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24 avril 2024

Monsieur Parent - Guy de Maupassant

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais pouvoir incrémenter une participation de plus au challenge "2024 sera classique aussi!" de Nathalie, grâce à Guy de Maupassant. 

Guy de Maupassant, Monsieur Parent (et autres nouvelles)
Le livre de Poche (N°4210), 4e trim. 1975, 186 p.

Ce recueil de nouvelles de Maupassant ne figure certes pas parmi les plus connus, la preuve: je ne le connaissais pas... Il est passé entre les mailles du filet que j'avais chargé une de mes tantes de me "remplir", lorsque j'étais ado: je possède depuis plus de 40 ans pour certains une grosse quinzaine de Maupassant en "Poche" (Le livre de Poche pour la plupart, et quelques autres). Je me le suis offert dans une "bouquinerie-salon de thé" (1) récemment ouverte dans le XVIIIe arrondissement de Paris. 

A la mode des livres de poche de cette époque, il ne contient, à part le "texte intégral" des nouvelles annoncé en couverture, qu'une page mi-biographie (12 lignes!) mi-"résumé" (deux lignes par nouvelle!) de son contenu. Pour ma part, j'ai trouvé que la majorité des neuf nouvelles regroupées dans ce volume avaient en commun le thème de la famille (parentalité - forcément!, filiation - ou son absence, fraternité - ou sororité...). Après, évidemment, il ne s'agit certes pas des plus célèbres parmi les centaines de nouvelles écrites par Maupassant. Je vais dire quelques mots de chacune, en espérant, comme toujours, donner envie...

* Monsieur Parent nous montre en une soixantaine de pages un "brave homme" bafoué et trompé dès l'origine (le mariage) par sa femme et son meilleur ami. Son univers s'écroule lorsque sa vieille servante lui ouvre les yeux, et la moitié de sa rente de 20 000 francs va finir en pension alimentaire (même si le divorce n'était guère pratiqué à l'époque). Il s'agit d'une étude sociologique dans laquelle je lis peut-être davantage que ce que Maupassant avait voulu y mettre: ce "petit-bourgeois" oisif est un "inutile", qui n'a jamais travaillé, n'est pas un intellectuel, n'a pas grand-chose pour lui à part sa candeur. Une fois seul, il va passer le reste de sa vie dans un troquet, où il arrive le matin pour un bock de bière, déjeune (puis café, puis cognac en pousse-café), puis sieste, et re-bocks, jusqu'à la fermeture. De nos jours, il resterait vautré devant une télé... Sa "vengeance" finale pourrira à coup sûr la vie du bambin qu'il adorait des années plus tôt. 

* Par un soir de printemps évoque un cousin et une cousine issus de germains (leurs mères sont soeurs) qui se laissent nonchalamment marier (solution de facilité!). Une tante (la troisième soeur), elle, est restée vieille fille... Cela tient en 10 pages. 

* Un lâche: dans d'autres nouvelles (d'autres recueils), on a connu tels ou tels gros bourgeois qui se tiennent mieux devant l'éventualité d'un duel au pistolet que le vicomte Gontran-Joseph de Signoles. Il serait intéressant de savoir s'il arrivait à Maupassant d'écrire des nouvelles "à clé"... mais je suppose que l'Université se penche sur la question depuis bien longtemps déjà!

* La chevelure est une nouvelle d'une douzaine de pages dans le genre morbide. 

* Le champs d'oliviers est, je crois, la nouvelle que j'ai préférée (40 pages). Un curé, ancien homme du monde et bienfaiteur de la cure obscure dans laquelle il s'est retiré, voit arriver un rappel de son passé... 

* Mademoiselle cocotte est un conte animalier de huit pages, tout aussi amer que Coco ou Pierrot (deux autres nouvelles d'autres recueils). Ici, il s'agit d'une chienne... à caractère spécial. 

* Le loup est une aventure de chasse... narrée par l'arrière-petit-fils de l'un des protagonistes, qui explique en une douzaine de pages pourquoi, dans sa famille, on ne chasse plus, depuis plusieurs générations.

* Malades et médecins est marqué "inédit" et daté du 11 mai 1884. Mais c'est ambigu: la nouvelle a-t-elle juste été éditée directement en volume sans être publiée dans la presse, ou bien était-elle inédite jusqu'à sa publication chez Albin Michel en 1957, avant l'édition en livre de poche? Bref, la nouvelle "démonte" de manière fort ironique la mode des "villes d'eau" et les espérances que peut nourrir un curiste, encore en une douzaine de pages. 

* En wagon permet aussi de "voir le loup"... tout en en privant des collégiens (12 p.!). En terme d'aventures en "chemin de fer", j'inscrirais un peu cette nouvelle dans la même veine que la nouvelle Idylle, bien connue.

Décidément, Maupassant avait bien de l'imagination... Encore une fois, je me demande d'où lui venait son inspiration, je suppose qu'il faudra que je cherche une biographie pour l'apprendre...

Je n'ai pas trouvé de blog parlant de Monsieur Parent et autres nouvelles, que ce soit dans mon édition ou dans une autre. Je suis passé en vain par "moteur de recherche", ce qui m'a au moins permis de découvrir que la première édition sous ce titre, du vivant de Maupassant (fin 1885), comportait non pas 9, mais 17 nouvelles, parues pour la plupart dans l'année dans des journaux. J'ai regardé dans les près de 70 blogs littéraires en activité et figurant dans la "blogroll" (colonne de droite) à ce jour: on y trouve des billets essentiellement sur les romans (Une vie doit être le plus représenté), ou sur quelques nouvelles isolées (La parure)... J'ai même trouvé trace d'une activité "lecture de Maupassant" fédérée par l'ancien blog d'Une comète en 2019-2020. 

(1) Lien rajouté après le commentaire de Parisianne (merci!).

28 avril 2024

V13 Chronique judiciaire - Emmanuel Carrère

J'ai lu avec grand intérêt V13 d'Emmanuel Carrère, désormais paru en folio poche (343 pages). A la fin de l'ouvrage, il y a des remerciements de la part d'Emmanuel Carrère et une postface. V13 est le nom de code du procès des attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris au Bataclan et à des terrasses de cafés et aussi aux abords du Stade de France et qui ont fait en tout 131 victimes. L'ouvrage est une synthèse des articles qu'Emmanuel Carrère a publiés dans Le Nouvel Obs. Le procès a duré 9 mois à partir de septembre 2021. L'ouvrage est divisée en trois grandes parties : les victimes (c'est bien entendu, le récit le plus émouvant où les parties civiles se succèdent à la barre, en particulier les parents de victimes). Puis, c'est au tour des accusés, tous assez minables, certains en libre comparution. Je n'en nommerai aucun. La troisième partie fait le portrait de la cour et particulier des avocats de la défense, car tout accusé a le droit d'être défendu. Le dossier de l'instruction fait 53 mètres de haut (impressionnant!). Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que j'ai appris des choses sur les attentats, sur les accusés et on ressent une grande empathie envers les 1800 personnes de la partie civile. Un livre que je conseille. Nanou l'avait lu avant moi.

14 mars 2024

Les routes oubliées - S.A. Cosby

Après La colère qui m'avait emballée cet été, et avant Le sang des innocents que je ne manquerai pas de lire [chroniqué le 22/04/2024], j'ai terminé Les routes oubliées de S. A. Cosby (Edition Sonatine, 342 pages). S. A. Cosby est un écrivain qui monte, qui monte et c'est justifié. Dans Les routes oubliées dont l'histoire se passe en Virginie, Beauregard Montage (un nom qui ne s'invente pas) est un ancien jeune délinquant afro-américain qui a réussi à s'en sortir grâce à sa grande habilité dans la conduite de voitures et autres pick-up. Désormais, il dirige un garage avec son cousin Kelvin. Marié à Kia, il a deux garçons, une mère en maison de retraite qui coûte cher et une fille d'un premier lit qui voudrait faire des études universitaires en comptabilité. Il vit dans un mobile home avec sa femme et ses fils. Sa femme rêve d'habiter un jour une maison en "dur". Quand le roman commence, force est de constater que les affaires du garage ne vont pas fort car un concurrent qui s'est installé pas loin prend moins cher pour les révisions et réparations. Beauregard commence à avoir du mal à joindre les deux bouts et il accepte de participer en tant que chauffeur à un braquage d'une bijouterie, afin de régler les différentes dettes accumulées. Bien entendu, l'affaire tourne mal car la bijouterie appartient à un gangster nommé Lazy qui est entouré de vraies brutes. La tension monte rapidement et on se demande comme Beauregard va s'en sortir. Un roman très bien mené que je vous recommande. 

Lire le billet de Jérôme.

22 avril 2024

Le sang des innocents - S. A. Cosby

Après Les routes oubliées et La colère, je voulais lire le troisième roman écrit par S. A. Cosby, Le sang des innocents (Sonatine Editions, 397 pages) publié cette année 2024. L'histoire se passe à Charon en Virginie, un ancien état confédéré où les Noirs sont toujours moins bien considérés que les Blancs. Comme dans les deux autres romans de Cosby, le racisme est un thème récurrent. Titus Crown, un Afro-Américain ancien agent du FBI, a été élu shérif de comté de Charon. Quand le roman commence, une fusillade vient d'avoir lieu. Latrell, un jeune Noir, vient de tirer sur Monsieur Spearman, le professeur préféré du lycée où il enseigne. Spearman meurt, mais Latrell aussi. Un policier lui a tiré dessus. Une enquête difficile commence car les populations blanche et noire ne comprennent pas ce qui s'est passé. On apprend assez vite que Spearman n'était pas le professeur modèle que tout le monde croyait. Il avait du sang sur les mains avec la complicité de Latrell et d'un troisième homme qui portait un masque de loup.   C'est ce troisième homme que Titus et ses collègues recherchent. Ils doivent arrêter un humain qui est devenu un monstre. On s'attache à tous les personnages dont Titus, son frère dont le prénom est Marquis ainsi que leur père Albert. Titus a une vie sentimentale pas simple avec Darlene. C'est un roman qui se lit bien mais La colère reste, pour le moment, mon roman préféré. Lire les billets de Blacknovel, Motspourmots, Meséchappéeslivresques, Belette2911, Aude bouquine, MAM et BMR. 

13 avril 2024

Une étoile m'a dit - Fredric Brown

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue mes explorations via le challenge marsien. Dasola m'a déniché dans son fonds de bibliothèque (avant déménagement) un recueil de nouvelles publié chez Denoël (coll. Présence du futur, N°2, 1954 pour la 1ère édition), Une étoile m'a dit, de Fredric Brown. La fois précédente, c'est une autre oeuvre de cet auteur de SF qui avait été lue et chroniquée (son célèbre Martiens, go home!). 

Fredric Brown, Une étoile m'a dit, 1981 [imprimé en], 252 p.

Mars est citée dans ce recueil (sinon, bien sûr, je ne pourrais pas en parler ici), mais n'en forme pas le sujet principal. Seules deux nouvelles y font référence.

* Dans Quelque chose de vert..., la planète rouge dont il est principalement question, et où erre un pilote perdu, n'est pas Mars. Mais quand son sauveteur y arrive enfin, celui-ci lui propose, à défaut de la Terre, de lui faire gagner Mars, "les belles collines jaune et brun de Mars"... 

* La nouvelle Cauchemar cite incidemment le dégoût d'être "souillé par du sang martien". Nous sommes sur la colonie de Callisto, un des satellites de Jupiter. En principe, est déjà lointaine l'"époque où les peuples se prenaient à la gorge les trois quarts du temps, à l'époque des guerres, des haines, de la lutte pour la suprématie. Ceci s'était passé avant que le Conseil Solaire, réunit d'abord sur une planète inhabitée, puis sur une autre, eût ramené l'ordre et l'union grâce à son arbitrage. Maintenant, la guerre appartenait au passé. Les différentes parties habitables du système solaire (la Terre, Vénus, Mars, et deux des lunes de Jupiter) se trouvaient toutes régies par un seul gouvernement. Jadis, au cours de cette période sanglante, les peuples avaient dû éprouver les mêmes sentiments auxquels il avait été en proie pendant son rêve: au cours de cette période où les nations de la Terre, unies par la découverte des voyages intersidéraux, avaient conquis la planète Mars, la seule qui fût déjà habitée par une race intelligente, pour fonder ensuite des colonies partout où l'Homme avait pu prendre pied."... Mais cette looongue citation n'est, bien sûr, qu'une des éléments de contexte de cette nouvelle. La bête immonde (du racisme, du fascisme) risque toujours de resurgir si nul ne réagit... 

