplaires les plus mal en point (reliure décollée, pages qui se détachent...), cependant que j'ai déjà carrément remplacé l'autre, tout en conservant "l'historique" de ma première acquisition.
C'est seulement à l'occasion de cette (re)lecture 2024 que j'ai pris conscience de la source qui avait pu inspirer Jules Verne: un récit, Les naufragés des Auckland, de François-Edouard Raynal, qu'il cite d'ailleurs (cf. chap.VI, p.62). Je tâcherai de le lire avant le mois de novembre.
Un capitaine de quinze ans m'avait été offert pour mon seizième anniversaire... largement plus d'un siècle après les aventures relatées dans ce volume de 526 pages, qui commencent le 2 février 1873. Le brick-goélette Pilgrim (400 tonneaux), armé pour la grande pêche (à la baleine), avait quitté San Francisco avec un équipage réduit, en attendant de le compléter en Nouvelle-Zélande pour la campagne baleinière proprement dite, la saison précédente. Quand l'histoire commence, il a entamé la traversée de retour (prévue pour 40 à 50 jours de navigation), avec la femme de l'armateur, son enfant, son cousin et sa servante. Le navire commence par recueillir cinq passagers sur l'épave du Waldeck, un voilier victime d'une collision avec un "steamer". Puis le capitaine et les quatre matelots succombent à l'envie de chasser une baleine à bosse, malheureusement accompagnée de son baleineau. Leur baleinière n'en revient pas. D'où l'avancement-éclair de Dick Sand, qui passe de "novice" (apprenti marin) à capitaine, puisqu'il reste le seul marin "professionnel" à bord du Pilgrim. Le 6 avril, le navire s'échoue sur une côte inconnue (p.174)... Le reste des aventures se déroulera essentiellement à terre. Ce titre a été publié (en feuilleton puis en volume) en 1878.
Ce qui amène un jeune équipage à passer Deux ans de vacances, c'est une tempête, dans la nuit du 9 mars 1860, qui emporte dans le Pacifique, depuis Auckland (Nouvelle-Zélande), le yacht Sloughi et ses jeunes passagers. Encore une robinsonnade: pas d'adultes pour aider nos collégiens à se tirer d'affaire sur l'île où le navire s'est échoué. En l'explorant, ils trouvent seulement le squelette d'un naufragé d'un navire nommé Duguay-Trouin, arrivé, lui, sur l'île en 1807... La petite colonie (tous des garçons, de 8 à 14 ans!) s'organise. Lorsque des adultes, eux-mêmes naufragés du Severn, abordent à leur tour l'île, la majorité sont des canailles qui en ont massacré le capitaine et son second. Alors qu'après quelques péripéties le couple survivant et nos 15 adolescents ont quitté leur île à bord de la chaloupe du Severn, ils sont recueillis par le steamer Grafton le 13 février 1862 pour un retour à Auckland le 25 février. Ce roman de 520 pages (dans mon édition) a été publié en 1888 (feuilleton puis volume).
Les aventures du capitaine Hatteras emmènent ce dernier jusqu'au pôle Nord. Le 5 avril 1860 (décidément!), le brick le Forward (170 tonneaux, muni d'une hélice et d'une machine à vapeur) appareille de Liverpool pour une destination inconnue, avec des vivres pour 5 ou 6 ans et du charbon pour sa machine. Il a été construit en huit mois sous la supervision du second, chargé par un mystérieux capitaine de recruter un équipage de 18 hommes. Personne ne sait qu'il est à bord avant la page 115. Naviguant vers le Nord, le navire est définitivement immobilisé par la glace le 15 septembre. Puis le scorbut s'en mêle, et le manque de charbon amène à brûler les éléments en bois... Un récit d'explorateur amène Hatteras à quitter son navire avec une petite équipe (ils sont quatre en tout) en traîneau à la recherche d'un gisement de charbon. Sur son chemin, il rencontrera le navire américain Purpoise (après avoir sauvé son capitaine, seul survivant), qui a réussi à aller plus loin vers le Nord. Revenant sur leurs pas sans charbon, ils apprennent que l'équipage du Forward l'a abandonné après l'avoir incendié... les ressources du Purpoise permettent à nos héros de survivre à leur hivernage. Le 15 juillet 1861, revenus sur le rivage de la Mer de Baffin après avoir atteint le pôle, les survivants de l'expédition sont recueillis à bord du Hans Christien, baleinier danois, qui les ramène dix jours plus tard au Danemark. L'ouvrage a été publié en feuilleton en 1864-65 (deux parties), et en volumes en 1866. Mon édition comporte 624 pages. Je pense qu'il s'agit d'un volume de la bibliothèque familiale que je m'étais approprié sans plus de façons lorsque j'étais gamin.
Je vais arrêter là cet article avec les dix premiers titres sur la photo pour aujourd'hui (Fanja, as-tu reçu mon mail?). J'ai tâché de les choisir en fonction de la place importante qu'y tiennent les navires (navigation formant le sujet ou tenant une place importante dans l'intrigue, bateau comme seul moyen d'atteindre un lieu important...). Mais il y aura donc bien au moins un autre article sur les oeuvres de Jules Verne, avec les dix derniers titres extraits de ma "pochothèque personnelle" photographiés ci-dessus. [cf. Utilisation de navires au cours d'aventures chez Jules Verne, publié le 29/07/2024]
J'ai (ta d loi d cine, "squatter" chez dasola) eu la chance de tomber, parmi des livres d'occasion, sur un titre que j'avais inscrit sur ma LAL grâce à Fattorius: un livre de science-fiction que l'on peut faire rentrer dans la catégorie des "classiques" (selon la définition de Nathalie pour son challenge 2024 sera classique aussi) puisqu'il date d'avant 1970, et qui peut aussi compter pour le 12e challenge de l'imaginaire (organisé par Tornade). Mais c'est seulement vers la fin de ma lecture que j'ai découvert qu'il pouvait aussi participer à mon challenge marsien!
Norman Spinrad, Les Solariens, bibliothèque Marabout Science fiction N°329, 1969
(paru aux Etats-Unis en 1966 en anglais), 240 pages.
Lorsque nous lisons comme ici de la SF datant d'il y a plusieurs décennies, nous avons la chance (je crois que c'est bien une chance) de pouvoir nous dire "Tiens, tel "successeur" connaissait-il ce bouquin, dont un de ses propres romans me paraît reprendre un élément-clé pour l'amener dans une tout autre direction?".
Cette édition porte en sous-titre "Pour sauver l'humanité, des êtres venus du soleil". Mais l'image apparaît trompeuse. Du moins, la couverture ne me "parle" guère. Alors, qu'avons-nous là?
Le bouquin commence en pleine bataille: la Onzième flotte (dans le camp des humains), commandée par l'officier supérieur Jay Palmer, s'apprête à affronter une flotte Duglaari dans le système Sylvanna. Quelques pages plus tard, notre commandant a réussi à sauver une partie de ses vaisseaux, mais le système est tombé aux mains de l'ennemi. Lors du débriefing, on comprend que, si doués soient-ils, tous les officiers et jusqu'aux généraux voire au commandant suprême côté humain sont "tenus en bride" alors que la stratégie humaine est décidée par ordinateur (une intelligence artificielle, mmmmh?), qui effectue systématiquement les meilleurs choix possibles en fonction des moyens disponibles. Depuis des siècles, les humains résistent ainsi au "grignotage", perdant vaisseau par vaisseau, système par système, dans une lutte retardatrice face aux Duglaari plus nombreux depuis le départ, avec l'espoir que, du "Système solaire" (à l'origine de l'expansion de l'humanité dans l'espace, il y a fort longtemps... mais qui s'est "retiré sous sa tente", comme Achille, il y a quelques siècles) arrive comme promis du renfort pour une victoire décisive. Le temps est justement venu. Mais on attend une armée invincible, et l'on voit juste venir se poser un vaisseau qui ne paye pas de mine d'où débarque un groupe humain. S'agit-il (ou non) de super-héros? Très vite est prise la décision d'envoyer une ambassade aux Duglaari. Tiens, si le commandant Jay Palmer prenait le titre d'ambassadeur des humains? Durant le voyage, chez les Duglaari, et encore par la suite, il va aller de surprises en surprises...
Les planètes de notre système solaire, dont Mars, y apparaissent vers la fin du livre (à partir de la page 196 ou environ?), à l'occasion de la "visite guidée" du système Sol. Et je ne vous en dirai pas davantage (lisez le livre!).
J'ajouterai juste (pour éclairer ce que je disais en introduction) que, pour ma part, Les solariens m'a fait songer à La stratégie Ender d'Orson Scott Carr (publié en 1985 mais prolongeant une de ses nouvelles datant de 1977). Mais je suis sûr qu'il y a bien d'autres références possibles (jusqu'à l'univers étendu de Star Wars - désormais hors du "canon").
Outre Fatorius déjà cité, le blog Les carnets dystopiques a aussi parlé du roman Les solariens. En regardant dans les archives des précédents challenges "Summer Star Wars", j'ai aussi déniché un vieux billet signé A.C. de Haenne.
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) jeté un oeil sur une édition "Pléiade" du cycle romanesque Les Rougon-Macquart d'Emile Zola, qui appartient par héritage à dasola (5 volumes), notamment sur la préface et les deux versions d'arbre généalogique (1878 et 1893). J'avoue que ma (re)lecture en cours des 20 titres s'effectue sur mes propres éditions "poche" acquises dans les années 1979-1980 (second cycle du secondaire puis classes prépas) (2).
Emile Zola, Les Rougon-Macquart, tome I, La Pléiade (copyright 1960, DL 1er trim. 1980): La fortune des Rougon / La curée / Le ventre de Paris / La conquête de Plassans / La faute de l'abbé Mouret (1720 pages)
Comme dit plus haut, j'ai opté pour une lecture "mixte": à la maison (chez dasola), j'ai découvert l'introduction et les commentaires d'Armand Lanoux dans le volume de la Pléiade; mais pour mes trajets quotidiens en métro, j'ai relu un par un mes vieux tomes en "poche". Et je dois signaler que c'est "un copain de trente ans" qui m'a donné l'idée (par l'exemple) de me plonger dans ces relectures: sachant que j'en possédais des éditions "poche", il me les a empruntées par lots de deux ou trois... mais je pense que je ne tarderai plus guère à le rattraper là où il a fait une pause! Pour ma part, cela m'a fait plaisir de me replonger dans ma vieille collection. C'est vrai que, si je me l'étais constituée moi-même au lieu de me la faire offrir tome par tome, j'aurais sans doute pris les 20 dans la même édition, la plus ancienne des deux représentées ici, celle avec les bandes horizontales de couleurs...
Pour nous qui connaissons les suites de l'histoire, Zola a clairement bien choisi son moment pour rédiger et faire publier ce premier roman des Rougon-Macquart, La fortune des Rougon. Quand il contacte un éditeur, sa série de romans sur une famille ne prévoit encore que dix titres, qui passeront vite à douze pour finir à vingt, plus de deux décennies plus tard. Pour le moment (1870), c'est dans le journal Le siècle que commence la parution en feuilleton de cet ouvrage, avant que la publication soit interrompue, fin juillet, par la guerre franco-prussienne (déclarée par la France de Napoléon III au roi de Prusse Guillaume Ier). Le roman avait sans doute été rédigé principalement dans le second semestre 1869 (entre juin et décembre). Il pose les bases de tout le reste du cycle.
Ce premier volume, construit en "analepses" (1) (comme je l'ai découvert chez DonaSwann), nous présente la famille "recomposée" par la matriarche Adélaïde Fouque (qui survivra, centenaire, jusqu'au vingtième et dernier volume!): elle représente la première génération d'une famille dont les plus jeunes enfants qui seront évoqués constitueront jusqu'à la cinquième génération. Orpheline sauvageonne, Adélaïde a épousé son garçon jardinier, un certain Rougon. Après la mort de celui-ci, elle se mettra en ménage avec un certain Macquart, contrebandier. Analepse oblige (1), cela ne nous est dévoilé qu'au fil des pages. Quand le roman commence, nous sommes aux premiers jours de décembre 1851. Les Républicains des environs de la ville provençale (fictive) de Plassans se mobilisent contre le "coup d'Etat" de Louis-Napoléon Bonaparte à Paris. Parmi eux, le jeune Sylvère (arrière-petit-fils d'Adélaïde, qui vit chez elle et s'en occupe), dont nous découvrons les amours juvéniles avec la jeune Miette (13 ans), qui va devenir porte-drapeau pour la colonne républicaine. Mais, après avoir traversé Plassans où elle a terrorisé les bourgeois et amené un des fils d'Adélaïde (côté Macquart) à s'installer à l'hôtel de Ville, la colonne républicaine rencontrera les soldats du parti de l'Ordre... L'agitation révolutionnaire aura surtout servi au plus opportuniste des deux frères (le légitime, celui qui porte le nom de Rougon, Pierre) à apparaître comme le "sauveur" de la ville de Plassans (du moins, c'est ce qu'on pourra lire dans les journaux et qui fera foi - pas de réseaux sociaux "instantanés", à l'époque!), avec la complicité mi-forcée mi-intéressée de son demi-frère Antoine Macquart, et au prix de quelques morts... Peu cher payé pour l'ascension sociale d'une famille (les Rougon, qui ont végété sous la Restauration puis sous la Monarchie de juillet, y apparaissent comme les plus assoiffés de pouvoir, de prestige et de réussite sociale) alors que s'annonce le Second Empire (qui sera proclamé un an plus tard). D'autres analepses (1) nous avaient présenté les différents rameaux de la famille (troisième génération). Il semble que Zola ait rajouté quelques membres de la famille en cours de route et au fil des rééditions. Mon exemplaire, imprimé au 1er trim. 1979, comporte 435 pages.
Le deuxième tome de la série, La curée, nous présente un autre membre de la famille Rougon, l'un des fils de Pierre et de son épouse Félicité, qui a préféré changer de patronyme pour "faire des affaires" et ne pas interférer avec la position de son frère Eugène, bien introduit dans les milieux bonapartistes. Aristide Saccard, petit fonctionnaire, a donc "fait son beurre" des informations qu'il a vues passer (ou qu'il a su dénicher) au sujet des grands travaux hausmanniens: boulevards à tailler à travers des quartiers, des immeubles, des maisons, des bâtiments déjà existants, dont il convient d'exproprier les propriétaires... Ceux-ci fussent-il de longue date ou récents (et bien informés...)! Et si l'on connaît du beau monde dans la Commission chargée de fixer l'indemnité d'expropriation, il peut y avoir moyen d'aller de culbutes en culbutes, alors que l'argent (ou plutôt l'or) coule à flots (3).
À ce qui, pour moi, fait figure d'intrigue principale, s'entremêle une intrigue sentimentale: Renée, la seconde épouse d'Aristide, s'ennuie dans leur hôtel particulier, et s'amourache de son beau-fils, Maxime (fils d'un premier lit d'Aristide), jeune homme viveur précoce. Je comprends que cet inceste ait pu choquer la France catholique de la fin du XIXe siècle: les deux protagonistes nous en apparaissent, à nous (lecteurs du XXIe), comme majeurs et consentants... ce qui est l'essentiel, n'est-il pas vrai? Dans ma lecture de cet ouvrage, l'intérêt pour les mécanismes financiers l'a largement emporté sur la violation de la morale ou de la pudibonderie. Ma sympathie va en tout cas à la gamine tubarde qui se fiche bien de ce que fricotent son fiancé et sa (future) belle-mère, et demande juste à pouvoir faire aussi, elle, ce que font les autres. Mon exemplaire, imprimé au 1er trim. 1972, comporte 434 pages.
