Le blog de Dasola
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16 avril 2015

Une belle fin - Uberto Pasolini

Parmi les sorties du mercredi 15 avril 2015, je vous recommande un joli film mélancolique vu le soir même. Il s'agit d'Une belle fin, un film anglais dirigé par un réalisateur (et producteur) d'origine italienne, Uberto Pasolini (né à Rome en 1957, il est un neveu de Luchino Visconti). John May, la quarantaine terne, gère les obsèques des défunts sans famille. Il met beaucoup de coeur dans ce travail peu gratifiant. Il écrit même l'éloge funèbre en s'aidant de photos ou d'objets personnels trouvés chez les personnes décédées. Pour chaque personne défunte, il essaye toujours de trouver des héritiers éventuels qui pourraient assister à l'enterrement. Dans sa vie de tous les jours, John mène une vie rangée et sans surprise jusque dans ses repas: tous les soirs, il boit un thé noir et se nourrit d'une boîte de thon, d'un toast et d'une pomme qu'il pèle consciencieusement telle une orange. Sa vie va basculer quand il apprend son licenciement après 22 ans de bons et loyaux services. Avant de partir, il espère retrouver les héritiers de Billy Stoke, un ancien combattant des Malouines mort seul (c'est l'odeur de décomposition qui a alerté les voisins) dans l'appartement en face de chez lui. Pour une fois, son enquête va aboutir: il rencontre plusieurs proches de Billy. Par là même, John commence à changer: il troque son costume de croque-mort contre une tenue plus décontractée et il ose manger des viennoiseries, des glaces et boire du chocolat chaud. Il semble même avoir des projets d'avenir. Le film doit beaucoup à l'acteur principal Eddie Marsan qui un visage singulier dont on se souvient. Une belle fin est sorti dans plusieurs salles à Paris, j'espère que c'est aussi le cas en province, il vaut la peine d'être vu. La fin du film est émouvante et vraiment belle. C'est vraiment le genre de film que j'apprécie. Lire le billet de ffred.

1 février 2016

45 ans - Andrew Haigh

Sur les conseils de miriam, de ffred, de mymp et peut-être d'Aifelle, je suis allée voir 45 ans d'Andrew Haigh qui est sorti le 27 janvier 2016 et pour lequel Charlotte Rampling vient d'être nommée aux prochains Oscar dans la catégorie meilleure actrice. Le film qui dure 1H35 narre six jours de la vie de Kate et Geoff (ayant atteint les soixante-dix ans tous les deux) qui doivent célébrer en grande pompe leur 45 ans de mariage. Pendant ces six jours, la vie de Kate va s'écrouler quand elle apprend par une lettre venue de Suisse et adressée à Geoff l'existence de Katya, disparue accidentellement, 50 ans auparavant, dans les Alpes suisses (on vient de retrouver son corps). A la question que Kate pose à Geoff. Il confirme par un simple "oui" qu'il aurait épousée Katya si elle avait vécu. Kate considère qu'elle n'a été peut-être qu'un "second choix" pour son mari. Personnellement, j'ai un peu de mal à comprendre la réaction de Kate, sa rancoeur ou jalousie envers une morte décédée un demi-siècle plus tôt, à moins que cela ne soit parce que son mari ne lui a rien dit pendant toutes ces années. C'est comme si cette union s'était bâtie sur un mensonge. Comme m'a dit mon ami, il aurait fallu que Geoff parle de Katya à Kate dès leur première rencontre ou qu'il se taise à jamais. J'ai été frappée par la lumière du film: les intérieurs et les paysages sont gris bleutés. Cela dégage une grande tristesse avec un côté angoissant. Ce film repose sur les deux acteurs principaux, Tom Courtenay, et surtout Charlotte Rampling, très crédible comme enseignante à la retraite qui mène une vie calme entre son chien et son mari. Dans la dernière séquence, celui du bal, avec sa robe très simple, ses yeux expriment sa rage et sa peine.

5 novembre 2014

The November Man - Roger Donaldson

Je suis allée voir The November Man (L'homme de novembre) sorti le 29 octobre 2014 car j'aime ce genre de film d'action qui lorgne du côté de James Bond. Je n'ai pas été déçue (mon ami non plus), d'autant plus que le personnage principal est incarné par Pierce Brosnan (pas mal du tout) qui interpréta au moins quatre fois l'agent 007. J'apprécie aussi le réalisateur, que la jeune génération ne connaît pas forcément: Roger Donaldson a réalisé entre autres un excellent thriller que je vous recommande, Sens Unique (No Way out, 1987), avec Kevin Costner et Gene Hackman. Pour en revenir à The November Man, Devereaux (Pierce Brosnan), ex-agent de la CIA à la retraite, reprend du service. La femme qu'il aimait, une Russe nommée Natalia, est assassinée. Elle avait réussi à s'emparer de photos compromettantes qui pourraient nuire à un futur haut dirigeant russe. On trouve tous les ingrédients d'un film haletant sans temps mort. Il n'y a pas de ralenti, d'effets spéciaux, mais quelques scènes spectaculaires. C'est du brut(al). les morts sont nombreux et Devereaux montre ses talents tout azimuth. L'action se passe essentiellement à Belgrade. Jusqu'au bout, on se demande qui est le "méchant" de l'histoire qui n'est pas celui que l'on croit. Olga Kurylenko (ex-James Bond Girl dans Quantum of Solace) se défend bien, en particulier face à Alexa, une tueuse redoutable. Un bon film de genre. Lire le billet de Wilyrah qui a plutôt aimé.

25 août 2015

Mission: Impossible, Rogue Nation - Christopher McQuarrie

Ayant apprécié en son temps la série télé Mission Impossible multidiffusée sur le petit écran et qui date des années 60-70, je me souviens que je me réjouissais d'avance de voir, en 1996, une transposition cinéma de la série. A l'époque, ma déception fut à la hauteur de mon attente. C'est pourquoi j'ai "zappé" les films suivants de cette série. Jusqu'à cet été où, après avoir lu et entendu de bonnes critiques sur ce cinquième opus, je suis allée voir Mission: Impossible, Rogue Nation. Et j'ai été très agréablement surprise par ce film qui bénéficie d'un scénario solide (malgré pas mal d'invraisemblances), des personnages ayant de l'épaisseur dont Ilsa Faust (Rebecca Ferguson). Quand le film commence, l'équipe de Mission Impossible est sur le point d'être dissoute mais c'est compter sans Ethan Hunt (Tom Cruise) qui est capturé par un groupuscule criminel appelé "Le syndicat" qui agit à l'échelle international. Le film est ponctué de séquences notables comme une plongée en apnée dans un centre de données implanté sous l'eau. Le rythme du film est trépidant sans temps mort. On peut noter des références à des films comme ceux d'Alfred Hitchcock et j'ai apprécié le fait que le personnage féminin est essentiel à l'histoire. Tom Cruise qui est le producteur du film n'écrase pas ses partenaires. Le film est un succès en salle, c'est mérité.
Lire les billets d'Alex-6, Géraldine, Princécranoir, Wilyrah, Wolvy128 qui ont aimé le film autant que moi.