Je vais dire deux mots des six autres nouvelles du recueil (sans rapport, elles, avec Mars).

* Anarchie dans le ciel m'a fait songer au roman La chasse au météore de Jules Verne. D'autres lecteurs (plus ou moins jeunes?) y verront peut-être les prémices de Z comme Zorglub (album de la série Spirou dû à Franquin). 

* Tu n'as point tué est une jolie nouvelle psycho-policière. Le détecteur de mensonges favorise la rédemption... 

* Mitkey est en partance pour la lune (et non pour Mars), lorsque la fusée est déviée...

* Les Myeups utilise le même argument que Martiens, go home! : un auteur en proie au syndrome de la page blanche est amené à divaguer... 

* Tu seras fou se déroule, en grande partie, à l'asile... 

* Enfin, figurez-vous que la découverte d'Un coup à la porte a représenté, pour moi, une jolie petite madeleine: j'y ai enfin lu une "nouvelle" que mon père nous racontait, lorsque j'étais gamin, alors qu'il avait sans doute dû la lire lui-même à parution, une vingtaine d'années auparavant... Quel plaisir de lire cette "nouvelle d'épouvante": Le dernier homme sur la terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...

 

Comme à mon habitude (et même si c'est c'est plus en plus pénible à réaliser), j'ai cherché d'autres chroniques de ce livre. Nebal avait consacré à une autre édition de ce recueil un billet en 2009. Baroona aussi, plus récemment (en 2020). Si d'autres font leur apparition plus tard, je ne m'interdis pas de les rajouter!

 

Avec ce titre, je participe encore au "12e challenge de l'imaginaire" repris par Tornade en 2024 et au challenge "2024 sera classique aussi!" chez Nathalie. 

 

6 janvier 2026

L'amulette - Michael McDowell

 

Je viens de terminer dans le train du retour de mes vacances L'amulette (Edition Monsieur Toussaint Louverture, 480 pages), le tout premier roman de Michael McDowell qui date de 1979 et qui vient donc de paraître en français. Comme dirait l'autre, c'est du "lourd". Que de morts : 7-2-2-1-2-2 et encore 2 et 2 avant la destruction finale d'une usine d'armement qui fabrique des fusils. Tout commence en mars 1965 à Fort Rocca, en Alabama. Nous sommes en pleine guerre du Vietnam. Dean Howell n'ayant pas eu de travail en usine a été tiré au sort pour partir combattre. Lors d'un entrainement, un fusil avec lequel il s'exerce lui explose à la figure, le laissant gravement blessé. Désormais, réduit à un état végétatif, il est veillé à Pine Cone par sa mère obèse, Josephine Howell, et son épouse Sarah. Jo(sephine) est une femme méchante, aigrie et paresseuse qui traite sa bru Sarah comme une domestique. Sarah est une femme sensible qui travaille sur une des chaînes de fabrication de fusils dont l'un a blessé Dean Howell. C'est pourquoi Jo s'est prise de haine pour toute la ville de Pine Cone où elle habite. Inconsciemment ou non, on ne saura pas vraiment, c'est elle qui va être à l'origine de la tragédie s'abattant sur la ville. Elle offre une belle amulette à un certain Larry qui n'avait pas pu proposer un poste à Dean dans l'usine. Cette amulette est ronde, noire et a des bords dorés (de l'or?). La chaînette est fine sans fermoir apparent, sauf quand quelqu'un la met autour du cou. Les conséquences sont immédiates, la personne qui la porte perd tout contrôle d'elle-même et se met à tuer avant de se tuer elle-même. Cette amulette va passer de cou en cou (si je puis dire) avec comme conséquence des gens qui meurent, de manières toutes plus horribles les unes que les autres. Sarah, qui a deviné que cette amulette est ensorcelée, essaye de la retrouver pour la détruire, mais c'est toujours trop tard, jusqu'à la fin que je ne vous dévoilerai pas. Un vrai "page-turner" gore mais qui garde une certaine distance. McDowell était vraiment sans pitié pour ses personnages à quelques exceptions près. Après Blackwater (je n'ai lu que les trois premiers tomes), Les aiguilles d'or, Katie, Lune froide sur Babylone et avant Les luminaires à paraître en 2026, L'amulette se lit bien, je vous le conseille. 

28 décembre 2025

Le livre des prodiges - Olivier Ciechelski

Le livre des prodiges d'Oliver Ciechelski (Edition du Rouergue noir, 365 pages) est le deuxième titre du romancier qui est aussi "script Doctor" et il enseigne le scénario à Paris. Je ne savais pas que je m'aventurais dans une histoire pas très classique. Nora, une jeune femme noire sortie première du concours d'officier de police est toujours patrouilleuse dans le commissariat où elle affectée. Il s'agit de Gennevilliers et de son importante zone portuaire. Sur presque une page, le romancier fait la liste de toutes les marchandises arrivées par conteneurs. Une vraie liste à la Prévert. C'est impressionnant. Olivier Ciechelski a une écriture bien à lui qui sort des sentiers battus.  Nora est une personne très croyante qui va souvent voir un prêtre dans une église proche. Lors des patrouilles, Nora est accompagnée de Djabri (un vieux policier désabusé) et de William, une jeune recrue sous-brigadier qui tombe amoureux de Nora. Les autres policiers (hommes) la méprisent et se moquent d'elle. Une nuit dans un conteneur, plusieurs femmes et un bébé venus d'Afrique sont découverts inanimés, crime ou accident? Nora s'empare de cette affaire au grand dam de sa hiérarchie qui lui met des bâtons dans les roues. On saura pourquoi vers la fin du roman. Une femme avec une béquille a vu ce qui s'est passé avec le conteneur et à un moment donné, elle sauve la vie de Nora avant de disparaître. Pendant l'enquête, Nora croisera des prostituées et une mère maquerelle qui ne sont pas inquiétés par les collègues et le chef de Nora. Le surnaturel intervient de temps en temps dans cette histoire qui ne se termine pas forcément très bien. Olivier Ciechelski est une nouvelle voix intéressante du polar français. A découvrir.

26 décembre 2025

La fée des grèves - Paul Féval

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'essaie de nouveau, a posteriori, au sujet du thème "Contes de fée" du challenge Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe (échéances: le 15 du mois!). Mon "pas de côté" risque de me faire mouiller les pieds... mais le titre choisi me permet de participer également aux challenges 2025 sera classique aussi! organisé par Nathalie et Littérature jeunesse 2025-2026 #1 de Pativore.

Paul Féval, La fée des grèves, Gründ, coll. Bibliothèque précieuse, 1954 (DL 1952), 252 pages
(première publication: 1850)

 

Nous sommes en 1450, période de la fin de ce Moyen-âge où les fées étaient fréquentes. Et, comme le laisse voir l'image de couverture, l'histoire contée se déroule dans la baie du Mont-Saint-Michel. Le contexte historique est globalement respecté par Paul Féval, sans être forcément très explicite (ce n'est sans doute pas le sujet principal). Nous sommes dans une période où le Roi de France tente de mettre la main sur le duché de Bretagne, cependant que les Anglais ne sont pas loin, même s'ils ont été en grande partie chassés du royaume. Le roman commence alors que le duc de Bretagne François Ier de Bretagne (1414-1450) se voit publiquement reprocher d'avoir suscité l'emprisonnement puis surtout la mort de l'un de ses frères cadets, Gilles de Bretagne (1420-1450), lors des funérailles organisées pour celui-ci. Le téméraire accusateur, Hue de Maurever, ancien écuyer de Gilles, réussit à s'éclipser après son défi. Mais la fée des grèves? Patience!

 

Bien des personnages gravitent autour de Hue et de François. Deux écuyers plus ou moins cousins (à la mode de Bretagne?), l'un de 20 ans et l'autre de 35, Aubry et Méloir. Un village d'une dizaine de maisons, dont le "paysan libre" qui en est le plus notable a deux enfants (Julien et Simonnette), anciens compagnons de jeu de Reine (16 ans), fille de Hue le proscrit. Jeannin, blondinet de 20 ans sans le sou, est amoureux de Simonnette. Lors de la "veillée de la Saint-Jean" (?) est évoquée la légende de la fée des grèves, capable d'exaucer tout voeu de qui ose l'attraper (chapitre V, p.33). Or il manque à Jeannin 50 écus (dont il n'a pas le premier liard) pour oser demander à ses parents la main de Simonnette. Quand passe la fée devant la maisonnette (p.74), il n'hésite pas à la courser jusque sur la grève... 

p.35: "La Fée des Grèves allait jouer son rôle.
La Fée des Grèves! L'être étrange dont le nom revenait toujours dans les épopées rustiques, racontées au coin du foyer.
Le lutin dans les grands brouillards.
Le feu follet des nuits d'automne.
L'esprit qui danse parmi la poudre éblouissante des mirages de midi.
Le fantôme qui glisse sur les
lises dans les ténèbres de minuit.
La Fée des Grèves! Avec son manteau d'azur et sa couronne d'étoiles!
"

 

Je le rappelle, ce livre a été écrit en 1850. Or il contient quelques belles pages sur les risques d'ensevelissement dans la "tangue" de la baie du Mont Saint-Michel, à marée montante. De son côté, Victor Hugo a écrit, dans Les Misérables publié en 1867, des pages saisissantes sur le risque d'enlisement mortel en baie du Mont Saint-Michel, juste avant l'épisode du fontis que franchit Jean Valjean portant Marius. Mon niveau d'érudition ne me permet pas de savoir s'il avait lu Paul Féval ou bien si tous deux se référaient à une source antérieure... ou encore s'ils avaient fréquenté le Mont Saint-Michel et/ou eu vent de ce que pouvait transmettre la culture populaire à propos de sa baie... 

 

Paul Féval (1816-1887) reste de nos jours surtout connu pour Le bossu (roman "de cape et d'épée" publié un peu plus tard, en 1857). Né à Rennes (père magistrat qui meurt en 1827, mère de noblesse bretonne), il est "monté" à Paris en 1837 et y a caressé l'espoir d'une carrière littéraire. Même si j'en possède désormais quelques autres (Le loup blanc, Le cavalier Fortune), je crois que La fée des grèves est le premier livre de lui que je m'étais offert (d'occasion, déjà! - 3,00 francs, à l'époque), il y a plus de 45 ans. 

 

Pour les beaux yeux de Reine qui courait les grèves afin de ravitailler son père caché à Tombelène, les villageois rejoints par Aubry y soutiendront un siège épique contre des soudards menés par Méloir. Dans ce combat picaresque, un Frère Bruno (de l'abbaye du Mont) accomplit des prouesses dignes de Frère Tuck. Féérie? C'est une sorte de lunette d'approche (un tube garni de lentilles de verre - même si l'invention officielle en est postérieure d'un ou deux siècles pour le moins) qui permettra à Aubry de repérer Reine prisonnière de Méloir dans les sables mouvants et d'arriver à temps pour la sauver. Une fois François Ier (de Bretagne) mort, les deux couples pourront convoler. Mais quand j'ai dit cela, naturellement, je n'ai presque rien raconté des péripéties qui se succèdent sur 250 pages!