Pour lire Le ventre de Paris, il faut avoir l'estomac bien accroché et pas peur des noms d'aliments. Pour ma part, j'ai été un peu submergé par les pages et les pages d'énumération indigeste, qui sont plus longues que les descriptions d'actions proprement dites. Comme tout le monde le sait, ce ventre de Paris est symbolisé par le quartier des Halles et ses tout nouveaux pavillons Baltard (oui, ceux démolis entre 1971 et 1973). Nous le découvrons par les yeux de Florent, échappé du bagne de Cayenne où il avait été déporté pour raisons politiques (arrêté, plus ou moins par erreur, pour résistance au coup d'Etat de 1851...). Son demi-frère est un charcutier, Quenu, qui a épousé la fille ainée d'Antoine Macquart, Lisa. Leur belle boutique éveille la jalousie d'autres commerçantes ou habitantes du quartier. Au milieu de toute cette boustifaille, nous avons la métaphore de la lutte des "maigres" (les Républicains, parmi lesquels Florent, qui rêvent d'un grand soir dans l'arrière salle d'un café) contre les "gros" (les bourgeois bien établis, qui rêvent de l'ordre propice aux affaires et à leur quiétude égoïste). Dans ce Ventre, pour épicer tout de même le menu, il y a une tentative de viol dont l'auteur se fait quelque peu casser la tête (qu'il avait fragile d'ailleurs). Mais, je le redis, il y a surtout des listes interminables: légumes... Fruits... Volaille... Viandes... Charcuterie... des noms d'aliments, alignés sans une seule répétition, mais en veillant surtout à ne rien oublier, jusqu'à l'écoeurement.
Ecoeurante aussi, la manière dont, sur le dos de Florent renvoyé au bagne (avec quelques "complices" pincés en même temps que lui), s'engraissent tout ceux auxquels son arrestation a profité: les mouchards, les dénonciateurs et dénonciatrices, tous ceux qui ont "provoqué" la rédaction de son projet d'insurrection exaltée jusqu'à ce que le dossier soit bien monté et le gibier prêt à être capturé. Qui en récoltera de l'argent sonnant et trébuchant, qui une vengeance personnelle, qui la captation d'un héritage, qui un avancement dans la police... Le mot de la fin appartient à un autre membre de la "famille" que nous retrouverons à L'oeuvre, le peintre Claude Lantier, petit-fils d'Antoine Macquart. (3) Mon exemplaire, imprimé au 2e trim. 1972, comporte 502 pages.
Le titre La conquête de Plassans contient, à mon avis, un "double sens" (voire davantage). Il s'agit d'abord de la "reconquête politique" de la ville elle-même, qui a "mal voté" aux [dernières] élections législatives (s'agit-il de celles de 1857 ou de 1863? Ce n'est jamais précisé). Mais le livre raconte en parallèle, "à" Plassans, le "grignotage" d'une maison (bourgeoise, bien douillette et à la petite vie sans nuages) par des pique-assiettes. La demeure des Mouret, un couple de rentiers bien tranquille, lui républicain vaguement libre-penseur et elle indifférente (+ trois enfants), fait entrer le loup dans la bergerie sous la forme d'une location de deux pièces inutilisées à un prêtre aux dents longues (assoiffé de pouvoir, mais non d'argent ni d'amour pour son prochain ou sa prochaine!) accompagné de sa mère. L'abbé Faujas est (en secret) chargé de ramener le poste de député local à l'Empire alors que Plassans était passée à l'Opposition. Stratégiquement placé entre la "bourgeoisie orléaniste", la noblesse légitimiste et les notables de l'administration bonapartiste, il va réussir à les faire converger, bien aidé en sous-main par diverses ambitions plus ou moins cachées... En ce qui concerne les Mouret (tous deux cousins puisque descendants de l'aïeule des Rougon et des Macquart), la "maîtresse de maison" finira frappée d'hystérie mystique, tombée amoureuse de la religion sinon de son serviteur, tandis que le mari se retrouvera à l'asile!
J'ai été frappé par la place démesurée qu'occupent, dans cette petite ville, intrigues, querelles de préséances, mensonges et cancans. L'écrivain a l'art de faire endosser par ses personnages secondaires les explicitations qui font avancer l'intrigue ("pensa-t-elle", "dit-il à l'oreille de"...). Pour accabler le malheureux Mouret, on assiste à la mise en circulation de rumeurs assassines et fausses. J'ai eu l'impression qu'Octave Mouret tombait dans ce que j'identifierais comme une dépression, même si le diagnostic des symptômes minutieusement décrits ne pouvait pas être posé à l'époque (Zola parle de folie). Tous ces petits bourgeois, sous couvert d'intérêt pour autrui, ne s'occupent que de soi. La (courte) séquence consacrée aux élections elles-mêmes (au suffrage universel masculin) m'a fait songer à celles que l'on voit décrites dans un fragment de Lucien Leuwen (Stendhal), bien entendu ignorée de Zola puisque ce roman inachevé (datant de 1834, sous la Monarchie de juillet, à l'époque du suffrage censitaire) n'a été publié qu'en 1894. On retrouve dans La conquête... l'atmosphère de "salons" déjà décrite dans La fortune des Rougon, mais cette fois l'intrigue va plus loin et mobilise l'Archevéché (il ne s'agit pas uniquement de la seule conquête "bourgeoise" du pouvoir par un coup de force, mais bien du monopole de la représentation politique au profit du "parti de l'ordre", soit "l'ordre dans la liberté et la liberté dans l'ordre", slogan d'époque!) avec une alliance entre les partisans de l'Empire et les royalistes (légitimistes du quartier noble comme orléanistes bourgeois): 33 0000 voix (contre les 1500 des "républicains irréductibles"). Mon exemplaire, imprimé au 4e trim. 1978, comporte 440 pages.
Dans La faute de l'abbé Mouret (paru en 1875), on retrouve deux des personnages de La conquête de Plassans, le précédent tome de la série. Serge Mouret, fils cadet des époux François et Marthe Mouret, a fini son séminaire et a été ordonné prêtre. Il a pour paroisse un village fictif, désolé, en Provence: Les Artaud. Il a recueilli sa jeune soeur Désirée, simplette qui n'est heureuse que dans la basse-cour avec ses animaux chéris. Mais ce n'est pas avec sa soeur qu'il fautera...
J'avais l'idée (fausse) que le mot "abbé" était nécessairement lié à une abbaye, or il peut désigner un "prêtre séculier" depuis le XVIIIe siècle. On voit donc "l'abbé Mouret" célébrer une messe, un mariage... dans une Eglise plutôt peu voire mal fréquentée (mariage à l'aube en présence des parents, de leur nourrisson, et de la partie de la famille qui n'est pas occupée par plus important, à savoir le travail aux champs...). En tout cas, "telle mère tel fils", notre abbé fait preuve d'un mysticisme personnel exacerbé, mais que l'on finit par découvrir égoïste: si sa religion est douce aux pêchés d'autrui, c'est, me semble-t-il, bien davantage par indifférence à ce qui n'est pas sa relation "personnelle" à Marie ou à Jésus que par sollicitude ou bonté. Alors, cette faute?
A force de prières à genoux, de veilles, de trajets à pied sous le soleil pour aller porter la bonne parole de Dieu aux malades ou aux mourants (ou à ceux crus tels, comme un certain Jeanbernat), v'là-t-y pas que notre prêtre tombe malade (il s'évanouit dans sa chambre devant la représentation de l'Immaculée Conception...)! Et tonton Pascal [Rougon], passant par là, décide (il aime bien les expériences anthropologiques, le Docteur Pascal) que son neveu sera mieux soigné chez des "étrangers" qu'à la cure par sa fidèle bonne, La Teuse.
Dans ce roman en tout cas, l'énumération, dont certains passages sont aussi écrasants que dans Le ventre de Paris, porte sur des fruits et des fleurs: les restes d'un verger, d'un potager et d'un jardin merveilleux, dans le domaine du Paradou, dont le château a brûlé des décennies plus tôt. Là survivent dans un splendide isolement le vieux gardien libre-penseur, ce fameux méchant de Jeanbernat, et sa petite-fille, élevée à la diable dans toute cette nature, Albine. Et la vie est si belle, au Paradou (pardon, au Paradis), que ce qui doit arriver arrive: le garçon et la fille se découvrent... Mais si le garçon (Serge) sera ramené dans le droit chemin de ses bondieuseries par un "frère" au catholicisme intransigeant, la fille (Albine) se suicidera de chagrin (asphyxiée par les fleurs témoins de leurs amours qu'elle a entassées, toutes fenêtres fermées, dans une chambre). Elle était enceinte. J'ai trouvé Jeanbernat bien indulgent à l'encontre de Frère Archangias. Mon exemplaire, imprimé au 4e trim. 1978, comporte 437 pages.
Zola fait partie des "valeurs sûres" pour les blogs littéraires (que ce soit en première lecture ou en relecture, selon les âges des blogueurs ou blogueuses). Il n'est que de voir les réactions nombreuses à l'article de dasola relatant notre visite à Médan. Je signalerai donc juste que j'ai cru remarquer que Lybertaire a aussi depuis quelques années le projet de relire Les Rougon-Macquart et doit en être au tome 10...
L'apparat critique de cette édition de La Pléiade est dû à Armand Lanoux (1913-1983) [préface, p.IX-LXX] et à Henri Mitterand (1928-2021) [étude, notes, variantes et index, p.1529 et suiv.]. J'avoue les avoir parcourus en diagonale, pressé par le temps, et sans m'interdire d'y revenir une fois les challenges finis (ouf!). D'Armand Lanoux, j'ai lu jadis le roman Le commandant Watrin, et c'est en m'intéressant à cette édition en Pléiade que j'ai appris son rôle d'"éditeur", mais aussi de biographe de Zola (je n'ai jamais lu son Bonjour, Monsieur Zola de 1954). Je ne sais rien d'autre d'Henri Mitterand que ce que n'importe qui peut trouver sur Wikipedia. En tout cas, j'inscris cette dernière lecture estivale pour les trois challenges Les Pavés de l'été 2024 chez Sibylline, Les Epais de l'été 2024 chez dasola, et 2024 sera toujours classique organisé par Nathalie.
Et voici les deux versions d'arbres généalogiques des Rougon-Macquart (1878 et 1893) que contiennent toutes deux les deux derniers tomes (tome IV et tome V) de La Pléiade.
(1) Oh bon allez, vous le saviez peut-être ou peut-être avez-vous déjà cherché, mais à toutes fins utiles... L'analepse (retour en arrière) "consiste à interrompre momentanément le cours d'une narration pour insérer une narration secondaire se déroulant antérieurement à la narration principale" (équivalent du flashback au cinéma).
(2) Et non 1879, évidemment. Bien vu Aifelle et Keisha, merci... et haro (pointé...) sur la première "relectrice" (et secrétaire de rédaction...) de mon billet!
Un fois n'est pas coutume, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais chroniquer un livre plutôt récent (2024), que je me suis offert après l'avoir aperçu sur divers blogs: le "journal de bord" d'une "fermière" sur la lune... C'était à la fois afin de participer à des challenges sur lesquels j'ai du retard, et pour le verser après lecture au système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie!
Catherine Dufour, Les champs de la lune, Robert Laffont, Coll. Ailleurs et demain,
2024, 284 pages
Nous sommes manifestement dans plusieurs siècles (au XXIVe s.). Sur notre satellite, les colons, d'abord installés sous des dômes, n'ont pu s'empêcher de s'affronter en des guerres qui ont éclairci leurs rangs, avant de décider, sous la conduite de quelques "sages", d'opter pour une vie souterraine, en aménageant d'immenses tunnels de lave... devenant ainsi pleinement des "soulunaires". Des "animaux augmentés" (chiens, chats, qui parlent...) vivent avec eux.
Celle qui nous raconte au fil des pages ces événements, El-Jarline, veille en surface au maintien en bon état de l'écosystème de sa "ferme" sous dôme. Le temps passe doucement au fil de ses rapports (sur une durée d'une dizaine de mois). Lorsque commence le livre, on vient de lui demander d'abandonner son style trop "sec" pour rédiger avec de vraies phrases. Pour cela, elle s'aide du contenu d'une bibliothèque qu'elle a téléchargée. Notre fermière reçoit de rares stagiaires (les enfants sont trop sensibles aux radiations) venus voir plantes et animaux, accueille (recueille?) cependant sous "son" dôme, pour un temps plus ou moins long, des enfants plus ou moins orphelins, des vieillards plus ou moins désorientés...
Sa principale inquiétude, l'objet de ses alertes quotidiennes, porte sur les fragilités de son dôme (une fissure qui s'étend malgré toutes les consolidations effectuées en "duracier"), cependant que ces alertes ne provoquent strictement aucune action chez les "décideurs" (le dôme comme parabole?). Elle se préoccupe également de découvrir ce qui cause la "fièvre aspic", une espèce de "maladie du sommeil" qui décime les colons sélénites... Son enquête dérange-t-elle certains puissants personnages? Lors d'un long trajet pour visiter une autre cité, son "rover" est saboté (contrairement aux assurances qui lui ont été données, il ne sera pas réparé). Elle finit par trouver ce qui pourrait être un charnier (ou un grand cimetière sous la terre?). En son absence, le dôme subit une décompression fatale.
Quand elle décide de quitter définitivement les lieux, ses collègues lui offrent un choix de quelques plantules, ainsi que quelques larves (chrysalides) d'insectes: de quoi re-créer un embryon d'écosystème... cependant que, dans le ciel, la Terre passe d'une image d'"orange bleue" à un globe gris. J'ai perçu les 23 chapitres de ce livre, au départ, comme un conte empreint de poésie, de lenteur, d'humanité. Mais le pessimisme se fait de plus en plus sentir au fil des pages, tirant l'oeuvre vers un roman d'anticipation amère, de la lecture duquel je ne suis pas, moi, ressorti exagérément optimiste sur le sort de l'espèce humaine... alors même qu'on finit par s'interroger sur la "part d'humanité" que porte en elle El-Jarline elle-même.
Keisha en avait parlé il y a quelques mois, Manou plus récemment. Les chroniques du chroniqueur l'avait longuement analysé l'an dernier. Citons encore Lhisbei... dont le billet contient plein d'autres liens!
Ken Follet, Les piliers de la terre, Le livre de poche N°4305, 1050 pages
2016 (1ère éd. 1992, trad. Jean Rosenthal 1990, EO 1989)
De cet épais ouvrage, on peut dire qu'il dépeint une fresque monumentale, de laquelle il est possible de parler sous de nombreux angles. Pour moi, c'est d'abord une histoire de famille(s) et de fratries plus ou moins recomposées, qui se soutiennent ou qui s'affrontent, avec des liens d'amour ou de haine, de violences ponctuelles dont les conséquences se font encore sentir des décennies plus tard... Et pourquoi? Le mystère qui relie un certain nombre des personnages n'est dévoilé qu'à la fin du livre par l'un des derniers protagonistes survivants. Le prologue se déroule en 1123 et le livre s'achève en l'an 1174, sous le règne d'Henri II, roi d'Angleterre.
Si j'essaye d'en dire quelques mots: rien à voir avec Blake et Mortimer, mais deux jeunes frères, élevés par des moines, deviendront, l'un (Francis) un prélat conseiller des prétendants à la couronne d'Angleterre, l'autre (Philip) le puissant prieur du prieuré (fictif) de Kingsbridge, dont la cathédrale est ruinée au début du récit, cathédrale dont la (re)construction va occuper la majeure partie du livre. Le premier "maître bâtisseur" [= maître d'oeuvre] (Tom) a plusieurs enfants, légitimes, caché ou adoptif. L'antagoniste principal (William) violera la future épouse [bah non, je vous dis pas son prénom - pas si bête!] du fils adoptif (Jack - vous suivez?) qui continuera l'oeuvre dans le style gothique, mais son frère à elle tuera son mari légitime (Alfred) qui allait la violer derechef (vous suivez itou?) [bon, il aura fallu lire plus de 900 pages avant ça... Vous voyez bien que je ne vous raconte pas tout!].
