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25 novembre 2025

Le voyage de Magellan (1519-1522) - La relation d'Antonio Pigafetta

C’est en lisant de vieux « Amis-Coop » lorsque j’étais gamin que je (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) me suis « gravé dans la mémoire » les aventures de Magellan, l’un de ces « grands navigateurs » de l’époque des « grandes découvertes ». Je me rappelle cette BD aux tons sépia où on le voyait être confronté aux mutineries, aux doutes de ses équipages, à la découverte du « détroit » qui porte son nom, à la famine lors de la traversée du Pacifique puis à la mort, mais pas avant que son « esclave » Henrique, après avoir pratiquement « bouclé » son propre tour du monde, se retrouve à proximité de son île natale, en tout cas dans une aire géographique où sa langue (le malais) était comprise. C’est par ce canal que j’avais entendu parler de Pigafetta (et non par mes études scolaires). Dans d’autres numéros, je crois qu'il y avait des BD du même tonneau sur Jules César, Alexandre le Grand, Gutenberg, Napoléon… 

Le voyage de Magellan, 1519-1522
La relation d’Antonio Pigafetta du premier tour du monde
traduite, présentée & annotée par Xavier de Castro
Editions Chandeigne, 2017, 351 pages

 

Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une version « pour la jeunesse », mais d’une édition critique « de référence » du récit écrit au XVIe siècle. Le texte traduit proprement dit occupe les pages 57 à 225. La très intéressante introduction » (pp.5-37) apporte un éclairage sur le travail des biographes de Magellan (et les erreurs éventuelles recopiées de l’un à l’autre et aujourd’hui contredites par l’avancée des études), sur le déroulement même du voyage et ses enjeux, sur les autres relations du voyage que celle de Pigafetta… Elle est suivie d’une chronologie (pp.39-55) qui égrène aussi un par un les décès intervenus lors de l’expédition (237 hommes au départ du port de Séville en 1519 [départ d'Europe le 20/09/1519], 18 hommes reviennent sur la Victoria qui a bouclé en 1522, sans Magellan, le tour du monde). D’autres membres de l’expédition, avant ou après, sont revenus sur leurs pas depuis le continent américain ou depuis les Moluques (91 survivants au total sont revenus en Europe). Les abondantes notes complémentaires (pp.227-298) apportent tous les éclairages possibles sur le déroulement du voyage et ses péripéties, même celles tues par Pigafetta. Un Index de six pages (personnes, lieux, thèmes ou mots-clés) termine l’ouvrage. Auparavant, l’Index biographique détaillé des membres de l’équipage (242 entrées) occupe les pages 299 à 233, avant leur répartition initiale sur les cinq vaisseaux (pp.334-339). pp.341-344, on trouve une « brève bibliographie » (autres sources directes, quelques études, etc.). Précisons enfin que le livre Magellan de Stefan Zweig est sobrement qualifié de « fort bien documenté pour l’époque » avant que soit employé le mot « périmée » pour sa présentation des origines de l’empire portugais.

Si Pigafetta a diffusé (sans doute en plusieurs exemplaires ? On connaît trois copies manuscrites en français et une en italien d'un document original perdu, peut-être rédigé en dialecte vénitien?) sa version du voyage, c’est afin d’en tirer profit en l’offrant à différents souverains ou hauts personnages (Charles Quint, Louise de Savoie, Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, ...). 

 

Le récit, généralement à la première personne du pluriel, est découpé en 48 parties (chapitres, dont certains font deux pages voire moins?), qui mêlent récit, observations directes, informations de seconde main, notations géographiques ou linguistiques... Dans le prologue, Pigafetta raconte comment il s'est lui-même joint à l'expédition. Il précise les dispositions ("ordonnances") de navigation prises par Magellan, Portugais d'origine commandant une expédition dont ses officiers étaient pour la plupart "Castillans". Au chapitre 6, le Brésil est déjà atteint (après la traversée de l'Atlantique). Puis l'expédition va descendre, en longeant la côte, de plus en plus bas vers le sud, explorant en vain baies et estuaires à la recherche d'un passage vers l'Océan Pacifique (aperçu par Balboa en 1513 après sa traversée de l'isthme de Panama). Les rencontres avec des "autochtones" sont évoquées. Le "détroit de Magellan" est traversé dans le chapitre 11. Chap.12, mercredi 28 novembre 1520 commence la navigation dans la "mer Pacifique". Le chapitre 27 est sobrement intitulé "Mort de Magellan" [27/04/1521]. Les survivants ne sont pas encore au bout de leurs aventures... Il semble que l'historiographie contemporaine se demande dans quelle mesure le Capitaine n'a pas adopté une conduite suicidaire, sachant que ses "îles des épices" étaient bien en zone portugaise et non espagnole comme il le croyait en préparant l'expédition et l'avait affirmé à ses commanditaires...

En marge du texte est mentionnée dans le livre la date de l'événement évoqué. Il transparaît dans ce récit que les "hardis explorateurs", dans ces contrées peu connues, se conduisaient parfois en pirates, preneurs d'otages, enleveurs de personnes malgré elles, mais aussi adeptes du don et du contre-don ou du commerce (pacotille et tissus contre épices). Ils n'hésitaient pas à "saluer" les souverains locaux de canonnades et arquebuses à blanc (ça impressionnait toujours!). 

Je suis très content d'avoir enfin lu ce texte lui-même, dont, comme tout un chacun, je connaissais seulement les événement saillants, depuis sans doute plus très loin d'un demi-siècle... 

 

Ce récit d'une navigation célèbre dans l'histoire de l'Humanité a toute sa place dans le Book trip en mer (saison 2) chez Fanja, même si ce voyage n'a rien eu d'une croisière tranquille. Je l'inscris aussi pour 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie (Antonio Pigafetta a écrit il y a un peu plus de quatre siècles...). 

Pour qui veut lire ce même texte mais avec bien d'autres compléments encore, les mêmes éditions Chandeigne viennent de publier la mise à jour d'une édition "de référence", grand format, d'un total de 1120 pages. Un beau livre pour les fêtes (59 euros).
J'ajoute que le Musée de la Marine, à Paris, propose jusqu'au 1er mars 2026 une exposition: "Magellan, un voyage qui changea le monde".

26 mars 2024

L'aube est bleue sur Mars - Florence Hinckel

C'est grâce à la première contribution de ClaudiaLucia au "challenge marsien" que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente à mon tour L'aube est bleue sur Mars. Je l'avais déjà noté parmi ce que je prévoyais de lire ou voir d'ici au 31 mars de l'an prochain (2025), mais son billet m'a amené à regarder s'il était disponible en bibliothèque: deux exemplaires sur Paris, dont l'un emprunté... je me suis rué vers l'autre! Voici donc ma deuxième participation au challenge, et mon premier livre. Attention, hein, je ne vais pas m'engager à lire tous les livres chroniqués par les participant(e)s: j'espère bien qu'ils seront en trop grand nombre pour cela! ;-)

L'aube est bleue sur Mars, Florence Hinckel, éd. Nathan, 2022. 17,95 euros.

 

J'ai donc lu ce pavé léger (504 pages avec les "sources") en moins d'un week-end. "Imprimé en juin 2022" mais avec un copyright indiquant "août 2022", L'Aube est bleue sur Mars tire pourtant davantage du côté de la dystopie que de l'anticipation de par son contenu rédactionnel. En effet, aucune allusion n'y est faite au conflit russo-ukrainien, et les Russes y sont présentés comme coopérant activement avec les Occidentaux dans le secteur spatial - au contraire des Chinois.

 

De quoi s'agit-il? De la première expédition humaine vers la planète Mars, dans une coopération internationale impulsée par la Nasa qui, pour des raisons de communication, a souhaité embarquer, aux côtés de quatre astronautes "professionnel(le)s", trois "astronautes stagiaires" chargé(e)s de commenter l'expédition afin d'intéresser à l'aventure toute la jeunesse... Le "récit à la première personne" nous est raconté par Esther, jeune Française de 22 ans au départ, qui a pu être sélectionnée parmi les "happy fews".

 

Très maligne, à l'inverse des datations qui jalonnent les Chroniques martiennes (par exemple), l'autrice ne donne strictement aucune indication de date (d'année). Tout au plus peut-on spéculer, ce à quoi je me suis essayé, bien entendu. La covid-19 est encore un souvenir relativement récent lorsque survient un nouveau fléau, et puis 10 ans passent... avant que (re)commence véritablement l'action, ce qui amène la suite de l'histoire, je dirais, dans les années 2040, mais sans qu'aient eu lieu de véritables "ruptures" géopolitiques, technologiques ni sociétales, juste le "prolongement" de notre société du début des années 2020. Un univers très classique, donc, un peu comme Seul sur Mars auquel il est plusieurs fois fait allusion.

 

Avant son départ, Esther a eu une histoire avec un prénommé Hugo (j'ai beaucoup aimé l'histoire du "petit pas en arrière" lors de leur cheminement amoureux, p.77). J'ai apprécié à sa juste valeur une réflexion d'Esther qui se présente comme "athée" (p.281-282): "les Américains sont ainsi. Ils parlent pour tout le monde, mais en imposant leur point de vue. Et même leur dieu. On ne peut rien objecter, sur une mission à moitié financée par les Américains, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que le dieu le plus puissant, dans une mission comme la nôtre, est celui de l'argent." [ce qui se confirmera d'ailleurs plus tard!]. p.407, on a une vision de ce qui aurait pu être un autre titre de l'ouvrage: "un coucher de soleil martien est bleu. Presque violet. Le bleu se disperse plus vite du fait de ses longueurs d'onde plus grandes. C'est pour cette raison que l'atmosphère martienne, composée de particules très fines, laisse passer la lumière bleue plus facilement que les autres couleurs".

 

À la différence de la plupart de ses "collègues", Esther revient sur terre après bien des péripéties (500 pages, même écrites gros et avec un large interligne, cela en permet). Elle nous a exposé son vécu mais aussi ses états d'âme durant l'expédition, y compris un moment plutôt gore - brrr! - qui m'a fait songer au massacre d'astronautes dans le film Life - Origine inconnue. Mais je ne veux surtout pas tout vous dévoiler (ce qui se passe sur terre "pendant ce temps-là" n'est pas non plus trop réjouissant...).

 

Pour moi, ce roman se situe dans la catégorie du "Young adult", avec une jeune héroïne peut-être identificatoire pour certaines lectrices? J'avais déjà lu et chroniqué de la 'littérature jeunesse" à l'occasion de la première édition ("challenge de la planète Mars"), mais les ouvrages que j'avais alors dénichés étaient nettement plus anciens... d'autant que L'aube... n'avait pas encore paru lors de sa clôture. Ca se laisse lire! L'histoire appellera-t-il une suite? La fin est quelque peu abrupte, et on aimerait connaître la suite tant du "vécu" d'Esther que de l'aventure martienne... et de la vie sur terre aussi, tout simplement! Il y a encore de quoi écrire.

 

Changeons de sujet: d'un point de vue matériel, je voudrais préciser que j'ai fait le constat, sur l'exemplaire que j'ai eu entre les mains, d'une "couture", pour renforcer la solidité du "dos collé" et éviter que les pages de cet ouvrage de bibliothèque se détachent. C'était la première fois que je remarquais cela. L'opération semble avoir été pratiqué à titre préventif et non curatif (sous la couverture plastifié autocollante). Je ne sais pas si cela a été fait avec ce qui pourrait être une grosse "machine à coudre" ou bien à la main. Je n'avais jamais vu cela je crois bien (ou n'y avais-je jamais prêté attention?). Ci-dessous, on peut apercevoir la "couture" côté 4e de couverture sur la droite. 

Outre le billet de ClaudiaLucia, d'autres blogs en avaient parlé avant même le début du challenge, essentiellement au moment de la sortie du livre: Judith (du blog Les chasseuses de livres), Tampopo24 (Les blablas de Tachan), Joy Halt-Roen, Le nocher des livres, Ororia, Mylène, Tchatcho (Les lectures de Ju) - liste non exhaustive. À noter que l'auteure en répertorie la plupart sur son propre site internet. Depuis L'aube est bleue sur Mars, elle a déjà publié, ou s'apprête à publier, plusieurs ouvrages... 

 

Edit du 28/03/2024: en ce qui concerne la couture de cet exemplaire, je me suis renseigné en le rendant à la bibliothèque. Voici ce que j'en ai retenu: ils ont un budget "réparation de livres", mais celui-ci est insuffisant. Du coup, ils font du "préventif" (et non du "curatif"), notamment pour les livres "jeunesse" qui "sortent" beaucoup, en interne. "Des collègues" ont été formées, elles ont un outil (une machine?) qui leur permet de faire les trous, puis elles passent le fil... 

 

PS: et bien entendu, ce billet rentre aussi dans le cadre du 12e Challenge de l'Imaginaire repris en 2024 par Tornade. 

 

31 octobre 2024

Moi, Osmane, pirate somalien - Laurent Mérer

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) déniché tout récemment (mais pas dans une bouquinerie!) deux exemplaires, deux versions successives d'un même ouvrage, et le titre m'a amené à lire l'un puis à feuilleter l'autre. Bien entendu, c'est encore grâce au challenge Book trip en mer proposé par Fanja que je me suis focalisé dessus. 

Laurent Mérer, Moi, Osmane, pirate somalien
Editions Koutoubia / Editions Alphée, 2009, 122 pages
Editions du Rocher, 2012, 167 pages

 

Lorsque ce titre m'est tombé sous les yeux, j'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait d'une véritable "autobiographie" (éventuellement "réécrite" par un journaliste ou un écrivain professionnel). Erreur! L'ouvrage est qualifié en "fiction romanesque" en quatrième de couv', mais le mot "roman" qui figure discrètement en page de titre de l'édition Koutoubia de 2009 est ... mis en couv' de l'édition de 2012. Pratiquement chaque paragraphe, voire chaque phrase, ont été réécrits (peut-être dans un style plus "nerveux"?). J'aimerais bien savoir si c'est l'auteur qui a décidé de sa propre  initiative d'"améliorer" son texte, ou bien si l'éditeur le lui a demandé, voire a demandé à un tiers de s'en charger... La seconde version du récit proprement dit est aussi plus longue (se finit p.102, contre p.79 dans la version 1... même si ce ne sont pas les mêmes polices de caractères).

 

Mais le fond n'a pas changé. Le principal du livre est composé d'un récit "à la première personne", qui commence par l'interception par des "commandos marine" en hélicoptère d'un 4 x 4 dans lequel se trouvait le fameux "Osmane" et six autres hommes, avec une partie de la rançon versée par les armateurs de l'Octant. Osmane arrive à s'échapper, il se rappelle ce qui l'a amené là, en Somalie, pas loin de la côte... Instruit (il parle anglais, est payé par une ONG italienne pour faire fonction d'instituteur dans un village côtier), il a vécu à Mogadiscio jusqu'à la mort de toute sa famille (en son absence) lors d'une explosion qui a anéanti la maisonnée entière dans le contexte de guerre civile. Puis, arrivé dans ledit village côtier, il y a vu les pêcheurs locaux en butte au pillage de la ressource halieutique par des chalutiers étrangers en l'absence de tout pouvoir étatique capable de les protéger, les pêcheurs sortant de vieux fusils pour se faire justice eux-mêmes en abordant et rançonnant ces navires, puis l'argent appelant l'argent, l'audace augmentant, l'activité se développer, plus ou moins par hasard, avec l'abordage d'un cargo en panne. Le tsunami de décembre 2004 a ramené sur les plages des fûts de déchets toxiques immergés illégalement devant les côtes somaliennes par un système mafieux (pratiquement des déchets "NBC", à lire l'auteur), rendant malades voire tuant poissons et humains. D'où la "professionnalisation" de la piraterie, seul moyen de faire désormais vivre la population locale avec tout un écosystème de soutiens/bénéficiaires/"ayants-droits" à terre... Mais l'aventure tournera mal pour notre narrateur, Osmane, alors qu'il a acheté un carnet pour commencer d'y raconter son histoire, avec le projet de passer illégalement au Yemen... ("épilogue": le crime ne paie pas... ses dollars n'ont pas été retrouvés!).