 

La fée des grèves demeure, à mon humble avis, plaisant à lire aujourd'hui. On est dans du "roman d'aventure médiévale", genre popularisé en Angleterre par Walter Scott à peine quelques décennies avant (Ivanhoé [1819], Quentin Durward [1823]). L'on sent que le titre s'inscrit aussi dans le "roman-feuilleton" et son tir à la ligne (dialogues percutants, descriptions, digressions). Je trouve fabuleux de songer que Paul Féval écrivait 400 ans après les événements qu'il raconte (même si on peut lui reprocher de ne pas souligner que Gilles avait été emprisonné pour complot avec les Anglais), alors que 175 ans nous séparent maintenant de sa rédaction, tellement "moderne" par rapport à la littérature d'Ancien Régime qui ne remontait guère qu'à 65 ans auparavant, une durée moindre que celle qui nous sépare aujourd'hui des débuts de notre Vème République (vertige de l'historien et/ou de l'amateur de littérature!). 

 

Ce titre reste aujourd'hui trouvable dans plusieurs éditions plus ou moins récentes. La Maison Gründ avait une orientation "jeunesse", même si tous les titres de la "collection précieuse" n'étaient pas, dans la "liste interne", précédés de l'étoile indiquant qu'ils [pouvaient] être mis entre toutes les mains. J'ai découvert qu'il avait aussi existé une édition en "bibliothèque verte" Hachette datant, elle aussi, de 1952. Ne l'ayant jamais eu entre les mains, je n'en connais pas les illustrations. À noter enfin que, si le titre est, dans une autre Maison, aujourd'hui disponible tant en "neuf" qu'en numérique, on peut se demander si la personne qui a écrit la description du roman l'a lu ou non: elle se trompe de 90 ans par rapport à la date où se déroule l'histoire! Vite, un coup de baguette magique?

 

Quelques blogueuses en ayant parlé (liste non exhaustive): Claudialucia, Miriam, Camélia (nièce de Géraldine). 

7 décembre 2024

Peter Cherif - Charlie Hebdo HS N° 8H - octobre décembre 2024

Longtemps j'ai hésité, pour mon "billet du 7" de ce mois, entre deux suppléments de Charlie Hebdo, que j'ai achetés ensemble dans un kiosque à journaux il y a quelques semaines. Et puis, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) finalement choisi de vous présenter celui-ci, un procès de plus concernant un islamiste suivi par Charlie, ici encore directement impliqué.

Peter Cherif, le procès du parrain du 7 janvier 2015,
textes de Yoban Simonic, dessins de Biche
Charlie Hebdo Hors-série N°8H (trimestriel #8), octobre-décembre 2024, 48 pages

 

Né en 1982, Peter Cherif a fui la France en 2011 afin d'éviter de purger la fin d'une peine de cinq ans de prison alors qu'il venait d'être condamné pour avoir rejoint Daesh en Irak puis en Syrie de 2004 à 2008 (compte tenu de sa détention provisoire, il ne lui serait resté alors qu'une douzaine de mois à purger).

Il a été arrêté au Yemen en décembre 2018. Ici, en 2024, il est jugé pour avoir été l'interprète de trois otages français enlevés par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), au Yemen, durant cinq mois en 2011, ainsi que pour son rôle de "chaînon manquant" entre les frères Kouachi et Al-Qaïda (seul Français à avoir été en capacité de le faire, selon l'accusation), avant le retour en France de Chérif Kouachi, prélude au massacre du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie.

 

L'édito de Riss compare l'intellect des assassins avec celui de leurs victimes: "des esprits brillants, libres et créatifs détruits par des cerveaux dont la vacuité donne le tournis et qui pensaient l'avoir comblée à l'aide de textes religieux mal digérés" (p.3).

 

Le procès débute le 16 septembre 2024. Biche (p.7) a placé l'accusé au centre de l'image, mais verrouillé derrière ses bras croisés, son masque et ses yeux baissés, en ce premier jour de procès. 

Sur la page suivante (p.8), on le voit partagé en deux derrière l'angle de sa cage de verre (dans l'axe du captage par le dessinateur), alors que défilent les témoins et l'entourage susceptibles d'éclairer sur le parcours de l'accusé. 

 

J'ai relevé, p.14, la présentation de la "filière des Buttes-Chaumont" par laquelle l'accusé est passé, avec d'autres djihadistes: une préparation pour le moins rudimentaire, quelques séances de jogging au parc, une démonstration "à la sauvette" du maniement d'une kalachnikov (explication sans objet?)... Dois-je en retenir que, si l'on voit aujourd'hui des barbus courir ensemble dans Paris, avec l'un qui joue les leaders et houspille, et les autres qui semblent traîner les pieds avec effort, les prendre en photo pour une délation bien citoyenne pourrait potentiellement sauver des vies? Ah non, c'est vrai, il y a des caméras de surveillance partout, c'est plus la peine... 

 

p.17, à défaut de l'accusé, ses "supports numériques" parlent (cartes SIM, téléphones, disques durs, tablettes, clés USB nous disent tout de lui et mettent en contradiction son logos et ses traces numériques. Des documents concernant un autre attentat que celui de Charlie? Bien sûr que non. Des documents relatifs à la profession (agent commercial dans une société de construction) dont il se revendiquait pendant son séjour africain? Non, évidemment.

p.32-33 [photo], témoignage de l'équipe de Charlie Hebdo (partie civile).

 

Réquisitoire les 1er et 2 octobre (avec une petite coquille dans le chapô, p.37)

 

Le procès de Peter Cherif s'est donc tenu depuis le 16 septembre 2024 jusqu'au verdict du 3 octobre. Après sept heures de délibéré, il est reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans (conforme au réquisitoire à deux voix des deux avocats généraux). Il ne fait pas appel. 

Je ne vous ai bien entendu qu'évoqué quelques-uns des pans de ce procès. A vous de lire ce supplément si vous voulez en apprendre davantage.

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L'autre choix envisagé pour mon billet de ce mois était le Hors-série N°32H titré Iran, les femmes ne lâchent rien (septembre-novembre 2024, 64 pages). J'ai constaté à sa lecture qu'il était constitué de "repasse" d'articles plus ou moins anciens, en partie publiés sur l'hebdomadaire, en partie mis en ligne sur le site internet du journal.
Et puis, j'avoue que son thème me "parlait" moins (quel que soit son intérêt par ailleurs). 

 

*** Je suis Charlie ***

21 décembre 2025

L'enfant Océan - Jean-Claude Mourlevat

Comme pour beaucoup de monde je présume, ces trois premières semaines du dernier mois de l'année ont été plutôt chargées. Du coup, j'ai nettement moins blogué (heureusement que le blog de dasola - dont je [ta d loi du cine] suis seulement le "squatter" - ne dépend pas de moi pour vivre!). Cette phase trop "intense" étant passé, je vais essayer de rattraper mon petit retard. Je n'ai pu contribuer dans les temps au challenge de Cléanthe Escapades en Europe – Voyages dans les Littératures européennes dont le thème de décembre était "Contes de fée" pour être cité dans son billet récapitulatif, mais on a jusqu'à la fin du mois pour participer! Pour le challenge Littérature jeunesse chez Pativore, les thèmes mensuels suggérés ne sont pas obligatoires.

Jean-Claude Mourlevat, L'enfant Océan, Pocket Jeunesse (PKJ) N°1500, 1999, 152 pages

 

Dans ce livre, à un moment, il est question de Bach. Et d'une fugue, aussi. Cela fait plusieurs fois qu'un roman m'évoque le terme "choral" pour qualifier un livre, mais ici comme dans Blizzard, chaque (court) chapitre nous est raconté, à la première personne, par l'un des personnages, héros ou comparse. Cela commence avec la visite d'une assistante sociale qui ramène, dans une ferme, un enfant suite à un problème à son collège; quand elle parle de lui, elle en parle au passé. Et puis interviennent, séparément, un par un, les parents, puis les (nombreux) frères du premier gamin. La fratrie est composée de trois paires de jumeaux et du petit dernier... 

 

En lisant depuis le début, en lecture séquentielle (sans tricher en sautant des paquets de pages), il m'a fallu attendre exactement la moitié du livre (p.76) pour avoir la "révélation" sur le pourquoi du comment de ce qu'il s'est passé, et l'évocation des sept "petits poucets". Il m'a semblé qu'ici, plusieurs "fées" bienveillantes apparaissent au fil de l'histoire: une étudiante noire, une boulangère (blanche?)... L'ogre, lui, est un "ami de l'ordre et de la justice" (du genre de celle qu'on rend soi-même), glaçant.

 

Bon, je ne vous raconterai pas toute l'histoire, le livre est suffisamment court pour être lu très rapidement, et d'autres blogs en ont déjà (bien) parlé, par exemple Manou chez qui je l'ai découvert (merci!), mais aussi Cristie, Monique, MyaRosa, Lisa (dernier billet en 2015), très explicite, Dibou (dernier billet en 2012!), Tralilou (dernier billet en 2022), Majanissa (dernier billet en 2020), Florinette il y a longtemps, l'ancien blog de Victor... et il y en a sûrement de nombreux autres. J'ai fait la grimace en découvrant les commentaires chez Viotetapoux.

Enfin, Blondin m'apprend qu'il existe une adaptation en BD!

 

Mais si vous ne l'avez pas encore découvert, qu'il vous suffise de savoir que Yann, "l'enfant Océan" qui a guidé ses frères pour aller à la mer, n'a pas subi le sort que l'on imaginait, avant de savourer ce livre estampillé "à partir de 10 ans"!

5 décembre 2024

Du rififi à Ménilmontant - Tardi

C'est en voyant une pub dans un journal que j'ai appris que Tardi venait de terminer un nouvel album (au format plus petit que les précédents) avec le détective Nestor Burma. Sur la couverture de Du rififi à Ménilmontant (186 pages, Edition Casterman), il est bien précisé que c'est d'après les personnages de Léo Malet. Et en effet, cette aventure a été imaginée par Tardi lui-même. Elle n'est pas inspirée par un roman de Léo Malet. Et donc l'histoire se passe dans le XXème arrondissement de Paris. En préambule, Tardi dédie sa BD à Jules Dassin pour son film du Rififi chez les hommes (1955, un chef d'oeuvre selon moi) et à Albert Lamorisse pour Le ballon rouge (1956 . L'histoire commence le 20 décembre 1957 et se termine le 27 décembre de la même année soit une semaine pendant laquelle Nestor Burma, qui a une "crève" carabinée, rencontre un poivrot qui adore les chats. Burma découvre des expériences de laboratoire sur des animaux sans défense dans les sous-sols du XXème arrondissement. Il doit aussi affronter trois Pères Noël. Il va surtout assister à un suicide d'une femme en direct dans son agence Fiat Lux. D'autres morts en lien avec ce suicide vont suivre. Comme suis une admiratrice des dessins de Tardi, je me suis une fois de plus régalée mais l'histoire n'est vraiment pas gaie, même si Nestor va pouvoir offrir à la fin un beau cadeau à sa secrétaire préférée, Hélène. 

22 novembre 2024

Aux vents des mers australes / Les aventurières du ciel - Katell Faria

Parmi les deux livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaite chroniquer aujourd'hui, seul le premier a toute sa place dans le challenge Book trip en mer de Fanja. Ils sont tous deux dûs à une écrivaine trentenaire, elle-même jeune "aventurière" sur laquelle on ne trouve guère d'autres renseignements sur internet que ce qui figure sur les sites des éditeurs ou ce qu'elle glisse dans ses livres. "Katell Faria" (oui, comme le prisonnier du château d'If, celui du trésor caché!) ne serait-elle qu'un pseudonyme? Pourtant, l'autrice existe, je l'ai même rencontrée... au cours d'une de ses séances de dédicaces!

