Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais le pari hasardeux que je peux poursuivre ma participation au challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes chez Cléanthe, dont le thème pour ce mois de juin est Shakespeare. Cette fois-ci, j'arrive à respecter la consigne d'une parution de billet le 15 du mois. Par contre, j'ignore si un album de bande dessinée sera accepté (les règles ne le permettent pas... mais elles ne l'interdisent pas non plus. En fait, elles n'en font aucune mention). On verra bien?
André Juillard (dessin) & Yves Sente (scénario) d'après les personnages d'Edgar P. Jacobs, Le testament de William S.,
Les aventures de Blake & Mortimer N°24,
éd. Blake et Mortimer, 2016, 62 pages.
Voici l'un des rares albums des "suites" des aventures de Blake et Mortimer que dasola n'a pas chroniqués. Depuis la mort d'Edgar P. Jacobs, c'est (à ce jour) pas moins de cinq scénaristes et neuf dessinateurs qui ont continué à nous raconter les aventures de ses héros (essentiellement dans les années 1950). Yves Sente, notamment, continue à "boucher les trous" laissés par leur premier "biographe". Nous sommes ici en 1958.
Il est beaucoup question de descendance dans Le testament de William S. La fille d'une ancienne connaissance de Philip Mortimer est une jeune rouquine mignonne comme un coeur, dont le talent sportif (karatéka émérite) n'a d'égal que sa culture classique et son érudition (cette latiniste est spécialiste de Shakespeare). [ci-dessous demi-planche haut p.32]
Dans cet album, les protagonistes voyagent beaucoup (quelle que soit l'époque concernée), d'Angleterre en Italie, en bateau, en train, en voiture ou en avion. Mais ici, il n'est pas question de "voyage dans le temps", comme c'est le cas dans d'autres albums de cette série très orientée "science-fiction". Nous sommes plutôt dans une enquête policière cherchant, entre autres, à résoudre une énigme qui débute plus de trois siècles "before present" (arbitrairement placé, comme l'on sait, en 1950).
S'entremêlent ainsi une intrigue située en 1958 (des "Teddy boys" agressent et détroussent les honnêtes citoyens, de préférence âgés et riches), la quête d'un "trésor", dont les bases proviennent d'un legs sous condition consenti presque cent ans auparavant, à condition de résoudre un mystère: trancher une bonne fois pour toute la véritable identité de l'auteur immortel du théâtre shakespearien, et surtout empêcher les tenants de thèses opposées de continuer à s'entretuer en duel [ci-dessous, je vous mets seulement le bas des pages 24 et 25, qui se déroulent au XIXe s.]
Nos deux héros (Blake et Mortimer) se retrouvent à l'occasion d'une représentation contemporaine de la pièce Le marchand de Venise. Je ne sais pas si le scénariste a poussé le réalisme jusqu'à vérifier que cette pièce était bien représentée à Londres le jour dit (nous sommes fin août 1958)? Pour ma part, je ne l'ai pas faite, cette vérification... [extrait p.6]
Leur immortel antagoniste Olrik apparaît p.19 (extrait ci-dessous, p.21). Olrik est certes une canaille, mais qui a ici quelque chose d'Arsène Lupin: également latiniste, du fond de sa cellule de prison (où il peut recevoir des visites grâce aux bons soins d'un gardien corrompu), il résoudra une bonne partie de l'énigme et aiguillera ses complices sur ce qu'ils doivent chercher en collant aux basques de Mortimer et de sa compagne de voyage.
Près de 10% de l'oeuvre (7 planches) se déroule au XVIe siècle (textes narratifs sur fond de couleur, bleu, jaune, rose...), pendant que des documents d'époque, découverts successivement, sont traduits du latin à la volée au XXe s. par Elizabeth pour Mortimer, qui a perdu son latin (les "dialogues" dans ces vignettes qui se déroulent au XVIe s. sont très minoritaires). [ci-dessous, extrait de la p.53]
Et voilà, je n'en dirai pas plus. Je suis sûr d'avoir attisé votre curiosité avec les quelques vignettes "mal photographiées" ci-dessus.
Bon, je vous donne la clé (à choisir parmi trois!) du mystère Shakespeare?
En fait, ils était deux... qui vivaient en trouple trouble!
Pour tout savoir sur ce fier postulat, ... il ne vous reste plus qu'à lire cet album à votre tour!
Edit du 17/06/2025: bon allez, je rajoute quelques liens de blogs en ayant parlé il y a plus ou moins longtemps, et qui en disent parfois davantage que moi... (liste non exhaustive, bien entendu!). Belette2911, Gaëtane, Gambadou, Vincent, Nicolas Lamberti, le Blog à part, Fanch (dernier billet en 2019).
J'annonce tout de suite que mon article est une publicité gratuite de ma part sans contrepartie.
Cela faisait quelques années que je n'étais pas retournée m'acheter des madeleines et autres biscuits dans le magasin Bijou à Limoges. Il existe trois autres points de vente, à Brive la Gaillarde, Bordeaux, et bien entendu Saint-Yrieix la Perche (en Haute-Vienne) où sont fabriquées les madeleines Bijou depuis 1845. On fête cette année les 180 ans de la marque. À Limoges, dans leur immense nouveau local ouvert depuis un an, on est très bien accueilli. Il y a tellement de choix que l'on ne sait pas quoi choisir entre les cakes, les différents biscuits, les moelleux au chocolat et les madeleines choconoir, chocolat au lait et nature. Tout est délicieux. La particularité de la marque Bijou, ce sont les emballages en carton et les étuis individuels. En mezzanine, on peut assister à un petit film qui retrace les 180 ans de la marque et il y une petite exposition sur l'histoire de l'entreprise familiale dont le produit phare, rappelons-le, est donc la madeleine.
Quelques photos :
Il faut noter que les lustres sont en porcelaine de Limoges
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais pas pu rendre le livre D'où viens-tu, berger de Mathyas Lefebure récemment terminé, puisque les bibliothèques parisiennes étaient fermées le samedi pascal (et sont fermées de toutes manières le lundi). Du coup, j'en avais prolongé l'emprunt par voie électronique... et me suis endormi sur mon projet de billet toute une semaine! Le voici enfin. Comme l'avait signalé dasola, c'est la vision du film Bergers de Sophie Deraspe qui m'a amené à cette lecture.
Le livre commence par un appel téléphonique de Mathyas vers la France, vers un numéro qu'il a obtenu par un concours de circonstances, celui d'un éleveur de moutons. Il réussit au téléphone à convaincre de sa motivation à devenir berger son interlocuteur: on l'attendra début janvier de l'année suivante. Sauf que quand il arrive, la place a été réattribuée. Il lui est alors conseillé d'aller "se vendre" à la foire ovine de la Saint-Valentin, à Saint-Martin de Crau. Or, celle-ci n'a pas lieu à la date de la Saint-Valentin du calendrier, mais quelques jours avant. Comme dans le film, il réussit tout de même à oser "déranger" quelques éleveurs en train de boire au café, et s'attire cette question: "d'où viens-tu, berger?" (p.35). L'un des éleveurs se dévoue (comme dans le film) pour montrer son mas à un Canadien, et, comme dans le film, c'est plus compliqué qu'on ne pense d'attraper une brebis. Retour en ville, pour noyer ses chagrins dans l'alcool. Puis un coup de fil salvateur: "- Vous avez de l'expérience? - Je veux commencer comme apprenti. - Vous pouvez commencer vendredi?" (p.45). L'expérience du mas Crapule (sic!) dure 90 pages (démission et départ pour aller vers l'arrêt du car, p.135): entretemps, le berger a appris rudement les rudiments du métier de berger, au contact d'employés et d'un patron qui ont pratiqué ce métier toute leur vie parce qu'ils n'avaient aucune autre perspective d'existence, mais qui ne sont pas les plus pédagogues des hommes.
p.137, justement, il est fait mention de L'Ecole du Merle, "centre de formation de bergers accréditée en France". Mais Mathyas persiste à croire qu'il faut d'abord rêver pour devenir berger. p.140, coup de chance, l'éleveur qui lui avait posé un lapin après l'avoir attiré en France le recontacte. Le monde de l'élevage étant petit, l'éleveur a su qu'il avait démissionné du mas précédent. Cette fois, serait-ce la bonne? Le chapitre est titré "Le mas du bonheur". Là, on va effectivement lui enseigner, pendant deux mois, comment faire paître au mieux et soigner les brebis dans les différents cas de figure. Ce n'est qu'ensuite que lui et "la bergère" (l'amoureuse du début, que cette vie rêvée intéresse aussi) feront leur choix parmi les offres qui commencent à pleuvoir. La chienne Chipie (border collie), qui, à deux ans, fera sa première saison en solo, leur est fournie par l'employeuse finalement retenue. Le reste du livre relate l'alpage, là-haut, avec la solitude à deux, l'inénarrable Dudu (voisin d'alpage), la visite de la DDA (direction départementale de l'agriculture) qui prévient de la présence du loup, face au déni des éleveurs (qui devraient engager des frais conséquents à titre préventif si le loup était là... loup qu'ils accusent les écologistes d'avoir eux-mêmes introduit). Les enjeux sont brouillés: accepter la présence du loup, c'est s'interdire de le tuer, et se contenter des indemnités par bête tuée. La manifestation des bergers semble dans la réalité avoir été un événement plus conséquent qu'il n'est sous-entendu dans le film.
Au final, je dirais que les sept chapitres (piliers?) de ce livre font peut-être plus "vrais" que le film (sagesse?). En comparant celui-ci avec le livre d'origine, je me dis qu'un avocat a probablement dû lire le scénario en amont, les enjeux n'étant pas les mêmes (des centaines de milliers de spectateurs potentiels, versus un livre imprimé à combien de milliers d'exemplaires en France?). Pour essayer de me faire comprendre, je dirais que le film "raconte une belle histoire", tandis que le livre est constitué du vécu (y compris introspectif) de Mathyas, sans se voiler la face par rapport à un certain réalisme de situations (parfois lourdement répétitives), là où les "images-qui-bougent" sont parfois plus elliptiques. Les "situations" présentées dans le film figurent bien, pour la plupart, dans le livre (sauf la houlette symbolique, sauf erreur de ma part), mais elles ont été soigneusement "mises en scène", parfois édulcorées, pour construire toute une belle histoire (là où le livre semble davantage décrire un vécu "au jour le jour", en parlant de l'ordinaire ou de ce qui en sort, exceptionnellement). Le véritable Mathyas nous présente dans son livre un parcours personnel et très "intellectuel" (il se regarde quand même un peu écrire, je trouve), là où le film était (forcément) très concret et nous montrant des images du "vécu" quotidien d'un berger. Dans le livre, il tient un blog, qu'il alimente quand il le peut, sur ses découvertes du "pastoralisme", et cite Cioran à tout bout de champ. Le personnage de "l'amoureuse" est évoqué de façon suffisamment ambiguë pour qu'on ignore d'où l'auteur la connaît, si elle est québécoise ou française. Le film a fait le choix de nous montrer une jeune fonctionnaire attendrie par le parcours du Québécois. Le métier de berger "à la française" est aussi relativement "idéalisé" via le film (la transhumance "à l'ancienne", alors que le roman parle plus crûment d'un trajet en camion). Le film nous épargne la "météorisation" à la luzerne de quelques douzaines de brebis, auquel notre berger a dû faire face (pas trop tard pour le trocard). Et, dans le film encore, l'attachement du chien qui décide de l'accompagner en quittant son foyer d'origine, c'est une jolie histoire, mais pas présente dans le livre ni sans doute dans une réalité plausible.
C'est en regardant la page de garde que je me suis aperçu que le livre d'origine était bien plus ancien que le film puisque paru en 2006 au Québec. Le blog Pageparpage parle d'une récente réédition québécoise.
Après les événements racontés, Mathyas a ensuite vécu en alpage pendant 10 ans. Dasola m'a rappelé (je l'avais oublié) que quelques lignes s'affichaient bien à la fin du film pour nous en informer.
En tout cas, je crois que, pour moi, le mécanisme de découvrir un livre par curiosité après avoir vu un film qui en avait été tiré (adapté) fonctionne mieux que l'inverse (je suis trop souvent déçu quand le film n'est pas absolument fidèle au livre que j'ai en premier apprécié).
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) débute mes participations à la saison 2 du Book trip en mer de Fanja avec un petit ouvrage trouvé hier par hasard dans un Circul'livres parisien et dévoré très vite (la langue en est magnifique).
Olivier de Kersauson, Ocean's Songs, Arthaud Poche / J'ai Lu 9205,
2010 (Copyright Le cherche midi 2008), 188 pages
Ocean's Songs: chansons (ou chants) de (sur, au sujet de?) l'Océan... Le navigateur bien connu, Olivier de Kersauson, livre ici souvenirs et réflexions sur sa "carrière" (qu'il a fait le choix de creuser) de "marin du large". En fin du livre, après la douzaine de chapitres plus ou moins longs, six pages suffisent à lister son "relevé de navigation", depuis les années 1967-68 sous le commandement d'Eric Tabarly pour qui il a demandé à faire son Service national dans la Marine, jusqu'aux années 2007-2008 sur lesquels se termine l'ouvrage (il a depuis écrit encore près d'une dizaine de livres, dont en 2012 un Ocean's Song 2 que j'ignorais lorsque j'ai commencé ce billet, mais sur lequel je tâcherai de mettre la main prochainement!).
Il commence par parler, de manière quelque peu elliptique, d'"Eric", et il faut être capable de restituer "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Je me suis même un temps demandé si c'était parce que les avocats de Tabarly pouvaient se montrer chatouilleux sur l'utilisation indue du patronyme... mais il apparaît p.70. Plus loin, il explique que c'était en traversée sur un ferry qu'il a appris de la bouche du capitaine la disparition en mer de son mentor et ami.
Kersauson explique dans son avant-propos que l'idée de ce livre est né "quatre ans plus tôt", quand il a accueilli à bord de son Géronimo les deux fondateurs de Google: eux ont "apporté le monde" à chacun chez soi, quand lui avait décidé, dans sa jeunesse, de le "courir" lui-même, avec l'idée qu'une guerre prochaine risquait de l'empêcher de profiter de sa vie, comme cela avait été le cas pour les générations qui l'avaient précédé, de 1914 à la guerre d'Algérie (né en 1944, il avait 18 ans en 1962, en pleine guerre froide). Recherche ou fuite, lui a fait le choix de courir les mers sur des voiliers taillés pour la course et les records, comme équipier puis second d'abord, comme capitaine ensuite.
Il égrène ici des souvenirs et une philosophie de vie. Les contraintes concrètes de son "métier" (trouver les financements et les sponsors pour créer les bateaux "compétitifs", les armer avec matériel performant et équipage capable...), tout ce que l'on peut lire entre les lignes à condition d'avoir déjà lu sur Eric Tabarly ou sur des "skippers" plus contemporains, il n'en parle guère ici. Nous avons davantage des pages de partage d'images, d'impressions, d'avis sur des personnalités ou des personnages plus anonymes croisés ici ou là durant ces quarante ans, sur l'évolution des choses au fil des ans (un brin de nostalgie parfois? Plutôt la sagesse de savoir qu'on n'arrête pas le cours du temps, qu'il faut l'accompagner).
Kersauson a la dent dure contre le tourisme de masse et les croisiéristes qui choisissent leur destination en fonction des menus et de la cave disponibles à bord. Sa manière de nous décrire les quatre océans, les cinq continents, les sept mers (c'est moi qui chiffre!) est aux antipodes d'une projection de cartes postales. Il semble avoir une tendresse particulières pour ce qu'on appelait alors les DOM-TOM, qu'il a connues avant leur invasion touristique. Il n'a pu "accéder" aux Japonais (et le regrette).
N'étant pas radiophile, je ne crois pas avoir entendu Olivier de Kersauson aux Grosses têtes (où l'on me souffle que ses échanges avec Jean Yanne valaient le détour) - je ne doute pas qu'on puisse aujourd'hui encore en écouter des enregistrements. En m'informant sur sa bibliographie, j'ai découvert que deux de ses livres avaient été illustrés par Wolinski. Si j'arrive à mettre la main dessus, cela fera certainement l'objet d'un de mes "billets du 7" un mois ou l'autre!
En attendant, je commence petitement ce Book trip en mer avec 1 (un) point... Sauf si j'ai donné envie à d'autres de lire et chroniquer Ocean's Songs dans le mois qui vient!
P.S.: en cherchant des liens sur ce livre, j'ai eu la déception de voir qu'il y avait eu une embrouille juridique avec un "nègre" dont le contrat avait été rompu... Cf. ce que disait en 2010 Anne-Sophie.