 

Né en 1948, l'officier de marine Laurent Mérer a quitté l'institution en 2006 (il avait rang, appellation et prérogatives de Vice-Amiral d'Escadre (VAE) correspondant à un officier général "quatre étoiles"). Il a été ALINDIEN [voir Wikipedia consulté le 29/10/2024], sujet de son premier ouvrage publié en 2006 (année où il a quitté la Marine), de 2001 à 2004. Sa bibliographie compte aujourd'hui plus de 10 ouvrages. On sent qu'il connaît son sujet, et que, à défaut de sympathie pour son personnage, il l'a conçu comme une synthèse explicative de la question de la piraterie contemporaine dont il se présente comme un spécialiste. J'ai trouvé l'aspect sociologique fort dans ce livre: pauvreté, conditions naturelles et environnement dégradés, contexte de guerre, drogue, afflux d'argent avec toute la convoitise d'accès aux produits occidentaux qui peut l'accompagner... 

 

J'ai lu ce livre "d'actualité" (qui présente donc l'originalité d'exister en deux versions) avec mon oeil de lecteur d'aujourd'hui, 12 et 15 ans après leur parution. Octant rebaptise de manière transparente le Ponant, voilier de croisière pris d'assaut en 2008 (par de petites embarcations rapides) dans le golfe d'Aden, avec 30 membres d'équipage à bord, puis amené le long des côtes du Puntland, à proximité du village côtier de Garaad (le nom du village a disparu dans la seconde édition). Les 6 pirates finalement arrêtés par les commandos marine ont été jugés en France (de même que ceux capturés lors des affaires du Carré d'As IV [2008] ou du Tanit [2009]). Entre 2007 et 2011, la France a connu une période de vide juridique (entre l'abrogation d'une loi de 1825 sur la piraterie et la mise en place d'une nouvelle législation). Tous les pirates condamnés en France doivent aujourd'hui avoir purgé leur peine (certaines des personnes capturées ont été acquittées et/ou ont obtenu des dommages-intérêts). À l'époque, le chef suprême des armées avait ordonné, dans ces trois affaires, l'intervention des commandos marine: un message d'impunité zéro de la part de la France... 

 

Dans les éléments qui complètent le roman proprement dit, plusieurs éléments ont disparu d'une édition sur l'autre. D'une part, une phrase (p.100) comparant les problématiques des moyens de lutte contre la piraterie et celles de la lutte contre la pollution par rejets illicites ("dégazages"). D'autre part, la proposition d'utiliser des "leurres" pour appâter les pirates (p.110). Enfin, cette édition reproduit deux tribunes publiés dans Le Figaro pour alerter sur les besoins de la Marine nationale. 

On trouve par contre dans la seconde version (à ce jour) deux grands développements: une compilation sur la piraterie à travers les âges, "les pirates d'hier et d'aujourd'hui": "pirates d'hier" (pp.111-132), puis "la piraterie aujourd'hui" (pp.135-167, largement complétée et actualisée). Le livre est intéressant en ce qu'il évoque, comme solutions à long terme, d'une part davantage d'aide au développement pour les populations locales au lieu de les abandonner à leur misère et aux mafias armées, et d'autre part un soin accru apporté au recrutement d'équipages plus nombreux et mieux formés, alors que l'économie mondiale repose beaucoup (trop?) sur le commerce maritime. 

 

Pour finir, je signalerai que j'ai retrouvé dans ce roman tant le film Hijacking que, en problématique annexe, la question des déchets "occidentaux" évoquée dans le roman Cargo pour l'enfer. 

15 janvier 2025

Le grand soir - Gwenaël Bulteau

Avec Le Grand Soir (Edition La Manufacture des livres, 282 pages vite lues), c'était le deuxième roman que je lisais de cet écrivain après La République des faibles. Le Grand Soir du titre est le 1er mai 1906, pendant lequel une grande manifestation des ouvriers est prévu. Mais l'histoire commence un an auparavant, le 22 janvier 1905, au moment des obsèques de Louise Michel. Parmi ceux qui assistent à la cérémonie, on fait la connaissance très brièvement de la jeune Jeanne Desroselles, issue de la grande bourgeoisie. Très sensible aux revendications de liberté et de justice, elle veut fuir sa riche famille. La vie s'ouvre à elle mais malheureusement, ce 22 janvier sera le dernier jour de sa vie. Il faudra attendre plus d'une année, grâce à l'obstination de sa cousine Lucie, pour que l'on apprenne ce qui lui est arrivé. L'essentiel du récit se passe entre Roquefort dans l'Aveyron, le nord de la France et Paris. Les ouvriers et ouvrières vivent mal leurs conditions de travail. Il y a des échauffourées. Par ailleurs, des femmes cherchent à s'émanciper face aux hommes pour mieux disposer de leur corps. Albert, François et Suzanne sont trois personnages essentiels à l'histoire mais je ne vous dirai pas comment ni pourquoi. Un roman qui se lit agréablement mais je m'attendais à mieux. J'ai trouvé l'histoire moins intéressante que celle de La République des faibles. Vous pouvez bien sûr l'emprunter en bibliothèque.

9 janvier 2025

Le blog de dasola, blog majeur (18e bloganniversaire)

Cette année 2025 marque une date importante pour le blog de dasola: le voilà désormais majeur! En effet, ce jeudi 9 janvier 2024, il a passé son 18e bloganniversaire (il entre désormais dans sa 19e année). Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais une fois de plus profiter de cette date symbolique pour vous faire part de quelques données essentielles autant que statistiques. 

 

Je commence par une généralité incontournable. Il y a eu pas mal de bêtises faites en 2024: pas vraiment par la faute des rédacteurs de ce blog, mais plutôt... de son "entourage" (disons... la plateforme "canalblog"!). L'ancien outil de blog "canalblog", celui que dasola et moi avions utilisé durant près de 17 ans, a désormais vécu. Le blog de dasola, comme tous les "canalblog", a été basculé ("migré", diraient les spécialistes) vers l'outil de la plateforme "overblog" (même propriétaire). Cela, apparemment, a conduit bon nombre de blogueurs à arrêter de bloguer, purement et simplement. Nous nous sommes accrochés... et y avons mis de la bonne volonté! Que de changements intervenus, rarement dans le bon sens (pour notre propre usage)! Par exemple, l'outil overblog ne permet plus de "suivre" régulièrement les commentateurs: pas moyen de connaître le nombre de commentaires faits avec le même pseudonyme (un clic suffisait, sous l'ancienne plateforme), ni de les classer par billet ou par date, ni même d'accéder facilement, dans l'utilisation d'administration, aux plus anciens de nos bientôt 35 000 commentaires: il faut scroller et scroller encore... il devient, sinon impossible, du moins fastidieux de remonter au-delà de quelques centaines, alors quelques milliers...?! Cet outil overblog a certainement été conçu (et s'en flatte d'ailleurs) plutôt pour générer des revenus publicitaires que des "échanges désintéressés". Pour citer quelques exemples d'entrées dans la "base de connaissances" titrée canalblog chez Webedia: nous avons Boutique en ligne  / e-commerce; Les revenus / Le partenariat droit d'auteur. Les "Informations essentielles" ne sont que le nombre de visites ou le nombre de pages vues et d'articles. On (nous, "propriétaire du blog") ne connaît même plus l'email du commentateur (du moins dans la version "non premium" que nous utilisons), alors que cette information est à renseigner lorsqu'un commentaire est laissé. 

 

Malgré tout, en terme de nombre de commentaires et/ou de billets, l'année 2024 a été une grande année. Je vais vous présenter ci-dessous les "catégories" de billets (que la plateforme actuelle ne fait plus apparaître sous les billets!), suivies entre parenthèses du nombre de commentaires correspondants ayant été rédigés sur l'année 2024 (augmentés éventuellement de ceux publiés dans ces premiers jours de l'année 2025). J'indiquerai ensuite les billets antérieurs à l'année 2024 (datant parfois des toutes dernières semaines de 2023, mais quelquefois d'années lointaines...). Il faut en tout cas remonter jusqu'en 2014 pour trouver un total de commentaires, rédigés sur une année civile, supérieur!

 

En 2024, donc : total des billets = 189 (117 rédigés par dasola et 72 par ta d loi du cine). Total des commentaires = 2043 (dont 24 - plus d'un pour cent - par ta d loi du cine...), dont 1974 sur les billets de l'année, les 69 autres concernent des billets des années antérieures, parfois datant des derniers jours de 2023, parfois concernant des billets bien plus anciens. À titre de comparaison, nous avions eu 2615 commentaires et 131 billets en 2014, mais 2040 commentaires sur seulement 119 billets en 2012. On voit que toutes les moyennes de commentaires par billets restent orientées à la baisse. 

 

Les quelque 2043 commentaires de l'année 2024 (nombre qui amène à remonter à 2014 et au record de 2615 commentaires pour trouver son supérieur) ont été écrits par 136 blogueuses et blogueurs différents. Comparons avec l'année 2012: 2040 commentaires, mais par 277 blogueurs et blogueuses différents, soit plus du double. Les blogs sont bien diminués en nombre. Il semble aussi que certains ordinateurs ne puissent plus se connecter à notre blog pour y laisser des commentaires (filtres chez certaines entreprises?). Pour une blogueuse qui nous l'a signalé dans un mail, combien sont seulement partis sur la pointe des pieds... et jamais revenus?

 

En 2024, disais-je, voici le détail des "catégories" (qui ne s'affichent désormais plus sous chaque billet!): Livres, 100 (946 commentaires), ventilés entre 42 dasola (475 augmentés de 16 en 2025) et 58 ta d loi du cine (453 + 2). Cinéma, 68, soit 66 dasola (753 + 5) et 2 ta d loi du cine (9 commentaires). Divers – Culture : 1 pour dasola (14 commentaires), 10 pour ta d loi du cine (168 – plusieurs billets « challenges »…). Télévision : 4 (44), dont 3 pour dasola (33) et 1 pour ta d loi du cine (10). Humeur : 1 par ta d loi du cine a suscité 24 commentaires (précédent « bloganniversaire !). Acteurs/actrices : 1 par dasola (12 commentaires). Pas de billets classés « Réalisateurs » ou « Théâtre » en 2024 (alors que dasola s’y est rendu plusieurs fois – au théâtre, je veux dire). Je vous laisse vérifier que je ne me suis pas trompé dans mes reports de chiffres…

 

Certains commentateurs habitués à canalblog (ou à blogspot) ont pu être désorientés par le changement de "logique" intervenu: désormais, dans l'outil overblog, au lieu d'aller tout en bas de la liste des commentaires pour accéder au "formulaire de réponse" au billet, il convient d'aller juste à la fin du billet et avant le premier commentaire de la liste (le dernier en date, puisqu'ils sont classé par ordre antichronologique) pour cliquer sur "Ajouter un commentaire" (à gauche dans l'image ci-dessous). Tandis que si, à la fin de la liste, on clique sur "répondre", on ne fait que "répondre à CE commentaire" (à droite). 

 

C'est l'occasion de dire que je crains que, lors de la migration, tout ou partie des "commentaires en réponse à un commentaire précédent" soit passé au travers de la"moulinette de récupération". Pour ma part, c'est grâce à mon habitude de les sauvegarder au fur et à mesure que j'ai pu "ré-injecter à la main"quelque 200 commentaires, émanant de différents blogueurs (non seulement il est très rare que dasola ou moi répondions à un commentaire, mais en outre nous privilégions le dépôt d'un nouveau commentaire, en précisant bien à qui nous répondons, plutôt que la fonction "répondre à"). Je ne sais pas trop comment s'en sont tirés les canalblogueurs habitués à répondre systématiquement à chaque commentaire: peut-être est-ce la cause de certains des abandons de blogs constatés depuis mars 2024?

 

Je voulais aussi noter qu'il m'est arrivé chez certains blogs d'être déçu en voyant un billet apparaître, me disant "chouette, une oeuvre que je connais, je vais pouvoir faire un commentaire..." et, vérification faite, il s'agit juste d'un billet déjà paru dont la date a été changée... comme en témoigne le commentaire, datant de plusieurs années, qu'on retrouve dessous! Je refuse que le blog de dasola recoure à cet artifice. Par contre, je me rappelle que, dans les premiers temps du blog de dasola où certains billets sont longtemps restés sans un seul commentaire, on publiait régulièrement des listes d'articles "orphelins de commentaires" (avec le lien y amenant)... et, à force, on a fini par faire en sorte qu'il n'en reste plus un seul. 

 

En ce qui me concerne (ta d loi du cine), mon nombre élevé de billets et de commentaires reçus cette année 2024 est largement lié à ma participation à plusieurs beaux challenges, soit que j'en sois l'initiateur (challenge marsien, "épais de l'été"), soit que j'y ai seulement participé (le book trip en mer chez Fanja, l'activité sur monde ouvrier et mondes du travail chez ingannmic,...). Voir colonnes de droite (challenges actifs) ou de gauche (challenges terminés) pour les listes complètes.

 

Une autre fois (je n'en ai pas eu le courage cette année), ma grosse "étude" portera sur le nombre de billets concernant le cinéma de tel ou tel pays (68 nationalités, certaines représentées par un seul film [dans un seul billet], cependant que "cinéma américain" renvoie à 449 billets [et "cinéma français" à 527 - cocorico!], dont bon nombre parlent de plus d'un film...). Plusieurs biais sont évidents: le nombre de films qui sort en France est variable d'un pays à l'autre. Ensuite, comment "fixer" la nationalité d'un film? Celle du cinéaste (quid des cinéastes "en exil"?)? Celle de la production (quid des coproductions?)? Dasola ou moi ne prenons pas toujours la peine de vérifier ce qu'indiquent les "sources" plus ou moins incontestables que pourraient être IMDB ou Wikipedia. 

20 novembre 2025

L'Atlantique est mon désert - Jean-François Deniau

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) remercie bien sincèrement Fanja et ses challenges "Book trip en mer", de m'avoir fourni, cette fois-ci, l'occasion de découvrir un bouquin magnifiquement écrit, d'un auteur que je n'avais jamais lu. Plus largement, une fois sorti de ma "zone de confort" (des bouquins que j'avais déjà lus et relus au fil des décennies et que j'ai eu envie de présenter dans le cadre de ces lectures maritimes), ce challenge thématique m'a donné un "filtre" supplémentaire lors de mes visites (de plus en plus fréquentes cette année 2025 où je contribue à deux "bibliothèques partagées" de hall d'immeuble) aux bacs d'une demi-douzaine de librairies d'occasion. "Tiens, un bateau sur la couverture? Que dit le dos du livre? Ah, mais je connais cet auteur? Tiens, il y a un nom d'océan ou de mer dans le titre, qu'en est-il?"... Et hop, dans mon cabas pour quelques sous en plus (après, c'est vrai, il faut les lire et surtout les chroniquer). En regardant mes participations, je constate en tout cas que les "non-fictions" (et plutôt pas spécialement récentes) se seront bien avérées mon "créneau" favori. Bref, place au livre du jour. 

Jean-François Deniau (de l'Académie française!),
L'Atlantique est mon désert, Gallimard, 1996, 159 pages

 

J'ai été enthousiasmé dès le début du livre par un texte étincelant (ce n'est pas pour rien que ce Monsieur était académicien), et je le suis resté jusqu'au bout, même si la traversée de l'Atlantique à la voile qu'il raconte est l'occasion de balayer bien d'autres aventures, histoire ou philosophie de vie. Il m'a sauté au yeux que la différence de style est flagrante avec un autre récit autobiographique chroniqué récemment...!