Aux vents des mers australes, Stock, 2024, 250 pages
Les aventurières du ciel, Points N°P5398, coll. Points Aventure, 2021, 314 pages (inédit)

 

Je commence par son livre le plus récent, le premier des deux que j'ai lus d'elle. Aux vents des mers australes peut, comme je le disais, figurer dans le challenge Book trip en mer. Dans le prologue (p.11), l'auteure raconte comment Patrice Franceschi, "fameux écrivain aventurier pour qui [elle a] une grande admiration et [qu'elle a] la chance de compter parmi [ses] amis", l'a appelée début novembre 2022 pour lui faire part d'un projet d'aventure pour elle: "Katell, que dirais-tu d'embarquer sur la frégate de surveillance Nivôse afin d'écrire un livre sur sa mission dans les terres australes?". Sitôt dit, sitôt fait ou presque: le 20 janvier 2023, direction La Réunion (près de Madagascar), où l'attend le commandant du navire. Pour elle, retour sur une île qu'elle avait visitée 9 mois auparavant, à l'occasion d'un reportage sur un régiment que le frère aîné de sa grand-mère avait commandé 50 ans plus tôt, dans le cadre d'un ouvrage collectif (Les écrivains sous les drapeaux)... Bref, elle embarque le 22 janvier pour un appareillage prévu le lendemain à 06 h 30 à bord du Nivôse (fiche wikipedia consultée le 22 novembre 2024), en même temps que le directeur adjoint de France Info (mais ce dernier abandonnera prématurément la croisière pour raisons personnelles). Katell, elle, y est restée jusqu'au 1er mars et au retour à La Réunion. Lors de ce périple de plusieurs semaines, l'écrivaine partage le "poste féminin" (9 couchettes) avec 8 autres jeunes femmes (une femme matelot et 7 officiers mariniers). Intégrée à la vie du bord, avec de nombreuses occasions de discuter avec l'équipage et les officiers, elle ne nous laisse pas ignorer que le Nivôse est bien un navire de guerre de la Marine française, alors en mission annuelle de souveraineté dans les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), ce qui l'amène à passer par les archipels Crozet et Kerguelen, ainsi que par les îles Saint-Paul et Amsterdam. En découle un ouvrage très pédagogique: le regard d'une terrienne sur les missions de ces marins, avec son témoignage sur la vie à bord, mais aussi voire surtout, plus largement, les enjeux de la possession française sur ces territoires peu connus du grand public. Le livre fait donc office d'oeuvre de vulgarisation à cet égard (en attendant un polar qui s'y déroulerait?), bien au-delà d'un simple "reportage". Tout le livre constitue un plaidoyer pour mettre en évidence l'étendue de la mission et du territoire couverts (en pointant notamment du doigt la diminution des moyens de la Marine à l'époque de 2008 et de la RGPP). Sont mises en évidence la concurrence d'autres pays et nations sur ces lointaines contrées, leurs ressources halieutiques, une vision géostratégique liée à l'étendue du domaine maritime de la France... Le livre de Katell Faria rappelle que marins et navire sont (des) militaires, et s'entraînent en permanence en anticipant les conflits possibles (elle a même participé à des exercices de tir comme de lutte contre le feu à bord, a aidé en cuisine...). Les informations qu'elle distille tout au long du livre recoupent et synthétisent celles que l'on voit passer épisodiquement dans la presse écrite ou audiovisuelle (le réarmement naval en cours dans le monde et notamment dans la zone Pacifique, la Chine qui construit tous les quatre ans l'équivalent du total de la flotte militaire française [en nombre de navires ou en tonnage?]...). J'ai retenu la phrase "ce qui n'est pas surveillé est visité, ce qui est visité est pillé et ce qui est pillé finit toujours par être contesté". Un témoignage intéressant. Si elle devait ne retenir qu'une seule chose de cet embarquement? "L'humain. C'est toujours l'humain. La relation qu'il noue avec la mer; et celle qu'il entretient avec ses semblables" (p.242). La vie à bord m'a rappelé des témoignages sur la vie de "non-professionnels" à bord de sous-marins que j'avais évoquée ici. 

Blandine en avait parlé, le blog de Ma voix au chapitre aussi.

Par ailleurs, la lecture de ce livre m'a encore plus donné envie de lire la BD Voyage aux îles de la Désolation d'Emmanuel Lepage (chroniqué par plusieurs blogueuses dans le cadre du challenge) pour comparer (mais je n'en ai pas eu le temps...)!

 

C'est lors d'une séance de dédicaces, il y a quelques mois, que je m'étais offert son second bouquin. Les aventurières du ciel n'a pas de rapport avec le Book trip en mer (même si certaines aviatrices ont été pionnières dans des survols transmaritimes ou transocéaniques). Ici, notre mystérieuse Katell Faria nous présente six aviatrices dont je ne connaissais guère les noms avant lecture: quatre Françaises, une Anglaise, une Américaine, nées entre 1892 et 1908. La préface de Patrice Franceschi précise bien qu'"elles auraient pu être cent dans ce livre". Dans Wikipedia (consulté le 21/11/2024), la catégorie Aviatrice française renvoie à 63 noms, et la catégorie Pionnière de l'aviation (toutes nationalités confondues) en liste 190. Alors, pourquoi ces six-là? Ma dédicace me souhaite une "bonne lecture de ces destins de femmes placées sous le signe du courage et de la liberté". Mais j'aurais vraiment bien souhaité savoir ce qui a présidé précisément au choix des "aventurières" qui suivent...

Nous sont narrées dans ce livre les vies, plus ou moins courtes, de: Adrienne Bolland (1895-1975), p.13; Beryl Markham (1902-1986), p.69; Hélène Boucher (1908-1934), p.121; Maryse Bastié (1898-1952), p.171; Bessie Coleman (1892-1926), p.221; Maryse Hilsz (1901-1946), p.267. D'autres aviatrices (de différentes nationalités) sont à l'occasion citées comme des "rivales" ou des collègues de celles-ci. Elles ont souvent été pionnières dans le domaine de l'aviation (première femme pilote, première Française, première détentrice de tel ou tel record de distance, de durée de vol ou d'altitude, ou sur un trajet donné...). En général, toutes se sont aperçu, après avoir appris à piloter par passion, que non seulement elles auraient du mal à en vivre, financièrement parlant, mais même que cela coûtait cher de voler, d'acheter un avion, de l'entretenir... et nécessitait (déjà à l'époque), sinon, des sponsors, du moins de la notoriété. Leur vie a été plus ou moins longue (plusieurs sont mortes tragiquement), plus ou moins remplie... Pour ma part, je ne connaissais que certains de ces noms, ceux d'aviatrices qui avaient servi à baptiser un lycée proposant de l'enseignement post-bac (Hélène Boucher, Maryse Bastié). J'ai regretté que l'ouvrage ne comporte pas de bibliographie "pour en savoir davantage". Ces six biographies exaltent leur rôle de femmes qui ont été au bout de leur rêve de piloter, de (jeunes) femmes au caractère bien trempé et qui ont dû faire preuve de beaucoup de détermination pour (ob)tenir leur place dans un univers majoritairement masculin. J'avoue qu'une chose m'a frappé dans ce livre: si certaines de ces "aventurières" se sont montrées "croqueuses d'hommes", il n'est fait état d'aucune aventure saphique concernant ne fût-ce que l'une d'entre elles. Hasard? Réalité? Choix de l'autrice? Censure? Je l'ignore. N'ayant pas encore lu ce livre lors de notre rencontre, je n'ai pu questionner l'auteure. 

Aujourd'hui, Katia Farell fait partie des Ecrivains de Marine, association présidée par Patrice Franceschi et dont j'espère avoir l'occasion de parler dans un prochain billet. 

En tout cas, cela m'a fait songer qu'il y aurait certainement bien des volumes à lire dans le cadre d'un futur "book trip de l'air et de l'espace" (comme le périmètre de l'Armée du même nom)!

Ma lecturothèque avait chroniqué Les aventurières du ciel en son temps, Camille (du blog voyageuse de livres) plus récemment, et encore (ou déjà) Blandine.

30 novembre 2024

Survivre! - Dougal Robertson

Allez, un dernier pour la route (du Rhum?), une non-fiction pour le Book trip en mer de Fanja. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique encore un livre qui sommeillait dans ma pochothèque depuis quelques décennies (plus très loin d'un demi-siècle!). Survivre! m'avait été offert pour Noël 1975. Le livre datait en anglais de 1973, mon édition française de 1974, et l'histoire vraie qu'il relatait s'est déroulée en 1972. 

Dougal Robertson, Survivre!, l'extraordinaire odyssée de la famille Robertson,
J'ai Lu N° D52 **, DL 4e trim. 1974 (copyright 1973 sous le titre Survivre The Savage Sea,
trad. française par Serge Ouvaroff pour éd. Albin Michel, 1973), 287 pages

 

L'Anglais Dougal et son épouse Lyn, leur fille Anne (18 ans) et leur fils ainé Douglas (17), et leurs deux jeunes jumeaux Neil et Sandy (11 ans), partent de Falmouth (Cornouaille) en janvier 1971 faire le tour du monde à bord d'un voilier en bois de 13,10 m acheté d'occasion à Malte, la Lucette (elle avait l'âge du capitaine). Dougal Robertson a passé son brevet de capitaine au long cours de la marine marchande  britannique (il totalisait 12 ans d'embarquement, y compris durant la seconde Guerre Mondiale jusqu'en 1942) cependant que Lyn est infirmière. En février 1972, Anne quitte sa famille pour vivre sa vie à Nassau (Bahamas). Un étudiant américain de 22 ans, Robin, embarque à Panama à destination de la Nouvelle-Zélande. Le 15 juin, alors qu'ils ont quitté les Galapagos depuis deux jours et alors que Dougal vient de faire le point et de noter l'heure (09h 54' 45") et s'apprête à calculer leur position, l'imprévu se produit. 

 

La coque crevée en deux endroits par une attaque d'épaulards (orques), la Lucette coule en moins de cinq minutes (p.23). Les naufragés disposent d'un dinghy (une "annexe" en fibre de verre de 2,90 m de long) baptisée Ednamair et d'un radeau de sauvetage avec une tente, à boudins gonflables. Ils sont en plein Pacifique, à l'écart des routes de circulation des navires marchands. Compte tenu des courants et des vents, les Galapagos (à 200 milles) sont inatteignables, et le capitaine Dougal décide de viser la côte de l'Amérique centrale (vers le Nord-Est, à un millier de milles). Ils ont des avirons, une voile, une quinzaine d'oranges et citrons et de maigres vivres sauvés de la cambuse (un sac d'oignons, une livre de biscuits, des bonbons), quelques récipients, 10 litres d'eau douce, le "matériel de sauvetage" règlementaire, un couteau de cuisine, le panier à couture de Lyn... et leur savoir-être. Une voile est installée à bord de l'Ednamair qui prend en remorque le radeau. L'eau est rationnée dès le début à 1 litre par jour (au total!). Et puis la pêche (poissons volants, dorades et autres, bien humides), la chasse aux tortues (dont boire le sang ne les a pas empêchés de s'anémier), la pluie après un certain temps... Le radeau gonflable les lâche le 16e jour (caoutchouc usé par la remorque), et ils doivent désormais s'entasser à bord de l'Ednamair. Nous avons un passionnant récit de toutes les péripéties au jour le jour. Le livre donne à lire la vision de Dougal même s'il cite parfois les "écrits de bord" des uns ou des autres. 

 

Le 38e jour (p.223), ils aperçoivent un navire (ce n'est pas le premier), et celui-ci, enfin, les repère et les repêche. Finalement, leur navigation à l'estime (750 milles effectués sans sextant, sans compas et sans carte) les amenait  sur la bonne route (il restait 290 milles vers le Costa-Rica), et ils pouvaient encore vivre quelque temps de leur pêche et de la pluie... mais ont été ravis d'être recueillis à bord du navire de pêche japonais Toka Maru II, après 38 jours de "navigation" dans les conditions décrites (ce devait être le 23 juillet, si je calcule bien). Trente-huit jours à se supporter (dans tous les sens du terme), entassés les uns sur les autres... Brrrr! Je ne m'y suis jamais trop vu, personnellement.

Le livre contient une quarantaine d'illustrations (plutôt nombreuses pour une édition en "poche), des dessins signés Pam Littlewood (1). J'ai choisi de citer des exemples "pratiques" éclairants (en laissant de côté notamment les nombreux animaux qu'ils ont vus et/ou mangés). 

Le couteau de cuisine s'avèrera plus utile que le couteau "de survie" conçu pour ne pas crever le radeau gonflable... (p.125)

L'Ednamair trace la route toutes voiles dehors (p.133).