Le Présage et Le chant du prophète sont deux romans pas rigolos du tout, surtout le second que j'avais hâte de terminer.
Je commence donc par Le présage de Peter Farris (Editions Gallmeister, 479 pages), qui se passe alternativement de nos jours et dans le passé en Georgie. Toxey Bivins, un vieux monsieur afro-américain atteint de démence, est pensionnaire dans une maison de retraite. Sa fille Cynthia qui est médecin vient lui rendre visite régulièrement. Pendant ce temps-là, des élections nationales sont en préparation. Le candidat favori est un certain Elder Reese, un homme d'extrême-droite qui va jouer un rôle important dans l'histoire. Toxey, dans ses moments de lucidité, décide de raconter une histoire du passé à Cynthia. Dans sa jeunesse, Toxey s'est pris de passion pour la photo. Grâce à un appareil prêté par l'épicier du coin, il se révèle un photographe de talent. Sans s'en douter, il va prendre un cliché d'une jeune femme dans une fête foraine. Cette jeune fille sera retrouvée morte dans une réserve naturelle qui appartient à la famille d'Elder Reese. Elle était enceinte et le bébé a disparu. Le roman est très bien construit et il nous permet de faire la connaissance de personnages intéressants comme Frida, une vétérinaire spécialiste de la faune sauvage avec des notions de pathologie. Et justement, elle remarque que les cerfs aux alentours semblent malades. Elle va prendre Toxey sous son aile. Quand je dis que le roman n'est pas gai, c'est que j'ai trouvé la fin abrupte. Je ne m'y attendais pas forcément. Car après la pluie, vient souvent la pluie. Lire les billets de Baz-art et Clete.
Je passe au roman Le chant du prophète de Paul Lynch (Editions Albin Michel, 293 pages). C'est une dystopie qui se passe en Irlande dans un futur très proche (enfin, j'espère, pas trop). Ce roman, c'est d'abord, une écriture, un style ramassé, sans respiration. Il faut applaudir la traductrice Marina Boraso. Voici les premières lignes : "La nuit est tombée et elle n'a pas entendu les coups à la porte, elle regardait le jardin par la fenêtre. L'obscurité qui enveloppe les cerisiers sans un bruit. Elle achève de recouvrir leur feuillage et le feuillage ne lui résiste pas, il accueille l'obscurité dans un murmure. La fatigue, la journée tirant à sa fin et tout ce qui lui reste à faire avant d'aller dormir, les enfants réunis au salon, ce sentiment de paix qu'elle éprouve fugacement devant la vitre... (...) S'il n'y avait pas ces coups à la porte. Elle les entend se loger dans sa conscience, la brusquerie, l'insistance qu'il y a dans ces coups, chacun semble si rempli de la présence de celui qui frappe qu'elle fronce les sourcils. Maintenant c'est Bailey qui cogne sur la porte vitrée de la cuisine, maman appelle-t-il, pointe un doigt vers l'entrée sans détacher les yeux de l'écran. La voilà qui déplace son corps dans cette direction, le bébé dans les bras, Eilish s'avance pour ouvrir et il y a deux hommes derrière la vitre de la véranda, dans le noir et ils n'ont pas vraiment de visage." (p.11). Les 293 pages sont toutes de la même écriture et l'histoire n'est vraiment pas gaie. Eilish Stack vient d'avoir un quatrième enfant. Nous sommes en Irlande et une nouvelle police secrète a été créée. Larry Stack, le mari d'Eilish, est un syndicaliste. Il est convoqué par cette nouvelle police et disparaît sans laisser de trace. Eilish est désemparée avec ses quatre enfants: Mark, Bailey, Molly et Ben, le nourrisson. Au fur et mesure que l'histoire se déroule, Eilish perd son travail, les denrées de première nécessité viennent à manquer. L'état de siège est partout entre les rebelles et les forces de l'ordre. La violence est permanente. C'est le chaos général. Je ne vous dirais rien de plus de l'histoire si ce n'est la dernière phrase : "Elle cherche le regard de Molly, incapable de trouver les mots justes, aucun mot ne peut rendre compte de ce qu'elle voudrait dire, elle ne voit dans le ciel qu'obscurité, elle la connaît bien, cette obscurité, elle ne fait qu'un avec elle, si elle ne part pas elle ne lui échappera jamais alors même que c'est à la vie qu'elle aspire, elle touche la tête de son fils et serre les mains de Molly comme pour leur promettre qu'elle ne renoncera jamais, la mer dit-elle, il faut prendre la mer, la mer, c'est la vie." (p.292-293). L'histoire est suffocante. Je n'a pas vu d'espoir. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, Eva, Nicole Grundlinger.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous propose en ce dernier jour de septembre ce qui sera, je pense, mon dernier billet sur des oeuvres signées Jules Verne comportant bateaux et navigation maritime (les précédents ici, ici et ici). Je n'ai pas trouvé en bibliothèque parisienne tout ce que je souhaitais (par exemple, une édition "texte intégral" de Bourses de voyage). J'y ai tout au moins fait deux emprunts, que je complète avec deux achats (mais je n'ai pas non plus déniché de vieilles éditions "10/18", par exemple pour Les naufragés du Jonathan).
Le "signé Jules Verne" que j'employais ci-dessus n'est pas totalement innocent. En effet, les titres que je présente aujourd'hui ont en commun d'avoir été co-écrits par tel ou tel auteur, ...ou d'avoir été ultérieurement retravaillés pour publication par le fils de Jules Verne.
L'épave du Cynthia (publié en 1885) est à part dans l'oeuvre de Jules Verne. Elle est parue sous la cosignature de notre auteur et d'André Laurie. Ce dernier nom est l'un des pseudonymes utilisés par Paschal Grousset (1844-1909). J'ai appris en consultant aujourd'hui sa notice Wikipedia qu'il était également l'auteur initial de deux manuscrits qui, retravaillés par Jules Verne, ont donné, publié sous son nom par celui-ci, Les cinq cents millions de la Begum et L'Etoile du Sud (aucun bateau dans ces deux-là). Quoi qu'il en soit, leur Epave du Cynthia constitue un roman touffu. L'exemplaire que j'ai lu provient d'une réédition de 1977 dans la collection "bibliothèque aérienne" des Humanoïdes associés (Maison davantage connue pour sa production en bande dessinée qu'en roman!). Le directeur de collection, qui signe aussi la préface, est François Rivière: je suppose (sans certitude) qu'il s'agit du romancier, éditeur, scénariste de BD... dont la fiche wikipedia le concernant ne comprend comme seul lien avec les Humanoïdes associés qu'une BD parue dans Métal hurlant. On y mentionne aussi un essai titré Jules Verne, images d'un mythe paru en 1978. - Bon, t'as fini avec tes cuistreries? Quelle est la part respective de Laurie et de Verne? - J'en sais rien. - Place à l'histoire, alors.
Un bébé trouvé dans une bouée, confié à la mer pendant une tempête, en Scandinavie? Bon sang mais c'est bien sûr, il doit s'agir de... Thorghal Aegirsson, dans la série BD du même prénom (créée par Van Hamme & Rosinski)? Ben, non.
Dans le roman L'épave du Cynthia, parfois longuet (265 pages dans la présente édition, mais lu jadis en édition jeunesse, peut-être abrégée?) et d'autres fois expéditif, il est question de marins, de bateaux, mais aussi d'expédition vers l'océan arctique. Il constitue à la fois une "quête des origines" pour un enfant trouvé, un "roman d'aventures" et un "récit de voyage". Mais le récit prend son temps pour se lancer. Nous découvrons progressivement, par les yeux de ceux qui resteront des personnages secondaires jusqu'au bout, le jeune Erik, enfant recueilli en mer (bébé de 7 mois), qui vit dans le village de Noroë (près de Bergen, sur la côte occidentale de la Norvège). Elevé comme l'un de leurs enfants par de pauvres pêcheurs, c'est, quand l'histoire commence, un écolier d'une douzaine d'années. Meilleur élève de l'école locale, il a l'opportunité de poursuivre ses études jusqu'en médecine à Stockholm, tout en passant par plaisir le brevet de capitaine au long cours... et en s'efforçant de retrouver sa vraie famille. Plusieurs navires traversent le roman: la barque de pêche sans nom du père de famille, le fameux Cynthia perdu en mer à la hauteur des Îles Feroë (apprend-on), le Vega (navire de l'explorateur Nordentskiold), le Nordenskiold parti à sa recherche en suivant la même route, l'Alaska parti à sa rencontre par le passage du Nord-Ouest avec Erik comme second (au départ), le yacht l'Albatros (un navire pirate, quasiment). C'est à la recherche d'un marin signalé par le Vega qu'Erik se lance dans son périple et y affrontera mille dangers et un mystérieux ennemi. Entre autres, navigant sur carte dans des parages qu'il ne connaissait pas, le capitaine de l'Alaska, refusant d'écouter son second, ordonne une route qui flanque le navire sur un haut-fond, et se hâte de se suicider. Plusieurs heures s'écoulent ensuite, avant qu'on s'aperçoive que les cartes avaient été trafiquées par un malfaisant! Erik, qui en décembre 1878 venait d'entrer dans sa vingtième année, deviendra suffisamment célèbre au cours de ses aventures (auteur du premier périple circumpolaire) pour que sa vraie famille le recontacte: le voilà riche héritier et libre d'épouser qui lui chante. Cette fin m'a un peu fait songer au Sans famille d'Hector Malot. Le coup de théâtre final se dénoue dans les 2 dernières pages (p.148-150, prémonition...). Au final, il m'apparaît que "l'épave" ne désignait pas la carcasse d'un navire coulé ou échoué, mais bien "ce qui restait" du navire, à savoir Erik et la bouée à laquelle était accrochée son berceau.
J'ai presque eu la larme à l'œil en voyant sur la 3e de couv' de ce livre pourtant plus jeune que moi le "triangle" orange (abondant en consignes: "Rendez vite vos livres : d'autres lecteurs les attendent... [etc.]") qui indiquait que ce livre provenait bien d'un fonds datant d'un système de prêt que les moins de trente ans ne peuvent pas connaitre... (destiné à accueillir la carte du livre, sur laquelle étaient inscrits les numéros des emprunteurs successifs et tamponnées les dates de retour). L'ouvrage est désormais tamponné "Réserve centrale", alors que son tampon précédent [Bibliothèque-discothèque (sic!) Plaisance (75014)] est rayé d'une croix.
Ce petit livre, titré L'expédition de La Pérouse sous la signature de Jules Verne, a été publié en 2020 aux éditions Magellan et Cie, en Points Aventures N°P5493 (122 pages), dans une sous-collection "Un esprit de liberté" dirigée par Fabrice Franceschi (j'aurai sans toute l'occasion de reparler de lui dans un prochain billet). Le livre ne contient que le texte, sans autres "mises en perspective". Je ne peux que supposer qu'il doit être extrait d'un ouvrage du vulgarisation auquel Jules Verne avait travaillé à la demande d'Hetzel (attention, je vais encore faire mon cuistre!): Découverte de la terre, Histoire générale des grands voyages et des grands voyageurs (en collaboration avec Gabriel Marcel), trois tomes (en 2 volumes chacun) dont le tome 2, publié en 1879, avait pour titre Les grands navigateurs du XVIIIe siècle. La Pérouse y figure au 1er chapitre de la deuxième partie ("Les navigateurs français"). Cf. Wikipedia (consulté le 30/09/2024) pour en savoir plus. Mais, c'est vrai, je n'ai pas cherché à me reporter à l'édition "complète" pour confronter les textes (tout ça est depuis belle lurette dans le domaine public). En tout cas, Jules Vernes avait déjà parlé de La Pérouse dans 20 000 lieues sous les Mers. Dans ce roman, il évoquait le lieu de naufrage du troisième navire construit à Vanikoro par les survivants de l'expédition après la perte de l'Astrolabe et de la Boussole. Il imaginait que c'était aux Îles Salomon, "sur la côte occidentale de l’île principale du groupe, entre les caps Déception et Satisfaction", par une perte corps et biens, que s'était achevée cette histoire. Dans son livre de vulgarisation, plus sérieux, il ne donne que les faits. La relation proprement dite de l'expédition de La Pérouse s'arrête p.80, avec un dernier courrier écrit à Botany Bay, le 7 février 1788. Les 42 pages finales font le point sur les recherches menées pour retrouver sa trace. Le texte (de Jules Verne et/ou de son collaborateur, si mon hypothèse est bonne) n'est pas particulièrement tendre avec Bruny d'Encastrevaux, qui commandait l'expédition de secours partie de Brest en septembre 1791 avec deux navires, la Recherche et l'Espérance, et des vivres pour 18 mois. Il semble au moins trouver que d'Encastreveaux (qui n'est pas revenu vivant de son expédition) a pu manquer de zèle pour explorer toutes les îles croisées (il n'a pas abordé Vanikoro, par exemple) et pour interroger avec suffisamment de persuasion pour qu'ils répondent les indigènes rencontrés (notamment dans l'archipel des Amis ou en Nouvelle-Calédonie). Cette "expédition de secours", si elle n'a pas rempli sa mission initiale, a du moins rapporté "une ample moisson de faits, d'observations, de découvertes dans les sciences naturelles (...)".
En Magellanie, c'est le titre et la version d'origine d'un manuscrit de Jules Verne écrit en 1897-1898 (oui, il avait de l'avance, alors qu'il paraissait un "Verne" par an!), qui a été retouché par Michel Verne et est devenu Les naufragés du Jonathan lors de sa première publication (chez Hetzel) en 1909 sous le nom de Jules Verne (mort en 1905 en laissant au moins 6 romans inédits). Le manuscrit original a été publié par la Société Jules Verne en 1987 (tirage limité), avant une édition à diffusion plus large. Mon exemplaire? Folio N°3201, 1ère éd. 1999, impression. mars 2005, 347 pages. Son contenu? On nous présente un homme d'apparence européenne âgé d'entre 40 à 50 ans, le Kaw-Djer (l'ami, le bienfaiteur, en langage indigène des Pêcherais). Il est arrivée vers 1872 en Terre-de-feu, et s'est établi sur l'île Neuve [Nueva] où il vit avec le pilote d'origine indienne Karroly et son fils sans se reconnaître ni dieu ni maître. Leur chaloupe à deux mâts porte le nom de Wel-Kiej. En 1881, suite à une définition de frontière entre Argentine et Chili (mission de l'aviso Gracias de Dios), l'île devient officiellement chilienne! C'est le coup de canon d'un navire en détresse qui retient le Kaw-Djer au bord du Cap Horn duquel il allait se précipiter. Le quatre-mâts à coque de fer Jonathan (de San Francisco) est en perdition dans la tempête, ses officiers morts ou hors d'état de commander. Il transportait 900 émigrants en route pour s'établir en Afrique du Sud sur un territoire portugais [Angola?]. Les survivants débarquent sur la presqu'île Hardy de l'île Coste. Nous sommes vers la page 200. La colonie sera fondée en terre magellanique, sous la direction d'un M. Rhodes (non, le roman ne le prénomme pas Cecil, mais Harry!). Il ne reste plus qu'à construire un phare, ce sera fait en 1890 (dix ans plus tard), et la colonie achète alors le Yacana, un steamer de 300 tonnes... Je vous passe les péripéties, les questions philosophiques sur la gouvernance d'un groupe humain, le rapport au pouvoir... Apparemment, l'utopie de Jules Verne était plus généreuse que la version donnée par son fils en ajoutant vingt chapitres et en en supprimant cinq du texte d'origine, selon ce que je comprends de la préface signée Olivier Dumas (président de la Société Jules Verne). Je rappelle que je n'ai pas lu Les naufragés du Jonathan.
J'ai même découvert par hasard qu'Ariane Mnouchkine avait tiré en 2010 de l'histoire un spectacle, Les naufragés du fol espoir, plus proche de la version de Jules Verne que du texte remanié par Michel Verne.
Très rapidement, un petit éclairage sur Le phare du bout du monde. J'ai déjà évoqué ce titre, du moins sa version en Livre de Poche (mon exemplaire, imprimé semble-t-il en 1968, m'avait été offert en 1980), en signalant ici que j'en possède désormais une autre version. Mon Folio N°4036 (266 pages), 1ère édition 1999, dépôt légal avril 2004 (même préfacier que En magellanie), donne cette fois à lire la version d'origine, avant les retouches apportées par Michel Verne. Comme c'était le premier texte sur lequel il intervenait, celles-ci avaient été nettement plus discrètes. Le manuscrit a été rédigé par Jules Verne en 1901, et le roman est paru seulement neuf mois après la mort de Jules Verne. Apparemment, Michel Verne avait mal relu les épreuves, d'où quelques coquilles. Il s'est permis quelques corrections de style. Il a aussi rajouté un "raid" de l'un des héros, le gardien de phare Vasquez pour faire sauter le gouvernail de la goélette pirate Carcante (ex-Maule) et la retarder jusqu'à l'arrivée de l'aviso Santa Fe. Mais les différences sont relativement faibles. Prenons le début du roman...