Ce livre prend le parti de présenter l'Eglise comme l'un des tenants des pouvoirs médiévaux, en insistant bien davantage sur ce "pouvoir" que sur le besoin "spirituel" de la religion. Le comte local, le prieur, l'évêque, le roi même, sont des gestionnaires, des "meneurs d'hommes", managers d'entreprises, comme on dirait aujourd'hui, et comme ces "profils" particuliers de "leaders" (à compétences au-dessus de la moyenne, que la naissance, ou le hasard, permettent d'amener à éclosion) le seraient certainement devenus aux XIXe, XXe ou XXIe siècles.
Pour construire des destins de futurs "cadres", on peut donc s'interroger sur la part d'inné ou d'acquis (au-delà de la seule couleur de cheveux ou des traits du visage), sur la part de l'éducation, au sein d'une famille aimante ou pas... (même si le "projet" de Follett n'était sans doute pas le même que celui des Rougon-Macquart de Zola). Je crois que c'est Françoise Dolto qui disait quelque chose comme: "faites comme vous voulez pour élever vos enfants, quoi que vous fassiez, vous ferez mal".
Petit "bémol" adoucissant (affadissant?) peut-être un peu trop ce monde (réaliste) de brutes, j'ai trouvé que la "quête" d'Aliéna sur les chemins de Compostelle, son nourrisson sur les bras (pp.724-757), faisait quelque peu "Bibliothèque verte" ("livre pour la jeunesse" - bon, pas bibliothèque rose quand même): dans ce monde médiéval décrit comme fortement violent, il ne lui arrive rien de fâcheux, aucune mauvaise rencontre... Est-ce que seuls les Anglais étaient "barbares"?
Et pour finir, cet épais livre culmine (c'est ce que je me suis dit, du moins) en une magnifique parabole du combat jamais achevé entre dictatures et démocraties, avec un meurtre universellement connu, "[un] crime qui ne sera jamais, jamais oublié!" (p.1037).
Enna l'avait chroniqué pour les Epais 2024, Wakanda [Andrea, dernier billet en 2024] pour le Pavé 2014 (chez Brize). Plus loin de nous, le blog Hugin & Mugin l'avait chroniqué en 2008, Galleane en 2010, Oth67, Paco et Akialam en 2011, Lady of the blog en 2012. Ma toute petite culture en 2022 (dernier billet en 2023), Nanne (goût de lire) en 2021 (dernier billet en 2022), Yuko en 2018 (dernier billet en 2021)... [liste non exhaustive]
Je blaguais avec Blake et Mortimer en début de billet: plus sérieusement, signalons tout de même qu'est en cours de parution une adaptation en bande dessinée dont j'ai lu les deux premiers tomes parus (ça a d'ailleurs été mon premier contact avec l'oeuvre). Au final, Les piliers de la terre constituait donc le premier gros volume de Ken Follett que je lisais, je pense que ce ne sera pas le dernier.
Les livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter aujourd'hui représentent deux "histoires de planètes" dans lesquels sont assez peu présents vaisseaux spatiaux ou combats à coup de laser ou même d'épée... même si je vais quand même considérer qu'ils peuvent rentrer dans la catégorie "planet opéra". Ils ont aussi pour caractéristique de dater des débuts de la seconde moitié du XXe siècle.
Brian W. Aldiss, Le monde vert, J'ai lu SFF N°520, 303 p., 1974 (EO 1962)
Murray Leinster, La planète oubliée, J'ai lu SF N°1184, 191 p., 1981 (EO 1954, "fix-up composé à partir de trois nouvelles datant respectivement de 1920, 1921 et 1953" *)
Citation introductive: "Obéissant à une loi inéluctable, toutes choses croissaient, se développaient dans le désordre et l'étrangeté. La chaleur, la lumière, l'humidité étaient constantes. Elles l'étaient depuis... personne ne savait depuis combien de temps. "Depuis quand...?" "Pourquoi...?" C'étaient là des questions que nul n'avait plus l'idée de poser. réfléchir n'avait plus de sens. Dans ce monde, un seul problème se posait: croître. C'était le règne du végétal. C'était un monde qui ressemblait à une serre." Ainsi débute Le monde vert.
Sur cette terre en décadence, une pauvre humanité survit avec ses règles et ses superstitions. Parmi les enfants de la tribu, peu atteindront l'âge adulte, et les enfants-hommes ne sont pas bien nombreux non plus, sous la tutelle de la femme-chef... Les végétaux ont quasiment acquis une vie autonome, et sont une menace permanente. Carnivores, parasites psychiques... Bien des pièges seront à déjouer avant que Gren, l'enfant-homme, le héros, une fois fait le voyage vers la lune, en revienne, constate que même les descendants de nos chiens ou chats peuvent paraître bénéficier d'un sort privilégié, et fonde famille... pour un avenir modérément optimiste?
Au second, maintenant. Je me souviens que lorsque j'avais acheté cet autre livre J'ai lu, il y a une vingtaine d'années, je cherchais en fait à retrouver un vieux "bibliothèque verte" lu dans ma jeunesse (et, en vrai, titré La planète ignorée). Mais ceci est une autre histoire.
La planète oubliée: une planète stérile, sans aucune trace de vie... Des vaisseaux humains, au fil des millénaires, la répertorient, l'ensemencent avec des micro-organismes unicellulaires, puis un peu plus complexes (champignons, levures...), puis des insectes. Un dernier vaisseau apporte poissons et plantes. Mais l'ultime apport prévu (oiseaux, mammifères) n'aura pas lieu, car la fiche de la planète est purement et simplement perdue! Un jour, les survivants du naufrage d'un paquebot spatial (l'Icare) s'y posent.
Citation (p.14): "Après quarante générations, les êtres humains sur l'astre oublié survivent, sans feu ni métaux, au milieu du grouillement des insectes et des champignons géants, devenus des sauvages. Jusqu'au jour où, face à la mort, un adolescent ne recule pas, invente une arme et revient, paré des ailes du phalène vaincu." Ici, le héros (celui qui exhorte son peuple à affronter leurs peurs et leurs insectes) se nomme Burl. Et à peine a-t-il fini par conquérir le coeur de Saya que débarque (enfin? Moins de 10 pages avant la fin du livre) un astronef, le Wapiti, à bord duquel se trouve un "Educateur", une machine électronique plutôt destinée à instruire les enfants que les adultes, mais bon... La planète ne sera plus oubliée, elle ravira les amateurs de safaris, et Burl en sera le président! Tout est bien qui finit bien, non?
P.S. du 2 août 2025: en revoyant les biographies (et bibliographies, suite à la remarque de Nathalie) des auteurs, je prends conscience que j'ai "oublié" d'inscrire aussi le livre de Murray Leinster (auteur américain) pour l'American Year 2 chez Belette2911. Dont acte!
* Merci à Lhisbéi pour avoir répercuté une précision donnée par Jean-Daniel Brèque.
Une fois de plus, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) pêché ce petit livre dans un bac de livres d'occasion dans l'une des librairies que je fréquente. Je ne connaissais pas du tout le nom de l'auteur (belge).
Pascal de Duve, Cargo Vie, J.-C. Lattès, Le livre de poche N°13521, 1994 (EO 1993), 117 pages
L'ouvrage prend la forme d'un journal intime. "Ceci sera un journal de bord; ce sera aussi un journal de corps et un journal de coeur. On pourra le sous-titrer: "Vingt six jours du crépuscule flamboyant d'un jeune homme passionné"" (p.11). Il a été rédigé lors de deux traversées de l'Atlantique (l'aller puis le retour), à bord d'un cargo mixte (bananier avec passagers à bord), entre Le Havre et Les Antilles, par un jeune homme de 28 ans "bien sonnés" (p.10), du 28 mai au 22 juin 1992. Il regarde la mer, partage la vie des passagers lorsqu'il le peut, entre deux malaises (encéphalopathie) mais reste discret, passe du temps allongé dans sa cabine, écoute de la musique classique... Une fois arrivé aux Antilles, il passe des appels téléphoniques depuis des cabines publiques (ceux nés après 2016 ne pourront plus comprendre!).
Ses stances (présentes à chaque chapitre, sinon à chaque page), ses plaintes, ses regrets sont adressés à "E." Ils se sont connus 15 mois avant, ont vécu un an ensemble, jusqu'à ce que Pascal se fasse plaquer sans un mot. Une nuit, il balancera à la mer toutes les lettres ou photos d'E., "scellées" dans une boite à chaussures, comme prévu lors de son départ.
Ce texte est plein de poésie, et de philosophie également. Il ne manque pas de style, avec inventivité et prouesses langagières (jeux de maux et de mots). Pour ma part, je dirais que je l'ai lu d'un oeil plutôt distant. J'avoue avoir rigolé en lisant qu'à 18 ans l'auteur était brancardier à Lourdes et rêvait d'entrer au séminaire, puis que, faisant de l'alphabétisation au Caire aux côtés de soeur Emmanuelle, il s'était converti à l'*sl*m, avant que ses études de philosophie, et en particulier la lecture de la Critique de la raison pure de Kant, fissent de lui un agnostique très résolu. La recherche de l'Absolu... Il a fini sa carrière comme prof de philosophie (à enseigner à des gamins d'au mieux 10 ans (ou moins!) plus jeunes que lui).
Lorsque "E." et lui se sont connus, tous deux, homosexuels, étaient séropositifs au VIH. "E." a abandonné Pascal dès que celui-ci est devenu sidéen. "Sida mon amour. Toi au moins tu me resteras fidèle jusqu'à la Mort" (p.84). Né en février 1964, Pascal de Duve est mort en avril 1993, il y a maintenant plus de 32 ans (il en avait 29). Les traitements antirétroviraux (trithérapie) sont arrivés en 1996. Pour la petite histoire, son frère est l'auteur de Tintin en Thaïlande.
J'inscris ce livre (que je viens de terminer et qui quittera bientôt ma bibliothèque) à un seul challenge, le Book trip en mer (saison 2) de Fanja.
Mais je vais en profiter pour caser quelques considérations sur la définition d'un "classique". J'apprécie que Nathalie ait choisi une "borne" constante (est classique ce qui a été publié avant 1970). Je pense que nous verrons bientôt l'époque où, pour de jeunes blogueurs et blogueuses, sera "classique" tout ce qui est paru avant leur propre naissance (bon allez, disons... jusqu'à la fin du XXe siècle, l'an 2000). "De mon temps" (quand j'ai commencé à lire, il y a plus d'un demi-siècle!), je crois que je considérais comme des "classiques" ce qui avait été publié avant la Seconde guerre mondiale (alors même que mes grands-parents en avaient vécu la publication, avec dans leurs bibliothèques des séries en éditions d'époque que je dévorais durant mes vacances). Mais tout le monde ne descend pas de dynasties d'enseignants... Pour tout ce qui a pu être écrit durant la SGM, je ne me posais pas trop la question (Romain Gary, Vercors, et d'autres, avaient commencé à écrire à cette époque, cependant que d'autres n'avaient plus publié après). Enfin, récemment, j'ai entendu une boutade dont je vais vous faire part: "un auteur classique? C'est un auteur qui est mort!".
Voici encore un Jules Verne qui pour moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) répond aux mêmes caractéristiques que Les frères Kip: une oeuvre qui n'était pas disponible en Livre de Poche dans les années 1970-1980, un livre qui existait pourtant en Bibliothèque verte (pour la jeunesse - avec éventuellement des coupes dans le texte?), et enfin une aventure maritime. Après avoir repéré ce titre (une fois), il ne restait plus qu'à me le procurer (deux petits achats "d'occasion" sur internet... - car il en a existé deux éditions différentes!).
Jules Verne, Le serpent de mer [titre de l'oeuvre originale: Histoires de Jean-Marie Cabidoulin]
Bibliothèque verte, 1937, 251 pages (illustrations de Henri Faivre) puis
Bibliothèque verte N°228, 1963, 252 pages (illustration de François Batet)
Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin, roman qui était à l'état achevé en 1899, a été publié en feuilleton puis en volume en 1901. Le héros éponyme (dont le nom n'était peut-être pas assez "accrocheur"? C'est vrai que Grant, Robur ou Nemo sont plus "frappants") est un tonnelier qu'un capitaine à court de personnel convainc de s'engager pour une ultime campagne de pêche à la baleine au départ du Havre. Le bonhomme était réticent, pensant avoir vu tout ce qu'il y avait à voir pour satisfaire sa curiosité, et ayant le pressentiment qu'il lui arriverait des choses qui ne lui sont pas encore arrivées... qu'il finirait par voir quelque terrible monstre... le grand serpent de mer... Bref, dans le chapitre II, le voici à bord du Saint-Enoch (trois-mâts carré de 550 tonneaux, commandé par le capitaine Bourcart avec un équipage de 34 hommes, lui compris). Ce départ a lieu le 7 novembre 1863 pour une campagne qui devrait durer plusieurs années...
Avant d'en raconter davantage, quelques mots sur la "présentation matérielle" de ces bouquins. L'édition de 1937 ne comporte aucune petite illustration, cependant que les huit illustrations "pleine page" sont paginées avec le reste. Je ne me suis pas procuré un exemplaire possédant encore sa fragile jaquette en papier.
Dans l'édition de 1963, chacun des 15 chapitres commence par une illustration d'un tiers de page, les illustrations en couleurs sont "hors pagination", et on trouve quelques autres petites illustrations en noir et blanc lorsque le "calibrage" du chapitre le permet.
Notons que la typographie est pratiquement la même d'une édition sur l'autre (à l'exception de l'emploi des guillemets à chaque paragraphe d'un récit - ou non: des usages qui ont changé? [pp.70-72 à comparer]), les seuls "décalages" de pagination étant dûs aux illustrations de 1963. Henri Faivre (qui ne bénéficie aujourd'hui pas d'une page wikipedia en français?) a illustré nombre d'ouvrages de la bibliothèque verte, de Jules Verne ou non (1) et semble avoir exercé son activité des années 1930 à 1960 environ. J'ai appris par contre que François Batet était le pseudonyme de l'Espagnol Francisco Batet Pellejero (1921-2015). J'avais découvert son style de dessin il doit y avoir un demi-siècle, en lisant Les cinq sous de Lavarède et autres romans de Paul d'Ivoi...
Bref, reprenons notre voyage. Le Saint-Enoch va doubler le cap de Bonne-Espérance (pointe de l'Afrique) pour se rendre dans le Pacifique, sans avoir eu l'occasion d'entamer sa campagne de pêche (ou de chasse), pour atteindre le sud de la Nouvelle-Zélande le 15 février [1864] (fin du chap.II). Le récit est lent, au rythme de la vie quotidienne d'un équipage de navire du XIXe siècle, avec souvent des traversées de plusieurs semaines pour aller (à la voile!) d'un point A à un point B... en espérant y rencontrer les baleines (les proies!). Chasse que Jules Verne avait déjà évoquée dans Un capitaine de quinze ans et dans 20 000 lieues sous les mers. La narration est de temps en temps interrompue par les prédictions (élucubrations?) de notre tonnelier, occasion de faire un point sur les "apparitions" recensées de serpents de mer: pp.70-72, une énumération de navires ayant cru rencontrer le grand serpent de mer se conclut en... 1875! Inattention de Jules Verne? S'il avait dû faire commencer sa fiction en 1863, je pense que c'est que le port du Havre a renoncé à armer des navires pour la chasse à la baleine en 1868.