  A bord du radeau de sauvetage, les 16 premiers jours (p.39). 

Entassés à bord de l'Ednamair, ensuite (p.135)

Poissons et viande de tortue séchés (p.179), dont l'odeur incommodera fort les marins japonais...

 

Une aventure de l'époque où il n'y avait pas de balise Argos... De mes lectures et relectures successives (une fois par décennie?), je crois que je retenais à chaque fois (avant d'oublier...) que, sur un (petit?) bateau, le pire peut survenir à l'improviste à tout moment, et que les récipients contenant provisions ou boisson doivent avoir une flottabilité suffisante pour ne pas couler si on les jette par-dessus bord dans la précipitation du naufrage, afin de pouvoir être récupérés par la suite à bord de l'embarcation de sauvetage. Penser à prendre le maximum d'objets pouvant être utile à la survie (donc avoir anticipé): on n'aura pas de seconde chance une fois le navire sombré. 

 

Je n'avais encore jamais eu la curiosité de chercher davantage d'informations sur cette aventure depuis qu'existe internet. C'est en regardant ce jour (30/11/2024) sur Wikipedia en anglais que j'ai appris que Dougal Robertson, qui aurait eu 100 ans cette année, est décédé en 1992 d'un cancer. Il avait en 1975 rédigé un "manuel de survie" (Sea Survival: A Manual) dont la lecture d'un exemplaire a, apparemment, contribué à permettre à un autre naufragé de survivre 76 jours en mer. Un téléfilm de 1992 a été tiré de l'aventure de la famille Robertson (par Kevin James Dobson, en reprenant le titre Survivre The Savage Sea, mais en changeant les prénoms et noms des naufragés). Enfin, le fils ainé, Douglas, a écrit en 2005 son propre livre, titré The Last Voyage of the Lucette (non traduit en français). Je regrette de ne pouvoir le lire: peut-être que, 30 ans plus tard et après la mort du père, sa vision des événements est différente de celle de celui-ci? 

 

(1) et non "des dessins de l'auteur" comme je l'avais écrit à tort initialement [edit du 01/12/2024].

18 septembre 2024

Simulacres martiens - Eric Brown

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu, après elle, un nouveau titre (après De l'espace et du temps d'Alastair Reynolds) dans la collection UHL. Cela n'empêchera pas, j'espère, la parution prochaine d'un billet signé dasola pour contribuer à mon challenge marsien!

Eric Brown, Simulacres martiens, Le Bélial, Coll. Une Heure Lumière N°35, 2021, 130 pages. 9,90 euros

 

J'ai été un peu désarçonné par ce petit roman (novella?) où, nul ne l'ignore, sont mis en scène trois héros de Conan Doyle: Sherlock Holmes et le Docteur Watson, ainsi que le professeur Challenger. Nous sommes en 1907, 13 années après que l'invasion venue de Mars ait été vaincue par les microbes terrestres comme l'a raconté Herbert Georges Wells dans La guerre des mondes. Les premières lignes et une note font référence à un récit déjà dû à Eric Brown dans la revue Bifrost N°105 (janvier 2022): la tragique affaire de l'ambassadeur martien avait été résolue par Sherlock Holmes l'année précédente (1906). D'autres Martiens, en effet, sont venus sur terre quelques années après les premiers, en une seconde vague, mais cette fois-ci, ils étaient dûment vaccinés... et ont proposé des rapports pacifiques et constructifs aux humains grâce à leur science avancée. Simulacres?

 

Simulacres! Quoi de mieux que de montrer l'état d'avancement de Mars en y invitant chefs d'Etat et grands hommes de science? Après tout, le voyage grâce aux engins martiens ne prend que 5 semaines dans chaque sens! Et il ne reste plus qu'à ces humains, ainsi éclairés, à convaincre leurs compatriotes des bienfaits de la collaboration... Nos trois héros sont également conviés à faire le voyage, au prétexte d'un mystère à résoudre sur Mars pour les enquêteurs (au fait, ils n'ont pas invité l'inspecteur Lestrade?), Challenger pour une série de conférences dans une Université martienne. Bien entendu, rien ne sera si simple, et en tout cas pas très conandoylesque, à mon humble avis... Je laisse chaque lecteur ("holmésien" émérite ou non) lire de son appréciation sur cette novella de science-fiction. Sherlock Holmes pourra en tout cas revenir sur terre: pas de contradiction, à ce niveau, avec son dernier coup d'archet!

 

D'autres blogueurs-euses avaient déjà attiré mon attention sur ce court roman. Voici quelques billets en ayant parlé bien avant moi (liste non exhaustive, et dont certains contiennent encore d'autres liens!): Le nocher des livres, Tampopo24, Célinedanaë, Gromovar, FeydRautha, Jean-Yves, Xapur, Lutin82, Ombres Bones, F6k... Sans oublier, bien sûr, que Zoé Lucaccini avait participé avec cet ouvrage à la première édition de mon Challenge de la planète Mars.

 

Ce billet va représenter ma dernière participation au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei. Les deux autres challenges, eux, continuent: le 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade jusqu'à la fin de l'année 2024, et bien sûr mon propre challenge marsien jusqu'au 31 mars 2025!

 

8 septembre 2024

La maison d'Emile Zola à Médan

C'est Miriam qui nous a donné envie d'aller visiter la maison d'Emile Zola (1840-1902) à Médan, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Paris. Et donc, le 5 septembre 2024, on est partis vers Médan, petit village aux maisons cossues pas loin des bords de Seine et de voies de chemin de fer. En arrivant à destination, on voit la mairie et un panneau discret pour indiquer la maison de l'écrivain. En résumé, le village est très content de la notoriété de la maison d'écrivain mais cela s'arrête là. Il veut garder sa tranquillité. Pour information, pensez à prendre votre pique-nique, il n'y a plus qu'un lieu pour se restaurer, le "Garden Bar" qui propose des croque-monsieur et des bruschettas. A 12H40, il ne restait qu'un croque-monsieur pour deux mais l'accueil était très sympathique. Un autre restaurant est en travaux sur les bords de Seine. Il n'ouvrira que dans un an (si tout va bien - cela ne l'empêche pas d'être indiqué d'ores et déjà sur les affichages dans Médan).

La maison Zola est gérée par une association qui est dans le rouge du point de vue financier malgré les 10 000 visiteurs qu'il y a eu déjà cette année. Il n'est même pas sûr que la maison puisse ouvrir l'an prochain. C'est grâce à la fondation Pierre Bergé qu'il y a eu 10 ans de travaux entre 2011 et 2021 pour créer le musée Dreyfus et restaurer la maison qui est donc réouverte aux visiteurs depuis cette date. On a eu un guide bénévole membre de l'association qui nous a raconté l'essentiel de ce qu'il faut savoir. Il lisait son texte mais de manière vivante. Comme l'a écrit Miriam, c'est grâce à trois des romans de l'écrivain, "l'Assommoir", "Nana" et "Germinal" que Zola a pu s'acheter la première maison en 1878 (la petite du milieu) et qu'il a pu faire construire les deux tours par la suite. Lire la chronologie sur l'évolution du domaine.

En prolongement de cette demeure en trois parties, il y a une extension, un ancien lazaret (construit par l'Assistance Publique parisienne à qui la veuve de Zola avait donné le domaine en 1905) où se trouve le musée Dreyfus. Nous avons visité le musée mais je n'ai pas pris de photos à l'intérieur où l'on trouve bien entendu le fac similé de "J'accuse" et plein de caricatures issues de journaux de l'époque et aussi des photos. Il faut savoir que Zola aimait beaucoup la photographie, il avait un labo pour développer ses photos. Il faisait même des "selfies". On nous a aussi rappelé que Zola, né à Paris, a passé pas mal d'années à Aix en Provence où il a fait sa scolarité en butte aux moqueries de ses camarades, sauf Paul Cézanne qui est devenu son ami. Une visite intéressante et on eu de la chance d'avoir très beau temps.

Voici quelques photos prises pendant notre visite.

 

 La façade sur rue


Le derrière des trois bâtiments

Le lazaret transformé en musée Alfred Dreyfus

 

La salle de billard et les vitraux aux fenêtres. Il y en a d'autres dans quelques pièces.

 Le grand salon

 

 

 

 La cuisine qui donnait directement sur la salle à manger

 La salle de bain avec baignoire, et il y avait de l'eau chaude car il y avait un calorifère au sous-sol.

 

6 septembre 2024

Hôtel Adlon - Philip Kerr

Pour ma 4ème participation aux Pavés de l'été 2024 et ma 3ème participation aux Epais de l'été 2024, je vous emmène en 1934, dans une période trouble pour l'Allemagne. Dans Hôtel Adlon de Philip Kerr (Livre de poche, 668 pages), j'ai fait la connaissance de Bernie Gunther, Juif par sa grand-mère maternelle (mais personne n'est vraiment au courant). Il est responsable de la sécurité à l'hôtel Adlon à Berlin. Hitler est au pouvoir depuis plus d'un an et le règne du meurtre et de la violence a commencé. La situation de certaines personnes comme Gunther n'est pas simple. Il a été chassé de la Kripo, il faisait partie de la police criminelle. Ses sympathies pour la République de Weimar l'ont desservies. En 1934, il est question des futurs jeux olympiques qui se dérouleront dans la capitale du Reich en 1936. Un dénommé Max Reles, un homme d'affaires véreux, et qui plus est, de confession juive, va tout faire pour remporter un des marchés pour la construction du stade olympique. Sans aucun scrupule, il va semer la mort autour de lui. Une journaliste américaine, Noreen Charalambides, est chargée d'écrire un article sur le régime hitlérien afin de dissuader les Américains de participer aux jeux. Gunther a le béguin pour elle car c'est une très belle femme. Vingt ans plus tard, en 1954, à Cuba, on retrouve Gunther, Noreen et Max Reles. Gunther, pendant les années de guerre, est passé par l'uniforme SS et un camp soviétique. Max Reles s'est de plus en plus enrichi et il fait des affaires avec Batista au pouvoir à Cuba. Noreen, qui vit temporairement dans l'une des demeures d'Ernest Hemingway, est la mère de Dinah, une grande fille de 19 ans. Pour info, Hôtel Adlon est le sixième volet des enquêtes de Bernie Gunther. Je n'ai pas lu les cinq autres. Dans Hôtel Adlon, l'intrigue est bien menée et il y a du rythme car Bernie Gunther est le narrateur de l'histoire. Le roman se lit vite. Une découverte intéressante en ce qui me concerne. 

 

5 septembre 2024

Le chant de Kali - Dan Simmons

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente un livre que j'ai acheté chez un bouquiniste sur la seule foi du nom de l'auteur, Dan Simmons. 

Dan Simmons, Le chant de Kali, J'ai Lu (coll. Ténèbres) N°2555, 1999, 318 pages
Traduit de l'américain (Song of Kali, 1985) par Bernadette Emerich en 1989

 

Hé bien, voilà un livre plus sombre que les Cantos d’Hypérion. Je peux vous le conseiller comme une lecture au réveil, pour commencer la journée. Mais surtout, ne le lisez pas le soir avant de vous endormir : cauchemar garanti ! Particulièrement si vous êtes jeune parent. 

Pour ma part, j’ai déjà lu au fil des ans un certain nombre d’œuvres de Dan Simmons (même si je n’en ai jamais tiré de chroniques). 

Dans ce premier roman de lui à avoir été publié, on trouve déjà ce qui reviendra dans plusieurs de ses oeuvres ultérieures : le pouvoir du mal (l’échiquier…), les terreurs de la nuit (d’été…), fantômes, spectres, zombies et autres créatures animées mais désormais sans âme humaine. Ou, simplement, toute la noirceur humaine. 

 

Un Américain, Robert Luczak, écrivain plus ou moins journaliste, part à Calcutta sur les traces d’un mythique poète disparu dont on aurait sur place découvert un « inédit ». Il emmène dans ce reportage sa petite famille : sa femme Amrita (elle-même d’origine indienne) et leur fillette de 7 mois, Victoria… On a du mal à s'arracher au récit avant la fin. 