 

Ce récit commence par un voyage en Italie en voiture, sur les traces de Fabrice Del Dongo et de Stendhal, sur une idée littéraire d'un hebdomadaire qui lui a passé commande. Diverses considérations sur son sujet (p.13, attente au restaurant, réponse du Maître d'hôtel: "si Monsieur avait commandé des pâtes, il les aurait eues dans les dix minutes. Mais un risotto! À moins de vingt minutes, monsieur, on bousille un risotto") et puis, p.23, BAM! Crise cardiaque. Retour accéléré en France, pour diverses opérations médicales graves (nous sommes à l'été 1995, Jean-François Deniau [1928-2007] n'a pas encore 67 ans). p.37, il sort de l'hôpital à la fin de l'été 1995 dans une chaise roulante, avec des cannes anglaises pour marcher, une minerve, le soufie court, un coeur hésitant à régler... Son projet personnel pour se "rééduquer"? Traverser l'Atlantique à la voile (en solitaire si possible?), comme il l'avait déjà fait 20 ans avant avec quatre néophytes, et comme il songeait à le faire, quand, sur son lit de douleur, il ne savait pas encore s'il "s'en sortirait". 

 

Au cours de ma lecture, je me demandais quel pouvait être le sens à donner à "Désert": méharée à la Théodore Monod? "Refuge" du protestantisme? Retraite propice à la méditation comme à la maturation d'une oeuvre? Le titre du livre est aussi celui du chapitre 6 (p.87). Mais avant cela, il fallait tout organiser. Il remercie Gérard d'Aboville, la Marine nationale, les connaissances qui ont cru en lui et en en sa capacité à mener un bateau à bon port. En plus, le même Gérard lui a conseillé (en privé) de se faire de la bouffe durant la traversée: ça occupe et fixe un objectif. En fait, ce sera surtout des rations de combat militaires... ainsi que la présence à bord d'une pharmacie renforcée! Il partira depuis les îles Canaries. Premier "faux départ": après une avarie mineure, il préfère revenir au port moins de 24 h après, en méditant l'adage "en mer les emmerdements d'abord s'additionnent, ensuite se multiplient". Il fait alors appel à Nicolas Hénard (double champion olympique de voile qu'il avait lui-même décoré de la Légion d'honneur, mais qui n'a jamais traversé l'Atlantique à la voile) pour l'accompagner au moins jusqu'aux îles du Cap Vert. Nous sommes au chap.4, p.53, pour ce second départ, à deux, le 11 novembre 1995. 

 

Désormais, nous aurons droit régulièrement, au fil des pages, à des "relevés de position". Deniau navigue "à l'ancienne", en faisant lui-même son point au sextant sans être tributaire de l'électronique fragile (par contre, délectables récits de télétransmission d'électrocardiogrammes...). Le fax semble être l'un des moyens de communication le plus fiable à l'époque. Anecdotes savoureuses de course en mer (Deniau avait fait la "course du Figaro"). Les affres de l'auteur ne sont pas uniquement médicales, car il s'est vu imposer à l'improviste un "pensum" à rédiger: sept pages sur la vertu (pour l'académie), extraits p.81-84 (il commence par débattre du sexe de celle-ci!): "C'est d'ailleurs le premier sens de la vertu, je le rappelle: la force d'âme. Il s'applique aussi bien aux femmes qu'aux hommes. La nature du courage est double et double le sexe de la vertu. (...) Quel diable, chargé de la communication, a inventé "l'effet d'annonce"? Expression qui signifie que ce qu'on fait n'a aucune importance par rapport à ce qu'on dit et qu'il n'est pas nécessaire que l'acte suive et conforte la parole. (...) Et d'ailleurs, qui peut mieux juger de la vertu que celui qui en manque, s'il sait seulement qu'il en manque."

 

Mais avant, nous avons encore quelques pages bien torchées sur l'escale aux îles du Cap Vert, où il pensait initialement débarquer Nicolas pour poursuivre seul. Une simple cuite qui le laisse le lendemain sans souvenirs aucun (je me suis demandé à part moi s'il n'avait pas mélangé avec le traitement médicamenteux - no comment) l'amène à comprendre qu'il vaut mieux poursuivre accompagné que seul. Après avoir enfin déniché le paquet de médicaments indispensables qui l'attendait depuis 5 jours dans la case "urgent" du bureau de poste local, ils reprennent la mer, cap 280, vers l'Ouest. 

 

Durant cette grande traversée (il ne sait pas encore si la destination finale sera Martinique, Guadeloupe ou Guyane), Deniau parlera politique à Nicolas (aux rares moments où ils ont l'occasion de se croiser, lors de repas). Nous avons droit à des récits savoureux [diable, je me répète!] du temps où il était le plus jeune ambassadeur de France en Mauritanie (pays désertique comportant une plage de plus de 300 km de long, et une communauté ["tribu", dit-il], les Imraghens, qui vit sur les 25 mètres qui séparent mer et désert), et à une définition p.96, "Désert: région où il n'y a que des hommes". Il a aussi, sur le traitement médiatique de l'équipe de voile française championne olympique, ou sur les coulisses du match OM-VA bien connu, quelques bons mots que j'ai peur de juger vraisemblables. p.123 j'ai attrapé un fou-rire en lisant une aventure australienne digne des nouvelles de Kenneth Cook (L'ivresse du kangourou, etc.). Cette traversée est aussi l'occasion de méditer comme de délivrer quelques leçons de philosophie de vie. À l'arrivée à Fort de France (Guadeloupe, destination imposée) le 1er décembre, après 19 jours de mer au total et beaucoup de nourriture en boîte, les deux équipiers ne rêvent que d'un plat (au grand dam du maître d'hôtel qui leur proposait noisette d'agneau, foie de veau ou perdrix...): le poisson frais qu'ils n'ont pas réussi à pêcher.

 

Elu à l'Académie française en 1992 alors qu'il avait neuf livres à son actif, L'Atlantique est mon désert était son douzième, et il en a écrit une quinzaine ensuite. Pour ma part, comme déjà dit, je n'avais jamais lu auparavant cet homme de lettres qui écrivait dans le Figaro et L'Express, titres de presse que j'ai eus entre les mains très rarement dans ma vie. Jean-François Deniau a été partie prenante (membre pour l'une, fondateur pour l'autre) de deux institutions que j'avais évoquées dans un autre billet, l'Académie de marine et Les écrivains de marine. Je pense que, si je tombe sur d'autres de ses livres, je me laisserai tenter! Mais bizarrement, alors qu'on pourrait naïvement penser que les oeuvres de tous les Immortels seraient éternellement rééditées et disponibles en permanence en "neuf", cela ne semble pas être le cas?

5 novembre 2025

L'agent - Pascale Dietrich

Dans L'agent de Pascale Dietrich (Edition Liana Levi, 190 pages), on fait la connaissance d'Anthony Barreau, un jeune homme dans la trentaine, bien habillé et vivant avec Papa et Maman, comme il appelle ses deux gros chiens, du côté de l'avenue Foch à Paris. Anthony Barreau est un agent un peu spécial, il travaille avec plusieurs tueurs à gages en les mettant sur des contrats qui lui rapportent dix pour cent. C'est un perfectionniste. Un jour, à un stand de tir, il rencontre Alba, une ancienne championne de biathlon (tir et ski de fond) qui a dû abandonner la compétition. Elle s'entraîne toujours au tir car c'est une de ses passions. Anthony est décidé à l'ajouter dans son groupe de tueurs. À l'autre bout de Paris, dans le XIIème arrondissement, il y a Thérèse, une dame de 75 ans, directrice d'une agence matrimoniale qui bat de l'aile. Elle est surendettée et surtout, elle est victime d'un AVC. Menacée d'être mise en Ehpad par son neveu, Thérèse s'enfuit. Elle va cohabiter avec Anthony dans un camping près de Vierzon. En effet, Anthony, à la suite d'un contrat qui a mal tourné, est obligé de se mettre au vert en se déconnectant. Ce couple improbable est poursuivi par Alba et par des tueurs venus de l'est. Je vous laisse découvrir toutes les péripéties dans ce récit très bien mené avec de l'humour. La fin est amorale mais sympathique. Un très bon roman que je recommande d'une romancière que je ne connaissais pas. Lire les billets d'Aifelle, Alex-mot-à-mots, Vagabondageautourdesoi et Cathulu. 

30 octobre 2025

Mes seize ans dans la Marine - Eric Bréchon

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais une fois de plus vous présenter un récit "bateau". Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un témoignage, un véritable "récit de vie". 

Eric Bréchon, Mes seize ans dans la Marine, Une Odyssée au XXe siècle,
Vérone éditions, collection Authentique, 2025, 573 pages

 

La Marine dont il est question, ici, c'est notre Marine nationale, la marine militaire, la marine de guerre. Mais contrairement à ce qu'il se passait dans le roman que j'avais présenté ici, le "héros" n'en a pas été un officier, mais un "officier marinier" (équivalent dans la Marine des "sous-officiers" des autres armes). 

 

Pour faire éditer ses souvenirs de jeunesse (il est né en novembre 1956), l'auteur s'est donc tourné vers les éditions Vérone. En regardant sur leur site, j'ai eu un peu de mal à voir si cette Maison pratique (ou non) ce qui s'apparenterait à ce que l'on désignait jadis sous le vocable quelque peu péjoratif des "éditions à compte d'auteur" (où vous payez pour obtenir un mètre cube de "votre" livre qu'il ne vous reste plus qu'à stocker, diffuser, distribuer et/ou vendre). Ils demandent en fait une "participation aux frais de maquettage", mais le site n'en précise pas le montant, ni le tirage des ouvrages. J'ai en tout cas cru comprendre (information trouvée en quelques clics sur la Toile) que l'activité était fort profitable à la Maison et à ses actionnaires (chiffre d'affaires oscillant entre 1,5 et 2 millions d'euros, bénéfice annuel de plusieurs centaines d'euros pour une entreprise comportant plusieurs salarié(e)s, dividende de plusieurs dizaines de milliers d'euros distribué chaque année au prorata des 500 actions représentant le capital social de l'entreprise). J'aimerais bien en connaître le "modèle économique" exact! Ce sujet mériterait certainement un article à soi tout seul. Mais bref, revenons à notre à Odyssée. 

 

Les origines familiales et l'enfance de l'auteur occupent le début de l'ouvrage jusqu'à la page 50, lorsqu'il découvre l'existence de "l'école des Mousses" à laquelle il postule dès qu'il peut (c'est possible à partir de l'âge de 15 ans) en vue de la rentrée 1972. Après une première année de cours à Brest (Finistère [29]), il choisit la spécialité de "transfiliste" (enseignée à "l'école des transmissions") pour laquelle il va donc rejoindre Saint-Mandrier (Var [83]), p.73. Après ses quatre mois de cours, il obtient sa première affectation en tant que Quartier-maître à la base aéronavale d'Aspretto (Corse). Il n'a pas 18 ans. À partir de là, c'est toute une carrière "marine" et la vie à côté (escales, permissions, vie en-dehors du service) qui se déroule devant nos yeux (avec de loin en loin quelques informations sur sa famille). Il entame sa reconversion professionnelle en 1988, à près de 32 ans, alors qu'il est encore affecté à bord du porte-avions Foch (à l'époque en travaux à Toulon). Il quitte le navire fin mai 1988, en congé jusqu'au 1er octobre (date à laquelle sont ouverts ses droits à pension militaire). Nous sommes p.571, il évoque à peine sa seconde carrière (dans le secteur social, comme "moniteur éducateur") en quelques lignes. En attendant un prochain volume de ses mémoires?

 

Tout au long donc de ces centaines de pages, Eric Bréchon nous livre un récit très détaillé pour lequel on peut supposer qu'il s'est bien appuyé sur son EGS (état général des services). D'affectation en affectation dans des postes successifs, on le voit avancer dans sa carrière, être affecté outremer, naviguer plus ou moins longtemps sur un navire puis sur un autre (Charente, Isère, Tartu, Henry, Foch), occuper un poste à terre dans telle ou telle base navale, sous les ordres de tel ou tel officier et commandant, faire escale dans tel ou tel port ou pays (et y faire du tourisme sans se contenter des "bars à matelots" locaux)... Parfois jour par jour ou mois par mois, il ne nous fait grâce de rien, même pas des motos ou autos dont il a été propriétaire ou copropriétaire, et en tout cas pas des jeunes filles ou femmes qu'il a pu connaître durant ces fameux 16 ans. Nous avons ainsi droit ici ou là dans l'ouvrage à la présentation de ses copines successives lors de ses affectations, de la première à (?) la dernière, des très provisoires aux engagements plus durables. On suit les évolutions des techniques de transmissions. On peut se demander s'il s'est fait aider ou non pour la rédaction de son texte. Il nous y parle même de ses anniversaires, dont celui de ses "16 ans", qu'a suivi la signature de son engagement dans la Marine pour 5 ans (signature émancipatrice, à une époque où la Majorité était encore à 21 ans) [est-ce volontairement, ou non, que le titre de l'ouvrage possède ce double sens de durée et d'événement?]. En tout cas, si celui-ci ne brille pas par le style, il fourmille d'anecdotes, que celles-ci lui soient arrivées personnellement, qu'il en ait été témoin ou qu'il en ait entendu parler. On trouve quelques photos (en N&B) pp.374-293, celles-ci ont pu également servir de support pour retracer certains événements.

 

C'est un livre certainement susceptible d'intéresser d'anciens marins qui ont pu suivre le même cursus, exercer la même spécialité, naviguer sur les mêmes navires, servir sous les mêmes officiers... et à qui, peut-être, cela évoquera leurs propres souvenirs. Entre les cours, les affectations, les marins de carrière avaient diverses occasions de se croiser ou d'entendre parler les uns des autres. Il est sûr que, dans les années 1970-1980, avant que le "tourisme de masse "devienne la norme, choisir ce métier, pour un jeune homme d'origine modeste, pouvait permettre de "voir du pays" et d'épater d'anciens copains d'enfance plus casaniers. Si certains ont pu jadis être plus ou moins obligés d'entrer à l'école des mousses suite à quelques grosses bêtises, dans le but que la vie collective et la discipline militaire les (re)mettent sur le droit chemin, je crois qu'il a existé aussi à l'autre bout du spectre des cas où un jeune "volontaire" allait jusqu'à imiter la signature paternelle sur la paperasse nécessaire... et papa n'avait plus qu'à assumer quand arrivait la lettre d'admission à l'école (tout de même fier du choix de fiston). Et aujourd'hui?

 

Engagez-vous, qu'ils disent... La Marine a aujourd'hui des objectifs annuels de recrutement, dans une logique de "réarmement" et de remise à niveau après des décennies de désinvestissement où l'on pensait récolter les "dividendes de la paix" (après la chute de l'URSS), époque où le nombre de postes d'officiers mariniers, notamment, a bien diminué. Et elle continue bien évidemment à cibler des jeunes qu'elle formera dès le départ. 

Ceux-ci (et aussi celles-ci) peuvent découvrir la Marine nationale par le canal des "PMM (Préparation militaire marine)", proposées chaque année dans plus de 90 centres, qui offrent un total d'environ 3500 places. Les chiffres montrent paraît-il que sur ceux qui sont ainsi formés, environ 800 s'engageront ensuite dans la "réserve" ou feront carrière dans la Marine. 

L'Ecole des Mousses, qui avait fermé en juillet 1988, renaît en septembre 2009 à Brest, pour former aujourd'hui environ 250 jeunes matelots par an. L'Ecole de maistrance, à Brest, qui n'a jamais cessé ses activités, a connu l'ouverture d'une antenne à Saint-Mandrier (Var) en 2018. Elle forme environ 1200 jeunes officiers mariniers par an. 

Même s'il est probable que beaucoup de jeunes candidats ont, par tradition familiale, déjà un lien, sinon avec la marine, du moins avec les métiers militaires, il est tout à fait possible à tout jeune homme ou toute jeune femme de viser une carrière dans la Marine.

 

Cet ouvrage participe, naturellement, au challenge Book trip en mer (saison 2) chez Fanja.