30 décembre 2013

Top cinéma 2013

Vous l'attendiez (presque) tous, mon top cinéma 2013. J'ai vu 109 films en 2013. Rétrospectivement, je suis plutôt satisfaite de cette année cinématographique qui m'a fait passer de très bons moments dans les salles obscures.

Voici 20 films (dont deux reprises) que je vous recommande si vous pouvez les voir un jour (je les ai listés par ordre alphabétique).

L'Attentat
de Ziad Doueiri, d'après le roman de Yasmina Khadra. J'ai préféré le film.

Blancanieves
de Pablo Berger: un film muet en noir et blanc et avec pas mal de musique: j'ai adoré cette réinterprétation du conte de Blanche-Neige.

Blue Jasmine de Woody Allen, pour Cate Blanchett qui fait une performance mémorable.

Django Unchained
de Quentin Taratino, pour Leonardo Di Caprio et Christoph Waltz (Oscar 2013 du meilleur acteur dans un second rôle, amplement mérité).

Fedora de Billy Wilder, cette reprise a été enthousiasmante en ce qui me concerne, avec le plaisir de revoir Marthe Keller et William Holden. Un genre de film comme on n'en fait plus.

Foxfire, Confessions d'un gang de filles de Laurent Cantet : Ce film très intéressant avec des jeunes actrices canadiennes pas connues toutes remarquables est sorti en tout début d'année. Je n'ai pas voulu l'oublier.

Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta: passionnant et bouleversant. On n'oublie pas de sitôt le visage du vrai Eichmann assez neutre et banal.

Heimat, l'exode d'Edgar Reitz, j'ai choisi la deuxième partie du diptyque qui m'a plus intéressée que la première partie.

Highjacking de Tobias Lindholm: une confrontation et des négociations haletantes entre des responsables d'une entreprise danoise et quelques pirates somaliens, et des otages au milieu...

Inside Llewyn Davis
de Joël et Ethan Coen pour la musique, les chansons, le chat roux et New-York l'hiver.

La grande Bellezza de Paolo Sorrentino: que la ville de Rome est belle dans l'oeil du réalisateur, et Toni Servillo est génial. Le film est un des grands oubliés du festival de Cannes de 2013.

La Vénus à la fourrure de Roman Polanski, pour Emmanuelle Seigner, épatante. Et ce film prouve une fois de plus le grand talent de réalisateur de Roman Polanski.

Le mur invisible de Julian Roman Pölsler: film très prenant, et je vous recommande aussi le roman dont il est adapté.

Prisoners
de Denys Villeneuve, un excellent film à l'atmosphère pesante et menaçante.

Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier: très drôle, enlevé, et j'ai retenu que les portes du ministère n'avaient pas été blessées: c'est l'essentiel.

Shokuzai (1ère partie - Celles qui voulaient se souvenir) de Kiyoshi Kurosawa : je dirais même plus, le chapitre 1 de cette première partie qui m'a beaucoup marquée.

Snowpiercer - Le transperceneige de Bong Joon Ho: pour l'histoire, pour le côté visuel et pour Tilda Swinton, sidérante.

The Lunchbox de Ritesh Batra: joli film mélancolique.

Tuez Charley Varrick de Don Siegel, un très bon film policier avec un Walter Matthau en grande forme: assez jubilatoire. Je ne l'avais jamais vu.

Wadjda de Haifa Al Mansour: un film qui a bénéficié d'un joli succès très mérité. On espère que Wadjda va pouvoir faire du vélo pendant longtemps.

Vous noterez que je n'ai mentionné ni La vie d'Adèle (1) d'Abdelatif Kechiche ni 9 mois ferme (2) d'Albert Dupontel, ni enfin A Touch of Sin (je ne l'ai pas chroniqué car il ne m'a vraiment pas plu), tant pis pour moi. Et je n'ai encore vu ni Le Loup de Wall Street (3) de Martin Scorsese ni Tel père, tel fils (4) de Hirokazu Kore-eda.

(1) Chroniqué le 30 octobre 2013.
(2) Chroniqué le 24 octobre 2013.
(3) Chroniqué le 21 janvier 2014.
(4) Chroniqué le 4 janvier 2014.

17 avril 2014

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? - Philippe de Chauveron

C'est la bande-annonce hilarante qui m'a donné envie de voir ce film. Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? (sorti hier, 16 avril 2014) ne m'a pas déçue. Avec mon ami avec qui je l'ai vu en avant-première, nous avons en effet beaucoup ri. Dans les cinq premières minutes du film, nous assistons à trois mariages successifs à quelques mois d'intervalle, cérémonies au cours desquelles on remarque deux personnes qui ne sourient pas du tout pour la photo. Claude et Marie Verneuil marient leurs filles, la première avec un Asiatique (bouddhiste?), la deuxième avec un Musulman et la troisième avec un Juif. Comme dirait l'un des trois gendres, pour Claude et Marie, c'est Fukushima. Claude Verneuil (Christian Clavier qui n'en fait pas des tonnes) est notaire, gaulliste, va à la messe. Il vit dans une très belle demeure à la campagne dans la région de Chinon aux côtés de sa femme Marie (Chantal Lauby, très bien). Parents de quatre filles, ils voudraient bien que Ségolène, leur petite dernière, épouse un catholique. Qu'à cela ne tienne, elle leur annonce qu'elle se marie avec un catholique (il s'agit d'un Noir originaire de Côte d'Ivoire). Le film est une suite de situations parfois convenues mais la plupart du temps très très drôles. La salle riait aux éclats. C'est un film qui montre la France multi-ethnique où un Juif peut commercialiser du "bio halal". J'ai retenu la séquence de la messe de minuit et celle où Marie pour ne froisser personne a cuisiné trois dindes: une halal, une casher et une laquée. Je pense que le film va rencontrer un certain succès. Je pense aussi que vous pouvez y aller pour vous divertir.