Version Hetzel (1905) / Livre de Poche [Michel Verne]
Version originelle (1999) / Folio [Jules Verne]
Le soleil allait disparaître derrière les collines qui limitaient la vue à l’ouest. Le temps était beau. A l’opposé, au-dessus de la mer qui se confondait avec le ciel dans le nord-est, quelques petits nuages réfléchissaient les derniers rayons, qui ne tarderaient pas à s’éteindre dans les ombres du crépuscule, d’assez longue durée sous cette haute latitude du cinquante-cinquième degré de l’hémisphère austral.
Le soleil allait disparaître derrière la ligne de ciel et de mer qui limitait l’horizon à quatre ou cinq lieues dans l’ouest. Le temps était beau. A l’opposé, quelques petits nuages absorbaient çà et là les derniers rayons, qui ne tarderaient pas à s’éteindre dans les ombres du crépuscule, d’assez longue durée sous cette haute latitude du cinquante-cinquième degré de l’hémisphère austral.
L'argument reste exactement le même: la bande du pirate Kongre, cachée dans une grotte pendant que se construisait un phare sur l'île des Etats, a massacré les deux collègues de Vasquez. Celui-ci a pu s'échapper et a recueilli Davis, le second du trois-mâts américain Century, naufragé parce que le phare était éteint. Kongre, seul survivant de sa bande, se suicidera.
Je crois que, cette fois, je vais en rester là pour mon book trip en mer vernien. Je n'ai pas fait de recherche systématique pour savoir si Jules Verne était ou avait été beaucoup chroniqué sur des blogs littéraires. Si les moteurs de recherche ne donnent plus de renseignements sur les blogs anciens, j'aurais pu du moins chercher dans les blogs "en lien" (colonne de droite) si "Verne" renvoie quelque chose... Je ne l'ai pas fait. En tout cas, pour que je fasse sur l'un ou l'autre roman des billets plus complets que les quelques lignes que j'ai pu consacrer à quelque 35 titres, il faudrait que ce soit dans le cadre d'un challenge (au long cours) spécifiquement dédié à Jules Verne. Les romans de Jules Verne s'inscrivaient le plus souvent dans un cadre très contemporain pour lui et ses lecteurs, même si chaque décennie qui passe nous en éloigne davantage. On pourra commémorer l'an prochain, en 2025, le 120e anniversaire de sa mort. Je songe de plus en plus à une "activité Jules Verne" (sur un trimestre, ou plus longuement?), mais j'aimerais trouver un ou plusieurs blogs pour co-organiser, en prenant en compte la richesse des possibilités (les romans, mais aussi leurs adaptations sous toutes formes (cinéma, série TV, radio, théâtre, bande dessinée, manga...), et ce qui peut être plus périphérique: biographies, expositions, suites éventuelles...). Des suggestions? Des volontaires?
Comme Alex-mot-à-mots, je conseille le nouveau roman de Jake Hinkson, Ainsi va le monde (Editions Gallmeister, 425 pages haletantes). Ce roman est paru en français en première mondiale avant même de sortir dans les pays anglo-saxons. L'histoire se passe dans la région de Chicago sur une période d'un peu plus d'une semaine. Alice Hardy, professeure d'université en théologie âgée d'une quarantaine d'années, est mariée à Greg, professeur de math, et ils ont un fils adolescent appelé Tuck. Quand l'histoire commence, Alice vient de quitter le lit de son amant. Elle est fâchée contre lui. Dehors, elle est violemment attaquée par un inconnu porteur d'un couteau qu'elle arrive à récupérer. Elle riposte et poignarde son agresseur qui tombe par terre. Paniquée, elle lâche le couteau, retourne chez son amant qui accepte de l'accompagner sur le lieu du crime et c'est à partir de là qu'il y a un enchainement d'événements qui commence avec le corps qui a disparu ainsi que le couteau. Le roman est découpé en chapitres où quatre narrateurs se succèdent. Il y a donc Alice qui n'ose bien entendu rien dire à la police ni à sa famille, Owen Pall, un détective très doué mais peu scrupuleux qui a tout vu du crime, Erik Reid, un homme dangereux plus ou moins psychopathe et Mary Margaret Holding, une vieille femme très psychologue qui va conclure cette sombre histoire pleine de folie mais très bien menée. Un excellent roman comme les deux autres polars de l'écrivain que j'ai déjà lus et chroniqués. Lire les billets ici et là.
Je (ta loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis mon "survol" de la vaste oeuvre de Jules Verne, sous l'angle "livres ou nouvelles où il est question de bateaux naviguant en mer". Cette fois-ci, après mes deux premiers billets des 18 et 29 juillet 2024, je suis sorti de ma "zone de confort" puisque ce troisième billet (qui ne sera pas le dernier comme je le présumais) aborde des romans que je n'avais, pour certain, lus (?) qu'une seule fois, il y a des décennies, ou bien des oeuvres qui n'étaient tout simplement pas accessibles dans ma jeunesse. Je rappelle que je présente dans cette série des "textes intégraux" et non des versions adaptées ou abrégées pour la jeunesse.
Je commence par présenter trois "10/18" que je possède depuis l'époque où j'acquérais mes derniers Jules Verne en "Livre de Poche". C'est Francis Lacassin qui avait lancé cette édition (à couvertures bleues là où Jack London avait des couvertures oranges), et qui les préface ou postface. L'une des raisons qui a fait que je n'ai pas été au bout de cette collection-là est sans doute l'absence des gravures présentes dans "Le Livre de Poche", peut-être le moindre intérêt des histoires par rapport aux romans "les plus connus", et sans doute enfin l'impression de "m'être fait avoir" avec des doublons.
Le titre L'île à hélice est signifiant: Standard Island, à la surface de laquelle est construite Milliard City, est en soi une structure artificielle naviguante, propulsée par deux hélices, l'une à bâbord et l'autre à tribord. Ses "passagers", qui louent à la société commerciale propriétaire (au capital de 500 millions de dollars) le droit de résider sur ce "paradis flottant" pour milliardaires (américains), sont dix mille (petit personnel compris), inégalement répartis sur ses quelque 27 kilomètres carrés (un ovale de 7 km de long et 5 km de large...). L'île possède aussi deux ports, d'où partent et où accostent les navires de service qui amènent ce qui est nécessaire ou remportent, par exemple, les décédés. Quand l'histoire commence (elle n'est pas précisément datée), l'île navigue depuis deux ans dans le Pacifique, pour que ses milliardaires bénéficient en toute saison d'un climat agréable.
J'ai trouvé que, dans cet ouvrage publié en 1895, Jules Verne se fait plus caustique et moins "romanesque". Les "héros" (presque des anti-héros), ce sont quatre musiciens "du conservatoire" (de Paris), âgés de 27 à 55 ans, qui forment un quatuor à cordes ("Le quatuor concertant", en toute simplicité) et sont partis en tournée aux Etats-Unis pour faire découvrir la musique de chambre aux Américains. Ils se font enlever pour apporter une distraction culturelle aux passagers (on leur signe cependant un beau contrat: un million de dollars chacun pour un an à bord, ça ne se refuse pas!). C'est donc à travers ces témoins assez peu signifiants que nous seront décrits divers incidents ou péripéties durant plus de trois trimestres de croisière dans les îles du Pacifique. L'auteur se positionne comme un observateur extérieur, qui narre avec distance et ironie la vie quotidienne comme les mésaventures de notre quatuor et de leur "société" (collision avec un navire anglais et indemnité extorquée sous la menace des canons d'une escadre anglaise, débarquement intempestif de fauves, cannibalisme évité de justesse, attaque de "sauvages" aux Nouvelles-Hébrides...). Mais finalement, ce qui unit un tel groupement de milliardaires - l'argent - est moins fort que ce qui les sépare et même divise (la religion, et le choix de la destination...). Une lutte de pouvoir digne des Montaigu et des Capulet aboutira à la dislocation de cet univers de privilégiés, tirée à hue et à dia par ses deux moteurs opposés. Malgré ce naufrage, l'amour triomphera...
Je crois que, lorsque j'avais acquis ce titre, j'avais dû le parcourir mais sauter bien des pages de description sans action. Même si j'avais de meilleurs yeux qu'aujourd'hui, la toute petite taille des caractères de mon édition et le manque de gravures faisaient trop de différences en terme de pages indigestes par rapport à mes chers "livres de poche". L'ouvrage comporte une postface de trois pages (en caractères encore plus petits!) par Francis Lacassin, "l'homme aux mille préfaces".
J'ai en tout cas noté avec intérêt que, il y a 130 ans, Jules Verne prévoyait que la population terrestre atteindrait six milliards en 2072 (p.50): il sous-estimait notre prolifération... De la même manière, je ne suis pas sûr que supportent la comparaison avec son île à hélice "nos" plus gros paquebots géants (record en 2024: plus de 360 m de long, jusqu'à 20 ponts superposés, près de 3000 cabines...): nous sommes étriqués dans notre logique "intensive" (entasser le plus grand nombre possible de passagers payants) là où elle s'étendait extensivement... au profit, il est vrai, de "super-privilégiés".
J'expédie rapidement ces Histoires inattendues. Je pense que l'acquisition de ce recueil de nouvelles avait dû encore contribuer à mon abandon de la découverte de "Jules Verne inattendu" dans ces titres "10/18". En effet, j'y avais retrouvé celles déjà découvertes dans Le docteur Ox ou Hier et demain (dont L'Eternel Adam et sa Virginia).
Voyons plutôt (ci-dessous) un troisième livre, plus intéressant même si la mer qui y est mise en avant (et sur laquelle va naviguer un des navires qui y sont cités)... est restée imaginaire jusqu'à nos jours!
Publié en 1905, L'invasion de la mer est le dernier roman vernien dont l'auteur a pu corriger les épreuves imprimées (son manuscrit prévoyait comme titre La mer saharienne). Le roman retrace une expédition géographique d'étude ayant pour objet de préparer la "mise en eau" des chott d'Afrique du Nord (Tunisie et Algérie), un projet réellement étudié (avant d'être abandonné) dans le dernier quart du XIXe s. Lorsqu'il écrit, Jules Verne est bien toujours dans l'anticipation contemporaine puisqu'il imagine que des travaux de génie civil ont effectivement été lancés avant d'être suspendus par la faillite de la "Compagnie franco étrangère" qui menait les projet. Quand le roman commence, un chef rebelle touareg, capturé par les spahis français, s'évade de Gabès alors que le croiseur Chanzy vient d'y arriver pour le déporter. À partir de là, il fera planer une menace sur l'expédition scientifique... jusqu'au cataclysme naturel final.
Réfugiés sur une hauteur sans pratiquement d'eau ni de nourriture, nos héros (Européens) sont secourus par... un aviso de la Marine française (le Benassir, de Tunis), premier à s'aventurer dans la nouvelle mer saharienne.
Si je devais hasarder une hypothèse à laquelle Jules Verne était bien incapable de songer faute d'éléments concrets à l'époque où il rédigeait son oeuvre, je dirais que les infiltrations d'eau résultant des travaux de génie civil qu'il décrit ont pu provoquer une "fracturation hydraulique" de roches chaudes, et par contrecoup une activité sismique cataclysmique... Un peu comme ce qui commence à se produire avec nos interventions "énergiques" en sous-sol (huile ou gaz de schiste, géothermie...) !
Dans ce même volume, ce dernier roman (qui s'y achève p.224) est suivi d'un court texte bien plus ancien, Martin Paz (p.233-309).
Petite parenthèse pour rappeler que Jules Verne avait "les idées de son temps", désormais totalement anachronique (n'est-il pas vrai?), en terme de "racisme" (sinon de chauvinisme) en général et de "judéophobie caricaturale" en particulier. Dans Martin Paz (écrit en 1851, publié en feuilleton en 1851-52, puis en volume en 1875, quelque peu remaniée), qui se déroule au Pérou et plus particulièrement à Lima, Samuel, armateur juif, a sauvé la fillette d'un marquis chilien d'origine espagnole lors d'un naufrage (le San Jose a coulé en vue de Lima), et vend sa main 100 000 piastres (dollars), lorsqu'elle est bonne à marier, à un métis (lui-même riche armateur "parvenu"), rêvant de briser la morgue espagnole. Cependant, un beau et jeune indien (Martin Paz) est amoureux d'elle, tandis que son père (Samba) rêve d'en faire le libérateur des Indiens. Samuel a vendu d'un côté aux révoltés les armes transportées par sa goélette Annonciation, et de l'autre le secret de la révolte aux autorités péruviennes. La révolte échouera et les amoureux (amour impossible!) mourront dans une pirogue précipitée dans une cataracte...
Cette édition "10/18" est précédée d'une préface rédigée par Léon Blum en 1905 (après la mort de Jules Verne) pour L'invasion de la mer, et d'une introduction de Francis Lacassin justifiant l'association des deux oeuvres séparées par une carrière de plus d'un demi-siècle.
Curieusement, je n'avais pas noté dans ces trois volumes leurs dates d'acquisition. Il faudrait que je retrouve mes vieux catalogues à grands feuillets simples à petits carreaux, tapés à la machine à une époque où j'ignorais tout de l'informatique et des bases de données. Je me rappelle qu'un de mes jeunes cousins m'avait épaté en me montrant dans les années 1980 son catalogue d'ouvrages de SF (dont je connaissais moi-même plusieurs), géré par ordinateur. Mais son père était informaticien, et le mien prof de Sciences Humaines...
Je sais en tout cas que c'est un thème estival sur les "robinsonnades" dans le système de prêt de livres de l'AMAP dont je fais partie qui, il y a quelques années (2019!) m'avait donné l'occasion d'acheter (oui, d'occasion!) et d'y mettre à disposition L'Oncle Robinson... mais je l'avais seulement parcouru en diagonale avant sa mise en circulation. L'ayant récupéré récemment, j'ai enfin pris le temps de le lire. Il s'agit d'une sorte de "brouillon" de L'île mystérieuse. Le thème du récit (aventures d'une famille, et d'abord d'une mère et de ses trois jeunes enfants, soutenus par un matelot dévoué - c'est lui, "l'oncle Robinson" -, échoués sur une île après une mutinerie à bord du Vankouver, trois-mâts canadien de 500 tonneaux parti d'Asie vers San Francisco) n'a pas été accepté "tel quel" par Hetzel en 1870. Jules Verne a donc changé son fusil d'épaule et réemployé une bonne partie des péripéties, laissant ce manuscrit-là inachevé. C'est seulement en 1991 qu'il a été publié (il n'était donc pas disponible dans ma jeunesse!).
J'ai découvert à cette occasion l'existence de "continuations" de Jules Verne par David Petit-Quénivet (en 2021 et 2023), un auteur contemporain breton, dans ce qu'on appellerait des "fan fictions" si elles concernaient des "oeuvres pour la jeunesse" de type Harry Potter ou... des manga!
J'avais repéré Les forceurs de blocus grâce à plusieurs blogs. C'est plutôt une nouvelle qu'un roman, rédigée et publiée en feuilleton en 1865, reprise avec quelques variantes en volumes en 1871. Dans mon édition "texte intégral" (Librio 2 euros, 120 pages), le texte de Jules Verne s'arrête p.89, et il s'agit clairement d'une édition destinée aux "scolaires" avec son "dossier Librio+" (Guerre de Sécession et esclavage...). Le Delphin est mis à flot le 3 décembre 1862. Ce navire de quinze cents tonneaux à coque d'acier, muni de deux hélices, est conçu comme une spéculation par ses armateurs de Glasgow (Ecosse): il s'agit d'aller livrer à bon prix munitions de guerre, vivres et habillement au Sud, et de revenir du voyage avec le chargement de coton brut dont les manufacturiers de Grande-Bretagne ont désespérément besoin. Mais parmi l'équipage embarquera un couple improbable d'aventuriers, avec un hercule qui est tout sauf marin et le travestissement d'un jeune mousse qui ne résistera pas longtemps à la perspicacité du jeune et hardi capitaine... Enfin, l'amour sera au rendez-vous dès le retour à bon port, "mission accomplie".