 

3 novembre 2025

Joli mois de mai - Alan Parks

Après Mourir en juin, Janvier noir et L'enfant de février, je continue avec un autre roman d'Alain Park, Joli mois de mai (Rivages Noir, 428 pages prenantes). Ce n'est pas trop grave de lire les romans dans le désordre. On se raccroche au wagon. J'ai encore eu le plaisir de retrouver l'inspecteur Harry McCoy, son adjoint Wattie et son supérieur hiérarchique Murray. Murray avec son épouse est famille d'accueil depuis des années et McCoy fut un des enfants dont s'est occupé Murray. Dans ce tome, l'histoire se passe encore en 1974, entre le 20 et le 31 mai, à Glasgow. Un incendie criminel dans un salon de coiffure a fait cinq victimes. Les trois jeunes incendiaires devaient être conduits en prison mais ils sont enlevés par des inconnus qui leur font vivre un enfer avant de les assassiner l'un après l'autre, au moins deux d'entre eux. McCoy mène plusieurs enquêtes en même temps, où sont impliqués des truands notoires, une femme en mal d'enfant, un prêtre pas "si catholique" que cela, un certain Ally Drummond qui a été harcelé avant qu'il ne tombe d'un toit et Paul Cooper, un ado de 15 ans, qui tourne aussi mal que son père Steve Cooper (le copain depuis 20 ans de McCoy). Une fois encore, McCoy s'arrange avec la loi, mais c'est pour la bonne cause. C'est un enquêteur exceptionnel qui reçoit souvent des coups. Je me suis vraiment attachée à ce personnage. J'ai encore Bobby Mars forever et Les morts d'avril à lire. J'espère que Parks continuera avec les six autres mois de l'année. Lire les billets de Encore du noir, Jean-Marc Laherrère, Nyctalopes et Bigmammy qui sont aussi enthousiastes que moi. 

C'est ma quatrième participation à Sous les pavés, les pages (chez Athalie et Ingannmic).

 

24 octobre 2025

L'enfant de février - Alan Parks

Comme je l'avais évoqué à la fin de mon billet sur Janvier noir, je viens de terminer L'enfant de février d'Alan Parks (Edition Rivages Noir, 460 pages) qui comme son titre l'indique se passe au mois de février (1973), à peine un mois après l'histoire de Janvier noir. J'ai retrouvé avec plaisir, à Glasgow, l'inspecteur Harry McCoy, son adjoint Wattie et son supérieur hiérarchique Murray. Et on a aussi l'ami d'enfance d'Harry, Steve Cooper, qui, lui, a mal tourné. Il est devenu un truand notoire mais entre lui et McCoy, il y a des liens indéfectibles remontant à ce qu'ils ont vécu quand ils ont été dans des institutions pour jeunes orphelins (ou non). Sinon, l'histoire débute avec l'assassinat de Charlie Jackson, un jeune footballeur plein d'avenir retrouvé tué et mutilé sur un toit d'immeuble. Il était fiancé avec Elaine Scobie, la fille de Jake Scobie, un baron de la drogue. Sur le ventre de Charlie, le tueur a écrit "Bye Bye". Plus tard, Jake Scobie lui-même est torturé et tué par le même tueur. McCoy est rapidement sur la piste d'un certain Connolly, un psychopathe, un des gardes du corps de Scobie. Ce Connolly fait une fixation sur Elaine et il élimine tout ceux qui se dresse sur sa route. L'intrigue est toujours très bien menée. La ville de Glasgow en arrière-plan est un des éléments essentiels de l'histoire. La météo qui varie entre pluie et neige renforce la tristesse qui se dégage du roman. Je pense que les volumes de la série peuvent se lire dans le désordre. Le prochain sur ma liste se passe en mai 1974. Sinon, la photo de couverture a été prise par Raymond Depardon. Lire les billets d'Encore du noir, Pierre Faverolle, Richard, Nyctalopes. 

C'est ma troisième participation à Sous les pavés, les pages (chez Athalie et Ingannmic).

 

15 octobre 2025

Emile Zola raconté par sa fille - Denise Le Blond-Zola

Pour ce sixième mois du challenge littératures européennes de Cléante, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais continuer mes "pas de côté" en tirant la consigne "romans réalistes et naturalistes" vers "romancier naturaliste": l'occasion de présenter une biographe d'Emile Zola acquise sur le lieu même où il a vécu. 

Denise Le Blond-Zola, Emile Zola raconté par sa fille,
Grasset, coll. les cahiers rouges, mars 2019, 299 pages
(édition originale publiée en 1931 aux éditions Fasquelles)

 

Cette biographie filiale a pour moi une saveur encore plus précieuse dans la mesure où c'est précisément lors de notre visite à la maison d'écrivain de Zola à Médan que je l'ai acheté en septembre 2024 (je ne connaissais pas ce titre auparavant). Plus près de nous, c'est le titre Zola à bicyclette chroniqué par Ingannmic en août 2025 qui m'y a fait resonger. 

 

On connaît la vie privée de Zola: marié à Alexandrine Méley (1839-1925) le 31 mai 1870 (union restée sans enfants), il fait la connaissance d'une jeune lingère, Jeanne Rozerot, embauchée par celle-ci pour Médan en mai 1888, et elle devient sa maîtresse en décembre de la même année. Ils auront deux enfants: Denise, née en septembre 1889, et Jacques, de deux ans plus jeune. Après la découverte de ce "second foyer" par l'épouse légitime, ils parviendront à un accord et l'écrivain organisera sa vie entre les deux. Après sa mort le 29 septembre 1902, la veuve officielle s'occupera des deux enfants laissés par son mari. Jeanne Rozerot meurt pour sa part en mai 1914.

 

En octobre 1908, Denise * épouse Maurice Le Blond, journaliste qui avait fermement soutenu Zola lors de l'affaire Dreyfus. Elle écrit, entre 1920 et 1926, six romans pour la jeunesse publiés dans la "blibliothèque rose" de l'époque chez Hachette. Mais surtout, elle publie cette biographie sur son père dont elle achève la rédaction le 6 juillet 1930. Elle meurt en 1942 à Paris. 

 

Le livre comporte 18 chapitres, et commence très classiquement par l'histoire de la famille Zola, originaire de Zara, en Dalmatie. François Zola, père d'Emile, est né à Venise en 1795. Après un passage par la Légion étrangère en Algérie, il arrive à Marseille en janvier 1833. Ces précisions permettent de savoir que Denise (née Rozerot, avant d'être autorisée à porter le nom de son père) a eu accès aux archives familiales et aux souvenirs d'Alexandrine, avec qui elle a entretenu de bonnes relations, après le décès de leur père et époux. Même si elle n'était elle-même qu'une fillette de 13 ans au décès de son père, elle l'a côtoyé durant son enfance, et en tout cas nous rapporte des informations de première main. Elle nous raconte l'enfance, la jeunesse d'Emile (orphelin de père dès 1847) et son amitié avec Cézanne, ses débuts laborieux dans la carrière de journaliste (il lui a longtemps manqué 40 francs de revenus mensuels pour atteindre les 100 qu'il visait...), puis d'écrivain, ses amitiés (ou non) avec ses confrères... La rencontre avec Jeanne Rozerot intervient p.129, dans le 9e chapitre commencé p.126 qui nous apprend que la petite maison de Médan a été acheté avec le produit de la publication de L'Assommoir. C'est p.122 qu'on a appris qu'Emile Zola refusait l'étiquette d'écrivain socialiste, mais désirait simplement être qualifié de "romancier naturaliste" (réponse à Albert Millaud [1844-1892], auteur bien oublié aujourd'hui mais qui avait eu une violente polémique avec Zola). 

 

Je pourrais arrêter ici la présentation de ce livre (que je vous incite à lire). Précisons encore que Denise raconte avec beaucoup de pudeur, pp.188-194, le rapprochement de ses parents, et son enfance d'enfant "cachée"... (l'épouse bafouée s'est d'abord montrée fort jalouse avant d'accepter le principe du "double foyer" vers 1894...). Non seulement la publication des différents volumes, mais aussi celles des oeuvres de la maturité (Les Trois villes, puis les Quatre évangiles - qu'il ne terminera pas) sont abordées, mais aussi, bien sûr, l'affaire Dreyfus qui a entraîné un procès à la suite duquel Zola a dû s'exiler en Angleterre pour éviter l'emprisonnement. C'est encore avec pudeur qu'elle raconte la mort du père (p.290). A-t-elle su qu'un fumiste aurait fait confidence, bien des années plus tard, d'avoir bouché la cheminée des Zola un soir pour la déboucher le lendemain afin de ne pas laisser de trace d'un attentat fanatique? 

 

Le livre étant trop ancien par rapport aux contraintes de la loi RGPD pour que les moteurs de recherche affichent de "vieux" billets de blog, je n'ai pu dénicher de liens. Comme toujours, je ne m'interdis pas d'en rajouter ultérieurement si je tombe dessus au hasard de mes surfs!

 

... Il est suffisamment ancien en tout cas pour participer au challenge "2025 sera classique aussi!" organisé par Nathalie.

 

* Merci Aifell(e) ! ;-)

15 octobre 2022

Jamais - Le jour J - Bruno Duhamel

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C'est mon ami ta d loi du cine qui l'a repéré dans une librairie. Jamais - Le jour J de Bruno Duhamel (Edition Bamboo, collection Grand angle, 64 pages) vient de sortir. Pour ceux qui connaissent, on retrouve Madeleine Proust (toujours aveugle mais à l'ouïe fine) et son chat Balthazar (toujours aussi affamé). A la fin de Jamais, la maison de Madeleine ne s'était pas effondrée. Quand commence Jamais - Le jour J, la maison est toujours debout, Madeleine est devenue une personne célèbre jusqu'à l'étranger. Les touristes (surtout des Parisiens) viennent en pèlerinage. Le maire de Troumesnil n'est plus que l'ombre de lui-même, sa femme l'a quitté et a emmené ses enfants, il est mal rasé et arbore une tenue négligée. Les élections municipales sont proches, son adversaire, nommé Dublanc, compte se faire élire au plus vite. L'histoire se passe beaucoup de nuit et contre toute attente, le maire va montrer du courage pour sauver une petite fille et son chien Churchill lors d'une tempête qui se lève une nuit. Pendant ce temps, Madeleine qui a désormais une maison connectée grâce à un Américain, est sans cesse informée de la météo, ou de la vitesse du vent. Et lors de la tempête, l'intelligence artificielle boucle la maison de Madeleine : volets et porte. Résultat, Madeleine est enfermée avec son chat Balthazar qui miaule comme un fou car Madeleine n'a pas eu le temps d'aller lui acheter des croquettes. Le jour J du titre renvoie au débarquement d'Anglais et de Canadiens en Normandie en août 1942 (l'opération Jubilee - je ne connaissais pas). Si vous lisez cette BD que bien évidemment je conseille, vous connaîtrez le lien qu'il y a entre Jules (le mari décédé de Madeleine) et le débarquement des Anglais et Canadiens. Les deux histoires se lisent indépendamment mais c'est bien d'avoir (re)lu Jamais avant de commencer Jamais - Le jour J.

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3 octobre 2025

Le galion d'or - Frank Crisp

Très heureux de découvrir que j'avais atteint le niveau "Directeur de croisière" dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis dans la même veine! Mon billet du jour, qui porte sur un livre "copyright 1954", est éligible également au challenge "2025 sera classique aussi" organisé par Nathalie, et inaugure mes participations au tout nouveau challenge "Littérature jeunesse" proposé par Pativore (même si je ne respecterai pas forcément les thèmes mensuels proposés).

Frank Crisp, Le galion d'or, Hachette, coll. Idéal-bibliothèque (texte français d'Alain Valière, illustrations de Jean Reschofsky), 1954, 190 pages

 

Une fois de plus, j'ai choisi dans un bac d'occasion ce livre publié il y a plus de 70 ans, en bon état avec sa jaquette papier, ce qui a justifié mon investissement de 2,50 euros! Il était à l'époque classifié "G. au-dessus de 10 ans * ". Sa lecture m'a fait songer au livre jeunesse datant de 2014, La mer aux esprits, que j'avais chroniqué en août. Car dans Le galion d'or aussi, il est question de pirates et de "sorcellerie": des thèmes récurrents depuis un ou deux siècles maintenant?

 

Le galion d'or m'a aussi fait songer à un autre "classique anglais que je lisais quand j'étais gamin en vieille édition jeunesse, Lorna Doune chez les Outlaw. Mais il faut sans doute que je narre un peu l'histoire du roman Le galion d'or. En 1688, le jeune Jack est âgé de cinq ans environ, et réside avec sa petite soeur et "grand-mère Besom", à Houndsby, village (fictif?) du comté de Somerset, dans la partie sud-ouest de l'Angleterre. Arrivés avec une caravane de bohémiens qui sont vite repartis, les trois se sont installés dans une masure abandonnée. La grand-mère gitane a acheté (avec une pièce d'or!) une vache quand Jack a été assez grand pour devenir bouvier (à 8 ans). Lorsqu'il a 12 ans, se pensant proche de la mort, celle qui passe auprès de tout le village pour une "sorcière" fait partager trois visions à Jack, en lui disant qu'il s'agit de son avenir (magie! Elle peut faire apparaître dans le feu son propre don de "double vue"). Quelque temps après, elle périt lynchée... Les deux jeunes orphelins sont recueillis, l'une comme servante au château, l'autre dans une ferme locale. Ayant affronté le jeune châtelain (Richard), il doit s'enfuir vers Londres (non sans avoir déterré un médaillon et quelques pièces d'or en suivant les indications données par grand-mère avant sa mort). À Londres, son chemin va croiser celui du capitaine pirate Leach, condamné à être pendu mais qui est sauvé au pied du gibet par ses hommes (nous sommes à la fin du chapitre VIII, p.75). 

 

La malchance envoie ensuite Jack lui-même en prison, où il est confronté à l'un des hommes montrés par sa vision. Menacé de mort, il s'évade (facile!) avec l'équivalent de "l'Abbé Faria" local. Celui-ci conseille de trouver refuge au seul endroit où on ne les recherchera pas: en mer, en se laissant prendre via "la presse" (l'enrôlement forcé de matelots pratiqué en Angleterre pour subvenir aux besoins de la Royal Navy). Et les voici à bord du Lion (navire de seconde classe). Il y verra embarquer, "pressé" à son tour, le jeune Richard, qui deviendra au fil des pages son meilleur camarade (et même davantage à la toute fin du livre). 

 

Et les pirates, alors? À la tête d'une flottille, le Lion reçoit pour mission de pourchasser les boucaniers et autres pirates. Passé dans le Pacifique par le Cap Horn, il atteint l'ile Juan Fernandez (oui, celle qui a inspiré Robinson Crusoé!). Alors que quelques marins avec Jack et Richard sont partis à la pêche en yole, celle-ci chavire. Les survivants des attaques de requins et d'orques mangeurs d'hommes sont recueillis par l'Albatros, le navire du capitaine Leach (fin du chap. XVI, p.136). Que d'aventures, et ce n'est pas fini! 

 

Même si Jack et Richard refusent initialement de combattre, le capitaine Leach (gitan) les épargne. "Nous travaillions à bord pour gagner notre nourriture, mais nous ne touchâmes jamais à une voile ou à une arme". Mais il s'avère que la Santa Maria, galion espagnol chargé d'or à Acapulco et qui finit par être attaqué par l'Albatros, est un morceau trop coriace pour l'équipage pirate monté à l'abordage. Alors tout compte fait, puisque les Espagnols vainqueurs pendraient tout le monde, pirates et Anglais sans distinction, quelques habiles coups de canons servis par Jack et Richard entraînent la reddition du navire espagnol! La tempête sépare alors les deux navires, cependant que seule une faible part du trésor du galion a été amenée à bord de l'Albatros. Mort de la plupart des pirates blessés, chute du vent, famine, confession de Leach (qui figurait dans l'une des visions qu'avait eu Jack)... Quand l'épave de la Santa Maria croise de nouveau le chemin de l'Albatros, Jack et Richard doivent la rejoindre en barque. Le trésor est toujours à bord. Le galion fait naufrage sur une île. Et là... je ne vous en dirai pas davantage!