 

Je crois que j'ai repéré une petite erreur de traduction (p.16, un "non" à la place d'un "pas" concernant Gandhi...). Je ne suis pas forcément d'accord avec ce qui est dit dans le roman sur Les bâtisseurs de pont de Kipling (mais c'est le jeu). J'ai relevé avec amusement le petit "coup de patte", p.59, envers les "romans de pacotille" de Stephen King. Enfin, l'intrigue se plaçant à la fin des années 1970, cela fait bizarre, aujourd'hui, de lire vers la fin du livre la possibilité de transporter en avion, d'un aéroport à l'autre, un Luger et plusieurs dizaines de ses balles.

Ce livre noir m’a un peu fait songer à certaines aventures du héros d’Henri Vernes. Dans une Inde mythifiée (et même ailleurs), celui-ci se heurte aussi bien à des thugs et autres adorateurs de Kali qu’à la pègre ou à des « tueurs » identifiés comme les « dacoïts » (et qu’il massacre par douzaine). Mais ceux-ci n’enlèvent pas la fillette âgée de quelques mois qu’il n’a pas (d’ailleurs, Bob Morane n’a jamais (eu) aucune responsabilité paternelle sauf erreur de ma part…). 

Je pense que je relirai d'abord certains livres de Dan Simmons, ou en découvrirai que je ne connais pas encore, avant de reprendre en main celui-là. Comme déjà dit, ce n'est pas un livre à lire le soir, dans son lit, avant de s'endormir.

J'ignore si j'ai réussi à attiser votre curiosité? J'ajoute encore que la collection Ténèbres chez J'ai lu n'a vécu que de 1996 à 2000, le temps d'abriter 42 titres dont celui-ci. Je n'en ai lu aucun autre. 

 

Apophis a chroniqué une édition plus récente que la mienne, comme Jean-Louis Dragon (en 2018 - dernier billet en 2019), et le blog Carolivre encore une autre, comme Tenseki (dernier billet en 2022). 

29 août 2024

Les ombres de Bombay - Abir Mukherjee

Pour la 5ème fois (et j'espère que ce ne sera pas la dernière), je suis partie en Inde entre Calcutta et Bombay. Dans Les ombres de Bombay (Liana Levi, 366 pages prenantes), Abir Mukherjee nous ramène à nouveau dans le passé en 1923 en compagnie du Capitaine Sam Wyndham et Satyendra Banerjee. Banerjee se retrouve en mauvaise posture car il s'est trouvé au mauvais endroit au moment. Il est accusé d'avoir tué un homme de lettre hindou dans un quartier musulman de Calcutta. Mais Satyendra Banerjee pense avoir trouvé le suspect en la personne d'un musulman érudit. Mais peut-être y a t-il une troisième solution. J'ai été contente de constater de Wyndham n'a pas retouché à l'opium depuis un an. Le récit alterne celui de Banerjee et celui de Wyndham. Comme dans les quatre autres romans de Mukherjee, il y a quelques descriptions très vivantes des us et coutumes indiennes et de la situation en Inde à l'époque. J'ai lu ce roman en deux jours et je le conseille absolument. Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu les quatre premiers tomes. Lire le billet de Keisha. Et aussi Actudunoir, Yan.

16 avril 2024

Les doigts coupés - Hannelore Cayre

J'ai été convaincue de lire Les doigts coupés d'Hannelore Cayre (Edition Métailié noir, 191 pages) après avoir lu quelques billets dont celui de Simone. Le récit alterne entre de nos jours et 35000 ans avant le présent au temps de l'Aurignacien, en Dordogne, à l'époque où quelques groupes de Sapiens ont rencontré des Néandertaliens. J'avoue que j'ai appris que les Sapiens avaient la peau foncée. Pour en revenir à l'histoire, en Dordogne, près de la Vézère, une de nos contemporaines veut creuser une piscine dans son jardin et elle est aidée par des ouvriers polonais. Pendant qu'ils creusent, ces ouvriers découvrent deux squelettes qui semblent être très vieux. Et en effet, à partir de là, Hannelore Cayre nous raconte l'histoire des ces personnes qui ont vécu il y a très longtemps. L'un des deux squelettes, un homme, a connu une mort violente. Le deuxième squelette, une femme qui semble avoir vécu plus de 60 ans, est entouré d'objets hétéroclites. Et à partir de là, on fait la connaissance d'Oli, une jeune Sapiens qui est l'héroïne de l'histoire. N'ayant pas 20 ans, c'est la seule femme du groupe qui n'a pas encore enfanté. Elle ne rêve que de chasse et de vivre sa vie sans que les hommes de son clan (quelle plaie!) se mêlent de la manière dont elle le fait. Sa soeur Wilma qui meurt en couches a le temps de lui apprendre à chasser avec une sorte de javelot alors que la chasse jusqu'alors se pratiquait au plus près des animaux. C'est une histoire où les femmes s'émancipent, où elles essayent de se libérer de la domination masculine. Car déjà, à cette époque, il existe la division sexuée du travail: les hommes chassent et les femmes font tout le reste et se nourrissent de ce que les hommes veulent bien leur laisser. "La ligne, c'est l'homme. La femme, c'est le cercle". C'est pourquoi, pour maintenir l'ordre, les hommes mutilent les femmes en leur coupant des doigts dès qu'elles ne se soumettent pas. Grâce à Oli, les femmes de son clan apprennent que de faire l'amour avec un homme aboutit immanquablement à tomber enceinte sans forcément en avoir envie. C'est un roman sur le féminisme au paléolithique. L'histoire n'est pas amusante mais c'est passionnant à lire et vous apprendrez qui est l'homme mort et comment il est décédé. Hannelore Cayre s'est beaucoup inspirée du travail d'une paléontologue italienne, Paola Tabet et en particulier l'un de ses ouvrages "Les doigts coupés, une anthropologie féministe". Lire les billets de Zazy, Actu Du Noir, Cathulu, Je lis, Je blogue et La chèvre grise.

2 septembre 2024

De l'espace et du temps - Alastair Reynolds

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) trouvé à emprunter (il était classé en "nouveauté" dans une des bibliothèques que je fréquente) un court ouvrage que j'avais déjà croisé à plusieurs reprises dans la blogoboule (1). 

Alastair Reynolds, De l'espace et du temps, Le Bélial, mars 2024, 108 pages. 10,90 euros
(titre original: Understanding Space and Time, copyright 2005)

Je vous mets aussi l'extrait de signalétique "nouveauté" sur l'exemplaire emprunté...

 

Le "De" initial en français peut rappeler les titres savants jusqu'au XIXe siècle (pouvant se traduire par "Au sujet de..."). Je ne sais pas si le "Understanding" anglais est connoté du même sens? Il s'agirait plutôt de "compréhension...", et non de rédaction d'une thèse savante...?

 

En tout cas, le texte proprement dit se termine p.103. Dans les quatre pages de son "mot final" (pp.105-108), j'ai apprécié que l'auteur raconte l'histoire... d'une longue gestation pour ce qui est en fait une "nouvelle", entre 2001 et 2005. Elle est formée de quatre parties (non titrées), dont chacune aurait sans doute pu constituer un (court) texte indépendant.

 

Dans la première partie (18 pages), nous sommes presque à la fin de l'humanité, puisqu'il ne reste plus sur Mars qu'un couple (dont la femme est gravement malade) dans une base, alors qu'un "virus militarisé" a exterminé les humains, sur terre d'abord, sur Mars ensuite. 

 

Désormais seul dans la deuxième partie, John Renfrew s'occupe comme il peut (durant 27 pages). Apprendre à jouer du piano? Pas une bonne idée. J'ai été intéressé par l'idée qu'un millier de livres avaient été, non pas transportés depuis la terre, mais imprimés sur place. Intéressante répartition des seuls qui avaient été imprimés tant que le système d'impression à la demande fonctionnait... (p.37-38). Que lire? Philosophie, religion, sciences dures (le pourquoi et le comment de l'existence!). Mais l'articulation entre le macro et le micro, entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, entre la relativité générale et la physique (mécanique?) quantique, semble toujours impossible. Un jour, un signal radio est reçu...

 

Dans la troisième partie (14 pages), John a été ressuscité par les "Bienveillants", accourus de là où ils se trouvaient (à 200 années-lumière) dès qu'ils avaient capté les premiers signaux radio émis par l'Humanité. Mais ils ne pouvaient voyager plus vite que la lumière. Ils lui proposent de recréer d'autres humains ou de l'aider à comprendre l'univers... à son choix.

 

La quatrième partie est la plus longue, pas tant en pagination (21 pages) qu'en terme de "durée". Durant des milliers puis des millions d'années, avec le soutien des Bienveillants, John s'efforce d'atteindre le Savoir ultime. J'ai apprécié la description de celui-ci, un peu à la manière d'un oignon (cette comparaison excessivement grossière est de moi!).

 

Ma culture SF contemporaine étant maigre, c'est surtout à l'Asimov de Rama ou des cycles de Fondation et des Robots, et particulièrement au roman "clé de voûte" des deux cycles (Terre et Fondation) avec son personnage "deus ex machina" R. Daneel Olivaw, que j'ai pu songer. J'évoquerai aussi un des prolongateurs d'H.G. Wells, c'est-à-dire Stephen Baxter et son roman Les vaisseaux du temps. John acquiert-il la sagesse ultime? Cela m'a rappelé le mot de l'empereur romain Vespasien alors qu'il passait "de l'autre côté": "Malheur! Je sens que je deviens dieu"... Enfin, j'ai eu une vague réminiscence, mais que je suis infichu d'imputer correctement, un compte-rendu par quelqu'un de culture "classique" de sa conversation avec un "grand homme", quelque chose comme "il me parla de lui, de Dieu, de l'Univers et encore de lui" (à moins que ce soit "nous parlâmes de nous, de Dieu, de l'univers, et encore de nous"?)... S'agirait-il de Chateaubriand et Napoléon, ou bien de deux autres personnes?

 

Je ne sais pas si la conduite des Bienveillants suffit pour tirer cette nouvelle vers du "space opera" et la rendre admissible au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei. En tout cas, elle peut participer au challenge marsien, mais aussi au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade. 

 

Après avoir rédigé mon billet, je mets les liens vers ceux d'Elwyn et de Gromovar. Anudar, Célinedanaé, Le Maki, FeydRautha, Weirdaholic [possibilité d'y commenter réservée à qui possède un compte "Blogger"?] ou Soleil Vert ont aussi rédigé une chronique. Si j'en trouve d'autres, je ne m'interdis pas de les chroniquer... ou de leur proposer le référencement pour mon challenge marsien! Il me semble que ce petit bouquin tente d'ores et déjà l'un ou l'autre des blogs qui y sont dûment inscrits... 

 

(1) Note du 03/09/2024: en réponse au commentaire de ClaudiaLucia ci-dessous, je précise ne pas être l'inventeur du terme blogoboule, mais l'avoir déjà croisé sur la "blogosphère". Une recherche m'a ramené des occurrences dès 2008. Ce qui n'exclut d'ailleurs pas que le jeu de mots ait été utilisé antérieurement. 

15 août 2024

Dead Stars - Benjamin Whitmer

Que dire de ce roman, Dead Stars de Benjamin Whitmer (Edition Gallmeister, 590 pages)? Que c'est le premier que je lis de cet écrivain et je pense qu'il sera le dernier. Quelle noirceur et que c'est long. L'histoire se déroule de nos jours dans le Colorado, dans la ville de Plainview où est implantée une usine de plutonium dirigée par l'entreprise Stonewall, l'unique employeur de la ville ouvrière. Hack (Howard) Turner, employé de l'usine vit seul avec sa fille Nath (17 ans) et son fils Randy (14 ans). Il a un frère cadet, Whitey et il a encore son père Robin. L'intrigue se passe sur trois jours, entre le 7 septembre au soir et le 10 septembre 1986 au soir. Ronald Reagan est président des Etats-Unis. En fin d'après-midi du 7 septembre, Randy, parti en vélo avec des copains ne revient pas et Nath commence à s'inquiéter. Elle prévient son père. A partir de là et pendant trois jours, presque heure par heure, on suit les pérégrinations de Hack, de Nath, de Whitey et même de Robin pour retrouver Hack. On ne sait pas ce qui est arrivé à ce dernier et même la police qui a été prévenue ne semble pas très efficaces. Nath n'arrête pas de fumer des joints et de boire de la vodka, Hack est désemparé de son côté. Petit à petit, on se rend compte que cette famille Turner n'est pas bien vue par le reste de la ville car Hack a parlé à un journaliste à propos d'un accident survenu dans l'usine de la ville. On suit les déambulations et les pensées des protagonistes mais rien n'avance vraiment. L'écrivain décrit une Amérique des laissés-pour-compte et où la vie humaine ne vaut pas grand-chose. Même si je conçoit que cette Amérique existe, tout cela n'est pas très gai. À vous de voir. Lire les deux billets de Shangols et d'Actu du noir nettement plus positifs. 