30 octobre 2013

La vie d'Adèle (chapitres 1 & 2) - Abdellatif Kechiche

Ca y est, je viens de passer 3 heures en compagnie d'Adèle. La vie d'Adèle narre donc la rencontre d'Adèle, bonne élève en 1ère L dans un lycée à Lille, avec Emma, étudiante en 4ème année aux Beaux-Arts. On assiste à leurs ébats passionnés (certainement sur plusieurs années) avant leur séparation brutale. Le coeur du film est en effet la relation très charnelle que partagent Adèle et Emma. Elles se donnent du plaisir mutuellement mais sont mal assorties sur tout le reste. Je n'ai pas ressenti le fait qu'elles s'aimaient vraiment d'amour pendant leur liaison, plus particulièrement Emma, qui est un personnage en retrait dans cette histoire. Je me suis posée la question pendant tout le film de savoir ce qu'Adèle avait pu trouver à Emma. En plus, cette dernière se révèle assez méchante quand elle rejette Adèle, j'ai été choquée par les mots qu'elle emploie. Quant au film lui-même, il aurait gagné à durer 1/2 heure de moins. Les scènes de s*xe sont assez explicites (mais pas beaucoup plus que dans Shame) et vaguement répétitives. Personnellement, je préfère imaginer les choses plutôt que les voir à l'écran. En revanche, tous mes éloges vont vers Adèle Exarchopoulos qui joue Adèle. Elle est extraordinaire. Présente à l'écran de la première à la dernière image (le réalisateur ne la lâche pas un instant), elle supplante haut la main Léa Seydoux (Emma) qui ne m'a pas paru très expressive. Quand l'histoire se termine, Adèle aura réalisé son rêve de devenir institutrice. J'ai d'ailleurs trouvé toutes les séquences qui se passent avec les jeunes élèves très réussies. Quant à moi, j'ai été contente de voir ce film qui comporte des moments superbes, mais je ne suis pas sûre de le revoir contrairement à Chris (il est très admiratif du film). Lire d'autres billets tout aussi enthousiastes, d'Alain, Wilyrah, et Ffred, et un peu plus mesurés, d'Alex, Alain et de Mymp. Et celui très intéressant de Mathilde (je suis en accord avec ce qu'elle écrit).

5 juin 2010

Imogène Mc Carthery - Alexandre Charlot et Franck Magnier

Imogène Mc Carthery dégage un charme désuet en racontant une histoire farfelue. C'est le genre de film qui ne casse pas trois pattes à un canard mais que je trouve distrayant. Du fait que Catherine Frot interprète le rôle principal, cela m'a évidemment fait penser aux deux films de Pascal Thomas, adaptations de romans d'Agatha Christie. Imogène Mc Carthery, le film, est inspiré de Ne vous fâchez pas, Imogène de Charles Exbrayat qui a écrit 7 romans avec Imogène comme héroïne. Comme son nom l'indique, Imogène descend d'une vieille famille écossaise, les Mc Leod. Elle aime, l'Ecosse, le whisky, et joue de la cornemuse. Elle se sent exilée à Londres où elle travaille à l'Amirauté comme secrétaire. Elle fait tourner son chef en bourrique. S'attendant à être congédiée par le grand patron, Sir Woolich (irrésistible Michel Aumont avec son bilboquet), elle est très surprise de se voir confier une mission d'importance... J'aime ce genre de film qui permet de voir des acteurs que j'apprécie beaucoup: en plus des deux acteurs cités, quel plaisir de voir Michel Duchaussoy ainsi que Danielle Lebrun dans le rôle de Miss Elroy, gouvernante d'Imogène. Seul Lambert Wilson n'est pas tout à fait aussi convaincant. Ce film a permis la réédition de romans d'Exbrayat avec Imogène en poche; mon ami en a déjà lu trois (mais il préfère des éditions du Masque, d'occasion).

23 novembre 2010

Tag des quinze écrivains

Comme annoncé dans le questionnaire précédent du 19/11/2010, voici le 2ème tag que m'a transmis Lystig: "citer quinze auteurs en 15 minutes". Je reviens toujours aux mêmes.

Nicolas Gogol pour les Ames mortes. Un chef-d'oeuvre.

Thomas Mann pour La montagne magique et Docteur Faustus ainsi que pour avoir été le géniteur d'un écrivain de talent comme Klaus Mann.

Knut Hamsun pour La Faim.

Yukio Mishima pour Mme de Sade.

Arthur Schnitzler pour Mlle Else et La Ronde.

Thierry Jonquet pour l'ensemble de son oeuvre (découverte récemment).

Daniel Pennac pour les Malaussène.

Honoré de Balzac pour Le Père Goriot.

Guy de Maupassant pour tous ses romans et toutes ses nouvelles.

Agatha Christie dont j'ai lu tous les romans avec Poirot, Marple et les autres à l'âge de 15 ans.

Kénizé Mourad pour De la part de la princesse morte (très beau roman duquel je rêve de voir un film tiré).

Nikos Kazantsakis pour La dernière tentation du Christ.

Philip Roth pour sa narration.

Paul Auster pour son univers.

Henri Troyat pour ses sagas.

Et, non, moi je ne tague décidément pas d'autres blogueurs/euses...

17 novembre 2010

Potiche - François Ozon (d'après la pièce de Barillet et Grédy)

Sorti le 10 novembre, Potiche de François Ozon est l'adaptation d'une pièce de théâtre à succès de Barillet et Grédy créée par Jacqueline Maillan dans les années 80 (les deux auteurs semblent toujours vivants). Dans le film, on peut voir dans la première séquence, Catherine Deneuve courir dans les bois en bigoudis et en tenue de jogging et écrire des petits poèmes. Elle joue le rôle de Suzanne Pujol née Michonneau mariée depuis 30 ans à Robert (Fabrice Luchini, peut-être le moins convaincant de tous), un rustre et un goujat qui la trompe allègrement depuis plusieurs années avec sa secrétaire Nadège (Karine Viard assez irrésistible) et quelques autres. Il considère sa femme comme une potiche qui doit tenir son rang. C'est pourtant Suzanne qui a apporté en dot l'usine de parapluies dont Robert s'occupe d'une poigne de fer. Suzanne et Robert ont deux enfants, Joëlle et Laurent. La première jouée par Judith Godrèche (qui a le rôle le plus antipathique du film) est très proche de son père, le deuxième, Jérémy Renier (clone de Claude François), a un tempérament artistique. Nous sommes en 1977 à Sainte-Gudule, la révolte gronde dans l'usine occupée où Robert est pris en otage par des syndicalistes. Les revendications sont légitimes. C'est Suzanne qui se montre à la hauteur pour négocier et faire libérer son mari. Elle a eu l'appui du député maire communiste de la ville, Babin (Gérard Depardieu), dont on apprend qu'il fut son amant 25 ans auparavant. L'histoire nous montre l'émancipation d'une femme qui est peut-être "une potiche mais pas une cruche" (dernière réplique du film dite par Robert Pujol sur sa femme). Le film donne l'occasion d'entendre quelques chansons de ces années-là par Michèle Torr et le groupe Il était une fois. Quelques répliques comme "Travailler plus pour gagner plus" (Pujol aux ouvriers) ont été ajoutées par rapport à la pièce originale ("casse-toi pauv' c..." a été ajusté). Et on a le plaisir d'écouter à la toute fin Catherine Deneuve chanter une chanson de Jean Ferrat: "C'est beau la vie". Pour résumer, allez voir Potiche (1H40 de bonheur). La salle où nous avons vu le film, mon ami et moi, était bourrée et les spectateurs semblaient enchantés.