Moi qui fais partie des lecteurs capables d'avaler sans sourciller des "pavés" de 650 pages et plus, j'avoue avoir un peu tendance à considérer de haut les petits "livrets" d'une centaine de pages commercialisés avec un "prix d'appel" attractif, en neuf, sur leur couverture (ici "Folio 2 euros"). Mais bon, je ne vais pas me révolter pour autant (d'autant moins si je les achète d'occasion), laissons cela à d'autres. Justement, Les révoltés de la Bounty raconte sous la plume de Jules Verne (?) la mutinerie aujourd'hui bien connue par de nombreux autres récits. Cette nouvelle se termine p.45, tandis que Maître Zacharius(non annoncé en couverture ni sur la tranche du livre!) va de la page 49 à la page 111. Jules Verne a acheté 300 francs-or le manuscrit d'un autre auteur avec qui il avait collaboré sur un ouvrage de vulgarisation, et l'a "relu et corrigé" (?) avant de le publier sous son propre nom, en 1879, pour compléter un volume d'Hetzel. Mon édition n'a pas pris la peine de signaler les différences avec le texte original de Gabriel Marcel. Je n'ai rien appris là-dedans que je ne sache déjà sur l'histoire de la/du Bounty et des différentes composantes de son équipage (je venais de lire Les révoltés de la Bounty: l'Odyssée de la Bounty de C. Nordhoff et J.N. Hall [non chroniqué], après d'autres livres ou d'autres films lus ou vus de longue date). Bon, malgré tout, c'est tout de même une nouvelle signée Jules Verne...
Un drame au Mexique: je rajoute pour mémoire les quelques dizaines de pages de cette nouvelle de jeunesse, publiée en 1850 sous le titre Les débuts de la marine mexicaine dans le Musée des familles (qui, vérification faite et contrairement à ce que je pensais, n'a jamais appartenu à Hetzel), retravaillée par Jules Verne en 1876 en vue de sa publication en volume pour compléter (p.341-368) celui titré Michel Strogoff (oeuvre où il n'est de navigation que fluviale ou sur le lac Baïkal). Dans Un drame au Mexique, que je n'avais jamais lu jusqu'à aujourd'hui (je dis bien: aujourd'hui!), nous sommes en octobre 1825. L'Asia, vaisseau de haut bord, et La Constanzia, brick de huit canons, ont quitté l'Espagne depuis plus de six mois à destination des Iles de la Sonde. Les équipages se mutinent avec l'idée de "revendre" les navires dont ils viennent de s'emparer à la récente Confédération du Mexique, tout juste indépendante mais dépourvue de marine pour se défendre contre les Espagnols, et rejoignent le port d'Acapulco pour cela. De là, les deux principaux mutins, dont l'assassin d'un des capitaines, entament par voie terrestre un périple vers Mexico (siège du gouvernement mexicain, qui doit finaliser le marché). Des vengeurs leur barreront la route.
Edit du 09/04/2025: je viens tout juste de découvrir qu'une édition en texte intégral, téléchargé et annoté par une blogueuse (Erwelyn), est disponible sur son blog.
Finalement, j'ai encore à ma disposition un ensemble hétéroclite de livres (achetés très récemment voire empruntés en bibliothèque sans que j'aie eu le temps de les lire...), qui devra donner lieu à un ultime billet "Jules Verne maritime" en septembre!
PS du 04/09/2024: je viens de retrouver et valider le commentaire d'Aifelle du 15 août. Mes excuses aux abonné(e)s du "blog de dasola" qui, comme elle, avaient reçu une notification largement prématurée de parution du présent billet par suite d'une mauvaise manip' de ma part!
J'ai pris grand plaisir à lire le nouveau roman de Benoît Séverac, Le bruit de nos pas perdus (Edition La manufacture de livres, 284 pages), dans lequel on retrouve le commandant Cerisol et son équipe composée de Nicodemo, Grospierres (un pro du taekwondo) et une nouvelle venue, Krzyzaniak. Ils font partie de la brigade criminelle de Versailles. Cerisol est marié à Sylvia, une femme déficiente visuelle qui est partie au Japon pour une compétition handisport. Elle est accompagnée de sa chienne Djouk. Les deux enquêtes sur lesquelles enquêtent l'équipe sont, d'une part, le suicide présumé d'Emilie Vaudrey, une jeune femme pleine d'avenir mais peut-être atteinte d'un mal incurable, et d'autre part, un cadavre momifié dans du film plastique retrouvé dans un caveau qui a été vandalisé dans le cimetière de Versailles. Par ailleurs, Benoît Séverac commence son roman avec l'histoire d'Amos, un Tchadien qui a fui son pays avec sa femme et leur fils. La femme et le fils sont malheureusement décédés avant d'atteindre l'Europe, victimes de passeurs. On va comprendre au bout d'un moment quel est le lien entre l'histoire d'Amos et l'une des deux enquêtes. Sur un plan personnel, Cerisol est inquiet car il ne parvient pas à contacter Sylvia au Japon. Je ne vous en dis pas plus. Un roman très agréable à lire que je vous conseille tout comme La petite souris.
Robert Heinlein, En terre étrangère, Robert Laffont, 1970, 488 pages
(traduction Franck Straschitz, titre original Stranger in Strange Land, 1961)
Les 15 lignes de présentation du livre en 4e de couverture (que je vous épargne!) sont factuellement exactes mais ne rendent guère compte que des premières dizaines de pages de ce long ouvrage. Le pitch? Un orphelin né sur Mars des membres de la première expédition vers Mars (envoyée 8 ans après l'établissement de la première colonie sur Luna [sic!]) est ramené sur terre, après un quart de siècle, par la deuxième expédition. Je laisse la parole au capitaine van Tromp, essayant de mettre les choses au point avec le Ministre des Affaires Scientifiques qui souhaiterait que professeurs et médecins l'examinent (p.13):
"- [Michael] Smith - n'est - pas - un homme.
- Hein? Expliquez-vous mieux que ça, capitaine.
- Smith est une créature intelligente, avec une hérédité humaine, mais il est plus martien qu'humain. Nous sommes les premiers hommes qu'il ait vus. Il pense comme un Martien, a des émotions de Martien. Il a été élevé par une race qui n'a rien en commun avec nous... même pas le sexe. Malgré son hérédité humaine, le milieu dans lequel il a vécu a fait de lui un Martien. (...)".
Les premières dizaines de pages se présentent comme les aventures d'un journaliste et d'une infirmière qui tentent d'entrer en contact avec Michael, alors que celui-ci était "mis sous le boisseau" par les instances gouvernementales. Un faux "martien" est présenté publiquement à la télévision, le journaliste qui enquêtait disparaît, l'infirmière kidnappe le vrai martien... et l'amène chez un personnage plein de capacités (avocat, docteur, écrivain...), Jubal Harshaw. Celui-ci va tirer toutes les ficelles (juridiques, politiciennes, médiatiques...) pour assurer à Michael liberté et moyens d'existence (en le faisant reconnaître comme "légalement" propriétaire de Mars mais aussi héritier de ses parents biologiques, qui avaient inventé et breveté entre autres le moyen de propulsion interplanétaire...). Mission accomplie p.248. La phase d'apprentissage "terrienne" de notre héros peut alors commencer, dans la maison de Jubal et en contact avec les quelques hommes et femmes à son service. Si Michael a des capacités hors normes transmises par les Martiens (télépathie et télékinésie - incluant la "dématérialisation" hors de l'espace visible d'objets ou êtres animés "dangereux"), ses "émotions" sont à des années-lumière de celles ayant cours sur Terre.
L'action progresse fréquemment sous forme de dialogues ou de discours, rarement de Michaël, mais plutôt de son entourage. Jubal (le "deux ex machina", intelligent, ayant à sa disposition bien des moyens) n'est-il pas le "porte-parole" principal de Heinlein? Finalement, Michael lui-même va se révéler comme le "prophète" d'une nouvelle Eglise, fondée sur le partage total... de l'amour physique et de l'extase mentale dans le but d'acquérir une compréhension englobante, totale et partagée de l'univers ("vous gnoquez?"). Il aura ses fidèles (tant ses compagnons "terriens" de la première heure que des personnes qu'il aura identifiées comme capables d'accéder à l'esprit martien), mais se laissera martyriser...
Rappelons que ce livre a été publié dans l'Amérique de 1961! Bien avant 1968 (pour le côté liberté des moeurs), et dans un contexte où il était sans doute difficile de "jeter au panier" les religions du Livre. Je me suis étonné de ne pas trouver, dans les analyses faites par des exégètes de l'oeuvre de Heinlein, la moindre allusion au fait que Moon ou Ron Hubbard auraient pu être visés "par ricochet" dans ce livre plutôt "relativiste" en ce qui concerne toutes les formes de religions humaines. J'ai vu qu'en 1961, Heinlein avait dû raccourcir son livre d'un quart à la demande de son éditeur américain. Je ne sais pas si la version complète publiée par sa veuve en 1991 a depuis été traduite en français ou non.
La forme de cet ouvrage, où les "aventures" ne prennent pas forcément le pas sur l'expression d'une certaine vision de la marche de la société, analysée lors de longs discours ou dialogues souvent caustiques entre personnages à l'esprit vif, m'a rappelé d'autres oeuvres de Heinlein que je connais de plus longue date: les dialogues avec le "patron" qui évoquent ceux de Vendredi (1982), par exemple. Mais En terre étrangère est plus "fort" en ce qui concerne la matière "religieuse" que le roman "comique" Job, une comédie de justice (1984). Il faudrait que j'essaie de relire en 2025 Le chat passe-muraille (1985), dont j'avais abandonné il y a des années la lecture au bout de quelques dizaines de pages (cet abandon m'avait amené à faire une pause dans ma découverte de l'oeuvre heinleinienne - mais je l'ai aperçu récemment sur une étagère de ma pochothèque, sous un peu de poussière...).
Voir (entre autres) les billets de Xapur, Lutin82, Adlyn, Fonduaunoir (non commentable). Fanja avait lu en 2010 la version anglaise.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) change mon fusil d'épaule par rapport au livre que je pensais présenter aujourd'hui dans le cadre de mon challenge marsien: j'ai besoin de lectures complémentaires pour l'autre! Bref, voici donc maintenant une des nombreuses oeuvres de Philip K. Dick (1928-1982, auteur déjà abordé en lien avec Mars ici et là), présentée "à ma sauce".
Philip K. Dick, Glissement de temps sur Mars, J'ai Lu N°3360,
imprimé en 2014 (318 pages), traduction Henry-Luc Planchat pour Robert Laffont en 1981
(VO 1964 sous le titre Martian Time-Slip)
Glissement de temps sur Mars ne fait pas que présenter la vie difficile sur Mars où l'eau est une ressource rare et contingentée par l'ONU, où les produits manufacturés importés de la Terre sont hors de prix (marché noir), alors que la terre en restreint l'export-import afin que ses "colonies" soient le plus autonomes possible si les voyages intersidéraux devaient s'interrompre, où "réparateur" est un métier recherché et plutôt bien payé, à condition d'être professionnellement au niveau requis, c'est-à-dire capable d'à peu près tout réparer. Des ingrédients variés figurent dans la recette (Banana-split?) de l'histoire: plusieurs couches se superposent, entre la présentation d'une Mars déjà colonisée par les humains, un focus sur quelques personnages plus ou moins centraux qui interagissent les uns avec les autres, et une image de monde gangrené par la schizophrénie de quelques-uns.
Nous sommes sans doute une ou deux décennies (1994?) après l'arrivée (en 1970) des archéologues terriens sur Mars qui y ont étudié l'antique civilisation martienne et sa disparition. Désormais, la planète est divisée selon des zones coloniales organisées en communautés nationales, idéologiques, religieuses ou professionnelles, plus ou moins repliées sur elles-mêmes sous la supervision lâche de l'ONU. Nous comprenons qu'il y a des problèmes avec les (rares) enfants martiens, cependant que subsiste une présence résiduelle d'indigènes (oui, des pré-humains) plus ou moins semblables aux aborigènes d'Australie.
Avant tout l'ONU souhaite que les colonies puissent être autonomes si les communications interplanétaires devaient être interrompues, et restreint le commerce interplanétaire. D'où aussi la présence d'un fructueux marché noir. Nous faisons connaissance avec un caïd plein d'égo qui trône sur un système mafieux qu'il a patiemment mis en place sur Mars: syndicat aux ordres, monopoles du marché noir, pressions politiques et lobbies au service de ses intérêts.
Bien d'autres problématiques sont évoquées dans cette fiction (très riche en thématiques variées selon les "grilles de lecture" de chacun), outre le marché noir: respect de la loi ou "débrouillardise" en fonction de rapports de force, politique et lobbies, place des personnes "différentes", autisme et maladies mentales, eugénisme, racisme et relations aux "peuples premiers" (oui, il y avait des indigènes sur Mars avant qu'y arrivent les humains de la terre!)... Cette vision plutôt amère d'un avenir marsien évoque plus généralement l'inadaptation sociale de certains humains à leur milieu de vie.
Pour "éduquer" ses enfants, Mars utilise des "machines éducatives" (genre de robots inspirés d'une personnalité historique, reliés à un "système central"). L'école communale (p.95-97) "n'était pas faite pour informer ni pour éduquer, mais pour modeler les enfants, et d'une manière sévèrement restrictive. Elle était le lien qui les unissait à leur héritage culturel, et elle colportait cette culture tout entière dans la jeunesse. les élèves y étaient soumis, car le but était la perpétuation de la culture, et le moindre trait particulier qui pouvait pousser un enfant dans une autre direction devait être éliminé". L'un des héros juge que cette école, qui "embaume" les valeurs d'une société alors que celles-ci changent continuellement, "était névrosée. Elle désirait un monde exempt de toute nouveauté, de toute surprise."
Je choisis de vous présenter une autre citation, p.213:
"- June, combien as-tu eu de liaisons?
- Six, répondit June Henessy.
- Mon Dieu, s'exclama Silvia. Et moi, pas une seule..
- Certaines femmes ne sont pas faites pour ça.
Silvia ressentit cette déclaration comme une insulte personnelle, pour ne pas dire franchement anatomique.
- "Que veux-tu dire?
- Qu'elles ne sont pas psychologiquement constituées pour cela, expliqua June d'un ton désinvolte. Il faut un certain type de femmes capables de créer une illusion complexe, et de la soutenir, jour après jour. Toi, tu es différente. Ton esprit est simple et direct, tu n'as pas de penchant pour la supercherie. De plus, ton époux est charmant." Elle accentua la force de son jugement par un haussement de sourcils."(1)
J'attends de voir, lectrices, lesquelles parmi vous sauteront le plus haut en lisant mes citations (absence de gravité...).
Sur l'histoire du livre, vous pouvez consulter wikipedia ou ce qu'en disent d'autres blogueurs. Par exemple, Les chroniques du chroniqueur, Erwelyn, le blog d'Argoul (mais les commentaires y sont fermés), les carnets de bord de Cachou (dernier billet en 2020), Sandrine (Tête de lecture)... (liste non exhaustive).
(1) Suite de l'échange après quelques lignes, à la page suivante: "Si tu limites ton expérience affective à ton mari, déclara June Henessy, tu n'as pas de point de comparaison pour appuyer ton jugement, tu es plus ou moins cantonnée à ce qu'il peut t'offrir, mais si tu couches avec d'autres hommes tu pourras mieux discerner les carences de ton époux, et cela t'aidera beaucoup à le regarder d'une façon objective. Et tu peux insister pour qu'il modifie ce qui doit être changé en lui. De ton côté, tu peux constater quelles sont tes imperfections: en compagnie de ces autres hommes, tu peux apprendre à t'améliorer afin de mieux satisfaire ton mari. je ne vois pas qui est perdant dans tout cela."
Le livre date de 1964, rappelons-le...
J'avais découvert Alaa El Aswany avec L'immeuble Yacoubian (et ses habitants). J'ai lu aussi Automobile club d'Egypte qui m'avait aussi bien plu. Avec Au soir d'Alexandrie (Editions Actes Sud, 374 pages) paru en 2024, El Aswany nous fait vivre à Alexandrie en 1964 pendant le gouvernement de Gamal Abdel Nasser (1918-1970). Il se concentre sur un petit groupe d'hommes et de femmes qui se rencontrent régulièrement dans le bar d'un restaurant nommé Artinos, du nom du fondateur. C'est désormais sa fille, Lyda qui dirige l'établissement avec l'aide de Carlo Sabatini qui fait office d'homme à tout faire, de barman, et est aussi un homme à femmes mariées. Les autres personnages sont Chantal, une française qui dirige la librairie Balzac, Tony, originaire d'Anatolie et fondateur d'une chocolaterie. Il dirige son entreprise avec beaucoup d'humanité. Il y a aussi Abbas, un avocat, et sa femme Noha, et puis un peintre appelé Anas. Tout ce petit monde parle de choses et d'autres, du mariage, de l'amour, de littérature, de peinture mais aussi de politique. En effet, les décisions de Gamal Abdel Nasser ne font pas l'unanimité dans ce groupe surnommé "caucus". Ils vont vivre des moments éprouvants. On comprend que El Aswany n'a pas beaucoup de sympathie pour le dirigeant égyptien. Le roman est très plaisant à lire avec une galerie de personnages intéressants. El Aswany est vraiment un conteur de talent. Je conseille, tout comme Karine:).