Ce roman peut faire partie du challenge "Pavés de l'été 2024" de Sibylline.

 

19 août 2024

Les oubliés de Vulcain - Danielle Martinigol / Flora, l'inconnue de l'espace - Pierre-Marie Beaude

Décidément, en cette période estivale, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) retombe en enfance... Un effet (déjà?) de mes 6 (six!) décennies? Voici une micro-chronique sur 2 (deux!) petits "poches" jeunesse que je n'avais jamais lus, achetés chinés dans les bacs avant-hier, à 50 centimes pièce (et j'ai manqué de réflexe: j'avais droit à un troisième gratuit - "3 pour 1 euro" - ...si j'avais fait l'effort d'en sortir un 3e du même bac)! Mais j'avais choisi ces deux-là à cause de la possibilité qu'ils puissent contribuer au 12e challenge de l'Imaginaire organisé par Tornade, au XVe challenge Summer Star Wars Ahsoka de Lhisbei (et peut-être à mon propre challenge marsien) et, lecture faite, c'est bien le cas (en ce qui concerne le challenge marsien, pour un des deux seulement)... Autre facteur commun: deux auteurs français, ayant tous deux fait carrière dans l'enseignement.

Danielle Martinigol, Les oubliés de Vulcain, Le livre de Poche jeunesse N°541,
1996 (copyright Hachette 1995), 189 pages
Pierre-Marie Beaude, Flora, l'inconnue de l'espace, Castor Poche Flammarion N°184,
1987, 148 pages

 

La "présentation de l'auteur" en début de livre m'a appris que Mme Martinigol "s'efforce, sur fond de réflexions écologiques, de respecter la règle des trois A: Aventures, Amour, Ailleurs...". Dans Les oubliés de Vulcain, dans un univers, jamais daté, où l'humanité a conquis trente monde (les 30 premières planètes d'Asimov?), Vulcain et ses volcans sont la "solution" au problème des déchets: ceux-ci sont précipités dans ceux-là... par des "boueux", qui vivent sans espoir de jamais la quitter sur cette planète en orbite autour de l'étoile double Albiréo. Le héros, Charley (C.H.A.R.L.E y) apprend fortuitement, le jour de son 15e anniversaire, dans "l'usine" qu'il n'a jamais quittée de sa vie, qu'il en est un produit, un "prototype génétique"... D'où choc psychologique, révolte et fugue... dans un conteneur de déchets quittant la terre, emmené par un vaisseau spatial. Sur Vulcain où (évidemment) il se retrouve, il découvrira un continent unique, un système de deux castes parmi la population, l'amour... Il s'apercevra aussi que sa constitution unique lui permet de résister aux conditions terrible d'existence: récupérer et trier les déchets avant que les conteneurs qui tombent du ciel sur les flancs des volcans ou à leur pied y soient précipités dans la lave entre deux éruptions, maladie chronique ou mortelle que tous attrapent à plus ou moins long terme. Y a donc plus qu'à... Par bonheur, la Confédération des Trente Mondes est gérée, tout ce qu'il y a de plus démocratiquement, par une Assemblée de 5000 membres dont chacun a le droit (jamais utilisé...) de donner une fois par an la parole à un [simple] citoyen de sa planète. C'est gentil et ça se lit très vite. Comme je l'ai dit, pas de dates, d'explications techniques sur les voyages spatiaux... ni de mention expresse de la planète Mars.
En "bonus", je me suis senti doucement voyeur en découvrant qu'il s'agissait manifestement d'un cadeau de fin d'année offert par la Caisse des écoles de la mairie de M. et dédicacé par 10 condisciples à la jeune F.L. en fin de 5e... certaines des copines espérant qu'elle passera à la rentrée suivante une bonne "prochaine année", et en particulier "que ton aventure avec G. aura avancé et peut-être que tu..." [sic!]. Je me suis demandé comment un livre pareil a pu se retrouver sur le marché de l'occasion (bon, il est vrai, au bout de près de 30 ans). Pauvre G...
Wikip' (consulté ce 18 août 2024) m'a appris que le nom d'Albiréo a été officialisé en 2016 pour désigner Beta Cygni (à 400 années-lumière de la terre), mais qu'aucun système planétaire ne semble y avoir (encore) été détecté... L'auteure a publié, en 2010, un C.HA.R.L.Ex que je lirai à l'occasion. 
Voir aussi La bibliothèque de Glow. 

 

Dans mon second livre du jour, Flora, l'inconnue de l'espace, il est question de tourisme spatial, et presque de "tourisme équitable" (si je puis me permettre de faire un rapprochement avec ce qui se passe sur terre). Ici, en 2100, Mars est nommé... parmi les destinations des "vaisseaux de croisière" permettant aux riches oisifs (comme la tante du héros) de "voyager" de planète en planète (Vénus, Jupiter ou... "Mars, la Venise de l'espace"), en y séjournant seulement dans des stations spatiales (équivalent à des "hôtels de luxe") en toute indifférence par rapport aux lieux ainsi "vus". Notre jeune touriste, Jonathan Silenius, 17 ans, préfère, lui, "partir sac au dos"... Enfin, avec les moyens du temps: un véhicule interplanétaire de location qui, à partir d'Uma, la station orbitale de la lune, lui permet de visiter tranquillement un astéroïde après l'autre... sans prétendre aller jusqu'à Mars, tout de même hors de portée de son petit "Trap" (?). Rien à signaler, à part une rencontre sur "Aster 5030" avec une dangereuse "vispa de l'espace", qu'il a bien entendu les moyens de tuer (ce qu'il fait sans hésitation) avant de se faire agresser. Ensuite, par l'intermédiaire de son ordinateur de bord (Double Zéro"), c'est la fameuse Flora qui va prendre l'initiative de le contacter (contrevenant aux règles de sa propre civilisation d'éviter tout contact avec ces terriens belliqueux et bien moins avancés technologiquement comme psychologiquement...). Toujours les trois A... Et toujours de l'optimisme sur la bonté finale de l'humanité. 

Ce que ne révèle pas la "présentation de l'auteur" dans le livre mais que l'on trouve grâce à wikip', c'est que M. Beaude a été ordonné prêtre en 1966 (ce livre de 1987 semble avoir été sa première oeuvre de fiction), a quitté l'église catholique et pris sa retraite universitaire en 2007 et désormais "consacre entièrement [s]on temps à l'écriture, en totale liberté, dans les domaines de la recherche et de la fiction." 

... Et, pour ma part,  je suis content parce que, pour une fois, j'ai mis encore moins de temps à rédiger mon billet (en deux petites heures nocturnes) qu'à lire ces livres pleins de bienveillance et, heu, d'espérance (pourtant nettement plus vite que les 60 pages à l'heure qui sont ma cadence habituelle)!

14 mars 2025

Trop et jamais assez - Mary L. Trump

Me promenant entre les rayons d'une grande librairie d'un grand magasin, je suis tombée sur un livre qui m'a attiré l'oeil : Trop et jamais assez d'une certaine Mary L. Trump (Edition Points Seuil, 282 pages). Mary L. Trump, née en 1965, est la nièce de Donald Trump, devenu 45ème et 47ème président des Etats-Unis. La première édition du livre date de 2020, c'est-à-dire juste à la fin du premier mandat de Donald Trump. Mary L. Trump est l'un des deux enfants de Frederick, le frère aîné de Donald. Le sous-titre du livre est "Comment ma famille a fabriqué l'homme le plus dangereux du monde". A la page 34 de l'ouvrage, Mary écrit : "Si un second mandat lui est accordé, ce sera la fin de la démocratie américaine". Espérons que cela ne se réalise pas. Le livre se lit d'une traite. Mary règle ses comptes avec sa famille pour avoir détruit son père Frederick qui est mort alcoolique. Il faut commencer avec le patriarche, Frederick (1905-1999), fils d'un Allemand mort de la grippe espagnole en 1918. Frederick s'est marié avec une jeune écossaise, Mary MacLeod (1912-2000). A deux, ils ont eu cinq enfants, deux filles et trois garçons dont Frederick (1938-1981) et Donald (né en 1946). En 2025, il ne reste plus que Donald et une soeur, Elizabeth. Frederick Senior fut un promoteur immobilier redoutable qui a fondé un empire grâce à ses relations, son aplomb, son entregent, sa radinerie et sa force de travail ainsi que ses magouilles en tout genre. Surtout, payer le moins d'impôts possible, alors qu'il a bien profité de quelques subventions de l'état. Il s'est très peu occupé de ses enfants. Sa femme ne semble ne pas non plus avoir été une mère aimante. Les enfants assez négligés ont grandi comme ils ont pu. Quatre s'en sont à peu près bien tirés, mais pas Frederick junior, qui devait succéder à son père. L'immobilier ne l'intéressait pas, mais par contre, il était passionné d'aviation. Il est d'ailleurs devenu pendant quelques années pilote à la compagnie aérienne TWA. Son père s'est mis à le mépriser et à le rabaisser. Donald a tout fait pour ne pas ressembler à son frère et se faire aimer de son père. Il y est arrivé puisque c'est lui qui s'est retrouvé à la tête de l'empire Trump. Mary Trump décrit bien le caractère et la personnalité de Donald Trump. Il sait très bien humilier les gens. Sa nièce qui est docteure en psychologie le traite de sociopathe. Il n'a aucune empathie pour personne. Le livre est vraiment passionnant. Evidemment, il y beaucoup de parti pris de la part de Mary L. Trump mais c'est humain. Quand son père est décédé à 42 ans, elle avait 16 ans et elle n'a même pas pu le voir dans son cercueil. Si vous avez la possibilité de tomber sur ce livre, lisez-le. Il se lit en une demi-journée. La photo de couverture représente Donald Trump en 1964 à l'âge de 18 ans pendant sa scolarité dans une école militaire. 

5 mars 2025

Black dog - Hu Guan

Aujourd'hui, mercredi 5 mars 2025, sort un film chinois singulier. L'histoire se passe en Chine près du désert de Gobi, dans le nord de la Chine. Le premier plan large nous montre un paysage lunaire avec une végétation rare et des cailloux. Dans le fond, on voit des collines et surtout des chiens, partout il y a des chiens de toutes races qui semblent attendre. Un mini-car arrive sur la gauche de l'écran et il se renverse, voulant peut-être éviter les chiens qui se mettent à aboyer. Nous sommes en 2008, trois mois avant les JO de Pékin. Lang, un grand échalas, revient dans sa ville natale, qui est une des villes principales de la région. Lang est un taiseux (le personnage prononce à peine quatre phrases pendant tout le film). Il sort de prison où il a purgé une peine de 10 ans, a priori pour homicide. Sans qu'on sache vraiment pourquoi, la ville a décidé d'attraper tous les chiens et de les mettre dans un grand chenil. On craint la rage. Lang se fait embaucher pour ce travail. Les chiens ne se laissent pas attraper facilement, surtout un: un grand chien noir efflanqué qui mord Lang. A force, les deux vont s'apprivoiser mutuellement. Pendant ce temps, on voit la ville partir en déliquescence, des bâtiments abandonnés et plus ou moins en ruines sont détruits. Le zoo héberge encore quelques animaux, dont des singes et un tigre de Mandchourie. Le gouvernement chinois semble vraiment loin et puis les JO se préparent. On voit une ville en friche. Il semble que l'on veut la reconstruire et l'embellir, même si on peut avoir des doutes sur le sujet. Le film montre une Chine à l'abandon. Le constat n'est pas brillant. Un film d'ambiance qui m'a plu. Lire le billet de Rue2Provence.