Une fois rentrés à la maison, nous avons regardé le DVD de la pièce (2H15, dans la collection "Au théâtre ce soir"). Le film est fidèle à la pièce tout en l'ayant aérée et resserrée.

15 novembre 2010

Les dessous de table - Nicole Versailles

Grâce à Aifelle que je remercie, je me suis procurée directement en Belgique le recueil de 18 nouvelles écrites par Nicole Versailles (alias Coumarine pour la blogosphère). Ce sont 18 nouvelles à la belle écriture fluide, 18 nouvelles qui racontent des moments de vie de personnages jeunes ou vieux, autour de la table qui sert à manger et à écrire en général. Ces courtes nouvelles (moins de 10 pages chacune) se passent pendant les repas de famille ou en solitaire, à la cuisine, au restaurant ou dans un monastère. Des non-dits, des secrets ou des annonces sont révélés - ou pas. Les repas peuvent être des moments où l'on attend. J'ai beaucoup aimé trois nouvelles parmi Les dessous de table:

Une bonne soupe en sachet: un vieux monsieur prend son repas dans la cuisine. Il mange de la soupe en sachet. Sa femme est morte. On apprend pourquoi et comment.

Une seule rose: dans un appartement, une femme attend un homme. Elle prépare la table et mitonne comme tous les jours de bons petits plats. Pour une fois, il est en retard. Que se passe-t-il?

3, rue de l'Escadron: une femme et son mari Pierre n'ont plus de nouvelles de leur fille Céline qui est partie sur un coup de tête en traitant ses parents de tous les noms. Cette dernière a griffonné sur un ticket chiffonné son adresse où la joindre en cas d'absolue nécessité. Sa mère (qui est la narratrice) lui écrit régulièrement en se servant de la table de la cuisine sans obtenir de réponse. La fin est terrible.

Ce recueil que vous pouvez commander chez l'éditeur Memory Press vaut vraiment la peine. J'aime beaucoup le style et l'écriture. Merci Coumarine pour ce bon moment de lecture.

11 novembre 2010

Exposition "Habiter à Paris" au Pavillon de l'Arsenal

Je voulais évoquer, avant qu'il ne soit trop tard, une exposition visitée il y a déjà quelque temps avec mon ami. J'en ai profité pour découvrir le Pavillon de l'Arsenal, qui sert pour les expositions de la ville concernant l'architecture à Paris (article sur Wikipedia pour en savoir plus). L'entrée est libre et gratuite. Une partie est permanente (avec notamment des vidéos sur les politiques et efforts d'aménagement de Paris à travers les décennies), l'autre dédiée à des expositions temporaires.

L'exposition "Habiter 09.08/09.09", qui se tient du 14 octobre au 15 novembre 2010 au Pavillon de l'Arsenal, présente 29 récents résultats de concours d'architecture publics et privés pour la construction de logements à Paris. Projets retenus et non-retenus (en général, au moins 4 projets différents) sont exposés de manière identique: une maquette et un panneau (suspendu par un ingénieux système d'accrochage) comportant images de synthèse, plans et coupes. Apparemment (je suis profane!), les cabinets d'architecte qui concourent doivent souvent utiliser les mêmes outils pour la réalisation des maquettes. Dans certains cas, les projets sont très similaires les uns aux autres (en raison des contraintes de l'appel à projet: forme de la parcelle...); dans d'autres, on distingue de réelles traces d'originalité. Je dois dire que les lauréats ne sont pas forcément ceux que j'aurais choisis. Au demeurant, le lieu lui-même est un beau morceau d'architecture (un pavillon métallique). D'après les mots échangés devant les projets, on sentait que beaucoup de visiteurs venaient à titre professionnel: des étudiants en architecture, ou des architectes... Il y avait aussi des parents avec des enfants qu'ils avaient bien du mal à empêcher de toucher aux maquettes. Mon ami a été sensible à une grande maquette en bois de plusieurs mètres carrés datant de 1960, qui représente Paris centre à cette époque, qu'il a jugée le clou de l'exposition. Je reprend ce qu'il me disait: restera-t-il autant, dans un demi-siècle, des petites maquettes-projets en carton, en balsa ou en plastique?

15 octobre 2010

Elle s'appelait Sarah - Gilles Paquet-Brenner

J'ai vu ce très beau film mardi 12 octobre, la veille de sa sortie, en avant-première. A l'issue de la projection, le réalisateur, la romancière et la jeune fille qui interprète Sarah jeune ont répondu à des questions. Je n'ai rien à en dire de spécial, si ce n'est que beaucoup de spectateurs avaient lu le roman.

Le film est une adaptation du roman qui porte le même titre, Elle s'appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay. Je ne l'ai pas lu mais j'en ai entendu et lu du bien (et parfois du moins bien) autour de moi et sur les blogs. Sarah vit avec son petit frère Michel et ses parents, juifs polonais, dans un appartement dans le quartier du Marais à Paris Nous sommes le 16 juillet 1942. Sarah et ses parents sont arrêtés. Michel, caché dans un placard fermé à clé (grâce à la présence d'esprit de Sarah), échappe à la rafle qui mènera les parents directement à la chambre à gaz à Auschwitz. En 2009, Julia Armond, une journaliste américaine installée en France depuis plus de 20 ans, fait une enquête sur la rafle du Vel d'hiv. Par un concours de circonstances liées à sa belle-famille, elle découvre l'existence de Sarah et cherche à savoir ce qu'elle est devenue elle ainsi que son frère. Le film alterne les deux époques habilement. L'histoire, très émouvante, ne sombre pas dans le larmoyant et les effets faciles. Les acteurs y sont pour beaucoup, Kristin Scott Thomas en tête. La jeune Mélusine Mayance qui joue Sarah est une révélation. C'est une film de facture classique et modeste. Je ne comparerai pas ce film avec celui de Roselyne Bosch La rafle (que je n'ai pas vu). J'espère que le public sera au rendez-vous car le film évoque une page très sombre de notre histoire où la police française n'a pas eu le beau rôle. Seul un gendarme montre de la compassion pour Sarah et une camarade (je vous laisse découvrir ce qu'il fait).
Pendant le débat, Tatiana de Rosnay nous a dit qu'elle n'avait jamais entendu parler du camp de Beaune-La Rolande dans le Loiret (jusqu'à ce qu'elle fasse des recherches pour son roman). J'ai été assez étonnée car ce camp d'internement est presque aussi tristement célèbre que celui de Drancy et de Pithiviers. C'est là qu'ont été emmenés les Juifs pris dans la rafle du Vel d'Hiv avant leur transfert pour Auschwitz en 1942.