Voici un beau film que je conseille absolument. J'espère que Le joueur de go de Kazuya Shiraishi est distribué dans toutes les bonnes salles en France. Il sort aujourd'hui, mercredi 26 mars 2025. L'histoire se passe à Edo (l'ancien nom de Tokyo) en 1871. Kakunoshin Yanagida, un Ronin (un samouraï errant), vit chichement avec sa fille. Ils ont du retard dans leurs loyers. Yanagida est veuf. Plusieurs années auparavant, Yanagida avait été contraint de quitter le service de son maître suite à une fausse accusation de vol. Depuis, il est devenu graveur de sceaux et il joue au jeu de go (qui se joue agenouillé) où il excelle mais il n'ose pas le montrer. Il exerce son métier de graveur et sa passion de jouer avec honnêteté et sincérité. Un jour, son passé le rattrape et tout bascule pour lui et sa fille. J'ai été fascinée par la manière dont les joueurs posent les "pierres" blanches ou noires du jeu avec beaucoup de délicatesse dans le geste. Il y a un très beau travail sur la lumière, les décors et les costumes. Les acteurs sont tous excellents. Je le répète, un film à voir cette semaine.
Passant chez Enna avant-hier, l'annonce de son 8e African American History Month Challenge 2025 m'a (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) inspiré l'envie d'y participer (puisque je suis encore dans les temps!), avec un titre que j'avais revu récemment dans ma BDthèque: L'homme de Harlem, de Guido Crépax. J'espère que je suis bien dans le thème... Je me l'étais acheté en 1991 dans une librairie qui s'appelait "Oser penser"!
Cette collection Pilote (albums brochés souples et non cartonnés) était "proposée" par Guy Vidal et Claude Moliterni. Guido Crépax (1933-2003) a dessiné en version italienne L'uomo di Harlem l'année même où le titre a été publié en France. L'album a par la suite été republié, toujours chez Dargaud, dans la collection Un homme une aventure, qui faisait la part belle aux dessinateurs italiens.
Nous sommes en juin 1946 (donc nettement plus tard que dans le film Cotton club auquel sa relecture m'a fait songer). La IIe guerre mondiale est passée par là... mais à Harlem, on peut toujours trouver des histoires mêlant gangsters (essentiellement blancs) et jazzmen (ceux-ci noirs surtout). Après avoir assisté à la victoire d'un boxeur noir contre un blanc, Little Johnny Lincoln, contrebassiste noir, tire une fille blanche, Polly, des pattes d'un blanc qui la pourchasse parce qu'elle a été témoin de ce qu'elle n'aurait pas dû voir. C'est le début des ennuis... quand il décide de l'héberger chez sa mère où il vit. L'accueil est froid (elle engueule son fils...). Sa copine en titre se montre plutôt possessive (sans se soucier des dangers courus par Polly). Quelque chose pourrait s'esquisser entre la fille planquée et le musicien sans préjugés, même s'il passe l'essentiel de son temps à gagner sa vie dans le club où il joue. Le gangster l'y reconnaît. De son côté, Polly s'enfuit avec l'idée d'aller voir la police. L'affaire tourne mal. Son instrument sauve la vie de notre joueur (la pauvre contrebasse est réduite en miettes). Sa tentative de vengeance sera dérisoire, mais les dernières pages montrent un peu d'espoir: c'est un contrebassiste blanc qui procure un nouveau travail et le nouvel instrument qui y est nécessaire à Lincoln. Solidarité des musiciens autour de la musique...
Je n'ai bien évidemment pas tout dit. Il me semble que "l'homme de Harlem" du titre peut faire référence, au-delà de ce qui semble évident, c'est-à-dire à notre héros, à au moins trois des autres personnes dont il est question dans la BD. Et vous, qu'en pensez-vous (si vous avez lu l'album)?
Ci-dessous quelques planches permettant d'admirer le dessin et les couleurs de Crépax (pp.10, 14-15, 51).
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me lance dans la concrétisation d'une idée qui m'est venue grâce à Fanja et à son challenge Book trip en mer de 2024: profiter de la commémoration des 120 ans du décès de Jules Verne (décédé le 24 mars 1905) pour initier un challenge Jules Verne courant jusqu'à la fin de l'année 2025... mais qui pourrait peut-être aussi prendre en compte rétroactivement les billets parus depuis le 1er janvier, s'il y a suffisamment de blogueurs et blogueuses à le demander (j'ai déjà repéré quelques billets sur tel ou tel ouvrage vernien)!
Voici une "première version" d'un logo qu'un collègue a eu l'amabilité de me bricoler. Il est basé sur différents modes de déplacements mis en oeuvre dans les quelque 80 récits des Voyages extraordinaires publiés au XIXe siècle chez Hetzel.
Et voici une version plus élaborée [24/03/2025 - merci DLD!]
Pour ma part, je souhaite me cantonner à la partie "adaptations" (bandes dessinées, manga, séries TV, films, radio, théâtre, spectacles musicaux, ...), en prenant en compte les billets correspondants.
En ce qui concerne le recensement de billets sur les oeuvres romanesques signées Jules Verne elles-mêmes, je suis prêt à collaborer (partage de liens et de logos...) avec toutes blogueuses et/ou tous blogueurs qui souhaiteraient le prendre en charge durant tout ou partie de l'année 2025.
== Il s'agit donc aussi d'un appel à volontariat d'au moins un autre blog, pour être "référent(e) livres" de Jules Verne (et/ou sur Jules Verne, et/ou prolongeant Jules Verne, le mettant en scène...) sur votre propre blog (quitte à ce que je file un "coup de main" pour dénicher des participations insoupçonnées par leurs auteurs). ==
Comme pour d'autres challenges organisés précédemment (challenge marsien, épais de l'été), je précise ce qui concerne mes restrictions: je ne répertorie pas les participations sur facebook, instagram, livraddict, booknode ou babelio, mais seulement les billets figurant sur des blogs (sous lesquels tout lecteur peut écrire des commentaires).
Vous pouvez annoncer vos participations en commentaire sous ce billet. Je ne sais pas encore si le récapitulatif trouvera place ci-dessous ou sur un autre billet. Bien entendu, la double participation est tout à fait possible avec d'autres challenges (classiques, épais, par pays, par période, par thème, etc.!).
Alors, motivé(s) pour partir à la découverte de l'univers vernien en 2025 et m'accompagner dans ce challenge?
Edit du 19/04/2025: je précise que des oeuvres de fiction mettant en scène le personnage de Jules Verne sont aussi acceptées comme participation, au même titre que des biographies du romancier.
Il est temps aussi de rappeler que l'an dernier (2024), j'avais évoqué une bonne trentaine de titres de Jules Verne, essentiellement ceux en rapport avec des navires (dans le cadre du challenge Book trip en mer chez Fanja), dans cinq billets différents sur le blog de dasola.
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P.S.du 31/03/2025: me voici presque pris de court par la première participation concernant un roman: merci ClaudiaLucia!
Je commence donc le récapitulatif ci-dessous... en attendant de pouvoir le faire prendre en charge par un(e) volontaire [lorsque je ne précise rien, c'est que le billet porte sur le roman] ;-)
Les romans de Jules Verne ou leurs adaptations:
* Les aventures du capitaine Hatteras (1864-65 [feuilleton], 1866 [volume]): Cléanthe (24/04/2025)
* [Le serpent de mer] Les histoires de Jean-Marie Cabidoulin (1901, rebaptisé en 1937 pour sa publication en Bibliothèque verte) : ta d loi du cine [bibliothèques vertes de 1937 & 1963] (12/08/2025)
* Un drame en Livonie (1904): ta d loi du cine [adaptation BD - François Rivière (sc.) & Serge Micheli (des.)] (22/04/2025), Miriam (15/05/2025)
* Vingt mille lieues sous les mers (1869-1870): Martin [film de 1954 - Richard Fleisher] (09/06/2025), Cléanthe [roman] (10/09/2025)
* Voyage au centre de la terre (1864): Cléanthe (01/05/2025), ta d loi du cine [film de 1959 - Henry Levin / roman] (02/05/2025), Je lis je blogue [BD animalière - Rodolphe & Le Sourd] (03/05/2025), ta d loi du cine (idem, 01/06/2025), Martin [film de 1959] (09/06/2025), Sonia [version abrégée et présentée par Sylvie de Mathuisieulx pour la collection "Mon premier [Jules Verne]"] (08/06/2025)
Suites d'ouvrages écrits par Jules Verne, reprise de ses personnages...:
* À 20 000 lieues de la carotte bleue - Sebastien Telleschi (2025 - album de "cherche et trouve" pour enfants) : Tampopo24 (24/10/2024)
* Mobilis, ma vie avec le Capitaine Nemo - Juni Ba (2024 - BD jeunesse) : Choup (21/10/2025)
Jules Verne comme sujet ou personnage:
* Globe-trotteuses, Le tour du monde de Nellie Bly et Elizabeth Bisland - Julian Voloj et Julie Rocheleau (2024 - BD où apparaît Jules Verne): Jojoenherbe (18/06/2025)
* Jules Verne contre Nemo - Céline Ghys (2024 - enquête policière avec Jules Verne): Miriam (02/08/2025)
* Jules Verne et le gentleman-cambrioleur - Céline Ghys (2025 - enquête policière avec Jules Verne): Alexandra [Je lis je blogue] (08/10/2025)
* La prophétie de Jules Verne (tome 1) - Iva-Marie Palmer et Larry Schwartz (2025 - livre jeunesse, "sur les traces" de Jules au travers d'un mystérieux manuscrit): Mylène (03/04/2025)
* Le retour du capitaine Nemo (Les cités obscures, tome 12) - Benoit Peeters & François Schuiten (2023 - BD avec Nemo et Jules Verne): Choup (09/07/2025)
* Gilles Panisset[qui a dans l'idée de lire tout Jules Verne dans l'ordre de parution!] (15/05/2025)
* Sorbet-Kiwi[qui en profite pour rapatrier six billets sur six Jules Verne de son ancien vers son nouveau blog - et qui a encore Les Indes noires dans sa PAL!] (30/05 au 11/06/2025)
Cédric Degottex, Mars Express TEM, Bragelonne, 2023, 254 pages
Lieutenant Aline Ruby, capitaine Carlos Ribera: nous suivons ici le binôme atypique qui représentait les héros du dessin animé. Celui-ci se déroulait en 2200, nous sommes, dans le livre, quelques années auparavant. À ce moment-là, ils travaillent pour le gouvernement, en tant qu'agents des forces spéciales. En fin d'une mission brutale qui s'est déroulée sur terre, ils sont contactés par leur copain d'études, Chris Royjacker, fils de milliardaires qu'il rejette.
Chez ces gens-là, on ne cause pas, on compte et on triche (vous avez reconnu la citation?). Et on a le bras long. Il s'avère qu'Aline et Carlos sont "détachés" temporairement, volens nolens, comme mercenaires d'un autre multimilliardaire afin de retrouver une mystérieuse personne (Tania Espinoza) liée à la fille, Tem, dudit milliardaire (un certain Swaraj Edo-Jendal). Pour cette mission, on met à leur disposition des moyens sans commune mesure avec ceux dont ils disposent habituellement, en terme d'armement et d'accès à des données.
Dans l'univers futuriste qui est décrit, tout est implants, nanoparticules, connectivité plus ou moins bridée... Ceux qui ont argent et pouvoir peuvent accéder (et donner accès) à différents degrés de connectivité, avec consultation et usage de données plus ou moins complètes et détaillées. Il leur est proposé, non pas une somme d'argent, mais un "souhait" à indiquer, dont ils sont assurés qu'il sera satisfait. Nous ne sommes pas dans un conte de fées pour autant!
Tem est une sorte de cyborg qui survit uniquement parce qu'elle est connectée à tout un appareillage de soutien. C'est une artiste connue dans toute la galaxie, mais il s'avèrera que Tania avait passé une sorte de pacte faustien... Non sans mal (Tania se cachait dans une "zone morte" sur terre, avant que nos héros réussissent à la ramener sur Mars), la mission est remplie, et le voeu de chacun des deux partenaires est exaucé. Chris, lui, a rejoint le bercail...
J'ai trouvé que, si nous n'avons pas vraiment de descriptions à part celles des "oeuvres d'Art" de Tem, nous avons droit à la description à peu près exhaustive des états d'âme d'Aline, qui doit "gérer" les problèmes (addictions et autres) de son collègue. Mais l'action pure n'est pas absente pour autant! Ce roman expose un environnement techni-économico-politique qui m'a fait songer, outre à Central Station(peut-être en moins "torturé et en plus "high-tech"), surtout à celui de la BD (au long cours) Carmen McCallum (en cours depuis 1995, 20 albums à ce jour, + séries dérivées et "cross-overs" avec la série BD Travis, 16 albums depuis 1997, qui se déroule dans le même univers).
Au final, une idée intéressante que de donner quelques éléments complémentaires à ceux découverts visuellement sur écran. Cela m'a rappelé le fonctionnement du roman Heat 2 de Michael Mann (si ce n'est qu'il n'y a plus rien qui puisse se passer côté humains après la fin du film Mars express).
Julien Amic le présente d'une manière différente de la mienne sur son blog Les carnets dystopiques. Et, sans doute, "certains résultats [de mes recherches] peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données"... ;-/
Challengé par la planète Mars, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) d'abord acquis et commencé à lire le titre explicite Les sables de Mars, avant d'apprendre en entamant mes recherches complémentaires que celui-ci faisait partie d'une trilogie, et que celle-ci avait bénéficié d'une édition intégrale chez Milady, un des labels des éditions Bragelonne, récemment (enfin, il y a déjà plus d'une douzaine d'années).
Mon exemplaire du titre Les sables de Mars, par lequel je commence, est le 36e numéro de la 3ème série de la collection Futurama (rebaptisée Super Lights) des Presses de la Cité, imprimé en 1986 (249 pages). Le roman en VO, lui, a été écrit en 1951 par Arthur C. Clarke et constitue l'un de ses premiers romans publiés. J'y reviendrai.
L'histoire se déroule dans un temps indéterminé, où une première colonie humaine s'est déjà installée sur Mars. Un écrivain (Martin Gibson) y part pour trouver l'inspiration (et vendre ses reportages). Le voyage depuis la terre occupe plus du tiers de l'ouvrage. J'ai halluciné, tant, dans ce roman publié au milieu du XXe siècle, la description de l'accès à Mars depuis Deimos m'a fait songer à l'atterrissage de la navette spatiale américaine (1981-2011): "cette phase parut durer très longtemps, bien qu'elle ne s'étendît en réalité que sur quelques minutes. Finalement, le hurlement du vent déclina peu à peu. La fusée avait amorti toute sa vitesse excédentaire contre la résistance de l'air. La matière réfractaire de son nez et de ses ailes en lame de couteau, qui avait viré au rouge cerise, n'allait pas tarder à se refroidir. Converti en un simple planeur rapide, l'appareil survolait le désert à moins de mille kilomètres à l'heure, guidé par radio vers Fort Lowell, sa destination" (p.100). Plus généralement, l'histoire m'a fait songer à L'enfant de Mars que j'avais découvert dans le cadre de la première édition de mon challenge (le livre datait de 1952: le sujet était à la mode...). Sur la planète est découverte une méthode indigène permettant de produire de l'oxygène. En parallèle, le satellite Deimos est en passe d'être scientifiquement transformé au profit des colons martiens. L'histoire est racontée du point de vue de Gibson et nous découvrons en même temps que lui les mystères du voyage spatial et de la planète Mars, cependant que l'intrigue principale tourne autour de ce personnage de Gibson et de son passé...
Ce roman fait donc partie du cycle dit Trilogie de l'espace des oeuvres d'Arthur C. Clarke. C'est en commençant à rédiger le présent billet que je me suis aperçu qu'il valait mieux que je lise aussi les deux autres. Je pensais d'abord devoir courir les bibliothèques pour en récupérer un exemplaire, mais j'ai eu plutôt la chance de tomber dessus en occasion.