 

Péripéties nombreuses et trépidantes, coïncidences, réminiscences de récits de Louis Garneray (notamment l'abordage du Kent), ou de L'île au trésor de Stevenson... Il me semble sentir que l'imagination de Frank Crips a été nourrie des classiques du XIXe s. Mais j'ai aussi l'impression qu'il a peut-être lui-même pu inspirer tel ou tel des scénarios de Jean-Michel Charlier pour la série BD Barbe-Rouge! Wikipedia, consulté le 2 octobre, ne m'a rien dit par contre, même en anglais, ni sur Frank Crisp, ni sur The Golden Quest (titre d'origine du roman). Je sais juste qu'une demi-douzaine d'autres romans de cet auteur anglais ont été traduits en français jusqu'en 1961.

Côté illustrations, je suis certain d'avoir déjà lus quelques livres jeunesse illustrés par Jean Reschofsky. L'édition contient deux illustrations couleurs "double page" et 12 en pleine page, cependant que chacun des 21 chapitres est précédé d'une illustration "tiers de page" en N&B. En voici quelques-unes exaltant l'imaginaire "pirates" (drapeau noir, abordage, trésor) pour les jeunes lecteurs!

p.132

p.160

p.172

 

* Et non "F.", bien sûr. Mon doigt a dû se tromper de touche... Bien vu, Keisha!

 

Edit du 04/10/2025: grâce à Pativore, je rajoute quelques précisions sur la collection Idéal-bibliothèque. D'abord la galerie des couvertures qu'elle a dénichée. Puis le lien vers la page Wikipedia (consultée ce jour) qui donne notamment la liste alphabétique des parutions. On remarque que la collection (active de 1950 à 1987) a commencé par rééditer des "classiques", parfois en en modifiant le titre pour se démarquer de collections concurrentes, avant de se tourner vers l'actualité (en lien notamment avec des adaptations cinématographiques venant d'être réalisées). 

 

Edit du 05/10/2025: avec l'accord de Pativore, ci-dessous un logo orienté "classiques" que j'ai créé pour son challenge "Littérature jeunesse", comme c'est plutôt le genre de livres que je pense chroniquer. Utilisable par tous participants le souhaitant, bien entendu!

 

10 octobre 2025

Janvier noir - Alan Parks

Après Mourir en juin qui m'avait plu, j'ai décidé de lire la série dans l'ordre avec l'inspecteur principal McCoy et son adjoint Wattie. Comme son titre l'indique, l'intrigue de Janvier noir (Edition Rivages, 366 pages) se passe au mois de janvier (1973) dès le 1er jour de l'année et elle se termine le 20 du même mois. Devant la gare routière de Glasgow, Tommy, un jeune homme d'à peine 20 ans tire sur une jeune femme, Lorna. McCoy n'était pas loin mais il n'a pas pu sauver Lorna. Il avait été prévenu par un détenu d'une prison voisine que Lorna serait assassinée mais sans qu'il dise pourquoi. Tout de suite après son acte, Tommy retourne l'arme contre lui et meurt. Et le détenu délateur est assassiné dans sa cellule. McCoy et Wattie vont mener une enquête difficile dans les bas quartiers de la ville écossaise. Murray, le supérieur de McCoy et Wattie les met en garde car certains notables sont impliqués. Mais McCoy est un homme obstiné qui arrivera à ses fins avec l'aide occulte de Steve Cooper, un truand notoire dealer de drogue. J'apprécie les petits chapitres et le personnage de McCoy qui a eu une enfance pas facile avec une mère disparue et un père alcoolique. Il n'y a aucun temps mort et l'intrigue est bien menée. J'ai L'enfant de février à lire. 

C'est ma première participation à Sous les pavés, les pages (chez Ingannmic et Athalie).

 

14 septembre 2025

Le voyage des damnés - Gordon Thomas & Max Morgan Witts

Voilà un vieux bouquin auquel je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'aurais sans doute prêté aucune attention dans un bac de bouquinerie si je ne naviguais pas, en ce moment, dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja! Quant à son contenu, je n'en avais aucune idée avant de regarder la 4e de couv... 

Gordon Thomas et Max Morgan Witts, Le voyage des damnés,
Presse Pocket N° 1563, 406 pages, 1978
(trad. Belfond en 1976 par Marianne Véron - édition originale titrée Voyage of the Damned, 1974) 

 

Il y a croisière et croisière. Mai 1939. La Seconde Guerre Mondiale n'a pas encore éclaté, mais le nazisme est solidement au pouvoir en Allemagne, les camps de concentration où il envoie tous ceux dont il se proclame l'ennemi y existent déjà depuis des années. La compagnie maritime allemande HAPAG (Hamburg-Amerikanische Packetfahrt-Actien-Gesellschaft, autrement appelée Hamburg America Line ou Hamburg-Amerika Lini, fondée en 1847) s'apprête à envoyer un paquebot de plus à destination de Cuba, le Saint Louis (ou MS St Louis) transatlantique mis en service en 1929). Ses passagers? Des Juifs espérant quitter définitivement l'Allemagne pour le Nouveau Monde. Ce livre anglais se veut le récit historique de leur voyage. 

 

Le livre commence par deux pages de dédicaces des auteurs pour tous ceux qui furent à bord du navire, et notamment tous ceux qui ont accepté de [les] rencontrer. Un "prologue" expose la situation historique en mai 1939 (mais sans citer expressément la "conférence d'Evian" de juillet 1938): les Juifs doivent quitter l'Allemagne, mais fort peu de pays sont prêts à les accueillir. Le récit proprement dit commence le 3 mai 1939: le capitaine Gustav Schroeder (loin d'être un Nazi) se voit confier par sa Compagnie le commandement du prochain voyage du Saint Louis, un voyage "spécial" à destination de Cuba, garantissant que le navire sera pleinement occupé (conditions financières réjouissant la HAPAG). Chaque chapitre a pour seul titre une date du jour, il y en a six avant celui parlant du départ, qui intervient le 13 mai.

 

Chacun des 937 passagers a bien entendu dû payer son billet (certains grâce au soutien financier de parents depuis l'étranger) pour ce voyage sans retour. La plupart ont pu embarquer parce qu'ils étaient muni d'un "permis de débarquer" commercialisé à Cuba. L'on découvre au fil des pages que les enjeux de ce voyage dépassent de loin les attentes individuelles de chacun des passagers. L'équipage (jusqu'au capitaine) est soumis à la surveillance d'une sorte de "commissaire politique" nazi, qui peut s'appuyer sur les mécaniciens (cependant que le personnel au contact des passagers n'adhère pas forcément à l'idéologie nazie). Le livre alterne et croise le récit (basé sur des témoignages ou sur d'autres sources) entre ce qui se passe à bord et ce qui se passe à terre durant le temps du voyage. C'est le samedi 27 mai que le navire jette l'ancre à Cuba, dans la baie de La Havane (il n'a pas été autorisé à accoster au port). Quelques passagers munis de visas en bonne et due forme sont seuls autorisés à débarquer. 

 

Il s'avère en fait qu'un fonctionnaire Cubain aussi astucieux que sans scrupules a gagné plusieurs centaines de milliers de dollars en vendant de beaux documents dactylographiés sur papier à en-tête officielle mais non reconnus par le gouvernement de son pays. À Cuba, les services nazis ont orchestré une campagne de presse xénophobe. Le gouvernement officiel de l'île cherche à s'affirmer en s'appuyant sur son "opinion publique", même si le pouvoir réel appartient au militaire Fulgencio Batista, suite au coup d'Etat de 1933. Si des organisations juives missionnent des avocats pour faire des propositions financières (officielles ou officieuses) au gouvernement contre l'accueil des réfugiés, certains responsables n'ont pas envie que l'affaire du Saint Louis et de son millier de passagers montés en épingle vienne "polluer" des négociations avec l'Allemagne portant sur le sort de centaines de milliers de personnes.

 

Pour les Nazis, l'un des enjeux est de démontrer que les autres pays d'accueil potentiels (américains ou européens) ne veulent pas davantage que l'Allemagne des Juifs (grosse opération de propagande). Effectivement, l'Amérique de Roosevelt semble vouloir vouloir protéger les travailleurs américains des émigrants affamés qui accepteraient n'importe quel salaire... Le nazi embarqué à bord s'est vu confier par l'Abwehr (service d'espionnage allemand) la mission importante de récupérer à Cuba des documents importants (sur la défense des Etats-Unis) au nez et à la barbe des services américains. Pendant que les négociations continuent en coulisse, le navire doit quitter Cuba le 2 juin. Mais ce qui n'est peut-être qu'une affaire de "gros sous" finit par échouer, à force de bluff, de jeux de dupes (comme au poker), de refus de payer des intermédiaires (y compris ceux qui, éventuellement, auraient pu en temps voulu débloquer la situation), en espérant faire bouger un tarif de départ qui aurait permis le débarquement des passagers.  

 

Finalement, le navire quitte les eaux américaines pour repartir vers l'Europe le 7 juin. Après d'intenses négociations, plusieurs pays acceptent de recevoir des passagers le 12 juin (non sans les choisir parmi ceux ayant le plus de chances d'émigrer par la suite vers les Etats-Unis): 200 en Belgique, 250 en France (224 finalement), 194 au Pays-Bas (181 finalement), 350 en Angleterre (288 finalement). À l'issue de ce voyage, l'American Jewish Joint Distribution Committee (JDC ou le Joint) publie le 20 juin à New York un communiqué officiel, pour annoncer que l'opération de sauvetage du Saint Louis ne doit pas être considéré comme un précédent et ne sera pas répétée à l'avenir... Les passagers qui ont eu la chance de débarquer en Grande-Bretagne seront évidement plus nombreux à survivre à la Seconde Guerre mondiale. Nombre de ceux accueillis en France ou aux Pays-Bas auront fini en camp d'extermination.

 

Le 18 juin 1939, le Saint Louis repart d'Anvers à destination de New York, afin d'effectuer des croisières prévues pour l'été dans la mer des Caraïbes. Le 26 août, il devait par exemple quitter New York à destination des Bermudes, mais les passagers furent brutalement avertis que le voyage avait été annulé. Le lendemain, le paquebot vide quitta son quai, et il était en haute mer quand la guerre fut déclarée le 3 septembre. Il rejoignit l'Allemagne via Mourmansk (arrivée à Hambourg le 1er janvier 1940). Le paquebot fut endommagé par la RAF dans le port de Hambourg en 1944, puis finit vendu à la ferraille en 1950.

 

Alors que je préparais cet article, dasola m'a dit qu'un film avait été tiré de ce livre (mais elle ne l'a pas vu). Vérification faite, il s'agit d'un film britannique de 1976 de Stuart Rosenberg aussi nommé Le voyage des damnés. Malgré sa belle distribution, il semble avoir été un échec au box-office à l'époque. Platinoch en avait parlé en 2019 (ce qui me permet de savoir qu'il existe en DVD!). 

18 octobre 2024

Le chant maléfique - Eric Fouassier

J'ai retrouvé avec plaisir Valentin Verne et sa dulcinée Aglaé Marceau, une jeune actrice devenue membre à part entière du bureau des affaires occultes. Dans ce quatrième tome du Bureau des affaires occultes - Le chant maléfique (Edition Albin Michel, 400 pages plus 5 pages de notes), nous sommes en 1832 à Paris où le choléra sévit (Casimir Perier, président du Conseil des ministres français, atteint de ce mal, est à l'article de la mort) et Louis-Philippe, roi des Français règne depuis deux ans à la suite de la révolution de juillet de 1830. Valentin Verne est chargé d'une enquête secrète sous couverture qui l'emmène en Vendée où des légitimistes, avec à leur tête, la duchesse de Berry, aspirent à ce que le comte de Chambord Henri V (le fils de la duchesse) puisse accéder au trône. On demande à Valentin de découvrir qui a tué deux des trésoriers ralliés à la cause des légitimistes. L'argent en leur possession a disparu. Car tout le monde sait que l'argent est le nerf de la guerre. De son côté, à Paris, Aglaé va essayer de sauver la tête d'un jeune homme accusé du meurtre d'un certain Crayencourt, un homme d'affaires qui s'est enrichi grâce à des coups boursiers. Le roman alterne les deux récits, l'intrigue vendéenne étant la principale. Valentin rencontre beaucoup d'obstacles sur un chemin semé d'embûches et des personnages qui jouent double-jeu. Il est même question des Thugs et de la déesse de Kali quand les meurtres perpétrés sont précédés par le chant de l'instrument de musique hindou, le ramsinga. Le roman est prenant. Vivement le cinquième tome où l'on retrouvera ensemble Valentin et Aglaé (et Vidocq). 

Voir aussi Belette2911, Caroline du blog Le murmure des âmes livres, Livressedunoir, Aurélie de Des livres et moi, Bianca de Des livres, des livres, A la page des livres, Badgeekette. 

2 septembre 2025

Requiem pour la dame blanche - Eric Fouassier

D'Eric Fouassier, j'ai lu les quatre volumes du cycle Le bureau des affaires occultes avec Valentin Verne, les quatre histoires se passant dans les années 1830. Avec Requiem pour la dame blanche (Albin Michel, 393 pages), l'écrivain nous emmène en 1916 au moment de la bataille de la Somme et quinze ans plus tard. L'essentiel de l'intrigue est une histoire de crime impossible en chambre close. La dame blanche du titre est Sybil fusillée de manière expéditive pour trahison en 1916 par six hommes dont cinq que l'on retrouve en 1931 dans une immense demeure en Picardie. Parmi eux, il y a un détective Florimond Blache, Martin Clancier, un bellâtre qui vit beaucoup des. femmes, le colonel Georges Saint-Leger (le propriétaire de la demeure), membre du deuxième bureau, Perrin (qui ne fera qu'une apparition avant de mourir) et Paul Mihalesco, très doué pour déchiffrer des messages Cette réunion est organisée par Saint-Leger à la suite d'un message trouvé sur un pigeon voyageur. Il y a un traitre parmi les cinq, responsable de la mort d'une innocente. Albert Saulx, le sixième homme a été tué d'un coup de baïonnette dans son avion nieuport. Un meurtre incroyable. Quinze ans plus tard, on sera témoin de deux autres assassinats incompréhensibles dans cette demeure où il aussi un couple de domestique et une invitée surprise, Yvonne, une très belle jeune femme. Je ne dévoile rien d'autre. Il y a vraiment du suspense. Le récit est très bien mené. Je conseille ce roman que j'ai lu en trois jours. Lire le billet de belette2911.

22 septembre 2025

Les armes de la lumière - Ken Follett

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réussi d'extrême justesse à finaliser une sixième et dernière participation aux challenges estivaux portant sur de gros bouquins. Cette année, c'est la "saga Kingsbridge" qui m'aura bien inspiré. Je pense que, pour l'an prochain, je lirai la "préquelle" (publiée en quatrième position) ainsi que le tome quatre (publié, lui, en troisième). Mais ici, c'est le cinquième titre dans la chronologie de la saga Kingsbridge dont il va être question (il couvre les années 1792-1824). 

Ken Follett, Les armes de la lumière, Robert Laffont, 2023, 785 pages 

 

Comme dans les autres volumes que j'ai lus (qui, eux, se situaient au Moyen Âge), nous suivons différents personnages, de différentes classes sociales. Mais cette fois-ci, plus de secret d'Etat comme "fil conducteur", celui-ci est plutôt remplacé par l'omniprésence de la guerre contre les armées de Napoléon: débouchés textiles pour fournir des uniformes d'une part, mais interruption du commerce avec les pays alliés de Napoléon, d'autre part. Par ailleurs, cette "histoire contemporaine" est plus proche de nous (nous sommes je suppose quelques-uns à pouvoir reconstituer tout ou partie de notre arbre généalogique sur deux siècles...). Impression sans doute accentuée par le qualificatif de "guerre mondiale" donnée dans le livre à la lutte des coalisés européens contre Napoléon.