19 novembre 2009

L'annonce - Marie-Hélène Lafon (+ bilan de mes lectures de la rentrée littéraire 2009)

L'annonce de Marie-Hélène Lafon, paru aux éditions Buchet Chastel, m'a attiré l'oeil de par son titre. Il s'agit en effet d'une annonce parue dans un journal, qui permet à Paul, âgé de 46 ans, agriculteur dans le Cantal (à Fridières), de trouver une compagne, Annette, 37 ans, dont la caractéristique est d'être bien "bustée" (terme que l'on ne trouve pas dans le Robert), mais il n'y a aucune grivoiserie dans le propos. Annette, qui a un fils de 11 ans, Eric, vient de Bailleul dans le Nord de la France. Ce roman de moins de 200 pages m'a beaucoup plu et je l'ai lu en moins de 48 heures. Il faut savoir entrer dans cette histoire écrite dans un style dense, du fait de l'absence de virgules et d'une ponctuation décalée dans certaines phrases. Cela donne une tonalité particulière à l'ensemble. Paul, célibataire endurci, vit avec sa soeur, Nicole, et deux oncles octogénaires qui les ont élevés. Ils vivent au milieu des vaches, des lapins et des cochons. Annette, qui a vécu des moments difficiles avec le père d'Eric, est prête pour une nouvelle vie. M.-H. Lafon ne nous dit rien de particulier sur les relations des deux personnages mais quand le roman se termine, deux ans auront passé. Elle s'attache à la vie quotidienne, au présent et au passé. Voici deux extraits du roman: au tout début, "La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l'assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s'insinuait, noyait d'encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait."; deuxième extrait: "La demoiselle [une future infirmière] s'établirait en libéral à Fridières et sillonnerait sans faiblir les routes de ce canton où des vieillards de plus en plus nombreux et accablés d'abandon ne manqueraient pas de faire appel en foule à ses diligents services". C'est le premier roman que je lis de cette auteure et ce fut une bonne surprise.

Avec L'annonce, je viens de me rendre compte que j'avais déjà lu sept romans de la rentrée littéraire, et j'ai donc accompli le "challenge" du 1% littéraire 2009 lancé par Lavroueg. J'avoue que je suis très contente de moi.

Pour mémoire, voici les autres:

La patience de Mauricette de Lucien Suel (voir mon billet du 01/08/09) - roman lu en avant-première
Le guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre de Brock Clarke (voir mon billet du 11/09/09)
Netherland de Joseph O'Neill (voir mon billet du 05/10/09)
Cadence de Stéphane Velut (voir mon billet du 17/10/09)
La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint (voir mon billet du 05/11/09)
M
issak de Didier Daenincks (voir mon billet du 13/11/09)

En revanche, j'ai seulement commencé Des hommes de Laurent Mauvillier: j'ai abandonné, je n'ai pas été au-delà de la page 70. Je n'y arrive pas. Je "n'accroche" pas.

Concernant les romans qui ont reçu les principaux prix littéraires en 2009, ils ne m'ont pas tentée.

Cependant, je possède encore en pile à lire Jan Karski de Yannick Haenel (Prix du roman Fnac et Interallié 2009), que je ne manquerai pas de chroniquer prochainement. [chroniqué le 09/12/09].

11 septembre 2010

Des hommes et des dieux - Xavier Beauvois

Avant de reparler littérature, je voulais faire un billet sur un film sorti de cette semaine et qui été un événement au dernier festival de Cannes où il a reçu le Grand Prix, le prix du jury oecuménique et le prix de l'éducation nationale. Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois n'est pas du tout un film austère ni ennuyeux, bien au contraire. J'étais émue en sortant de la salle. L'histoire se passe dans les années 1990 en Algérie, plus précisément dans un monastère des montagnes de l'Atlas. Là, vivent 8 moines (et à la fin, un 9ème se joint à eux), en harmonie avec les villageois musulmans du hameau voisin. Ils subsistent grâce à leur récolte du jardin, aux revenus de la vente du miel, et ils rendent service. Ils sont aimés et respectés. Frère Luc, par exemple, qui est médecin, soigne les femmes et les enfants. Pendant des séquences plus ou moins longues, Xavier Beauvois nous fait ressentir le quotidien de ces moines dont la vie est réglée en fonction de la prière, du chant, du recueillement, du silence, de la lecture et des repas pris en commun. Il y a relativement peu de dialogues si ce n'est quand les moines se réunissent pour évoquer le danger qui les menace, en la personne d'un groupe islamiste qui sème la terreur dans la région: des Européens sont massacrés. Faut-il partir ou rester? Certains ont des doutes. Ils ne veulent pas être des victimes expiatoires. C'est un très beau film avec des acteurs habités (plus ou moins connus comme Michael Lonsdale, Lambert Wilson, Philippe Laudenbach, Olivier Rabourdin, Olivier Perrier). Je ne sais pas s'il faut être croyant ou non pour aimer ce film. Il ne délivre aucun message. Je pense qu'il peut parler à beaucoup de gens car il s'agit de l'histoire d'hommes simples vivant dans l'amour de Dieu, pris dans la tourmente d'une situation politique et religieuse compliquée. Avant l'enlèvement de sept d'entre eux et leur fin que l'on sait tragique, des notes d'humour émaillent l'histoire comme celle où, un jour, Frère Luc (Michael Lonsdale), n'ayant pas compris un prêche du "prieur" Frère Christian (Lambert Wilson), se fait rabrouer par Frère Christophe (Olivier Rabourdin) qui lui dit "Va te faire f....". La réplique est assez étonnante. Je conseille vivement Des hommes et des dieux qui devrait être en tête des nominations aux prochains Césars. Après Selon Matthieu et Le petit lieutenant, Xavier Beauvois est vraiment un réalisateur passionnant.