La trilogie de l'espace, Editions Bragelonne (Milady), imprimé en 2011 (714 pages - dommage, ça m'aurait fait un beau volume pour mes Epais de l'été 2025).
Ce volume contient donc aussi Les sables de Mars, exactement dans la même traduction (d'André Jager et Jean-Gaston Vandel). Le titre bénéficie d'une introduction séparée d'Arthur C. Clarke, cependant que la préface générale du volume restitue le contexte où il écrivait, au début des années 1950, quelques années avant le lancement de Spoutnik en 1957, alors que l'idée d'un voyage au-delà de la terre relevait, pour la plupart des personnes, de la Fantasy (sic!) pure et simple. J'ai eu plaisir à lire ces récits malgré leur côté peut-être désuet (de la SF bien sage...), mais je ne dirai que peu de choses des deux autres romans.
Les îles de l'espace (1952): un séjour en station orbitale (entre la lune et la terre) ne se passe pas comme le prévoyait le jeune homme qui l'avait gagné lors d'un jeu télévisé. Il va avoir l'occasion de jouer au passager clandestin lors d'une mission de sauvetage d'un des passagers d'un vaisseau reliant Mars à la Terre, tombé malade. Il va vivre quelques aventures, avoir le privilège d'écouter le récit d'un vétéran de l'exploration de la planète Mercure... Ce roman, "récit à la première personne", est "copyright 1954" (?) et occupe les pages 11 à 193 du volume.
Lumière cendrée (1955): une guerre intersidérale va opposer la Terre à une fédération réunissant Mars et d'autres colonies spatiales humaines... Dans la préface (datée de 2001), Arthur C. Clarke dit avoir un peu honte des scènes de combat dans l'espace: il trouve qu'il y a beaucoup trop de "guerres d'étoiles" (sic!) sur les écrans, grands et petits, "de nos jours"... Lumière cendrée commence p.481 du volume. Nous sommes dans, pardon, "sur" la lune. L'agent Sadler est en mission pour voir, pour le compte de la Fédération terrienne, ce qui se trame sur notre satellite. Mars, Vénus, Mercure et les satellites de Jupiter et de Saturne sont aussi en cours de colonisation. La guerre fait quelques centaines de victimes, et amène les deux parties à trouver un modus vivendi gagnant-gagnant. Le 21e et dernier chapitre voit Sadler revenir à Central City (sur la lune), 30 ans après sa mission, pour percer un dernier mystère.
J'ai trouvé trace des billets de trois blogueurs sur le titre Les sables de Mars: Erwelyn bien évidemment, Hellrick et Gotomars (site de Jacques Garin). La trilogie de l'espace, elle, avait été chroniquée par MarcFVB (dernier billet en 2020) et Thalia du blog Regard d'enfant (dernier billet en 2015).
Mary Robinette Kowal :
* Vers les étoiles, Folio SF N°714, 2022 (trad. fr. 2020 par Patrick Imbert, EO 2018), 567 pages
* Vers Mars, Folio SF N°736, 2023 (trad. fr. 2021, EO 2018), 462 pages
* Sur la lune, Folio SF N°740, 2023 (trad. fr. 2022, EO 2020), 740 pages
* Lady Astronaute, Folio SF N°665, 2020 (trad. fr. 2020, EO 2013-2018), 117 pages
Il n'est pas simple de savoir comment présenter cette série: faut-il commencer par le petit recueil de nouvelles Lady Astronaute, grâce auquel, si j'ai bien compris, la saga rédigée par Mary Robinette Kowal (marionnettiste de profession?) a commencé, ou bien plutôt par les romans, qui donnent a posteriori de la "profondeur" à telle ou telle nouvelle? Le contexte de la série est celui d'une dystopie (une "réalité alternative"), avec une histoire qui commence en 1952, le 3 mars exactement, avant de se poursuivre durant plus d'une douzaine d'années sur les trois tomes parus en français à ce jour.
Comme dit plus haut, lorsque débute Vers les étoiles, s'ouvre une dystopie (et non une anticipation...). Ce 3 mars 1952, un cataclysme vient de toucher la côte Est des Etats-Unis: un "météore", tuant instantanément des millions d'habitants et impactant le continent entier et, à terme, le climat terrestre. Tout de suite, nous faisons connaissance d'un couple, lui (Nathaniel York) scientifique et elle (Elma York) pilote d'avion ayant participé à la Seconde Guerre mondiale et "calculatrice" émérite. Le "récit à la première personne" est donné par Elma.
Le programme spatial, alors balbutiant, va devenir une priorité internationale (avec quelques années d'avance sur "la" réalité que nous avons connue!), dans le but de permettra à l'humanité de partir au-delà d'une terre qui deviendrait invivable à court/moyen terme. Faute d'ordinateurs, il reposera davantage sur les compétences d'équipe de calculatrices, y compris embarquées pour assister le pilotage des fusées et vaisseaux (à la création desquels Nathaniel prend une part prépondérante).
L'angle intéressant de ce roman (et de la série toute entière) est de pointer le "machisme" alors naturel, en racontant les difficultés qu'éprouvent Elma en particulier et les femmes (pilotes, calculatrices...) en général à être considérées à l'égal des hommes, notamment pour intégrer le graal, le corps des astronautes alors mis en place d'abord, et parmi eux celui des pilotes d'engins ensuite. S'ajoute à cela la discrimination "raciale" à l'encontre des personnes de couleurs voire à celle des minorités ethniques plus généralement. Le combat d'Elma va être de prouver, par tous les moyens y compris médiatiques, qu'elle vaut "largement" certains hommes, elle qui faisait partie du WASP (Women Aiforce Service Pilots) durant la seconde guerre mondiale (si j'ai bien compris, ces femmes-pilotes, qui ont existé, pilotaient les avions militaires depuis l'usine vers les unités, mais n'avaient pas vocation à rencontrer l'ennemi). Mais si elle est surdouée des chiffres, elle doit aussi composer avec ses fragilités (psychologiques et somatiques) personnelles, et les dissimuler à tout prix aux hommes décideurs. Elle finira par parvenir à ses fins.
Dans Vers Mars, nous retrouvons les mêmes personnages, alors qu'une base lunaire est déjà installée ainsi qu'une station orbitale lunaire (Lunetta). Cette fois-ci, les hommes (et femmes, bien évidemment) vont partir vers la quatrième planète de notre système solaire. Les enjeux restent les mêmes: sauver l'humanité "malgré elle", en sachant que tous les humains ne pourront quitter la terre, alors que le programme spatial international exige des budgets colossaux, que bon nombre d'Américains jugeraient mieux employés au bénéfice des défavorisés par exemple, certains opposants allant jusqu'à se livrer à des actions "terroristes" contre les réalisations... Comme dans le premier volume, tout est vu par les yeux d'Elma ou par le biais de ses interactions avec les autres. Elle fait partie de l'expédition (deux vaisseaux spatiaux) se dirigeant vers Mars. Nombreuses seront les péripéties...
Dans ce troisième volet, Sur la lune, l'expédition vers Mars (parallèle à l'action qui se déroule au sein de la colonie lunaire) et Elma York sont seulement évoquées de temps en temps. L'héroïne principale (que nous avions déjà croisée dans les tomes précédents) est cette fois-ci Nicole Wargin, qui a également réussi à devenir astronaute, mais est à la ville l'épouse d'un politicien, gouverneur du Kansas. Elle est envoyée sur la base lunaire pour une mission de "contre-espionnage" afin de traquer des saboteurs potentiels (le mouvement d'opposition au programme spatial se faisant de plus en plus menaçant). Il s'avère que son passé lui confère certains atouts pour cette mission périlleuse. Mais elle supportera mal d'être éloigné de son mari resté sur terre. Femme d'action et femme forte, cette héroïne a, comme Elma York, ses propres fragilités mais les surmonte. Ce volume se termine en 1965.
il existe désormais un quatrième tome, paru en 2025 en anglais, que je n'ai bien évidemment pas lu, The Martian Contingency. Stéphanie en a parlé.
Pour terminer, Lady Astronaute a, comme je l'ai dit, été publié avant les grands romans, mais a donné leur cadre temporel. L'autrice signale ainsi, dans la "note historique" à la fin de Vers les étoiles que le fait de s'être enfermée dans une trame temporelle bien précise l'a amenée à devoir "tricher" avec la liste des présidents des Etats-Unis ayant réellement été élus (Dewey et non Truman) pour que le programme spatial soit lancé cinq ans plus tôt que dans notre réalité... Les courtes nouvelles qui composent cet opuscule se situent dans le même univers dystopique. A noter que, dans la bibliothèque parisienne où je l'ai emprunté, il était classé dans le rayonnage spécial "Facile à lire".
* La première (pp.9-23), Nous interrompons cette émission, se situe avant la chute de la météorite, et met en scène deux grands malades (tuberculose).
* L'expérience Phobos (pp.25-60) fait allusion à Elma York, mais met en scène une autre femme astronaute, en mission de reconnaissance depuis Mars vers puis sur son satellite Phobos.
* La girafe d'Amara est une très gentille nouvelle de deux pages (p.63-64), ou comment la chute de la girafe en peluche de son bébé permet à une femme astronaute de s'apercevoir qu'il y a un problème dans la trajectoire de son trajet lunaire...
* Le rouge des fusées (pp.65-78) est un vibrant hommage à l'utilité de la solidarité humaine "à l'ancienne" (pour une histoire de classement de fiches). Ce titre m'a aussi évoqué la poésie de ceux des nouvelles composant les Chroniques martiennes de Ray Bradbury...
* Enfin, La lady astronaute de Mars (pp.79-117) met en scène Elma et Nathaniel York, et se situe chronologiquement entre Vers Mars et Sur la lune.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) sais bien que mon "challenge marsien (autour de la planète Mars) - 2e édition" touche à sa fin (encore seulement 10 jours!) et que je n'aurai de ce fait jamais le temps de lire et de rédiger un billet à propos de toutes les oeuvres (bouquins, BD...) que j'ai repérées chez les participants. Mais bon, je vais essayer de faire deux ou trois billets, au moins (alors que mon mois de mars [!] aura été un peu chargé - trop de boulot pris en charge!). Aujourd'hui, quelques mots à partir d'un petit bouquin glané il y a une semaine dans les bac "SF" d'une des bouquineries que je fréquente.
En lisant ce petit bouquin, j'ai eu l'impression d'avaler un épisode de feuilleton TV des années 1970 (!). Et je ne connaissais pas l'auteur au moment où je lisais. On est tout de suite plongés dans l'action, avec le récit "à la première personne" d'un commandant de petite troupe de "forces spéciales" en mission d'infiltration sur la lune. C'est lui qui nous distille, au gré de ses interactions avec ses équipiers ou ses antagonistes, le contexte de la situation interplanétaire. Il utilise le peu dont dispose la terre d'une technologie venant d'une lointaine civilisation martienne, afin d'accéder à un super-ordinateur laissé sur la lune par ces anciens Martiens, partis il y a plusieurs dizaines de millénaires. Pour "duper" cet ordinateur, il a dû endosser l'identité d'un pirate terrien, traqué par les forces terriennes régulières. Et sa mission va se retrouver confronté aux ambitions d'extraterrestres, les Soghmoliens, eux-mêmes descendants dégénérés des anciens Martiens... Quant à l'oiseau de Mars du titre, c'est un fragment d'une phrase codée constituant un élément-clé! C'est trépidant, tout ça se bat à coup de robots, de radiants, de miniraks (sorte de lance-roquettes portatifs)... et ça finira plus ou moins en "match nul", en attendant le prochain épisode!
Car, oui, je n'avais au départ pas prêté attention au logo "D.A.S., Département Anti-espionnage Scientifique". Et j'ai bien sûr regardé (sur wikip'...) d'un peu plus près ce qu'il en était. Il s'agit de l'une des séries rédigées (en allemand, au départ) par Karl Herbert Scheer (1928-1991), qui était donc toujours vivant lors de la parution en français de ce livre (traduction Marie-Jo Dubourg, titre initial de l'épisode ZONTA-Norm regelwidrig). La série a comporté semble-t-il 50 volumes en Allemagne (tous n'ont pas paru en français dans la collection Anticipation avant que celle-ci soit arrêtée, un autre éditeur a repris mais a fait faillite après avoir publié le 41e ou 42e épisode), jusqu'à ce que K.-H Scheer cesse sa rédaction pour se consacrer à une autre série en co-écriture (si j'ai bien compris). K.-H Scheer était aussi, depuis 1961, l'initiateur d'une autre série "au long cours", Perry Rhodan, oeuvre collective dont il a été le premier écrivain. Cette saga au long cours-là (Perry Rhodan) compte désormais plus de 3500 - trois mille cinq cents! - fascicules hebdomadaires parus en allemand depuis 1961, et est loin d'avoir été intégralement traduite en français (moins de 300 titres dans la série Anticipation, regroupant chacun entre deux et quatre fascicules).
Bref, revenons à D.A.S. Bien sûr, je n'en savais rien non plus quand le titre L'oiseau de Mars a attiré mon attention dans le bac. C'est Wikipedia(consulté ce 21 mars 2025) qui m'apprend que l'action se situe en... 2002 (début de rédaction/publication en Allemagne de la série: 1957!). Je ne sais pas si le contexte "martien" est présent dès le tout premier premier tome ou apparaît en cours de route. L'oiseau de Mars est en tout cas le 31e de la série. Je suppose qu'il faudrait que je me donne la peine de dénicher (bibliothèque?) puis de parcourir l'intégralité de la collection D.A.S. pour en savoir davantage... Je verrai pour 2027!
J'ai mis beaucoup de temps à lire Le premier renne d'Olivier Truc (Edition Métailié noir, 525 pages). Ce roman que je me réjouissais de lire (après Le dernier Lapon) m'a un peu ennuyée. Au bout du compte, il ne se passe pas grand-chose. C'est surtout la description de la vie des Sami au moment du marquage des faons. Car comme vous le savez, beaucoup de Sami vivent de l'élevage de rennes. L'histoire commence juste après le solstice d'été, de nos jours, quand le soleil brille 24 heures sur 24. Le pays Sami s'étend entre la Norvège, la Suède et la Finlande. Le territoire des Sami est de plus en plus menacé par l'exploitation de mines comme celle de Kiruna ou le fait que la Laponie est riche en terres rares qui sont convoitées par les Etats. Le côté policier du roman est qu'un Sami, Aaron, est retrouvé mort, tué par une balle de fusil, et que des dizaines de rennes sont percutés par un train. Ces animaux avaient été attirés par du sel dispersé sur les voies. On leur a coupé les oreilles. Les oreilles sont l'endroit où les faons sont marqués, ce qui permet de savoir à qui appartient chaque renne. Klemet et Nina, de la police des rennes, enquêtent. Ils vont affronter des éleveurs et une jeune Sami, Anja, la soeur d'Aaron. Les éleveurs sont groupés dans des sameby. Anja étant une femme n'a pas pu y être intégrée, alors qu'elle avait davantage la vocation que son frère Aaron. Elle enrage, c'est une révoltée qui se lie d'amitié avec un Français, Joseph, ancien prêtre devenu berger qui vient des Alpes-de-Haute-Provence. Un roman intéressant mais long, long, long... Lire le billet de MAM et BMR.
Pour mon billet mensuel autour de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais évoquer un livre récemment publié et que j'ai découvert parce que tant le Canard Enchaîné que Charlie Hebdo en ont parlé à sa sortie. Cavanna, Paléontologue!, de Pascal Tassy, c'est l'histoire d'une amitié débutée entre un jeune lecteur de Hara Kiri et son "grand homme", Cavanna (fondateur dudit titre de presse qui a précédé Charlie Hebdo première série). Cavanna a aussi fait partie de l'équipe qui a relancé en 1992 Charlie Hebdo (série actuelle), jusqu'à sa mort intervenue fin janvier 2014 (moins d'un an avant le massacre de tant de ses amis).
Je trouve que le mammouth ci-dessus a une bonne tête anthropomorphe: il pourrait faire penser au "Manny" de L'Âge de glace. Ce dessin de couverture est dû à Julien Norwood, illustrateur naturaliste, dont je suppose qu'il fait partie des connaissances professionnelles de Pascal Tassy. Né vers 1949 (25 ans en 1974...), l'auteur de l'ouvrage est aujourd'hui professeur émérite au Muséum national d'Histoire naturelle (Paris). Pascal Tassy a écrit plusieurs autres livres, que je n'ai pas lus, sur l'histoire de sa science, la paléontologie, qui s'est construite en deux cents ans (en gros) pour faire triompher le concept de l'évolution des espèces à partir de l'étude de leurs fossiles, contre les théories basées sur le fixisme, le finalisme, et bien sûr les forces conservatrices de la théologie... qui sont loin d'avoir toutes désarmé à ce jour.