Relevons quelques épisodes marquants: pp.60-64, un homme à la mer en pleine tempête est sauvé alors qu'un requin allait l'engloutir. S'ensuit la capture de ce dernier (impression de déjà-lu... dans Les enfants du capitaine Grant, lors de la découverte de la fameuse bouteille qui contient un message). p.74, un navire étranger qui ne rend pas le salut (drapeau) ne peut être qu'un Anglais! On le retrouvera plus tard. p.86, un navire américain donne au contraire l'excellent conseil d'aller vendre la cargaison (des baleines ont été capturées, leur huile a été extraite...) à Vancouver (en évitant l'aller-retour vers Le Havre): cela (m'a) fait prendre conscience que cette "chasse" ne visait pas à procurer des "matières premières" indispensables à la France et à son industrie, mais bien à générer des profits financiers...). p.103: on découvre que l'or de la région de Vancouver coûte cher: les mineurs prétendent que, pour en récolter un dollar, il faut en dépenser deux! Je noterai encore que quand le matelot Rollat est précipité à la mer depuis la mâture, faute d'avoir été prévenu d'une manoeuvre (p.130), cela apparaît comme un "incident de mer" et c'est tout (aucune "recherche en responsabilité" n'est évoquée).
Et le serpent de mer, me direz-vous? p.124, le tonnelier est bien mortifié quand une baleinière prouve que le "monstre" n'est... qu'une algue gigantesque. Cependant, pourquoi trouve-t-on de moins en moins de baleines, si ce n'est sous forme de cadavres aux blessures béantes? Comment un navire peut-il disparaître tout à coup en entraînant une partie de son équipage avec lui? Comment un autre peut-il s'échouer là où aucun écueil n'était connu, avant d'être désemparé et entrainé par une force irrésistible jusqu'à la banquise? Quand (p.251 ou 252) l'équipage du Saint-Enoch finit par regagner son port d'attache (vraisemblablement début 1865, si j'ai bien compté), qu'on ne vienne pas laisser entendre à Jean-Marie Cabidoulin qu'il s'est frotté à une éruption sous-marine suivie d'un tsunami: il reste persuadé d'avoir "vu la bête" (et jure bien qu'on ne l'y prendra plus à naviguer).
On peut trouver facilement le texte en .pdf, le livre original semble aussi exister en audiolivre (avis aux amateurs). Pour l'anecdote, j'ai vu qu'en décembre 2023, le département de Seine-Maritime (76) offrait une réédition du roman Le serpent de mer à chaque collégien. Le budget de cette opération, commencée en 2022 avec L'aiguille creuse de Maurice Leblanc, semble être de 100 000 euros. En 2024, a suivi le conte La belle et la bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (je n'ai rien trouvé pour 2025).
Cette fois-ci, mon billet porte sur un livre que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) versé en début d'année dans une des bibliothèques partagées de hall d'immeuble que je fréquente, où je l'ai récupéré récemment, quelques mois après. J'avais en ce moment "besoin" d'un livre parlant des Alpes, et celui-ci m'a paru adéquat!
Alexandre Dumas, Voyage dans les Alpes, Editions d'antan, collection jeunesse N°13, 1982, 185 pages
D'un point de vue matériel, ce "vieux livre" (1982), imprimé en Roumanie, ne contient pas beaucoup d'éléments permettant d'identifier l'éditeur (peu connu): une "collection jeunesse" qui parait contenir de nombreux livres du domaine public (20 titres en 4e de couverture, dont je crois avoir lu la plupart, même si les auteurs ne sont pas indiqués...). À se demander s'il ne s'agissait pas de mettre des "livres de prix" à bas coût à disposition des mairies pour leurs écoles... J'affabule (à partir de signaux faibles), bien sûr, faute d'informations crédibles - c'est l'époque qui veut ça!
Plus sérieusement, voyons ce que nous raconte ici Alexandre Dumas. Les six chapitres et l'épilogue (constituent-ils des extraits ou du texte intégral? Je l'ignore) semblent provenir des Impressions de voyage [en Suisse] qu'il a publiés en 1833-34 et 1837. La page de titre est bien différente de la couverture. Le texte commence abruptement: "J'arrivai à l'Hôtel de la poste, à Martigny, vers les quatre heures du soir". Il y est déjà question de Chamouny [Chamonix]. Le lecteur sait (à l'époque) que la Savoie dépend alors du royaume de Sardaigne, cependant que Martigny est une ville du canton suisse du Valais. Notons qu'un repas dans une auberge suisse coûte quatre francs (ce que Dumas considère comme cher). L'aubergiste lui propose de l'ours: occasion d'un premier récit, sur la mort dudit ours (en tirant les dialogues à la ligne, ô feuilletoniste!). À la fin du repas arrive le guide qui doit le conduire à "Chamouny": accord est donné (p.25) pour partir le lendemain matin, à 5 heures.
Dumas décrit somptueusement le paysage (il passe par l'endroit même où un Anglais avait fait une chute vertigineuse et mortelle en 1831), mais n'est pas tendre pour le vin du Valais (fendant ou dôle, sauf anachronisme de ma part?) pris à l'étape: "On nous donna, au prix du bordeaux, une bouteille de vin du cru, avec lequel un Parisien n'aurait pas voulu assaisonner une salade, et que mon Valaisan vida voluptueusement jusqu'à la dernière goutte". Ils arriveront à destination à la nuit noire (la nuit tombant à 18 h 30?), après avoir fait "neuf lieues de pays, qui, sans exagération, en valent bien douze ou quatorze en France: c'était une bonne journée" (marche en montagne contre marche en plaine, je suppose). Avant cela, il avait noté "nous montions toujours, et déjà nous étions arrivés à sept mille à peu près [sic!], au-dessus du niveau de la mer". Je pense pouvoir restituer "sept mille pieds". Rappelons que la lieue vaut 4 kilomètres (et qu'un mètre vaut à peu près trois pieds). Le chapitre se termine après l'envoi d'une invitation à dîner envoyée à un certain Jacques Balmat, dit Mont-Blanc.
Le troisième chapitre débute par une journée d'excursion à la Croix de Flegère (occasion de dire que les "guides", à Chamouny, sont organisés en "syndicat qui règle leurs tours de service" [premier de ce genre au monde, depuis 1821, ai-je vérifié]). Puis après quelques considérations géologiques fort datées (Dumas ignorait la tectonique des plaques...), le récit (pp.55-85) donne la parole au "Christophe Colomb de Chamouny", premier homme à avoir gravi le Mont-blanc aux temps historiques, de sorte que le roi de Sardaigne l'a autorisé à s'appeler Balmat du Mont Blanc. Attiré comme bien d'autres par la prime offerte par le Genevois Horace Bénédict de Saussure au premier qui trouverait le chemin du sommet du Mont-Blanc, c'est le 8 août 1786, après plusieurs tentatives tant individuelles que collectives, que Jacques Balmat entame avec son "témoin", le docteur Paccard, l'ascension décisive (et ce, sans les équipements de l'alpinisme du XXe siècle).
Au chapitre suivant (titré "La mer de glace"), nous retrouvons le guide du départ, dont nous avons appris le nom (Pierre Payot) au chapitre précédent. À lui la parole pour raconter, cette fois-ci, l'histoire de la première femme à être montée au sommet. Dumas la nomme Marie Paradis et l'histoire (expédiée en 7 pages) est placée en 1811. Il est ensuite question d'un malaise (que Dumas, qui en est victime, qualifie de "mal de mer") et d'accidents de montagne (suit un petit chapitre évoquant trois morts tombés dans une crevasse à la suite d'une avalanche en 1820). Il est à noter que d'autres sources attribuent la première escalade féminine à Marie Paradis et la datent du 14 juillet 1808. Un autre court chapitre titré "retour à Martigny" clôt ce séjour de Dumas dans les Alpes (non sans avoir prouvé à son guide qu'il est doué en saut en longueur pour franchir un cours d'eau sans pont!).
L'épilogue (pp.139-185) débute selon Dumas fin 1833 (alors qu'il s'occupait de "faire" [la pièce] Angèle), à Paris. Il s'amuse à inventer une étymologie fantaisiste pour la rue Bleu[e] où il s'apprête à emménager (à la suite d'un pari?). En tout cas, il reçoit dans son ancien logement un certain "Gabriel Payot de Chamouny", cousin de Pierre (p.144). Ce dernier lui conte son voyage à Londres, où il s'était mis en tête de livrer un couple de jeunes chamois, parce qu'un lord anglais de passage dans les Alpes avait exprimé le désir d'en payer "mille franc la pièce, rendus à [s]on parc", et avait "topé" pour ça (contrat oral scellé par une poignée de main). Au départ, notre Savoyard n'avait pas compris que l'Angleterre est une île... mais il en revenait royalement traité (avec un habit neuf et cent guinées en poche - 2700 francs au lieu de 2000 - "frais de voyage!"), et tout content d'avoir eu la permission d'appeler la femme de son hôte "Mylady" tout court, au lieu de Madame Milady comme il le faisait d'abord...). Il apporte aussi à Dumas une lettre de Jacques Balmat, qui accuse bonne réception du premier volume des Impressions de voyage. L'après-midi, Dumas s'amuse à éberluer notre Savoyard grâce au "Diorama" et à ses images de Chamonix (dispositif qu'exploitait à Paris depuis 1822 Louis Daguerre, avec des images animées à base de toiles translucides peintes).
Sans transition, "il y a quelques jours" et séjournant alors à Syracuse, Dumas en triant sa (volumineuse) correspondance tombe sur deux lettres, l'une (de Balmat) lui apprenant la mort de Gabriel Payot, puis l'autre, du fils de Jacques Balmat, l'informant que ce dernier avait disparu en cherchant le filon d'or qui l'avait obnubilé toute sa vie (septembre 1834 - il semble que son corps n'ait pas été retrouvé).
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais lu le roman ci-dessous, qui n'était pas disponible en "poche" dans mes "grandes années" de découverte de Jules Verne, il y a entre 40 et 50 ans. Alors quand j'ai aperçu ce titre dans une bouquinerie, aucune hésitation: il relèvera le challenge!
Jules Verne, Les Frères Kip, Hachette (bibliothèque verte), 1938, 256 pages
(illustrations de J[acques] Touchet)
Les Frères Kip est un "roman tardif" de Jules Verne. Il a d'abord été publié en feuilleton (durant toute l'année 1902), cependant qu'il est paru en volume en fin d'année 1902 chez Hetzel. La première partie est toute d'aventures maritimes, la seconde tient du roman de procès avec erreur judiciaire. Dans ce roman très manichéen, le lecteur sait dès le début qui sont les bons ou les méchants. Les événements débutent en 1885 et se poursuivent en 1887, avec un dénouement expédié en quelques pages dans le dernier chapitre.
En Nouvelle-Zélande, un navire anglais, le James Cook, est cloué au port faute de marins, après désertion d'une partie de l'équipage attirée par une ruée vers l'or. Son quartier-maître et l'âme damnée de ce dernier méditent de s'en emparer et se font charger par le capitaine Gibson du recrutement de quatre nouveaux marins... Page 31, j'ai appris l'existence du terme "calmir" (devenir calme, en parlant de la mer ou du vent - contrariant, pour un voilier). Divers retards ou événements contraires, donc, contrarient les projets des misérables. P.52, le quatrième chapitre fait apparaître les fameux frères Kip (hollandais), seuls survivants du naufrage de la Wilhelmina, de Rotterdam, l'ainé (Karl, 35 ans) officier de marine, l'autre (Pieter, 30 ans) chef d'entreprise, que le James Cook recueille sur l'atoll désolé où ils attendaient des secours depuis deux semaines. Les chapitres du feuilleton déroulent les péripéties: attaque de "sauvages", complot, assassinat du capitaine, nomination pour le remplacer, tempête, et pour finir, mutinerie qui échoue (chapitre 10) avant l'arrivée au port d'Hobart Town (capitale de l'Etat australien de Tasmanie).
La seconde partie commence p.119 et compte 15 chapitres. Les mutins sont jugés alors que les Frères Kip et les armateurs témoignent contre eux, quand - coup de théâtre - le quartier-maître Flig Balt (éphémère capitaine accusé de mutinerie après son remplacement par Karl en pleine tempête) accuse les deux frères du meurtre de l'ancien capitaine, resté inexpliqué, preuves à l'appui - preuves construites de toutes pièces par le sournois Vin Mad, son complice dans l'assassinat, comme sait bien le lecteur. Les Frères Kip échapperont de justesse à la peine capitale grâce au soutien de l'armateur, seul à douter de leur culpabilité, mais seront condamnés au bagne à perpétuité. Le récit alterne ensuite leur vie au bagne (diverses péripéties), la poursuite de l'enquête à la demande de leur soutien qui espère la révision de leur procès, jusqu'à leur évasion à l'insu de leur plein gré par un concours de circonstance (à bord de l'Illinois, navire américain venu arracher deux "fenians" au bagne), avant leur retour d'Amérique vers Hobart Town pour se livrer en témoignage de leur bonne foi. Le dénouement est expédié en deux pages. C'est une improbable chambre obscure qui révèlera la vérité. Les misérables matelots sont rattrapés par la patrouille (sous forme d'un aviso britannique) alors qu'il se livraient à la piraterie dans les Îles Salomon. Certains sont tués, et il n'est pas exclu que le plus canaille ait fini kai kai.
Comme dit plus haut, ce roman a été publié en 1902. mais on sait que depuis la guerre de 1870, Jules Verne avait l'habitude d'avoir des "textes d'avance". Impossible donc pour moi de savoir à quand exactement remonte la rédaction de celui-ci (aujourd'hui, cette information ne remonte en tout cas pas facilement quand on fait une recherche en ligne). L'exégèse des spécialistes verniens dispose certainement de documents auxquels je n'ai pas accès (liste de titres avec dates, évocation dans correspondance...), peut-être même publiés dans des articles ou des livres dont les textes ne sont pas disponibles facilement sur internet. On y trouve cependant que Jules Verne s'est sans doute inspiré de l'affaire des "frères Rorique", aventuriers condamnés à mort par un tribunal de Brest sous accusation d'empoisonnements de marins à bord d'une goélette en Polynésie au début des années 1890, avant qu'il soit révélé que leur fausse identité dissimulait celle des frères Degrave, d'une honorable famille belge. Pour ma part, l'emploi à plusieurs reprises en fin d'ouvrage du terme de "révision" d'un procès, que la France de l'affaire Dreyfus connaissait depuis 1896 (et la demande de l'épouse du capitaine Dreyfus), ainsi que le décès du frère de Jules Verne, Paul, en août 1897, m'amènent à me demander si ce n'est pas de cette année 1897 que daterait le début de la rédaction?
Dès 2013, dans son blog Les trucs du grenier, Bishopkiller donnait un excellent résumé du roman.
PS: aujourd'hui, je viens juste de découvrir que certains des romans de Jules Verne sont dans la Pléiade (15 titres, dans 5 -épais- volumes parus entre 2012 et 2024)! Pour ma part, pour une prochaine participation, je me contenterai d'un ou deux petits serpents de mer...
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fini de lire ce livre quelques heures seulement après l'avoir acheté (neuf!) sur un "coup de coeur" en librairie.
Frank Mayer, Tueur de bisons, Anarchasis, 2025, 121 pages
(copyright 2010 pour la traduction de l'anglais par Frédéric Cotton)
Titre original: The Buffalo Harvest (1958)
Je dirais que la lecture de cet ouvrage, qui se présente comme le récit d'un des derniers témoins et acteurs de l'extermination du bison d'Amérique, nécessite de disposer d'une grille de lecture bien ajustée afin d'en tirer tous les enseignements. La présentation de l'éditeur évoque un Frank Mayer né vers 1850 (à ce qu'il dit [de] lui-même, "faute de traces vérifiables") et mort à 104 ans en 1954, cependant que l'auteur qui consigna la publication posthume en 1958 de ses souvenirs était un certain Charles B. Roth, "journaliste affairiste du Middlewest": "il reste difficile de savoir avec certitude quand et où les propos que l'on va lire ont été délivrés". Voilà pour la véracité historique de l'ouvrage. Il n'en demeure pas moins que celui-ci présente un intérêt certain et est bien écrit ("avec une gouaille non dénuée d'auto-dérision, [Frank Mayer] rapporte le quotidien des "coureurs" de bisons lorsque, sur les pistes, ils exterminaient l'espèce")!