9 septembre 2010

Le bruit des glaçons - Bertrand Blier

Ca y est, je me suis décidée mardi 7 septembre, jour de grève, à aller voir deux films en soirée. On n'était vraiment pas nombreux dans les salles: des Parisiens égarés qui ne voulaient pas rentrer chez eux. Je vous passerai le premier, Krach, totalement oubliable, en me focalisant sur Le bruit des glaçons (sorti la semaine dernière) de Bertrand Blier dont les dernières oeuvres (en particulier le catastrophique Les acteurs sorti en 2000) m'avaient fait éprouver un sentiment de rejet vis-à-vis de ce réalisateur. Après avoir lu la très très bonne critique de ffred et a contrario, la détestation d'Ed envers ce film, j'ai voulu me rendre compte par moi-même. Je dirais que je suis un peu moins enthousiaste que ffred, mais quand même, Le bruit des glaçons m'a bien réconciliée avec Bertrand Blier. Son film a été "vendu" comme la rencontre de Charles et son cancer. J'ajouterais que c'est aussi la rencontre de Louisa et de son cancer à elle. Pour une fois, je ne qualifierais pas Bertrand Blier de misogyne car il donne deux beaux rôles à des femmes: Anne Alvaro et Myriam Boyer. Cette dernière, fagotée comme l'as de pique, est assez irrésistible en cancer de Louisa (Anne Alvaro). Jean Dujardin m'a agréablement surprise, à la différence d'Albert Dupontel qui commence à s'auto-parodier, il faut qu'il se méfie. On le croirait directement sorti de son dernier film, Le Vilain, qu'il a réalisé: il en fait des tonnes. Pour résumer l'histoire: un matin, un homme frappe chez Charles, il se présente comme son cancer. Depuis que sa femme l'a quitté, Charles n'arrête pas de boire de l'alcool, surtout du vin qu'il maintient au frais avec des glaçons. Une cohabitation se fait entre Charles et son cancer. Louisa est une sorte de gouvernante de la demeure. A elle aussi, son cancer se manifeste. J'ai trouvé que la maison en pleine campagne qui sert de décor (on entend les cigales) donne envie de s'y installer, avec une pièce entièrement tapissée de livres (mon rêve). La fin de l'histoire semble heureuse mais ce n'est peut-être qu'une rémission pour les deux protagonistes. Toujours est-il que j'ai passé un bon moment, contrairement à deux spectatrices qui sont parties très bruyamment avant la fin.

7 septembre 2010

Suite(s) impériale(s) - Bret Easton Ellis

Après quelques hésitations, je me suis laissée tenter par la lecture de quelques romans de la rentrée littéraire.

Je commence par Suite(s) Impériale(s), le roman de Bret Easton Ellis, qui écrit relativement peu. Son précédent roman Lunar Park date de 2005. Dans Suite(s) impériale(s) (paru aux Editions Robert Laffont), Bret Easton Ellis nous fait retrouver certains personnages de Moins que zéro, 25 ans après. Clay, le narrateur qui est écrivain/scénariste, financièrement aisé, vit en alternance entre New York et Los Angeles. En l'occurrence, une grande partie de l'histoire se passe à Los Angeles, dans l'appartement 1508 d'une résidence. Je dirai tout de suite que le roman se lit assez vite: le texte de 217 pages est découpé en paragraphes plus ou moins longs avec une grosse police de caractère. En revanche, je trouve difficile de parler de l'histoire qui est ramassée mais superficielle avec des personnages assez creux, tout comme l'existence qu'ils mènent dans leur monde de faux-semblant, de violence (meurtres et "snuff movies") où la jalousie est le sentiment dominant (plusieurs personnages dont Clay se disputent la même fille, Rain Turner, actrice en herbe et prostituée à l'occasion). La drogue et l'alcool rythment aussi leur vie et le sexe n'est pas en reste. Ils roulent en BMW. J'ai noté l'importance des SMS que les personnages s'envoient continuellement. Clay évolue dans un monde qui ne m'attire pas du tout. Cet être désabusé n'est pas vraiment plus sympathique que les personnages qu'il cotoie. La dernière phrase est terrible: "... je n'ai jamais aimé personne et j'ai peur des gens." J'ai cru jusqu'au bout que ce texte était un scénario qu'il écrivait, "une histoire dans l'histoire". Il semble que je me sois trompée. A vous de juger.

13 juin 2010

L'ombre des montagnes - Marie Frering

Dans le cadre de l'opération "Masse critique", j'avais choisi L'ombre des montagnes (Quidam Editeur) d'une femme écrivain, Marie Frering, née à Strasbourg en 1960 et qui a vécu entre 1994 et 1997 à Sarajevo en pleine guerre des Balkans (selon le communiqué de presse). L'ombre des montagnes son deuxième roman. Quidam Editeur est une jeune maison d'édition spécialisée dans les textes contemporains.

Que dire sinon que le texte est beau mais pas forcément facile au premier abord. Je viens d'ailleurs de relire pour la 3ème fois (à voix haute avec un ton neutre) les 100 pages pour bien m'en imprégner. Il est difficile de parler de ce texte (que je ne qualifie pas de roman), qui est plutôt une suite de courts instants ou descriptions de Sarajevo et de ses habitants pendant la guerre, où il fallait vivre ou survivre malgré les privations, le dénuement, le manque de tout et la peur en permanence d'être mis en joue par les snipers planqués dans les montagnes entourant la ville. Il n'y a pas une histoire mais des histoires. Les gens essaient d'avoir une vie normale. Etant des européens consciencieux, ils mettent leur montre à l'heure d'été (ou d'hiver): "Merveille d'agir sur un mécanisme lorsque la vie est devenue survie mécanique" (p. 23). Tout le texte est au temps présent, car comme il est indiqué dans la note d'intention sur ce livre: "Pendant la guerre, c'est un présent qui dure, amputé d'avenir et éloigné de son passé". J'ai fait une recherche sur Wikipedia à propos de "quérulents" (mot que je ne connaissais pas du tout) et que Marie Frering emploie plusieurs fois pour désigner ceux que l'on ne voit pas, les snipers ou d'autres.

"Quérulent se dit d’un individu qui consacre la plus grande partie de son activité à essayer d’obtenir réparation des préjudices qu’il prétend avoir subis. (...) Ces individus, souvent extravagants et irrationnels, par leur insistance, sombrent rapidement dans un harcèlement qui peut atteindre les accusations criminelles".

A nouveau, je remercie Guillaume Teisseire et Babelio qui permettent de faire découvrir des auteurs pas très connus du grand public. Je peux à présent faire de L'Ombre des montagnes un livre voyageur pour les personnes intéressées.

25 mai 2010

Robin Hood - Ridley Scott

Avant d'assister à la projection, je ne savais pas ce que j'allais voir: je pensais que le film était une énième version de l'histoire que tout le monde connaît par les long-métrages déjà réalisés. Et bien pas du tout, Robin Hood de Ridley Scott se termine "là où la légende commence". C'est un film sombre où il y a peu de scènes de combats rapprochés héroïques, mais plutôt des combats de groupes réalistes. La séquence du débarquement des troupes françaises sur le sol anglais rappelle étrangement celle des Américains en 1944 sur les côtes françaises. Même les bateaux ont un air de ressemblance. Robin Longstride (qui prend le nom de Loxley - joué par un Russell Crowe assez monolithique) est un bon archer, on ne découvre son habileté extraordinaire qu'à la toute fin. Marian Loxley (la divine Cate Blanchett) est une femme de tête qui travaille comme un homme: telle Pénélope, elle attend son mari parti depuis 10 ans à la guerre. Le roi Richard Coeur de Lion meurt devant Châlus dès le début du film. Le shérif de Nottingham semble falot alors que le roi Jean est vraiment fourbe et intelligent. Mélangeant de manière assez hasardeuse la chronologie du règne de Jean Sans Terre, le film fait une allusion à la Grande Charte de juin 1215 que les barons ont arrachée au roi pour affirmer le droit à la liberté individuelle (charte que bien sûr le roi dénoncera très vite). Les Français entraînés par un félon au trône d'Angleterre, Godfrey (dans la réalité, également prénom d'un frère de Jean et de Richard, mais mort avant ce dernier), sortent bien malmenés. C'est un film sur un homme qui prend l'identité d'un autre (et par la même occasion, sa femme), un peu comme Martin Guerre (qui n'aspirait, lui qu'à la paix). Mais l'ensemble manque d'émotion, c'est l'action qui prime. Quant au cheval blanc dessiné à flanc de colline qui apparaît dans un plan, mon ami a fait une recherche sur wikipédia. On a peut-être une réponse même si le cheval est plus stylisé. C'est à vous de voir.