10 août 2024

Trois livres sur des bateaux

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) continue mes "mises à flot" dans le cadre du challenge Book trip en mer de Fanja. Cette fois-ci, j'attaque la catégorie "livres de jeunesse", avec des romans d'aventures (tous trois anglo-saxons) plutôt orientés "jeunesse" (éditions illustrées) qui rentrent aussi dans le cadre du challenge 2024 sera classique aussi de Nathalie (ces oeuvres étaient déjà bien vieilles quand j'étais moi-même jeune...). Pour la petite histoire, j'ai déjà raconté que je passe régulièrement devant la "bibliothèque partagée" du hall de dasola qu'elle vous avait présentée naguère. Il m'arrive d'y "injecter" des livres que je connais comme m'ayant plu quand je les avais lus autrefois, il y a en général plusieurs décennies (et aujourd'hui livres le plus souvent spécialement chinés à prix ultra doux quand je suis tombé dessus par hasard). Ayant remarqué que deux de ceux que j'avais déposés y étaient revenus (après s'en être absentés), je me suis dit que, finalement, j'en ferais bien un billet. Quant au troisième, je l'ai acheté chez un bouquiniste. J'ai tâché d'organiser leurs tranches en un "podium" qui reflète mes préférences. 

1/ Daniel Defoe, Les pirateries du capitaine Singleton, 1720 (1ère édition en anglais),
trad. Maurice Dekobra, Société nouvelle des éditions G.P., 1964, 251 pages
2/ Fenimore Cooper, Le corsaire rouge, 1827 (1ère édition en anglais),
adapt. Gisèle Vallery, ancienne librairie Fernand Nathan, 1942, 189 pages
3/ Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bateau, 1889 (1ère édition en anglais), "spécialement adapté" pour la Bibliothèque Rouge & Or, Editions GP, 1953, 191 pages

 

Je propulse en première place Les pirateries du capitaine Singleton, une oeuvre de Daniel Defoe beaucoup moins connue ou attendue qu'une autre... (meuh non, je ne songeais pas au Journal de l'année de la peste ni à Moll Flanders!). N'en ayant même jamais entendu parler jusqu'à maintenant, je remercie d'autant plus Fanja de m'avoir fourni le prétexte de la découverte (acheté à 2,50 euros lundi dernier)! Présenté comme des souvenirs (une autobiographie), ces pages narrent "en toute candeur" les aventures d'un Anglais "enfant volé" (à deux ans!) devenu gamin ballotté ici ou là, puis mousse, capturé brièvement par des Barbaresques, puis formé comme jeune marin portugais sans foi ni loi dans l'Océan Indien avant de tourner mutin et abandonné avec une vingtaine d'autres (matelots, charpentier, forgeron...) sur une côte de Madagascar (p.18). S'ensuivent, après avoir pu construire une embarcation grâce à une épave hollandaise et pu toucher la côte Est de l'Afrique, une traversée fort aventurée, à pied et en troupe, de tout le continent jusqu'à la côte Ouest, confrontés aux indigènes mais accumulant un fabuleux butin en cours de route (orpaillage...). Retour en Angleterre, fortune largement faite... mais il la mange en deux ans et n'a plus rien en l'an 1696 (p.147 - moins de 25 ans avant la parution du livre...). Il s'embarque alors pour Cadix à bord du Croiseur. p.148, avec quelques "camarades", il rejoint un autre navire (non nommé), dont l'équipage s'est mutiné, dans le but avoué de devenir pirate (sous les ordres d'un matelot, devenu le Capitaine Wilmot), vers les Indes occidentales (le continent américain...). "Quinze mois" puis "deux" ans passent en quelques lignes... D'autres navires sont capturés, "Bob" monte en grade et en commande un... puis, p.152, il rencontre un ex-médecin avec lequel il restera indéfectiblement lié jusqu'à la fin de ses aventures. Des Antilles à l'Océan indien, s'ensuivent des années de vie maritime entre capture de navire, traite des nègres (trouvés par hasard dans un navire à la dérive... dit-il), et opérations commerciales plus ou moins louches. Les équipages des navires attaqués ne sont pas tués systématiquement mais seulement si indispensables (éviter de trop provoquer l'Angleterre, fort capable d'armer un navire en guerre pour aller chercher, traquer, capturer et pendre de trop célèbres pirates). Le butin consiste parfois en or et argent monnayé ou "au poids", mais souvent en marchandises de plus ou moins de valeur (jusqu'à des perles, soiries, épices, ...) qu'il faut vendre (dont il faut "trafiquer") en s'adressant à des marchands parfaitement informés de l'origine "pas très catholique" des marchandises. Tout le monde y trouve son compte, à condition de ne pas se tromper de ports ni de nationalité des acheteurs. Defoe semble s'être bien documenté. Il n'a sans doute pas lui-même vécu certaines de ces aventures, peut-être a-t-il "confessé" quelques véritables aventuriers (comme l'a fait London au Klondike)? Même si ce roman a été écrit en 1720, lorsqu'il y était question de recherche d'or (en Afrique), j'ai cru y retrouver les techniques d'orpaillage alluvionnaire si bien décrites par London quelque 180 ans plus tard pour le Klondike (neige et glace en moins chez Defoe). Bref, fortune (de pirate) faite, il ne reste plus qu'à fausser compagnie au navire pirate (à Bassora, dans le Golfe!) sans éveiller les soupçons, puis, après quelques détours par Alexandrie puis Venise, à réussir à se faire oublier en Angleterre, en y épousant une charmante veuve déjà pourvue de 4 enfants (et soeur de William) dans les 10 dernières lignes du livre.

Les femmes sont fort peu présentes dans cet ouvrage, à part au début (celles qui se passent de main en main l'enfant), ou quand sont évoquées les femmes indigènes" avec qui, régulièrement, fricotent un peu trop les matelots, ce qui a le don d'énerver les "sauvages" (je ne suis pas certain qu'il soit question de consentement...). Les illustrations sont de Jacques Pecnard. 
Menon l'a plus survolé que lu (en version intégrale).

 

De Fenimore Cooper, on connaît surtout Le dernier des Mohicans, et éventuellement les autres titres de l'histoire de Bas-de-cuir (l'un des surnoms du héros, Nathanaël Bumppo, qui apparaît dans au total cinq livres publiés entre 1823 et 1841). On ne sait pas forcément que l'auteur, né en 1789, avait été marin dans sa jeunesse (de 1806 à 1811).

Le livre débute en octobre 1759 à Newport (Rhode-Island, Nouvelle-Angleterre). Le héros principal est le jeune Wilder, officier de marine compétent, cependant que "Le corsaire rouge" ne se dévoile pas tout de suite. Dans ce roman sans temps mort, on navigue beaucoup (la jeune passagère Gertrude n'est pas indifférente à Wilder), à bord de différents navires qui se fuient, affrontent une tempête, s'y perdent, coulent... Il y est question de corsaires sinon de pirates (il n'est pas dit que le fameux "corsaire" soit nanti d'une "lettre de course"), d'infiltration chez l'adversaire sous fausse identité, de faux pavillon et même de travestissement. Mais on y trouve aussi en trame de fond des histoires de famille quelque peu embrouillées (je n'ai pas trop réussi à dresser un arbre généalogique, et je ne jurerais pas que le dénouement final n'implique pas une certaine part de consanguinité!). Le livre s'achève dans les années 1780, au seuil de l'indépendance américaine, pour laquelle Le corsaire rouge s'est racheté en luttant contre les Anglais... 

Ce livre a été édité en 1942, à un moment où les Nathan père et fils avaient dû renoncer à la direction de leur Maison sous la pression de Vichy puis des Allemands (les éditeurs français qui avaient accepté d'assurer la direction de l'entreprise la rendent aux Nathan le jour de la libération de Paris). Je ne sais pas quel est l'illustrateur anonyme dans cette édition de 1942 (peut-être Joseph Kuhn-Régnier, mort en 1940, qui a illustré plusieurs dizaines de titres des Contes et légendes chez Nathan?). En page 2 figurent 35 autres titres de cette collection "oeuvres célèbres pour la jeunesse", notamment Le dernier des Mohicans, mais aussi (par exemple...) L'île au trésor (Stevenson), Voyages de Gulliver (Swift), Robinson Crusoé (Defoe) et Robinson suisse (Wyss). 

C'est le seul de mes trois livres du jour dans lequel il est un peu plus question de la seconde moitié de l'humanité (ou de la première, voire de la meilleure - je ne veux vexer personne!).
Isabelle (Ribambelle d'histoires) l'avait chroniqué l'an dernier.

 

 

Un livre des années 1950 sans sa jaquette, c'est tout de suite moins "sexy" (c'est elle qui portait titre et illustration). J'ai donc photographié aussi les pages intérieures correspondantes. Maintenant, comme chacun sait (comme savent tous ceux qui ont lu Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome), cet ouvrage ne porte pas sur la navigation en mer. Entre trois amis, il n'est question de voyage en mer (p.10) que pour s'y opposer: remontons plutôt la Tamise (fleuve), et à nous le canotage, ses plaisirs et ses joies. Jerome K. Jerome enfile (comme des perles) déroulement de l'épopée fluviale (avec diverses étapes, campements, pluie...), anecdotes et digression (accrochage d'un tableau, transport d'un fromage de Liverpool à Londres, [més]aventures anciennes et diverses remémorées au fil de l'eau...). Il y avait un certain temps que je n'avais plus lu Trois hommes dans un bateau (et jamais dans cette édition), et j'ai eu une impression de traduction (non signée, mais "spécialement adaptée...") un peu fade par rapport à celle que j'imagine avoir lue antérieurement dans les tréfonds de ma mémoire. Voici celle d'un des morceaux de bravoure: la lutte désespérée, en pique-nique, pour ouvrir une boite d'ananas au sirop en conserve sans ouvre-boite: 
"(...) Alors nous perdîmes la tête. Nous portâmes cette boite sur la berge. Harris alla chercher une grosse pierre, je retournai au canot dont je rapportai le mât, et George tint la boite et Harris posa sur le couvercle l'extrémité aiguë de sa pierre, et je pris le mât que je levai et, rassemblant toutes mes forces, je l'abattis.
Ce fut le chapeau de paille de George qui lui sauva la vie, ce jour-là.
"

J'avais en tête quelque chose d'un peu plus vif comme: "(...) quant à moi je brandis le mât, je visai, et pan!, je frappai. Ce fut le chapeau de George qui, ce jour-là, lui sauva la vie." 
Mais peut-être s'agit-il d'un "faux souvenir"?

Quoi qu'il en soit, on comprend avec l'humour pince-sans-rire de l'auteur que l'aventure a été moins reposante que prévu, et le retour au foyer est quelque peu honteux. Après un bon repas, le mot de la fin est: "Je bois à la santé des trois copains délivrés du canot" (sans compter le chien).

Je n'ai lu, à ce jour, aucune des autres aventures des "Trois hommes" disponibles en français (... en Allemagne / en balade / sur un vélo), il est vrai beaucoup moins connues (si j'ai bien compris, il s'agirait de différentes traductions d'un seul et même ouvrage, Three Men on the Bummel?). Un prochain objectif?

 

Dasola m'a en tout cas bien expliqué qu'elle ne connaissait pas cette littérature et qu'il s'agissait de livres "pour les garçons". 

 

Je savais que différentes éditions "poche" de Trois hommes dans un bateau existaient, mais je pensais les deux autres titres peu accessibles. J'ai eu le plaisir de découvrir que l'on trouve désormais Le corsaire rouge en Folio classique et Daniel Defoe dans la Pléiade (le tome 2 contient notamment Vie du capitaine Singleton). 

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