 

En tout cas, cette Angleterre de la fin du XVIIIe et du début du XIXe laisse voir une "lutte des classes" extrêmement féroce entre ceux qui possèdent le pouvoir (que donnent les capitaux gagnés par l'exploitation des hommes) et les "prolétaires" qui n'ont que leur force de travail à vendre, sans avoir voix au chapitre sur les décisions les concernant, puisque la justice comme le pouvoir législatif sont aux mains des "puissants". Traversant cette société, on trouve aussi des divergences religieuses, entre l'église traditionnelle installée (l'église anglicane) et le mouvement de l'église "méthodiste" dont les tenants sont dépeints comme davantage soucieux de justice sociale dans ce monde-ci plutôt que dans l'autre. Du coup, je me suis demandé si "la lumière" faisait référence au "siècle des lumières" (de conception française et n'ayant pas été étrangère aux soubresauts provoqués par la Révolution française), ou bien à la lumière divine (montée des "méthodistes" en Angleterre). La partie I se déroule en 1792-1793. 

 

Sal et Kit perdent leur époux et père, paysan, par la faute du fils du châtelain local, et se voient refuser par celui-ci toute aide, si ce n'est que le garçonnet (sept ans!) rentre à son service comme apprenti domestique. Pendant ce temps, à 21 ans, Amos se retrouve à devoir prendre la succession de son père, chef d'une entreprise tisserande, et découvre que celle-ci travaillait à perte et était lourdement hypothéquée au profit du plus gros manufacturier de Kingsbridge, Hornbeam. Elsie, la fille de l'évêque anglican, souhaite créer une "école du dimanche" à l'intention des enfants d'ouvriers. Elle s'entend pour ce faire avec quelques méthodistes, dont Spade, un entrepreneur qui ne déplait pas à sa mère. Avec encore nombre de personnages, il y a là matière à tisser force liens... et pas seulement force tissus. 

 

Dans les parties et chapitres suivants, nous voyons arriver le machinisme à Kingsbridge, ce qui amène le regroupement des ouvriers dans des "fabriques" sous la férule des "patrons" alors que ceux-ci devaient anciennement "faire la tournée" de ceux (et surtout celles) qui travaillaient à domicile pour eux, par exemple comme fileuses ou comme tisserands. Je suppose que Ken Follett a lu Marx... au moins à titre de documentation? Sur ces décennies, nous assistons à la répression patronale contre les prolétaires travaillant dans les manufactures, qui n'ont pour subsister que le salaire de leur travail (à la pièce et non à l'heure). Il y a des gens de bon sens et de bonne volonté dans toutes les classes sociales. Mais l'antihéros qu'on aime haïr, celui qui apparaît comme le pire des salauds, est lui-même issu tragiquement de la misère (sa psychologie est décrite comme une peur panique de jamais y retomber: même s'il devenait l'homme le plus riche du monde, cela ne suffirait pas à le rassurer). D'où son intransigeance et sa lutte obstinée face aux ouvriers.

 

Cette "lutte des classes" s'enchevêtre dans le roman avec les guerres contre la France, qui amènent des besoins en terme d'uniformes (avec ou sans favoritisme voire prévarication pour les marchés avec la milice ou l'armée...). On peut lire des pages terribles sur le sort d'un gamin coupable d'avoir volé une bobine de rubans valant six shillings (et de sa mère). En Angleterre, on n'envoie pas un voleur au bagne comme Jean Valjean (pour un pain!) dans Les misérables... Certains des habitants de Kingsbridge, ouvrier, ouvrière, contremaître, propriétaire, évêque, fils de châtelain et j'en oublie, se retrouveront sur le champ de bataille de Waterloo. Avec cette multitude de personnages à suivre, nous nous trouvons infiniment mieux informés sur cette dernière bataille napoléonienne que ne le sont les lecteurs de La chartreuse de Parme par Fabrice Del Dongo (par contre, Ken Follett n'était pas sur le champ de bataille, cependant que Stendhal, s'il n'était pas à Waterloo, a participé à la campagne de Russie...). 

 

Je voudrais encore dire que j'ai eu l'impression que ce roman était encore plus "dans l'air du temps" que les précédents, avec le développement de faits "de société" déjà présents, mais bien plus discrètement, dans des volumes précédents: un couple lesbien, un autre bien installé dans l'homosexualité masculine... Dans les dernières pages (à la fin de la partie VII qui couvre les pp.737-785 et les années 1815-1824), le méchant va à sa fin (la cathédrale y intervient), les maris encombrants disparaissent et les bons sont enfin récompensés (héritage, remariages, député, modification législative). Pour l'anecdote, je signalerais que, p.655, trois fautes de français m'ont griffé l'oeil dans le texte traduit. Mais comme quatre traducteurs sont crédités, impossible de savoir à qui cette page incombait! 

 

Ce roman avait été lu par Anne-yes pendant les Epais de l'été 2024. 

Et je vais conclure, avec ce billet, mes participations 2025 pour les challenges estivaux sur de gros bouquins: mon propre challenge des Epais de l'été 2025, mais aussi les Pavés de l'été 2025 chez Sibylline et les Pavés "saison été" chez Moka. 

 

6 septembre 2025

Petit séjour à Rome

Je viens de passer 4 jours à Rome. Je n'y étais pas allée depuis 25 ans. De mémoire, la ville éternelle n'a pas trop changé. C'est une ville toujours aussi belle et passionnante. Rome est jumelée avec Paris depuis 1956. Rome, en septembre, c'est agréable. Il a fait entre 27° et 29°. Et il y a encore beaucoup de touristes (même des Italiens). J'ai eu l'impression qu'il y avait plus de touristes qu'à Paris. Rien que le Colisée est visité, paraît-il, par 30 000 personnes par jour. 
Voici quelques photos de mes coups de coeur. Comme je suis loin d'avoir tout (re)vu, j'espère y retourner d'ici deux ou trois ans. J'ai beaucoup marché et pris le métro, il y a deux lignes principales, la A (orange) et la B (bleue). Elles sont très fréquentées. Mais Rome, c'est aussi beaucoup de bus qui vont dans tous les sens. Les lignes de métro contournent le centre historique pour des raisons que l'on peut imaginer.

Voici quelques photos :

C'est l'une des premières que j'ai prises. Ce sont de vraies tomates devant un restaurant.

Saint-Pierre de loin, j'ai évité la foule.

Le château Saint-Ange qui se visite.

La piazza Navona (ancien stade de Domitien).

quelques fromages italiens...

Le marché à Campo di Fiori. 

L'église Saint-Louis des Français date du XVIème siècle. Dans la chapelle Saint-Matthieu au fond à gauche, il y 6 tableaux dont 3 peints par Le Caravage entre 1599 et 1602, ils sont magnifiques. 

Le martyre de Saint-Matthieu.

Saint-Matthieu et l'ange.

La vocation de Saint-Matthieu.

La place d'Espagne, comme la fontaine de Trevi rassemblent beaucoup de monde. Pour la fontaine de Trevi (ci-dessous), il y a des barrières et un sens pour les visiteurs, le surtourisme, c'est quelque chose.

Du coup, j'ai été contente de m'éloigner de la foule, c'est pourquoi je suis retournée au cimetière protestant de Rome situé à côté de la Pyramide. Dans le cimetière (la porte d'entrée est discrète et pas facile à trouver), on trouve quelques tombes célèbres dont celle de deux poètes romantiques anglais du 19ème siècle : Percy Shelley et John Keats. C'est un endroit calme. Personnellement, j'apprécie d'aller dans les cimetières.

La pyramide de Caius Cestius (construite entre 18 et 12 avant J.-C.) vue du cimetière.

 

 

Depuis le décès du pape François, Sainte-Marie Majeure qu'il a choisie comme dernière demeure est devenue un lieu de pèlerinage entouré de barrière avec le contrôle des sacs par la police. Il y a 25 ans, on y entrait très facilement et j'avais eu le coup de foudre pour cette basilique très claire.  Elle est toujours aussi belle, mais désormais il y a la queue pour se recueillir sur la tombe du pape défunt.

 

Je termine avec la Rome Antique avec deux photos, le Colisée à l'extérieur et à l'intérieur. À mon avis il faut presque 2 jours pour tout voir entre le Colisée, le Palatin et les Forums. J'espère que ces photos vous donneront envie de (re)voir la capitale de l'Italie.

À l'intérieur, on se rend compte que le Colisée n'est pas rond mais ovale. 

C'est la face nord du Colisée qui est la mieux conservée (si je puis dire).

13 septembre 2025

Hommage à Paul Newman qui aurait eu 100 ans cette année

Vendredi 12 septembre 2025 au soir, j'avais réservé au Balzac, un cinéma Art et Essai des Champs Elysées, une place pour une soirée consacrée à Paul Newman (1925-2008) qui aurait eu 100 ans. La soirée clôturait une semaine d'hommage à l'acteur lors du festival du cinéma américain de Deauville. Cette soirée fut en particulier l'occasion d'évoquer l'action de Paul Newman envers les enfants malades. La soirée était introduite par la présidente de l'association L'envol qui est membre du réseau SeriousFun Children's network initié par Paul Newman en 1988. L'envol a été créé en 1997. Avant de revoir La chatte sur un toit brûlant, Cléa Newman (la benjamine des enfants Newman) et Brigitte Fossey nous ont fait partager quelques anecdotes et une femme dont je n'ai pas retenu le nom a évoqué le livre de mémoires de Paul Newman que j'avais bien apprécié.

Cléa Newman

Cléa Newman et Brigitte Fossey

Personnellement, j'étais surtout venue pour La chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks (1958) que je n'avais pas vu depuis longtemps. Revoir ce film sur grand écran, qu'est-ce que c'était bien. Liz Taylor (magnifique) donnant la réplique à Paul Newman (avec ses beaux yeux bleus et son plâtre à la jambe droite) dans plusieurs scènes sont des moments magiques. Je ne me rappelais plus toute l'histoire. La chatte sur un toit brûlant est adaptée d'une pièce de Tennessee Williams et j'ai bien ressenti le côté théâtral pendant tout le film. Il y a une unité de temps, de lieu et d'action. Le couple Newman (33 ans) / Taylor (26 ans) était vraiment glamour et les autres acteurs sont tous très bien, en particulier Burl Ives qui interprète le rôle du père (Big Daddy). Et je ne me rappelais plus que le film avait autant de moments humoristiques grâce à certaines scènes et répliques. Un film à (re)voir sur petit ou grand écran.

24 août 2025

Le versant du soleil - Roger Frison-Roche

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalise enfin un billet sur une oeuvre dont j'avais entamé la (re)lecture après le 15 juillet 2025. Je pensais terminer avant fin juillet afin d'avoir une seconde participation pour le challenge de Cléanthe dont le thème du mois était Voyage dans les Alpes, et où j'avais relevé un billet sur Premier de cordée. Cela m'avait rappelé que je possédais pas mal de Frison-Roche dans ma pochothèque, notamment son autobiographie publiée dans les années 1980 et dont j'avais acheté les deux tomes en "J'ai lu" il y a un peu moins d'une quarantaine d'années... biographie rééditée par la suite en un épais volume! Mais... pas si facile, en voyage, avec juste quelques heures de lecture nocturne (à deux dans une chambre d'hôtel ou dans un studio, il n'y a guère qu'un endroit bien éclairé où l'on puisse lire assis - je vous laisse deviner lequel -, et ça manque de confort). Bref, j'ai jeté l'éponge pour la "course contre la montre" à l'approche du 31 juillet, et ai terminé tranquillement ma relecture en août, pour contribuer au moins aux challenges estivaux de gros bouquins (épais de l'été 2025, mais aussi pavés de l'été 2025 de Sibylline et saison Eté des pavés "quatre saisons" chez Moka).

Roger Frison-Roche, Le versant du soleil
* Tome 1, j'ai lu N°1451, 378 pages & Tome 2, 379 pages, 1983 (copyright Flammarion 1981)
* Réédition en un volume: Arthaud, Coll. classique Arthaud, 2007, 816 pages

 

Pour ma part, j'avais acquis le tome 1 en 1986 et le tome 2 en 1989 seulement, bien après d'autres oeuvres alors disponibles en "livre de poche" de l'écrivain Roger Frison-Roche (1906-1999) dont Le versant du soleil est l'autobiographie. Le premier tome compte cinq parties, des origines familiales de Roger Frison-Roche jusqu'à l'évocation de la période d'Occupation dans le pays de Beaufort où il s'était réfugié. Le tome deux poursuit cette cinquième partie avec le "versant" résistance et lutte active contre les Allemands après le Débarquement de Provence, les deux dernières amènent l'écrivain (dont la carrière a véritablement commencé avec Premier de cordée, paru en 1942 et dont un film a été tiré dès 1944 sous l'Occupation) jusqu'au tout début des années 1980... (la dernière page de l'ouvrage est datée "Derborence, 23 juin 1981"). 

 

Ça commence par une bêtise de gamin dans le café familial. Occasion pour Frison-Roche de signaler que, bien que né (le 10 février 1906) à Paris (où ses parents étaient "émigrés temporaires"), il s'est toujours considéré comme savoyard, et plus particulièrement de la vallée de Beaufort. Ecolier, il appréciait surtout les vacances d'été au chalet de son oncle, à 1200 m d'altitude: mener la "vache d'été" (la seule qui n'est pas partie dans les alpages) au pâturage, aider aux travaux des champs... L'été 1914, leur mère les y a rejoint, son frère et lui, et les enfants, scolarisés sur place, y sont restés jusqu'à la rentrée 1915. L'été 1920 sera son dernier à Beaufort: en fin d'année scolaire 1921, sa mère n'étant plus en mesure de payer des études au collège Chaptal, il faut travailler (à 14 ans et demi): ce sera à l'agence Cook, avant de rentrer au Touring Club de France "au culot". Puis, alors qu'il a envoyé moult lettres de candidatures à différents offices de tourisme des Alpes, sa qualité d'ancien "chaptalien" fait que le Président de la chambre hôtelière de Chamonix lui donne sa chance en tant que secrétaire des trois organismes touristiques chamoniards, à dater du 1er avril 1923. "J'ai 17 ans et je pars pour conquérir le monde". Fin de la première partie (p.94). 

 

La deuxième partie est titrée "La vallée fermée", couvre 105 pages (en 16 chapitres) et amène Roger Frison-Roche jusqu'en 1938 (avec moult anecdotes et grandes rencontres de personnages bien oubliés de nos jours). Découverte du ski, et du monde de l'alpinisme. "Mes compagnons et voisins étaient les guides, ces montagnards de l'échelon supérieur". Il gagne leur confiance par quelques prouesses. Il parle des "Jeux de Chamonix" de 1924, qui n'avaient pas encore le droit de s'appeler officiellement "Jeux olympiques d'hiver". Quant à lui, des guides font appel à lui comme "porteur" (sans bien sûr qu'il ait encore le droit d'être "premier de cordée"). Premiers pas dans le journalisme, service militaire en 1926-27 dans le 93e régiment d'artillerie de montagne... et un mariage local en 1930 (le 3 mars)! La même année, il réussit l'examen de guide de montagne, coopté par la compagnie des guides de Chamonix (fondée en 1823), premier "étranger" (hors Chamonix et Argentière) depuis un siècle! Mais une embrouille avec un grand patron hôtelier amène Roger Frison-Roche à démissionner de ses emplois stables dans le tourisme. Il se reconvertit comme professeur de ski. Encore une embrouille, et il échoue en 1935 à un examen crucial de moniteur-chef malgré son palmarès en compétition. Il fait un peu de cinéma de montagne... et découvre le Hoggar quand on vient le chercher pour gravir quelques pics dans le Ténéré (il en tirera des articles repris dans son livre Carnets sahariens). J'ai appris que dès les années 1930, des Américains emmenaient un éléphant dans les Alpes pour tenter de reconstituer la traversée d'Hannibal (par le col du Grand Saint-Bernard, plus tard par celui du Clapier...). Comme journaliste, il était là lors de l'agonie de Staviski (oui, celui de l'affaire - anecdotes encore). Puis couvre les jeux olympiques d'hiver de Garmish-Partenkiren (Bavière) en 1936, et les championnats du monde de ski en 1938 à Engelberg (Suisse), quelques jours avant l'Anschluss. La guerre approche... 