Ceci est le dernier billet de mai pour cause de pause vacancière jusqu'au 3 juin inclus. Dès le 5, je suis de retour. Je vous dis à bientôt.

9 mai 2010

La comtesse - Julie Delpy

Ce film est une évocation de la vie de la comtesse Elisabeth Bathory (1560-1614), dame de la noblesse hongroise qui vécut donc de la fin du 16ème au début du 17ème siècle. J'ai trouvé la démarche de la réalisatrice Julie Delpy plutôt réussie même si le film est trop concentré sur le personnage de la comtesse et pas assez sur les autres. Le jeune amant de la comtesse (de 19 ans plus jeune qu'elle), Istvan Thurzo, et son père, ainsi que l'âme damnée d'Elisabeth, Dominic Visakna, et la servante amoureuse de sa maîtresse, Anna Darvulia, manquent malheureusement de substance. En revanche, l'ensemble est de bonne tenue avec un décor gothique et une atmosphère pesante. Le propos montre qu'à toutes les époques, il n'est pas bon d'être une femme ET puissante grâce à l'argent. Veuve de bonne heure, la comtesse (mère de 3 enfants) a géré seule la fortune de son mari. Même le roi de Pologne était son débiteur. Toutes cette partie n'est que survolée car Julie Delpy s'est concentrée sur les forfaits commis par la comtesse depuis son enfance. Par exemple, il y a une scène terrible d'un oiseau qu'Elisabeth (âgée d'une dizaine d'années) enterre vivant dans un pot. Elle se rend compte que les êtres vivants sont mortels. Les années passant, elle ne supporte pas de vieillir. Par un coup du hasard, elle découvre que le sang de jeunes vierges lui fait du bien à la peau (surtout de son visage). A partir de ce moment-là, des dizaines de jeunes filles de la région pas loin des Carpathes subissent les pires sévices que l'on voit ou que l'on devine (je dirais aux âmes sensibles de s'abstenir). Du fait de son rang, elle n'a pas été inquiétée pendant plusieurs années jusqu'à ce que l'on ait considéré qu'elle devenait gênante. Ce n'est pas une fresque historique mais le portrait d'une femme qui a assouvi ses bas instincts en toute impunité. Julie Delpy lui donne quand même un peu d'humanité vers la fin quand elle est condamnée à être emmurée. Les crimes (l'estimation est de 300) de la comtesse m'ont fait penser à ceux de Gilles de Rais, perpétrés 180 ans plus tôt même si les raisons n'étaient pas les mêmes.

1 mai 2010

Blog en relâche...

... pour cause de Fête du travail (car c'est du boulot de tenir un blog!).

Rendez-vous le 3 mai pour un nouveau billet.

En revanche, vous pouvez toujours commenter les billets de mon blog et surtout ceux qui n'ont jamais reçu de com' de votre part.

Merci à vous tous, les blogueuses et les blogueurs, pour votre gentillesse et votre constance dans les commentaires. Cela me fait rudement plaisir.

11 avril 2009

La Cerisaie (Anton Tchekhov) - Mise en scène Alain Françon

Ultime pièce de Tchekhov datant de 1904 (année de la mort du dramaturge), La Cerisaie, très souvent représentée, se donne jusqu'au 10 mai 2009, au théâtre de la Colline, dans le 20ème arrondissement près du métro Gambetta. Ce spectacle fait salle comble tous les soirs et c'est mérité. Je crois savoir que c'est la dernière année où Alain Françon exerce son mandat d'administrateur de ce théâtre. Pendant plusieurs années, il aura donné l'occasion à des milliers de spectateurs de voir des spectacles de grande qualité. Pour en revenir à la Cerisaie, quand la pièce commence, tout est déjà presque terminé pour Ranievskaïa Lioubov Andreevna, propriétaire terrienne en ce début de 20ème siècle. De grands bouleversements sociaux-poliitiques ont eu lieu. De nouvelles classes sociales apparaissent. Ranievskaïa arrive juste de Paris après quelques années d'une vie insouciante et de dépenses inconsidérées avec son amant. Elle et son frère Gaev sont couverts de dettes. Ils ont été trop prodigues. Le seul bien qui leur reste est La Cerisaie, une belle demeure familiale entourée d'arbres fruitiers. Lopakhine, fils d'un ancien moujk et maintenant homme riche annonce que la propriété doit être mise aux enchères dans le mois qui vient. Par la même occasion, il leur annonce qu'il veut acheter La Cerisaie tout en leur proposant un marché avantageux que, bien sûr, ils refusent. Cette pièce donne l'occasion de voir, sur un immense plateau avec un décor assez sobre, quelques comédiens talentueux comme Dominique Valadié, Didier Sandre, Jérôme Kircher (excellent en Lopakhine) et Jean-Paul Roussillon qui joue Firs, le vieux serviteur qui reste dans la demeure jusqu'au bout. C'est lui qui dit la dernière réplique, "ils m'ont oublié" en essayant d'ouvrir désespérément la porte d'entrée fermée à clé. Roussillon est magnifique et émouvant. Et pourtant, Tchekhov considérait que c'était, dans son esprit, une pièce drôle (il disait ne rédiger que des pièces de ce genre)? Je me rappelle avoir déjà vu cette pièce il y a bien des années, c'était naturellement un spectacle bien différent. Un dernier point que je tiens à signaler: dans le programme papier figurent des photos d'époque d'une mise en scène par Constantin Stanislavski (oui, oui, celui de la "méthode" de l'Actor's Studio).

27 février 2009

Films vus et non commentés depuis le 31/01/2009 (début)

Prolongeant ma dernière chronique du 31/01/2009 de cette série, voici des films français vu depuis quelque temps pour certains. Ils sont tous différents tant sur le fond que sur la forme.  Je vous les conseille à des degrés divers.