Nous avons bien entendu tous appris au lycée que le bison a été exterminé, en une décennie à peine, pour mettre fin au mode de vie des Amérindiens et permettre "l'ouverture à la civilisation" de leurs immenses territoires de l'Ouest américain. Ici, le "récit à la première personne" donne de la substance à cette vision "théorique". Et, en "homme d'affaires", Frank nous donne des chiffres bien plausibles sur le "pourquoi" et le "comment" de cette extermination (sur l'air de "si ce n'avait pas été moi, d'autres en auraient tiré profit").
Au départ de la "ruée vers le bison" du début des années 1870, une peau d'animal amenée en gare rapportait 3 dollars. La population de bisons étant potentiellement de 20 millions, il y avait 60 millions de dollars à disposition de qui voulait se les approprier. Nous sommes bien en Amérique, avec un capitalisme prédateur totalement désinhibé et sans aucune préoccupation environnementale à ce moment-là, mais un calcul "coût-bénéfice" clair. Il s'agit d'abattre, chaque jour, autant de bisons que les "dépeceurs" d'une petite équipe (5 hommes, dont le "patron/tireur") peuvent dépouiller de leur peau. Il s'agit juste d'être "efficace".
L'auteur nous parle au fil des pages du prix d'un bon fusil, à la fois puissant et précis à longue portée. Il assume son comportement de prédateur le plus désinhibé qui soit, avec calcul coûts-bénéfices (il est aussi capable de parler, avec le recul des années écoulées, de la loi des rendements décroissants). Il tenait compte du prix des cartouches qui, industrielles, coûtaient 25 cents, mais la moitié de ce prix en fabriquant soi-même ses cartouches (bonne poudre anglaise choisie par lui, étuis recyclés...). Au plus fort du massacre, 5000 chasseurs traquaient non pas les deux "immenses troupeaux" (nord et sud, qui ne se mélangeaient guère) décrits par l'imagerie, mais des hardes éparses de quelques dizaines à quelques centaines de bêtes menées par une matriarche qu'il s'agissait de neutraliser en premier, désorientant les autres ("animaux stupides")... jusqu'à extermination totale.
Le récit, très vivant, est illustré d'anecdotes, de quelques rencontres avec des indiens, avec des personnalités de l'époque... J'extrais (p.34) ce qu'il rapporte des dires d'un officier l'approvisionnant en munitions gratuites: "Mayer, de deux choses l'une. Soit les buffalos doivent disparaître, soit les indiens doivent disparaître. C'est seulement lorsque l'indien sera totalement dépendant de nous pour tous ses besoins qu'on pourra le maîtriser. Pour le buffalo [sic!], il est trop indépendant. Mais si on tue le buffalo, on conquiert l'indien. Ça paraît plus humain de tuer les buffalos plutôt que les indiens, alors les buffalos doivent disparaître, il a conclu."
Pour un investissement initial de 2000 dollars (pas à la portée de n'importe quel coureur de plaines), il dit avoir gagné, net, deux ou trois mille dollars les meilleures années... argent qu'il dépensait avec facilité. Une fois le "filon" épuisé et même gaspillé (certaines peaux étaient trop détériorées pour être vendues...) et les ossements de bisons jalonnant les plaines, sont arrivés d'autres hommes d'affaires avisés pour collecter lesdits os afin d'en faire des matières-premières industrielles ou agricoles. Il est ressorti de l'aventure avec... 2000 dollars, et tous ses souvenirs, dit-il.
J'inscris ce billet au challenge "American Year" 2025 chez Belette2911, ainsi qu'au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie.
Foalferie et Yan (derniers billets en 2024) ou encore Nébal etSandrine, avaient parlé d'une édition de 2013. Je n'ai pas encore trouvé de références vers celle qui vient de paraître.
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) d'abord repéré le titre et le nom de l'auteur dans le bac à livres d'occasion. Quand je l'ai pris en main et ai regardé la 4e de couv', j'ai compris que ce n'était peut-être pas totalement un livre de "navigation". Mais bon, je me le suis offert quand même... et ne le regrette pas.
Bernard Giraudeau, Le marin à l'ancre, Points N°P1041, octobre 2010, 269 pages
(copyright Ed. Métailié, 2001)
Quel contenu, alors, pour Le marin à l'ancre? Bernard Giraudeau (1947-2010) envoie à son ami Roland, cloué par la maladie dans un fauteuil roulant, des dizaines de lettres lorsque lui-même voyage aux quatre coins du monde, pour une préparation de film, un tournage, des vacances, entre 1987 et 1997... Il s'agit donc du "partage" de récits de voyages: celui qui est mobile raconte à celui qui l'est moins. L'édition "Points" est sortie deux mois après la mort de Bernard Giraudeau des suites d'un cancer combattu pendant 10 ans.
Avant de devenir l'acteur que l'on a connu, Bernard Giraudeau, petit-fils d'un "cap-hornier", s'était engagé dans la Marine nationale à 16 ans (en 1963): il a d'abord suivi les cours de l'école des apprentis mécaniciens de la flotte, à Toulon (été donc "arpète"?), avant de naviguer durant 7 ans, d'abord (durant deux ans) sur le tout neuf porte-hélicoptère école Jeanne d'Arc, puis sur une frégate et enfin sur le porte-avion Clemenceau. Il a 22 ans quand il quitte la Marine, avec deux tours du monde à son actif.
Si l'ensemble du livre n'est pas consacré à cette vie de marin, j'y ai cependant relevé un certain nombre de souvenirs distillés au fil des ans et des envois. Comme, p.38, ceux de l'attente de l'escale à Madagascar (Diego Suarez) alors qu'on est en mer (en salle des machines), qui se savourait, tellement différente d'une arrivée "brutale" en avion. Ou, plus loin, deux histoires de jeune marin en bordée (à 17 ans) et de femmes... dont il n'a pas forcément compris qu'elles attendaient de l'argent (je rappelle que les lettres sont écrites plusieurs dizaines d'années plus tard). Ou cette histoire de drame passionnel, quand un officier en principe retenu ailleurs trouve son collègue et ami en position délicate avec son épouse. Il rappelle encore que c'est sans doute Daniel Defoe qui a inventé le "mythe" du repaire de pirates et république démocratique Libertalia, toujours à Madagascar (p.50).
Les lettres sont datées et donnent des lieux d'envoi très variés: La Rochelle, Belgrade, Chypre, Cap Juby, Saint-Denis de La réunion, Sotchi, Quito, Saint-Louis du Sénégal, et bien d'autres... parfois avec plusieurs dates. On est touché par l'injonction du copain immobilisé, qui dit à un moment à l'épistolier: "tire-toi, tu me raconteras, j'ai besoin de voyager, je m'encroûte. Il y a un petit moment que tu n'es pas parti". Une dernière lettre, datée de février 2001, introduit le livre.
J'ai encore relevé, p.82-86, une jolie histoire sur le Japon: lors d'un appareillage de la Jeanne qui va quitter le Japon, sous la neige, tout l'équipage au garde-à-vous sur le pont malgré l'absence de public sur le quai, arrive un gros bouquet porté par une minuscule Japonaise... pour son amour qui part. Scène chaplinesque de l'arrivée du "bouchon-gras" (mécano) le plus laid du bateau - il trébuche en descendant la "passerelle" enneigée -, que la fille était navrée de voir partir (sans retour), ce qu'elle lui témoigne désespérément sous les yeux z'émus de l'équipage et pressés du commandant... "Ne me demande pas si l'histoire s'arrête là. Elle s'arrête là, générique de fin. Il n'y a pas de suite, jamais, chez les marins".
Survolant (p.92) le Cap de Bonne espérance (Afrique du Sud), Bernard Giraudeau imagine brièvement un trois-mâts filant grand largue sur la route des Indes...
La longueur des courriers va d'une seule page (pour les plus courts), jusqu'à des textes comportant plusieurs parties et plusieurs pages. Il y raconte ses histoires d'acteur, de tournages, entremêlés à des souvenirs de son temps de jeune marin... de ports en îles et d'îles en ports. Un passage à Marseille va évoquer le souvenir de Saint-Mandrier, avec les hâbleries adulescentes des jeunes marins camarades de chambrée... Ailleurs encore, quelques souvenirs d'escale de la Jeanne aux îles Marquise, à l'ancre et non à quai, en l'absence de port... et encore une fille. Escale à Manille (à 17 ans), où le jeune marin de 17 ans s'est retrouvé raccompagné à bord manu militari (après séjour au casino local).
Même si ce n'est pas du ressort de la marine, j'ai bien apprécié le récit de la manière dont, 30 ans plus tard, invité à un festival cinématographique aux Philippines, il a réussi à "mettre en scène" sa remise à Imelda Marcos d'une liste de prisonniers politiques (avec pour résultat sa propre expulsion dès le lendemain).
Sur une douzaine de pages (pp.229-241) et en plusieurs lettres (dont l'une écrite lors d'un trajet en bateau), il n'est pratiquement question que d'histoires de marins, entre le bizutage un peu violent pour l'un, ou le "quartier-maître" poursuivi d'escale en escale par l'hydravion d'une dame de Balboa...
C'est p.178 qu'il parle de "marin à l'ancre" et de "marin d'encre", ce qui m'a incité à creuser la polysémie du titre: un navire "à l'ancre" c'est un navire au mouillage (qui n'est pas en train de tailler sa route); mais cela peut aussi être le marin qui s'adresse à "son" ancre, celle qui, elle, ne bouge pas, quand lui part faire le tour du monde. Je ne citerai même pas pour mémoire (c'est juste de l'homophonie) l'encre qui permet au marin d'écrire s'il en a...
Et puis arrive cette dernière année 1997 où Giraudeau caresse de plus en plus, au fil des mois, l'espoir fou d'emmener son copain et le fauteuil où il est cloué jusqu'aux îles Marquise, avec l'aide de la Royale... Roland est mort cette année-là, il avait 53 ans.
Géraldine avait parlé il y a quelques années de ce livre en version audio (non intégrale) lue par Giraudeau lui-même.
Je ne sais pas si Fanja acceptera (ou non) ce titre, grâce à tous les points que j'ai montés en épingle, pour son Book trip en mer (saison 2). Quoi qu'il en soit, je ne regrette nullement le temps passé à lire cet ouvrage qui m'a touché. Pour moi, il fait écho tant à Debout! de Grégory Perrin que j'avais chroniqué jadis, qu'à L'homme qui marchait dans sa tête de Patrick Ségal... qui fait, lui, partie de ces innombrables livres depuis le début de l'année dont j'ai lu quelques dizaines de pages, sans aller ensuite jusqu'à décider qu'il fallait que j'investisse le "temps de lecture" nécessaire pour en venir à bout (avec ou sans billet subséquent). Sans oublier le film Le ruffian (1983), où Bernard Giraudeau joue le rôle du paraplégique auquel son vieux copain (Lino Ventura) rêve de rendre l'usage de ses jambes...
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais présenter aujourd'hui deux courts livres que j'ai lus récemment, sans les avoir payés bien cher. Et pourtant, il m'ont fait, chacun, forte impression, pour des raisons différentes. Je ne sais pas trop quel niveau de notoriété ils peuvent avoir dans la blogosphère...
Mark Greene, Comment construire une cathédrale, Plein jour, 2016, 95 pages
Guillaume Collet, Les mains pleines, Christian Bourgeois éditeur, 2024, 109 pages
Je commence par Comment construire une cathédrale, dont je ne connaissais ni l'auteur (ni son homonyme en feuilleton!), ni le sujet, ni la Maison d'édition, et que j'ai découvert dans une "bouquinerie associative" (basée sur le don de livres, revendus ensuite à prix ultra-doux).
L'auteur, franco-américain né en Espagne et vivant aujourd'hui en France, commence par raconter comment il a été contacté par des éditeurs pour rédiger cette "oeuvre de commande". Puis, assez vite, il évoque "Justo", qui, avec sa pelle et sa pioche, a creusé les fondations de la cathédrale qu'il avait en tête. Il tisse tout au long du livre l'histoire de cet homme qui, contrarié dans sa "vocation" de devenir moine, a décidé d'offrir à son Dieu un bâtiment pour honorer sa foi, sans le moins du monde se laisser démonter par quelque obstacle que ce soit. Un terrain familial, le soutien indéfectible de sa mère pour les contingences du quotidien (jusqu'au décès de celle-ci), la "récupération" de matériaux plus ou moins au rebut parce qu'invendables... et du temps. Une éternité: plus de 60 ans! Justo et son projet (commencé en 1961, sous Franco) ont traversé les décennies. Lorsque le livre est rédigé, Justo a 95 ans et travaille encore à son bâtiment (avec un soutien médiatique certain). Mark Green construit aussi son récit de bric et de broc, en l'entremêlant de souvenirs personnels, de récits de rencontres avec Justo, d'anecdotes arrivées à celui-ci durant la construction (une nuit passée sur le toit de l'édifice, alors que l'échelle s'était éloignée dans l'obscurité...). Mais aussi les réticences ecclésiastiques, municipales, administratives, face à la progression de son bâtiment, en-dehors de toutes normes légales concernant un édifice de cette taille, censé recevoir du public... et dont il fallait financer tant la poursuite de la construction que l'entretien de ce qui était déjà bâti. Depuis la parution de l'ouvrage, Justo Gallego Martinez est décédé (à 96 ans). D'après ce que j'ai pu lire sur internet, le bâtiment (sa "cathédrale Nuestra Señora del Pilar", située dans la province de Madrid) semble continuer à susciter des visites...
Le billet d'Ecureuil bleu en 2017 avait suscité pas mal de curiosité, sur la cathédrale elle-même plus que sur le livre (1), au contraire de celui de Lucie Combet. Le livre a même été adapté au théâtre.
Cette histoire m'a rappelé mes lectures et visions sur Les briques rouges / Bricks. En ce qui concerne la construction par un "architecte naïf" (autodidacte), on songe bien entendu au "rêve de pierre du facteur Cheval" (titre de l'article de Sélection du Reader's Digest qui m'en avait appris l'existence, il doit y avoir un demi-siècle). Lorsque Guédelon sera achevé (d'ici quelques années), qu'est-ce qui pourra être réalisé? La reconstruction des châteaux détruits en 1870 dans la Région parisienne semble exclue (notamment pour des raisons politiques). Notre-Dame vient d'être reconstruite, est-il pertinent de chercher à "construire une cathédrale" ex-nihilo (2)? Il y a déjà la Sagrada Familia et ses défis techniques à Madrid. Alors, des thermes romains? Cela a déjà été fait (en tout petit, certes). Un théâtre (ou un amphithéâtre) romain, à l'écart d'un centre urbain existant? Y aura-t-il encore un public sous le velum?
Je continue par un livre qui, lui, incite nettement moins à optimisme sur la destinée des êtres humains. Guillaume Collet, jeune trentenaire, a écrit un livre malheureusement universel, alors qu'on peut s'interroger sur la part de réalité ou de fiction qu'il contient.
Les mains pleines conte amèrement la découverte, par un jeune homme de 25 ans, qui se cherche dans des prestations improbables de cascadeur spécialisé, de l'état du couple de ses grand-parents paternels. "Famille" ignore ce qui se passe, juste que "Grand-père" et "Grand-mère" ont toujours clamé n'avoir besoin de personne, préféré voyager qu'assister aux réunions de famille, et ont suffisamment d'argent pour qu'il suffise à leur autonomie. À "Petit-fils", qui n'a pas, lui, un vrai travail prenant, contrairement à "Oncle", "Tante", "Frère" ou "Mère", à lui "le seul adulte sans horaires de bureau" (p.10), est dévolu le privilège de se dévouer pour aller voir, dans la grande maison à la campagne, ce qu'il se passe, qui sont les "nuisibles" qui perturbent "Grand-mère"...