Les 171 pages du livre sont divisées entre préface et introduction, 7 chapitres et une annexe (j'y reviendrai). Assez vite, on apprend que Pascal Tassy avait commencé lycéen à lire Hara Kiri puis Hara Kiri Hebdo devenu Charlie Hebdo en 1970. Il y dévorait entre autres les écrits de Cavanna, et a eu le culot de l'inviter à sa soutenance de thèse (qui concernait un squelette de mastodonte de 17 millions d'années découvert dans la Beauce), au motif d'un rapprochement hasardé en novembre 1973 par Cavanna sur mastodonte, mammouth et éléphant. Car Cavanna n'a pas seulement rédigé (ou romancé) ses souvenirs, à commencer par les Ritals, les Ruskoffs et autres titres - qu'il faudra que je lise ou relise un jour pour en tirer quelques billets (auteur prolifique, sa bibliographie complète comprend près d'une soixantaine de titres au total!). Il rédigeait notamment dans Charlie une chronique, "L'aurore de l'humanité", qui deviendra une série de trois livres parus de 1972 à 1977. Ou des billets sur des sujets variés, dont je donnerai une seule citation (page 27): "grâce à l'humour, l'homme supporte avec le sourire le malheur des autres". Bref, cette soutenance de thèse a marqué le début de quatre décennies d'amitié et de retrouvailles, pour un resto, pour bavarder... Car "l'évolution biologique passionnait Cavanna. Autant les avancées de la recherche que les attitudes anti-évolutionnistes." (p.47). P. Tassy n'hésite pas à dire que Cavanna était particulièrement fier de la chronique scientifique assurée tour à tour par plusieurs "signatures" dans Charlieseconde époque.
Au moment de la fin de Charlie première époque en décembre 1981, Pascal Tassy était sur le terrain (de fouille), au Kenya. Il n'a donc vécu qu'à distance la fin de l'hebdomadaire dont il était un acheteur assidu et bien connu. Il nous brosse quelques pages (chapitrées "Interlude") pour rappeler que, comme le disait Cavanna, si l'hebdo a pu vivre grâce à Choron, il est mort aussi grâce à Choron... Le livre contient nombre d'indications bibliographiques en notes de bas de page sur l'histoire de Charlie.
Le nom de Cavanna revient pratiquement à chaque page. Mais ce livre est aussi le prétexte pour l'auteur de parler de son activité, de l'évolution de son métier, de sa propre carrière... On peut (malheureusement?) le croire quand il dit (p.49): "aujourd'hui, un bon chercheur c'est, avant tout, quelqu'un qui sait obtenir des crédits". L'auteur nous parle aussi de sa discipline, qu'il vulgarise avec précision. C'est évidemment l'occasion de parler de changements climatiques, changement de biotopes, extinction des espèces trop spécialisées et qui n'ont pas le temps de s'adapter ("stress écologique"), mais aussi extermination d'espèces, indéniablement, par l'homme (dodo, rhytine, entre autres). Bien sûr, en fait de paléontologie, ce qu'à mon avis l'auteur fait le plus ressortir, volontairement ou non (j'ose supposer que c'est volontairement), c'est le côté "humaniste" de Cavanna. Leurs discussions à bâtons rompus pouvaient porter sur bien des sujets ou questions quasiment philosophiques: citons, incidemment, la nécessité de faire en sorte d'empêcher (y compris en France) la dissociation de la médecine en médecine pour riches et médecine pour pauvres.
Ils avaient un projet de livre à écrire ensemble. La maladie n'a pas laissé à Cavanna le temps de le faire... En annexe, la retranscription d'une interview de Tassy par Cavanna, prévue pour les pages "sciences" de Charlie et restée inédite (il aurait fallu en couper les 9/10e!) occupe 55 pages (près du tiers de l'ouvrage). Ah, et il arrivait à Cavanna de dessiner, aussi. Je ne citerai qu'un des quatre dessins de lui que comporte ce livre (p.113).
Pour résumer, il est question ici d'histoire des sciences, de rapports de l'homme avec la nature, de philosophie et de liberté de conscience, au fil de deux carrières entrecroisées... Je recommande ce livre.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remercie Purplevelvet pour m'avoir amené à découvrir un roman épique dont la majeure partie se déroule sur une autre planète, un roman de "science-fiction" écrit par un Russe il y a plus d'un siècle: Aélita, d'Alexéi Tolstoï (cousin de l'autre, le plus connu, Léon Tolstoi).
Alexéi Tolstoï, Aélita, 1ère éd. (en russe) 1923, trad. Véra Gopner pour cette édition,
2009, éd. L'âge d'homme, 224 p., 12 euros [d'autres éditions et traductions en français ont suivi ou précédé celle-ci].
En cherchant à me procurer ce livre, j'ai eu l'occasion de me rendre dans une des bibliothèques municipales parisiennes, où je me suis souvenu que, la seule fois où je m'étais rendu dans celle-là (Paris en compte près d'une cinquantaine...), ce n'avait pas été pour lire ou emprunter un livre, mais pour assister à une "projection-débat" dans leur bel auditorium. Bref, il m'a tout de même fallu davantage de temps pour lire ce livre que le trajet aller et retour généré par mon emprunt (ouf!).
Cette lecture m'a rappelé les romans du début du XXe siècle dont je me délectais lorsque j'étais gamin, en les lisant dans de vieilles éditions en Poche: Les premiers hommes dans la lune (H. G. Wells, 1901), les aventures de John Carter sur Mars (Edgar Rice Burroughs, 5 romans de la série déjà parus entre 1912 et 1922), L'Atlantide de Pierre Benoit, 1919).
Comme le dit une des premières pages, "on était le 17 août 192..." quand le récit commence. Un savant neurasthénique (Mtislav Serguéévitch Loss), inventeur d'un engin intersidéral, et l'acolyte qu'il a recruté par petite annonce (Alexei Ivanovitch Goussov), arrivent sur Mars quelques "jours" (?) plus tard (p.44). L'atmosphère est respirable (comme sur la lune de Wells...), mais le paysage désolé (beaucoup de descriptions)... jusqu'à leur rencontre avec un aviateur indigène, qui leur envoie un "comité d'accueil" (armé).
Au bout de quelque temps (et après encore beaucoup de "descriptions"), il apparaît qu'ils ont "amarsi" sur cette planète "jumelle" de notre terre dans une période agitée, et leur venue s'avère sans doute, même si ce n'est pas explicité, le "levain dans la pâte" nécessaire et suffisant pour déclencher une agitation révolutionnaire. Car sur Mars, les "masses" sont maintenues sous la coupe d'une oligarchie grâce à un "opium du peuple" (mais au sens propre) qui leur permet de rêver pour supporter le présent, avec une "loterie nationale" comme unique espoir pour l'avenir (p.112).
Aélita (l'héroïne éponyme) occupe sur Mars un peu la même position que la grande-prêtresse La dans l'antique Opar que découvre en Afrique Tarzan (Le retour de Tarzan, Edgar Rice Burroughs, 1913). Si elle fascine le savant au coeur brisé (qui n'est guère un homme d'action), Goussov, lui, soudard sans beaucoup d'état d'âme, "révolutionnaire professionnel" et meneur d'hommes efficace qui s'ennuyait sur terre après la fin de la Révolution russe, va se jeter corps et âme dans l'agitation insurrectionnelle. Comme dans John Carter, les Terriens voient leur force multipliée, lors des affrontements physiques face aux Martiens, par la faible gravité martienne... mais cela suffira-t-il? Les nombreuses batailles insurrectionnelles inégales m'ont encore fait songer à Pierre Benoit: Pour don Carlos (1920), La chaussée des géants (1922)... Scènes bien évidemment sublimées par leur localisation sur une autre planète. Le livre se termine abruptement (là où Burroughs prenait toujours bien soin de laisser la possibilité à "un livre de plus" dans les nombreux "cycles" qu'il avait ouverts: Tarzan, Mars, Pellucidar...). Pour ma part, j'ai vraiment bien apprécié la lecture de ce roman, qui m'a rappelé les émerveillements de ma jeunesse (au premier degré et sans prise de tête!).
Concernant Alexéi Tolstoï (tiens, le même prénom que l'un de ses héros?), j'aurais bien aimé en apprendre davantage sur cet auteur (notamment sur son séjour "à l'Ouest", comme on ne disait pas encore, et bien évidemment sur ses lectures avant de rédiger Aélita...) que ce que l'on trouve sur wikipedia en français. Mais je ne vais pas effectuer de recherches sur l'internet en russe: ce n'est plus dans l'air du temps, la parenthèse ouverte par la chute du mur est en train de se refermer... Cela m'a rappelé cette saison du Bureau des légendes, où, sauf erreur de ma part, un contre-espion russe échange avec un collègue: "- Mais la guerre froide est finie? - Mon cul, elle est finie!"...: les Russes ne sont plus nos amis, et cela durera sans doute quelques années voire décennies encore, avant qu'on puisse s'intéresser sans suspicion à leur littérature, leur cinéma...
Plusieurs blogueurs encore ont pu avoir une "lecture" plus affinée que la mienne. Lekarr76 (blog SFetmoi) avait chroniqué une autre édition il y a quelques années. Erwelyn avait parlé ici de l'une des adaptations audiovisuelles (celle de 1980, à la télévision hongroise). Une page sur le site Gotomars donne un long extrait à lire et quelques éléments de comparaison sur les deux traductions en français disponibles (datant toutes deux des années 1950?). Mais je ne sais pas si j'aurai jamais l'occasion de comparer moi-même, beaucoup de nouvelles lectures m'attendent déjà...
Après L'eau rouge, j'ai emprunté La femme du deuxième étage (Editions Aguilo, 224 pages) de l'écrivain croate Jurica Pavičić. Ce n'est pas vraiment un roman policier mais plutôt un drame psychologique que j'ai trouvé passionnant, avec comme personnage principal Bruna, une jeune femme qui va être condamnée à 11 ans de prison pour avoir empoisonné à la mort-aux-rats sa belle-mère Anka. Tout commence à Salit par une rencontre lors d'un anniversaire où Bruna va rencontrer un beau jeune homme appelé Frane. Ce dernier est un marin au long cours qui est sous la coupe de sa mère Anka. Frane et Bruna (qui travaille dans un service comptable) se marient assez rapidement et emménagent au deuxième étage d'une grande maison construite par le père (décédé jeune dans un accident) de Frane. Frane a une soeur Mirela. Cette dernière va être beaucoup à l'origine de ce qui arrive à Bruna. Même si l'acte commis par Bruna est impardonnable, je n'ai pas réussi à la détester quand on lit la succession des événements qui a abouti à cet assassinat. Je suis contente que Bruna ait tout de même une deuxième chance. Il faut noter qu'on parle beaucoup de préparation culinaire, car que ce soit pendant son incarcération, avant et après, Bruna fait la cuisine. Elle sait faire les sauces et les assaisonnements. Lire les billets d'Aifelle (moins enthousiaste que moi), Titine, Eva (déçue), Et si on bouquinait un peu, Claudialucia.
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui trois livres dont j'ai pris connaissance dans un cadre plus ou moins professionnel (j'ai eu à en rédiger des présentations pour un journal!).
Il s'agit d'ouvrages réalisées dans le cadre d'un "programme" financé par le Ministère des Armées. Le titre commun, c'est Ces guerres qui nous attendent. L'auteur (collectif) qui signent ces pages, c'est la "Red Team". Du temps déjà lointain où madame Florence Parly était ministre, deux millions d'euros avaient été investis sur une idée (certainement inspirée des Etats-Unis?): faire appel à l'imagination d'auteurs de fiction ("science-fiction", bande dessinée...) pour "challenger" des professionnels (les militaires!) sur ce que pourraient être les guerres à livrer par nos armées à l'avenir (d'ici quelques décennies...). Du coup, selon les informations que l'on peut aujourd'hui trouver en ligne, un marché de deux millions d'euros avait été remporté par l'Université de Paris Lettres et Sciences pour accompagner cette "équipe rouge" dans sa mission.
Ces livres s'inscrivent dans le champ de ce que l'on appelle la "Hard SF", c'est-à-dire que les sociétés qu'ils nous présentent sont des évolutions "vraisemblables" de ce que nous connaissons aujourd'hui. S'agirait-il d'anticipation? Cela, c'est l'avenir qui nous le dira. Quant aux auteurs... Pourquoi sont-ils nommés la "Red Team", qu'est-ce que c'est? Hé bien, dans les exercices auxquels se livrent régulièrement nos armées (seules ou en coopération avec nos "alliés"), le terme désigne les "adversaires", ceux dont nos vaillants soldats doivent déjouer les attaques et les pièges (par convention, "nos" soldats, marins et capitaines [etc.] sont la "Blue Team").
Vous allez comprendre pourquoi je commence par le troisième volet de cette série: Red Team, Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 3, PSL / Editions des Equateurs, 2024, 21 euros, 152 pages. Ce volume contient deux "scénarios" indépendants. Dans ces deux parties, il ne s'agit pas réellement de "roman" à proprement parler. Nous découvrons successivement des "contextes" mêlant causes (plausibles) et conséquences (envisageables) pour aboutir au terme d'un "paroxysme" à un affrontement (imaginaire). Titré Face à l'hydre, le premier scénario imagine la possibilité d'une "extension de mémoire vive" qui permet d'acquérir et d'utiliser des connaissances via un simple "branchement" d'implant pour tout humain équipé du récepteur" nécessaire. Comme toute technologie, celle-ci s'avère à la fois la meilleure et la pire des choses. Ici, pour "prévoir le pire", il est considéré que des "guérilleros", en fait de vulgaires civils de tous âges équipés d'un récepteur, sont capables instantanément d'utiliser tout armement, tout véhicule à leur portée. Guérilleros qui ne peuvent être discernés des milliers d'êtres humains parmi lesquels ils se fondent: or les "corps expéditionnaires" de soldats professionnels censés les combattre ne sont, en ce XXIe siècle, pas (plus) autorisés à commettre des massacres aveugles, et partent donc perdants.
Le second scénario est titré La ruée vers l'espace. A mon avis, il aurait pu s'intituler "De la terre à la lune (et même jusqu’à Mars !)". Il me permet d'inscrire ce billet dans mon "challenge marsien"...
Au-delà désormais de notre seule planète, différentes entités (des nations "imaginaires" [appelés Le cercle, le Trigone, le Cube, Le polyèdre, les Sphères...], qui ont suscité des "sociétés industrielles capitalistiques" avec lesquelles leurs intérêts sont liés) s'affrontent pour les gains économiques comme politiques que peuvent leur apporter le contrôle des ressources minières spatiales. Tous les coups sont permis tant qu'ils restent discrets et non-revendiqués (dans l'espace, personne ne vous entend crier): intrusions par logiciels malveillants, détournement de satellites, sabotages de robots anonymes... Cependant que vers 2070, la construction et l'approvisionnement de cargos minéraliers et des véhicules de fret vers Mars devient possible (p.135)...
Six auteurs ont participé à ce volume, sur les 11 d’origine que l’on peut découvrir sur le site internet dédié. Laurent Genefort figure parmi eux.
Même s'ils sont (forcément) un peu plus anciens, je voulais aussi dire quelques mots des deux premiers volumes.
Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, PSL / Editions des Equateurs, 2022, 18 euros, 222 pages Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 2, PSL / Editions des Equateurs, 2023, 22 euros, 204 pages
Le premier tome, qui "essuyait" donc les plâtres, contenait quatre scénario d'inégales densités, formes... et longueurs (avec plus ou moins de subdivisions). C'est aussi celui dont la liste des signataires est la plus longue (Xavier Dorison, par exemple, n'apparaît plus dans les volumes suivants). Malgré l'avertissement et la préface, on met un certain temps à adhérer à la forme de l'ouvrage.
La première partie, Les pirates de la P-nation attaquent Kourou, surfait sur le plausible, à propos de l'actuel "aéroport spatial européen" destiné à devenir, dans quelques décennies (2060), le siège de l'ascenseur spatial européen permettant d'exploiter les ressources minières de la lune et de la ceinture d'astéroïdes... voire même de Mars. Le contexte ici prévu s'inscrit dans la continuité de la société industriel-capitalistique que nous connaissons. Désormais, le "puçage" des individus est devenu obligatoire (en... 2034) afin de contrôler les déplacements et l'immigration. En 2040, la puce contient toutes les données de son porteur. "Il continue à y avoir des gens sans puce, comme il y avait au début du siècle des sans-papiers. Une minorité la refuse pour des raisons idéologiques: les "papelards". Mais les "sans-puce" sont surtout les nouveaux apatrides, les migrants climatiques ou leurs descendants" (p.36). Et devinez qui sont les pirates?