 

Troisième partie, "Une terre nouvelle" (pp.201-299, 12 chapitres): le 11 novembre 1938, la petite famille (déjà deux jeunes enfants) arrive à Alger, Roger étant recruté comme journaliste à La dépêche algérienne. Durant la drôle de guerre, il réussit après quelques tribulations à prendre du service dans le 14e corps d'armée, à Uriage (Isère - 38), qui résiste victorieusement à l'offensive italienne sur les Alpes, lorsque l'Italie déclare la guerre le 11 juin 1940. Après l'armistice, démobilisé, Frison-Roche repart en Algérie avec sa famille. Fin 1940, son patron lui commande des articles "susceptibles de redonner confiance à la jeunesse". Cela donnera Premier de cordée, écrit comme un feuilleton en trois mois, puis envoyé à l'éditeur Benjamin Arthaud à tout hasard. Mai 1941: le général Weygand lance une expédition pour tâcher de faire substituer l'huile d'arachide du Niger ou l'huile de palme du Dahomey au. carburant dont l'Algérie manque, notre journaliste saharien en fait partie (mais les baronnies locales bloqueront tout transfert de matière première d'une colonie française à une autre). Inconsciente, la famille (3 enfants désormais) va passer l'été 1942 à Chamonix en vacances familiales avant de revenir à Alger, où elle se trouve le 7 novembre quand les Américains débarquent en Algérie (mais laissent les Allemands débarquer en Tunisie). Frison-Roche se fait nommer correspondant de guerre. Le 25 décembre, il est fait prisonnier sur le front tunisien. En février 1943, il subit tout un périple (avion vers Sicile, Naples...) vers Paris puis jusqu'à Vichy (train...), d'où quelques complicités lui permettent de s'évaporer pour rejoindre Chamonix. 

 

"Interlude, l'été 1943" (pp.301-353), raconte sa vie clandestine en zone d'occupation italienne (et non allemande). Il évoque tout l'éventail des possibles entre collaborateurs et résistants: bien connu dans la vallée, personne ne l'a dénoncé. Mémorable randonnée à ski, aller-retour, à Beaufort, avec deux compagnons, pour ramener quelques dizaines de kilos de fromage de Beaufort. Tournage du film tiré de Premier de cordée (les producteurs lui ont obtenu un Ausweiss sans qu'il ait dû répondre à des questions indiscrètes). L'Italie signe un armistice le 8 septembre 1943. Dès le 9 septembre, les Allemands occupent la Savoie. 

 

La partie 5, "Les montagnards de la nuit", commence sur 3 chapitres et quelques dizaines de pages. Elle se poursuivra dans le second volume de mon édition. 

Il y est question de l'organisation des maquisards et de l'Armée secrète, qui adoptent comme tactique de laisser en paix dans le département les Allemands en attendant le soulèvement général (sur instruction de Londres) qui permettra de le libérer. J'ai trouvé ce chapitre fort redondant avec la version romancé lue dans Les montagnards de la nuit publiée en 1968 (13 ans avant ces mémoires). Un épisode intéressant où Roger Frison-Roche dupe une patrouille allemande en parlant le patois savoyard et en effectuant sous leurs yeux une journée de travaux des champs... avant de reprendre quelques mois plus tard du service (et du galon) comme lieutenant à la 5e demi-brigade de chasseurs alpins une fois celle-ci (re)constituée. Les derniers morts avant la victoire... L'occupation temporaire de la Vallée d'Aoste... Et son retour en Algérie, où il constate (dit-il) qu'on l'avait en mai 1943 accusé de désertion et de collaboration, pour des raisons politiques (discréditer le journal La dépêche algérienne et sa direction, et mettre la main dessus).

 

"La vie recommencée" (sixième partie) occupe les pages 107 à 251. En 1945, il revient au journalisme, mais comme "grand reporter", ce qui lui permet de voyager dans l'Europe qui se relevait lentement de ses ruines. Après l'expropriation de La dépêche algérienne, il passe à L'Echo d'Alger (pas la même nuance politique). Quelque mots sur le Tanger de la grande époque (trafics...). Voyage en Suède, sous la prohibition d'alcool (quelques pages savoureuses). Je retiens une bonne définition du métier du reporter (p.164): "C'est accepter de partir immédiatement n'importe où. C'est aussi, bien souvent, parler de choses qu'on ne connaît pas et devoir les expliquer clairement au grand public". Le chapitre 10 (pp.184-190) donne un aperçu intéressant de cette activité de conférencier pour Connaissance du monde: des documentaristes qui remplissaient les salles, dans les années 1945-1960, en commentant photos et films de pays ignorés de leur public - sans doute une activité que la télévision a fini par tuer. J'y ai retrouvé des noms que je connais (Christian Zuber, Albert Mahuzier) et bien d'autres que j'ignorais. Cette partie (qui contient aussi la mort du fils unique, élève pilote de chasse) se clôt sur le départ du reste de la famille, de l'Algérie vers la métropole, en 1955. 

 

La septième et dernière partie est titrée "Les années qui passent". Elle est celle qui en couvre le plus (jusqu'en 1981). Frison-Roche a vécu encore 18 ans après la parution de cette autobiographie. Mais reprenons dans l'ordre chronologique. Découverte de la Laponie en 1957, rédaction tant de récits de voyages que de romans s'y déroulant... Achat d'un terrain à Chamonix ("sur le versant du soleil, bien sûr"), en 1960: il y fera construire un chalet (nommé "Derborence" en hommage à l'écrivain C.F. Ramuz) destiné à loger sa famille, afin de pouvoir y accueillir plus tard ses petits-enfants (8)... et même leur descendance (3 en 1981). L'âge arrivant, il a dû renoncer à les initier à l'alpinisme. Il est retourné à plusieurs reprises dans le Ténéré décolonisé. Mais aussi chez les peuples de l'Arctique (Indiens, Eskimos). Sa dernière véritable expédition a été vers la rivière Nahanni, en 1969. Mais il a continué à voyager. J'ai entendu dire que, figurant au tout début des années 1980 dans un "jury" de la Guilde du raid chargé d'attribuer quelques subventions pour de jeunes "aventuriers", il avait semblé ne pas très bien comprendre de qui il s'agissait quand on présentait un projet d'expédition filmée pour accomplir une "première" descente en kayak et en raft, en Amérique du Nord...

 

On peut lire quelques mots sur ce livre (comme sur les autre) sur le "site officiel de la famille Frison-Roche" (qui semble ne pas avoir été tenu très à jour depuis 2022 et le livre de sa fille Martine [née en 1940], titré Sur les traces de mon père Roger Frison-Roche). 

15 septembre 2025

Kéraban le têtu - Jules Verne

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) au départ failli faire "fausse route" avec un titre auquel j'avais songé pour le mois d'août, avant qu'il me paraisse, à la réflexion, plus pertinent de le réserver pour un autre des thèmes mensuels des Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes chez Cléanthe auxquels il pouvait aussi correspondre (Istanbul, en janvier 2026?). Mais finalement, en janvier, mon propre challenge "120 ans Jules Verne (1828-1905)" sera terminé... Donc, voici une contribution pour Les rives de la Mer Noire (chez Cléanthe donc). Et aussi, bien sûr, pour le challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie.

Jules Verne, Kéraban le têtu, Le livre de poche, 1967, 484 pages
(édition originale en 1883 - dessins par L. Benett)

 

Pour cette fois, je suis donc le chemin indiqué. Cependant, une fois de plus, je vais tenter un "pas de côté", en présentant un titre quelque peu anachronique dans son contexte certes aujourd'hui "européen", mais décrivant des contrées et régions qui dépendaient alors en majorité de deux Empires, le Russe et l'Ottoman. Si quelques bateaux y apparaissent, je ne prétends pas pour autant qu'il soit éligible au "book trip en mer": les nombreux caïques évoqués sont seulement destinés à la traversée du Bosphore à [Constantinople ou Istanbul?]. Et c'est parce qu'il refuse de payer une nouvelle taxe liée à cette courte traversée que le héros de ce roman entraîne ses compagnons dans un périple représentant l'intégralité du tour de la Mer noire, à pied, à cheval ou en voiture (sans utiliser aucun moyen de locomotion moderne: ni bateau à vapeur ni même voilier (il souffre du mal de mer!), ni "Railway" (chemin de fer) dont quelques tronçons existent déjà sur son parcours. 

 

Mais ce Kéraban, qui est-ce au fait? Hé bien, c'est le personnage de droite sur la couverture, un Turc à l'ancienne, qui se targue de refuser le "progrès (télégraphe, train ou "steamers"), et que son commerce de tabac rend suffisamment riche pour se le permettre. Le seigneur Kéraban sera donc accompagné dans son voyage par: son serviteur Nizib (aussi musulman que lui), son correspondant en commerce de tabac et ami Van Mitten (et son serviteur Bruno, aussi hollandais l'un que l'autre), et il enlèvera au passage à Odessa son neveu Ahmet, lui-même fiancé à la douce Amasia, fille du banquier Sélim (également ami et correspondant de Kéraban). Comme souvent chez Jules Verne, aventures et amours contrariés vont de pair! Le voyage commence dans une confortable "chaise de poste" tirée par des attelages de chevaux changés de relais en relais. La voiture confortable disparue brutalement, plus ou moins par la faute de notre Turc têtu, il se poursuivra dans une carriole moins confortable, à dos de cheval... ou sur un bac. 

 

Carte du pourtour de la Mer noire, p.84-85

On voit la différence avec une carte du XXIe siècle... (Wikipedia - consulté le 24/08/2025 - carte francisée par Idarvol)  

 

Le voyage est émaillé d'incidents, évoqués par des titres de chapitres au libellé aussi désuet qu'évocateur: quand il ne commence pas par "Dans lequel...", c'est "Où il est question..." ou bien "Où l'on verra..."! Entre de longs descriptifs de paysages ou une évocation de l'histoire des bourgades traversées, quelques épisodes de tons variés rompent la monotonie. Le valet hollandais s'inquiète de sa perte de poids, et va jusqu'à duper le valet turc pour lui manger sa part ("si, si, je crois que c'est du porc, il faut vérifier..."). À un tel élément de farce succède succède rapidement un épisode dramatique qui m'a fait songer à la célèbre scène du naufrage dans Paul et Virginie (pp.304-310). Puis, après les éléments comiques cités plus haut, place à la comédie en bonne et due forme! Je n'ai pu m'empêcher de songer que les événements qui se déroulent au caravansérail de Rissar (pp.331-372), de par leurs dialogues, péripéties, unité de lieu et "jeux de scène", auraient très facilement été transposables dans une représentation théâtrale. Cette "mise en scène est d'ailleurs parfaitement assumée par l'auteur (l'une des dernières phrases du chapitre dit: "(...) et le silence se fit enfin sur le théâtre de cette tragi-comédie, qui venait de se dénouer sur le dos de l'infortuné Hollandais". 

 

Kéraban serait-il libertaire dans l'âme? J'ai retenu son jugement lapidaire lorsqu'il doit acquitter un droit de douane en franchissant une frontière: "Décidément les gouvernements sont tous les mêmes, et ne valent pas l'écorce d'une pastèque!" Mais notre pittoresque personnage est aussi capable de se défendre quand on l'agresse: loin d'être un simple Tartarin de Tarascon, à lui seul, il extermine (à coup de fusil ou de poignard) les trois chefs de la troupe de canailles qui attaque son petit groupe (qui se défend vigoureusement, femmes comprises - bon, la douce fiancée, un peu comme le fait au début l'actrice de 1933 face à King Kong...). Et le périple sera bouclé (qui en doutait?) dans le délai imposé pour le mariage de nos deux tourtereaux séparés par l'oncle (Amasia ne devait faire un gros héritage que si elle convolait à une date-butoir qui laissait juste quelques semaines à Kéraban pour arriver à destination).

 

Outre donc Les rives de la Mer Noire chez Cléanthe, ce titre est bien entendu éligible aussi à mon challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905) ainsi qu'au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie. Mais l'apparition puis la disparition d'une "tartane" (la Guïdare, capitaine Yarhud - une franche crapule), même si importantes dans l'intrigue, tiennent bien trop peu de place (de pages) par rapport au trajet précisément terrestre pour justifier son inscription au Book trip en mer de Fanja.

(Nota: une des petites "vignettes" du logo est tirée de Kéraban le têtu...) 

(... tiens, ce dernier logo "composite", il ne vous rappelle rien?)

 

P.S.: j'avais proposé une "lecture commune" sur le blog de Sandrine dédié aux lectures communes & challenges. Pour le moment, j'ai repéré les billets de ClaudiaLucia et de Cléanthe. 

12 mars 2024

Un chemin de tables - Maylis de Kerangal

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) participe avec ma chronique du jour au challenge "Monde ouvrier & mondes du travail" proposé par Ingannmic. C'est dasola qui m'a procuré mon dix-huitième livre de la collection "Raconter la vie" que j'avais présentée naguère. Il s'agit d'un texte de Maylis de Karangal, auteure connue pour ses romans, mais dont je n'avais encore jamais lu aucune oeuvre.

Maylis de Kerangal, Un chemin de tables, Seuil (Coll. Raconter la vie), 2016, 102 p.

Dans ce livre, la romancière nous croque le parcours d'un certain Mauro, dont le lecteur ne saura jamais, faute de patronyme associé à ce prénom, s'il s'agit d'une personne réelle ou d'un personnage de fiction. L'auteure nous fait découvrir Mauro, jeune étudiant fraîchement diplômé (il possède un Master de sciences économiques) dans un train en route vers Berlin en 2005. On sait qu'il a fait un séjour Erasmus à Lisbonne durant ses années d'études et y a croisé une demoiselle Mia. Après une année de Master, il a séjourné chez une cousine par alliance à lui qui l'a initié aux produits bio et à leur cuisine. Retour en arrière: enfance, traditions familiales du bien-manger, début du plaisir à réaliser des gâteaux (grâce aux livres de recettes) dès l'âge de 10 ans, puis rôle de préposé à cuisiner pour sa bande de copains de collège puis de lycée... En 2004, c'est un un job d'été dans un restaurant - par relation - qui l'initie à la cuisine professionnelle. Mais en 2006, stagiaire atypique (pour un stage non rémunéré!), Mauro se montre moins enclin que les jeunes "alternants" en études professionnelles qu'il côtoie en cuisine à supporter d'éventuelles brimades, quand la "brigade" doit exécuter sans la moindre erreur les plats demandés, en répliquant "oui chef!" comme chez les Marine (Yes Sir! - ça fait songer à la scène de la cuisine des Tontons Flingueurs) sous peine de se prendre le plat rejeté en travers de la figure... Il tient seulement trois semaines. Immédiatement embauché en CDI dans un autre restaurant, il y découvre une bonne ambiance mais des horaires dingues pour un SMIC qui ne l'est pas (parfois 70 à 80 heures réellement travaillées par semaine, de 07 h du matin à pas d'heure le soir, dans la restauration?). Un autre restaurant encore, et c'est l'inscription au CAP (certificat d'aptitude professionnelle) "Cuisine", en candidat libre [bon, ici, je me dis que l'épreuve pratique a l'air infiniment plus difficile que les écrits ou oraux qu'il m'a juste fallu passer pour obtenir mes quatre Bac Pro...]. L'année 2008 voit Mauro se lancer dans son propre restaurant. Au bout de quatre ans, il s'aperçoit qu'il travaille comme un damné et que toute sa vie est désormais happée par son activité, alors même que gagner beaucoup l'argent n'est pas sa préoccupation première. Il part visiter les "cuisines du monde" (Bangkok, la Birmanie...), avant de revenir en France vagabonder dans d'autres métiers de la restauration. A la fin du livre, il annonce à la narratrice vouloir de nouveau ouvrir un restaurant... Car tout au long du livre, la narratrice croise régulièrement Mauro, dont l'âge le rend à peu près contemporain des propres enfants de l'autrice? 