Il s'agit d'un livre sur la vieillesse et ses naufrages, la déchéance, lorsque subsiste une écorce reconnaissable, habitée par des paroles plausibles, sauf si on prend la peine d'aller voir ce qu'il se passe au coeur de l'arbre... et quels vides sont camouflés par les apparences. C'est très bien écrit. C'est déprimant, tant ça rend bien compte des illusions, désillusions et découvertes progressives (des cadavres dans les placards...). Je vais juste donner quelques extraits.
p.73: "un grand nombre des pays visités par Grand-Père-Cendre et Grand-Mère-Cyclone sont en guerre ou en situation d'instabilité. Petit-fils ne pourra jamais y aller comme touriste. Certains ont quasiment disparu à cause des catastrophes climatiques. D'autres sont resté touristiques, si bien qu'ils ne sont plus synonymes que de foule autour de vieilles pierres. À leurs époque les grands-parents étaient presque seuls à y aller et ont pu entretenir l'illusion de leur solitude. Il y a ceux qui se font avoir et les autres."
Réflexion faite, je vous épargne la séance d'anthologie que constitue un repas pris en commun (p.62 et suivantes...). Je peux vous garantir que le livre est rude jusqu'à la fin (comme la pente - mais ici à la descente). Je pense que cette "tranche de vie" peut servir de miroir pour bien des familles contemporaines. En tout cas, même exacerbé et poussé à l'extrême, il m'a évoqué de mauvais souvenirs personnels. Mais bon, autant regarder les réalités en face, non?
J'ai trouvé quelques traces sur la blogosphère. Christlbouquine a suscité quelques réactions.
Je connaissais les exemplaires de livres estampillés "Presse", que je trouve souvent, dédicaces comprises, dans les bacs d'occasions bradés. Je connaissais aussi les exemplaires "épreuves provisoires non corrigées", censés permettre aux journalistes des mensuels, bimestriels ou trimestriels de rédiger leur article (concernant des titres encore "sous embargo") dans les délais compatibles avec leurs dates de "bouclage". Pauvres journalistes, qui, ne sachant que faire de ces mètres cubes, sont contraints de les amener par cabas entiers aux libraires spécialisés pour les troquer contre quelques malheureux euros...
J'ignorais encore, par contre, l'existence d'exemplaires spécialement dédiés aux "offices", envoyés sans qu'ils les aient demandé, comme leur nom l'indique, aux libraires! Et je remercie ma librairie de quartier de les utiliser comme "cadeau" à ses clients réguliers.
(2) Edit du 09/07/2025: depuis, j'ai découvert l'existence du "Chantier médiéval de Guyenne" qui a entrepris sous l'égide de l'association "Bâtisseurs médiévaux" de contruire ce type d'édifice, un peu à la manière du château-fort de Guédelon...
J.-H. Rosny Aîné, Romans préhistoriques, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1985, 720 pages (jusqu'à la Table des matières incluse)
Ce volume contient 10 titres (détaillés ci-dessous). La couverture est créditée: Photo Roger-Viollet. "Age de pierre" par Paul Jamin, 1899. Ses 720 pages coûtaient, en "neuf" à l'époque, 95 FF [soit... 14,48 euros en 2002, lors du passage vers notre actuelle monnaie].
Cela faisait des années que je souhaitais relire Les Xipéhuz. Alors, même 10 euros pour 720 pages de récits divers, ça m'allait tout à fait. Outre Les Xipéhuz, j'ai aussi lu et relu, au fil des ans depuis mon enfance, La guerre du feu et Le félin géant. Les autres textes ont été une découverte. Un "Avertissement" explique que les oeuvres ont été regroupées en deux sections, la première réunissant les cinq romans préhistoriques au sens précis du terme, la seconde rassemblant cinq nouvelles, dont deux appartiennent au genre "préhistorique" cependant que les trois autres illustrent la manière dont l'auteur a opéré la synthèse entre préhistoire, aventure et science-fiction...
Les textes contenus dans ce recueil d'éditeur ont été publiés sur une durée totale de 43 ans, entre 1887 et 1930. Il s'agit d'oeuvres d'inégale longueur, simple nouvelle ou vrai livre (parfois paru en feuilleton avant d'être repris en volume). Sa préhistoire, c'est du brutal, ça se massacre beaucoup, bien loin des représentations idéalisées de communautés harmonieuses de chasseurs-cueilleurs célébrant la déesse-mère sous l'égide de matriarches bienveillantes davantage à la mode dans des oeuvres du XXIe siècle. Je prends les textes dans le désordre, et commence par ce qui reste sans doute le roman le plus connu, encore aujourd'hui, de J.-H. Rosny aîné. J'indique à chaque fois la pagination dans le bouquin (mais à chaque fois sans compter la page de titre).
On connaît l'histoire de La guerre du feu (1909), qui figure dans le recueil pp.205-337. "Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. (...) le Feu était mort". Ces premières lignes peuvent rester gravées, plusieurs décennies après, dans la mémoire de lecteurs qui les avaient découvertes gamins, au même titre que le "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" (Du côté de chez Swann), le "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France" (Mémoires de guerre), ou "Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers" (La gloire de mon père). Pour partir à la conquête feu (que la tribu des Oulhamr ne sait pas produire, mais seulement conserver dans des "cages à feu"), le héros, Naoh (fils du léopard), va partir avec deux jeunes acolytes qu'il se choisit dans une direction opposée à celle que perdra son rival, Aghoo-le-velu, brute que ses deux frères aident à tuer tous ceux qui s'opposent à sa volonté. L'enjeu? La succession, le moment venu, du chef Faouhm, et sa nièce, Gammla (sans donner des haches, des cornes, des coquilles ni des fourrures!...). S'ensuivent 130 pages d'aventures, lors desquelles ils croiseront bien des tribus (les Kzamm mangeurs d'hommes, les hommes-au-poil-bleu, les nains rouges, les hommes-sans-épaules [Wah], les mammouths...) avant la fin attendue...
Jean-Jacques Annaud en a tiré un film fameux (notamment pour ses éléphants déguisés qui se bouffaient leur toison de mammouth sur le dos!).
Le félin géant (1918), pp.341-452, est le prolongement, à une génération de distance, de la guerre du feu. Aoûn (fils de l'urus) qui descend de Naoh (fils du léopard), appartient, selon la coutume, au frère de sa mère, même s'il préfère Naoh. Son meilleur (son seul?) ami dans la tribu, Zoûhr, est le dernier descendant de la tribu des Hommes-sans-épaules exterminée par les Nains-rouges. Un tremblement de terre va leur ouvrir la voie vers de nouvelles terres inconnues des Oulhamr... et les entraîner à l'aventure, pour affronter serpent géants, lions, tigres, ... voire même découvrir d'autres humanités ("lémuriens", Hommes du feu [Chelléens], tribu des femmes [Louves]?). Comme souvent, Rosny aîné énumère à longueur de pages végétaux et animaux. Et le félin géant? Il jouera le même rôle que les mammouths avaient joué pour Naoh!
Bon, c'est vrai que notre XXIe siècle a connu, avec l'ADNologie, quelques bouleversements par rapport aux connaissances sur l'humanité préhistorique telle qu'on se l'imaginait entre 1888 et 1930... Néanderthal, Sapiens, Denisoviens, Florès, Erectus, Australopithèques, Paranthropes, Nadali, ... aujourd'hui encore disputés pour certains, seront certainement (re)mis en cause par de nouvelles découvertes dans les décennies à venir!
Varimeh (1892), pp.19-97, commence par "C'était il y a vingt mille ans". Combat entre fauves, puis du fauve vainqueur et d'un homme... Notre héros, Varimeh (fils de Zom), fait partie d'une horde troglodyte. Artiste, il aime bien partir pour de longues explorations solitaires, ce qu'il fait dans le chapitre IV. Dans le chapitre VI, il croise une jeune femme étrangère (la belle Elem), et, sans aucune hésitation, l'enlève. La tribu de celle-ci les poursuit et la récupère. Il vient la reprendre au chapitre XIV. D'autres "hominina" (comme on ne disait pas au temps de Rosny!) sont rencontrés... Puis encore la guerre (pas dix ans, tout de même!), et enfin la paix (et, très certainement, ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants).
Elem d'Asie (1896), pp.571-611, après un premier chapitre et le début du deuxième, sauf erreur, identiques, aux titres près, à celui de Varimeh, résume, en quelque sorte, mais surtout abrège, l'épopée du texte précédent.
Helgvor du fleuve bleu (1930), pp.455-567, se déroule au temps de l'âge du bronze. L'histoire commence avec une éruption volcanique. Pour la calmer, un sacrifice humain est prévu par la tribu des Tzoh. La jeune Glâva (fille de Wôkr) décide de fuir pour y soustraire sa grande soeur Amhao qui devait être immolée. De son côté, Helgvor (fils de Chtrâ), d'une autre tribu, celle des Ougmar (qui a jadis affronté les Hommes de la pierre, dont les armes, plus redoutables que les haches de pierre et les massues de chêne, sortaient du feu), est en reconnaissance, accompagné de deux chiens, d'un loup et d'un enfant. Les deux chemins, bien entendu, vont se croiser. Combats... Intervention de clans d'hommes anciens... Il y eut des jours et des nuits (sic! p.544). Pour finir, Helgvor tuera en duel un rival pour gagner Glâva!
Nomaï (1897), pp.615-625. Un meurtre avec préméditation tourne le mieux du monde. Cherchez la femme... (une fois de plus!).
La grande énigme (1920), pp.655-658, constitue un court récit fantastique, une sorte de "vision"...
Eyrimah (1896), pp.101-201, se déroule, "il y a 6000 ans environ", dans la Suisse actuelle, chez ces "lacustres" dont nous savons aujourd'hui qu'ils n'étaient qu'une vision romantique de "villageois" qui construisaient leurs huttes sur les rives des lacs, et non sur pilotis "dans" ceux-ci. Encore une guerre entre deux "types" de populations, les grands blonds d'une part, les bruns, courts de taille et à la tête large, d'autre part (oui, les "types" tiennent une grande part dans ces oeuvres - et je n'aime guère le mot "race" qui y est employé à foison). Ici, c'est une apothéose guerrière. Nous allons avoir une véritable tentative d'invasion, avec défense de bastions d'abord victorieuse, puis retraite en bon ordre, recherche d'alliés et de renforts des deux côtés, des généraux plus ou moins bons tacticiens voire stratèges, des morts par centaines sinon par milliers, - pour au final aboutir à la paix et au statu quo ante bellum, avec à la clé au moins deux mariages mixtes... Tout ça pour ça.
Les hommes sangliers (1929), pp.661-684, a sans doute choqué, à l'époque. Ce qui commence comme une aventure épique à la Gustave Aymard, située dans les arrières-pays sauvages de Sumatra, tourne quand même aux mésaventures d'une jeune fille ("jufvrouw", en néerlandais?) quand elle se trouve séparée de ses compagnons d'expédition. Et là, il est quand même question de v...s! Ô innocence...
Les Xipéhuz (1887), pp.629-652, représente semble-t-il le tout premier récit "d'anticipation" mettant en scène un affrontement avec une civilisation inhumaine (mais pas forcément "extraterrestre"). L'apparition, puis l'expansion mortelle pour les humains de celle-ci amène ceux-ci, "mille ans avant le massement civilisateur d'où surgirent plus tard Ninive, Babylone, Ectabane", à réagir par une véritable guerre d'extermination, au prix de nombreuses vies humaines, pour anéantir jusqu'au dernier les Xipéhuz.
J'avais lu en bibliothèque, il y a plusieurs décennies, ce récit dans une édition qui contenait aussi La mort de la terre (ce dernier récit de SF m'avait davantage marqué, mais, lui, je l'avais retrouvé il y a bien des années déjà).
La partie "Documents" termine l'ouvrage, de la p.687 à la page 720.
J'ai prêché d'exemples (mais ai-je convaincu?) avec une manière intéressante de surmonter le défi des 700 pages: non pas un texte suivi, mais un "bouquin" contenant plusieurs titres...
Né en 1856, J.-H. Rosny aîné (de son vrai nom Joseph Henri Honoré Boex) est mort en 1940. Quand je le lisais pour la première fois, il s'était écoulé 35 ans au plus depuis son décès, et son dernier roman "préhistorique" datait seulement de 10 ans avant sa mort (ce qui étend l'intervalle jusqu'à 45 ans)... Au total, bien moins que le nombre d'années que je compte moi-même aujourd'hui! Longueur du temps...
Voici encore un bouquin que j'ai chiné il y a quelques jours en me disant (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) que sa lecture pourrait sans doute aboutir sans trop de peine à un nouveau billet pour deux challenges...
Roger Vercel & Jean Raynaud, Le Grand Pavois, Presse Pocket N°252, DL 1965 (copyright 1953, éditions France Empire), 185 pages
En fait, dans l'avant-propos, il est question du scénario d'un film homonyme, Le Grand Pavois (que je n'ai jamais vu), sorti en 1954. Les deux auteurs ont retravaillé leur scénario, pour en tirer ce qu'on appelle aujourd'hui une "novelisation", avec la possibilité d'approfondir leur récit avec des éléments qui n'avaient pu être intégrés lors du tournage. L'ambition du film, comme du livre, est d'évoquer la vie de quelques élèves de l'Ecole Navale (futurs ingénieurs / officiers de marine) lors de leur "croisière de promotion" à bord du croiseur-école qui doit les préparer à leur future carrière (dans ces années 1950). Et d'évoquer aussi, par le canal de la vie de tels ou tels de leurs "instructeurs", ledit métier d'officier de marine.
L'auteur de l'illustration de couverture de ce "Presse Pocket" n'est pas crédité. Son style me fait songer à Antonio Parras, illustrateur et bédéiste... mais à l'époque de cette édition du livre (1965), celui-ci travaillait pour la concurrence (beaucoup de couverture de la collection "J'ai Lu / leur aventure" lui sont dues...). En tout cas, cette illustration (une jolie femme en belle robe qui regarde d'un oeil enamouré un beau galonné protecteur) paraît un brin surannée quand on la regarde aujourd'hui.
Début de l'histoire: une mère de famille doit laisser le grand logement qu'elle loue à l'année en bord de mer pour aller vivre ailleurs en "pension de famille" durant les trois mois d'été: elle n'a pas les moyens de payer le prix en "location saisonnière", puisqu'elle est mère au foyer et que le ménage repose sur le seul salaire du mari, officier de marine (un beau métier qu'il aime, mais un sacerdoce qui implique des contraintes à accepter par l'épouse!). Une de ses amies a, elle, convaincu son propre mari (qui était également officier de marine) d'accepter un poste bien mieux payé, à terre, dans l'industrie en plein essor de ces années des "Trente Glorieuses". Tentation...
Le mari marin passe, en coup de vent, annoncer tout content qu'il a obtenu un beau poste: il va devenir "instructeur" lors de la croisière annuelle du croiseur Jeanne d'Arc (1931-1964) où embarque tour à tour chaque promotion de futurs officiers de marine, pour une croisière de longue durée (sept mois). Il est tout content. Son épouse comprend surtout qu'il sera absent durant sept mois. Un jeune homme de leur connaissance va, lui, embarquer comme "midship" (élève) à bord. Il est fiancé, pour sa part (mais il rêve donc d'épouser ce fameux métier). Le film, comme le livre, racontent la croisière, ses péripéties (vue par le "poste" où vivent ce midship et une dizaine de ses condisciples, parmi les 100 à 150 élèves à bord, et les officiers qui les instruisent tout en assurant la bonne navigation du navire (dont la mission est aussi de représenter la France lors de ses escales à l'étranger). Des choix devront être faits par chacun des personnages...