La deuxième partie, Barbaresques 3.0, se déroule en Méditerranée. Deux pages évoquent l'évolution du contexte géopolitique de cette région entre 2020 et 2060, incluant le développement de la piraterie à l'encontre des navires de commerce En parallèle, le recours à l'intelligence artificielle, par exemple pour "piloter" des essaims de drones, s'est développé dans l'Armée... jusqu'à la mise en place d'un "interfaçage neural". Et devinez qui va "pirater" les marins d'un navire de guerre français?
Troisième partie: Chronique d'une guerre culturelle annoncée. Cette fois-ci, dans cette "réalité alternative"-là, les différentes nations se sont décomposées puis recomposées. Quant à leurs populations, elles ont la possibilité de se réfugier dans des "univers virtuels" correspondant à leurs goûts, et de passer leur temps au sein de ces "communautés". Et devinez qui a intérêt à les y manipuler, et qui va tenter de les en extraire malgré eux?
Dernière partie, La sublime porte s'ouvre à nouveau m'a surtout évoqué le retour au "flottes de ligne" du début du XX siècle, avec leurs monstres cuirassés destinés à affronter et vaincre d'autres monstres semblables à eux. Mais c'est dans une Méditerranée aux noms antiques (Troie, Carthage, Etrusques, Ligue Hellénique...) que des porte-aéronefs hyperprotégés mais lents sont en butte à des missiles hypervéloces. Et devinez quels espaces il faut contrôler pour éviter la défaite?
Le deuxième tome (Ces guerres qui nous attendent, 2030-2060, saison 2) renouvelait le genre par rapport au premier, avec seulement deux parties, mais qui s'avéraient... touffues. Il bénéficiait de cinq pages titrées "Du rôle des imaginaires dans la pensée stratégique", cosignées par deux "animateurs du programme Red Team Défense" afin d'expliquer la démarche (le recours à des auteurs de science-fiction pour "explorer des futurs", en produisant des "récits" pour que les services des armées puissent les exploiter comme de véritables sources de menaces et infléchir directement leur doctrine).
Les deux scénarios de ce volume prennent en compte la biologie d'une part, l'énergie carbonée de l'autre, pour imaginer les vulnérabilités et les menaces lies à ces thématiques: utilisation d'armes à base de biotechnologies, recours aux micro-organismes... nécessitant la mise en place de moyens de protection et de défense. Le premier scénario dépeint une guerre bactériologique posant de nombreuses questions (comme à la télé, trois experts y répondent...). Dans le second scénario, les énergies fossiles étant quasiment épuisées, les armées ont dû se recentrer sur l'économie d'énergie pour continuer la guerre par d'autres moyens... que le pétrole: technologies plus sobres, basse énergie. Mais même ainsi, place est faite à la "subversion", à l'infiltration de "rebelles" dans un pays "allié", à l'hypothèse de l'envoi d'un corps de "forces spéciales" pour exfiltrer des scientifiques...
Au final, si l'on regarde la totalité des trois volumes, y sont brossées, de manière souvent impersonnelle, des sortes de chroniques d'affrontements qui, dans le futur, se déroulent ou se sont déroulés. Chaque scénario dépeint un univers différent des autres. Les actions sont souvent succinctement présentées en quelques lignes. Ce qui est frustrant, c'est qu'on n'a pas de héros pour sauver le monde. En général, il n'y a même pas de vraie fin (à défaut de happy end) dans ces histoires, qui sont davantage des "outils de réflexion". Peut-être l'étape suivante attendue consisterait-elle à faire rédiger des romans, nouvelles, séries télévisées, téléfilms, bandes dessinées... pour faire exister avec davantage de "substance" les univers futuristes seulement esquissés dans ces trois volumes?
Leur logique m'a un peu fait songer aux "Rapports de la CIA" que publiait jadis en français Alexandre Adler (en 2005 pour 2020, en 2009 pour 2025), et qui étaient censées donner une analyse prospective de ce que pourrait être le monde avec 15 ans d'avance. Ici, les "travaux" à partir desquels ces scénarios ont été rendus publics ont, semble-t-il, servi de « poil à gratter » disruptif au Ministère des armées: cela valait bien le prix de quelque 500 obus de 155 (estimés à environ 4000 euros l’unité), non ? On peut tout de même se demander dans quelle mesure l'agression de l'Ukraine par Monsieur P. a "perturbé" ou influencé (ou non) le déroulement en cours de ce travail de prospective voire sa non-prolongation au-delà du marché conclu?
Bref, grâce à tout ce "jus de crâne", peut-être arriverons-nous (nous, la France et son Ministre des Armées) entre 2030-2060, cette fois-ci, à être prêts à remporter la victoire dans ces guerres de demain, et non dans celles d'hier? Tous les éléments produits par notre cénacle d’auteurs n’ont pas été rendu publics, certains sont classifiés. Il se dit dans les milieux informés que la conception du "PANG" (porte-avions de nouvelle génération, qui devrait être prêt dans une quinzaine d'années...) aurait été influencée par les réflexions issues des travaux de la Red Team, dont tous les produits n'ont certes pas été publiés.
Je citerai pour finir un extrait de la préface du premier volume par le Vice-président de l'Université Paris Sciences et Lettres (PSL): "Jamais le futur ne sera certain. Cet ouvrage en présente une version possible. Je vous invite à le relire dans dix ans: vraies ou fausses, ces prédictions amènent à la réflexion".
Ces livres avaient été diversement commentés sur la blogosphère. Le nocher des livres avait chroniqué la saisons 2 et la saison 3, Julien Amic (blog Les Cahiers dystopiques) la saison 1, de même Thomas du blog Constellations. Je rajouterai peut-être d'autres liens si j'en trouve par la suite.
Désolé pour la longueur de ce billet. Peut-être aurais-je dû en faire un pour chacun de ces trois volumes, ou bien faire un choix entre ces trois que l'on peut estimer inégaux par essence... Je n'en ai pas eu le courage.
C’est affreux ! Je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) perds la mémoire. Sur les trois romans d’Edouard Peisson (1896-1963) que je chronique aujourd’hui, j’étais persuadé qu’il y en avait un que je ne connaissais pas. En fait, ils étaient tous trois dans ma pochothèque depuis quatre décennies.
Je commence par celui qui peut avoir un intérêt sociologique, mais qui est davantage un "polar" qu'un "livre de métier". Dans Hans le marin, nous n’avons guère de navigation, plutôt une mésaventure portuaire. Hans Muller est un jeune (25 ans) marin américain, né à Hambourg, et qui a manifestement fait la guerre (le roman date de 1929). Dans quel camp ? On ne le saura pas. Ni exactement le pays où il a passé son enfance, en rêvant de bateaux. Quand l’Alabama sur lequel il navigue fait escale à Marseille, il descend à terre avec trois autres matelots, dans l’idée d’y passer la nuit (« petites femmes ? »). Il se réveille à l’hôpital, blessé d’un coup de couteau, dépouillé de ses dollars : il s’est fait « entôler » par une certaine Marcelle, qui l’a soûlé puis amené dans un guet-apens. Guéri, mais sans argent ni papiers, il va devoir apprendre à survivre en marge de la société. Dans cette Marseille de l’entre-deux guerre, avant même la grande crise économique, la vie est dure aux miséreux. À l’asile de nuit, il rencontre un « gueux » (La Bête), et se fait chiffonnier pour survivre, puis « guide » pour marins débarqués ou bourgeois souhaitant s’encanailler. Quand l’Alabama repasse à Marseille, six mois plus tard, il a l’occasion de revenir à bord (certains marins le connaissent). Mais la vengeance est un plat qui se mange froid…
J’ai relu en deux heures ce roman nerveux, tout en phrases courtes et en amères notations. Mon exemplaire est aussi vieux que moi. Il m’avait été offert en vue de mes 17 ans. Aujourd'hui, une recherche sur internet pour savoir si des blogs ont pu en parler ramène l'exaspérant "Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données."
Partis de Liverpool…, je l’ai lu en plusieurs éditions différentes (sans jamais avoir l’occasion de les confronter l’une à l’autre). Chez mes grands-parents, d’abord (une édition plus vieille que moi, mais intégrale, je crois). En vieille « bibliothèque verte », à l’époque où j’en complétais la collection chaque année dans notre « maison de campagne » familiale ». Et mon propre exemplaire en Poche, acquis en …1979.
C’est de ce livre que je me souvenais le mieux.
Si les jours de semaine qui sont indiqués ont une signification (le livre commence lundi 11 mai 19…), nous sommes en 1903, 1908, 1914, 1925 ou peut-être même 1932 (année de parution).
Pour son voyage inaugural vers New York, l'Etoile-des-Mers a ordre de battre, "coûte que coûte", le record de la traversée (ce qui va l'amener à foncer à 28 noeuds dans la brume). Les conditions de cette "course" sont celles du début du XXe siècle : pas de radar, encore moins de GPS, mais une vitesse incommensurable par rapport à la marine à voile. Je me rappelle avoir vu récemment ce qui est maintenant un vieux film, Les marins de l’Orgueilleux (Henry Hathaway, 1949) : au XIXe siècle, un baleinier à voile entre en collision avec un iceberg dans la brume… et y survit. Ici, quand le roman d'Edouard Peisson est publié, nous sommes 20 ans après l'histoire tragique du Titanic.
Toute l'action se joue en deux jours de début de traversée de l’Atlantique nord. Le récit m’a fait songer à l’odyssée du croiseur qui escorte un convoi vers l’URSS, durant la Seconde guerre mondiale, dans HMS Ulysses d’Alistair McLean. Mais dans Parti de Liverpool... nous sommes en temps de paix, il n’y a ni sous-marins, ni avions, ni navires de guerre ennemis. Nous voyons travailler, agir, discuter, douter, les officiers (pont, machines), et leurs hommes plus anonymes. Les couvertures de certaines éditions insistaient sur le véritable « binôme » constitué par le Capitaine Davis et son Second, Haynes. Le choc (relativement léger) réveille l'un des officiers vers 11 h du soir (p.167). La catastrophe s'annonce inévitable p.197. Tous les capitaines de la « ligne transatlantique » se connaissent (de quelque nationalité qu'ils soient), et le Berlin accourra au secours de l’Etoile-des-Mers. Mais ni le capitaine, ni le second, ni l'officier mécanicien du malheureux paquebot ne survivront pour en révéler les malfaçons. ClaudiaLucia en a parlé récemment.
En toute bonne foi, je croyais ne jamais avoir lu Le sel de la mer. Or, j’en avais un exemplaire dans ma pochothèque, et il est annoté « acheté en 1981 pour le voyage en Roumanie ». L’y ai-je finalement emmené lors de ces deux semaines de vacances estivales en 1981 avec mes parents, pour la dernière fois (j’avais 17 ans), ou pas ? Je conserve le souvenir d’avoir dû me séparer d’un livre de poche sur le Débarquement de Normandie (Georges Blond ? Cornelius Ryan ?), au profit d’un enseignant roumain, collègue de mes parents, intéressé par mon livre parce qu’à l’époque, leur « histoire officielle » de la seconde guerre mondiale était toute à la gloire de l’Armée rouge et ignorait superbement le « front de l’Ouest ».
Ce tome unique ("volume double") en Poche intitulé Le sel de la mer contient en fait une trilogie, formant un récit choral par la diversité des points de vue alors que toute l'histoire tourne autour du même événement envisagé sous plusieurs facettes: le capitaine Godde a dû prendre "à l'improviste" le commandement d'un paquebot, le Canope, que sa compagnie venait d'acquérir en vue de traversées transatlantiques alors qu'il était déjà passé de mains en mains chez plusieurs armateurs, et alors que lui-même en était depuis peu le "second" jusqu'à l'AVC qui frappe le commandant en titre. Le bateau finira au fond de l'eau. Toute la question du livre peut se résumer à: "à qui la faute?".
Je dirais que ce sont les faits qui nous sont exposés dans Capitaine de la route de New York (avec, très important, le point de vue du capitaine Vox (!), commandant du Virginia venu au secours du Canope, qui connaît Godde de longue date).
Dans la seconde partie, Le sel de la mer (qui, dans l'"édition revue par l'auteur", a donné son titre à la trilogie), nous assistons à l'enquête après le naufrage. Les enquêteurs s'efforcent de tout reconstituer: les conditions, l'enchaînement des faits (le Canope s'est dérouté en affrontant des conditions de mer pénibles pour venir au secours d'un cargo italien, le Marco-Polo, qui s'est perdu corps et biens), la chaîne des décisions prises et jusqu'aux pensées du moment, face au capitaine Godde, seul responsable à bord, qui a survécu. Le capitaine décide et tous doivent obéir à ses ordres, mais lui assume aussi la responsabilité de ceux-ci, notamment en cas de "fortune de mer"... Les échanges "entre professionnels" sont passionnants. On sent que l'auteur connaissait son sujet, il nous fait baigner dans un langage codifié, économe de mots et où chacun compte. Reconstituer ce qui s'est passé, minute par minute, doit permettre de comprendre comment ce qui s'est passé (qui est connu quand commence l'enquête) est arrivé, et si cela aurait pu être évité. Autrement dit, y a-t-il eu, ou non une ou plusieurs décision(s) erronée(s)?
Enfin, dans Dieu te juge!, 6 ans et une guerre après les faits, nous avons la fin de l'histoire (et de Godde), mais aussi l’avis du journaliste qui avait raconté l'histoire et celui de plusieurs autres capitaines, dont Vox. Dans ce livre, on sent particulièrement la solitude, l’isolement, d’un commandant de navire, seul « responsable » à bord, devant assumer ses décisions sans avoir eu à les expliquer à qui que ce soit (aussi longtemps que tout a bien été), évitant de partager ses doutes (il lui est interdit de faire preuve de la moindre faiblesse…). On constate aussi que le "commandement" se base sur un mélange subtil d'expérience, d'intuition, d'instinct, de chance, et n'est pas forcément une « science exacte » puisqu’elle contient une telle part de subjectivité... À la fin du livre, Godde, blessé à mort, coule avec le Woërmann, le cargo à bord duquel il avait retrouvé un commandement.
Ce roman ne donne pas beaucoup de place aux femmes: leur rôles sont ceux de passagères, ou d'épouses. Celle de Godde lui est d'un soutien indéfectible.
Le côté répétitif, « ressassé » ("ressasser les mêmes pensées, détailler les mêmes images", p.277), de ce livre m’a peut-être désarçonné quand j’étais jeune? Peut-être avais-je sauté quelques pages?
Lors de ma relecture globale des trois livres, j'ai été frappé par le fait que la typographie du volume double Le Sel de la mer étaient plus petite que ceux des deux autres livres: 34 lignes à la page, contre 29 (avec un corps de police nettement plus gros) pour Parti de Liverpool... et Hans le marin. ClaudiaLucia en a aussi parlé.
Deux au moins des trois couvertures sont dues à Lucien Fontanarosa (1912-1975). Je lui aurais bien attribué les trois, mais je suppose que l’association qui gère la mémoire du peintre en sait davantage que moi !
Edouard Peisson est né à Marseille et y a vécu une bonne partie de sa vie. Il a navigué dans la marine marchande de 1914 à 1924 (radio-télégraphiste, puis capitaine).
Je pense que j’ai dû lire aussi un autre titre écrit par lui, L’aigle de mer. Mais je ne l’ai pas sous la main. Et… aucun souvenir du contenu. En à peine quatre décennies ! C’est comme si j’avais tout oublié de ce que je savais à l’époque de mon bachot (mais peut-être ai-je tout oublié de ce que je savais à l’époque de mon bachot !). C’est grave, docteur ?
J'ai eu plaisir à relire ces livres, et je finirai sans doute par en lire bien d'autres si je tombe dessus dans des bacs d'occasion. Mais cela ne me donne pas envie, pour ce qui me concerne, de devenir marin et de naviguer. Pourquoi serais-je assez bête pour m’exposer au froid, à la fatigue, au danger, à l'obligation d'anticiper en permanence tous les aléas qui peuvent survenir, pour vivre une vie emplie de sensations et d’événements, ...quand je puis la vivre « par procuration », en lisant des livres ou en regardant des films ?
Je pense qu'au moins deux de ces trois livres (Parti de Liverpool... et Le sel de la mer) peuvent s'inscrire à deux challenges: "Book Trip en mer" chez Fanja, "Monde ouvrier et monde du travail" chez Ingannmic, et les trois titres sont admissibles pour le troisième, "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie.
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