Le livre a été réédité en Folio en 2019, après l'arrêt de la collection "Raconter la vie". Je ne suis pas persuadé que cela ait pu être le cas de la totalité des titres de la collection (mais cela l'avait été pour Regarde les lumières mon amour écrit par Annie Ernaux). 

Quelques blogs ayant chroniqué ce livre (dans l'une ou l'autre de ses éditions - liste non exhaustive): Philisine Cave, Gilles Pudlowski, Maggie, l'ancien blog d'Une comète, CeciBon, les blogs Gout de food, Onarretetout aussi, Guy (plutôt déçu), Au bout de mes souliers (dernier billet en 2019), A propos de livres, Géraldine, Piplo. 

Edit pour répondre à celles qui se demandent si j'ai aimé ce livre: j'ai été intéressé par l'aspect sociologique qui nous est exposé, mais je ne raisonnerai pas en terme de "j'ai aimé" ou "je n'ai pas aimé". Le style (ou l'absence de style?) n'est pas un paramètre que je sais prendre en compte (j'étais nul en "commentaire composé"!). 

18 août 2025

Les fugitifs - Abir Mukherjee

Emprunté en bibliothèque en même temps que Stella, j'ai eu à nouveau la main heureuse avec Les fugitifs d'Aber Mukherjee lu en un peu moins de 48 heures. J'ai dévoré ce roman policier de 404 pages (Editions Liana Levi). D'Abir Mukherjee, j'avais bien apprécié ses cinq romans qui se passent dans les années 20 en Inde et là, il change d'époque et de pays avec une intrigue qui se passe de nos jours aux Etats-Unis, à quelques jours d'une élection présidentielle où deux candidats s'affrontent: une Démocrate (vice-présidente en fonction) et un Républicain très à droite (suivez mon regard). C'est un roman vraiment réussi où la tension est maintenue jusqu'au bout. L'histoire, qui se déroule sur huit jours, commence quand Yasmin, une jeune fille d'origine indienne arrivée aux Etats-Unis à Portland dans l'Oregon quelques semaines auparavant, est liée à un attentat à la valise piégée dans un centre commercial à Los Angeles, et en meurt. Jack, l'homme qui l'accompagnait, s'est volatilisé. Shreya Mistry, une femme agent du FBI, est chargée de l'enquête. Grâce aux caméras de surveillance, elle trouve assez vite la personne responsable du carnage. Au moins un autre attentat aura lieu. Une autre jeune fille, Aliyah, venue d'Angleterre via Dubaï, avait atterri en même temps que Yasmin. A l'aéroport, on est venu les accueillir, elles sont montées dans le même pick-up et ont disparu. À Londres, le père d'Aliyah, originaire du Bengladesh, est longuement interrogé mais il ne sait pas où se trouve sa fille, persuadé qu'il est qu'elle était partie au Japon. Le titre Les fugitifs se rapporte au fait qu'Aliyah et un certain Greg, doué pour fabriquer des bombes, sont poursuivis par le FBI. Il y a aussi la mère de Greg et le père d'Aliyah, Sagid Khan, qui cherchent leurs enfants avant qu'il ne soit trop tard. Et puis, il y a une femme aux cheveux blancs, une certaine Miriam ou Maria ou Mary, une personne très dangereuse qui manipule son monde. Le roman raconte surtout une histoire de terrorisme intérieur à la veille d'élections nationales. Un roman que je conseille en attendant la publication de son nouveau roman paru en anglais pour l'instant où l'on retrouvera j'espère, le capitaine Sam Wyndham et le sergent Banerjee. Lire les billets de Baz'art et Actu du noir. 

19 octobre 2024

Trilogie La fosse aux vents - Roger Vercel

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) poursuis mes participations aux trois challenges Book trip en mer de Fanja, Monde ouvrier, mondes du travail d'Ingannmic et 2024 sera toujours classique organisé par Nathalie, en évoquant de nouveau l'oeuvre de Roger Vercel, mais cette fois-ci avec une trilogie complète.

Ceux de la "Galatée", Le livre de Poche N°4034, 1975 (Copyright Albin Michel 1949), 248 pages
La peau du diable, Ed. Albin Michel, 1950, 324 pages
Atalante, Ed. Albin Michel, 1951, 302 pages

 

Dans la trilogie La Fosse aux vents, on suit sur près de 20 ans (de 1897 à la guerre de 1914) le parcours d'un jeune marin (au caractère affirmé), d'abord matelot (gabier), puis second capitaine (après avoir suivi l'Ecole d'Hydrographie de Saint-Malo), et enfin capitaine au long cours. Une ascension sociale, qui lui ouvre l'esprit, sans changer énormément, au fond, son caractère d'origine.

Ce livre de poche, Ceux de la "Galatée", m'a été offert en 1979 par celle de mes grand-mères qui avait dû lire ce titre à parution (pour mes 15 ans). Par contre, les tomes suivants ne sont jamais parus en Livre de Poche, quelle qu'en soit la raison (résultats financiers insuffisants, changement de politique éditoriale, ...). Mais j'avais trouvé, quelques années après, la suite en occasion.

Le héros du livre, Pierre Rolland, n'apparaît au départ que comme l'un des matelots de l'équipage de la Galatée commandée par le capitaine Le Gac. Nous sommes en avril 1897, le bateau est à Dunkerque, en partance vers Iquique (Chili) et San Francisco. L'embarquement des matelots pour ce long voyage, c'est tout un poème. Rolland est ramené le dernier par les gendarmes (cependant que le "pilotin", Jean Barquet, avait couché à bord dès avant le départ). Un "pilotin", c'est un navigant-qui-paye (enfin, sa famille...) pour le voyage ("tu prends la place d'un petit gars qui aurait eu besoin de naviguer pour manger", comme on lui dit). Ce que j'avais apprécié dès ma première lecture, c'est que tout est clairement expliqué du métier de marin sur un grand voilier (deux douzaines d'hommes pour de longues semaines de mer), presque pédagogiquement (même si chacun, du matelot aux officiers, a son propre caractère et sa manière de faire et d'être). p.154, le second, Monsieur Monnard, offre à Rolland la possibilité de devenir officier - tout en lui expliquant qu'il le fait parce que c'est son métier de tirer le maximum des hommes, comme du navire. On a pu voir évoluer le jeune marin, d'un orgueil difficilement domptable et qui n'apprécie la faiblesse ni chez les autres (pauvre pilotin...) ni chez lui-même. Les vents ramènent enfin le bateau à Dunkerque p.194, et Rolland ira suivre le cours préparatoire au concours d'entrée à "Hydro" proposé par l'instituteur Rémy en étant logé chez le frère (prêtre tuberculeux) de Monsieur Monnard (il n'y a malheureusement pas de date mais si l'on considère que les cours sont commencés depuis un mois, je suppose que l'on doit être fin septembre / début octobre?). Une fois de plus, notre jeune matelot se comportera comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, refusant l'attachement qui point chez la fille de l'instituteur. Mais il réussit l'examen pour le cours "au long cours" de l'Ecole d'hydrographie, et le livre finit abruptement. 

 

La peau du diable, ça parle d'un cyclone. Mais, bien entendu, pas uniquement de cela. Durant les 20 premières pages, Pierre Rolland se remémore... On apprend dès les premières pages qu'il a "enseveli sa jeunesse" (à 25 ans) devant la tombe du capitaine Monnard, sous les ordres duquel il avait été durant deux ans lieutenant puis second avant qu'il meure stupidement du tétanos. Lorsqu'il rejoint son nouveau poste sur l'Antonine à Port Talbot (Royaume-Uni, pays de Galles), il est officier depuis 5 ans, a navigué sur l'Astrée (capitaine Bouteloup), puis sur le quatre-mâts l'Espérance (capitaine Arlozzi). Deux capitaines qui ne l'ont guère gâté dans leurs rapports, lui rejetant la responsabilité de leurs diverses "fortunes de mer" (démâtage ou feu à bord aussi bien que "perte de face"), alors que "le second n'est qu'un exécutant payé pour donner l'exemple de l'obéissance la plus absolue" (p.21). L'Antonine est commandé par le capitaine Thirard (premier lieutenant Berteux, second lieutenant Poullain). Cette fois, c'est vers la Nouvelle-Calédonie que se dirige le bateau pour aller y charger son nickel. Encore une fois, nous voyons vivre et "fonctionner" tout un équipage durant un "aller-et-retour" riche en histoires individuelles. 

Sur ce navire à coque en fer, vergues et voiles montent grâce à un treuil à vapeur. Mais le "groumage", ces récriminations si universellement tolérées que les hommes prétendaient, en rigolant, abandonner cinq pour cent de leur salaire afin d'y avoir droit (p.88) est toujours présent. Dicton de marin (p.34): "La pluie, c'est de la pluie; le vent, c'est du vent; mais de la pluie et du vent c'est du mauvais temps". Et l'équipage peut passer des jours à s'efforcer de ne pas dormir à coup de récits interminables (Jean de l'Ours, p.96).

Le capitaine Thirard effectue son dernier voyage, mais Rolland met du temps à comprendre exactement ce qui l'y pousse: "il savait avec quelle obstination un capitaine peut s'accrocher à son commandement. s'il descendait de sa dunette, dix se précipiteraient pour l'y remplacer. Et après, pour y remonter..." (p.33). p.101: "second capitaine, cela signifiait bien suppléant, remplaçant du commandant empêché, et non pas "qui vient derrière le premier"", est-il mentionné en aparté... Cependant que le second doit savoir tout faire, y compris "arranger le coup" pour une gamine éperdue réfugiée à bord dans le but d'échapper à son père qui la bat quand il est saoul. Mais c'est bien le capitaine Thirard, presque à l'agonie, qui saura insuffler à l'équipage l'espoir nécessaire pour traverser le fameux cyclone et réussir à ramener ce qui reste du bateau vers la Nouvelle-Calédonie qu'ils avaient quittée peu avant. C'est un "vapeur" qui remorque au port de Nouméa le voilier désemparé. Quand Rolland ramène le navire à bon port vers la Métropole (en 98 jours, de la Nouvelle-Calédonie au Havre) - "Un voyage dont on reviendrait moins sûr de soi qu'on était parti" (p.317) -, son poste de capitaine lui est enfin confirmé.

On doit bien être en 1905: il est fait allusion au fait que la France renonce à ses pêcheries à Terre-Neuve à la suite d’un accord global avec le Royaume-Uni (1904), ou aux persécutions combistes. J'ai retrouvé avec plaisir dans ce volume une narration bien huilée, au point que je revoyais des péripéties à l'avance, alors que je ne l'avais plus relu depuis longtemps. 

 

Quand débute Atalante, Pierre Rolland est désormais capitaine depuis plusieurs années (il commande donc l'Atalante, après l'Andromède, la Marie-Laurentine, l'Argonaute et le Saint-Sever). Mais il reste muré dans sa solitude. Lorsqu'il rejoint des capitaines, ses pairs, qu'il retrouve aux quatre coins du monde, il fréquente des collègues, non des amis. Paradoxe: lui, l'homme qui n'aime toujours rien tant que sa liberté, est un capitaine qui hait les propagandistes libertaires qui viennent demander aux matelots s'ils ont à se plaindre de leur capitaine... Et il a toujours fui éperdument l'attachement à une femme. Jusqu'au jour où son second l'invite au mariage de sa soeur. L'on apprend qu'il arrivait que des épouses de "cap-horniers" embarquent à bord pour le voyage (à condition de ne jamais interférer avec les tâches quotidiennes du capitaine, qui se doit tout à son bateau). Mais, pour la jeune épousée Geneviève Rolland, qui ne supporte malheureusement pas la navigation à bord d'un voilier, le voyage aller est tragique. Pierre Rolland est une fois de plus trop dur pour lui-même comme pour les autres, alors que ceux-ci se laissent briser... À la fin de cette trilogie seulement, à force d'être confronté à ce qu'il lui semble juste de faire, entre force et faiblesse, il a sans doute réussi à faire bouger son propre curseur pour estimer celles-ci. 

Ce dernier volume est, plus que les autres peut-être, celui de la nostalgie d'une époque condamnée. C'est d'autant plus perceptible que nous avons vu passer l'époque de la "routine" de ces voyages de trois-mâts ou quatre-mats cap-horniers, dédiés au transport de pondéreux en utilisant juste la force gratuite du vent pour transporter leur cargaison. Les capitaines se payaient, à l'origine, le plaisir de régater victorieusement, avec leurs "lévriers des mers", face aux "vapeurs" au machines encore peu rapides et grosses consommatrices de charbon. Mais c'est un chant du cygne. Comme le remarque le capitaine Rolland, "il se construit deux [voiliers] pour dix qu'on désarme. Avant 10 ans, cette marine à voiles aura disparu."

Lorsque le roman se conclut, Pierre Rolland, lieutenant de vaisseau auxiliaire commandant durant la guerre le voilier Caldera, a ramené son équipage mais non son navire, coulé par un sous-marin. Il explique avec force au conseil de guerre qu'un voilier encalminé est impuissant contre un sous-marin, en surface, qui l'engage au canon tout en restant soigneusement hors de portée... et qu'il s'est refusé à faire massacrer vainement son équipage. Les dernières pages sont belles (je trouve). Pierre Rolland y a donc achevé son "parcours initiatique", tout en refusant de sortir de l'impasse superbe où il s'est engagé dans sa jeunesse, et c'est Jean Barquet, devenu armateur, qui lui offre la seule porte de sortie honorable: prendre le commandement d'un "bateau-piège" destiné à lutter contre les sous-marins (1). Je me rappelle que ma grand-mère m'avait cité "par coeur" la phrase de conclusion: "oh, des "après", sur ces bateaux-là, même en ne faisant que son service, il ne doit pas y en avoir pour tout le monde". 

Je souris aujourd'hui en lisant mon annotation sur ce 3e tome: "enfin! Depuis le temps que je le cherchais...". Mais, à 19 ans, 2 ans + 2 ans pour compléter la trilogie (1981 et 1983), ça avait dû me paraître une durée excessivement longue. 

 

Aujourd'hui (au XXIe siècle), on revient à la "propulsion à vent" (pour économiser les "combustibles fossiles") et à son énergie gratuite (ou du moins à des cargos à propulsion "mixte" et plus économique), mais il y a autant de différence entre les "mâts-voiles" ou les "mâts-rotors" d'aujourd'hui et les voiles en toile de la marine d'antan qu'il y en a entre nos éoliennes productrices d'électricité et les "moulins à vents" de naguère. 

 

Pour en savoir plus sur les cap-horniers de la "grande époque" (fin du XIXe s. et début du XXe), on consultera utilement le site d'une association qui a pris la suite de l'AICH (Amicale Internationale des capitaines au long cours Cap-Horniers), disparue en 2003 avec les derniers Cap-Horniers français. Je me rappelle avoir visité il y a déjà bien 10 ans, à Saint-Malo, le Musée des Cap-Horniers (fermé en 2019), dans la Tour Solidor. J'ai cru comprendre que son patrimoine avait été repris par le futur musée maritime qui devrait ouvrir en 2028. 

 

(1) P.S. du 21/10/2024: à titre d'exemple de "duel au canon entre un voilier et un U-Boot", on lira avec intérêt Dominique Le Brun, La  vraie histoire des corsaires, Tallandier, 2024, pp.237-248).

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