J'ai trouvé que ce livre était vraiment "anglé" sur le métier des "officiers", quitte à laisser dans l'ombre le rôle pourtant essentiel de leurs subordonnés, "officiers mariniers" (correspondant aux "sous-officiers" dans les autres armées, de terre comme de l'air) et matelots, pourtant indispensables, eux aussi, à la Marine, et dont chacun a ses motivations pour accepter "d'entrer dans la carrière" tout en fondant une famille à côté. À l'époque (années 1950), il n'était pas question non plus que des femmes embarquent à bord des navires de guerre (même si les premières "marinettes" ou "personnels féminins de la marine" ont servi durant la guerre de 1940 - à terre, et de préférence dans des services administratifs non combattants). Les premiers embarquements ont eu lieu dans les années 1970. Aujourd'hui, il n'y a théoriquement plus de différence entre militaires masculins et féminins (accès aux grades, aux postes, etc.). Le dernier "bastion", celui des sous-marins nucléaires, a récemment accueilli ou va prochainement accueillir ses premières sous-marinières. Pour sa part, l'écrivain Roger Vercel (1894-1957) dont j'ai déjà évoqué d'autres livres maritimes n'a jamais été marin, ni a fortiori marin de la marine nationale. Je n'ai guère trouvé d'informations sur le co-auteur Jean Raynaud (1910-1996), si ce n'est qu'il était capitaine de frégate honoraire et directeur des collections Marine aux éditions France-Empire (selon le catalogue de la BnF).
Quand le croiseur Jeanne d'Arc cité dans le livre a été désarmé (en 1964, après une ultime grande croisière en 1963), la suite (croisière de dernière année pour les élèves de "Navale" et quelques élèves d'autres Grandes Ecoles) a été prise par le "porte-hélicoptère école" Jeanne d'Arc (il a aussi repris le nom "de tradition"), resté en service sur cette mission, lui, de 1964 à 2009. De nos jours, depuis 2010, les "missions" Groupe École d'application des officiers de marine (GEAOM), appelées par tradition "Missions Jeanne d'Arc", sont assurées alternativement par l'un des trois PHA (porte-hélicoptère amphibie) français (Mistral, Tonnerre, Dixmude) [voir Wikipedia consulté le 24/06/2025]. La mission 2025 est en cours, selon la communication du Ministère des armées.
Dans Le Grand Pavois, il est aussi question des perspectives prometteuses de renouvellement des vieux navires de guerre hérités de la Seconde Guerre Mondiale (ça se déroule avant la défaite de la France en Indochine, a fortiori avant le vrai début des "événements" en Algérie), que nos héroïques officiers pourront espérer commander. En ce qui concerne les "contemporains" en activité dans la Marine à l'époque de l'oeuvre (début de carrière ou quelques années de plus), ils sont désormais en retraite voire déjà décédés je suppose, et ce ne sont même plus leurs enfants mais peut-être leurs petits-enfants voire leurs arrières-petits-enfants qui sont susceptibles de naviguer aujourd'hui!
À quand un nouveau livre, sur des thèmes un peu moins datés que les "problèmes de couples" où l'homme vit pour son métier pendant que l'épouse-mère élève les enfants à terre, pour raconter une "mission Jeanne d'Arc" contemporaine, en sous-entendant "engagez-vous, rengagez-vous" dans la Marine?
Voici deux bandes dessinées sympathiques à lire pouvant faire de parfaits cadeaux pour cette fin d'année. C'est destiné à tous les publics.
Je commence avec Signé Olrik (Edition Blake et Mortimer, 64 pages) de Yves Sente (au scénario) et André Juillard (pour les dessins), qui commence avec un cauchemar du colonel Olrik (l'ennemi juré de Blake et Mortimer). Il rêve qu'il va être pendu. Réveillé en sursaut, on constate qu'il est en prison. Pendant ce temps, un avion survolant Londres à basse altitude, envoie des tracts émanant d'un groupuscule mystérieux. La revendication principale est que le flot d'immigration soit stoppé en terre libre de Cornouailles, sinon, il y aura des représailles lors de la venue du prince héritier, Charles et de son père, le prince Philip. Et c'est à cette période que, à la demande du ministère de l'industrie anglais, le professeur Philip Mortimer présente sa nouvelle invention, une excavatrice de poche surnommée "La taupe" dont les premiers tests doivent se dérouler justement en Cornouailles. A cela, il faut ajouter la légende du roi Arthur avec un trésor et son épée Excalibur. Vous mélangez le tout et vous suivez avec intérêt cette aventure dans laquelle Olrik joue un rôle primordial en narguant nos deux héros. Cet album, le trentième, est endeuillé par la disparition d'André Juillard. Avec Yves Sente, il aura été l'auteur de 9 des 19 albums parus depuis la mort d'Edgar P. Jacobs.
Je passe maintenant à Lucky Luke que l'on retrouve comme un cow-boy stressé, il travaille trop (7 jours sur 7) et fait des mouvements qui lui donnent mal au dos. Dans Un cow-boy sous pression (Edition Lucky Comics) de Jul (au scénario) et Achdé (aux dessins), le constat est que depuis quelque temps, dans l'Ouest américain, c'est morne plaine, les saloons ferment et les gens s'en vont. La faute à quoi? Il n'y a plus de livraison de bières. C'est Lucky Luke qui devient le médiateur du conflit qui oppose, à Milwaukee, les ouvriers grévistes et les "barons de la bière", tous allemands. C'est en effet la grève dans toutes les plus grandes brasseries. Les grévistes ont comme revendications d'être augmentés et de ne pas travailler davantage que soixante heures par semaine. Je vous laisse découvrir qui va être désigné volontaire pour remplacer temporairement les grévistes. Pour la petite histoire, j'ai appris que Milwaukee était dans le Wisconsin et avait été peuplée d'abord par quelques Français et au XIXème siècle par une nombreuse population allemande. Grâce à Jul, il est rappelé que le hamburger, la saucisse de Francfort du hotdog viennent d'Allemagne, qu'Eisenhower et Trump sont d'origine allemande, etc. Un album très plaisant que je recommande.
De Luis Sepulveda, j'avais lu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) il y a quelques années, après avoir vu passer plusieurs chroniques sur des blogs, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (mais sans le chroniquer). Cette fois-ci, c'est d'avoir lu deux billets rapprochés (chez Choup et Manou) qui m'a amené à découvrir le titre ci-dessous. Merci: une fois encore, peu de jours se seront écoulés entre l'attirance vers le bouquin, son emprunt en bibliothèque, sa lecture et la finalisation de ce billet (les longs week-ends, ça aide)!
Luis Sepulveda, Histoire d'une baleine blanche, éd. Métailié, 2020 (copyright 2019, EO 2018), 117 pages
Trad. de l'espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié, dessins Joëlle Jolivet
Pour ma part, je n'ai pas retrouvé dans cette histoire de baleine l'humour qui m'avait plu dans les (mes)aventures du chat. Ce livre bleu se présente sous forme de 14 chapitres. Le premier met en scène l'auteur (en 2014, au Chili, en bord de mer), à qui un enfant lafkenche ("Gens de la mer") donne un coquillage pour qu'il y entende la voix des baleines... Puis, dans les 12 suivants, le narrateur de ce "récit à la première personne" est une "baleine couleur de lune", un cachalot, pour tout dire.
La bête raconte sa vie dans l'océan, ses interactions avec les hommes, ces êtres violents qu'elle a vus se battre entre eux à bord de navires crachant de tous leurs canons... "Il semble que les hommes sont la seule espèce qui attaque ses semblables, et je n'ai pas aimé ce que j'ai appris d'eux" (p.37). Bon, il y aurait à (re)dire à cette assertion (les chimpanzés de Gombe, pour ne citer qu'eux, ont pu se livrer à une guerre d'extermination), mais elle donne le ton du livre, dépeignant la nature comme bonne "au naturel". Notre cachalot découvre ensuite l'existence des baleiniers et de leurs harpons.
Puis intervient un événement, un vénérable cachalot lui transmet des informations sur sa mission (s'il l'accepte): guider les cétacés, une fois disparus les derniers des lafkenches (qui, eux, respectent l'ordre naturel de l'Univers), vers une sorte de paradis, loin, très loin des méchants hommes insatiables chasseurs des baleines pour leur huile. Dans les pages suivantes, on rentre plutôt dans le mythe conté que dans l'histoire. Mais un jour, notre brave cachalot commence à s'énerver et à vraiment affronter les baleinières et les harpons (pour en savoir davantage, lire Melville)...: les marins le surnomment "Mocha Dick".
Je pense que ce récit est situé au XIXe siècle, c'est-à-dire certainement bien avant que la chair des cétacés soit empoisonnée par le mercure et d'autres polluants modernes au point de rendre malades les populations qui se livrent encore, de nos jours, à une "chasse aborigène de subsistance". Le 14e et dernier chapitre, au ton impersonnel, cite l'Essex (le véritable baleinier coulé en 1820 par une attaque de cétacé), dont la tragédie (si l'on se place du point de vue des humains) a inspiré à Melville son récit de la campagne du Pequod jusqu'à l'engloutissement final (Moby Dick est paru en 1851).
J'ai découvert, à l'occasion de cette lecture et de quelques recherches subséquentes, l'existence d'un ouvrage qui serait titré Mocha-Dick ou la baleine blanche du Pacifique, de Jeremiah N. Reynolds (1839), et dont Melville se serait également inspiré: en faisant uniquement une recherche documentaire sur internet, je suis amené à m'interroger quelque peu pour savoir s'il s'agit d'un ouvrage réel publié au XIXe s., ou d'un canular littéraire bien postérieur? Il me faudrait avoir entre les mains une édition originale pour le dire (dans une bibliothèque anglo-saxonne?), tellement il peut être facile, aujourd'hui, de truquer (avec l'IA) n'importe quelle source numérique.
Ce livre à la couverture marine bleue est un joli objet, que j'ai trouvé fort lisible de par ses choix typographiques (grands caractères, police qui évoque l'impression au plomb...). Je terminerai en présentant ci-dessous trois images choisies parmi une bonne trentaine d'illustrations qui me font songer au bestiaire illustré par Honoré et à son style de dessin (par la technique en noir et blanc - ici, il n'y a pas de petit détail ironique). L'illustratrice Joëlle Jolivet pratique, elle, la linogravure et non le dessin (sauf erreur de ma part), et il n'y a pas de légende (autre que le texte de Sepulveda qu'elle illustre) à ses images.
p.88
p.61
p.64 [cette image m'a rappelé que le thème de la colonie d'animaux à protéger des humains et à guider vers un lieu éloigné de ceux-ci est présent dans la nouvelle Le phoque blanc (Kotick) de Kipling.
Elle l'est aussi dans l'ouvrage pour la jeunesse Le castor Grogh et sa tribu, d'Alberto Manzi.]
Luis Sepulveda est mort du Covid-19 en avril 2020. Il avait 70 ans. C'est l'éditrice Anne Marie Métailié qui l'avait traduit et fait connaître en France à partir de 1992 (cela a été pour moi l'occasion d'en apprendre davantage sur leurs parcours).
On pourrait dire que je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) continue juste à creuser mon trou en parlant, une nouvelle fois, d'une même oeuvre de Jules Verne. Cette fois, je mets en cause le blog Twogirlsandbooks(mais aussi Je lis, je blogue, bien sûr) pour avoir piqué ma curiosité!
Rodolphe (scénario) & Patrice Le Sourd (dessin), d'après Jules Verne (couleurs: 1ver2anes) Voyage au centre de la terre, T.1, 2023, 48 p. & T.2, 2024, 48 pages aussi
Delcourt, coll. Ex-Libris
La mention "Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse" témoigne du positionnement de ce diptyque. J'avoue que je suis loin de porter, habituellement, attention à sa présence ou à son absence dans les BD que je lis! En fin d'ouvrage, "dans la même collection", apparaissent les (minuscules) vignettes d'une quarantaine de titres. Même s'ils sont peu lisibles, je crois y avoir détecté deux autres titres verniens (Les enfants du capitaine Grant et Le tour du monde en 80 jours).
La première page de ce premier volume nous donne des plans larges d'une ville avec des ballons dirigeables dans le ciel... Ambiance rétro (cyberpunk)? Mais dès la deuxième, nous sommes plongés dans l'ambiance: il s'agit d'une BD animalière où les personnages sont... des lapins. La saga ne contiendra ni date, ni la moindre mention des humains. Mis à part cela, l'adaptation (transposition?) s'avère très fidèle à la lettre du roman d'origine, davantage que l'adaptation cinématographique dont j'avais parlé ici. On remarque également plusieurs clins d'yeux aux gravures d'Édouard Riou qui illustraient l'édition Hetzel. Un manuscrit ancien originaire d'Islande, et le cryptogramme qu'il contient, met un scientifique et sa petite famille sur la piste d'une expédition extraordinaire, un "voyage au centre de la terre" qu'aurait accompli un savant du XVIe (?) siècle. Il suffit de descendre dans le volcan (éteint) Sneffels. Et c'est parti, passant par Kiel puis Copenhague (Danemark) avant d'arriver en Islande. Après avoir recruté quelques comparses, la descente dans le cratère commence p.30. Comme je le disais, grande est la fidélité au roman, mis à part un détail léger, avec la fusion de deux personnages en un seul...
Ce tome s'achève sur un suspense insoutenable.
Cette seconde couverture est quelque peu outrancière. À moins que toutes ces armes exhibées symbolisent le courage de nos lapins face à l'inconnu? En tout cas, dès la page 6, notre trio de lapins est reconstitué, pour s'attaquer p.10 à la construction d'un radeau lui permettant d'affronter une mer intérieure... et ses divers dangers.
p.28, voici des champignons géants qui rappellent beaucoup ceux gravés par Riou:
Par contre, l'être préhistorique qu'ils surprennent réserve une surprise à nos yeux (et je ne vous en mets pas de capture d'écran!). Le reste est conforme au roman: p.35, un obstacle barre la route, décision est prise de passer quand même, les lapins l'exécutent! Mais cela provoque une catastrophe et ils sont éjectés par... le Stromboli! C'est la gloire pour le vieux savant, même s'il y a toujours quelques confrères savants pour se moquer et mettre en doute son exploit. Et la petite vie tranquille peut reprendre pour toute la famille. Toute? Oui, elle va même s'agrandir avec le guide fidèle. Admirez ci-dessous la délicatesse des sentiments matérialisée par la tendre inclinaison des oreilles (c'est bon, je sors!). Et une suite qui pourrait être envisageable...
p.46 (et dernière) du second volume.
Du même scénariste Rodolphe, j'avais chroniqué naguère L'embranchement de Rugby, dessiné par Estelle Meygand, d'après l'oeuvre de Charles Dickens.
B. Traven, Le vaisseau des morts, 1926 (EO), La Découverte, 2010, 286 pages
(première traduction intégrale, de l'allemand, par Michele Valencia, 2004)
Partant du titre original en allemand (Das Totenschiff), G**gl* Tr*nl*t* donne bêtement "Le navire de la mort". Il faut d'abord avoir lu le livre pour goûter le sel du titre. Le narrateur, un jeune marin américain, s'y exprime avec une ironie décalée et amère. En fin d'escale à Anvers du Tuscaloosa ("un vapeur de première, made in USA, avec la Nouvelle-Orléans comme port d'attache"), alors qu'il n'est pas encore descendu à terre, il sollicite des subsides pour aller tirer une bordée. "- Ne vous soûlez pas. C'est vraiment un sale coin, me recommanda l'officier en attrapant le reçu. (...) - Non, je ne tâte pas de ce poison, répondis-je. Je sais trop bien ce que je dois à mon pays, même à l'étranger. Parfaitement. Je suis un antialcoolique forcené. Vous pouvez me croire. Je le jure, la main sur le coeur.