Envoyés très spéciaux, de Frédéric Auburtin: c'est une comédie plaisante bien ficelée qui raconte comment deux journalistes de radios, qui doivent partir en Irak pour suivre au plus près certains événements, se retrouvent confinés dans un appartement sous les toits de Paris et se mettent à "fabriquer" de l'info. Ils font même croire qu'ils sont otages. Des émissions, des appels aux dons, etc., tout s'organise pour les faire libérer. La femme du preneur de son n'y est pas pour rien. Cette comédie démonte joyeusement tant les mécanismes du "bidonnage" journalistique que les procédés compassionnels des mobilisations pour une cause crue très honorable. A la fin, la morale est sauve puisque l'argent récolté va à une ONG réellement engagée "sur le terrain" (dans le film). Jugnot et Lanvin sont très bien.

L'autre, de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, est adapté d'un roman d'Annie Ernaux, L'occupation. J'ai eu vraiment du mal à entrer dans ce film, car nous assistons à une suite de scènes (sans vraiment de chronologie) qui suivent le questionnement d'Anne-Marie. Elle vient de se séparer d'Alex, son amant plus jeune. Alors qu'ils paraissent être restés bons amis, il lui annonce qu'il fréquente quelqu'un d'autre (à moins qu'elle ne l'imagine) et Anne-Marie se demande: qui est-elle? Que fait-elle? Anne-Marie qui est assistance sociale semble perdre pied, la jalousie la ronge. Elle va jusqu'à se donner un coup de marteau sur la tempe (scène impressionnante). La fin est, comme le début, en suspens. J'ai lu le dossier de presse, je n'ai pas mieux compris. Je trouve l'ensemble confus mais Dominique Blanc est toujours très bien.

Stella, de Sylvie Verheyde: ce film que j'ai vu depuis déjà un petit moment vaut la peine de l'être. En 1976, Stella, une jeune fille de 11 ans issue d'une banlieue pas très chic, se retrouve inscrite en 6ème dans un lycée "huppé et bourgeois" de Paris. Elle ne se lie pas beaucoup avec ses camarades mais elle sait frapper quand elle se sent agressée. De plus, elle se retrouve vite la dernière de sa classe. Chez elle, elle n'est pas aidée entre une mère, gérante d'un bar, et un père gentil mais un peu dépassé. Pour ceux (ou celles) comme moi qui sont né(e)s entre 1960 et 1965, ils pourront se reconnaître dans cette histoire autobiographique grâce à l'atmosphère générale et à la bande son avec les "tubes de l'époque".

La guerre des Miss, de Patrice Leconte: je pense que je vais baisser dans l'estime de beaucoup de blogueurs, mais j'ai beaucoup aimé ce film. Après un démarrage un peu laborieux qui m'a fait craindre le pire, La guerre des Miss est une agréable comédie qui fait du bien. Poelvoorde est impeccable comme souvent. L'histoire: chaque année depuis plus de 20 ans, Charmoussey perd face à sa rivale Super Charmoussey dans l'élection des Miss. Le maire de Charmoussey décide d'engager un "coach" pour choisir et mettre en valeur quelques jeunes filles afin que l'une d'elles soit enfin élue Miss du canton. C'est là que Franck Chevrel (B. Poelvoorde), enfant du pays et comédien assez calamiteux, est engagé. J'ai trouvé ce film sans prétention et tous les acteurs épatants.

(à suivre)

15 janvier 2009

Pour elle - Fred Cavayé

Encore un film que j'avais vu en 2008. Lisa (Diane Kruger) est "elle", Julien (Vincent Lindon) est "lui" et il y Oscar, leur fils, un adorable bambin blond d'à peine un an. Julien est professeur de français, Lisa travaille dans une société. Un matin, leur vie bascule dans la tragédie, "elle" est accusée d'avoir assassiné sa chef dans le parking de l'entreprise. Un court insert dans le premier quart du film montre qu'elle est innocente. Malgré tout, elle est condamnée à 20 ans de prison. Il faut donc accepter le postulat que le scénariste/réalisateur Fred Cavayé, dans cette première oeuvre, fait abstraction du rôle de l'ADN dans les enquêtes d'aujourd'hui. Lisa est diabétique (élément important de l'histoire). Julien s'improvise "gangster" (et ce n'est pas "inné") pour faire évader sa femme. On suit les péripéties et toutes les phases qui permettent à Julien d'arriver à ses fins. Le film dure 1h32 sans une minute de trop. J'ai été "scotchée" à mon siège. Julien planifie tout jusqu'au moindre détail en écrivant et faisant des schémas sur les murs de l'appartement qu'il occupe. Le suspense est haletant jusqu'au bout. A la fin, un des flics demande qui est Julien, un autre lui répond, c'est "monsieur tout le monde", qui va peut-être arriver à passer au travers des mailles du filet d'Interpol. Vincent Lindon et Diane Kruger forment un couple formidable. On a peur pour eux. On espère qu'ils y arriveront. La réalisation est maîtrisée, Pour elle est un grand premier film pour un réalisateur à suivre.

3 septembre 2009

De l'eau pour les éléphants - Sara Gruen

J'ai lu d'une traite en une journée les 460 pages de De l'eau pour les éléphants. Je me suis plongée dans la vie d'un cirque aux Etats-Unis, dans les années 30. La grande dépression de 1929 fait encore les ravages économiques que l'on sait. Jacob Jankowski, 23 ans, fils de vétérinaire et qui allait passer son ultime examen pour devenir lui-même vétérinaire, apprend la mort tragique de ses parents dans un accident de la route. N'ayant plus rien, il s'embarque sur un convoi ferroviaire qui transporte un cirque ambulant, celui des frères Benzini, et se fait engager comme homme à tout faire. Pendant toute ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de me rappeler le film de Cecil B. de Mille Sous le plus grand chapiteau du monde (1952), avec des histoires un peu similaires. Mais, dans le roman, les anecdotes sont plus tristes et sordides (les employés n'étaient pas payés ou alors on les faisaient mourir en les faisant tomber du train quand ils étaient malades). Nous faisons connaissance avec des phénomènes de foire comme la femme obèse ou le nain ainsi que les machinistes qui tiennent le coup grâce au whisky. Jacob tombe amoureux de la belle écuyère Marlène (mariée à August, un homme violent, responsable des animaux et directeur équestre). Il y a aussi Rosie, l'éléphante, qui ne comprend que la langue polonaise (elle joue un rôle central dans le dénouement donnant une certaine morale à l'histoire). Tout ce petit monde est dirigé par le directeur Oncle Al, personnage peu recommandable. Sara Gruen s'est appuyée sur de nombreux documents de cette période pour raconter cette fiction; elle évoque, en particulier, les alcools frelatés (nous somme en pleine prohibition) vendus clandestinement qui provoquaient des paralysies ou faisaient mourir des gens comme certains protagonistes de l'histoire. Des photos d'époque (la plupart de la collection du cirque Barnum) insérés en tête ou en fin de chapitres aèrent l'ensemble. Publié aux éditions Le Livre de poche, c'est le genre de roman que je ne lâche plus une fois que je l'ai commencé.

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