Et me voila descendu de ce rafiot". Bref, quand il se réveille de sa nuit dans le lit d'une demoiselle, son navire a déjà levé l'ancre. Sans lui. Et il n'a plus sur lui ni argent ni papiers (restés à bord). Le voici pestiféré. La Belgique, la Hollande, la France, vont se le renvoyer d'une frontière à l'autre, sans qu'il puisse, faute de papiers en règle, embarquer sur un honnête navire dans un port, sans pouvoir non plus se faire établir de papiers. Le passage devant un consul des Etats-Unis est un moment d'anthologie. Plus tard, par le biais d'un comparse, sera même évoqué le problème des "apatrides" nés de la guerre, et le fameux passeport Nansen. Mais nous n'en sommes pas encore là. Notre marin apprend la "débrouille", les marchandises qui tombent des wagons, passe par Marseille, par le Portugal, et finit par atteindre Barcelone, y trouve même une âme charitable en attente de compagnie temporaire... et, enfin, un navire qui lui tend les bras. Nous y voilà (cette "partie II" commence p.121), il s'est enfin fait embarquer, sous fausse identité (faux nom, fausse nationalité) par un capitaine peu regardant, celui du Yorikke.
Notre jeune marin va vite déchanter, lorsqu'il se retrouve affecté comme soutier au travail infernal du pelletage du charbon et de l'évacuation des cendres. Nous sommes dans cette époque de l'entre-deux-guerre où la chauffe au mazout n'était pas encore répandue et où de nombreux "vapeurs" marchaient encore au charbon (comme le Titanic en son temps). De longues pages décrivent la misère de ce travail, avec trois "quarts" à prendre au lieu de deux, la nourriture infecte, les conditions de vie indigentes: le capitalisme, dans l'une de ses formes les plus féroces, exploite le travailleur en lui donnant juste assez pour l'empêcher de crever. Et tant pis s'il meurt à la tâche, d'un accident causé par la vétusté du bateau. Sur ce navire aux cargaisons louches, chacun a pourtant embarqué plus ou moins de son plein gré, mais sans forcément prêter attention aux subtilités de langage ("on a du fret pour Liverpool, vous pourrez débarquer là-bas" ne signifiait nullement "notre prochaine destination est Liverpool", mais "on y passera... un jour").
Il faut parler le yorikkais (un mélange, aussi interlope que l'équipage, de mots prononcés avec différents accents autour d'un "squelette" de vocabulaire anglo-saxon). Le roman comporte beaucoup de descriptions, savamment graduées pour montrer que, aussi dures que soient les choses, elles peuvent encore empirer, d'une part, mais qu'aussi rudes que soient les pressions exercées sur l'homme, celui-ci peut toujours ruser et marquer jusqu'où il n'acceptera pas de céder et transgressera les règles pour survivre. Le jeune marin trouve comme mentor un bon compagnon de misère, un peu plus expérimenté que lui, non moins apatride, mais qui ne rêve que d'une chose, c'est de travailler sur un navire américain... Ce qui permet d'autres échanges instructifs sur la destinée de ces marins dont aucun pays ne veut et qui se retrouvent ainsi prisonniers à leur bord, morts au monde. Alors que tous deux vivent dans la hantise de la baraterie finale où tout l'équipage en général, et les chauffeurs et soutiers en particulier, risqueront leur peau, les mois passent cependant, coupés de chargement et déchargement caisses d'armes de contrebande au large des côtes, ou d'embarquement de cargaisons plus officielles dans des ports. Le navire constitue le seul univers des "marins fantômes": s'ils peuvent descendre à terre lors des escales, les autorités locales veillent soigneusement à leur rembarquement avant que le bateau quitte le port. Mais il peut toujours y avoir pire (partie III, p.261)... Hélas, pauvre Yorikke(c'est bon, je sors), on te regrettera! Voici nos deux infortunés compères à bord de l'Impératrice de Madagascar pour son dernier voyage.
Le ton amer et désabusé du livre peut faire songer aux pages les plus âpres de Jack London ou d'Upton Sinclair. Ici, l'exploitation des marins (marche ou crève!) est destinée à rapporter de l'argent aux armateurs. Et les Etats sont vus comme d'insupportables égoïstes. Je remercie encore Fanja de m'avoir donné l'occasion de me pencher sur ce titre.
J'ai trouvé quelques blogs ayant parlé de ce roman: Redbluemoon, Lili. Dans le billet de Patrick Bléron, j'ai découvert qu'il existait une vieille édition dans Le livre de Poche. Selenie m'a permis d'apprendre qu'il existait un film, adaptation allemande de 1959 (avant la mort de B. Traven, donc!) sous le titre Les mutins du Yorick.
Des mystères demeurent encore sur les origines de B. Traven, écrivain et aventurier mystérieux pendant de longues décennies (sous quel nom, où et quand exactement, est-il né?). Allemand révolutionnaire, il a dû s'exiler dans les années 1920. Il a vraisemblablement connu des années de galère, qui ont sans doute autant nourri son oeuvre que ses convictions. On dit qu'il assistait incognito en 1947 au tournage du film Le trésor de la Sierra Madre tiré de son livre le plus connu (peut-être même y aurait-il fait de la figuration?).
Ce mois de mai 2025 entrecoupé de viaducs passe vraiment trop vite. Je (ta d loi du ciné, "squatter" chez dasola) n'arrive pas à tenir le rythme idéal de mes participations aux divers challenges plus motivants les uns que les autres. Ce billet va au moins réussir à cocher trois cases, en présentant un ouvrage qui réunit huit ou neuf (1) textes courts.
Joseph Conrad, Le naufrage du Titanic (et autres écrits sur la mer), Arléa, 2009, 147 pages
(textes originaux rassemblés en anglais en 1924-1926).
Le recueil (dont l'édition que j'ai eue en main ne contenait pas de table des matières) commence (pp.9-62) par les deux articles de presse datés de 1912 où Conrad, lui-même breveté capitaine au long cours de la marine anglaise, donne son opinion sur la catastrophe (alors très contemporaine) du Titanic, et sur les débats en recherche de responsabilité vus par la presse de l'époque. Rappelons que le "marketing" qui vantait le navire l'avait qualifié d'"insubmersible", et que les passagers de la traversée inaugurale comptaient nombre de millionnaires attirés par le luxe des services disponibles à bord (il "fallait être" de cet événement mondain). Ce qui provoque l'ire de Conrad, qui sait de quoi il parle, ce n'est pas tant la "fortune de mer" elle-même que ce qui est dit (par la presse, par les avocats des armateurs ou les "experts" appelés à témoigner lors des différentes enquêtes). Face aux dérobades cherchant à dégager les responsabilités, lui insiste cruellement sur les manquements à la sécurité d'une part, à la mise en cause des morts (notamment du capitaine Smith) de l'autre, et enfin sur l'hypocrisie consistant à chercher à dissimuler que les choix techniques faits correspondaient à une recherche de rentabilité financière bien plus qu'à des contraintes matérielles.
Ce qu'il met en évidence dans Sur le naufrage du Titanic puis dans Aspects admirables de l'enquête sur le naufrage du Titanic nous est aujourd'hui (plus de 110 ans et d'innombrables livres après) bien connu, mais à l'époque, sa voix autorisée a dû porter des propos très originaux. Face à ceux qui disaient qu'il aurait dû y avoir moins (et non pas davantage) de canots de sauvetage, lui défend l'idée que la drome doit offrir une place à chacune des personnes à bord des navires. Il rappelle le cas d'un navire victime d'une collision qui a coulé en 20 minutes (le RMS Douro, en 1882), cargo dont, dit-il, l'équipage presque entier a péri, mais non sans avoir préservé dans les canots de sauvetage l'intégralité des passagers et les marins nécessaires à leur armement (l'équipage était composé de marins professionnels et entraînés, et non de personnel destiné avant tout au service et au confort des passagers comme sur le Titanic...) (2). Il fustige le fait qu'ait été qualifié d'insubmersible un navire dont les cloisons dites "étanches" ne montaient pas jusqu'au pont le plus haut de la coque (en-dessous des superstructures), mais s'arrêtaient trop bas. Dans ces conditions, il est dubitatif sur la théorie avançant qu'une collision frontale et non par le côté avec l'iceberg aurait sauvé le navire. L'argument selon lequel les cloisons étanches n'auraient pu être fermées à cause des tas de charbon jonchant le sol lui paraît tout aussi fallacieux (une fermeture ne se fait pas obligatoirement par une porte coulissant de haut en bas: les ingénieurs auraient pu prévoir qu'elle se fasse de bas en haut, latéralement ou obliquement...). Il n'apprécie guère les bureaucrates...
Je dirai seulement quelques mots des autres textes, qui sont aussi liés à la mer et au voyage.
* D'abord, Noël en mer (p.103-109), un court texte qui m'a vraiment touché. Il contient le souvenir d'une belle leçon d'humanité et d'attention à l'autre donnée à Noël 1879 par un capitaine au jeune marin qu'était Conrad à l'époque (né en 1857, il avait commencé à naviguer comme mousse en 1874).
* Dans En dehors de la littérature (p.65-71), il explique pour les Terriens béotiens la sécheresse des Instructions nautiques, dont l'exactitude est primordiale et exempte de tout style littéraire ("la plus fiable des proses imprimées"), et en profite pour raconter une anecdote où il a frôlé l'échec lors d'un examen.
* Un clipper sur lequel Conrad a navigué en 1891-92 est évoqué dans Le Torrens, hommage personnel (p.75-84), dans un texte qui doit dater du tout début des années 1920 ("presque trente ans après le jour où je le vis pour la première fois").
* Le petit texte Livres de voyage (p.87-99) constitue à l'origine une préface pour ...un livre de voyages. Notre auteur fustige ici la "vulgarisation" des récits de voyages à son époque, et regrette le temps où les "aventures" vécues par les premiers explorateurs du vaste monde pouvaient faire rêver les lecteurs (ce qui a presque disparu au cours du XIXe s.). Désormais, les "voyageurs", écrit-il, ne sont plus qu'"une immense société d'individus souffrant de surmenage (dans tous les sens possibles) ou de neurasthénie qui parcourent le monde pour se reposer ou se changer les idées. (...) Les compagnies maritimes les adorent".
* De la géographie et de quelques explorateurs (p.113-139) contient quelques considérations sur les conquistadors et explorateurs souvent mus d'abord par l'appât du gain, sur la longue recherche du continent austral censé "équilibrer" notre globe, sur le bien mal nommé océan Pacifique, sur l'exploration de l'Afrique. Mais je crois qu'il s'y identifie aussi, racontant avec un brin de nostalgie, me semble-t-il comment il avait obtenu de ses armateurs l'autorisation de faire prendre à un navire qu'il commandait une route originale, ou comment il s'est retrouvé, en Afrique, navigant sur le fleuve Congo, à l'endroit qu'il avait pointé du doigt, enfant, sur une carte...
* Le voyage océanique (p.143-147) termine le recueil. On y sent la nostalgie des traversées à la voile où les passagers avaient le temps de "s'amariner" alors que le jour d'arrivée n'était pas connu avec certitude, contrairement aux navires à vapeur et à leurs quelques jours en mer cadencés et aseptisés. "La seule chose qu'on puisse dire avec certitude s'agissant du voyage en mer, c'est qu'il n'est plus ce qu'il était, que ses éléments même ont changé"...
Joseph Conrad, Polonais de naissance, et orphelin à 11 ans, s'est d'abord formé au métier de marin en France, avant de rejoindre la marine britannique. C'est en 1896 (l'année de son brevet de capitaine) qu'il adopte la nationalité britannique et commence à écrire: toute son oeuvre a été rédigée en langue anglaise.
(1) J'ai compté et recompté: je ne trouve que huit textes, même si la 4e de couv' parle de neuf...
(2) Le Douro est par ailleurs connu comme ayant transporté un trésor en pièces d'or lors de son naufrage, trésor retrouvé en 1995. À l'occasion de sa vente aux enchères en 1996, il n'est mentionné que la mort de six membres d'équipage.
Il n'y a pas qu'écureuil bleu qui peut exhiber des photos de famille de cygnes (en visitant une réserve naturelle en Gironde [33]): même à Paris, on a ça! Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaite partager quelques vues... Mais je vais aussi raconter une histoire.
L'an dernier (2024), un 17 juin, j'avais constaté l'abandon d'un nid sur lequel je voyais régulièrement (une ou deux fois par semaine), depuis quelques semaines, un cygne en train de couver. Je m'étais inquiété auprès de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) du sort des deux gros oeufs verdâtres abandonnés, mais je ne savais pas depuis quand ils l'étaient... La LPO m'avait prévenu qu'il arrivait que des oeufs soient abandonnés lorsqu'ils ne sont pas viables, ou en cas de gros dérangement.
Cette année (2025), en avril, j'ai vu un couple de cygnes revenir et restaurer le nid, sur la plateforme flottante amarrée en bord de Seine, entre péniche et quai, qui était restée à l'abandon et envahie de végétation pendant des mois. Puis il y a eu couvaison (j'ai aperçu quatre oeufs le 11 avril)... Le 15 avril, j'ai informé la LPO de mes observations. Il m'a été confirmé que l'incubation des oeufs durait entre 35 et 41 jours. J'ai quelque peu modifié mes trajets hebdomadaires pour surveiller plus fréquemment le bon déroulement des choses: nid toujours occupé, cependant que le second adulte s'absentait parfois, traversait la Seine pour aller fréquenter des mouettes ou dormir de l'autre côté plutôt qu'en flottant comme un bouchon, tête penchée, à proximité du nid...
Les semaines ayant passé, je dois dire que je m'impatientais et m'inquiétais un peu. Finalement, mardi 20 mai, il m'a bien semblé apercevoir, entre les pattes de la femelle dressée sur le nid, un genre de peluche grisâtre qui bougeait...
jeudi 22/05/25 soir mon collègue m'a envoyé la photo ci-dessous: ils étaient trois cygneaux, déjà à l'eau!
(photo DLD)
Un peu plus tard dans la soirée, je les ai "mitraillés" à mon tour.
Il reste au nid trois oeufs non éclos...
Ci-dessous, deux photos prises par mon collègue vendredi 23 en fin de journée: la petite famille en plein milieu de la Seine, m'a-t-il confirmé (la femelle a donc laissé seuls les oeufs non éclos).
(photos DLD)
J'ai encore photographié la famille de retour au bercail, samedi 24 mai, vers 18 h. Que de plastique dans ce nid!
Et ci-dessous, vers 20 h
Ce lundi midi, le nid et ses trois oeufs étaient abandonnés... (je n'ai pas fait de photo). Score final, trois sur six, donc!
J'ai été contente de trouver La loi des collines en bibliothèque (en prêt 1 semaine, c'est la politique de certaines bibliothèques parisiennes). La loi des collines de Chris Offutt (Editions Gallmeister, 284 pages) clôt la trilogie commencée avec Les gens de collines et Les fils de Shifty dans lesquels on retrouve un personnage récurrent, Mick Hardin, jeune retraité de l'armée: il était dans le département de la police de l'armée et il a combattu en Afghanistan. Avant de se retirer en Corse (si, si), il repasse par son état natal du Kentucky avec ses collines et ses oiseaux. Il n'était pas venu depuis deux ans. Il est le frère de Linda, la shérif de Rocksalt, une des villes de la région. Elle vient d'être réélue à son poste. Avec Johnny Boy Tolliver, son adjoint, Linda doit enquêter sur le meurtre de Pete Lowe, un mécanicien. Ce n'est que le premier. D'autres suivront. Linda va être grièvement blessée lors d'une interpellation et Mick va tout faire avant son départ pour trouver le ou la coupable. Son enquête va l'emmener jusqu'à Detroit dans le Michigan. Les femmes sont pas mal impliquées dans ces meurtres. Je vous laisse découvrir pourquoi et comment. Mick Hardin met aussi au jour un réseau de combats de coqs illégaux. J'ai beaucoup aimé ce roman qui se lit vit et bien. Dommage de se dire que c'est la dernière fois que l'on croisera Mick Hardin. J'ai lu quelques critiques mitigées, personnellement, je n'ai pas boudé mon plaisir. Lire le billet d'Aifelle,
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